Sur les Traces d

Sur les Traces d'une vie en demi-teinte

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Français
362 pages

Description

Il s’agit d’un récit sensiblement autobiographique (de l’enfance au début de la retraite) d’un professeur de Lycée, mais avec un accent (aigu) mis sur sa vie associative des plus remuantes, sur les contours en général délicats du métier d’enseignant dans un pays dominé, sur des inédits de la pratique pédagogique, sur divers portraits de ses encadreurs observés tout au long de sa longue formation, comme de quelques-uns de ses élèves en situations particulières.

Des événements sociopolitiques, au Cameroun, sont évoqués au passage, par petites touches « distraites », derrière des portraits quelque peu fascinants – des années 1950 à nos jours. Au bout du compte, il s’agit plus de tranches de vie à l’école et dans la société globale, à des époques successives (et variées dans leur étrangeté), que de la destinée en quelque sorte singulière (aussi) du personnage narrateur, qui le plus souvent se comporte tout simplement en objectif de la camera de l’Histoire.


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Date de parution 01 octobre 2012
Nombre de lectures 8
EAN13 9782332500168
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Langue Français

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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71513-5

 

© Edilivre, 2014

De la petite enfance
à l’entrée en sixième

 

 

Mes racines biologiques et culturelles ont des ramifications dans quatre micro-nations au moins. Je suis né à Baham. Ma grand-mère paternelle est venue de Bapa ; la maternelle de Batié. Ma mère est petite-fille d’un immigré Batcham. Mewa, la grand-mère maternelle de ma grand-mère maternelle, serait venue de l’actuel Département du Ndé, achetée jadis sur un « marché de femmes » à Batié, pour atterrir à La’sse, sous-quartier de La’gwe, comme épouse de Teh Dzufeudjing – selon des sources plus ou moins évanescentes patiemment auscultées depuis des années par les deux derniers vieillards de la lignée Mewa.

Il n’a pas été facile de me trouver un nom. Jusqu’à l’âge de 12 ans, j’ai porté – même sur la carte de baptême reçu à neuf ans – celui du premier mari de ma grand-mère maternelle, le prince Batcham né à Baham : Koungmo, pouvant se décliner aussi en Koungtchie’po (quand l’amour se mue en haine). Ce n’est qu’au moment où il avait fallu me faire établir un acte de naissance par le biais d’un « jugement supplétif » que l’on s’était aperçu que ce nom ne figurait nulle part sur le bulletin de recensement de mon père décédé quelque trois ans après ma naissance. A la place on trouvait, comme premier né de ma mère, Sikounmo (orthographe francisée). A ma connaissance, je suis le tout premier être humain à porter ce nom. Mon frère aîné consanguin, Kamche Pierre, était désormais chef de la grande famille Zdumakui, en même temps qu’époux de ma mère, et par ricochet mon père.

Selon ma mère, mon nom a une histoire. Quand mon père était venu lui demander sa main, son chemin avait croisé celui d’un rival autrement plus puissant, à la condition économique et nobiliaire bien plus attrayante. Il emporta néanmoins le morceau, et le premier né de cette union inespérée devait rappeler à jamais son triomphe qu’il n’avait de toute évidence pas modeste. Il se croyait un élu de Dieu – du moins à cette occasion-là. Sikoungmeu signifie en baham « si Dieu aime quelqu’un, l’a choisi… », sous-entendu tous les succès envisageables lui sont garantis d’avance.

Ma mère me révéla cela tout en sachant que sa grand-mère paternelle (entre les mains de qui j’étais venu au monde, je ne pouvais pas mieux tomber ! à l’en croire), avec l’appui déterminé de sa bru, m’avait attribué le nom de son fils trop précocement décédé, juste le temps de donner deux petites filles à son unique épouse. Je n’avais jamais eu l’impression que la révélation de ma mère impliquait une quelconque incitation à la rébellion ; elle ne m’avait jamais appelé par le nom « ignoré » des deux vénérables mères liguées contre mon père. Elle était loin de deviner que l’histoire allait incidemment donner raison un jour à son feu mari dont elle essayait si timidement de sauver un trait de la mémoire. Je ne sais pas si ma mère m’avait une seule fois interpellé par mon nom. Elle usait toujours de charmants sobriquets que j’ai oubliés, ayant passé si peu de temps à ses côtés !

Mon tout premier ami, mon camarade de jeu en dehors de la concession paternelle, s’appelait Tagne. J’ai oublié comment nous nous étions choisis alors qu’il me fallait traverser six ou sept concessions avant d’arriver à la case de ses parents. Nos parents n’avaient pas l’air de se connaître, ne se fréquentaient pas. Ma mère ne m’avait jamais rien dit sur mes relations avec mon ami, qui n’ont pas eu le temps de s’épanouir, de durer tout simplement.

La mère de Tagne avait été accusée de vampirisme, d’avoir « mangé » une de ses voisines du quartier. Je n’entendis personne de ma famille formuler une opinion sur la grave accusation qui fit pourtant grand bruit au village. On dut aller trancher l’affaire au Tribunal de la Tortue à l’esplanade du palais principal du chef de quartier. Les parents de mon ami perdirent le procès, et ce fut une chance inouïe qu’ils n’y aient pas perdu la vie. Ils durent quitter précipitamment notre zone d’habitation, pour une destination inconnue.

Mon ami ne venait plus à l’école Saint André où je l’avais connu. Je devais, quelque temps après, apprendre, par de vagues sources, qu’il avait dû succéder à un grand-père, un notable de premier plan mort sans laisser de descendant mâle. Lui et moi, nous nous croisions parfois au grand marché de la chefferie, sans nous saluer ni manifester le moindre signe familier des gens qui s’étaient un jour estimés, qui avaient chauffé le même banc à l’école. Je n’ai jamais su ce qui le retenait ; quant à moi, j’étais intimidé par sa nouvelle condition de notable éminent (visible dans ses vêtements) qui l’avait amené à déserter pour toujours la salle de classe.

Je n’ai vu qu’une fois une scène du Tribunal de la Tortue, cet animal à la sagesse estimée légendaire. Il se dit que Fo Kamwa avait changé une donne de ce Jugement qui laissait perplexes les justiciables. Le schéma classique du fameux tribunal se présentait ainsi : une cour en pente douce. Au fond sont assis des notabilités, observant l’accusé et le plaignant, celui-ci debout derrière celui-là, à peu de distance de l’entrée de la cour. Entre les partis au procès et les initiés est placée la Tortue.

L’accusé tient dans la main droite une tige de roseau pour inciter, le cas échéant, l’animal fétiche à marcher. Derrière et à gauche du duo en conflit se trouve massée la foule de témoins, de villageois ordinaires intéressés à des degrés divers par le verdict attendu. A droite s’étend une broussaille, un terrain vague ; il n’y a personne de ce côté-là. L’accusé est jugé innocent si l’animal mystique, presque divinisé, marche droit devant lui, passe entre les jambes d’un notable et poursuit son bonhomme de chemin vers le fond du palais. Par contre, s’il prend la droite, se dirige vers la brousse, il confirme par sa démarche l’accusation.

Depuis l’institution de ce tribunal, il y a une éternité, les verdicts favorables à l’accusé sont plutôt rares, relèvent de la fable, tout simplement. Si bien que être contraint de passer devant cette cour mystique, c’est déjà être coupable. La tortue étant un animal sauvage à Baham, elle n’est utilisée qu’au sortir d’une capture. Elle a fatalement tendance à vouloir s’échapper par le côté de l’espace judiciaire où il n’y a personne susceptible de l’effrayer.

Considérant probablement tout cela, le roi décida donc un jour qu’il y aurait désormais deux tortues sur la scène, chaque parti au conflit devant en disposer une pour plaider sa cause. Il était alors facile d’imaginer que le plaignant et sa victime puissent triompher ensemble ou perdre en même temps le même procès. De quoi inhiber chez les futurs belligérants l’envie d’avoir désormais recours à pareille mise en scène pour accéder à la vérité.

Fo Kamwa allait parfois à l’extrémisme dans la prise de ses grandes décisions comme dans sa conduite publique. Je me rappelle encore comment il avait failli me tuer sur le chemin de l’école. Quelques gaillards délinquants du CMII savaient le défier par des remarques osées, connaissant probablement son penchant à réagir de façon épidermique, sans égards pour son rang social. Ça devait beaucoup les amuser, leur royale victime ne pouvant guère les battre à la course. Et comme les notables de sa suite ne s’en mêlaient que très rarement, sans jamais s’impliquer personnellement à fond !

Ce soir-là, la bande de voyous l’avait croisé au pied de la montée qui prend son élan au Kam Sa’do’ ; et une fois dans son dos, à deux ou trois pas de distance, la petite poignée de polissons laissa jaillir des petites gorges railleusement chantonnantes une apostrophe inouïe – le nom du roi suivi de celui de sa mère – dans un bel ensemble, comme au travers d’une chanson familière : « Kamwa Ngayap ! » Injure suprême ! L’un d’eux s’appelait Kouam Gogne (surnom), trapu telle une souche de kolatier centenaire, un bagarreur né, fils de Tagne Tabuguia, un voisin du quartier La’sse. Il a longtemps travaillé comme docker au port de Douala.

Mon tour arriva de croiser le monarque accompagné de sa suite ; l’air intimidé, marchant seul, j’en étais encore à mes premières semaines de fréquentation de cette école qui m’arrachait progressivement au milieu douillet de ma famille. J’étais une proie, à la fois facile et innocente, que sa majesté ne dédaigna point – malheureusement. Il voulut m’atteindre à la tête, de sa longue canne en bois précieux. Je m’échappai comme par miracle, affolé, et me mis à courir de toutes mes petites et frêles jambes.

Il me poursuivit avec détermination. Je me mis à longer la clôture la plus proche à ma droite ; il y avait alors entre mon illustre poursuivant et moi une mince couche d’arbustes et de branchages pendants d’arbres plus costauds, qui empêchaient la canne royale de m’atteindre. La course poursuite prit un temps, pour moi interminable, une centaine de mètres peut-être. Et le roi s’arrêta, puis, très lentement, entreprit de rejoindre ses compagnons.

Certains de ses animaux domestiques lui étaient proches en agressivité, par l’arbitraire de leur conduite sociale. Il en était ainsi d’un gros bélier qui mangeait tout ce qu’il voulait sur la place du marché comme n’importe où dans le village. Qui s’obstinait à l’en empêcher se faisait charger par l’intouchable bête, impunément, puisque personne ne songeait réellement à sortir l’artillerie lourde contre lui, vu le prestige et l’autorité du propriétaire. Il y avait aussi un chien au pelage roux, d’une taille impressionnante bien que de race locale ordinairement naine.

Sans pousser le moindre aboiement, l’animal arrachait tout ce qui lui convenait, des mains des enfants et des femmes, poussait le culot jusqu’à aller de concession en concession pour opérer là où il ne trouvait pas d’homme adulte susceptible de lui tenir tête. Il avait un nom très parlant, Laanangna’a (mot à mot : Prends ma chose, mon bien, mais laisse-moi la vie sauve). On ne sait pas si c’est son propriétaire qui lui avait trouvé ce nom ou si c’était un sobriquet d’origine populaire. Des gens qui ont vécu le règne de Fo Kamwa estiment aujourd’hui que ces animaux d’un autre genre devaient de temps en temps avoir leur part du whisky de leur patron commun.

J’ai passé la majeure parie de mon enfance (entre huit et dix ans durant) dans le giron de ma grand-mère maternelle. Ma mère était sa première fille, et elle avait beaucoup investi – affectivement et en moyens économiques – pour asseoir sa réputation de femme digne dans la famille étendue de son gendre. Elle avait perdu très tôt ses parents et devait se battre sur une demi-douzaine de marchés périodiques de la région pour nourrir ses enfants, et parfois entretenir ses filles dans leur foyer, quand le mari était indigent ou mort, ou lorsque des coutumes domestiques particulières l’exigeaient.

Dans ce dernier cadre, Grand-mère me disait avoir dépensé beaucoup d’énergie, d’ingéniosité, toute une fortune pour obtenir que l’on (mon père) me coupe mes premiers cheveux. Tant que ce vieux rite fondateur n’est pas honoré par une belle-famille, son premier petit-fils va garder toute sa chevelure, sale, crasseuse, à l’image d’une vieille sorcière à l’équilibre mental incertain.

En attendant sans doute qu’un mauvais sort vengeur survienne pour faire prévaloir l’irréparable, une infirmité définitive quelque part (sur le physique ou le mental) ; et pourquoi pas la disparition pure et simple de cet enfant, ce trésor dont le Bon Dieu a comblé, enrichi la descendance d’une belle-mère blâmable sur tous les plans.

Dans la famille Zdumakui Tchuenguia et apparentées, il faut remettre à chaque épouse (ou à son ayant droit si elle est morte) des paniers de vivres frais de toutes sortes, aux volumes déterminés depuis la nuit des temps préhistoriques propres à cette grande famille des plus élargies. C’est une histoire qui se passe entre les femmes. Mais j’ai pu me faire une idée raisonnable de l’ampleur des dépenses à faire lorsque, à l’occasion du rasage des cheveux de mon fils aîné, il a fallu que je donne un coup de pouce financier à ma belle-mère pour l’aider à sortir du pétrin ; ce d’autant que, prédéterminés par sa condition de couple chrétien, elle et son mari ont eu du mal à tolérer une pratique païenne par ailleurs si coûteuse.

Par la suite, ma belle-mère devait se révéler plus ancrée, plus respectueuse de la tradition baham que l’homme ordinaire, que sa conduite apparente de fervente chrétienne ne le laissait imaginer. C’est elle qui a insisté, persévéré pour que j’ajoute Kenmeugne au nom Mkounga de mon père que j’ai tout naturellement donné à mon premier fils, sous peine (selon elle) de voir les jumeaux de mon petit frère nés avant lui, lui tordre le cou, pour n’avoir pas respecté leur préséance dans la mouvance du droit d’aînesse, en portant ce nom générique qui l’exprime bien. Ma belle-mère croit aussi savoir qu’il avait été décidé quelque part par le Très Haut que sa fille allait tôt ou tard épouser quelqu’un de la famille Zdumakui.

Pour preuve, ce Mou Biebgne, sorte de petit serpent sans venin, qui s’était un beau matin brièvement enroulé autour d’une jambe de ma future femme alors que toute petite encore elle et sa mère longeaient la clôture du bas-fond de notre concession pour aller travailler dans un champ à Tobing. Par ce signe fort du serpent sacré, le Dieu des Zdumakui, depuis son sanctuaire de Vac-vac tout proche, révélait son choix prédestiné. Comme il allait révéler, à la voyante qui avait accompagné la mariée dans son antre pour bénédiction spéciale, que son premier né serait un garçon au destin remarquable ; comme symbole annonciateur, il naîtrait avec le cordon ombilical pris en collier, signe de couronnement.

Tseukou, ma grand-mère paternelle venait de Bapa comme je l’ai dit. Elle n’avait pu avoir qu’un seul enfant, mon père. À la mort de Kamche, son mari, deux frères consanguins de mon père eurent à lui succéder. Ils sont tous morts prématurément, sans avoir eu le temps de laisser une descendance à même de continuer leur œuvre. Ce fut alors le tour du petit-fils Bapa de s’occuper de la succession paternelle. Une coépouse de Tseukou, mère du troisième et dernier concurrent de Mkounga au trône, empoisonna à mort sa rivale et dut s’enfuir avec son fils à Baleng. Ils ne sont jamais revenus ni des éléments de leur descendance, mêmes si des fils de Mkounga ont parfois fait les premiers pas, dans le sens de la réconciliation.

Mon feu Père

Mkounga s’était déjà installé à Tobing dans la concession d’un oncle maternel qui avait suivi sa sœur aînée en mariage à Baham. Celui-ci était mort à Jockmassi, travaux forcés (ou site de leur exécution) institués par les autorités coloniales. À son départ, il était fiancé à Kenmogne, une fille bahouan, et avait décidé que si jamais il ne revenait pas, sa concession et sa fiancée revenaient d’office à son neveu. Démuni, ce dernier se résigna à vendre le champ ainsi hérité pour être en mesure de régler à la chefferie certains comptes inhérents à la succession de son père. La jeune Kenmogne devint sa première épouse. Ses activités de guérisseur voyant féticheur allaient prospérer assez rapidement, lui permettant de fonder une grande famille d’une dizaine de femmes et de dix-huit enfants (dix garçons et huit filles) à sa mort. Ma mère était l’avant-dernière.

Mon père n’échappa lui-même à Jockmassi qu’en se faisant remplacer par le cadet, Kouam Moïse, de sa quatrième épouse, Mueh Ngou’noue, qui avait suivi sa sœur dans notre concession. Celui-ci eut la chance de rentrer miraculeusement vivant, pour obtenir en compensation un bout de terrain sur lequel il allait fonder son propre foyer avec une jeune femme dont la dot avait été entièrement versée par mon père.

Mkounga avait dû beaucoup souffrir de solitude, comme enfant unique à sa mère et très éloigné de ses oncles et tantes qui auraient pu lui être d’un inestimable secours s’ils avaient vécu sur place à Baham. Il apprit que l’une de ses cousines était très malheureuse à Bapa, entre les mains d’un prince bourreau versatile. Il envoya délégations sur délégations, pour finalement réussir à rembourser la totalité d’une dot surévaluée à souhait, et à installer auprès de lui sa parente et ses quatre enfants. Ceux-ci ne pouvaient plus se réclamer subséquemment que de lui ; il avait envoyé les deux filles en mariage, donné de quoi fonder un foyer à chaque garçon : un bout de terrain et la dot pour acquérir la première épouse.

De vieux inconnus rencontrés au hasard des conversations nous rappellent encore aujourd’hui la réputation bien établie de notre feu père comme guérisseur féticheur voyant efficace et généreux. Il était herboriste, expert en circoncision, petite chirurgie des os, en divination par l’intermédiaire de l’Araignée Mygale. Il n’avait jamais démenti la vieille rumeur suivant laquelle il avait un double, un totem panthère dont il devait se servir surtout pour cueillir des plantes médicinales dans des zones difficiles d’accès telles que les îles, les sommets de hautes montagnes, etc.

Et la croyance, l’adhésion à ces mythes des siens lui permettaient aussi de faire respecter certaines formes de discipline dans son monde : une épouse qui rentre souvent tard à la maison se voit une nuit arracher son panier à partir des branches basses d’un arbre sous lequel elle passe. Elle sait qu’elle doit offrir à son « compliqué » mari un présent symbolique, se laisser vertement réprimander et promettre de ne plus jamais commettre la faute, pour espérer rentrer en possession de son panier et de tout son contenu.

Mon père était aussi soupçonné d’avoir un totem aquatique. Pour preuve, de son vivant le cours d’eau qui longe notre longue clôture du bas-fond était impressionnant de volume, de vitesse, avec des périodes de crue où il y avait des risques évidents de noyade – même d’un adulte, notamment sur la traversée vers Tobing, à quelques mètres au-dessus de la bruyante chute de Vac-vac. Certains endroits n’étaient franchissables en toutes saisons que sur des ponts en gros troncs d’arbres rapprochés.

Au moment où je faisais mes premières classes du primaire, les enfants en baignade avaient l’habitude de plonger pour disparaître au fond de l’eau. Mais maintenant, il ne reste qu’un étroit marécage qui par endroits laisse place à un mince filet d’eau cherchant paresseusement à se frayer un chemin au pied des palmiers raphias qui ont beaucoup perdu de leur haute taille et de leur verdeur passées.

Deux explications de la situation sont couramment avancées. Après la mort du père, son totem de l’eau (un crocodile par exemple) a dû mourir aussi, laissant retrouver au cours d’eau son petit volume actuel ; ou bien quelqu’un d’autre, disposant d’un totem différent, genre noungkoungvu’ (python mythologique pouvant s’étendre en moyenne sur une chaîne de neuf montagnes) se serait aménagé un canal souterrain par lequel il ferait désormais passer l’essentiel des eaux de notre rivière. Cette dernière hypothèse date de 1957, année où la route nationale n°4 fut ouverte, passant à moins d’un km de notre concession, déracinant au passage la forêt sacrée de Ntoh Tadomguia, l’ancien sanctuaire de prédilection du boa totem.

De nos jours, des voleurs d’un certain âge (ou renseignés) hésitent à opérer dans notre concession, craignant les « effets » de certaines plantes laissées par mon père. Même à la douloureuse époque du Maquis, le successeur de Mkounga connut une relative tranquillité. Il reçut une seule fois une visite d’un commando de partisans, juste pour exiger sa contribution financière à l’effort de guerre.

Un enfant pleurnichard, qui a l’habitude de trop geindre, de perturber la tranquillité de la concession par ses interminables lamentations, se voit un jour arraché – par un masque étrange en furie – des mains d’une mère visiblement exaspérée. L’inconsolable rejeton est emmené loin en brousse ; sévèrement traité, il n’aura plus envie par la suite de renouer avec son mauvais penchant. J’avais été personnellement victime d’une pareille manœuvre, mais plutôt chez ma grand-mère maternelle.

Trois ou quatre des épouses de mon père avaient été de grandes malades, dans une situation désespérée, qu’il avait pu soigner et « gagner ». Il en avait été ainsi de Mueh Guiatseu, déjà mariée avec deux filles sur les bras à Langsap. C’est Kamche, son troisième enfant, qui succèdera à notre père et prendra en secondes noces ma mère et la dernière venue des veuves, pour commencer la fondation de son foyer à lui.

Le dernier témoignage (en date) en ma possession apprend que mon père, à la place des médicaments, offrait parfois carrément des vivres frais tout à fait ordinaires. Ce vieillard se rappelle que jeune homme, sa première épouse manquait cruellement de lait à son premier accouchement. Divers traitements médicamenteux qu’elle avait reçus ailleurs s’étaient avérés inopérants.

C’est alors qu’en désespoir de cause le couple atterrit un jour chez nous. Après examen minutieux de la malade, mon père remit aux visiteurs des épis de maïs séché accompagnés de tiges de nkui1 et des condiments appropriés. Quelques jours après, le lait maternel se mit à couler, et l’homme comprit que ce qu’il avait dorénavant à solliciter de ses parents, amis et relations, pour sauver sa femme et son enfant, c’était simplement de la nourriture de qualité.

Selon mon frère Téguia Michel qui me l’a révélé, notre père avait prédit que ceux de ses enfants qui survivraient à la « Grande Tornade » qui s’annonçait foudroyante à l’horizon (probablement les maquis de l’Indépendance) vivraient vieux (prophétie réalisée à près de 90 % : aucun de ceux-là n’est mort à moins de 60 ans). Le patriarche avait pris une mesure générale afin que personne de sa descendance n’ait plus un jour à offrir des sacrifices sur son crâne : que chaque épouse (ou sa famille) lui apporte le plus tôt possible un coq qu’il allait braiser et manger de son vivant, afin qu’aucun enfant né d’elle n’ait plus jamais à refaire ce geste sacrificiel.

En dépit des grosses difficultés matérielles et morales au départ, Mkounga Tseukou avait fini par se constituer une famille nombreuse, par atteindre une certaine aisance matérielle, une vie familiale sans gros nuages à l’horizon, pour être en mesure d’envoyer son premier garçon, Bouepda Dominique, faire des études primaires en errance, de Bandjoun à Nkongsamaba, en passant par Dschang et autres localités où il pouvait trouver une classe fonctionnelle de ce cycle d’études. Il avait pu aussi accéder au summum de la notabilité par offres de biens spéciaux à la hiérarchie nobiliaire établie (en addition à ce que ses deux prédécesseurs dans la lignée Dzumakui avaient déjà servi pour acquérir les premiers titres). Pour preuve, son palais enjolivé sur trois côtés ; il n’y a plus que le roi seul pour se permettre un palais principal orné sur les quatre faces.

Massa Dominique nous a appris que notre père organisait des fêtes impromptues qu’il offrait assez souvent à sa famille, juste pour montrer qu’il se sentait heureux en ces périodes-là, et qu’il avait envie de gâter les siens. Le coup d’envoi des festivités se donnait par un mémorable coup de fusil. Il grimpait jusqu’à l’entrée Nord de la concession, en plein Meuyo, première en importance des trois Places intérieures (plantées d’arbres spécifiques dont le Ga’ze, autres signes nobiliaires), et tirait sur son arme au canon pointé en plein ciel, singulièrement chargée en volume de poudre, afin que cela fasse le bruit le plus retentissant possible – de quoi porter au loin la nouvelle de son bien-être persistant.

A cet effet, il ne manquait, pour être en situation de guerre ou de grande chasse, que des cailloux particuliers incrustés dans l’épaisse couche de poudre au fond du canon. Signalons en passant qu’il appartenait à la confrérie chargée de la sécurité intérieure dont les membres en service opéraient masqués, les Kou’gaing. Meuh Kou’ et Juih Kou’ sont respectivement les petits noms nobiliaires des garçons et filles nés d’eux.

Le Ga’ze a une histoire à Baham. Kouam, un roi de ce pays allait être victime d’un assassinat rituel convenu par les cercles les plus proches du Pouvoir. Motif : il tardait à procréer. Mis au parfum, il dut s’enfuir au royaume Ze, dans le Département du Ndé. Durant ses longues années d’exil, la régence avait été assurée par Sa’Djoko, l’un des plus puissants notables, déjà chargé de la gestion d’un Ta’dje de deux Provinces, La’gwe et Poumdze.

Dès qu’il put donner naissance à un enfant vivant, le roi fugitif fut autorisé à rentrer chez lui, accompagné de son illustre hôte qui avait en main cet arbre particulièrement résistant à la sécheresse dont une variété était déjà présente à Baham. Sa valeur était donc plus symbolique qu’écologique : il était un signe de royale bénédiction pour le bienheureux régent, un hommage à son sens élevé de l’Etat. Il était désormais au centre d’un nouveau titre de noblesse, hissé parmi les plus convoités du pays. Un témoignage de Jean Souep, instituteur à la retraite de l’enseignement protestant, ancien maire de la Commune Rurale de Baham.


1. Nkui, plante rampante, pourvoyeuse d’une sève gluante qui, assaisonnée d’une demi-douzaine de condiments spécifiques, accompagne le plat de couscous, très indiqué pour la femme en couches.

Ma grand-mère

Bien que princesse Batié, ma grand-mère maternelle n’est pas née coiffée. Sa mère à elle qui un jour, de Baham s’était rendue sur la place de cette chefferie pour assister, en visiteuse attentionnée ou telle une enfant têtue, à de gros spectacles de danse, avait été victime d’un rapt royal. Ses parents n’étaient point de taille à faire lâcher prise au prince de Famguem, Ba’ Ngomseu’. Avant sa mort, sa « douce » proie lui avait donné quatre « poussins », avec mon aïeule Meutou comme l’aînée des trois filles.

L’unique garçon, maudit par le père, quitta un jour les siens pour ne plus jamais revenir ni être signalé à un quelconque endroit du pays. Le père atrabilaire en mourut de chagrin. D’où la prise précoce de ses responsabilités d’aînée esseulée et démunie, vis-à-vis de ses cadettes. À peine mariée, elle eut à trouver un époux à chacune de ses petites sœurs. Elle réussit pour sa cadette immédiate, Mueh Gnwogaing, mais le successeur de son père interrompit la manœuvre en emmenant dans son exil à Fotuni leur benjamine.

Mueh Gnwogaing, épouse Teh Koywe avait donc suivi leur sœur aînée au bercail, à Baham, là où était née leur défunte mère, Mueh Pogo. Je me souviens que Teh Koywe avait l’habitude de gâter ma grand-mère, de la ravitailler par exemple en miel de toutes sortes, sous des formes et conditionnements variés. Son épouse formulait, sourire aux lèvres, la même imprécation contre quiconque lui avait subtilisé un bien auquel elle tenait beaucoup.

Si c’était un jeune homme le présumé coupable, elle priait Dieu de le faire mourir la veille de sa nuit de noces. Si elle soupçonnait plutôt avoir été volée par un homme âgé, elle lui souhaitait ardemment de mourir à quelques instants seulement du moment choisi par lui pour déguster un plat de viande qu’il avait soigneusement apprêté pour pouvoir, en gourmand impénitent, renouveler en solitaire ses noces sacrées avec la vie.

Mueh Meutou perdit son premier époux avant cinq années de mariage, avec deux fillettes à élever toute seule. Elle dut aller de nouveau chercher à se marier ailleurs, se trouva un autre homme à qui elle donna une fille et un garçon. Sans avoir vidé le contentieux (même affectif) avec la première union, la famille de son Ex. Son acharnement à m’attribuer le nom de son premier amour participait sans doute de ses efforts de rachat. À côté de Koungtchie’po ou Koungmo, qu’elle ne prononçait jamais personnellement, elle avait trouvé deux petits noms dont elle devait jadis probablement bercer l’homme de son premier lit : Meukoungnaa (si quelqu’un m’aime…) et So’Choupeh (l’ami préféré, intime de Choupeh).

Par contre, je n’avais jamais remarqué ou surpris un mot de tendresse de ma grand-mère pour son nouveau conjoint ni enregistré une confidence positive à son endroit. De loin, en général du seuil de sa case à elle, elle l’interpellait toujours à haute voix par son nom dynastique, « Taguiamdjo ! » (Il était par exemple temps qu’il vienne manger ; on devine aisément ce qu’elle évitait ainsi, en s’abstenant de lui apporter son repas dans sa case où ils seraient seule à seul, au cœur de la nuit). En tête-à-tête, je n’avais que rarement observé autre chose que des échanges aigres doux entre eux. Elle s’était toujours gardée de prononcer « Sa’ », la particule nobiliaire qui, préposée au nom courant (Sa’ Taguiamdjo) doit sonner fort dans les oreilles initiées et inviter à plus de déférence.

L’année dernière, en 2010, ce vieux contentieux (de femme d’autrui « volée ») plus que symbolique jamais vidé aux regards des traditionalistes est revenu en surface lorsque je célébrais les funérailles de mon oncle et tuteur Kouam Guillaume, qui avait succédé à son père Té’tchuing comme Taguiamdjo. Je m’apprêtais à « faire le tour de deuil » rituel lorsqu’un vieux neveu de ma grand-mère avait surgi au dernier moment pour mettre le holà – scandalisé.

« Qui t’a dit que tu peux faire un tour de deuil ici !? En terre ennemie, pour quelqu’un d’autre en dehors de ta grand-mère ? Taguiamdjo a été et demeure un voleur de femme d’autrui, ta femme à toi, successeur quelque peu naïf de Koungmo, prince Batcham. Est-ce que ce Monsieur, cet ingrat, a jamais songé à te dédommager tant soit peu ? Non ! Non et non ! Tu veux mourir ou quoi !? Tente un peu, et tu vas voir comment l’homme de Batcham va te tordre le cou – sans tarder ! D’avoir vendu sa femme, contre rien ! À un ennemi que tu t’apprêtes à sanctifier.

« Tu sais comment les Batcham sont féroces. Ils ne sont pas comme nous autres. Heureusement que je suis encore là, pour vous éviter – toi et tes semblables des religions étrangères décidément assassines – de tomber dans des pièges mortels les yeux ouverts. C’est chez toi, dans ta concession à toi que Mueh Meutou aurait dû trouver la meilleure sépulture possible, si jamais tu en avais une au moment où elle mourait. »

Des indices que le premier époux de Grand-mère la tenait en haute estime : les dents du devant de la bouche avaient été soigneusement taillées en pointes fines ; des tatouages aux symboles difficiles à identifier ornaient le dessus de sa poitrine comme le haut du dos. Des signes indélébiles de prise de possession affective comme de l’embellissement distingué d’une conjointe chérie ; à la fois perle rare et acte de mariage continuellement brandi au regard friand de tout prétendant aux intentions manifestement tardives.

Mueh Meutou était réputée tenace et relativement prospère dans le petit commerce d’avocats et de bananes mûrs, d’arachide surtout de saison (bouillie) ou séchée (et artistiquement grillée). Je devais l’accompagner à une demi-douzaine de marchés périodiques de la région : Bansoa, Bamendjou, Batié, Badenkop, Bandjoun et Baham. Elle fut ravie d’apprendre que l’on allait m’inscrire à l’école Saint André, principale place (avant Kam Sa’Do’, en période de vacances scolaires) où elle vendait au détail quasi quotidiennement les denrées qu’elle était allée acheter en gros sur différents marchés périodiques. Ce qui l’intéressait le plus sur l’école des Blancs, c’était le défilé des tout petits, en culottes. Elle aimait regarder ça, assise derrière ses paniers de pitances des plus convoitées des écoliers.

Mais elle devint amère quand elle s’aperçut que je ne pouvais plus la suivre en toutes saisons au marché, pour l’aider à porter les marchandises. Elle me sermonnait souvent, disant que ça ne dépendait que de moi de me rendre en classe ou au marché. Comme je persistais dans la désobéissance, elle trouva finalement un compromis : je pouvais, devais la remplacer dans la vente de la banane douce ou des avocats aux écoliers les jours où elle n’allait pas être à la Mission, parce que partie pour un marché périodique. Alors, avant d’entrer en classe, je plaçais mon lourd panier de délicates marchandises à une fenêtre de la chapelle pour l’éloigner des bêtes errantes (chèvres, porcs, poules, etc.), en attendant les pauses de dix heures et de midi pour vendre.

J’ai tiré de cette petite expérience, entre autres savoirs pratiques, une connaissance appréciable des différents types d’avocat. A vue d’œil je peux savoir le degré de maturité de ce fruit, l’effet qu’il peut avoir au goût. Des renseignements semblables sont accessibles à partir du noyau, gros ou petit, en mouvement ou ayant pris la forcément mince couche du futur beurre végétal en un imperceptible coup de bélier dans toutes les directions, à travers tout le temps de maturation.

Mueh Meutou avait perdu, dans des circonstances tragiques, son unique fille issue de son second mariage. Elle s’appelait Simo (la Grâce Divine). C’était elle qui était venue me bercer, me « tenir », pour permettre à sa sœur aînée d’effectuer assez librement les tâches classiques de son ménage. Plus tard, elle partit en mariage à Gnouom, sous le toit d’un certain Mokga. Elle mourut des semaines, de longs mois après l’accouchement, de septicémie, si j’en puis juger aujourd’hui par les détails de son Chemin de Croix que Grand-mère a ressassé tout le reste de son existence. En général pour fonder et rythmer de discrètes séquences de son drame personnel, émaillées de pleurs chuchotés auxquels elle aimait se livrer certaines nuits.

Elle avait publiquement accusé la première épouse de son tout jeune et prospère gendre d’avoir « mangé » sa fille, par vampirisme, poussée par la jalousie. Le nouveau-né conduit dans un lointain orphelinat de la Mission protestante, succomba peu de temps après le décès de sa mère. Tout compte fait, Simo n’avait pas été victime seulement de la fureur jalouse de sa coépouse.

La « sorcière » y avait été incitée par un mauvais sort aussi vieux que la descendance de Mewa, notre première ancêtre connue avec certitude. Une vieille hypothèque avait toujours pesé sur notre destin collectif (et individuel), et de temps en temps elle faisait, accumulait de nouvelles victimes de tragédie : rapt de Pogo par Gomseu, malédiction et mort de Fossouo, brutale séparation de Mueh Mani’eu de ses deux sœurs aînées, mort précoce du premier époux de Meutou, mort en couches de Kua’ Simo, etc. Nous voilà tous condamnés tant que nos « propriétaires » refuseront de s’entendre pour nous aider à liquider définitivement la question de la dot primitive.

C’est que Teh Dzufeudjing avait dû emprunter la somme d’argent complémentaire à un frère consanguin pour pouvoir disposer de quoi acheter sa future épouse à Batié, chez un certain Tankoua. Mais, par la suite, le frère créancier refusa d’être remboursé, n’exigeant que la co-propriété. Ses successeurs, de génération en génération, persistent dans cette voie que n’ont jamais acceptée Dzufeudjing et sa descendance.

Voilà le mesquin conflit d’intérêts qui continue d’exposer toute la famille Mewa à la mort précoce, accidentelle, comme à des maladies mystérieuses, incurables ; à la malchance qui fait toujours un lit douillet au mal-vivre. J’ai appris que lorsque ma mère et mon petit frère étaient morts en duo, emportés par une épidémie de dysenterie, Kua’ Meh, sa cadette s’en était prise violemment à Dzufeudjing, par un lynchage public spectaculaire, au milieu d’une foule de pleureurs médusés.

La vie chez Teh Wakeu

Bien que ma tante ait fini par quitter la galaxie Kouam dit Tagne Teh Wakeu, certainement en quête inlassable d’une chance de procréation qui tardait à lui sourire, j’ai gardé avec tous ceux que j’avais connus dans cette grande famille de vagues rapports (à la longue fragilisés par la distance et le temps, ainsi que le départ conflictuel de ma parente), mais assez chaleureux à chaque rencontre (malheureusement de plus en plus fortuite), d’une cordialité remarquable. Un témoignage de l’un de ses petits-fils, Wakeu Feugaing, rencontré cette année, me conforte dans la perception que j’avais eue de cette communauté familiale.

Une des...