Une femme libre à l
125 pages
Français

Une femme libre à l'orée du XXe siècle

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Description

Didine est la figure emblématique de la famille maternelle de l'auteur. Née en 1867 dans un milieu modeste, elle s'est, grâce à ses dons et son tempérament, hissée en 20 ans, en haut de l'échelle sociale, devenant la collaboratrice et amie de Jeanne Paquin, la grande couturière. Ce livre retrace son parcours, ainsi que ceux de ses descendants, sur 150 ans.

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Date de parution 15 avril 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140147357
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

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Anne Gugenheim Wolff
Une femme libre e à l’orée du XX siècle Didine et sa descendance
Graveurs de Mémoire
Une femme libre e à l’orée duXXsiècle
Didine et sa descendance
Graveurs de mémoire
Cette collection est consacrée à l'édition de témoignages, récits personnels divers contemporains. Depuis 2012, elle est organisée par séries en fonction essentiellement de critères géographiques mais présente aussi des collections thématiques (univers professionnels, itinéraires divers...).
Déjà parus
Ségelle (Jeannine),Quel est l’oiseau qui allaite ?Anwa afrux isuttudden ?, 2020.
Bséréni (Alice), De « Vincennes » à Saint-Denis,La rançon des utopies, 2020.
Niccolaïni (Gwenola),L’Algérie, connais pas, Treize témoins en quête de souvenirs, 2019.
Rozan-Loubeyre (Aliette),La somme des couleurs, 2019
Roux (Jean-Baptiste),Confidences d’un maire dans la tourmente de 14-18, textes rassemblés par Elisabeth Roux, 2019 Ossoma-Lesmois (Richard),Antoine Ndinga Oba, Homme de terroir, éducateur, diplomate, africanité, 1941 – 2005,2019. Dijou-Guiffrey (Andrée),1846. Destination : l’Afrique, 2018.
Garron (Robert),Itinéraire d’un professeur au long cours,2018.
Schneider (Bertrand),Mes révolutions. Souvenirs de l’ancien secrétaire général du Club de Rome, 2018. Saad (Robert),Le jasmin dans la savane, 2018.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.editions-harmattan.fr
Anne Gugenheim Wolff
Une femme libre e à l’orée duXXsiècle
Didine et sa descendance
© L’HARMATTAN, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19642-8 EAN : 9782343196428
« Grande chose d’être mère, charme puissant qui nous amène toutes à souffrir pour nos enfants. » (Euripide,Electre, vers 410)
Didine dite Mademoiselle Claire (Maurice Faivre, 1897)
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Didine
En cette année 1897 où elle pose pour le peintre Maurice Faivre, elle a trente ans. Elle vient de signer un nouveau contrat de cinq ans avec la grande maison de couture Paquin. Elle rentre de Londres où elle a participé à l’ouverture de la succursale de Paquin. Elle ne sourit pas, elle ne nous regarde pas, concentrée sur son travail, sur son avenir. Néanmoins, elle est superbe dans cette simplissime robe verte. Elle, c’est Claudine Seurre, notre arrière-grand-mère, que tout le monde appelait Didine. Didine, un nom qui tinte doucement, comme une cloche lointaine. Un nom emprunt de nostalgie. Un nom qui fleure la poudre de riz. Didine, une très vieille dame, légère, droite comme un I, toujours vêtue de noir, les cheveux gris ramenés en chignon derrière la tête, un ruban blanc autour du cou pour en cacher le relâchement. Elle n’avait rien d’une arrière-grand-mère ou d’une grand-mère gâteau. Elle ne savait ni provoquer ni recevoir les confidences des plus jeunes. Elle n’était pas du genre à s’apitoyer, à caresser, à consoler. Mais elle était drôle et bien des anecdotes en témoignent. Bourguignonne, son souhait le plus cher était de prendre une belle cuite le jour de ses cent ans. Elle disait cela sans aucune affectation, sans aucune provocation. On sentait que cette idée lui faisait plaisir. Elle n’aurait jamais laissé un homme de la famille découper le poulet ou le gigot à sa place : c’était sa prérogative en tant que maîtresse de maison. Et elle avait l’art et la manière de ne faire que ce qu’elle avait envie de faire : elle avait une haute idée de la liberté, la sienne et celle des autres. Didine, une arrière-grand-mère de rêve livrant sa maison, ses armoires, ses tiroirs à la furie exploratoire de ses arrière-petits-enfants. Didine habitait Fontainebleau, une grande maison
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epatricienne construite au début duXIXsiècle pour le général Jacquin – un général de la Grande Armée napoléonienne – qui y mourut le 3 mars 1841. Elle l’avait achetée dans les années 30 du siècle dernier, lorsqu’elle décida de se retirer du monde. C’est d’abord la véranda qui surgit dans les souvenirs. Éclairée de larges baies, elle couvrait toute la façade qui donnait sur le jardin. En entrant, au fond à gauche, le coin-repas pouvait accueillir une vingtaine de personnes autour de la table, toujours présidée par la silhouette noire. Au centre, de part et d’autre de la large porte-fenêtre, de gros fauteuils de cuir fatigué où il faisait bon se pelotonner. Et à droite enfin, la salle du trône où gisaient déjà quelques trésors. Le trône d’abord. Une chaise-coffre de bois sombre, en fait, avec un haut dossier sculpté. Tour à tour, c’était le trône d’un roi, la chaise d’une princesse mélancolique qui guettait l’arrivée de son bien-aimé, la cache d’un trésor fabuleux. Et puis des tables, quelques chaises, une armoire qui recelait entre autres des daguerréotypes – des photos sur plaques de verre – des inondations de Paris de 1910 et l’appareil adéquat pour les visionner ainsi que des photos sur support cartonné de personnages dont les noms seuls faisaient rêver : princesse Paley, prince Paul, Jeanne Granier, Jeanne Paquin, princesse Olga Orloff. Et, devant la véranda, un grand jardin, empli de l’odeur des buis qui dissimulaient la maison du gardien et les écuries. En automne, des dizaines de robustes dahlias s’enflammaient autour de la pelouse, dopés par le crottin que Didine ramassait soigneusement lors du passage des cavaliers se rendant dans la forêt toute proche. Derrière la véranda, donnant sur la rue, le salon, grand, sombre. Encore des fauteuils, des tables, tables à jeu, tables grandes ou petites, rondes ou rectangulaires et un piano pianola à queue, noir, qui jouait tout seul : on y introduisait des rouleaux de carton léger et perforé, on poussait sur un bouton et prises de frénésie, les touches blanches et noires s’agitaient tandis que ruisselaient les notes d’une quelconque
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