Histoire de la Gironde

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Description

Fruit de la Révolution comme tous les départements français, la Gironde-pays de sable, de vignobles et d’eau, s’est constituée autour de Bordeaux, alors en pleine expansion.

Bazas lui a été raccordé; le pays de Born en a été détaché. En deux siècles, ce département, découpé dans la province Aquitaine dont il a gardé la capitale a vécu bien des transformations physiques économiques et humaines au gré des blocus et des espérances, des crises et des renouveaux.

Les Landes ont été boisées et, si le port connaît un désamour, le rivage est devenu une des grandes destinations estivales. Les vignes, malgré le phylloxéra, se sont épanouies et le classement des vins fait de la Gironde un département, si ce n’est le département, le plus choyé des milieux viticoles. Les campagnes se sont vidées mais Bordeaux a su garder le rôle qui lui a été dévolu de métropole fédératrice. Le département reste la dimension idéale pour une rencontre entre l’érudition locale et l’histoire universitaire.

En effet l’histoire et l’économie y percutent le quotidien. C’est dans ce cadre qu’en s’accrochant aux marais, au littoral, à l’estuaire, aux vignobles des coteaux et des bords de rivière, l’historien local aide le mieux l’universitaire à comprendre les changements de longue durée.

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Date de parution 30 janvier 2013
Nombre de visites sur la page 22
EAN13 9782350683430
Langue Français

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Charles Daney


Histoire de la Gironde


Petite histoire d’un département excentré à
l’ère du jacobinisme


Nouvelle édition augmentée

Du même auteur aux éditions Cairn


La vie sur le Bassin d’Arcachon à l’époque de Napoléon III.

Cabanes dans le Sud-Ouest.

Sur le bassin d’Arcachon, Paul Kauffman
(préface et annoté par Charles Daney)

Photographie de couverture
Vue du Port de Bordeaux en 1903 - Cliché Archives Municipales de Bordeaux Réf. : XL_B/538
© Cliché du M.B.A. de Bordeaux/photographe Lysiane Gauthier

© CAIRN 2012
ISBN : 978-2-3506834-3-0

Vingt ans après


Il y a vingt ans, entre 1984 et 1992, Pierre Nora publiait Les lieux de mémoire. Il inspirait l’équipe
d’historiens de la rue d’Ulm qui entreprit de publier chez Payot-Rivages une histoire par département
(92 en tout avec les tenants et les aboutissants). Ils me confièrent la Gironde. Un des mes collègues prit
l’Isère, un autre la Somme. Le directeur de la publication partit chez Belfond, qui n’a pas voulu de
l’héritage. Il l’a proposée à Gallimard qui a eu peur de l’énormité de la collection. Et nous sommes
restés avec nos manuscrits...
Les éditions Cairn ont publié l’Histoire de la Gironde en 2002 : c’est le seul des ouvrages prévus qui
soit aujourd’hui sauvé des eaux de la mémoire. Si la région Aquitaine constitue le territoire
économique par excellence, la Gironde reste toujours un lieu de mémoire privilégié. Les évènements
qui s’y succèdent n’y changent rien, l’Histoire étant faite d’évènements cumulés qui sont comme autant
de projections ou de réactions des hommes qui « font » une histoire jamais en repos. Ses grandes
composantes en Gironde : la forêt, le vignoble, le tourisme et l’urbanisme ont connu bien des
changements. C’est entre 1960 et 1970 que nous avons vu naître de nouvelles techniques et disparaître
totalement des types d’hommes que nous pensions devoir résister au temps : le muletier, le résinier, la
lingère... Ce ne sont pas les changements de sol ni ceux du climat qui en sont la cause mais bien
l’évolution des « mentalités » collégiales qui collent aux réalisations politiques. Les incendies ni les
tornades, qui peuvent apparaître comme des coups de pouce à l’histoire, ne sont à eux seuls les causes
d’un changement décisif de l’espace forestier comme le fut la politique sous le second empire.
La forêt – qui occupe la moitié de la superficie du département -a connu deux tempêtes à dix ans
d’intervalle. La première, le 27 décembre 1999, a causé d’énormes ravages dans le sud du département
et dans le Médoc. 80 % de la forêt a été touchée et plus de 37 % du volume sur pied détruit. Survenant
dix ans après la première tempête, Klaus, soufflant du 23 au 25 janvier 2009, a vrillé de jeunes arbres
alors qu’ils étaient encore loin de devoir produire bois ou pâte à papier et que les chablis de la tempête
précédente venaient à peine d’être écoulés. La première n’avait rien changé à l’esprit même de la forêt.
On l’avait obstinément replantée. Il n’y avait là rien de comparable à la fin des résiniers qui a remplacé
la sylviculture par la ligniculture aux rangs serrés mettant fin à la forêt de lumière qui était nécessaire à
l’écoulement de la résine. Les bois occupaient encore 50 % du département (et 80 % à l’ouest de la
Garonne) après la première tempête. La seconde, celle de 2009, a fait réfléchir sylviculteurs et
politiques. C’est par là qu’elle entre dans l’histoire et l’on pense de plus en plus à structurer
« autrement » l’espace forestier : un tiers de bois de pins, un tiers de friches arborées (les feuillus ayant
mieux résisté aux tempêtes) et un tiers en maïs. Les secteurs forestiers n’en seront pas repeuplés pour
autant, le maïs ayant contribué à leur désertification en déplaçant vers la ville les exploitants
« maïsicoles » : il n’y a plus de fermières près des exploitations de maïs ; il n’y a même plus de poulets.
La vigne n’a pas subi de tels désastres depuis l’invasion du phylloxera ; sa superficie de quelques120.000 ha, a peu changée en Gironde en vingt ans, bien qu’elle ait diminué récemment de 10 % en
10 ans en France. Des machines nouvelles sont apparues mais les hommes occupent toujours l’espace,
la taille manuelle imposant la présence d’un nombre important de viticulteurs sur place. Sur
14.000 employés agricoles subsistant en Gironde, 90 % sont encore employés dans les vignes mais les
vignobles restent rarement aux mains des mêmes familles. Les prix des terres viticoles augmentant
considérablement, les frais de notariat interdisent pratiquement tout héritage direct. La viticulture est
plus que jamais affaire de finances et d’investissements, et de plus en plus par des capitaux étrangers.
Le vin garde toujours sa place – la première en Gironde – et fait, plus que jamais, parler de lui en
foires, fêtes, publicités…
Si les ports ou avant-ports de Bordeaux (le 6ème port de commerce métropolitain en baisse du trafic de
plus d’un tiers de 1972 à nos jours) continuent d’importer pétrole et céréales, il y a longtemps que le
vin de Bordeaux part en caisses et non plus en barriques, en camions plus souvent que par bateaux.
L’ensemble des ports et avant-ports a obtenu le statut de « Grand port maritime » en 2008 avant de
prendre le nom de « Bordeaux Port Atlantique » en janvier 2011. Des navires de croisière font escale
au Verdon ou viennent de plus en plus nombreux jusqu’au cœur de Bordeaux. Ces grands navires
blancs de 180 à 300 mètres de long et jusqu’à 50 mètres de haut (le prochain pont se lèvera devant eux)
amènent voir la ville et boire le vin à plus de mille visiteurs d’un coup. Et nombreux sont ceux qui
feront la tournée des châteaux. Il viendra cette année (2012) en Gironde trente-huit navires de croisière:
seize au Verdon, un à Bassens, vingt et un à Bordeaux. La ville, revue sous la houlette d’Alain Juppé,
nettoyée pour concourir au choix des villes patrimoniales – le port de la Lune étant classé-,
décloisonnée par des tramways performants jusqu’en sa banlieue immédiate (la communauté urbaine de
Bordeaux), et bientôt des navires fluviaux, se vend avec le tourisme et le vin. Si la ville s’étale, elle
garde la maîtrise, le « leadership » girondin, même alors que la population fait tâche d’huile jusque sur
les bords du Bassin d’Arcachon et rejoint la Dordogne en un habitat continu.
La zone urbanisée a doublé en vingt ans en Gironde. La population, qui déserte les zones forestières, se
presse dans les villes et sur le bord du Bassin au point qu’Arcachon, qui n’est même pas au centre d’un
arrondissement y a gagné une sous-préfecture. Un souffle d’urbanisme a saisi, comme elle l’avait fait
de Bordeaux, la ville qui se trouve à l’extrême ouest d’une « conurbation girondine » dont il est
difficile aujourd’hui de fixer les limites ; d’autant plus que l’effet touristique s’ajoute à l’effet
immobilier dû à l’augmentation de la population bordelaise. Les villes se modèlent de nouveaux
visages mais, par le poids de ses habitants, par ses débordements sur l’espace, par ses constructions, par
ses activités, par ses projets même, Bordeaux mène toujours la danse encore assez loin de Paris et à
l’écart de Toulouse.
L’Histoire, fruit de l’implication des hommes, s’inscrit dans les réactions aux attaques de la nature
comme à celles de l’économie. Elle a besoin du long temps pour se construire, le quotidien étant trop
nerveux à son goût. Si ls utopies sont de portée générale les applications de l’Histoire se font
localement. Ainsi s’inscrit une certaine permanence d’esprit au cœur de cette déjà vieille création qu’est
le département de la Gironde.
« Remontrant au dit Roi de Navarre que les provinces et les villes ne peuvent être maintenues et
conservées en leur état sans la liberté du commerce, laquelle par la communication libre des uns avec
les autres cause que toutes choses y abondent et par ce moyen le laboureur de la vente de ses fruits
nourrit et entretient sa famille, le marchand trafique des denrées et l’artisan trouve prix de son ouvrage,le tout pour supporter les charges publiques… » Fidèle à lui-même et à la Gironde, Bordeaux suit à la
lettre les indications de Montaigne, qui fut Maire de la ville. La circulation des biens et de produits a
toujours conduit à la prééminence de Bordeaux jaloux de ses vins, inquiet de ses bois, et fier
aujourd’hui du choix qu’en font les touristes.