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Terre sans racines ou le goût de la confiture aux oranges amères

De
166 pages

Il y a maintenant plus de cinquante-deux ans, la guerre d'Algérie a pris fin d'une façon tragique...
Encore aujourd’hui, les cendres des ressentiments ne sont pas encore éteintes et trouvent leurs prolongements en France...
Ce serait comme une histoire inachevée...
Je suis à moi seule une terre pleine de souvenirs mais dont les racines ont été arrachées, comme une plante déracinée...
Nous habitions un vieil immeuble dans un quartier populaire de la ville européenne communément appelé Bab el-Oued. On entendait les gens s'interpeller d'une fenêtre à l'autre...
Du bateau, je me rappelle avoir vu tout Alger défiler une dernière fois, comme ma vie et les gens que j'avais aimés là-bas...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-87098-8

 

© Edilivre, 2015

 

 

J’ai écrit cette histoire pour mes enfants et en hommage à mes parents.

Ce récit retrace la vie de ceux qui ont subi l’injustice, la cruauté d’une guerre longtemps innommée.

Depuis mon enfance, une vieille et sourde angoisse me suit, me préservant de l’oubli total, quand je pense à certains épisodes de ma vie qui ont marqué mon enfance et une partie de mon adolescence.

J’ai toujours mal, malgré le temps passé et envie de crier lorsque j’entends certains commentaires, salir la mémoire de ce peuple pied-noir et donc de ma famille.

Mon but, modestement, a été d’apporter mon témoignage, le plus objectif possible, sur la guerre que nous avons vécue et que l’on appelait « pudiquement » les événements d’Algérie.

Celle-ci reste toujours méconnue, incomprise, encore aujourd’hui de la population française, lespieds-noirs sont les « grands oubliés, abandonnés » de ce conflit.

J’ai essayé d’ouvrir une fenêtre dans le passé pour remémorer l’histoire des personnes aimées, qui ont vécu dans ce pays aride et ingrat, que l’on appelle, Algérie.

Ce pays, aujourd’hui, refuse de reconnaître les bienfaits de la civilisation apportés par une population sacrifiée sur l’autel de la liberté retrouvée.

Le peuple algérien parle aujourd’hui de repentance à sens unique. Mais peut-on parler de repentance quand la guerre a frappé, sans distinction dans chaque camp, des guerriers et des civils arabes et européens, complètement innocents.

Demain, les derniers témoins vont disparaître ainsi que leur histoire, leur identité, leurs traces dans ce pays qui a été le leur et dont ils ont façonné la première modernité.

Il ne faut pas oublier que cette liberté acquise, à n’importe quel prix, a permis l’accès à une indépendance, peut-être légitime pour les uns, mais elle correspond, à un départ forcé, dans la spoliation, l’abandon et le massacre pour les autres.

Enfin, mon intention a été de mettre l’accent, sur les errements et la lâcheté des politiques de l’époque, même s’ils sont considérés comme des Hommes prestigieux, pour les actions qu’ils ontmenées à un moment donné de l’Histoire.

On ne peut pas toujours être au sommet, même les plus grands commettent l’irréparable consciem­ment ou non.

Il faut toujours conserver un œil critique même si l’on doit s’attirer les foudres des gens qui pensent différemment.

Ce récit pourra vous paraître décousu, mais je crains de vouloir tout oublier et de réussir à jeter dans l’ombre toute une partie de ma vie. J’ai ouvert le grenier où étaient enfouis mes souvenirs depuis longtemps.

Ils sont apparus pêle-mêle.

Il a fallu que je les extirpe en me faisant violence. J’avais l’impression d’être agressée lors qu’ils sont apparus en pleine lumière. Je n’ai pas pu, je n’ai pas voulu les ranger proprement. Ils sont restés intacts, dans leur intensité, leur désordre, mais bien réels.

 

 

Il y a maintenant plus de cinquante-trois ans, la guerre d’Algérie a pris fin d’une façon tragique.

Cette guerre a marqué trois générations.

Des hommes se sont opposés farouchement dans la haine, le mépris et dans une violence et une intolérance grandissantes.

Deux civilisations ont travaillé, lutté, combattu sans jamais se comprendre, étrangères l’une à l’autre, mêlant malgré elles, leur sueur et leur peine, aimant cette terre commune qui ne pouvait pas être partagée.

Jusqu’à présent, les cendres et le ressentiment ne sont pas encore éteints et trouvent leurs prolongements en France.

Ce serait une histoire inachevée, une guerre dont les supposés vainqueurs cherchent encore une revanche, un incendie non éteint.

Les mémoires de ces peuples différents sont désormais devenues communes.

Ils sont devenus des parents éloignés qui ont vécu un jour ensemble, ils se sont tellement déchirés que maintenant leurs cultures s’attirent, se repoussent et se croisent à la fois.

À l’époque, des différences importantes et les préjugés profondément ancrés ont creusé un abîme d’incompréhension, une tranchée infranchissable entre eux.

Cette terre qui a vu naître ces hommes et ces femmes n’était pas suffisante comme facteur de rapprochement permettant la création d’un peuple, d’une nation. En plus, les enjeux économiques, géopolitiques, culturels et religieux, constituaient autant de barrières, s’opposant à cette union.

En fait, pour les petits Blancs que nous étions, vouloir rester en Algérie était une utopie.

Face au monde arabe, aux idéaux de décolonisation, à la fourberie et à la lâcheté des gouvernements successifs, pressés de se débarrasser de ce problème insurmontable qu’étaient les pieds-noirs, à l’indifférence générale, le sort des Français d’Algérie ne pesait pas lourd.

En 1962, environ un million de personnes sont parties en laissant tout derrière elles, leurs morts, leurs maisons, leurs biens, leurs souvenirs et quelquefois leurs vies mêmes ou celles de leurs proches en fuyant pour ne pas perdre la seule chose qui leur restait, leur identité, et ce au péril de leur vie.

Ce départ a été fait dans la précipitation, le chaos, le désordre, l’horreur, le désespoir.

Rien n’était prévu pour les recevoir. Ils ont été mal accueillis, on voyait en eux des assassins (en se référant à l’OAS) ou bien des colonisateurs riches et profiteurs, eux qui rentraient en France avec leurs seules valises pour la plupart d’entre eux.

Le conflit était censé être terminé.

Maintenant que les principaux acteurs de cette histoire, ma mère témoin de mon enfance et d’autres encore, ont disparu, je me sens seule, orpheline,

Je fouille en vain dans ma mémoire pour retrouver le passé.

Des lambeaux de souvenirs me reviennent, décousus, sans liens apparents.

Ai-je rêvé. Où est le pays de mon enfance ?

Mes souvenirs sont-ils réels ?

Le temps a-t-il réussi à tout faire disparaître ?

Je ne reconnais pas le pays où je vis aujourd’hui comme le pays de mon enfance.

L’Algérie pays dont parlent les médias m’est totalement inconnu.

Je ne souviens plus de la sonorité du mot Algérie, mon pays natal.

Seules des sensations me reviennent : chaleur étouffante, clarté éblouissante, brûlure du soleil sur ma peau salée et mouillée, vent du sud chargé de sable.

Je me rappelle aussi des parfums d’encens, des fleurs de jasmin et surtout un je-ne-sais-quoi de langueur et de fatalité orientales.

Je vois et je sens comme une aveugle à la différence que la réalité ne se trouve plus dans la réalité immédiate mais dans mes souvenirs.

Je ne reconnais pas non plus en France le pays de mon enfance, à travers ses petits matins gris et pluvieux, son soleil timide aux rayons à peine tièdes.

Même dans le sud de la France, le soleil est moins franc et ardent, l’eau plus trouble, le vent plus violent et moins chaud.

C’est comme si autour de moi flottaient des images obsédantes, des flashes, un film usagé, cassé par le temps que je suis seule à voir et à revoir et qui marquent ma différence. Le fil de ma mémoire risque à tout moment de casser.

Pourtant, je sais que c’est ces chers souvenirs qui ont façonné la femme que je suis. Ma sensibilité, ma fragilité sont nées là-bas.

J’ai l’impression terrible de vouloir retrouver ce qui n’est plus, d’aimer ce qui a disparu, d’inventer un monde irréel.

C’est comme si je pensais à un pays qui n’existe plus et à un passé sans repères, sans aucun témoin.

Cette sensation de vide et d’abandon est-elle ressentie de la même façon par tous ceux qui ont perdu leurs racines ?

J’ai une terre mais ce n’est pas celle d’origine même si elle m’a accueillie. Je n’y retrouve pas mes empreintes.

Mes souvenirs sont devenus mes « seules racines » Lorsque j’entends parler les personnes de mon âge de leur enfance, je me sens frustrée car une partie de moi est restée là-bas et je sais qu’elle a été définitivement perdue. Les souvenirs qu’ils se remémorent n’évoquent aucun écho chez moi.

Ai-je eu une enfance ? À certain moments, j’ai même eu l’impression de raconter l’histoire d’une autre personne que je connais bien.

 

 

Je suis née en Algérie lorsque ce pays était encore considéré comme un département français.

J’étais le troisième enfant à naître dans la famille, celle qu’on n’attendait plus, car mes parents avaient déjà dépassé 38 ans, ce qui à l’époque correspondait à un âge respectable pour avoir un enfant.

Ma naissance relevait davantage d’un accident plutôt qu’un désir véritable, comme la majorité des naissances, car on ne pouvait pas compter sur des moyens de contraception efficaces.

De plus, deux filles étaient déjà nées, un garçon aurait été préférable.

Toutefois, mes parents et surtout ma mère, bien que surpris, furent heureux de cette naissance qui pour eux correspondait à un certain renouveau.

Ils retrouvaient un peu de leur jeunesse avec un nouveau-né à s’occuper. Ils avaient aussi, je pense, une certaine dose de fatalisme et ne pensaient pas aux lendemains. En fait, ma mère comptait sur mon père et mon père comptait sur son étoile et sa capacité à se débrouiller. Lui-même n’avait pas connu sa mère pendant sa petite enfance.

Certes, je réclamais plus de soins et d’attention à mes parents qui commençaient à peine à respirer, les autres enfants étant plus grands mais ils vivaient dans l’optimisme que leur procurait la majesté du site baigné par la mer et le soleil où ils vivaient.

Pourtant, en y pensant, j’ai la sensation qu’ils se sont heurtés à une lassitude que doivent connaître tous les parents qui enfantent à un certain âge après avoir connu les joies et les vicissitudes de plusieurs naissances. Par contre, ils devaient aussi avoir une maturité qui leur permettait d’aborder cet événement avec sérénité et une impression de renouveau.

Je me rappelle aussi que ma mère me disait tendrement que je serai plus tard « son bâton de vieillesse », c’est très curieux que bien des années plus tard, cette petite phrase ait trouvé toute sa signification.

Ainsi, m’ont été refusées des leçons de piano, ma sœur aînée ayant déjà bénéficié d’un long apprentissage coûteux qui s’avéra par la suite complètement inutile, il fut jugé plus sage de ne pas recommencer ce genre d’aventure. Mes sœurs avaient également des besoins de distraction complètement différents des miens que mes parents avaient du mal à satisfaire.

En raison de notre différence d’âge, un enfant était né tous les sept ans, il devait être difficile pour eux de faire face à toutes les situations à la fois.

À cette époque, l’ombre menaçante de ce que l’on allait appeler plus tard, les « événements d’Algérie », se profilait déjà.

J’imagine que gérer trois filles, à cette époque et dans ces conditions, n’était pas chose aisée.

Par souci de sécurité, mes parents ne voulaient pas laisser leurs filles sans savoir où elles allaient et surtout sans un accompagnement sûr et convenable…

Par la suite, cette obligation de sécurité devenant plus pressante, nulle sortie ne pouvait être prévue sans la présence de mes chers parents et ce quel que soit notre âge.

De plus à cette époque une jeune fille de bonne famille ne pouvait pas sortir seule sans ses parents.

Mon père, inquiet de la tournure des événements en Algérie, avait décidé, une fois pour toutes, avec l’approbation tout acquise d’avance de ma mère, de ne pas laisser ses filles seules, ce qui équivalait pour eux à un danger de perdition.

Il n’était pas convenable, non plus, qu’une jeune femme sorte dans des lieux publics (cafés, cinémas,…) sans être accompagnée par son mari, ses parents, ses amis, frères, cousins,… censés surveiller sa vertu et sa sécurité.

Mon père assumait l’entière responsabilité de la famille composée de cinq femmes (ma mère, son épouse, ses trois filles et sa propre mère). Pour cette dernière, mon père se contentait de se charger de lui apporter une contribution financière, sa vertu avait été suffisamment écornée pour qu’elle ne fasse plus l’objet de ses préoccupations immédiates.

Je ne pense pas pourtant que ce dernier était vraiment dirigiste, machiste ou même sexiste.

En fait, à l’époque, il était normal de vivre de cette façon, en milieu clos, comme s’il fallait nous protéger de toute menace extérieure.

Avec du recul, je comprends combien ce protectionnisme devait être lourd pour mes sœurs aînées, contraintes de vivre leur jeunesse enfermées dans un carcan familial.

Quant à moi, la plus jeune, il est vrai que mon enfance a été isolée. Les compagnons de mon âge étaient rares et je ne me mêlais pas aux jeux des plus grands.

Je vivais dans mon univers. Maintenant, je me rends compte qu’une partie de mon enfance a été perdue lorsque j’entends les récits de mes contemporains qui racontent les péripéties avec les gamins de leur âge. Il m’a manqué la liberté et des amis pour les jeux.

Cependant, les plaisirs qui ont enchanté mon enfance sont liés à la mer et à la baignade.

Nous nous rendions souvent à la plage et il était très agréable de rester dans l’eau. Je vois encore mon père nager avec ses palmes, son tuba, son harpon. Il ramenait des poissons.

Je me souviens d’une eau chaude et de sorties en mer où mon père m’amenait quelquefois. Dans ces occasions, il ne pêchait pas. Il me montrait des fonds accessibles en apnée.

J’ai gardé des souvenirs inoubliables de ces moments privilégiés.

Il me semble qu’en ce temps-là, l’eau était plus belle, plus pure, plus chaude que maintenant dans les lieux que je connais.

La nature était à la fois luxuriante et omniprésente malgré une chaleur lourde, un soleil puissant, éblouissant qui obligeait les corps à se protéger car ses coups terribles n’étaient pas supportables.

L’eau me donnait une espèce de sécurité bienfaisante. En plus, de la fraîcheur qu’elle m’apportait, elle me protégeait des regards indiscrets.

Dans l’eau, je pouvais être moi-même, me tortiller, sans me soucier de toutes les règles de bienséance. J’ai toujours gardé une espèce de connivence avec l’eau de mer de préférence comme si mon corps se souvenait d’un lointain passé de bien-être où il avait déjà séjourné à l’abri.

Après le bain nous nous rendions en forêt à l’abri des grands pins parasols qui contribuaient à un bien-être grâce à leur écran de verdure et de fraîcheur. C’était la plage de Midi Ferruch et la forêt proche où nous allions souvent.

C’est curieux de constater comme la mémoire est sélective.

Lorsqu’un souvenir vous frappe, on n’en retient que quelques images qui ont imprégné votre mémoire à jamais.

Alors que l’on ne se rappelle pas forcément de ce qui s’est passé hier, les images fortes restent gravées et ce même si l’on a vécu ces expériences très jeune.

Par contre, il semblerait que plusieurs années soient résumées dans les flashs qui reviennent de notre petite enfance. Nous récapitulons notre vie à ces représentations furtives inscrites dans notre mémoire.

Cela signifie-t-il qu’une partie de nos souvenirs ne présente aucun intérêt ? Effaçons-nous volontairement de notre mémoire, ceux qui sont trop violents ?

Ou encore, les gardons-nous, à l’abri, sans savoir qu’ils représentent toute la partie de l’iceberg que l’on ne voit pas en surface…

En fait, on ne peut pas dire que l’on est trop petit pour ne pas saisir un drame, une situation difficile, il n’y a pas d’âge où l’on est censé ne pas comprendre, ne pas retenir, ne rien voir.

Un jour on revoit la scène et l’on trouve plus ou moins les explications par rapport au passé.

C’est ainsi que je me rappelle le jour où ma sœur aînée a failli se noyer. Mon père était dans l’eau. Il se battait pour lui maintenir la tête hors de l’eau et l’extirper de ce danger.

Il faisait très beau, ma mère me tenait par la main. Toutefois, je sentais qu’elle était effrayée, paniquée, elle courait à côté de ma tante pour chercher une corde.

Mon oncle Louis qui avait essayé en vain de les sauver, avait dit à ma mère, « Ils sont fichus tous les deux ». Cette corde était destinée à son mari qui tentait désespérément de sauver sa fille, prise dans un tourbillon. Malgré tous ces efforts, elle était en train de se noyer.

Pourtant, ma sœur nageait près du rivage, mais ce jour-là ce tourbillon s’était formé et il aspirait tout ce qui était trop près de lui, dans un trou bouillonnant très dangereux.

J’ai su par la suite comment ils ont été sauvés, ils étaient très près du bord. Tous les gens sur la plage se sont donné la main pour arriver près de mon père et l’ont attrapé pour le tirer avec sa fille hors de l’eau.

Ce fut un très bel exemple de solidarité qui a permis de sauver mon père et ma sœur de la noyade. Il fallait y penser.

Cet événement m’a beaucoup marquée et même maintenant je me rends compte que la mer est dangereuse et je ne l’oublie jamais.

Mon père avait...