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Via Scorpions

De
210 pages

« Imaginaire et réalité se mêlent dans mon histoire, qui oublie cette question inévitablement adressée au bon sens : qu’est-ce qui est vrai ?

La mort de mes grands-parents m'a conduite vers un être qui m’a ouvert la voie d’un monde merveilleux. Mon cœur s'est exprimé à travers ce récit qui raconte comment j’ai percé une énigme qui met en scène des membres du groupe mythique Scorpions. Un homme a tout fait pour me crier son existence. Une serrure a été forcée. Fiction ou réalité ? Qui peut vraiment le certifier ? »


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-89157-0

 

© Edilivre, 2015

Citation

 

 

Commence par faire le nécessaire,

Puis fais ce qu’il est possible de faire

Et tu réaliseras l’impossible sans t’en apercevoir

Saint-François-d’Assise

Avant-propos

Il n’existe pas de carte détaillée du réseau routier de la vie. Impossible de savoir où conduisent les chemins empruntés. L’imaginaire et la réalité se mêlent dans nos pensées et fusionnent si étroitement parfois pour nous mener vers un univers insoupçonné.

J’ai sillonné très tôt une route sans connaître sa réelle destination.

J’aimais me laisser porter par les flots de cette histoire en oubliant cette question qui inévitablement résonnait à mon bon sens : « est-ce vrai ? » Mon seul but a été de franchir la succession de montagnes qui se dressaient au fur et à mesure de cette épopée.

L’évidence a souvent été masquée, et des prétextes plus ou moins justifiés ont jalonné cette vie parallèle à laquelle je n’étais pas préparée.

Si tout était à revivre, si le choix m’était donné, je redonnerai le même sens à cette histoire. Un rêve inépuisable et épuisant par l’immensité des possibilités qui me furent offertes.

J’ai tourné une clé dans une serrure interdite. Fiction ou réalité ? Qui peut vraiment le certifier ?

Chapitre I

1

L’automne est une saison fabuleuse, une saison de transition, où toute existence s’endort lentement faisant disparaître les signes de sa grandeur passée.

C’est une saison humble, qui sans briller, se pare d’or et de lumière, que l’on peut regarder en face parce qu’elle est simple et nue, c’est la lumière feutrée du possible, la lumière de la renaissance, qui ouvre la porte au renouveau et aux présages qui pourront éclore si la volonté de renaître est réelle.

Une période de veille s’installe, où tout ce qui a été, se rassemble en un immense bloc qui porte la beauté et la cruauté de ce qui n’est plus visible. C’est un large territoire où l’on peut errer à sa guise, un pays ouvert et libre qui offre à ses visiteurs les éléments essentiels de leur destinée. On peut se comparer aux branches nues des arbres éteints et imaginer que bientôt, une nouvelle chance verra le jour.

Sous le signe du scorpion, en cette saison, je suis née. Quel sens allais-je donner à cette existence en me promenant dans ce territoire automnal où des êtres éternels chuchotèrent au fond de mon cœur que comme eux, rien ne s’arrêterait jamais.

Si je ferme les yeux, aujourd’hui, je sais que ce qui jalonne mon chemin n’est que pur choix de mon âme, que la détermination porte mon prénom et que tous les sentiments qui emplissent mon corps sont les pierres de l’édifice de ma vie. Mon âme est un tourbillon cosmique qui se fixe ça et là au gré de mes désirs et de mes passions.

Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours senti en moi une différence, sans pouvoir définir son origine et sa destination. Peut-être un destin particulier, un destin intemporel et obligatoire par la certitude qui m’habitait de ne pouvoir y échapper.

Puis, mon esprit s’est ouvert sur un phénomène perceptible, sorti des entrailles de l’univers, déterminé à changer ce qui existe. Face à lui, pas d’issue, il m’effraie et m’attire tout à la fois, il me donne et reprend, me satisfait ou me met en colère, m’affaiblit et me guérit, il est tout en moi et rien de ce qu’il fait ne m’échappe, il est l’envie qui résonne en moi, mon rêve et mon cauchemar. Il se sert des masques et des voiles et me parle au travers de mes propres mensonges. Il est un guerrier du temps, la grande âme perdue. Il est celui qui se place au détour de ma route, l’ombre de mes tentations, l’usurpateur de ma folie, il traque sans cesse, châsse sans relâche, et se retrouve pris au piège de mes doutes et mes ambiguïtés. Ses choix pour moi sont comme les vents qui sonnent en glas violents et délicats lorsque je les accepte. Il se nourrit de mes jugements et s’amuse de mes visions.

Pour lui, j’ai erré dans le monde des questions sans réponses, je me suis perdue au royaume des pensées qui ne mènent nulle part, j’ai gravit des montagnes sans sommets, parcouru des rivières sans berges, suivi des sentiers sans fin. J’ai fermé les portes de la vérité parce que l’invraisemblable suivait ma route.

Il est la source de l’histoire que je vais vous conter, une histoire au-delà du visible et de l’accessible. Elle débute sans aucun doute dans des temps lointains animés de notions incompréhensibles aux sens communs. Elle a existé par la force que deux êtres à travers d’autres ont mis pour la rendre vivante et palpable et pour qu’elle perdure au-delà du temps et de la raison.

Au fur et à mesure des années, je suis devenue un alchimiste du passé pour révéler l’essence de ce qui allait devenir. J’allais mettre dans mon athanor tout ce que je trouvais, tout ce qui allait surgir de cette histoire, tous les signes, toutes les interprétations. Simples, compliquées, folles, farfelues, inconcevables, toutes mes idées iraient emplir ce récipient et se mélanger pour que peut-être à la fin jaillisse, l’or de la vérité.

Aujourd’hui, mon courage me guide pour sortir de l’ombre des fantasmes et entrer à pas de géant dans la lumière. Les artifices vont disparaître sous cette plume pour coucher sur du papier vierge une histoire hors du commun, mon histoire.

2

Rencontrer un être, un jour, sans raison et hors du temps, et se dire que forcément il va jouer un rôle dans notre destin.

Mon phénomène m’a repérée à l’aube de ma conscience, à peine sortie de l’enfance, quand la jeunesse de mes 14 ans, masquait ce que je suis réellement. Il s’est présenté à moi sous la forme d’un autre, Manuel, qui lui ressemblait mais qui n’était pas lui. J’étais là, face à lui, l’innocence de mon regard dans l’intensité de ses yeux bleus limpides qui me disaient « viens à moi ». A cet instant, à cet endroit, l’éternité et la magie s’unirent créant un lien terrestre d’un nouveau genre, si puissant que jamais il ne s’effacerait.

Pourtant je pense avoir reconnu cet inconnu, son apparence physique m’était familière, ces yeux m’avaient déjà regardé, quand ? Impossible de me souvenir.

Un sentiment de possession émanait de Manuel, comme si, présent au fond de son âme, un être ne pouvait accepter que mon amour innocent et naissant ne soit pas pour lui.

Avec le recul, je suis sûre qu’il a utilisé Manuel pour me ramener à lui pour que je ne l’oublie pas, pour qu’un jour mon esprit s’embrouille dans un souvenir volatil en voyant apparaître celui qui lui ressemblait et en comprenant à ce moment précis que là, il se passe quelque chose.

J’ai aimé Manuel pour ce qu’il était et non pour le souvenir inconscient qu’il m’évoquait. Je me suis laissée bercer par les délices des sentiments qui prenaient forme dans mon cœur et par les sensations qui animaient ses mains sur mon corps neuf et innocent. J’ai cru en lui, pour lui alors que ce n’était pas lui, mais comment aurais-je pu le savoir, deviner ce qui se cachait au tréfonds de mes pensées incertaines et qui resterait inaccessible jusqu’à ce qu’il m’envoie un signe de reconnaissance que j’allais mettre 18 ans à accepter et à comprendre.

Manuel m’a accompagnée pendant tout ce temps, qui était-il réellement pour obséder mes pensées jusqu’à obscurcir l’horizon et me fixer des limites inconcevables que je refusais de franchir de peur de tout perdre. L’opacité de son amour m’effrayait, que craignait-il pour ne pas oser m’affronter, pour préférer souffrir que de venir à moi et révéler son amour qui n’était peut-être qu’une illusion. Idéaliser un être par l’impossibilité d’en trouver un autre. N’étais-je qu’une représentation de la femme qu’il imaginait en secret et qu’il animait au gré de ses fantaisies et de ses humeurs. S’inventait-il un monde parallèle où tout était possible entre nous. Ses déchirements devaient être profonds pour maintenir mon éveil pendant toutes ces années et m’aveugler en me faisant douter que derrière lui se tenait l’autre.

Il a tout fait pour maintenir cette situation, n’a jamais lâché ce lest qui m’aurait permis de m’introduire dans la brèche de la vérité. Une ambiguïté était derrière chaque mot qu’il prononçait, comme si depuis le départ, il savait qu’il n’était pas seul et surtout que ce n’était pas lui. Mais cet amour devait l’emplir d’une force si puissante qu’il refusait tous risques de le voir disparaître à tout jamais dans les couloirs insidieux des souvenirs nostalgiques.

Durant de nombreuses années, il s’est comporté de façon à ce que je vive à travers lui. Il a bâti un coin dans l’univers où il a tenté de m’enfermer. Mon esprit aurait pu se perdre en refusant d’exister. Parfois, je me sentais attirée si fort dans son royaume chimérique, que je franchissais le seuil de la désespérance qui m’emmenait petit à petit vers une réalité destructrice et illusoire.

Quel grand magicien s’est tenu débout aux côtés de Manuel, pendant tout ce temps, et l’a mis sous le joug de ses désirs les plus obscurs, pour enfermer mon amour dans son jardin secret.

Je le ressentais, il ne s’écoulait pas une journée sans que sa pensée atteigne mon esprit. En même temps, je vivais ma vie en gardant enfouis au fin fond de mon cœur, les moments pénibles qu’il me faisait vivre en m’attirant sans cesse à lui. A qui aurais-je pu expliquer ce que je ressentais sans passer pour une amoureuse éperdue, vivant une histoire d’amour somme toute banale. Mais, je savais que cela n’en était pas une, qu’elle n’était qu’un prétexte aux prémices de ce qui allait surgir. Un jour, c’est sûr, je n’en doutais pas, je serai face à lui et je tuerai ce rêve qui n’avait pas lieu d’exister.

Je rencontrais Manuel aux détours de ma ville et ces rencontres étaient toujours ponctuées de magie. L’une d’elle m’a particulièrement marquée. Elle s’est déroulée dans le hall d’un grand magasin. J’étais avec mon fils, et me dirigeais vers l’entrée, lorsque soudain dans ma tête une voix résonna comme quelqu’un qui m’appelait à l’intérieur, je me retournai alors brusquement et à une vingtaine de mètres plus loin, je vis Manuel qui me regardait. A cet instant, tout s’arrêta autour de moi, les bruits cessèrent, les gens devinrent statues, il ne restait de vivants que lui et moi, nos regards et nos sourires. Le temps s’est à ce moment arrêté quelques secondes ou peut-être plus, pour nous permettre de nous reconnaître. Lorsque je me suis retournée pour lui échapper, le temps a repris son cours et tout est redevenu normal. Malgré l’invraisemblance de cette scène, je puis vous assurer qu’elle ne fut pas un rêve mais une réalité d’un instant hors du temps. Notre attirance l’un pour l’autre a franchit ce jour là les limites terrestres et s’est matérialisée dans un univers dont nous seuls détenions les clés. Je ne suis pas allée vers lui car rien dans mon être ne souhaitait le rencontrer.

C’est le moment de vous expliquer cette ressemblance et comment je l’ai découverte.

J’avais 18 ans quand une musique a atteint mon esprit en me percutant de la tête au pied. Elle a cogné si fort à la porte de mon cœur que je n’ai pu m’empêcher de l’ouvrir. J’ai été foudroyée par cette mélodie qui a enveloppé tout mon être d’un voile à travers lequel je ne pourrais plus voir la réalité comme avant.

J’adore la musique, elle a le pouvoir de me faire échapper à l’oppressante réalité journalière, elle permet de voyager, d’atteindre des endroits de plénitude et de bien être parfois extrême qui donne au corps le sentiment d’être plus léger et prêt à affronter la vie.

Mais là, c’était de trop, la musique qui jaillit à ce moment a fondu mon âme en elle jusqu’à me faire percevoir des sensations jusque là inconnues. Qu’était-il cet air qui atteignait le plus profond de mon être comme jamais auparavant, comparable à un chambardement passager inexplicable, je dus m’asseoir tant l’intensité de ce qui se produisit à cet instant fut insoutenable.

Tout à coup trop lourd, mon corps s’est durcit et a libéré mon esprit qui réclamait l’union avec cette mélodie. Je me suis donc laissée fondre une seconde en elle pour laisser à mon esprit le soin d’accomplir son travail spirituel.

« Always Somewhere » de Scorpions m’avait littéralement bouleversée. Ce groupe allait alors et tout naturellement devenir l’un de mes favoris, celui dont j’allais découvrir le passé, m’imprégner du présent et attendre l’avenir, bref j’étais devenue une FAN.

Au printemps qui suivit, j’allais rencontrer pour la première fois ceux que je ne reconnaîtrais qu’au bout de longues années dans lesquelles leur présence se manifesterait sous forme de faits inexplicables. Me voici donc en route au concert du groupe Scorpions qui je dois l’avouer m’intriguait depuis ce fameux « coup de foudre ». Tout ceci m’enchantait, enfin quelque chose qui rafraîchissait ma vie, je me sentais comme un papillon sortie de son enveloppe et je n’imaginais pas que j’allais brûler mes ailes en approchant ceux qui allaient me révéler au fur et à mesure des années, à travers les signes et leurs chansons, l’ampleur de mon existence. En attendant, ce concert fut une réelle explosion de joie.

Au lendemain du concert, tout allait basculer, car c’est là que j’ai découvert la ressemblance frappante entre le chanteur, Klaus, et le premier homme rencontré quelques années auparavant, Manuel. Je suis restée prostrée devant cette photo posée là, essayant de démentir les pourtant si frappantes similitudes des deux hommes. Les aspects physiques étaient particuliers et difficiles en temps normal, à retrouver entre deux personnes. Tous deux étaient de même taille, moins d’1 m 70, la même corpulence, des cheveux longs noirs et frisés, et je n’aurais jamais pensé retrouver chez un autre les yeux bleus, profonds et saisissants de Manuel, Klaus avait les mêmes. Un flou s’installa dans mon esprit et des questions assaillaient ma logique, non, je ne comprenais pas et surtout : où était la finalité ?

Après avoir longuement réfléchi à cette ressemblance, je décidai sans aucune conviction, de l’accepter en tant que telle, et je ne l’ai pas prise comme la révélation qu’elle aurait dû être. Mais comment aurais-je pu deviner que tout cela ne relevait pas d’un simple hasard mais d’un évènement qui prenait sa source entre ici et ailleurs, un endroit dont le souvenir m’échappait. Comment aurais-je pu mesurer l’importance capitale que cela avait et aurait dans ma vie.

Pourtant, en moi, une intuition me poussait vers ce groupe, comme si quelqu’un me parlait au creux de l’oreille pour me raconter qu’un jour, dans un autre temps, entre eux et moi, une promesse… Ces confidences invisibles étaient furtives et l’irrationnel qui commençait à entourer cette histoire me fit douter de moi et me ramena vers Manuel, qui était bien réel. Je pouvais l’atteindre, lui parler alors qu’en face c’était insaisissable, volubile, au moins avec Manuel, je pouvais envisager les choses d’un point de vue matériel. Cette gymnastique de corps et d’esprit allait durer jusqu’à me transformer en véritable équilibriste évoluant sur un fil tendu entre Manuel et Klaus qui s’amincissait au fur et à mesure que j’acceptais que toutes choses n’est pas forcément explicables. Ma vulnérabilité allait me perdre dans un désert sans fin où l’horizon disparaît peu à peu jusqu’à effacer le futur. J’allais donc partir en quête des clés qui m’ouvriraient la porte de ce lieu inaccessible, j’allais franchir la ligne.

La logique quittait cette histoire, j’allais me laisser aller, avec les chansons de Scorpions, je retrouvais Manuel. Je continuais d’écouter la musique de ce groupe avec l’espoir d’y trouver une réponse, je me nourrissais des sons, je fermais les yeux et me laissais envahir. Les sensations étaient si intenses que j’y pris goût et je le fis encore et encore jusqu’au jour où je compris qu’en faisant cela, j’atteignais quelqu’un. Un lien invisible reliait nos esprits, peut-être étions-nous en permanente connexion, de toutes façons, je l’atteignais trop facilement pour qu’il me soit complètement étranger. Ce lien devenait le maître absolu de ce jeu, je me fondais dans ce qu’il avait de terrible et il me poussait au bord du gouffre sans jamais m’y faire tomber. Que de peurs délicieuses, nous devenions insatiables et nos envies intarissables. Les émotions de cette mise en relation spirituelle étaient des flammes régissant mon âme et brûlant mon existence.

3

J’ai eu un privilège extraordinaire au commencement de mon existence, mes grands-parents Marcelle et Fernand, des êtres, à mes yeux, hors du commun, m’ont offert un amour rare. Aussi loin que je me rappelle, ils ont toujours eu pour moi une confiance et une écoute permanente. Ils m’ont guidée dans ma foi et ont su respecter sans me juger la différence qui me caractérise.

Le 4 novembre 1964, à minuit et demi, ma mère, Viviane, me mettait au monde, loin de réaliser que ce petit être tant attendu était là, face à elle. Dans cet hôpital, Viviane a peur. Ses relations avec Marcelle n’ont jamais été fleurissantes, mais depuis sa grossesse, elles sont déplorables. Marcelle lui reproche son état de fille, et crie à tort et à travers, à qui veut l’entendre, qu’avoir une fille serait un grand malheur. Alors Viviane anticipe la réaction et elle tremble de rentrer avec cette petite fille dans les bras, pourtant, elle a 17 ans, et n’a pas d’autres choix que de rendre les armes. Pour sa part, Fernand est émerveillé, il n’a pas eu d’enfant et n’en finit pas de contempler ce bébé, qui aurait pu, si le destin en avait décidé autrement, être le leur, à Marcelle et à lui. Le 13 novembre 1964, Fernand, Viviane et moi-même, rentrâmes chez nous, et là, un miracle a eu lieu, Marcelle d’habitude si froide, prit l’enfant dans ses bras, et pour la première fois, a fondu d’amour.

Marcelle était une femme de caractère, un personnage, qui à 70 ans avait bon pied, bon œil, malgré son invalidité qui la clouait dans son fauteuil près de la fenêtre duquel elle voyait et analysait le monde. Fernand, je n’ai pas peur de le dire, était un ange, un homme d’une gentillesse rare, un ancien poilu des tranchées de la guerre 14-18, qui lui avait donné une foi et une force de vivre au-delà du malheur. Il s’occupait de Marcelle avec un amour qui ne réclamait rien. Il m’a fait découvrir la vie avec sa foi et son amour pour la Vierge à qui nous rendions hommage chaque soir. Marcelle, plus pragmatique, avec sa force de caractère, a ponctué mon enfance de phrases telles que « ne regarde jamais vers le bas », elle m’observait quand je rentrais de l’école. Cela paraît simple, mais mon jeune esprit a bu les paroles et j’ai grandit entre la personnalité affirmée de Marcelle et la gentillesse de Fernand.

Faisons une parenthèse parce que je pense qu’il est important de vous dire que Rudolf, le guitariste leader du groupe Scorpions a appelé son fils Marcel. Cela est-il une coïncidence ou avait-il en faisant cela, sachant que Marcel n’est ni un prénom allemand, ni un prénom à la mode des années 1980, une idée précise ?

Laissez-moi vous emmener à mes 10 ans, lorsque partie en colonie de vacances, je fis un rêve, mes grands parents marchaient sur la rambarde de leur fenêtre, ma grand-mère est tombée la première, mon grand père l’a suivit. Ce rêve m’a tout de suite évoqué quelque chose, ma capacité à réfléchir a été à ce moment celle d’une adulte et j’ai compris que c’était la fin.

De retour chez moi, ma mère m’a annoncé que Marcelle était « partit au ciel », j’ai entendu des pas dans l’escalier et j’ai vu mon grand père pleurer. L’intensité des sentiments entre Fernand et moi à cet instant était indescriptible, lourde, un mélange de colère et de déception devant tout ce qui cessait, ils ne seraient pas là pour me voir grandir. Cet être de bonté était meurtri et sa détresse se fondait dans mon cœur, j’ai atteint son âme et j’ai compris que comme dans mon rêve, il suivrait Marcelle.

Son amour était déchiré, étiolé dans une incompréhension, mais Marcelle était là derrière lui dans cet escalier, elle venait le chercher, concevoir une vie l’un sans l’autre sur terre ou ailleurs, cela n’était pas possible. Fernand est tombé malade aussitôt, il vivait chez nous et je constatais avec désespoir sa « déchéance physique ». Je ne pouvais me résoudre à le quitter, je pleurais souvent avec lui et je l’aidais du mieux que je pouvais du haut de mes 10 ans. Voyant cette situation, mes parents décidèrent que mon grand-père finirait ses jours chez ma tante à 50 km de chez nous. Impuissante devant cette situation, je dus l’accepter mais mon cœur et mon esprit restaient en permanence connectés à Fernand. Le 23 décembre 1974, nous nous rendîmes chez ma tante, où je m’arrangeais pour voir seule Fernand, qui me dit que Marcelle était venue le chercher et qu’ils allaient partir tous deux, il me pria de m’éloigner. Quelques instants plus tard, j’entendis mon prénom résonner trois fois dans ma tête : « Nathalie, Nathalie, Nathalie » c’était la voix de Fernand, et je sus instantanément qu’il était parti. Je courus vers la tablée familiale en m’écriant : « pépère vient de mourir, il est mort », tous me regardèrent étonnés, mon père vérifia mes dires qui s’avérèrent exacts.

Je restais là seule mais sans tristesse car je ne réalisais pas que la conscience de cette séparation ne me quitterait jamais, et depuis ce jour, je suis persuadée que mes grands-parents viendront me chercher quand ce sera mon tour de mourir. Ils venaient tous deux de partir dans un monde bien loin de moi, et pourtant si proche.

Ce rêve a été ma première vision.

Ceci aurait pu rester un évènement à part si à peine un an plus tard, une deuxième vision parvint à mon esprit. Nous étions en vacances, assis en haut d’une montagne. Animés d’un vertige envoûtant, nous contemplions une route qui serpentait dans la vallée. Soudain une idée parvint à mon esprit, deux voitures allaient surgir et il faudrait que j’empêche la collision. J’eus à peine le temps de faire part à mes parents de cette idée que les voitures surgirent face à face à bonne allure en bas, sur la route sinueuse, elles ne pouvaient pas se voir, mais nous, là haut, nous percevions le danger. Alors sans chercher à comprendre, je me suis concentrée, adoptant simplement l’idée reçue quelques minutes avant, demandant à la providence d’éviter l’accident. Le crissement des pneus a résonné dans l’écho de la montagne et les voitures se sont arrêtées sans dommage.

Stupéfiés, nous étions stupéfiés, mais le silence a suivi cet épisode et le cours de la vie a repris. Personne n’a cherché à savoir ce qui s’était réellement produit. Etait-ce pure invention de ma part, une coïncidence, ou avais-je devancé le temps.

Enfermés entre travail, enfants et vie personnelle, mes parents s’en sortaient bien. Malgré les embûches qui ponctuaient le temps et leur vie, ils construisaient dans le sens d’une évolution qu’ils voulaient à leur mesure. Ils ont bâti leur vie autour d’un concept respectable d’aller vers ce qui est possible et de s’éloigner de l’inatteignable et ont pu nous offrir l’essentiel. Rien ne les prédestinait à vivre une aventure comme celle-ci, et seuls l’incompréhension et le silence pouvaient répondre à mes interrogations.

J’imaginais à cet instant, avec mon esprit fertile, qu’au berceau de ma vie, un être fabuleux m’avait raconté comment ensemble nous pourrions ouvrir un monde fascinant d’étranges possibilités que seul lui et moi matérialiserions. Cet être mystérieux, longtemps auparavant, survolant toute existence, a ressenti la chaleur de mon aura et m’a enveloppée sous ses ailes, parce qu’il a perçu mon destin comme étant le sien.

J’ai grandi et évolué avec cette idée, ma perception changeait, c’est comme si, perchée très haut dans le ciel, à l’image de ma première vision, je voyais poindre les choses avant qu’elles n’arrivent. Tout me venait à l’esprit avec une incroyable facilité. J’anticipais tous les évènements de la vie, petits ou grands.

Marcelle et Fernand n’étaient plus là pour tenter de m’expliquer. Seule, face à un phénomène qui m’échappait, j’ai versé des larmes et crier leurs noms en vain, seul le vide m’a répondu.

Mon adolescence a été un passage à double tranchant où je m’efforçais de vivre une vie normale tout en sachant que je recevais une image du monde différente des idées reçues.

Malgré tout l’irrationnel qui côtoyait ma vie, j’avais les pieds sur terre et je m’efforçais de faire preuve de réalisme. Entre une relation « extraterrestre » et des visions, ma vie était tout à fait celle d’une adolescente, avec ses nombreuses relations, ses bêtises quotidiennes, et ses conflits permanents contre tout et rien. Mes résultats scolaires étaient à la hauteur de mon détachement, mais je me maintenais car je savais que ma liberté passait par mes études.

Livrée à moi-même, la peur a grandi avec mes dons qui s’accentuaient, une peur qui finissait par prendre corps tellement elle m’atteignait. Je vivais des épisodes de vie terrifiants peuplés de visions d’apocalypse. Je me fondais dans un monde de guerre et de terreur, j’avais en moi une force inépuisable. J’avais l’impression de dominer, puis je pleurais et mon chagrin se chargeait de larmes de regret dans lesquelles je me noyais pour une fois encore, redevenir celle que je serais toujours.

Je compris très vite que la peur freinait la réalisation de mes désirs, elle aveuglait les évidences. Il fallait mettre un terme, ces dons qui m’avaient été donnés, je les rejetais, je n’acceptais plus de percevoir l’avenir ou de voir les problèmes du monde que bien souvent je ne comprenais pas et surtout devant lesquels j’étais impuissante. Rien, ni personne, ne viendrait m’expliquer ce que j’étais, je devais vivre cette différence tout simplement.

Je ressentais en permanence un personnage à mes côtés, je sentais chez lui un amour profond qui atteignait le creux de mon cœur et si ma volonté de communiquer avec lui se faisait forte et sincère alors la grandeur des émotions s’amplifiait jusqu’à me faire baigner dans un univers de miel d’une douceur infinie. Des rivières de...