Géographie de l'étang

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Description

L'étang est un lieu d'eau ambigu. Il attire par sa nature construite, son héritage de moulins et de chaussées et son rôle dans la préservation de la biodiversité. Il repousse par son image insalubre, ses effets contestés sur la qualité de l'eau des rivières. Un cheminement géographique de l'étang conceptuel à l'étang pratique, de l'étang vécu aux étangs tous différents, sans oublier l'étang urbain.

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Date de parution 01 avril 2007
Nombre de lectures 275
EAN13 9782336250410
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG
LaurentTOUCHART
(sous ladirection de)

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG
Des théoriesglobalesauxpratiques locales

L’Harmattan
5-7 rue de l’ÉcolePolytechnique
75005Paris
France

Temps des auteurs, auteurs d’étang

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Alexandra ANGÉLIAUME-DESCAMPS,Maître de conférences en géographie,
Université deToulouse-le-Mirail.

FrançoiseARDILLIER-CARRAS,Professeur desUniversités en géographie,
Université deLimoges.

DamienBANAS,Maître de conférences en biologie,UniversitéParis-Sud
Orsay.

PascalBARTOUT,Docteur en géographie, professeuragrégéauxcollèges de
Dun-le-Palestel etAhun (Creuse).

CélineBERNARD,Doctorante en géographie,École normale supérieure
des lettres et sciences humaines deLyon.Chargée d’études
naturalistes àSologne nature environnement (Loir-et-Cher).

ClaudeG.GENEST,Professeur titulaire de géographie,Université du Québec
àTrois-Rivières.

AlainMORAND, Docteur en écologie, Directeur scientiique du Syndicat mixte
de gestion de labase de pleinair et de loisirs etConservateur de
la Réserve naturelle nationale deSt-Quentin-en-Yvelines,Vice
président de laCommission scientiique des réserves naturelles
deFrance.

LaurentTOUCHART,Professeur desUniversités en géographie,Université
d’Orléans, PrésidentduConseilscientiique et technique du
pôle-relais«Zones humides intérieures » (ministère de l’Écologie
et dudéveloppement durable,Fédération nationale des parcs
naturels régionaux).

L.Touchart tient à remercier bienvivementJoëlleMaillardet,
cartographe, quia assuré beaucoup plus que lamise en page de l’ouvrage et
lacartographie de maintes illustrations, enyajoutant nombre de conseils
pertinents, sur laforme et le fond,ayant permis d’améliorer grandement la
version initiale.

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG

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Les auteurssouhaitent honorer lamémoire demadamele Professeur
Bernadette Barrière.Ils mettentcet ouvragesous lepatronage demonsieur
le ProfesseurOlivierBalabanian, précurseur des recherches concernant la
géographie des étangs.

Lesauteurs ont plaisir à remercier mesdamesClaireLemouzyet
SophieHurtes (AdaseaduGers),CathyLinet
(PNRdeMillevaches-enLimousin),SophieMoréno (Géonat),Patricia Reyes-Marchant (bureaud’études
EMA), messieursBonnette etMons (syndicat de propriétaires d’étangs de
la Corrèze),Boutaud de la Combe etDelalande (syndicat de propriétaires
d’étangs de la Haute-Vienne),Faubert (CSPde la Haute-Vienne),F.Gisclard
(DirenLimousin),D.Monnier (délégation régionale deMetzduCSP),
J.-F.Nardot (Géonat),G.Pustelnik (EPIDOR),Samie (fédération de pêche de
la Haute-Vienne),K.Zmantar (Hydro-Développement).

Lesauteurs soulignent l’obligeance des propriétaires, gérants et riverains
des étangs étudiés, notamment mesdamesClaude,Cozette,French,Largilier,
Nicol,Pelletier, messieursAucoulon,Beaufort,Beynel,Chapelot,Filali,
Froidefond,Garas,Gentes,Goubault deBrugière,Gros,Lacaux,Lascaux,
Ladrat,Lefebvre,Legay,Mazaud,Normand,Penot,Riboulet,Sardin,Sorin.

Sauf indication contraire, lasource des clichés duchapitre6est
«F. Ardillier-Carras» etcelle desclichésduchapitre8 est«Réserve
naturelle deSaint-Quentin-en-Yvelines».Laphotographie de couverture
représente l’étangTrufinet (commune du Monteil-au-Vicomte, bassin du
Thaurion,Limousin – clichéL.Touchart, juillet2006).

L’édition de cet ouvrage a reçu une aide inancière de l’EA1210 CEDETE
de l’université d’Orléans (dir.M. leProfesseurG.Giroir).

Introduction à une géographie del’étang
etdesétangs

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Par LaurentTOUCHART

L’idée d’un telouvrage estnée de laconstatation queles travauxdes
géographes concernant les étangs n’étaient ni asseznombreux,
nisufisammentconnusparl’ensemble de la communauté scientiique, des
gestionnaires,aménageurs etacteurs de terrain,alors même que le besoin des
méthodes géographiques était fréquemment invoqué.Le parti pris de ce recueil
est de mêler les contributions de géographes conirmés travaillant de longue
date sur les étangs, de certains de leurs doctorants, jeunes chercheurs en
devenir pour lesquels l’étang donnerabientôt lieuàunesoutenance dethèse
de géographie originale, et de scientiiques ou gestionnaires non géographes,
qui ont leur démarche propre, tout enappréciant l’approche géographique
d’une façon complémentaire de laleur oul’associant d’une manière
interdisciplinaire.Le choixaété fait de privilégier trois directions,utiles tant pour la
rélexion fondamentale permettant de mieux comprendre le fonctionnement
de ces milieuxhumides que pour lesapplications concrètes à leur mise en
valeur économique,auxaménagements leur permettant de mieuxassurer
leurs fonctions d’épuration des eaux luviales, d’écrêtage decrue, de soutien
d’étiage, à lapréservation de leur patrimoine social et paysager.L’étang est
un concept, qui doit être déini. L’étang est un objet, qui doit être décrit
et dont le fonctionnement doit être étudié en relationavec son
environnement.Les étangs sont multiples etvariés, isolés ougroupés, en chaînes ou
en régions, et ces répartitions doivent être estimées à différentes échelles
géographiques.

Lacaractérisation de l’étang de manière précise n’est niaisée, ni
gratuite. La rélexion doit éviter deux écueils, presque à l’opposé l’un de l’autre.
Le premier serait de partir à la vaine recherche d’une déinition universelle,
qui, à force devouloir contenter tout le monde et concilier les opinions
divisées, inirait par aboutir à une formule en partie vidée du sens qu’elle était
pourtant supposée caractériser.C’est souvent le reproche fait, sans d’ailleurs
être toujours justiié, au travail des grandes organisations internationales et
autres forums de l’eau. La déinition deszones humides deRamsar n’est pas
exempte de ce type de jugement défavorable, qu’il convient d’assumer ain
d’amender la rélexion.Il est vrai que l’harmonisation contrainte est souvent

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG

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illusoire et les débats scientiiques pluridisciplinaires, lors de grandes
manifestations pendant lesquelles l’apparenteprofusiond’idées peine à voiler la
ratiocination, troquent parfois larichesse contre l’argutie.Le second écueil
résiderait dans le refus de toute recherche de déinition, sous le prétexte
d’uneaversion pour l’abstraction inutile, qui ne rendrait pas de service àune
société pragmatique tournéevers l’action, laproduction des étangs et leurs
impacts.

Il convient de trouverune mi-mesureassumant l’intérêt durecul
théorique, répondant à des enjeuxconsidérables, sans pourautant tomber dans la
banalisation consensuelle d’une déinition trop pauvre ni dans la feinte
complexité destinée à magniier l’approche scientiique.Aprendre l’un de ces
risques, la déinition de l’étang restera accaparée par la sphère juridique et
politique.Or, depuis que le néologisme dezones humides englobe les étangs
dansun plusvaste ensemble et répond àune logique conceptuelle à l’échelle
dudéveloppement durable et de laglobalisation, le besoin est encore plus
grand de déinir l’étang, à partir d’exemples locaux concernant les étangs.
Lagéographie, enclineauxfructueuxallers et retours entre l’échelle globale
et locale, est à même de répondre à cette nécessité.C’est en ce sens qu’il
aété demandé à quatre géographes de formation différente de confronter
leur point de vue dans la première partie de cet ouvrage. La rélexion se
veut internationale, parun échange devue franco-canadien et par laprise
en compte de multiples langues, et cherche,aucours des trois chapitres
concernés, à êtreutile à lacompréhension et gestion quotidienne des étangs
dumonde francophone.

Celle-ci passeaussi parune meilleure connaissance de leur
fonctionnement et de l’intégration dans leur environnement naturel et humain.C’est
sans doute lathématique laplus étudiée jusqu’à présent et les chercheurs,
en particulier les biologistes et lesagronomes, font à ce sujetun travail
remarquable depuis des décennies.Lagéographie n’avait pas laprétention de
s’insinuer ici dans lasphère des connaissances ichtyologiques, ni d’aborder
les questions de l’aquaculture et de ses débouchés économiques.Des thèmes
plus originauxont été choisis, en ce sens qu’ils font certes toujours partie
des études traitant des étangs, mais le plus souvent d’une manière quelque
peumarginale, comme cause, ouconséquence, dufonctionnement piscicole
duplan d’eau.Ilaété décidé,dans ladeuxième partie de cet ouvrage, de
les ériger en thème prioritaire, selon le critère majeur que ce sont euxqui
se trouvent au cœur des conlits d’intérêt concernant les étangs et des
polémiques qui en découlent.

Ainsi,un biologiste etun géographe prennent en compte lacomplexité
des processus physiques à l’œuvre dans les étangs, leurs liensavec le
fonctionnement dubassin d’alimentation enamont et de l’émissaire enaval.Ce
travail est présenté à travers laquestion des dépôts sédimentairesetdela
température del’eau, décryptant lamarchephysique des
processusfondamentaux avant de quantiier l’importance des impacts et de montrer l’utilité

dusuivi spatial dans les études d’effet. La partie se conclut parunchapitre
de géographie humaine àl’articulationdel’étang etdeson milieusocial.
Très original, il montre que l’étang, même déicitaire ou non rentable pour
son propriétaireseloncertainscritères strictementéconomiques, possède
unrôlesocial si fort quesapréservation est indispensable à lacontinuité
dulien entre les hommes.Dansune société de loisirs en développement, les
régions sachant mettre envaleur l’aspect paysager des étangsauront pris
une certaineavance.

C’est pourquoi les relations entre l’étang et son milieu, physique et
humain, offrent de multiples nuances, différentes selon lalocalisation des plans
d’eauet les cadres devie dans lesquels ils s’insèrent.Les chapitres de la
deuxième partie s’appuyaient déjà sur cettevariété, mais latroisième
partie, non contente de les présenter commeune source de typologie ou une
palette d’exemples délicatement différents, étudie en soi cet emboîtement
d’échelles.C’est sans doute ici qu’estattendue lagéographie dans son image
laplus habituellevue depuis l’extérieur.Les régions d’étangs ne
composentelles pas laseule géographieacceptée de tous, desautres disciplines
scientiiques, du grand public, des décideurs politiques?Cette représentation,
quelque peuréductrice, est à rénover, ne serait-ce que parce que l’échelle
des régions d’étangs n’est qu’un maillonallant duplan d’eauen général àune
multitude possible de monographies d’étang,viales groupements
géographiques en territoires plus oumoins marqués par les étangs.Ils doivent en outre
être partie prenante des rélexionsd’aménagement duterritoire.Il convient
en effet de caractériser les régions d’étangs plus oumoinsattractives, ouau
contraire délaissées, et d’étudier les changements de cette intégration oude
cet isolementaucours dutemps.Deuxgéographes présentent d’abord des
régions d’étangs méconnues, revisitant à l’occasion les méthodes
comparatives.Un écologue et gestionnaire d’une réserve naturelle détaille ensuite
lamonographie d’un étangurbain.Les étangs desvilles, ceuxqu’on croit
être toujours les derniers nés, ont parfoisune longue histoire et, surtout,un
avenir incertain.On leur demande beaucoup, cependant que les menaces qui
pèsent sur euxsont grandes.

Géographes et non géographesaurontainsiunis leurs efforts pour
cheminer de l’étang conceptuel à l’étang pratique et de l’étangvécuauxétangs
tous différents,avant de reprendre lavoie inverse à partir de l’étangurbain,
creuset de tous les enjeux contemporains qui relète les liens réciproques
entre global et local.Abordé dans sonunicité et sadiversité, l’étang
rehaussealors savaleur à travers les changements d’échelles mieuxcompris,
maîtrisés,utiles et à lagestion quotidienne toutautant qu’à sonattractivité
patrimoniale et culturelle.

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG

PARTIE1

L’ÉTANG ET LES DÉFINITIONS À TRAVERS LE MONDE :
DE LA FRANGE MARÉCAGEUSE À LA GLOSE
EN MARGE DU TEXTE

Introduction

CHAPITRE1

LA DÉFINITION DE L’ÉTANG
ENGÉOGRAPHIE LIMNOLOGIQUE

Par LaurentTOUCHART

Il serait illusoire,voire intolérant, de chercher à donnerune
déinition univoque de l’étang. Selon les aires culturelles et les langues, la
caractérisation de l’étang est différente.Même si l’on reste à l’intérieur de
la sphère francophone, la déinition de l’étang dépend de maints paramètres,
en particuliers des catégories socioprofessionnelles concernées par l’usage
dumot.En toponymie, le terme d’étang est employé, pour désigner des
plans d’eaud’origine, de taille et de situationvariées, si bien que, dans le
langage couras’nt, il «appliqueaussi bienauxlagunes méditerranéennes
(étang deThau) qu’auxlacs de montagne (étang
desBouillouses,PyrénéesOrientales),auxgrands lacs de plaine (étang d’Hourtin) qu’auxréservoirs
àusage» (Dussart, 1966, p. 2).piscicole (étangs de Sologne)Chezles
scientiiques, malgré larigueurapparente du raisonnement, l’acceptation
n’est pas toujours plus resserrée, dumoins si l’on effectueun tour d’horizon
complet des multiples disciplines. Le but de la présente rélexion est
d’abord de classer les déinitions existantes, de rechercher les éventuelles
lacunes demeurant en elles oucontradictions persistant entre elles, puis de
proposer quelques précisions nouvelles selonune démarche de géographie
limnologique.

Àla lecture des déinitions scientiiques, il nous semble que deux
groupesapparaissent.Lapremière famille rassemble lesauteurs pour
lesquels l’étang se déinit d’une manière uniquement humaine. Deux aspects
sont, à cet égard, privilégiés, d’une part l’origine artiicielle du plan d’eau,
d’autre part savocationavant tout piscicole.Laseconde famille regroupe
les chercheurs pour lesquels l’étang se déinit d’une manière physique,
en termes de tail s’ille :agit, quelles que soient l’origine et lesactivités
pratiquées, d’un plan d’eaude taille intermédiaire entre le lac et lamare.
Une troisième famille pourrait être créée, celle desauteursassociant les
deux types de déinitions. Mais, dans ce cas, une hiérarchie s’opère en fait
entre les deux groupes de facteurs, si bien qu’on peut reverser la déinition
dans l’une oul’autre des deuxpremières familles.Il est à noter qu’il s’agit

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG

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LaurentTOUCHART

presquetoujoursd’une primauté donnée aufacteurhumain, faisant entrer
ces déinitions dans la première famille, si on la recaractérise comme celle
regroupant les déinitions uniquement ou prioritairement humaines.
1
N’est-ce pas lamission de lagéographie que de recentrer le propos sur
les questions de taille et d’échelle ? Faut-il absolument tenter de concilier
lesapproches humaines et physiques ounevaut-il pas mieuxse focaliser
sur l’une d’entre elles en fonction de sa discipline ? N’y a-t-il pas un trop
grand cloisonnement entre les rélexions concernant la déinition du lac et
celles de l’étang et n’est-ce pas lerôle delagéographielimnologique que
de tisser un lien entre les deux ? Pour essayer de répondre à ces questions, il
convient de débattre d’abord de l’origine, puis de replacer l’étang dans ses
ressemblances avec le lac, pour enin mieux faire ressortir ses différences
avec tous lesautres plans d’eau, en terme de dimensions, à lafois d’une
manière descriptive et fonctionnelle.

1. L’étang : un organisme detouteorigine

L’étang est membre de lagrande famille deszones humides, que la
convention deRamsar(1971) qualiie « d’eauxnaturellesouartiicielles».
Ilappartientaussi à l’ensemble des plans d’eau, à l’instar dulac, qui est
un organisme pourlequel lesdéinitionsconvergentplusfacilement vers un
accord des différentsauteurs.L’étang serait-ilunezone humide particulière,
laseule dontl’originesoitexclusivementhumaine ? L’étangserait-ilun plan
d’eauexceptionnel, le seul à remettre en question les critères misaupoint
pourdéinirle lac ?

1.1. Lac naturel et étang artiiciel : une séparation hasardeuse
Laterminologieanglo-saxonneaime souvent, mais non toujours, àassocier
le terme dereservoirà ce que lesFrançaisappellentdeslacsartiiciels,
réservant le terme delakeauxseuls plans d’eaunaturels.LesRusses ont
en généralune pratique proche, le lac (озеро) étant d’origine physique,
laréserve d’eau(водохранилище) étantanthropique.Cette conception
n’ajamais été complètementabsente de lapratique française, quiapu
parfoisutiliser le terme de retenue d’eau(Benedetti-Crouzet &Dussart,
1979). Le nom perdure, notammentdanslesdocumentsadministratifs, pour
désigner, sous l’appellation de retenue collinaire, les petits étangs de tête
de bassin surtout destinés à l’irrigation.Plus récemment, laglobalisation de
la littératurescientiique, provoquant une certaine américanisation de la

1 D’autresdisciplines, comme l’histoire, ontle devoirde proposer une démarche différente,
dans laquelle les dimensions et les échelles spatiales sont reléguées àun niveauinférieur :
« L’étangse déinitpar sa fonction etnon par sataille, qui, audemeurant, n’estpasforcément
réduite »(Abad, 2006, p.11).C’estla diversité desapprochesdisciplinairesqui permet un
enrichissement de lacompréhension générale de l’étang, dumoins si l’on respecte tous les
points devue.

DÉFINITION DE L’ÉTANG EN LIMNOLOGIE

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2
terminologie française, remplace, encore qu’assezrarement , laretenue
d’eaupar leréservoir (Carbonnel &Cosandey,2001). En fait, lesubstantif
n’apris que dans l’expression de barrage-réservoir, plutôtutilisée dans le
registretechnique.
Pourtant,même chezles Anglo-saxons, cette séparation lacustre est
loin d’être généralisée. Pour Whittow(1984), le lac est«un plan d’eau
fermé » (p.28, enanglais) quinepréjuge d’aucuneorigineparticulière.
Pour Taub (1984), le lac est un terme général, qui regroupe tant ceux
d’originenaturelleque ceuxconstruits par l’Homme, cesderniersappelés
man-made lakesoubienreservoirs.On retrouvaitdéjà cette conception
chezAckermannetal.(1973). Même les chercheurs étudiant les différences
notentd’abordlaprédominance des ressemblances (Thorntonetal., 1982).
Afortiori enFrance, àpeuprès personnene contestequelelacpuisse
être naturel ou artiiciel (Pourriot & Meybeck, 1995, Pourriot, 1996, Pinot,
non daté). Une revue précédente des déinitions concernant les lacs avait
d’ailleurs montréque celles-cis’appuient surdescritères physiques, dans
lesquels lataillejoue unrôlemajeur(Touchart, 2000a).
Or leparamètre humainentre dans maintesdéterminationsdel’étang.
Nousavionsdonc fait remarquer (Touchart, 2006) qu’une certaine
homogénéisation de la rélexion s’imposait, soit en apportant une démarche sociale
àlacaractérisationdulac,soiten suivantuncheminement naturaliste à
la qualiication de l’étang.C’est ce dernier point qui nous intéresse ici. En
effet, par souci d’adéquation entre la déinition française du lac, qui ne
prendpasencomptel’origine, etcelle del’étang, il paraît logique dene
pas restreindre ce dernier à un plan d’eau artiiciel, mais de l’ouvrir à toute
origine. En effet, dans le cas contraire, la justiication qu’un lac pourrait
être naturel ou artiiciel, tandis qu’un étang ne pourrait être qu’artiiciel
impliqueraitderenier sur le fondquel’origine fût le critèremajeur touten
continuantdele clamer sur laforme etcontraindraitàprésenterunautre
critèresous laforme d’un paramètresecondaire, en l’occurrence celui de
lataille,alors mêmeque celui-ciserait leseul,sur le fond, à
faireladiffé3
rence.

2Il est signiicatif que leseul manuel écriten françaisdontletitre comporte leterme de
réservoir soit latraductiond’un précisanglo-saxon.Ily estindiquéqdue, «ans leprésent
ouvrage,leterme‘lac’désigne un pland’eaunaturel, et les termes ‘réservoir’ ou‘retenue’,
desplansd’eauartiiciels(mêmesi beaucoup deréservoirs sontappelés lacs)»(Ryding&Rast,
1993, p.38).
3La cohérence du raisonnementne pourraitalorspasêtresuivie etc’estcette confusion qui
explique l’ambiguïté de certainesdéinitions:« Si cette retenue est artiicielle, vidangeable
et de faible profondeur, c’estun étang ; si elle est égalementvidangeable, mais de grande
profondeuc’estr :un lac de(barrage »Benedetti-Crouzet& Dussart, 1979, p. 9). «En
limnologie, les critères de dimensions (supericie, profondeur) n’entrent pas dans la déinition
d’un lac. […] Le terme d’étang devrait être limité aux plans d’eau artiiciels peu profonds »
(Pourriot, 1996).

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG

16

LaurentTOUCHART

1.2. L’étang naturel ou artiiciel : une étymologie double
Deux raisons au moins justiient la prise en compte d’une double origine
possible àl’étang. D’unepart, ilexisteun seulmotfrançais làoùcertaines
languesenont plusieurs, d’autre part, l’étymologie de l’étang français
comporte elle-mêmeune telleambiguïté.
En japonais scientiique, la distinction est claire, puisquenumaest
l’étang naturel,ikel’étang artiiciel (comm. or.Ishiguro N.,2001). En
allemandaussi, laséparation est nette chezles hydrobiologistes, puisque,
depuisla proposition de Thienemann (1925, p.212),Weihersigniie l’étang
naturel, tandis queTeichs’emploie pour signaler un étang artiiciel. Il està
noter que cette distinction est celle des manuels de limnologie germaniques.
D’autres sources peuvent employer différemment ce mêmevocabulaire et
il est vrai que l’étymologie pencheraitplutôtpour une artiicialité dansles
deuxcas, maisavecune nuance entre lafonction et l’origine.En effet,
4
Weiherest mot à mot levivierfrançace bis ,assinaménagé pour l’élevage
dupoisson, en général d’origine artiicielle mais traditionnellementemployé
aussi pour les plans d’eaunaturelsalevinés, cependant queTeichest le plan
5
d’eauretenuparune digue (Deich) .
6
Comme deuxnoms s’utilisentaussi pour le marais ,lalogique est
systématiquement respectée par les limnologuesallemands, plaçantau
premier rang hiérarchique de la déinition la question de lataille, puisau
second rang celle de l’origine, laquelle divise en deuxchaque organisme
classé d’abord selon ses dimensions.
Par rapportà ceslangues, le français scientiique ne possède que le
terme d’étang pour désigner des plans d’eaude cette taille, si l’on considère
que levivier oulapêcherie sont des termes plus spécialisés.Il nous semble
donc queréserverle motpourles seulsétangsartiicielspriveraitnotre
vocabulaire de lapossibilité de posséder des organismes intermédiaires
entre le lac et lamare, qui soient d’origine naturelle.
L’étymologie elle-même ne permetpasdetrancherdéinitivement
en faveur de laseule causeanthropique et n’interdit donc pas ladouble
origine. Le caractère artiiciel estcertes souligné, maisd’une manière
cependant plus complexe que dans d’autres langues comme le russe, le
7
chinois oul’anglais .Il estvrai que l’étang français barre l’écoulement

4Weihervient dumoyen hautallemandwiwari, dérivé, comme le françaisvivier, dulatin
vivere(comm. or.DauryD.,2006).
5Teich(étang)etDeich(digue)viennentdumoyenhautallemandtichetdich, dont laracine
indo-germanique dedheigest lamêmeque celle dunéerlandaisdijk.Lepassage ducontenant
aucontenu, c’est-à-dire deDeichàTeich,s’estfaitepar métaphonie(comm. or.DauryD.,
2006).
6Sumpfest lemarais natureletBruchlemaraisartiiciel, dumoinsdanslesmanuelsde
limnologie.
7Larelationestévidente en russe entrelaracine « d’étang »(пруд)etcelle de « barrage »,
commeon levoitdans laressemblanceavecleverbe « barrer, cloisonner»(прудить) oulenom

DÉFINITION DE L’ÉTANG EN LIMNOLOGIE

17

(Otto-Bruc,2001, Trintignac &Kerleo, 2004), mais il mêle cette origine
avecsoncaractèrestagnant, qui estun trait physique.«Letermetireson
origine dulatinstagnum, qui signiie ‘stagnant’, puis duprovençalestank
etdel’ancienfrançaisestanchier, qui signiie ‘étancher, arrêter l’eau’,
etqui souligne le caractère artiiciel de l’ét(Lang »utz23)., 2001, p.
Landou(2006)afait larevue historique de cettepolémiqueremontant
e
auXVIIsiècle,opposant leséruditsfaisantdériver l’étang d’aquastans
etceuxquiy voyaient leverbestancare.Enfait,l’unet l’autremots se
sont sans doute inluencés réciproquementet C.Genestexplique, dans le
chapitre2de cemêmevolume,lelienvraisemblable entrelesdeux.La
racine française del’étang implique donc àlafois qu’il s’agitd’une eau
dormante etd’unaménagementanthropique. L’inluence étymologique
française del’eaustagnantesemblerarepar rapportauxautres langues,
maisellen’est pasunique.Ainsi, enchinois,shuitan,quireprésente certes
plus souvent lamare que l’étang,signiie l’eaustagnante (comm. or. Giroir
G.,2006).Àl’intérieur de la famille artiicielle, la plus répandue, certaines
langues précisent plusieurs origines.En russe,l’étang,toujoursd’origine
anthropique,se divise en« étang de barrage »(пруд),si c’estunevallée
naturelle qui estbarrée artiiciellementpour donner naissance au petitplan
d’eau, et« étang de creusement»(копание),silacuvette elle-mêmeaété
excavéepar l’homme(Любушкина,2004, c. 158).
Onauranotéquel’étymologien’apporte d’information quesur l’origine,
avecunepropensionà insister sur le barrage dansdenombreuses langues,
mais lepasapourtantétésouventfranchi d’élargiràl’usage del’étang.

1.3.Fusion ou confusionentreorigine etfonctionnalité?
«Unétangseraitdoncun réservoir muni d’une bonde,vidangeable et
destiné à l’élevage despoissons» (Dussart, 1966, p.2).Cette déinition, écrite
parle fondateur, en 1949, de la première Station de RecherchesLacustres
française,amarquéleschercheursfrancophones.On laretrouvejusqu’à
aujourd’hui dans les manuelsdelimnologie,lesdictionnairesd’hydrologie et
8
ceuxde géomorphologie.Il paraîtévidentàmaints traitésdepisciculture
(Huet, 1960,Billard, 1981). La même vocation domine chezde nombreux
géographes étrangers, comme lesRoumains Ielenicz& Erdeli (2004) à propos

« digue, barrage »(запруда). En chinois(comm. or. GiroirG.,2006), le motcomposésigniiant
l’étang(chitang) montre clairement saconstructionàpartirdeladigue(tang).L’anglaispond
veutdireaudépart, commepound,l’enclos.Lesdeuxtermesviennentdu verbepyndan,qui
signiiaitenvieil anglais« enfermer». De l’enclospour garder n’importe quel animal, on est
passé àl’enclosàpoissons, donc àl’étang(comm. or.CazéA.,2006).
8«Leterme d’étangpourraitêtreréservéauxplansd’eau vidangeables munisd’une bonde,
àusagepiscicole » (Pourriot& Meybeck, 1995, p. 1). «Écosystèmeslentiques artiicielscréés
par1998, p.endigage » (Ramade,213). Horslesplansd’eau naturels littoraux, l’étangserait
une «retenue d’eau douce construite parl’homme,toute ou en partie artiicielle » (Genest,
2000,p. 6).

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG

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dutermeheleteu.Exceptionnellement, l’inverse est souligné, c’est-à-dire
larareté de laprise en compte ducaractèrepiscicole dans la déinition :
«l’exploitationest souventéludée, et l’étang estconsidéré commeun
écosystèmeplutôt qu’unagrosyst(Lème »utz,2001, p.22). En Russie, le
terme deпрудest surtoutemployé dansdeuxcas: d’unepart lafonction
piscicole en milieurural, d’autrepart l’intégration paysagère en milieu
urbain. L’étang estun « petitplan d’eau, habituellementartiiciel, faisant
généralement partie intégrante d’unensemblepaysagerdeparc etdejardin
oubiendestinéaudéveloppementdel’économiepiscicole »(Кузнецов,
2004, p. 1039, en russe). Il est vrai que cette alternativepiscicoleou
paysagèresembleuneambivalenceactuelletenantdel’importancerécente
prisepar lemilieu urbain.Historiquement, c’était l’intégration ruralequi
10
comptait seule(Derex,2004), etplus particulièrementpiscicole(Abad,
2006).D’ailleurs,pourcertains,l’étang estancien paressence etBusnel
(1985) propose même cetraitcomme critère de déinition le distinguantdu
pland’eau,plus récent.
Plusgénéralement, «il semblequel’étangsupposepresquetoujours
uneutilisation parl’homme »(Brimont& Vergne,2004, p.61), ou, du
11
moins, ilconnaîtunevocation(Ielenicz& Erdeli,2004, p.210) etune
gestionvolontariste, «active »(Baudot, non daté, iche ZH9-1).Certains
12
insistent sur lavariété desfonctionsdel’étang(Verzier, 1998),tandis
que d’autres (Abad,2006)fondentaucontrairelaparticularité del’étang
sur lapiscicultureseule, en l’opposantauxplansd’eau, «réalisations
contemporainesàusages multiples (pêche, irrigation,loisirs…)»(Busnel,
1985).Toutescesdéinitions s’appuienten faitsurla inalité de l’étang,
maisunglissementfréquentassimilealors laconséquence,uneutilisation
humaine, àlacause,uneorigineanthropique.Oril s’agitde deuxnotions
13
qui, bien qu’elles soient souvent liées,sontdifférentesetil nous semble
quel’origine del’étang doitêtre étudiéeséparémentdesadestination
14
fonctionnelle.

«Étang :lacanthropiqueutilisé dansunbutpiscicole » (Ielenicz& Erdeli,2004, p.200, en
roumain).
10«Notrevision modernenousfaitcertainement trop regarder l’étang commeun pland’eau
destinéauxloisirs ouàlaproduction piscicole.C’est oublier que dansun passépas silointain,
l’étang étaitintégré aucycle de production agricole. »(Derex,2004, p.3).
11Indispensable à comprendrelemot roumainiaz,autrenomdel’étang en plusde
heleteu.
12«C’estun outil detravail multi-usages » (Verzier, 1998, p. 1).
13PourAbad,lelienest obligatoire :l’étangvrainepouvantêtreque destiné àl’élevage
piscicole, ildoitêtrevidangeable doncson origine estforcémentanthropique.
14Sauf, éventuellement, dans les langues oùl’étymologie est justementfondéesur lafonction,
en particulieren roumain,oùheleteusigniie littéralementle petitlac (tău)àpoisson (hele)
(comm. or.SerbanG.,2006)et, éventuellement, enanglais,oùpondévoque dans saracine
mêmeunenclos,sous-entendudestiné à garder les poissons (cf. supra).Le françaisutilise
parfois« enclosdepêche »pratiquementcommesynonyme d’étang,quand il s’agitd’insister
sur la fonction (Palisson, 1972, Mouillé, 1982). De ce pointde vue, l’allemand estlaseule

DÉFINITION DE L’ÉTANG EN LIMNOLOGIE

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Le contre-piedréservant leterme d’étang auxseuls plansd’eaunaturels,
excluantà l’inverse cette appellation pour des organismes artiiciels, est
rarissime.«Letermelacrenvoieplutôtàun pland’eaunaturelaumême
titrequée :tang,marais,alors que «retenue »,«réservoir»sont leplus
souventdes termesassociésà desbarragesartiicielsquels qu’en soit
[sic] l’étendue etlev(olume »Carbonnel &Cosandey,2001, p.68). La
contradiction procède plutôtd’une exception coninantà la fausse piste.

1.4. L’origine de l’étang dans la chaîne de l’évolution limnologique
Il nous paraît quelaprise encompte, en premier lieu, del’origine
anthropique exclusive de l’étang complique la déinitionsansni l’enrichir,
ni,surtout,lui donner lamêmelogiqueque celle desautres plansd’eau,
commelelacoulamare. De fait, parmi les scientiiques, nombreux sontceux
qui sontpassésoutre l’obligation anthropique (Lambert, 1990, Joly, 1997). Il
en estde même de la déinition ministérielle française, oficielle
pourraiton dirUn ée: «tang estun plan d’eau d’origine naturelle ouartiicielle,
de faibleprofondeur sansstratiicationthermiquestable. Il estalimenté
essentiellement par sonbassin pluvial»(SANDRE,2005,p. ).
Sur leterrain, l’opposition entre l’origine naturelle etartiicielle
n’estd’ailleurs pas toujours nette, d’oùl’appellation roumaine delacs
« anthropo-karstiques » (Bulgăreanu &Cehlarov, 1993) pour les petitsplans
d’eauissusdel’effondrementdeminesdeselgemmeprovoquéparune
dissolution naturelle. Et, en France,Baudot(non daté, iche ZH9-1) note
que «lesétangs ont pour laplupartété creusés par leshommesdansdes
marais».Eneffet, àpartird’unétatimproductif d’excèsd’eaudans lesol,
deuxgrandesfamillesdesolutions seprésentaientauxhommes: d’unepart
le drainage, d’autrepart lamise eneau.Soitenlever l’eauetcultiver,soit
enajouter pourcréerdevéritables plansd’eauproductifs.Dans lesgrandes
régionsfrançaisesconcernées, ce fut souventun mélange complémentaire
desdeuxactions qui fut misen œuvre.Danscesconditions,laconstruction
desétangs permitdeséparer l’eauet laterreplusclairement,auxdépens
demarais ou deterrainsgorgésd’eau aux contours plus lous.Ainsi, dans la
plupartdescas,l’étangaétélasolutionconsensuelleaidantàlamaîtrise
15
del’eaudel’ensemble duterritoire.Certesdesexceptionsexistentet

langue à faire étymologiquement ladifférence,puisqueWeihers’appuiesur l’usage,tandis que
Teichexprimel’origine.
15«Sans lesétangsaménagés par l’homme etconduits par lui,la Sologneserait toutentière
sous les eaux chaque hiver pluvieux » (Mottet, 1993, p.227). « L’eau, richesse du Limousin, est
l’undesfacteursfreinant leprogrèsdel’agriculture,samaîtrise estdonc indispensablepour
éviter l’excès,pouréviter les pénuries[…].Lesétangsanciens[…]mettaientenvaleur les
terroirs les plusingrats:prés mouillés,paluds,mouillères, bas-prés,sagnes,tourbières, fonds
devallée encaissés» (Balabanian &Bouet, 1989, pp.67-72). «Comme la plupartdescréations
médiévales,l’étang deLindre faitfonctionderégulateurhydraulique et sonétablissement
apermisd’assainiren partielavallée dela Seillequin’étaitalors qu’unimmensemarais
fangeux » (Heintz,2003, p. 5).

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certaines contréesd’étangs ont peut-être été créées surdes terrains sans
16
humiditéparticulière.Maiselles neremettent pasencausel’importance
duliendynamique dans la chaînelimnologique.Elles lenuancent simplement
et rappellent laportée desétudesgéographiques, puisque, enfonction
desdifférencesculturelles, maisaussi de ladiversité physiques des lieux
concernés, l’aménagement des étangsapris desformesvariées selon les
régions.
En outre, le sens de l’évolution limnologique se trouve être que tout
lac deviendraun jourun étang, puisunmarais(Thienemann, 1925, p.212,
Dussart, 1966, p. 536).C’estle cours normal del’eutrophisation,ausens
naturel duterme.Cette marchevers le comblement se produit partout sous
nosyeuxet certains plans d’eausont en train de passer de l’un à l’autre
type.C’est, dans l’ouest de laFrance, le cas dudit«lac » deGrandlieu,qui,
noncontentd’êtreaujourd’huiunvaste étang d’originenaturelle, doità
l’actionhumaine d’endiguementden’êtrepointencoreun marais sur toute
sasurface. Ces liens trèscomplexesàl’articulationdela nature etdes
sociétés montrent qu’uneopposition tranchée entre deuxoriginesexclusives
ne constitue pas le critère le plus pertinentpour une déinition de l’étang.
La situationdemaillonintermédiaire génétique del’étang est plus proche
dela réalité. Certaines langues marquentimplicitement quel’étang forme
17
cettetransitiondynamique.
La réciproque est aussi intéressante à examiner, certains auteursfaisant
18
remarquer qu’unétangabandonnése conduitcommeun lac.Ilfaut
veiller, dansce cas, à ne pas retomber simplementdansune justiication
que l’étang neseraitqu’artiiciel, maisà garderla fructueuse notion de lien
dynamique entre le lac etl’étang. Il estdonc nécessaire deréléchiraux
gradients permettantdepasserdel’unàl’autre,voireauxseuilsbornant
ces organismeshydrologiques.Finalement,l’étang en tant que chaînon
intermédiaire génétique conduitàl’étang commemaillonintermédiaire
dimensionnel.

16Bennarous(2003, p.2)remetainsi en question, pour laBrenne, l’hypothèse classique
selon laquelle «lemarais natureletinhabité, composé demaresetde boishumides,semblait
avoirété colonisé dès leHautMoyenÂgepardes moineshydrauliciens quiycreusèrentdes
étangs,leseul moyendevaloriserun tel milieu.[…]L’hypothèse d’un marais natureletdésolé
estàprésentdouteuse.Celle d’unespace boisé(pasforcémenthumide) sembleaujourd’hui
l’emporter».
17Ainsi, dans lelangagequotidien,le chinois remplacesouventchitang,plus soutenu,par
sihu,plusfamilier.Orsihu, l’étang,signiie littéralementle lac mort.Quantàshuitang, il
signiie indifféremmentl’étang etlamare(comm. or.GiroirG.,2006).
18« Pardéinition, un étang estunréservoird’eau vidangeable etfaitdemaind’homme.
Quand il n’est plusexploité,nividangé, ilévolueversunétatd’équilibrequil’apparente àun
lac. Par suite desescaractèrespropresetnotammentdesa faible profondeur (en général 1
à2m), desfacteursyjouentun rôlemoinsimportant que dansun lac etd’autresvoient leur
action grossie » (Dussart, 1992, p. 808)

DÉFINITION DE L’ÉTANG EN LIMNOLOGIE

21

L’associationdelataille etdel’origine avaitcertesété déjà abordée
19
par certainsauteurs, par exemplechezlesbiologistesDussart(1992) et
Trotignon (2000), ouencore le géographeТрёшников(1988) à proposdu
terme russeпруд, mais il s’agissait d’apporterun complément dimensionnel
à une déinition fondée sur l’origine artiicielle. Nous souhaiterionsinverser
larélexion, en plaçantla question deséchellesgéographiques au cœur de
ladémarche, sans préjuger d’une quelconque origine, laissée libre entre
humaine et naturelle.
En conclusion, cette revue des origines de l’étang nous conduit à
penser que ce critèreavait été surévalué jusqu’à présent,auxdépens de
l’intégration dans lachaîne limnologique, qui mérite enfait l’attention
première.Engénéral prenant laplace d’anciensfonds marécageuxquand il
estd’origine humaine etdérivant réciproquementd’unancien lac comblé
quand il est d’origine naturelle, l’étang estun intermédiaire dans l’évolution
dumaraisaulac et dulacaumarais, oùles contraintes physiques et les
actionsanthropiques se mêlent à laconstruction des plans d’eauintérieurs.
C’est donc ladouble question des eauxcontinentales et stagnantes qui doit
êtrereplacée au cœur de la rélexion scientiique, en la déclinanten deux
facteurs géographiques emboîtésl’un dans l’autre. Il fautd’abord déinir
en soi le caractère continental et stagnant, puis déterminer lesdifférences
parmiles organismesdormants.L’ensemble de cette recherche implique
une étude des dimensions concernant les masses d’eau, dansun sens des
seuils de changements d’échelles, spatiales et temporelles.Il est donc
indispensable de proposeruneapproche de géographie limnologique.

2. L’étang : un plan d’eau continental

Larecherche des particularités de l’étang réclame l’étude de ses
relations, ouplutôt de ses oppositions,avec le niveaude base général
marin etavec le cours d’eau.Depuis que le néologisme dezones humidesa
englobé les étangs dans les« étenduesdemarais, fagnes, detourbières ou
d’eauxnaturelles ou artiicielles, permanentesoutemporaires, oùl’eau est
stagnanteoucourante, douce,saumâtreousalée,ycomprisdesétendues
d’eaumarine dont laprofondeuràmarée bassen’excèdepas sixmètres»
(Convention de Ramsar, 1971), l’acuité estdevenue plus grande encore de
restitueràl’étangses particularités.Dans latypologie deszoneshumides
deCowardin, qui faitautorité auxÉtats-Unis(Barnaud, 1998), l’étang a

19 «d’unesupericiesouvent restreinte (quelqueshectaresà quelquesdizainesd’hectares),
ceszoneshumides[…] (sont) d’origine généralementartiicielle […]. Si lapiscicultureaconstitué
lemobileorigineldelacréationd’ungrandnombre d’étangs, force estde constater queles
vocationsde cesplansd’eau sesontbien diversiiéesdepuisquelquesdizainesd’années»
(Trotignon,2000, p.7);« plan d’eauartiiciel, creusé ouformé parla construction d’un
barrage dans lesvalléesdes petites rivières, des ruisseauxetdes rigolesderavinement, dont
2
lasurface ne dépasse pas1 km»(Трёшников, 1988, p.251, enrusse)

GÉOGRAPHIE DE L’ÉTANG

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parfoisdumalàtrouver saplaceparmilescinqclasses marine, estuarienne,
luviale, lacustre etpalustre, tenant souvent de plusieurs d’entre elles.

2.1. L’étang : une eau terrestre
2.1.1.Lesdifférencesentretoute eauterrestre et touteannexemarine
L’étang estune eaucontinentale.Dans lamajorité des cas, ce
qualiicatifrépond àsa localisation à l’intérieurdes terres(inlandwaters
desAnglo-saxons,Binnengewässerdesauteurs germaniques,внутренние
водыdesRusses).Le lienavec l’océan est, toutauplus, pour les plans d’eau
exoréiques,une longue eaucourante, mais l’étang est trop à l’intérieur des
terres pour qu’ilyait communicationavec lamer par détroit.Laplupart
desétangs sontdes« eaux terrestres» (Loup, 1974) de parleur simple
localisation, ou, comme disent lesRusses, des« eauxqui circulent sur terre »
(сухопутные воды).Or toute eauàl’intérieurdes terresestcontinentale.
Lacomplicationvientde cequelaréciproquen’est pasvraie.
Ainsi, dansd’autrescas,plus rares,lasituationgéographique del’étang
est littorale et,pourtant, il s’agitbiend’une eaucontinentale, fût-elle
côtière, et nond’uneannexemarine.Ladistinctionestalors plus subtile.
C’est qu’une eaucontinentalerépond àsonintégrationdans lachaîne des
eaux terrestres. Elle esten particulier soumise àson espace d’inluence,
non seulementhydrographique,sousforme dubassind’alimentation
20
classique ,maisaussisouterrain,atmosphérique(Чебаненко, 1988),voire
paysager (Авакян, 1999, c.224). La possibilité de communicationsfugitives
avec la mer, parcassage de cordon dunaire parexemple, oupariniltrations
marines, n’estcertespasempêchée parcette inluenceterrestre dominante.
Maiscelle-ci imposeun peuplementd’espècesvivantescontinentales (Forel,
1901, p.3) etune chimie de l’eau continentale (Wilhelm, 1960, p.313),
ce dernierpoint signiiantque les matièresdissoutes peuvent varierà la
foisen quantité eten proportion lesunesdesautres (Touchart,2000a).Les
véritablesétangs littorauxrépondent,malgréleur localisationcôtière, à ces
caractéristiques terrestresetc’estencelaqu’ils se distinguentdes lagunes,
quisontdesannexes marines peuplésd’organismesvenusdel’océanetdont
seulelaquantité desels peutchanger.
Forcéepar lemilieuterrestre,toute eaucontinentale développe
cependantàson touruncertaineffet sur l’avaletc’estaussi encelaqu’elle
s’intègre dans lachaîne deseauxterrestres.Orcetterétroactionest très
différenteselon letype d’eaucontinentale dontil s’agit.

20«Cepoidsducontexte continental paraît, deprimeabord,laplusévidenteparticularité
qui distingue lacs, étangsou rivières d’avec les masses océaniques » (Rougerie, 1993, p. 143).
«Laprincipale différence entrelacset océans sur leplanhydriquerésulte del’inversiondu
rapportentrel’aire d’alimentation terrestre etcelle dupland’eau»(Meybeck&Pourriot,
1991, p. 511), d’oùl’importance du calcul de ce quotient(Marzolf, 1984).