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Walter Bonatti

De
208 pages

Élevé au rang de meilleur alpiniste du monde puis à celui de légende, Walter Bonatti (1930-2011) fait enfin l’objet d’une biographie écrite par un tiers.

Malgré une carrière brève stoppée à seulement 35 ans, Walter Bonatti a changé le cours de l’alpinisme moderne, ses ascensions des années 1950 et 1960 comptant parmi les plus difficiles et les plus inspiratrices. 

Mythe, il le devient ensuite progressivement, quand il tourne le dos aux faces retorses pour partir en quête de cette « grande aventure » qui lui est si chère. Certes, l’Italien s’est déjà raconté dans des autobiographies devenues des classiques (À mes montagnesMontagnes d’une vie), mais en gardant toujours secret un large pan d’une personnalité riche et complexe. Ces faces cachées de Bonatti (le voyage, l’écologie, l’éthique, l’héroïsme…), Roberto Serafin les aborde dans un ouvrage rythmé et respectueux qui retrace une vie dont la montagne ne fut qu’une composante.

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Préface –Par Alessandro Gogna
Table des matières
Il m’a appris le rêve –Par Simone Moro
Photo de couverture : en 1965, Walter Bonatti rentre de la face nord du Cervin, où il vient d’ouvrir une voie directe en solitaire et en hiver. Un coup de maître qui marque la fin de sa carrière au plus haut niveau. L’état de ses mains témoigne de la rigueur des conditions. (© Musée national de la Montagne de Turin – Fonds Bonatti) © 2012, Priuli & Verlucca Via Masero, 55 / 10010 Scarmagno (Torino) Italie pour l’édition originale Walter Bonatti. L’uomo, il mito © 2013, Éditions Glénat Couvent Sainte-Cécile 37, rue Servan – 38000 Grenoble www.glenatlivres.comTous droits réservés pour la langue française ISBN : 978-2-823-30052-9 Dépôt légal : février 2013
Dans la même collectionHommes et Montagnes :
Bernard Amy,Le Meilleur Grimpeur du monde
Conrad Anker et David Roberts,Mallory et Irvine, à la recherche des fantômes de l’Everest
Jean-Michel Asselin,L’Irrésistible Ascension de Sonam Sherpa
Jean-Michel Asselin,Les Parois du destin
Jean-Michel Asselin,Nil, sauve-toi !
Jean-Michel Asselin,Patrick Berhault : un homme des cimesCyril Azouvi,Une année en haut
Yves Ballu,La Conjuration du Namche Barwa
Yves Ballu,Les Alpinistes
Yves Ballu,L’Impossible Sauvetage de Guy Labour
Yves Ballu,Mourir à Chamonix
Yves Ballu,Naufrage au mont Blanc
Marc Batard,La Fièvre des sommets
Marc Batard,La Sortie des cimes
Patrick Berhault,Encordé mais libre
Maria Blumencron,La Fuite à travers l’Himalaya
Roger Canac,Des cristaux et des hommes
Roger Canac,Paysan sans terre
Roger Canac,Réganel ou la montagne à vaches
Emmanuel Cauchy,Docteur Vertical
Emmanuel Cauchy,Médecin d’expé
Roland Chincholle,Au tréfonds des veines
Jean-Pierre Copin,Papy, la montagne et moi
André Demaison,Les Diables des volcans
Sir Edmund Hillary,Un regard depuis le sommet
Jean-Claude Legros,Hunza
Jean-Claude Legros,La Montagne à mots choisis
Jean-Claude Legros,Shimshal, par-delà les montagnes
Jean-Yves Le Meur,Faux pas
Djalla-Maria Longa,Mon enfance sauvage
Charles Maly,Peau de chamois
Reinhold Messner,Ma vie sur le fil
Reinhold Messner,Yeti, du mythe à la réalité
Gilles Modica,Himalayistes
Emmanuel Ostian,Le Pourri
Angélique Prick,Vice et versant
Rainer Rettner,Triomphe et tragédies à l’Eiger
Françoise Rey,Crash au Mont-Blanc
Samivel et S. Norande,La Grande Ronde autour du Mont-Blanc
Samivel et S. Norande,Les Grands Cols des Alpes Anne Sauvy,Nadir
Isabelle Scheibli,Le Roman de Gaspard de la Meije
Joe Simpson,Encordé avec des ombres
Joe Simpson,La Dernière Course
Joe Simpson,La Mort suspendue
Joe Simpson,Le Bruit de la chute
Joe Simpson,Les Éclats du silence
Judy et Tashi Tenzing,Tenzing et les Sherpas de l’Everest Sylvie Tomei,Mont Blanc Blues, variations littéraires et irrévérencieuses David Torres Ruiz,Nanga Parbat
Préface
Après une enfance difficile et une adolescence en temps de guerre, Walter Bonatti débute l’escalade très jeune à la Grignetta et rêve du massif du Mont-Blanc et des Dolomites. Malgré les dimensions modestes des tours des Grigne, le terrain aide grandement à se forger une personnalité ; Riccardo Cassin en atteste. Le jeune Walter démontre sans tarder qu’il détient en lui une force et une volonté inconnues de ses pairs, y compris des plus forts grimpeurs.
Et surtout, sa détermination et sa ténacité hors du commun, sa patience quand la situation l’exige, alliées à son calme imperturbable et à sa capacité d’analyse instinctive, lui permettent d’avoir bien avant le départ une vision globale et précise du problème qu’il va affronter, et ce jusque dans les moindres détails pour également faire face aux imprévus.
Ses premières réalisations caractérisent déjà un jeune homme jamais totalement satisfait de ce qu’il vient d’accomplir, car ses objectifs vont largement au-delà d’une banale réalité. Derrière son regard un peu froid et pénétrant et son sourire impassible, ceux qui le connaissaient pouvaient percevoir le feu intense qui habitait son âme ; il était si résolument tourné vers le futur qu’il ne pouvait accorder aucune joie durable au moment présent.
En tant que grimpeur, on l’a jugé « froid, calme et peut-être même un peu lent ». À ses débuts, il existait des alpinistes plus brillants et même plus doués que lui, en Italie comme ailleurs en Europe. Mais aucun d’entre eux n’était aussi calme et régulier que lui, aucun n’avait la force intérieure de la « locomotive » Bonatti. Bien sûr, il est d’abord passé là où d’autres étaient passés avant lui, et cela pouvait même prendre quelques heures de plus. Mais ensuite, qui pour le suivre ?
Car il fallut à peine deux ans à Bonatti pour franchir des limites que personne n’avait encore imaginées. Les projets qu’il élaborait appartenaient, pour l’élite d’alors, au domaine de l’impossible. Ainsi la face est du Grand Capucin (1951), ou le pilier du Petit Dru (1955) – qui portait son nom avant de s’effondrer en 2005. Il s’invitait dans l’odyssée du « jamais osé » avec une maîtrise de soi qui ne générera que des imitateurs. Car cette lucidité froide et cette pleine conscience de sa vraie valeur ne s’apprennent pas comme une quelconque technique : il faut naître avec.
Forcément ambitieux et perfectionniste, il s’entraîne systématiquement en vue de ses ascensions. Et comme tout perfectionniste, il n’est jamais vraiment satisfait de ses résultats.
En pratique, il allie le grand esprit d’entreprise d’un Riccardo Cassin et l’individualisme idéaliste d’un Giusto Gervasutti. Sa quête est celle de l’aventure parfaite : peut-être pour obtenir la revanche dont rêvent tous les Italiens de sa génération, touchés dans leur orgueil, blessés par un conflit mondial perdu, et égarés dans une guerre civile. En un mot, Bonatti devient le héros salvateur, celui qui rétablit les valeurs humaines par l’action rédemptrice.
Dans cette mission, il ne s’embarrasse guère de règles et de contraintes. C’est probablement la raison pour laquelle Ardito Desio, le chef de l’expédition au K2 en 1954, décida de ne pas l’intégrer à la cordée choisie pour l’assaut final vers le sommet.
La recherche essentielle de Bonatti s’est toujours tournée vers le progrès de l’homme, tout en évitant de se mettre lui-même en avant. C’était davantage une conséquence qu’une cause. Mais tous ne l’ont pas compris ainsi, et cela se traduira par un déluge de critiques, de
jalousies et de calomnies. Tout d’abord, la presse l’encensa, allant jusqu’à le qualifier de surhomme, puis n’hésita pas à brûler ce qu’elle avait adoré au premier incident de parcours. Les « provocateurs » comme Bonatti ont toujours subi ce traitement, alors qu’ils savent, grâce à leur créativité, bousculer dans le bon sens une humanité endormie. Mais au final, ils sont jugés indésirables et dérangeants. De ceux qu’il faut enfermer, voire supprimer. Les tragédies de Noël 1956 et de juillet 1961, toutes deux survenues au mont Blanc, sont les rampes de lancement du long combat qui va durer près d’un demi-siècle entre Bonatti et la presse. Un jeu de massacre sordide. Plus l’image de l’alpiniste se tourne vers l’exaltation, plus on cherche à déprécier celle de l’homme, qui est forcément l’acteur principal des ascensions.
D’un côté, aux yeux du public, Bonatti est unique et invincible : « Tous tombent et meurent, sauf Bonatti », comme le résume l’ami alpiniste et écrivain Gian Piero Motti. Mais de l’autre, il doit faire face au déchaînement d’éditoriaux de bien-pensants du boom économique des années 1960, de moralistes, de scribouillards qui fouillent en eaux troubles en quête de sensationnel.
À chaque attaque succède une nouvelle réalisation, et chaque nouvelle réussite est suivie d’un concert d’éloges accompagné d’autres attaques. Il ne faut donc pas s’étonner que Bonatti, pour ne pas chuter lui-même dans cette schizophrénie de l’information, décide d’abandonner l’alpinisme de haut niveau en 1965, finissant en beauté avec une merveilleuse ascension au Cervin. Pour ne pas être la victime d’une spirale incoercible qui l’aurait tôt ou tard emporté, Bonatti préféra, à la surprise générale, annoncer sa retraite.
Par ses réalisations et ses livres, Walter Bonatti a été (et est encore) mon maître, celui qui a fait naître en moi, dès l’enfance, l’envie d’aventure, l’envie de montagne. Par ses récits, j’ai compris comment on pouvait créer librement en respectant seulement quelques règles éthiques élémentaires.
Sa vie d’alpiniste est exemplaire et unique, faite de solitaires audacieuses, d’hivernales et de premières de très haut niveau, sans oublier ses expéditions extraordinaires au Gasherbrum IV et au K2 – cette dernière tournant à l’aventure humaine insensée. C’est un homme marqué par des réussites sans précédent, saluées par les médias, mais également par des drames qui généreront des polémiques durant des décennies. Son nom est connu dans le monde entier, aussi limpide et cristallin que ses montagnes. Un nom qui a contribué à la grandeur de l’Italie, en un temps où ce pays doutait de ses propres valeurs. Et Dieu sait s’il est important de nous en souvenir de temps à autre.
Alessandro Gogna Alpiniste, guide et écrivain
Il ma appris le rêve
Comme Bonatti, je suis natif de Bergame : une ville de plaine qui n’a pas grand-chose à voir avec les célèbres stations de montagne, comme Cortina ou Courmayeur. Les montagnes sont proches, sans pour autant se situer devant notre porte. Le cas de Walter est significatif et s’apparente à mes premières expériences. Il est d’abord devenu un grand de l’alpinisme dans les Préalpes bergamasques, puis dans les Dolomites et le massif du Mont-Blanc, où il a démontré tout ce qu’il avait dans le ventre. Ensuite, quand il s’est tourné vers l’alpinisme extra-européen, que ce soit au K2, mais surtout au Gasherbrum IV, il a laissé une empreinte indélébile. En 1958, quand il gravit avec Carlo Mauri cette « montagne de lumière » située non loin du K2, ils tracent une voie que personne ne sera en mesure de répéter.
Walter et moi étions des amis très proches. À partir de 2005, durant chacune de mes expéditions hivernales en Himalaya, je l’ai contacté plusieurs fois par téléphone satellite. Pendant l’hiver 2008, je l’ai appelé depuis le Broad Peak : je voulais lui dédier mon arrivée au sommet à l’occasion des 50 ans du Gasherbrum IV. J’ai dû toutefois m’arrêter à cent quatre-vingt-seize mètres de la cime.
Notre amitié était basée sur l’estime. Il me faisait énormément plaisir quand il me disait : « Tu es l’auteur des hivernales les plus difficiles des Alpes », car je comprenais ainsi qu’il suivait attentivement mon parcours. Walter était également un communicant et un narrateur hors pair. Notre première rencontre remonte au milieu des années 1990 lors d’une conférence. J’ai vite compris que j’avais beaucoup à apprendre de lui, alors j’ai décidé de participer à la soirée et je me suis présenté avec la politesse requise.
Il vint ensuite au Palamonti, siège de la section du Club alpin italien de Bergame, où nous avons longuement parlé. Depuis ce jour, nous n’avons jamais raté une occasion de nous rencontrer. Autant que je sache, il a affronté la maladie avec la même détermination que lorsqu’il grimpait. Jusqu’à la fin, il a été un homme convaincu qu’il est possible de vivre un quotidien entièrement dédié à ce grand rêve de l’exploration, et pas seulement verticale.
Enfant, quand on me demandait ce que je voudrais faire plus tard, je répondais sans hésitation que je serais grimpeur. Mais on me disait que j’étais fou. Tout le monde, sauf mes parents, me mettait en garde : seuls Messner et Bonatti sont parvenus à vivre de l’escalade et à s’imposer. Et leur exemple m’a fait comprendre que nous devons être les premiers à croire en ce que nous faisons, sans nous créer de limites ni d’obstacles. Bien au-delà d’une envie de l’imiter, Walter m’a persuadé que tout ce que j’avais en tête n’était pas une simple utopie. J’avais déjà reçu la même leçon de mon père, auquel je dois grandement d’avoir fait du rêve de l’alpinisme une réalité quotidienne.
Simone Moro Himalayiste