Claude, paysan de Cergy

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Français
118 pages
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Description

L'irruption de la ville nouvelle de Cergy (Val-d'Oise) dans le calme de la vie campagnarde a été ressentie par les agriculteurs comme une mutation brutale. Une blessure encore ouverte après plusieurs décennies. L'auteur nous fait sentir de l'intérieur cette agression en suivant l'itinéraire d'une famille. Celle de Claude, le "paysan de Cergy". Il rend sensible un rapport spécifique au temps, à la terre, aux autres.

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de lectures 7
EAN13 9782296514973
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Graveurs de Mémoire
G
Rémy Hebding
Claude, paysan de Cergy
Graveurs de Mémoire Série : Récits de vie / France
CLAUDE, PAYSAN DE CERGY
Graveurs de Mémoire Cette collection, consacrée essentiellement aux récits de vie et textes autobiographiques, s’ouvre également aux études historiques *
La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Rémy Hebding
CLAUDE, PAYSAN DE CERGY
Récit
DU MÊME AUTEUR
L’espérance malgré tout, Labor et Fides, 1998. Kierkegaard, Desclée de Brouwer, 1999. Eloge de la distance, Michel de Maule, 2002. Le protestantisme et la communication, Labor et Fides, 2003. Jean-Jacques Rousseau. Les Lumières grâce à Dieu, Punctum, 2005. Le protestantisme et la politique, Labor et Fides, 2006. L’autorité redécouverte, Olivétan, 2008. Pour comprendre la pensée de Jean Calvin, Olivétan, 2008. Benjamin Constant. Le libéralisme tourmenté, Editions de Paris-Max Chaleil, 2009. Pour comprendre la pensée de Martin Luther, Olivétan, 2011. L’autre n’est pas moi…Tant mieux ! Les paradoxes de l’amour, Empreinte - Temps présent, 2011.
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00694-9 EAN : 9782336006949
PROLOGUE
 J’ai rencontré Claude Mélique presque par hasard. Dans le vieux village de Cergy, rue Nationale. Les vraies rencontres se font par hasard. Cet homme-là a la démarche légère – pas celle d’un homme de grand âge. La casquette vissée sur la tête, il transporte avec lui des brassées de souvenirs. Lorsqu’il chemine dans l’artère principale, celle où se sont élevées de part et d’autre ces fermes au grand portail pour permettre le passage des charrettes à foin, le paysan de Cergy observe chaque façade pour y déceler la moindre transformation. Il connait l’histoire de ces pierres plus que tout autre. Claude est cet enfant du pays dont l’histoire de sa famille permet de comprendre les mutations observées dans – et surtout autour ! – d’une petite agglomération de l’ancienne Seine-et-Oise. Un petit village bien tranquille juché aux bords de l’Oise, à une trentaine de kilomètres de Paris, aux portes du Vexin français. Une petite bourgade apparemment sans histoire qui e semble ne pas avoir bougé depuis le 19 siècle, comme préservée de tous les changements liés à l’urbanisme tentaculaire.  En voulant évoquer l’itinéraire du paysan de Cergy, je ne me doutais pas d’aller à la rencontre d’autres visages, d’autres histoires. Bien rapidement, le portrait de Claude se muait en celui de toute une famille. A la campagne, plus que partout ailleurs, parler d’un individu ne saurait se limiter à sa seule personne. Très vite s’impose l’évocation de la lignée : « Fils de… » Elle nous rappelle nos origines et insère chacun et chacune dans une filiation donnant forme et sens à notre parcours. Amédée, Palmyre, Elie, Sylvie, Raymond…sans oublier « Bébert », le grand-père artilleur. Et bien d’autres encore.  Tous nous font revivre un passé pas si éloigné, rendu proche par l’évocation. Claude m’a ouvert sa boîte à souvenirs. Après l’avoir bien secouée, je pensais n’y découvrir que la
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remémoration pénible du surgissement, en pleins champs, d’une figure géométrique plus familière des bords du Nil que des bords de l’Oise : la préfecture du Val-d’Oise. Celle-ci est présente, et bien présente, mais seulement comme venant souligner la distance entre deux mondes. L’un venant apporter son relief à l’autre.  Les membres de toute cette lignée familiale prennent vie au contact des souvenirs récents liés à la création de la Ville nouvelle. Car toutes les histoires de famille sont banales, communes, ordinaires. Et pourtant, toutes les histoires de famille sont exceptionnelles, étonnantes, hors du commun. Nous y retrouvons les deux types de caractéristiques entremêlées. Les Mélique ne dérogent pas à la règle. L’évocation de leur histoire nous plonge dans trois guerres, avec leur cortège de péripéties désolantes et désastreuses. Mais nous rencontrons aussi des personnages périphériques au cercle familial dont la présence donne corps et vie à toute une époque.  Les histoires de famille permettent à chacun d’entre nous de repérer des ressemblances avec notre propre mémoire. Au tournant d’une évocation resurgissent des impressions que l’on croyait à jamais enfouies. Elles réapparaissent d’une manière étrange, comme transfigurées par la remémoration. Nous croyons rendre visite aux nôtres et nous sommes portés autre part, dans un milieu paysan pas encore disparu. Avec une visibilité et un rapport au temps et aux autres bien spécifiques.  Demeure toujours dans chaque habitant des villes une partie d’âme rurale. Quelque chose comme la nostalgie d’une vie autre dont lepaysan serait le gardien. Cela s’explique aisément par notre filiation paysanne. Il ne faut pas remonter à de nombreuses générations pour se découvrir des ancêtres maniant la faux et la charrue ou, pour les plus proches, conduisant un tracteur. Cette proximité dans la descendance doit avoir laissé des traces dans notre manière d’appréhender les êtres et les choses.  Claude a sorti ces multiples personnages qui peuplent sa mémoire et l’auteur de ces lignes les restitue. Avec fidélité, certes, mais une fidélité recomposée, retravaillée, réappropriée.  Se souvenir consiste à faire revenir à la surface des pans de passé que l’on croyait à jamais enfouis, oubliés, niés peut-être.
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On les croyait à jamais écartés, et ils reviennent plus présents que jamais. La mémoire, c’est quelque chose de très personnel, ou de très familial ; cela ne semble pas pouvoir se partager. Et pourtant
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