Développer les filières vivrières en Afrique de l
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Développer les filières vivrières en Afrique de l'Ouest

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Cet ouvrage cherche à réhabiliter le rôle du milieu rural et des filières vivrières dans le processus de développement, pour les pays d'Afrique de l'Ouest, et la Guinée en particulier, qui possèdent des ressources naturelles insuffisamment exploitées. Le sujet développé ici est véritablement au coeur de l'actualité, avec la flambée des cours des produits agricoles sur les marchés internationaux qui sévit plus durement depuis fin 2007.

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Publié par
Date de parution 01 novembre 2008
Nombre de lectures 202
EAN13 9782296212725
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

SOMMAIRE
Introduction générale………………………………………………….. ….9
PREMIÈRE PARTIE
La réhabilitation du développement rural et des filières vivrières…… …31
Premier chapitre
Les zones rurales en Afrique de l’Ouest : un monde essentiel à
revaloriser ………………….…………………………………….35
I- LE MONDE RURAL : DES ATOUTS PRÉSERVÉS
MALGRÉ UN CONTEXTE DÉFAVORABLE ..…………………….38
II- LA RURALITÉ EN AFRIQUE DE L’OUEST ..………………….62
Deuxième chapitre
La primauté de la filière vivrière pour le développement rural
……….………………………………..…………………….…….85
I- CONCEPTS ET MÉTHODE D’ANALYSE DES FILIÈRES
AGRICOLES ..………………………………………………………..87
II- SOUTIEN DES FILIÈRES ET DÉVELOPPEMENT RURAL…103
DEUXIÈME PARTIE
La filière rizicole guinéenne : un potentiel inexploité………………. …135
Troisième chapitre
Le riz en Guinée : d’un produit de base à la structuration d’une
filière…………………………………………………………….139
I- RÔLE DE LA CULTURE DU RIZ....................………………….141
II- LA FILIÈRE RIZICOLE GUINÉENNE....................................... 152
Quatrième chapitre
Production et efficience technique des riziculteurs en milieu rural
guinéen………………………..…………………………………177
I- CADRE THÉORIQUE ET CHOIX DES VARIABLES................ 180
II- EFFICIENCE TECHNIQUE DES PRODUCTEURS DE RIZ EN
GUINÉE ............................................................................................. 198
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES………………………………..235
ANNEXES…………………………………………………………… …..255Introduction généraleEn adoptant la DéclarationduMillénaire en septembre 2000 lors
d’une Assembléegénéraledel’Organisation desNations Unies (ONU), les
pays signataires se sont engagésà atteindreunensemble
d’objectifs(Objectifs du MillénairepourleDéveloppement) d’ici2015, qui
constituentunagenda ambitieuxpour l’ensemble despaysendéveloppement
(PED):(i) Réduire de moitié l’extrêmepauvretéetlafaim; (ii)Assurer
l’éducationprimairepourtous;(iii) Promouvoirl’égalité dessexes et
l’autonomisationdes femmes;(iv)Diminuerdes deux-tiers la mortalité
infantile ;(v) Améliorerlasanté maternelle en réduisantdes trois-quarts le
taux de mortalitédes femmes àl’accouchement;(vi)Combattre le
VIH/SIDA, le paludismeetd’autresmaladies; (vii) Assurer un
environnement durable;(viii) Mettreenplace un partenariatmondial pour le
développement.Ledéveloppementrural contribue àlaréussite de chaque
objectif puisque tous lesproblèmes àrésoudresont plus importants, comme
nous allons le prouver, en milieurural:lapauvreté, l’insécurité alimentaire,
le manqued’éducationetd’égalité dessexes,l’insuffisance en matière
d’infrastructures de santé ainsique la dégradationdel’environnement .
La priseencomptedumilieu ruraletagricoledoitainsi être
prioritairepour un PED, en particulierenAfrique,etnous allons le
démontrer. Néanmoins,plusieurs bailleursdefond, qui depuis lesannées
1990 sont déterminés àluttercontre la pauvreté, ont délaissé le
développement agricoleetrural,privilégiantplutôtles zonesurbaines. Les
efforts en faveur du secteurrural ontété insuffisants parrapportaux besoins
réels. La Banque mondialeavoue que l’essentieldeson actiona porté en
priorité surlastabilisationdel’environnement macro-économique et la
satisfactiondes besoinsessentiels,cequi aentraînéune diminution
importantedeses prêtspour l’agriculture et le développement rural. En
Afrique,sur l’ensembledes prêtsannuels octroyés, la proportion attribuéeau
développement rurala diminué,passantde23% en 1990 à10% en 2000.En
considérantuniquement la Banque mondiale, la part du totaldes prêtsde
cette institution consacrée àl’agriculture pour l’Afrique subsaharienneest
passée de 30% en moyennedansles années 1970, à21,2% àlafin des
années 1980, puisà8,1%en2000. Aujourd’hui, depuis le début du vingt et
unièmesiècle, en particulieraveclamiseenœuvredes objectifs du
Millénaire et descadresstratégiquesdelutte contre la pauvreté(CSLP),la
prisedeconscience de ce quasi abandon et la volontédedévelopper le
milieurural semblent bien réelles. Celles-ci se sont traduitesenparticulier
parlerapport surledéveloppementde2008 de la Banque mondialequi est
entièrementconsacréaurôlespécifique de l’agriculture.Aveclahausse des
prix desdenrées alimentaires qui sévitplusdurementdepuis2007etqui
provoque desémeutes de la faim,les appels pour replacer la question
alimentaireentêtedes priorités internationalesnecessent d’augmenter, tant
11de la part desOrganisations non gouvernementales(ONG)que des
institutions internationales, ou desgouvernements en place.
L’ensembledecet ouvrage chercheàréhabiliterlerôledumilieu
ruraldansleprocessus de développement.Nousdémontrerons alorsque les
filièresvivrières, culturesd’abord destinées àl’autoconsommationpuisàla
commercialisationsur lesmarchés nationaux, dèsqu’ellesengendrentun
surplus, peuventêtre un outil adapté pour favoriser le développement ruralet
agricoled’unPED.Ensuite,une analyseempirique sera effectuéeafin
d’étudiersides leviersd’améliorationsont susceptibles de favoriser le lien
entre une filière particulière et le développementrural .
Avantdepoursuivre, il convientdes’attardersur lesconcepts de
développement et de pauvreté, même si notre sujetnecherche pasà discuter
desproblèmes conceptuelsetdes relations existant entre ces deux notions.Si
notre propos est centré autour du développement rural, nous verrons que
nous parlerons aussi de pauvretérurale. Ces éléments,s’ils peuvent parfois
être contradictoires, sont en réalité trèsliés. Au départ, la problématique de
la pauvreté étaitindissociable de celle de développementmais, depuis les
années 1970, on aassistéà une «autonomisation» de cette questionde
pauvreté(Gondard Delcroix,[2006]). Le discourssur la pauvreté pour
atteindreuncertain bien-être aconnu desévolutions trèsfortesdepuisles
années 1950, passantd’une vision monétaireà uneapproche
multidimensionnelle,qui s’exprimeàtravers desindicateurs économiqueset
non économiques, suiteàdes questionnements et descritiquesincessants ,
1notamment de la part de Sen.Avecl’échec du développement des
Programmes d’ajustement structurel (PAS)sur la pauvreté,leFonds
MonétaireInternational(FMI)etlaBanque mondialevontcompléter leur
approche,qui étaitaudébut desannées 1980 surtout centréesur les
problèmes économiquesetfinanciers,ententant de concilierlaréalité des
difficultéséconomiquesaveclavolontédeluttercontre la pauvreté.
Ce n’est véritablementqu’au début desannées 1990que la lutte
contre la pauvreté devientunobjectif fondamentalà poursuivre,aveclamise
en œuvredes cadresstratégiquesdelutte contre la pauvreté, et que les
Institutions de Bretton Woods (IBW), c’est-à-dire la Banque mondiale
2et le FMI,ont vraiment cherchéà vaincrecefléau .Deplus, comme nous
l’avonsénoncéprécédemment, la luttecontre la pauvretéconstituele
premieraxe desObjectifsduMillénaire pour le Développement et représente
aujourd’huiencorelapriorité desrecommandations desIBW.L’objectif
globaldedéveloppementinclutdonc celuideréduire la pauvreté,à travers
1
Voir en particulierSen , [1985, 1999] .
2
LesétudesdelaBanquemondialesur l’importancedelapauvreté sont antérieuresetapparaissent dèsle
milieu desannées 1970 (VoirMcNamara, [1973] et Chenery et alii, [1974]). L’objectif de lutte contre la
pauvreté n’estpourtantpas prioritaire dans les années 1980.
12l’idée de défendreune dimensionsociale,maisneselimitepas àcet aspect,
même s’il semble prioritaire. En introduisantleconceptdedéveloppement
socialement durable,Ballet, Dubois et Mahieu [2005]ont alorsapporté une
vision élargie àlalutte contre la pauvreté. Cette approche comprend les
dimensions économiques, sociales, culturelles, politiquesetéthiques, et
intègre, dans un cadre uniquedepolitiques publiques, l’ensembledes actions
actuellementmises en œuvre(réductiondelapauvreté, lutte contre les
inégalités, défensedes minorités, commerce équitable, etc) (Ballet, Dubois et
Mahieu,[2005]). Selonces mêmesauteurs,ceconceptneréduitpas la
dimensionsociale au seulaspect de la pauvreté mais considèrel’ensemble
desinteractions entre lessphèreséconomique,écologique et socialeetleurs
effets surles situations de pauvreté, de vulnérabilité et d’exclusion.
Dans notre travail, nous nous focaliserons plutôt surleconceptde
développement et nous ne centrerons pasl’analyse autour de la
problématique de pauvreté, dans le sens où nousnedétaillerons pasla
pauvretéruraleauniveaudeses problèmes conceptuels, de sa mesure
monétaireounon monétaire. En revanche,lalutte contre la pauvreté étantun
aspect prioritaire pour le développement d’un pays,nous en parlerons bien
évidemment, notammentendonnant desélémentscaractéristiquesdes
pauvres en milieurural,auniveau de leursmanques, de leursbesoins ou de
leursactivités.Deplus, notre volonté de soutenir les culturespour les
marchés locaux concerne surtout lespluspauvres despaysconcernés car
nous verrons que cesderniersont rarement profité de l’extensiondes
cultures d’exportation(contrairement auxproducteursmoyensouplus
grands). Parlesoutien desfilièresvivrières, nouscherchonsdonc àassurer
une amélioration générale de la situationdes ménages ruraux, et l’objectif de
lutte contre la pauvretérurale, s’il est recherché, ne doitpas être unique,car
3l’essentielest avanttout de garantir la sécurité alimentaire .
1- Développementrural et filièresvivrières :deuxconcepts délaissés
Aujourd’hui, la lutte contre la pauvretéest,comme nous venons de
l’affirmer,l’enjeu majeur despolitiquesdedéveloppementpourles IBW.
Même si la pauvretétouchelaplupart deshabitantsdes PED, il est
unanimementreconnu, et nouslemontrerons,que sonincidence estplus
élevée en milieu rural. S’attaquerauproblèmedelapauvretédanslemonde
revientd’abord àassurerledéveloppementrural et en particuliercelui de
3
Mettrel’accentuniquement sur la pauvretépourrait avoirdes effets néfastes surlavulnérabilitéousur
l’inégalité en milieurural.
134l’agriculture,vul’importancedecesecteurpour de nombreuxPED.Le
développement s’intéresse auxprocessuséconomiquesetsociaux ainsi
qu’aux interventions politiquesnécessaires. Le développement ruralpeut
être définicomme étanttoutes lesactivitésqui accroissentlebien-être des
populations rurales. La satisfactiondes besoinsessentiels,lasécurité
alimentaireenpriorité,tout commelesoutien, pardes programmes
d’éducationetdenutritionnotamment,dupotentielhumainenzones rurales
serontenparticulierrecherchés. De façongénérale, une améliorationdes
conditionsdetravail et de vie(parune hausse desrevenus,unaccès au
crédit, auxintrantschimiques, etc) estattendue .
Le développementrural passerad’abordpar la garantie d’une
certainesécurité alimentaire. Dès 1973, le conceptdesécurité alimentaire a
5remplacé celuid’autosuffisance alimentaire.Lasécurité alimentaire
représente «l’accès physiqueetéconomique pour tous lesêtres humains, à
tout moment, àune nourriture suffisante, salubreetnutritive, leur
permettant de satisfaireleurs besoinsénergétiquesetleurs préférences
alimentaires pourmener unevie saineetactive»(Conférence Mondialede
l'Alimentation, 1996).Ondépasse largementladéfinitioninitiale,centréesur
l'adéquation entre disponibilitésetbesoins alimentaires, qui limitait la
questionà un problèmedequantitésauniveau de chaque pays.Ledernier
consensussur la définitiondelasécuritéalimentaire intègrenon seulement
lesquestions de qualiténutritionnelle et de salubrité desaliments,maisaussi
lesdimensions sociales et culturelles de l'alimentation. La notion d'accès,
introduite parSen pour le développement,renvoie auxcapacitésdeproduire
et/ou d'acquérir desaliments pourchaque individu.Cette définitionreconnaît
enfin que la situationnutritionnelle n'estpas seulementune résultantedu
développement maisqu'elle en estaussi un facteur. Différentes composantes
rentrent donc en compte dans la définitiondelasécurité alimentaire: la
disponibilité,l’accessibilité,laqualiténutritionnelle et sanitaire et les
préférencesalimentaires.En1996, le Sommetmondial de l’Alimentation
(SMA)a fixé l’objectif de réduiredemoitié le
nombredepersonnessousalimentées avant2015. De même, lesobjectifs du Millénairepourle
6développement ont marqué leur volontéderéduire l’insécurité alimentaire .
Pourtant,dix ansaprès le SMA,lenombredepersonnessous-alimentées
dans lesPED est restéparticulièrementélevé puisqu’il n’adiminué quede
trois millions entre 1990et2006 (de823 millions à820 millions)(FAO,
4
Bien entendu, on ne pourra négliger le développement deszonesurbainesavecl’urbanisation
croissante, commenousleverrons dèslepremier chapitre. Nous reviendrons alors surlelienentre les
milieuxrurauxeturbains et en particulier surlaquestiondel’approvisionnement desvilles.
5 Cette dernière représente la satisfaction de tous les besoinsalimentaires parlaproductionnationale.
6
Tous les Objectifs du Millénairesontliés àlanécessité de combattre l’insécurité alimentaire.Ainsi,par
exemplepour l’objectif 1, la faim perpétuelapauvreté en réduisant la productivité,ou, pour l’objectif 4,
plus de la moitié desdécèsd’enfants estliée directement ou indirectementà la faim ou àlamalnutrition.
147[2006a]) .Laproportion de personnessous-alimentées s’élèveaujourd’hui à
17% pour l’ensemble desPED (contre 20% en 1990) et à33% en Afrique
subsaharienne (FAO, [2006a]).
Avantderésoudre tout autreproblème, il s’agira en priorité de
répondreaudroit de tout être humain d’avoiraccès àune alimentation
suffisante,tantenquantitéqu’en qualité.Depuisdix ans, aété introduite
l’idée de souveraineté alimentaire parles acteursdelasociété civile,qui
implique qu’unPED aitlaliberté de définir sa proprepolitique agricoleet
ainsi, en particulierpour lespaysqui possèdentunpotentielagro-écologique
important,que la sécuritéalimentaire soit garantie grâceaux ressources
locales. L’améliorationdes activitésagricoles tournées vers lesmarchés
nationaux seraalors un moyen de satisfaire lesbesoins alimentaires de tout
pays .
Lespetits exploitantsagricoles produisentl’essentieldes denrées
alimentaires dans lesPED. D’une manièregénérale, ils sont plus pauvres
que le reste de la population, et leur sécurité alimentaire s’avèreplus
précaire que celle despauvres desmilieuxurbains (FIDA, [2001b]).Bien
que lesprévisions indiquent que le phénomèned’urbanisationcontinuera
encore às’étendre,les populations agricolesneserontpas beaucoup moins
nombreusesqu’aujourd’huietl’incidence de la pauvreté se montrera encore
plus forte en milieurural,comme nous le verrons,ettouchera les
8agriculteurs .Par conséquent,danslamajeure partie du monde,lavolonté
de développerunpaysetdeluttercontre la faimrevient en grande partie ,
aujourd’huicomme pour lesannées futuresmalgrél’urbanisationcroissante,
às’attaqueraux problèmes de survie despetits exploitantsagricoles et de
leursfamilles.Mêmesiledéveloppementrural ne va passelimiter à
focaliserses actions surlesecteur agricole, il est indéniable qu’il faudrale
privilégier parceque lespauvres sont en trèsgrande majorité concernéspar
cette activité,comme nous venons de l’affirmer, mais aussi parcequ’il peut
permettre de répondreaux besoinsalimentaires. Cesderniersont la
possibilité d’être satisfaits de deux façons:(i) soit directementsiles
exploitantsagricoles cultiventdes productions vivrières;(ii) soit
indirectements’ils privilégientplutôtdes filièresdestinées auxmarchés
internationaux et se servent alorsdes devises dégagées pourimporterles
9produits dont ils ont besoin pour se nourrir .Alors queles IBWont adopté
7
Lesrésultats diffèrent selonles régionsdes PED (VoirFAO,[2006a]). Pour l’Afrique subsaharienne,ce
nombre estpassé de 169 millions en 1990à 206millions en 2001-2003.
8 Deuxfacteurs d’incertitudesseront en particulierà considérer,aveclacroissancedémographique: la
pandémieduVIH/SIDA qui pourrait continuerson extension et la migrationdes populations agricoles
vers les zonesurbaines.
9
Bien évidemment cette vision schématique ne doit pasexclure le fait que,comme nousleverrons au
second chapitre, beaucoup d’agriculteurs qui cultiventdes produits d’exportationprivilégient aussi les
filières vivrièrespour subvenirenpartieàleurs besoins.
15en priorité la deuxième solution, depuis la mise en œuvredes plans
d’ajustement structurel,nous avancerons lesraisons qui nous poussent à
préférer plutôt,dansl’optique du développement ruraletd’une réductionde
la pauvreté dans ce milieu, la valorisationdes ressources pour lesmarchés
locaux. Cetteidéeest encore plus pertinente dans un contexte de flambée
desprix agricoles surles marchésinternationaux. Le premierargumentque
nous pouvonsapporterest relatif àl’échec despolitiquesprivilégiées
jusqu’àprésentpar lesinstitutions internationalesetles gouvernements en
place pour luttercontre l’insécurité alimentaire. En effet, commenous
l’avonsdéjàaffirmé,l’insécurité alimentaireest encore très fortedansles
PED (FAO, [2006a]). Nous compareronstrèsprécisément lesdeux
possibilitésprécédemmentévoquées poursatisfairelasécurité alimentaire
d’un pays dans le coursdecet ouvrage.Cefaisant, nousmontrerons
qu’investir dans l’agriculture estune condition essentiellepermettant en
premierlieuderéduire la faim plus rapidement .
L’originalité de ce travail provientsurtout de deux sources:(i)
réhabiliterlerôledumilieu ruraletdes culturesvivrières, pour un pays qui
possèdeles ressourcesagricoles suffisantes; (ii) intégrer le cas d’un pays et
d’une filière qui sont peuprivilégiés dans lesétudeséconomiqueset
10empiriques .
Cetteétude sera centréesur le continentafricain,etenparticuliersur
lespaysd’Afrique de l’Ouest,dont lesspécificitésimportantes deszones
ruralesdevront être considérées. L’intérêtdecette régionest qu’elleest
l’unedes plus pauvresdumonde alorsque certainspaysdecette zone ont
desressourcesécologiquesformidables. Ce problèmedepotentielinexploité
est particulièrementfortenGuinéeetnous avons choisi plus spécifiquement
d’étudiersafilière du riz,produitcontribuant de façonsoutenue àlasécurité
alimentaire. Il estalors tempsdeprésenter ce pays,auniveau géographique,
social,historique,politique et économique .
2- La Guinée:ledésastrefaceà un potentiel inexploité
La Guinée estunpayscôtierd’Afrique de l’Ouest, d’une superficie
de 245 857 km², largementouvertesur l’Atlantique,partageantses frontières
terrestresaveclaGuinée-Bissau (386 km), le Sénégal (330 km), le Mali (858
km), la Côte d’Ivoire (610 km), le Libéria (563 km)etlaSierra Léone (652
km). Elledisposederessources naturellesextrêmementrichespuisqu’elle
détient un tiers desréserves mondiales de bauxite et une grande partie des
réservesdefer ou de diamants, ainsi que d’autres minéraux. De plus,tous les
fleuvesd’Afrique de l’Ouestprennent leurssources dans ce pays.Enfin,les
10
En revanche,les étudesgéographiquessur ce pays sont plus nombreuses,enparticulier surles systèmes
rizicoles guinéens. Consulter parexemple Rossi, Bazzo et Lauffer, [2002]pour le systèmedemangroves.
16précipitations ysont trèsabondantesetles sols très fertiles. Lespotentialités
de ce pays sont donc nombreuses mais nous allons voirqu’il estpourtant
parmiles plus pauvresdumonde .
La Guinée regroupequatre grandesrégions naturelles, chacune étant
assimiléeà desethnies bien précises :(i) la Guinée maritime, située le long
de la côte,couvre15% de la superficie et est essentiellement peuplée de
Soussou; (ii) le FoutaDjalon(ou la Moyenne Guinée) dominé parles peuls
représente environ26% de la superficie du pays;(iii) la HauteGuinée(39%
du territoire guinéen), regroupant lesmalinké;(iv)laGuinéeforestière où se
mélangent plusieursethnies (notamment lesKissi,GuerzéetToma) .
Chacune de ces régions ades particularitésauniveau de la topographie, du
sol, de la faune,delaflore ou du climat.Laforte pluviosité et le reliefdece
pays ontpermisdedonner naissance àunréseauhydrographiquetrès
développé.Les grands fleuves de la région prennent leur source en Guinée :
le Niger, le SénégaletlaGambie, ce qui fait de la Guinée le «Château d’eau
de l’Afrique de l’Ouest».Leclimatguinéen est tropical,avecdeuxsaisons
dans l'année :lasaisonsèche qui s’étenddenovembre àmai et la saison
11pluvieuse de mai ànovembre .
De nombreux groupesethniquessontrassemblésenGuinée, à
l’instar desautrespaysafricains,qui se distinguentles unsdes autres parla
langue,lareligion, la culture et le mode de vie. Parmilavingtaine d’ethnies
guinéennesque l’on peut trouver, lesquatreplusimportantes parleurpoids
démographiquesont lesPeuls, lesMalinké,les Soussou et lesKissi. Un trait
commun regroupe l’ensemble de cesethnies:lafamille, qui représente
« l’unité socialedebaseetilest difficiled’échapperà sonemprise. Si elle
réglemente la viedes individus, elle estaussi symboledesolidarité et de
sécurité et elle sait protéger lessiens»(Devey, [1997:19]). Celle-cirythme
la viedes guinéensàtravers descérémonies (baptêmes, mariages,
circoncisions). La religionoccupe uneplace prépondérante en Guinée ,
12dominée surtout parl’islam qui est pratiqué parenviron80% desguinéens .
L’étudedecepayss’effectuera en plusieursétapes. D’abord, il est
trèsimportant de revenirsur sonhistoirepolitique,puisdelecaractériser au
niveau économique et social.Enfin,nousparlerons du secteuragricolequi
nous intéresse tout particulièrementici .
11 Danslazoneforestière, àcause de la proximité de l'équateur, la saison sècheest plus courte (de
décembre àjanvier).
12
Ce sontles peulsqui ont islamisé ce pays .
172.1- Le poidsdel’histoire
2.1.1- La Guinée isolée sous le règnedeSékou Touré
Pendant la période coloniale, la Franceaimposéà la Guinée un
systèmed’administrationà traverslafédérationd’AOF (Afrique Occidentale
française). Sous l’autorité d’un gouverneurgénéral,lepaysa étédiviséen
vingt-neufcercles, eux-mêmesdirigés parunCommandant de cercle. La
colonisationaeudes impactsimportantsauniveau du découpage
13administratif ou desmutations sociales .Defaçongénérale, les
investissementsont ététrèslimitéspour lesinfrastructures économiqueset
14de transport, ce quiaeudes effets particulièrement néfastes en milieurural .
Parrapportà notre sujet,ilfautsavoirque lescultures d’exportation,
monopolisées pardes sociétés françaises,sesont multipliées, au détriment
desculturesvivrières.
En 1944,lorsdelaConférencedeBrazzaville,« le principe de
l’assimilationetdel’associationdes colonies françaises aux travaux de la
future AssembléenationaleetdeleurreprésentationauParlement
métropolitain futretenu(…).Les conséquences de cette Conférence se
traduisirent par uneéclosiondegroupesorganisés surdes bases politiques,
ethniquesousyndicales »(Devey,[1997:128-129]). C’est àcemoment-là
que Sékou Touréémergea au niveau politiqueà traversleParti
Démocratique de Guinée (LPDG).Enquelquesannées, il investit, avec son
parti, lesinstitutions et la viepolitique de toutelaGuinée. En septembre
1958,lorsduréférendum surlaréformedelaconstitutiondel’AOF,la
Guinée est le seul pays d’Afrique francophoneàrejeter lespropositions du
généraldeGaulle,notamment surl’intégrationdel’AOF au seind’une
Communautéfrançaise, Sékou Touréayant proclamé préférer la liberté dans
15la pauvreté àlarichessedansl’esclavage .Celaa entraînéune rupturedes
relations politiquesetéconomiquesaveclaFrance, marquéeenparticulier
parlerapatriementdeses cadres administratifs et techniques, jusqu’au
milieudes années 1970.
Le 2Octobre1958, la Guinée accède alorsà l’indépendanceet
Sékou Tourédevient le chef de ce nouvel Etat.Ilvadévelopper un régime de
parti unique et un systèmesocialistebasé surlaplanification(troisplans
réalisés entre 1960et1980),lacollectivisationetl’étatisationdel’économie.
Au niveau de la collectivisationdel’agriculture,différentesréformes ont été
entreprises avec le développement de coopératives agricoles de production
(CAP), dirigéespar desagentsdelafonctionpublique,decentresde
13
Pour desprécisions surlapériode de colonisation, consulter parexemple Devey,[1997] .
14
Aujourd’hui encore,leréseau routier esttrèsdéfaillantenGuinéeetenparticulierenmilieu rural.
15 Lesguinéensont suiviles idées de S.Touréseprononçantàprèsde95% contre le référendum .
18modernisationrurale(CMR) puisdes coopératives de production agricoleet
de consommation(COPAC). Suiteà l’échec de ces coopératives, des
brigades attelées de production (BAP)ont étécréées. De plus,l’Etat
fournissaitletravail et lescadresdecommandement. Acette époque,la
politique économique dans l’agriculture est caractérisée pardes
investissementsinsuffisants,des opérations de production et de
commercialisationadministrées ainsique parunmanque d’infrastructures.
Cettepériode aaussi étémarquée, au niveau agricole, parlacollectivisation
desmoyensdeproduction, parledéveloppementdenormesde
commercialisationetpar la subventiondes biensdeconsommation. Dans
l’ensemble, lesrésultats agricoles ont étédésastreux, en particulierpour les
produits vivriers et le riz, comme d’ailleurspour la plupart dessecteurs
économiques. La mort soudainedeSékou Touréenmars1984 aainsi misfin
àsapériode de dictature.
2.1.2- L’après SékouTouré:del’espoirà la désillusion
Après la mort de Sékou Touré, un gouvernement d’intérimaété mis
en place, rapidement renversé parlecolonelLansanaConté, qui prit la tête
du Comité Révolutionnaire de redressement national(CMRN).Ainsi,la
deuxièmeRépublique entra en vigueur. Trois domainesont étésurtout
privilégiés parlenouveau pouvoir: (i) la reconstructiondupaysauniveau
économique;(ii) lessecteurs de l’éducationetdelasanté, qui avaientété
particulièrementnégligés sous le règne de SékouTouré,ont étéréhabilités;
(iii) la tentativederéinsertion desguinéensdel’extérieur,obligés de fuir le
régime précédent, quia étérendue difficile parl’hostilité de la plupart des
guinéensdel’intérieur àleurégard.Les grandeslignesdes réformes ont été
annoncées dans le discoursprogramme du chef de l’Etat, le 22 décembre
1985:les autoritésoptèrentalors pour uneéconomie de type libéral, par
l’intermédiairedes IBW. Ainsi, en septembre1985, le programme de
redressementéconomique et financier (PREF) futadoptépourquatreans
avec l’appui du FMI et de la Banque mondialeetlesoutien d’autres bailleurs
de fonds comme la France. Ce programme induisaitdes ajustements
économiquesetfinanciersetprévoyaitd’augmenter la mobilisationdes
ressourcesinternespuisdelibéraliser l’économiepar la réductiondurôlede
l’Etatdanslesecteur productif et commercial.Parmi lesmesures lesplus
importantes, on peut citerlareformulationdelapolitique monétaireet
bancaire (dévaluations importantes, introductiondufranc guinéen àlaplace
du sylli, liquidationdes banquesd’Etat),lalibéralisationducommerce et des
prix (avecunnouveau tarif douanier), la réformeadministrative (forte
réductiondes effectifs de la fonctionpublique). Après1985, la relancedu
secteur rural aaussi étéune priorité pourlegouvernementguinéen,avecle
19soutiendelacommunautéinternationale,cequi aredonné confianceaux
agriculteurs.
Puis la période entre 1988 et 1994 futdénommée la phase de
reconstruction. Deux accordsd’ajustementapprouvéspar lesIBW vont se
succéderpendant cette période:laFacilité d’Ajustement Structurel (FAS) de
1988 à1991puisleprogramme triennal(1991-1994)autitre de la Facilité
d’Ajustement Structurel Renforcée (FASR).Cette phase reprendles mêmes
mesuresque précédemment mais avec une dimensionsociale plus marquée
(programme pour l’éducation, projetspour lesinfrastructures de base).Les
résultats de cette période d’ajustement structurel ont étéplutôtfavorables au
départ (notamment àtravers une hausse du PIBouune baisse de l’inflation),
maissesont essoufflésdès le début desannées 1990.
En 1993, de nouvellesélections présidentiellesont lieudansun
climat politique tendu(finduparti unique). LansanaContéremporte la
victoire et metenplace la troisièmeRépublique.Denouveauxaccordsont
étésignésavecles IBWafindepoursuivrelapériode d’ajustement et la
volontéd’entrerendémocratie.Entre 1996 et 1998, le gouvernementa ainsi
formuléune vision globaledudéveloppementà traversledocument
«Guinée, vision 2010 », basé surles principesdejustice,responsabilité ,
solidarité et participationafind’améliorerles conditions de viedes guinéens.
La Guinée aaussi rédigé,à l’instar de la plupart despayspauvres, avec
l’appuidelaBanque mondiale, un DocumentdeStratégiedeRéductiondela
Pauvreté(DSRP)en2002qui fournitune descriptiondelapauvretéen
définissantles objectifsdelastratégie actuellementsuivie. Celui-ci
comprend uneexplicationdétailléedes divers éléments et mesures
prioritaires destinés àréduire la pauvreté.Aujourd’hui, la Guinée fait partie
despaysles plus pauvresdumonde et estcaractérisée parune administration
16peuefficaceetvulnérable .Les élections présidentiellesde2003 ontvuune
nouvelle victoire écrasantedeLansanaConté. D’aprèsledernier classement
de l'ONG« Transparency International» qui établit un indice de Perception
de la Corruption(IPC), la Guinée partage avec l'Irak(en guerre), Myanmar
(une dictaturemilitaire) et Haïti la lanterne rouge mondialedelacorruption
avec un score de 1.9sur 10 .
L’ensembledes réformes entreprisesn’a paspermisà la Guinée de
s’en sortirencoreaujourd’huietles plus pessimistes estiment même que la
situationnecessedesedétériorer. Lesespoirs placés en LansanaConté
aprèslamortdeSékou Tourén’ont étéqu’illusion.Selon Seck,« de Sékou
Touréà Lansana Conté, quarante-septans après sonaccessionà
l’indépendance, le paysn’a cessé de péricliter. L’agriculture estruinée,
l’économie s’effondre, le régime estisolé.Etbienqu’il l’ait institué, le chef
16 Lesgouvernements ont subi de nombreux coups d’Etat.
20de l’Etatnepeutsefaire au jeudeladémocratie », ce qui résume
parfaitementlasituationdanslaquellesetrouve la Guinée (Seck,[2005]). Ce
même auteur parle de descente auxenferspour qualifiercette situation. Un
rapport de l’InternationalCrisis Group explique quelaGuinéeest en passe
de devenirleprochainEtatenfaillite d’Afriquedel’Ouest (International
Crisis Group, [2005]) .
Au niveau politique,l’oppositionn’arrivepas àcontester le régime
en place. Lors desélections présidentielles de 2003, lesprincipaux leadersde
l’opposition se sont retirés, n’ayantvéritablementaucunemarge de
manœuvre. Finalement,les élections ont opposéConté àunillustreinconnu,
désigné très certainementpar le pouvoirenplace pour faire illusionde
démocratie.Finalement, Contéarecueilli près de 95,6% dessuffrages.
Nous allons alorsrevenir plus précisémentsur lesconditions
précairescaractérisantlaGuinéed’aujourd’hui,toujourssous le règne de
Conté.
2.2- Le désastreéconomiqueetsocialactuel
Le secteurprimairereprésente environ25% du PIBalors que le
secteur secondaire,dominésurtout parles mines, atteintunniveau de 36% .
Le secteurtertiaire,quant àlui,affiche une valeur de 39% du PIB. Le secteur
primaire regroupepourtant plus de 70%des guinéens. L’agriculture fait
partie du secteurprimaire,qui concerne la collecteetl’exploitation directe
desressourcesnaturellesetcomprendaussi la pêche, la foresterieet
l’exploitationminière.Laclassificationentrois secteurséconomiques
(primaire,secondaire et tertiaire)n’est pasrigidecar l’agriculture peut aussi
faire partie du secteursecondaire,dès que l’on transformeles produits
récoltés. De même, une filière agricole,conceptque nous définirons
précisément au second chapitre,peutêtre répertoriéeaudépartdansle
secteur primaire puisausecteur secondaire (sitransformation) et tertiaire (si
commercialisation) .
Au niveau commercial, la Guinée connaît un déficit régulierdela
balancedes paiements. Lesexportations concernent surtout desproduits
minierspuisque cesderniersreprésentent, en 2004, 85% de la valeur des
exportations totales. Toujours pour la même année, lesexportations minières
ont rapporté plus de 625 millions de dollars et 17%des taxesperçues par
l’Etat, soit 171 millions de dollars EU (Banquemondiale, [2006]). Selon la
Banquemondiale,laGuinéedétient près de la moitié desressources de
bauxite mondiales avec quelques12milliards de tonnes. Cependant, comme
pour le secteuragricole, la richessedeson potentielnesuffitpas,vules
problèmes de gouvernance, fauted’uncadre juridique suffisantetainsi d’un
cadre de développement adapté .
21La Guinée fait partie de la CEDEAO (CommunautéEconomique
desEtats d’Afrique de l’Ouest). Cette dernière aété crééeaveclasignature
du traité de Lagos, le 28 mai 1975,par quinzepays. Sonobjectif proposede
développerlacoopération et l’intégration dans lesdomaineséconomique ,
social et culturelenvue d’aboutir àune union économique et monétaire
pour l’intégrationtotaledes économiesnationalesdes Etatsmembres. La
CEDEAO établit sa politique agricole(nommée ECOWAP)avecl'objectif
de contribuerdemanière durableàlasatisfactiondes besoinsalimentaires
de la population, au développement économique et social et àlaréduction
de la pauvreté et desinégalitésdansles étatsmembres. L'ECOWAP est
ainsisoumise àlanécessité de la mise en place desinstruments
économiques(le Tarif extérieur commun ou TEC) et auxdéfis des
négociations commercialesavecl'Union européenne (avecles Accordsde
Partenariat Economique)etl'Organisation mondialeducommerce (OMC).
Des indicateurs socio-économiquessont donnésautableau I.1.
Même s’ils se sont globalement améliorésdepuis2000,lasituation
guinéenne resteencoretrèspréoccupante. Un cas concretexisteavecles
coupuresincessantesd’eau et d’électricitéà Conakry, seuleville guinéenne à
pouvoirpourtant véritablementenbénéficierdanscepays. De plus,les prix
desproduits de base et de l’essence flambent depuisquelquesmoisetla
plupart desservicespublics, desréseauxroutiers sont en déliquescence.
La Guinée estaujourd’huil’undes pays lespluspauvres du monde .
Selon l’enquêtesur lesménages réalisée parlaBanque mondialeen2002,
l’incidencedelapauvretéauniveau nationals’élève à49,2% et à60% en
milieurural (Directionnationale de la statistique,[2005]).Nous verrons que
ce sont d’abordles agriculteursvivriers qui sont touchéspar ce fléau .
Cependant, malgréune situationéconomique,sociale et politique
extrêmementdifficile,lastabilité estpréservéeenGuinée. Il est tout de
même légitimedesedemandersicette relativestabilité pourra perdurer
encore longtemps dans l’avenir. Déjà, quelquesévènementsdonnent des
signesinquiétants.Ainsi,les étudiants ont organisé desgrèves pour
s’insurger notammentcontre le nombred’élèvespar classesetcontre le
chômagedes jeunesdiplômés. Lesenseignantsont aussi protestécontre le
manque de régularité au niveau de leursrémunérations.Plusgénéralement,
desmanifestations ont souvent lieucontre la hausse continue desprix,en
particulierpourl’essence (qui se traduitpar uneaugmentationducoût des
transports), le riz et le pain,produits consommés quotidiennement. Des
pillagesont éténombreuxdansdes magasins ou surles camions transportant
desproduits alimentaires de base.
22Tableau I.1: Principaux indicateurssocioéconomiques
1995 2000 2005
Population
Populationtotale6,5 8,49,4
Croissancedelapopulation(%annuel) 3,12,1 2,2
Espérance de vie àlanaissance (années) 45 52,9 54,1
Taux de fertilité(naissances parfemme)5,6 5,6
Mortalité infantile (pour 1000enfants nés) 109,9 97,4
Taux de scolarisationprimaire(%dutotal)3760,281,4
Taux de scolarisationsecondaire(%dutotal)1016,830,5
Taux d’alphabétisation(%delapop.de15ans et plus)29,5
Economie
PNB(milliards de dollars courants)3,4 3,9
PNBpar habitant (endollars)400,0 420,0
PIB(milliards de dollars,6 3,13,3
CroissanceduPIB (% annuel,8 1,93,3
Inflation(%annuel) 11,1 28,8
Agriculture,valeurajoutée (% du PIB) 21,5%23,224,7
Industrie, valeur ajoutée(%duPIB)33,1% 35,9 36,4
Services,valeurajoutée (% du PIB)45,5% 40,9 38,8
Exportations de biensetservices (% du PIB) 23,6 26,1
Importations de biensetservices (% du PIB) 28,7 29,6
Source:World Developmentindicators
Au niveau social,une incertitude demeure au regard desrivalités
ethniques. Pour l’instant, celles-ci existent mais ne se traduisentpas parune
remise en questiondel’appartenanceàlanationguinéenne,contrairement
auxpayslimitrophes, le Libéria et la Côte d’Ivoire.Làencore, on peut se
questionnersur uneéventuelle montée destensionsethniquesface àla
dégradationdelasituationguinéenne.Deplus, la mauvaisegouvernanceet
la corruptionont précipité le déclin économique du pays .
Il restemaintenantà mettrel’accentsur le domaine quinous
intéresse ici: le secteuragricole.
2.3- Le secteuragricole: un potentiel naturel inexploité
En Guinée, toutes lesconditions physiquesetclimatiquessont
réunies pourfaire du secteuragricolel’autre moteur du développementavec
lesmines.Eneffet,sols, reliefs,hydrographieetclimat offrent,danschaque
23région, desconditions variées et favorablesaux cultures. Ainsi, près de six
millions d’hectares sont cultivables(dont de vastes surfaces irrigables).Les
paysages et pluviométries permettent tous typesdecultures:café, cacao ,
coton, fleurs,fruits et légumes, riz, manioc,maïsouarachide. La richesse de
ce potentieln’assure pasles productions,etencoremoins lesexportations ,
puisque seulementunsixième dessurfaces cultivablessont effectivement
cultivées. Nous avancerons dans cette partie juste quelqueséléments car la
descriptiondusecteur agricole guinéen fera l’objet d’unepartie trèsprécise
parlasuite,auchapitre troisième.
Alorsque l'agriculture guinéenne aconnu un développement
fulgurantdansles années 1950 et représentait près de 50% du PIBet60%
desrecettesd'exportation(ce qui permettait ainsiaupaysd'être autosuffisant
en produitsvivriers et notammentenriz), elle semble bien avoirsubi les
vingt-cinqans de dirigisme de Sékou Touré (1958-1984).Par la suite, le
gouvernementdeladeuxièmeRépublique,dirigépar LansanaConté, s’est
résolu àaccorder une place prioritaireà l’agriculture afin de mettre en valeur
le potentielrural guinéen mais l’agriculture ne représente aujourd’huique
1725% du PIB .Aujourd’hui encore,plusde80% de la populationactive
guinéenne travaillent dans le secteuragricole.
La politique nationale de développement agricolevision2015a été
adoptée en octobre2007 et sonobjectif prioritaireest de parvenir à
l’autosuffisance alimentaire. Lesproductions vivrièresont alorsunrôle
prépondérantà joueretenparticulierlaculture du riz.Laculture rizicoleest
pratiquéedanstoutes lesrégions,maisl’essentieldelaproduction est
autoconsommé. Face àlacroissance démographiqueetauphénomène
d’urbanisation, la production localeneparvientpas àsatisfaire lesbesoins de
l’ensembledes habitantsetlaGuinéeadonc un recoursmassifaux
importations.Uneffort particulierseranécessaire pour exploiterle
formidable potentielqu’elle possède.
Cette présentation générale de la Guinée étaitessentielle pour bien
comprendrelecontexte particulierdecepays, et ses difficultésactuelles
pour l’ensemble despolitiquesà mettre en œuvrepour sortirenpartie de sa
situationsidélicate. Il est alorstemps d’énoncer la problématique générale .
3- Problématiqueetorganisation de l’ouvrage
L’objectif principaldecetravail consiste àmontrerl’importancedu
secteur rural pour combattrelafaimetassurerledéveloppementenAfrique
17
L’agriculture constituepourtantlesecteurqui contribueleplusà la croissancedupays(en moyenne
4,5% paranentre 2001 et 2004 contre 3% pour l’ensemble de l’économie).Cerésultat estsurtout lié à
l’extensiondes terres cultivéessansune véritable améliorationdelaproductivité .
24de l’Ouest, et le rôle quepeuvent jouerles filièresvivrières, pour un pays qui
possèdedes ressourcesagricoles suffisantes. On chercheàfaire face en
partie auxpolitiquesprônées parles institutions internationalesetles
différents gouvernementsenplace, qui ont négligéles culturesdestinées aux
marchés locaux, en avançantdifférents arguments qui nousparaissent
essentiels.Iln’est pasexagéré d’affirmer que lescultures pourles marchés
nationaux ontété mises au second rang voire complètementnégligées dans
la plupart despays. Depuis2007, la hausse desprix desproduits agricoles et
lesémeutes qui ontsuivi ont au moinslemérite d’avoirréveillé la
conscience internationale surl’urgence de la garantie de la sécurité
alimentaire. Mais on peut se demander si l’effort de la communauté
internationale va se poursuivre dans le temps.
Il faut noter que ce n’estpas parceque l’on va démontrerlapriorité
qu’ilfautdonneraux filièresvivrièresque nousprônons un abandoncomplet
desexportations.Cette étude s’inscrit donc autour deszonesrurales et se
focalise uniquement surlesecteur agricoleausensstrict. Bienentendu, nous
savonsque la diversificationdes activitésest courammentpratiquée parles
ménagesruraux, notamment pour faireface auxrisquesetaux aléasqui sont
trèsélevésdansces zones. Ils peuvent alorscombinerlaproduction de
plusieursculturesavecdes activitésnon agricoles ou agricoles au senslarge
(c’est-à-dire avec l’élevage, la pêche, la forêt).Deplus, au sein desménages
ruraux,certainsmembres combinentdes activitésrurales et urbaines afinde
diversifierleurs revenusetsaisirdenouvellesopportunités.
Avantdedétaillerl’organisationdenotre recherche, trois pointstrès
importantsdoivent être analysés. D’abord, nous avonsbienconscience de la
difficulté de produire du rizenAfrique parrapportaucontinentasiatique .
On peut alorssedemandersi, face àune concurrenceaussi forte que celle
despaysd’AsieduSud-Est, il est vraiment opportundepoursuivre l’objectif
d’appuid’une filière rizicolelocaleenAfrique et s’il ne serait pasplus
judicieuxderecourir de façonencoreplussoutenue auximportations,qui
offrent un prix plus accessible.Eneffet, pour beaucoup d’auteurs, l’idée de
privilégier le riz africainapparaît comme unetentativequi va échouerau
regard de la concurrenceasiatique.Cette idée perd sonsenssileprixduriz
poursuit sonenvoléesur lesmarchés alorsque certainspayssont capables de
le produire eux-mêmes. De nombreux projetstentent,depuisdes années,
d’appuyerlaculture du riz,cequi apermisà beaucoup de pays d’augmenter
la quantité produite,maistrèssouvent essentiellementavecune hausse des
surfacescultivées. Le Réseau desorganisations paysannesetdes producteurs
de l’Afrique de l’Ouest(ROPPA)insiste surl’importanceduriz dans cette
région:« En Afrique de l’Ouest, le riz est cultivépar environvingt millions
de petits producteurs, dont une grandepartiesont desfemmesévoluant au
seind’exploitations familiales. Leursrevenus et leurscapacités
25d’investissement sont durementaffectés parlaconcurrence déloyale du riz
d’importation. Si lesproducteurs ne trouventplusdedébouchéspour leur
riz, s’ils ne peuventpas vendresur lesmarchés nationaux et régionaux àun
prix rémunérateur (juste), la pauvretépersisteraets’aggravera et la
croissanceéconomique recherchée s’en ressentiraauniveaudes
Etats » (ROPPA,[2005]) .
Il faut partir du constatqu’en Guinée parexemple,une très forte
majorité d’exploitants agricoles, et lespluspauvres d’entre eux, cultiventdu
riz essentiellementpour se nourrir et qu’ily aurait desdifficultéstrèsfortes
pour réorienterces derniers vers desproductions ou dessecteurs différents.
Il seraitdangereux de supprimer tout appui àcette culture qui est un moyen
de subsistance légitime et nécessaire.Ilfautaussi prendreencompteque les
riziculteursguinéensproduisentd’abord et avanttout pour subvenir àleurs
besoins(75% d’autoconsommationpour cette production) et nousverrons
que cette filièrepossèdedes atouts indéniables. L’intérêtaudépartde
produire du riz esttrèsfortdanscepayscar la demande ne cesse
d’augmenter(pour l’instant, les importations viennent comblerlemanque)et
parcequ’il apparaît comme étantextrêmement difficile de changerles
habitudesdes ménagesrurauxguinéens, dont l’essentieldes activités et de la
consommationest tourné vers le riz. Il faudraitsinon opérer une
restructurationmassive des opérateursrizicoles vers d’autresactivités, ce qui
paraît comme étanttrèscomplexe, ou alorsles laissercontinuerà ne produire
que pour survivre sans essayer de lesaider,alors queles potentialitéssont
présentes.
Ensuite,lesecondélément àdévelopper, quenousdétaillerons
d’ailleurstout au long de cet ouvrage,est celui de l’importanceduriz
importé pourles populations lespluspauvres desmilieux urbainsqui ne
peuvent pas, pourlaplupart, s’offrir le rizlocal qui est souvent proposéàun
prix supérieur.Ainsi,leriz importé,face àlacontractiondel’offre, est
proposéàunprix qui ne cesse d’augmenter. Avoirl’objectif de supprimer
totalement lesimportations de riz est irréaliste et non souhaitable. Irréaliste
puisqu’il seratrès difficiled’encouragerunprotectionnismetotal face aux
importations rizicoles asiatiques. Nonsouhaitablecar cela poserades
problèmes pourl’approvisionnement en rizdes plus pauvresenzones
urbaines. Cependant, àterme,silevolumederiz commercialiséaugmente ,
lesproducteurspourront offrir desprix plus faiblesaux consommateurstout
en conservant desrevenus rémunérateurs. En effet,ila étéétablipar
l’Organisationdes Nations Unies pourl’alimentation et l’agriculture (FAO)
que leshaussesdelaproduction alimentaireconditionnées parla
productivité ont un impact positif considérable surl’économie rurale et se
traduisentpar uneaugmentation desdisponibilités alimentaires et une
réductiondes prix surles marchéslocaux (FAO, [2006a]).
26Enfin, notre propos ne concernera queles pays possédantdes
ressourcesagro-écologiques suffisantesetayant donc la possibilité,au
moinsauniveau de la richesse de leursterres, de développer leur
agriculture.Nousallons démontrerque la constructiondefilièresvivrières
solides est, en premierlieu, le moyenleplusadaptépoursatisfaire les
besoinsnationaux, favoriser le développement ruralpour leshabitantsles
plus pauvresd’unpayscomme la Guinée. Bien évidemment, le
développement desculturesd’exportationnedevra pasêtreexclu mais nous
soutenonsqu’il faut orienter aussiles politiquesagricoles vers lescultures
destinées auxpopulations locales alorsque lesinstitutions internationales
lesont négligées. Cetteidéerevient en partie àcelle développéepar les
politiquesd’autosuffisance alimentairedes années 1960et1970.Deplus,
lesEtats ont peud’intérêt àprivilégiercetypedeculturesqui ne rapportent
ni devises (comme lesexportations)nitaxes (pour lesimportations).
Pourtant,enGuinée, cet appui auxproductions pour lesmarchés locaux
devramêmeêtre prioritaire puisque ce pays possèdeunpotentieltrèsélevé
pour la filière rizicole.
Pour résumer, la questionprincipale couvertepar ce travailest la
suivante :pourquoi privilégier leszones rurales pour le développementdes
pays d’Afriquedel’Ouest et en particulierles filières vivrières? L’effet
attendud’unsoutienà une filière vivrière est, dans un premiertemps ,
d’augmenterlaproduction d’un alimentparticipantà la sécurité alimentaire
d’un pays,etainsi de satisfaire un aspect essentiel du développement .
Ensuite,siuntel appuipermetd’accroître le volume de produit
commercialisé,onespèreune hausse desrevenus desacteurs concernéspar
un effet de croissance et de diffusionà l’ensemble desopérateursdela
filière.Enoutre,parce que lesagriculteursvivriers constituentdansles PED
la très grande majorité despauvres, uneactionenleurfaveurdevrait aussi
permettre de luttercontre la pauvreté. L’impact d’un soutiend’une filière
seraanalysé parrapport àl’objectif de développement ruraletdesécurité
alimentaireenpriorité.Lapremièrepartie de cet ouvrage cherched’abord à
prouverqu’unefilière agricole, et plus particulièrementune filière vivrière ,
est susceptible d’être un levier de développement en Afrique de l’Ouest. Elle
aura donc pour objectif de réhabiliterl’intérêt d’appuyerles filières
vivrières, ce qui nécessitera d’aborddeprésenterles zonesrurales en Afrique
de l’Ouestainsi que la nécessité de leur priseencompte. La secondepartie
permettra alorsdevoirsi, en Guinée,ilexistedes marges de manœuvrepour
la culture du riz.Cette étapedemandera au préalable de comprendre l’intérêt
porté àlaproduction rizicole.
Unepremièrepartie sera donc consacrée auxtermesdusujet:le
développement ruraletlafilière vivrière.Ellerétablit l’importancedeces
deux concepts, quiont éténégligés parles politiquesnationalesou
27internationales. Elleconstitueune partie théorique et conceptuelle sur le rôle
deszonesrurales et desfilièresvivrièrescomme outil de développement en
Afrique de l’Ouest.Ilfautsavoir, et nous le répèteronspar la suite, que les
pays de cette région sont trèsdifférents et quecertaines affirmations des
deux premiers chapitres ne seront pasvérifiées dans toutes lesrégions.Ce
travail porte en particuliersur despaysoùl’agriculture au sens strict
constituel’activité principale desruraux(et pasl’élevage ou la pêchepar
exemple),etqui disposent de ressources agro-écologiquesimportantes.
Il s’agira d’abordderéaliser uneanalyse synthétique des
caractéristiquesdumilieu rural en Afrique de l’Ouestetdes enjeux auxquels
il doitfaire face, ce qui fera l’objet du premierchapitre.Face au contexte
internationalchangeantsur le plan économique,socio-économique et
politique,les zonesrurales ont un rôle àjouer àtravers la libéralisation
agricole, l’urbanisationcroissante, qui peut offrir un formidable débouché
pour lesculturesvivrièresd’unpays, et la décentralisation. Au niveau des
caractéristiquesdusecteur rural,unpoint sera, parrapportausujet de notre
étude,particulièrement important:laprépondérance et le rôle de
l’agriculture au niveau micro-économique et macro-économique.Nous
montrerons aussi que la pauvretéest surtout présente dans leszones rurales .
Aprèsêtreparvenu àdetellesconclusions,une analyseprécise de la notion
de filière agricole,ainsi que du lienexistantentre lesproductionsvivrières et
le développement ruralseranécessaire dèslesecond chapitre. Nous
introduirons le conceptdefilière agricole en insistantsur sa méthode
d’analyse. Ensuite,lanécessité de privilégier surtout lesculturespour les
besoinslocauxdansl’optique d’assurerledéveloppementrural,aulieude
soutenir les filières d’exportationetderecourir auximportations,sera
démontrée. Enfin,nous énoncerons lesinstrumentsqui devront être favorisés
pour lesappuyer .
Dès lors, ces nécessairesdéveloppementsthéoriquesetconceptuels
entraîneront uneillustration àtravers un cas concret, le riz en Guinée, ce qui
nous permettrad’analyser si desleviers d’amélioration existent pour cette
filière.L’objectif de notre propos est d’étudierune filière vivrière
particulière, ainsique l’impact attendu de sondéveloppementsur la situation
deshabitantsdes zonesrurales, en mettant en évidence le potentiel
inexploité de cette culture. L’idée principale quenouschercherons à
développerest que ce pays possèdedes atouts indéniablespour produire du
riz et qu’unappui àcette culture augmenterait le volume de riz local
commercialisé,etainsi améliorerait le sort desacteurs de la filière.Atravers
ce casconcret, nous démontrerons que lesfilièresrizicoles ouest-africaines
représentent un formidable enjeuface au riz asiatique,surtout quand sesprix
s’élèvent. Dans cette seconde partie,letroisièmechapitre montrera qu’à
partir d’un produitdebase, commeleriz,une véritablefilière peut se
28

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