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Et incarnatus est

De
254 pages
Et incarnatus est est une nouvelle vision de la réincarnation à travers l’expérience d’un chercheur biologiste qui découvre l’existence d’autres dimensions de l’être humain.

Science, technologie, médiumnité et spiritualité travaillent ensemble vers de nouvelles découvertes stupéfiantes sur l’au-delà. Ce livre propose une vision différente de ce monde des esprits dont l’action sur le nôtre n’est plus à récuser.

Nul doute que les nombreuses questions abordées dans cet ouvrage amèneront le lecteur à considérer la vie autrement en se posant la question de son devenir après la mort.
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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-62644-8

 

© Edilivre, 2014

I
Marc

« Garçon ! Un autre ! »

« Ah ! Whisky, mon ami, mon seul ami. Toi tu m’écoutes. Toi tu sais mon désespoir d’avoir tout perdu, tout ! Je n’ai plus que toi et je me donne à toi corps et âme. En échange, tu m’aides à supporter, à oublier ne serait-ce qu’un instant, ma douleur. »

« Voilà, Monsieur, et ce sera le dernier, après on ferme. »

« Oh non ! Vous ne pouvez pas me faire ça ! Il n’est qu’une heure du matin ! »

« Désolé, Monsieur, on ferme ! »

« Tant pis ! Merci quand même. Combien vous dois-je, jeune homme ? »

« Cinquante quatre euros, Monsieur. »

« Voilà soixante et gardez la monnaie. »

« Allez, mon petit dernier, je te bois cul sec et je me casse ! »

Le petit dernier ne fit pas long feu. Marc se leva hésitant. Il resta quelques secondes à sa place attendant que le bar arrête de bouger. Son regard improbable essaya de repérer la porte de sortie qui sautillait de gauche à droite, de droite à gauche, de haut en bas et de bas en haut. Ça y était, elle s’était un peu calmée et le sol semblait redevenir plus stable. Marc se précipita maladroitement vers la sortie. Pas de chance, la porte était fermée et le bruit de son visage sur la vitre attira l’attention du serveur et du dernier client attablé au fond du bar.

« Ça va, Monsieur ? »

« Ça va, Ça va, pas de problème, c’est juste la porte qui s’est jetée sur moi. »

Marc sortit. L’air frais le surprit. La nuit était sombre et les pâles réverbères avaient bien du mal à éclairer la rue déserte. Un petit vent léger emportait quelques feuilles de journaux vers un avenir aussi sombre que celui de Marc. La fraîcheur le dessaoula. Il resta immobile et attendit que ses idées le rejoignent. Ça y était. Il était un peu plus lucide. Il se rappelait où il habitait avec… avec… PERSONNE. Il sentit monter en lui un mélange de haine et de tristesse. Lequel des deux sentiments allait-il l’emporter sur l’autre ? Il serra les poings. Il luttait contre sa propre gorge qui se serrait. Il dût ravaler cette énorme boule qui lui bloquait la déglutition, qui lui faisait mal dans la gorge. Non ! Il ne le pouvait pas ! Il sentit son souffle se dérégler. Un hoquet le surpris. Une larme perla au coin de son œil. Il l’essuya mais une autre arriva qui précédait un raz de marée de tristesse profonde. Il pleura.

« PERSONNE ! PERSONNE ! PERSONNE ! »

II
Paul

« Excusez-moi, garçon, cet homme qui vient de sortir, vous le connaissez ? »

« Oui, Monsieur, il vient tous les jours depuis une semaine. Il paraît qu’il a perdu toute sa famille dans un accident. »

« Il a l’air de boire beaucoup ! »

« Oh oui ! D’ailleurs je suis obligé de lui mentir un peu. A vous je peux le dire, ce n’est pas vrai, on ne ferme pas encore. »

Je compris l’allusion.

« Ah bon ! Alors servez-moi une autre bière s’il vous plait. »

« Tout de suite, Monsieur ! »

Mes idées se bousculaient soudain.

« Il me semble qu’il serait un bon cobaye pour mon projet ! Non, ton projet doit rester à l’état d’idée ! Pourtant tu as ressenti un frisson étrange en le regardant ! Ton projet est totalement fou, tu n’as même pas eu le temps de le creuser suffisamment pour en mesurer la faisabilité ! C’est vrai, mais … ! »

« Voilà, Monsieur, ça fait deux euros quinze. »

« Hein ? Ah, oui ! Attendez, je cherche. »

Je plongeai machinalement ma main dans ma poche pour en retirer mon minuscule porte-monnaie, l’ouvris et en retirai fièrement une pièce de deux euros que je tendis au serveur. Il la prit mais ne bougea pas. Son immobilisme m’interpella.

« Qu’y a-t-il ? Il en manque ?”

« Oui, Monsieur, ça fait deux euros et quinze centimes. Il manque quinze centimes. »

« Excusez-moi, j’ai la tête ailleurs. »

Je fouillai de nouveau ma petite bourse et en sortis vingt centimes que je lui tendis en le gratifiant d’un « gardez la monnaie » qu’il considéra avec moins de joie que je n’espérais. Je le regardai s’éloigner sans le voir.

« S’il vient tous les jours, je reviendrai demain. Je jugerai alors de ce qui doit être fait. »

Je bus ma bière sans m’en rendre compte. Le garçon aurait pu m’apporter un verre d’eau que je n’aurais rien vu. Des idées floues et fluctuantes occupaient tout mon esprit.

« Je vais marcher un peu pour m’aérer le cerveau. »

Je me levai, enfilai mon manteau, remerciai le serveur et sortis du bar.

III
Premier contact

« Sale projet ! Personne n’y croit, il est déontologiquement impossible de le mettre en place, de toute façon, je ne trouverai jamais un cobaye qui accepte de se prêter à l’expérience. PERSONNE ! Sauf peut-être… allez oublie ! Marche et n’y pense plus ! »

Se vider la tête n’était pas chose facile mais la rue était si calme, la lumière si tamisée par la crasse qui recouvrait les réverbères, l’air si frais, que j’y arrivai presque. Je descendis cette rue, la tête dans le ciel noir en essayant de me persuader que la vie était belle. Je ralentis même mon pas pour m’obliger à retrouver le calme. Je respirais profondément et l’air qui entrait dans mes poumons irradiait tout mon corps de sa fraîcheur bienveillante. Je commençais à me sentir de nouveau bien. Le noir du ciel absorbait les dernières bribes de mes pensées pseudo-scientifiques pour laisser la place à des sensations bien plus humaines. Le calme s’installa en moi. Je marchais enfin tranquille.

Soudain, je manquai de tomber. Mon pied avait heurté un obstacle que je n’avais pas vu du fait que je regardais le ciel. Je me rattrapai tant bien que mal en levant le pied pour le passer au-dessus de cet amas qui gisait et en espérant, un dixième de seconde, que dans l’urgence j’aie bien jugé de sa hauteur et de sa longueur. Je le reposai lourdement à quelques centimètres de ce tas informe.

Des frissons et une chaleur envahirent ma tête. J’avais déjà ressenti cette sensation plusieurs fois. Enfant, quand je faisais une bêtise et que l’on me surprenait, plus tard lorsque j’avais vu mon premier mort, ensuite lorsque je m’étais déshabillé pour la première fois devant une fille. Ces sensations signifiaient qu’il se passait quelque chose. Et généralement cette chose n’était pas bonne. Enfant je prenais une fessée après ces frissons. Le mort était mon père et j’avais été très triste après avoir vu son corps sans vie. Quant à la fille, cette première expérience s’était avérée si catastrophique et elle si peu compréhensive que j’avais été la risée de tout le collège jusqu’à la fin de l’année scolaire. Bref, ce qui m’arrivait n’était sûrement pas bon !

Je baissai les yeux et découvris un corps inerte allongé face contre le sol. Du sang teintait légèrement le macadam près de sa tête.

« Occupons-nous de ce pauvre clochard. Il est blessé. Peut-être est-il mort. Cela expliquerait les frissons et la chaleur. »

Je m’accroupis à côté de lui et posai deux doigts dans son cou pour prendre son pouls comme je l’avais vu faire dans tant de films américains. J’avais très chaud. Une légère pulsation se faisait sentir. Il vivait. Ouf ! Je n’aurais pas su quoi faire s’il avait été mort.

Je le saisis par l’épaule pour le retourner. Son visage était en sang mais je le reconnus. C’était l’homme du bar. Il était inconscient. Il avait dû chuter et son visage avait violemment heurté le sol. Son nez avait littéralement explosé.

Les frissons me reprenaient de plus belle. Que faire ? Je retournai au bar en courant. Il n’était pas encore fermé malgré qu’il n’y ait plus personne.

« Vite, garçon, le client de tout à l’heure est allongé inconscient un peu plus bas dans la rue. Il faut appeler les secours ! »

« Ok, tout de suite ! »

Il saisit le téléphone et composa immédiatement le 15. Il expliqua la situation et donna le nom de la rue avant de raccrocher.

« Voilà, y’a plus qu’à attendre ! »

« Heu… je ne vais pas pouvoir rester, moi, je suis attendu ! »

« Ah ? Bon ! Ok, je ferme le bar et je vais attendre auprès de lui. Vous pouvez quand même me montrer où il est ? »

« Bien sûr, c’est sur mon chemin. »

Il éteignit tout, ferma la porte à clé, baissa le rideau de fer et nous prîmes ensemble le chemin du corps. Plus nous avancions, plus je sentais monter une inquiétude en moi. De là où nous étions, je ne voyais pas la masse dans laquelle j’avais failli shooter tout à l’heure. J’espérais qu’il fut encore là, sinon, j’aurais l’air bête.

Arrivés là où j’avais laissé l’inconscient, nous constatâmes que seule la petite flaque de sang prouvait la véracité de mes dires. Il était parti.

« Il a dû reprendre ses esprits et partir » dis-je au serveur du bar.

« Sûrement ! »

« Il faudrait prévenir les secours que ce n’est pas la peine de venir ! »

« Je retourne au bar pour les appeler. »

« Bien, je peux vous laisser ? Je suis pressé. »

« Bien sûr. A bientôt j’espère ! »

« A bientôt ? A bientôt ? Quel commerçant, celui-là ! Il veut me revoir dans son bar. » me dis-je en m’éloignant.

En rentrant chez moi, je ne cessais de repenser à ce qui venait de se passer. Devais-je considérer qu’il s’agissait de ce que James Redfield appelle des synchronicités dans « La prophétie des Andes » ? Cet auteur de référence pour moi estime que tout ce qui nous arrive « par hasard » a un sens qu’il convient de saisir pour comprendre la voie que nous devons suivre. Il m’aurait tout de même été plus agréable de penser que le hasard existe. Ne serait-ce que pour éviter de croire de nouveau à mon satané projet.

« La nuit porte conseil, dit-on. Je verrai bien demain… si j’arrive à m’endormir. »

IV
Hôpital

« Bonsoir, Mademoiselle. »

« Bonsoir, Monsieur, que vous est-il arrivé ? »

« Je suis tombé et je pense m’être cassé le nez. »

« Vous avez votre carte d’assuré ? »

« Non, je suis désolé, je n’avais pas prévu de me faire mal ce soir et de venir ici. »

« Bien sur ! Votre nom ? »

« Paulier, Marc Paulier »

« Date et lieu de naissance ? »

« 10 avril 1965 à Valence »

« Votre adresse ? »

« 22 rue des chalets à Bourg les Valence »

« Vous avez un téléphone ? »

« Oui ! » répondis-je sans lui en donner le numéro puisque telle n’était pas sa demande exprimée.

Toutes ces formalités m’exaspéraient. J’avais mal ! Cela ne me dérangeait pas en soi mais ce n’était pas normal. J’aime ce qui est normal. En même temps, rien n’était vraiment normal dans ma vie depuis quelques jours.

« Je peux avoir votre numéro de téléphone s’il vous plait ? » demanda-t-elle en levant les yeux au plafond.

Je l’avais énervée et j’en étais satisfait. Je lui donnai mon numéro.

« Merci, allez vous asseoir en salle d’attente, on vient vous chercher dans un moment. »

J’allai m’assoire. Huit personnes attendaient déjà. Il y avait un tuberculeux potentiel qui ne cessait de tousser, un motard allongé sur un brancard avec son casque, un bricoleur qui avait confondu sa main avec le mur où il devait planter un clou pour fixer un tableau, une mère tenant dans ses bras son enfant au regard absent, un homme à l’oreille à moitié arrachée, un nerveux qui tournait en rond, une très belle jeune fille couverte d’hématomes et un gros bonhomme asthmatique qui respirait bruyamment et difficilement. Avec moi, ça faisait neuf. J’allais devoir attendre deux bonnes heures. C’est un temps normal dans un service d’urgence. Ma voisine de banc était la très belle femme en bleus. Elle me regardait discrètement du coin de l’œil et ma présence semblait la déranger. J’imaginai qu’elle avait été battue par son copain sous l’emprise de l’alcool et que mon haleine éthylique lui ramenait des mauvais souvenirs. Elle se retourna pour m’offrir la vision de son dos et ne pas profiter de celle de mon nez sanguinolent.

Une forme d’excitation montait en moi. Je ne savais pas pourquoi mais j’avais envie de me lever et de me promener dans les couloirs de cet hôpital. Si la jeune fille de l’accueil me voyait me lever, et partir, elle allait me questionner, d’autant plus qu’après m’être implicitement moqué d’elle, elle me toisait régulièrement d’un regard sévère. Je décidai de renoncer à mes envies d’exploration hospitalières.

Je promenais mon regard sur mes inconnus compagnons de souffrance. Je m’ennuyais. J’avais mal mais je m’ennuyais.

Je jetai un coup d’œil à la fille de l’accueil. Ça y était, elle avait replongé le nez dans ses paperasses. C’était le moment. Je me levai en silence et me dirigeai comme un automate vers cette porte vert clair du fond de la pièce. Ma main se posa sur le rond de la poignée jaune. « Pourvu qu’elle ne grince pas ! ». Je jetai un regard alentour et la poussai. Elle s’ouvrit sur un couloir d’hôpital classique dans lequel je m’engageai en prenant soin de ne pas laisser la porte claquer derrière moi.

Je restai immobile quelques secondes comme pour sonder les bruits à la recherche d’une trace d’humanité. Seule une machine inconnue berçait le couloir d’un ronronnement sourd. Les seuls bruits humains venaient de la salle d’attente que je venais de quitter.

J’avançai, lentement, m’arrêtant à chaque porte pour vérifier qu’il n’y avait pas âme qui vive derrière. J’avais chaud. La sueur coulait sur mon nez cassé et me brûlait. Pourtant, il faisait frais, la climatisation semblait fonctionner, pour une fois. Malgré tout, elle ne suffisait pas à me rafraîchir. J’avançai !

J’étais maintenant au bout du couloir. Il débouchait sur un autre perpendiculaire. Je n’avais vu personne jusque là. J’écoutai. Rien. Toujours ce ronronnement incessant sinon, rien. Je risquai un œil inquiet à droite et à gauche, comme si un camion pouvait déboucher et m’écraser. Encore rien !

A droite, j’aperçus un escalier qui descendait. Je l’empruntai. En bas, un nouveau couloir. Les hôpitaux étaient-ils tous composés de plus de couloirs que de chambres et de salles d’opérations ? C’était peut-être de là que venait le manque de lits ! Je souris intérieurement. Seules quelques lumières de sécurité éclairaient faiblement le lieu et les quelques portes sur ses cotés. J’avançai encore. Le fond du couloir était totalement noir. Je transpirais. La sueur coulait le long de ma colonne vertébrale. Je la sentais bien. Etait-ce la peur ou l’effet de l’alcool ? Je ressentais tout plus fort.

Soudain, le fond du couloir s’éclaira. Un bruit de pas se fit entendre. Vite ! Il fallait réagir. La porte à ma gauche ! Pourvu qu’elle soit ouverte ! Oui, elle l’était ! Je rentrai précipitamment dans la pièce et refermai la porte. J’y collai mon oreille pour essayer de deviner ce qui se passait derrière. Les bruits de pas s’approchaient. J’avais terriblement chaud. Ils arrivèrent à hauteur de la porte. Je voyais leur ombre couper le halo de lumière qui fusait au raz du sol. Un frisson parcourut ma tête et tourbillonna avant d’envahir tout mon corps. Allait-il entrer là ? Car c’était un homme, c’était sûr. Non, il passa son chemin. Je l’entendis s’éloigner et monter les marches de l’escalier par où j’étais arrivé.

Le sang battait dans mes tempes. Il faisait noir. J’avais eu peur et cette obscurité n’était pas rassurante. Je devais allumer. Je cherchai à tâtons l’interrupteur et le trouvai facilement. Le petit déclic qu’il produisit sous mon doigt provoqua quelques petits éclairs de néon puis la lumière se stabilisa, blanche.

J’étais dans une grande pièce blanche toute meublée en aluminium gris. Au centre une table était recouverte d’un drap blanc sous lequel se dessinait une masse inerte. A coté, une desserte à roulettes servait de support à divers outils.

Je m’approchai de la table. Comme par enchantement, la peur avait disparue faisant place à une sorte de curiosité malsaine dont les symptômes sont assez proches. J’avais chaud, je tremblais et je sentais battre mon sang dans tout mon corps. Ma gorge était sèche. Je tendis la main vers le drap et le saisis.

Pouvais-je ? Devais-je ? Allais-je ? Avais-je le droit ? Le courage ? De nombreuses questions m’assaillirent en une fraction de seconde puis disparurent. J’étais vide de pensées. Cet état de vacuité ne dure guère mais il fut suffisamment long pour me permettre de soulever le drap sans que ma volonté ou mes peurs m’en empêchent.

Un cadavre ! Une fillette ! Je sentis un choc insupportable dans ma tête. J’eus envie de hurler, de peur, d’effroi, de dégoût de tout, mais rien ne sortit de ma gorge sèche.

Ma main tremblante tenait toujours le coin du drap dévoilant une tête dont la froideur se communiquait même par le simple regard. La mort était encore là, devant moi.

Paralysé, je regardais le visage au teint de cire. La mort est donc un immobilisme cireux, le temps figé dans la cire. Petit à petit, à force d’immobilisme subit, je commençais à ressentir un lien avec ce cadavre. Mon jugement disparaissait au fil des secondes qui s’égrainaient. Derrière le teint cireux, je captais l’expression du visage de cette enfant. Elle ne paraissait pas souffrir, finalement. Elle avait même l’air détendue. Encore quelques secondes. Heureuse, je la ressentais heureuse. Le temps m’apportait au fur et à mesure de nouvelles sensations. Je me sentais moi-même de plus en plus léger. Je la regardais bouche bée. Heureuse car libérée, c’était cela, elle était heureuse car libérée. Plus je la regardais et plus je la trouvais belle.

Je croyais que la mort avait pour visage celui de ma femme ou de ma fille, horrible, sanguinolent, recousu de toutes parts, avec un rictus qu’on avait tenté de forcer en sourire mais qui exprimait plus la souffrance que le plaisir. Et voilà que l’on me mettait sous les yeux une autre mort, calme, tranquille, sereine, heureuse, douce et libérée.

Oui, finalement, la mort était belle. Je n’en aurai plus peur maintenant !

« Eh ! Vous, là ? Qu’est-ce que vous faites ici ? »

Le choc sonore de ce cri menaçant, la puissance de l’émotion, la peur, le noir !

V
Rencontre

« Allô ? Le bar des sports ? »

« Oui ! »

« Bonjour, Monsieur, hier j’étais dans votre bar et en partant j’ai trouvé un de vos clients inanimé dans la rue, vous vous souvenez ? »

« Oh oui, bien sûr ! »

« Je vous appelle pour savoir si vous aviez des nouvelles de ce client. Peut-être est-il revenu chez vous ? »

« Ah non ! Désolé ! je ne l’ai pas revu depuis. »

« C’est ennuyeux ! J’aurais vraiment voulu avoir de ses nouvelles. Je peux vous donner mon numéro de téléphone et s’il revient, vous pouvez me passer un petit coup de fil ? »

« Bien sûr, Monsieur mais peut-être qu’il viendra ce soir, comme tous les soirs, si vous voulez passer !’

« Heu ! j’essayerai. En attendant, je vous laisse mon numéro. »

« Ok, je note ! »

Je lui dictai mon nom et mon numéro puis le remerciai pour sa gentillesse. Il me gratifia d’un « à ce soir ! » qui me laissait à penser qu’il ne m’appellerait pas à moins que je lui rende d’abord visite.

Le soir même, je me rendis donc au bar. Il n’y avait aucun client à mon arrivée. Je saluai le barman, lui commandai une bière et allai m’asseoir à une table en attendant. L’ambiance était étrange. On aurait dit que le temps n’avait pas d’emprise sur ce lieu. Je me mis à rêvasser. « Qu’est-il devenu ? ». « Est-il mort ? » « Déjà ? ».

Le garçon m’apporta ma bière. Je le payai.

« Il n’est pas venu ? »

« Non, pas encore. »

Il retourna derrière son comptoir pour astiquer ses verres. Quant à moi, je retournai dans mes rêveries en sirotant ma bière.

« Qu’a-t-il bien pu lui arriver ? Viendra-t-il ce soir ? ». La clochette de la porte du bar tinta. J’arrachai mes yeux du fond de ma chope et les levai machinalement vers l’entrée. Je pris un coup au cœur. Ma tête se remplit de fourmillements désagréables. Il était là. Il me jeta un coup d’œil machinal et se dirigea vers le comptoir derrière lequel le garçon me lançait des œillades inquiètes.

L’étrange revenant d’un ailleurs inconnu commanda un whisky.

« C’est pour moi ! »

J’avais lancé cette phrase sans réfléchir. L’homme s’était retourné. Son regard reflétait à la fois la joie de se voir offrir un verre de sa boisson préférée et l’incompréhension qu’un inconnu se proposât spontanément de payer l’addition à sa place. D’un geste de la main je l’invitai à se joindre à moi, ce qu’il fit sans trop d’hésitation, l’optique de boire à l’œil étant plus forte que tout.

« Merci ! » me dit-il en s’asseyant. Il arborait un énorme pansement sur le nez qui lui mangeait la moitié du visage.

« De rien ! »

Il me dévisagea. Dans ses yeux je ressentis une intense réflexion pour tenter de comprendre la raison qui poussait un inconnu à lui offrir au moins ce verre. Il me jugea sûrement comme un poivrot. Cet éventuel point commun le rassura. Quelque chose devait ne pas correspondre à cette possibilité puisque ses sourcils se froncèrent. Non. Je devais être un homosexuel en pleine drague. Une forme de rejet et de haine naissante apparurent dans ses yeux. Je sentis qu’il est temps de briser le secret pour éviter de perdre définitivement ce cobaye potentiel.

« Permettez-moi de me présenter. Je suis Paul Bénédict, bio-physicien chercheur indépendant. »

« Enchanté. Moi c’est Marc. Marc Paulier. Chercheur désespéré. »

Ainsi, mon cobaye potentiel avait un nom. Son sourire moqueur me laissait à penser qu’il allait être difficile de le convaincre de m’aider. Je rentrai dans son jeu. Qui sait ?

« Et vous cherchez quoi ? »

« Plein de choses. D’abord l’oubli, puis un emploi, ma femme et ma fille, l’envie de vivre. Mais je pense avoir trouvé, hier, la solution pour obtenir tout cela ! »

Quel homme inquiétant ! Son ton, qui aurait dû être ironique, était en fait triste.

« Ah ? heu… hier, vous étiez allongé sur le trottoir et vous perdiez du sang. Avec le patron du bar nous avons appelé les secours mais en revenant vous n’étiez plus là. Que s’est-il passé ? Et quelle solution avez-vous donc découvert ? »

« Hier, j’étais bourré. Comme tous les soirs, d’ailleurs. En partant d’ici, j’ai perdu connaissance et j’ai dû tomber. Quand je me suis réveillé, je baignais dans mon sang. Je m’étais cassé le nez. Je suis allé à l’hôpital le plus proche. Il est à cinq minutes d’ici. »

L’hôpital le plus proche ! Comment n’y avais-je pas pensé ? J’attendis la suite du récit mais il s’arrêta net. Il attendait que je le supplie de continuer. A moins que… je jetai un coup d’œil à son verre. Vide. J’appelai le garçon et lui demandai de remettre une autre tournée. Un sourire satisfait apparut sur le visage de mon invité. Il avait compris son intérêt. Il me tenait. Ce serait désormais un verre par élément important de son récit.

Au fil des verres il me décrivit sa visite dans les sous-sols de l’hôpital. L’alcool aidant, il devint de plus en plus profond me livrant petit à petit plus ses ressentis que les détails du lieu. Enfin, vers minuit trente, il en arriva à la conclusion.

« J’ai compris que pour moi la mort est la seule solution ! »

Il s’ensuivit un silence lourd d’intensité. Je n’osais pas parler. Je lui laissais le loisir de développer cette dernière idée. Malheureusement il se tût. Il me fallait rompre le silence qui s’installait.

« Garçon, une autre ! »

Il sourit. Je pense qu’il avait compris que je voulais tout savoir.

« Bon ! Alors voilà. Les derniers morts que j’avais vus avant l’épisode d’hier étaient ma femme et ma fille. Elles portaient le masque horrible de la souffrance brutale et atroce. Leurs visages étaient écrasés, sanglants, presque réduits en bouillie. Ça, c’était le visage de la mort avant hier. »

Il but une gorgée du précieux whisky.

« Hier j’ai vu que la mort peut être belle. Je ne sais pas ce qui était arrivé à cette gamine mais elle semblait calme, détendue. Je dirais libérée. Libérée de quoi ? Je ne sais pas. Peut-être de la souffrance. La souffrance que vous inflige parfois la vie pour vous faire apprécier la mort. Et moi, je souffre de vivre ! »

J’écoutais religieusement cet homme qui me touchait profondément. J’étais de plus en plus persuadé qu’il était le cobaye idéal pour mon expérience inédite.

VI
Convaincre

A moi de parler maintenant. Il m’avait convaincu qu’il était mon cobaye parfait, à moi de le convaincre que j’étais son accompagnateur idéal vers l’autre monde.

« Vous m’avez ému, Monsieur ! »