Histoire de Toulouse

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Parue en 1935, cette monumentale histoire de Toulouse (plus de 900 pages) est un véritable monument de l’histoire régionale et l’œuvre de toute une vie.


« ...Nous avons donc pensé qu’il y avait place encore pour un livre mettant au point l’autrefois de la ville d’après les recherches les plus récentes, pour un livre impartial, aussi complet que possible, mais avec des dimensions modestes, libérant des études minutieuses et savantes, renvoyant cependant aux documents ou aux travaux des érudits, pour un livre capable de satisfaire les lecteurs curieux de preuves et de détails, ennemi de la sécheresse et recherchant la vérité ; enfin, pour un livre s’adressant à un public fervent, mais averti. C’est une œuvre de piété écrite avec amour. Puisse-t-elle ne pas déplaire, puisse-t-elle intéresser et instruire les Toulousains, à qui je la dédie ».


La présente édition, entièrement recomposée se présente en deux tomes.


Henri Ramet (1859-1941), juriste, fut Président de la cour d’appel de Toulouse, maire de Martel, sa ville natale. Son Histoire de Toulouse demeure, plus de 70 ans plus tard, l’ouvrage de référence sur la « ville rose ».

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EAN13 9782824050409
Langue Français

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RAMET
HISTOIRE de
Henri RAMET
TOULOUSE tomeii e e DU XVI AU XIX SIÈCLE
histoire de toulouse
Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Conception, mise en page et maquette :©Eric Chaplain Pour la présente édition :©EDR/EDITIONS DES RÉGIONALISMES ™— 2011/2013 Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte–Grenier — 17160CRESSÉ ISBN 978.2.8240.0235.4 Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.
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Henri RAMET
HISTOIRE DE TOULOUSE TOME II e e DU XVI AU XIX SIÈCLE
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CHAPITRE XI e TOULOUSE AU XVII SIÈCLE (1598-1713) es guerres religieuses ont laissé derrière elles des ruines matérielles L et un trouble moral que le roi Henri IV, en douze années d’une administration pacifique et bienfaisante, ne réussit pas entière-ment à réparer et à guérir. Longtemps encore, le brigandage des soldats licenciés, des gentilshommes même, contraints au repos, prolongea l’écho des misères de la période précédente. En 1597, un capitaine Canaveilles, maître de Buzet-sur-Tarn, condamné à mort par le Parlement, sème la terreur dans tous les environs. Un peu plus tard, la Cour fait décapiter et écarteler, à Toulouse, le frère du vi-comte de Polignac qui avait tué, en pleine messe, à Mende, son ennemi d’Apchier, ainsi que deux gentilshommes coupables d’avoir conspiré avec les Espagnols. Les mœurs restent rudes longtemps. En 1608, l’affaire de (1 ) « la belle Violante » met en cause un conseiller du sénéchal, un an-cien prieur des Grands Augustins, un avocat, coupables de guet-apens et d’assassinat avec l’aide de bravi à gages. Dans tout le pays, la noblesse d’épée a été ruinée par les guerres, ainsi que le haut clergé. En 1583, le chapitre Saint-Étienne doit vendre à des bourgeois de magnifiques do -maines du Lauraguais. Ce sont les paysans aisés et les bourgeois qui ont profité surtout de la dépossession des privilégiés, à l’égard desquels ils (2) adoptent, à l’occasion, une attitude fort indépendante . Mais l’agriculture et l’industrie ont cruellement souffert de cette atroce guerre de Trente ans français. La pauvreté du Languedoc est telle que les Etats, en 1606, ne peuvent envoyer au roi qu’un syndic pour porter leurs doléances. Pestes et famines sévissent cruellement, surtout à Toulouse, en 1608. En décembre 1609, un terrible incendie détruit Saint-Étienne ; le chœur, le grand autel, les reliquaires, tous les livres disparaissent dans la catastrophe. Le roi donna ordre au cardinal de Joyeuse de procéder d’urgence à la reconstruction ; les Etats du Languedoc votèrent, à cet effet, 9.000 livres ; tous les corps
1. Veuve à vingt ans, la belleViolante Monseroso,d’une beauté rare, retirée dans un couvent de Toulouse, enchantait et attirait à elle tout un essaim bourdonnant d’écoliers et de gentilshommes : Arrias Burdéus, prieur et provincial du monastère de Toulouse ; l’écolier Antoine Candolas ; un clerc au greffe du Parlement, Pierre Esbaldit ; le vieux Gayraud, conseiller du sénéchal ; Pierre Romain, avocat à Gimont, simple d’esprit, amoureux et ébloui comme les autres, qui n’hésita pas à épouser Violante. Romain, devenu jaloux, isola sa femme à Gimont et, dès lors, les adorateurs de Violante résolurent de la délivrer de son mari, « ce tyran gascon », par la mort. Un soir d’été de 1608, Gayraud s’acheminait, avec Romain, dans le quartier désert de l’Esquile et des Pénitents-Gris, où l’attendaient, dans un coin obscur, Candolas, Esbaldit et trois bourgeois. Ils fondirent sur lui et le percèrent de dix-sept coups d’épée et de poignard. La belle Violante était la cause de cette sanglante tragédie. La Grand’Chambre et la Tournelle s’assemblèrent ; la preuve de l’assassinat se t éclatante contré Burdéus, Candolas, Esbaldit, Gayraud, Violante et quelques complices. Tous périrent de la main du bourreau. (V. Dubédat,HistoireduParlement de Toulouse;Armand Praviel,La Belle Violante;Baron Desazars de Montgaillard,Un Assassinat passionnel à Toulouse, sous Henri IV(Affaire de la belle Violante de Batz du Château, Revue des Pyrénées, 1912, p. 503). 2. Voir L. de Santi,Un document municipal sur l’état social du Lauraguais après les guerres de religion(Revue des Pyrénées, 1912, p. 503).
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de la ville offrirent une contribution. La cathédrale, l’éternelle inachevée, devait recevoir, un an plus tard (1611), la voûte de Levesville et, en 1612, (3) le beau jubé si malencontreusement détruit . Cependant, l’autorité royale se rétablissait. Sans rigueur, mais avec fermeté, Henri IV réprimait les derniers soubresauts de l’esprit d’indépendance, de révolte ou d’anarchie. Il s’appuya sur le Parlement de Toulouse, dont il nomma, en 1600, le premier président, son homme de confiance, Nicolas (4) de Verdun . C’est celui-ci qu’il charge de surveiller la province, lors du complot de Biron et d’Henri de la Tour-d’Auvergne, vicomte de Turenne et duc de Bouillon ; c’est à lui qu’il confie l’inspection des forteresses, aux premiers bruits d’un conflit avec l’Espagne. Mais il n’hésite pas à le suspendre, ainsi que l’avocat général de Caumels, pour avoir interdit la sortie des blés du Languedoc au moment d’une mauvaise récolte. Il est vrai qu’il fait amende honorable et, peu après, rend hommage à la sagesse de la Cour. À Montmorency-Damville, devenu connétable en 1593, il laisse le gouvernement de la province et lui accorde même la survivance pour son fils Henri. Mais il se méfie des trop grands seigneurs et diminue leurs pouvoirs. Les gouverneurs, surtout celui-ci, n’avaient que trop tendance à considérer leurs fonctions comme un fief de famille où ils se faisaient représenter par un proche parent — en Languedoc, le lieutenant géné-ral était son beau-fils, le duc de Ventadour — et qu’ils transmettaient à leurs enfants. Il est vrai que l’ancien chef des Politiques réside maintenant surtout à la cour ; on ne le voit qu’en 1601 à Toulouse, où il séjourne quatre jours, et en 1606 pour présenter aux Toulousains son fils Henri, alors âgé de douze ans, au milieu du faste d’une entrée officielle, toujours onéreuse pour les finances municipales. Il semble bien que les anciennes préventions de la ville à l’égard de l’ami des hérétiques aient à peu près disparu pour faire place à une sympathie qui ne fera que grandir pour son jeune héritier. Le crime de Ravaillac, par l’horreur unanime qu’il inspira, montra la profondeur des sympathies qu’avait suscitées partout le bon roi. À Tou-louse, comme à Paris, on prit des mesures pour prévenir les atteintes à la paix intérieure et à la concorde rétablies par lui. Ventadour prescrivit de garder les places murées et d’observer les édits de pacification ; le Parlement et les capitouls rendirent des ordonnances analogues (29 mai) et les bourgeois s’armèrent pour assurer la garde des portes. Le 4 juin, le corps capitulaire écrivait à Montmorency pour l’assurer de la fidélité de Toulouse. Un capitoul fut chargé, le 8 novembre, de représenter la ville au service solennel célébré dans la collégiale de Pézenas et de porter, avec quatre nobles et un consul de Carcassonne, le drap mortuaire de satin
3. Par ses largesses personnelles, le cardinal de Joyeuse contribua lui-même, pour une grande part, à la reconstruction des parties détruites par l’incendie, notamment c’est à ses frais que fut dressé le jubé détruit, sans raison, en 1866, ainsi qu’il sera dit ci-après. Cette générosité est d’autant plus méritoire que de Joyeuse, nommé à Rouen depuis 1605, n’avait plus alors avec Toulouse que des rapports assez indirects. 4. Successeur de Pierre du Faur de Saint-Jory.
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bleu à lis d’or et à croix blanche, parsemé et fourré d’hermine. Mais il n’y eut pas de catafalque à Toulouse. Sans doute, dans la vieille cité religieuse, craignait-on quelques troubles et le réveil des passions mal éteintes. La régence de Marie de Médicis fut signalée par des révoltes nobiliaires que dirigeaient quelques princes du sang, Condé, Soissons, Longueville, Mayenne, révoltes dont les prétextes étaient l’abandon de la politique ex-térieure du feu roi, le projet de mariage de Louis XIII avec une infante et de sa sœur avec l’héritier d’Espagne, et, surtout, la puissance grandissante de la camarilla italienne qui entourait la reine, en particulier de Concini, le « signor Conchine ». Ces troubles n’eurent guère d’écho à Toulouse. En septembre 1617, Condé, qui allait à Bordeaux s’installer dans son gou-vernement de Guyenne, fit à Toulouse une entrée solennelle. Ventadour vint au-devant de lui à Saint-Jory. Aux Récollets, le président de Paulo et vingt-quatre conseillers le reçurent, l’accompagnant jusqu’à la cathédrale, sous un dais porté par les capitouls. Mais ce voyage, qui inquiéta la cour, n’eut aucun résultat pratique. Toulouse était lasse des vaines agitations. Quand le Parlement reçut le manifeste du prince rebelle (21 février 1614), il le renvoya à la régente sans l’avoir ouvert. Marie de Médicis convoqua les Etats généraux, moins pour faire droit aux réclamations des grands que pour avoir des subsides et s’appuyer, au besoin, contre eux, sur l’opinion publique. Cette assemblée, la dernière avant la Révolution, était remarquable par sa composition ; la noblesse de robe, issue de l’hérédité des offices, formait la presque totalité du tiers état ; riche et instruite, elle avait conscience de sa force et prétendait jouer un rôle. Parmi les membres du clergé et de la noblesse, on comptait nom-bre d’hommes de valeur. Mais la jalousie et les querelles des trois ordres rendirent impuissants tous les efforts d’union et inopérant tout contrôle sérieux des finances et des affaires publiques. L’assemblée électorale de la sénéchaussée de Toulouse avait eu lieu à Auterive, le 26 août ; elle désigna comme députés l’archevêque de Toulouse, Louis de Nogaret de la Valette ; l’évêque de Béziers, Jean, cardinal de Bonzi ; l’évêque de Rieux, Jean de Bertier ; l’évêque d’Albi, Alphonse d’Elbène ; le sénéchal Jean de la Valette-Cornusson ; le juge criminel Jean Loupes ; les avocats capitouls François de Bories et Pierre de Marmiesse. Ce dernier eut l’honneur d’être choisi er comme orateur du tiers dans l’affaire si grave de l’articleIdes Cahiers de Paris, adopté dans le Cahier général de l’ordre. Cet article, d’inspi -ration gallicane, proclamait que « nulle puissance en terre, quelle qu’elle soit, spirituelle ou temporelle, n’avait aucun droit sur le royaume pour en priver la personne sacrée de nos rois » ; il soulevait le problème, épineux entre tous, des rapports des papes et des rois et, en particulier, la question de la déposition par Rome d’un souverain hérétique. Chargé d’exposer la théorie du tiers devant le clergé, Marmiesse paraît s’être conduit avec assez de maladresse, dépassant ses instructions qui lui enjoignaient de ne pas « entrer en discours ». Il eut affaire à un rude adversaire dans la personne du cardinal du Perron. On sait que cette polémique entre le tiers
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et le clergé absorba une bonne partie de l’activité des Etats et que le roi y mit fin en acceptant l’article purement et simplement. De l’assemblée de 1614, il ne reste guère que les Cahiers, recueil de vœux où Richelieu et Colbert puisèrent, plus tard, quelques idées. C’est ainsi que le Cahier de la noblesse toulousaine réclamait le canal des Deux-Mers, déjà projeté e er au XVI siècle, sous François I ,réalisé seulement sous Louis XIV. La clôture des Etats fut le signal du recommencement des troubles, auxquels se mêlèrent quelques grands seigneurs protestants. Après l’assassinat de Concini et la disgrâce de la reine mère, le duc de Luynes, favori de Louis XIII et premier ministre, convoqua une assemblée de notables à Rouen (1617) ; les députés de Toulouse furent le premier président Gilles le Mazuyer et le procureur général François de Saint-Félix ; cette réunion n’eut aucun résultat. Sur ces entrefaites, le vieux Montmorency étant mort (1613), son fils exerça, en fait, le gouvernement du Languedoc. En janvier 1619, il fit son entrée à Toulouse avec sa femme Marie-Félicie Orsini ou des Ursins, fille du duc de Bracciano et nièce de la reine Marie de Médicis. Des fêtes magnifiques furent données à cette occasion, car-rousels, quintaines, courses de bagues ; le clou de ces réjouissances fut, à coup sûr, le bûcher de Vanini, place du Salin, le 19 février 1619. La guerre avec les protestants, amenée par le rétablissement du culte catholique et des biens de l’Église dans le Béarn, fit de nouveau de Tou-louse le centre d’opérations militaires. Les réformés, maîtres de Montauban, s’emparèrent de Cazères, Saverdun, Pamiers et de nombre de places dans l’Albigeois et le Lauraguais (1620). Le roi, accompagné de Luynes, devenu connétable après une campagne victorieuse sur la Loire et la Charente, arriva dans le Midi pour réduire Montauban (18 août 1621). Toulouse contribua au siège de la place de ses canons (la ville en fournit quinze), de ses munitions, de son argent et de ses volontaires. Elle leva un régiment de 1.000 hommes de pied, 100 chevaux ; trois cents volontaires comman-dés par Pierre de Rabastens, sire de Colomiers, se signalèrent pendant le siège et leur chef y perdit la vie. Investie le 18 août, Montauban, défendue par La Force et le pasteur Charnier, résista victorieusement. La dysenterie ravagea le camp des assiégeants. Les malades, transportés à Toulouse, y apportèrent le germe morbide. L’épidémie fit dix mille victimes. Le roi leva le siège le 12 novembre 1621. Il continua sa route par Toulouse, où il arriva sans cérémonie le 14 novembre ; il logea à l’archevêché et, pendant une semaine, visita la ville. L’entrée officielle, qu’on avait retardée pour pouvoir la préparer, eut lieu le 21. On revit la maison de charpente de Saint-Roch (Minimes), où le roi reçut les compliments du président de Bertier. Escortée de cent parlemen-taires, la chevauchée du jeune souverain se fit sous un dais porté par les huit capitouls à pied, à travers les voies jonchées de feuillage et ornées de sept arcs de triomphe sommés d’inscriptions latines. Louis XIII était suivi de son frère Gaston d’Orléans, du connétable, du grand chambellan, prince de Joinville, du premier écuyer Liancourt, des ducs d’Elbeuf, de
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Luxembourg et d’Halwin, du cardinal de Retz, de Schomberg, surintendant des finances, du maréchal de Praslin. Rarement plus brillante compagnie avait composé un cortège royal. Louis XIII partit le surlendemain de cette belle apothéose, qui cadrait mal, il faut l’avouer, avec le cuisant échec qu’il venait d’essuyer. Après la mort de Luynes (décembre 1621), la guerre reprit, l’année suivante. Tandis que Montmorency tenait en échec Rohan dans le Bas Languedoc, le roi reparut dans le Midi, contourna Montauban, prit Né-grepelisse (11 juin), Saint-Antonin (22 juin), coucha à Saint-Sulpice de la Pointe le 26 juin et entra à Toulouse le 27 ; il y demeura quelques jours. C’est pendant ce second séjour que ce prince dévot s’affilia à la confrérie des Pénitents bleus, dont faisaient déjà partie Condé, le duc de Vendôme, le grand prieur de France, le prince de Joinville et son frère d’Elbeuf, le comte d’Harcourt et nombre de nobles ; il assista, le 3 juillet, à leur pro-cession solennelle et posa la première pierre de leur chapelle, devenue depuis l’église Saint-Jérôme. Puis il partit par le Lauraguais, où son armée prit, pilla ou brûla Caraman, Cuq, Mas-Saintes-Puelles et Castelnaudar y. Par Alzonne, Carcassonne et Narbonne, il parvint devant Montpellier (31 août), qu’il assiégea avec aussi peu de succès que Montauban. L’entremise du duc de Lesdiguières, protestant converti et connétable de France, per-mit de signer la paix de Montpellier (9 octobre 1922), qui réduisait les protestants à deux places de sûreté et interdisait les assemblées politiques. La paix rétablissait la Chambre mi-partie ou de l’édit, que le roi transféra peu après de Castres à l’Isle-d’Albi, puis à Béziers, malgré l’opposition obstinée du Parlement de Toulouse, zélé catholique, qu’offusquait l’exis-tence même de magistrats huguenots. La paix de Montpellier n’en fut pas moins célébrée à Toulouse par de grandes fêtes. Dès l’arrivée de Richelieu au Conseil, les protestants se soulevèrent de nouveau. Dans le Languedoc, ils étaient commandés par le duc de Rohan ; l’armée du maréchal de Thémines, envoyée contre lui, comprenait un contingent de Toulousains sous les ordres du sénéchal Cornusson et du duc de Ventadour ; l’administration et la juridiction de cette armée étaient confiées au président du Parlement Faure et au conseiller Calmels. Les hostilités, que signalèrent la prise de Saint-Paul-sur-Agout (diocèse de La-vaur) et le siège infructueux du Mas-d’Azil par les royaux, se terminèrent par la paix de La Rochelle, qui renouvelait la paix de Montpellier (1626). Mais les troubles ne cessèrent pas. En 1627, Montmorency et Rohan se livrent un combat à Souilhe-sur-Fresquel, entre Revel et Castelnaudary. En 1628, le prince de Condé vint prendre le commandement des forces royales ; le 15 janvier, il entrait à Toulouse, suivi de son beau-frère Mont-(5) morency , de Ventadour et d’un grand concours de seigneurs. Il fit juger par le Parlement de Toulouse le duc de Rohan ; celui-ci, déclaré coupable de lèse-majesté, fut écartelé en effigie, place du Salin (15 février) et sa
5. Condé avait épousé Charlotte, sœur d’Henri de Montmorency.
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tête mise à prix. Le 2 mars, le prince présida la séance d’ouverture des Etats du Languedoc dans le réfectoire des Augustins, en obtint des sub-sides pour la guerre, des gratifications pour divers grands personnages ; le 3 mars, Montmorency offrit à son beau-frère le divertissement d’un superbe ballet ; le 11 avril, « le général des armées du roy en Guyenne, Dauphiné et Lyonnais » prit congé des Etats et de Toulouse ; il s’empara de Pamiers, puis de quelques places protestantes du Haut-Languedoc, notamment Réalmont, qu’on mit à sac, tandis que d’Epernon ravageait les entours de Montauban. Les protestants de Montauban ripostèrent en ravageant la banlieue de Toulouse, brûlèrent La Bastide, Orgueil-sur-Tarn, (6) La Pénière, Montbequin, La Villedieu , battirent des forces catholiques à Dieupentale, cependant que la peste faisait sa réapparition à Toulouse. La chute de La Rochelle (28 octobre 1628), le désir universel de paix, surtout l’arrivée du roi dans le Languedoc, où Rohan, seul, combattait encore, amenèrent la soumission définitive des protestants (la grâce d’Alais, 27 juin 1629). Le 20 août, Richelieu faisait son entrée à Montauban où venaient le saluer et le haranguer, en latin, tout le Parlement de Toulouse, puis le sénéchal et l’Université. La guerre civile était finie ; mais la peste n’avait pas désarmé : elle dura jusqu’à 1631. À Toulouse, en 1630-1631, plus de cinquante mille personnes périrent ; la plus illustre victime du fléau fut le (7) premier président Le Mazuyer . Le grand événement du ministère de Richelieu fut, pour Toulouse, la révolte du gouverneur du Languedoc, Montmorency. Marie de Médicis et Gaston d’Orléans avaient pensé obtenir le renvoi du cardinal et n’avaient réussi qu’à rendre son crédit plus solide ; la reine mère et le frère du roi s’étaient, à travers diverses péripéties, sauvés aux Pays-Bas. Gaston y réunissait une armée et projetait d’envahir la France ; c’était une tentative de guerre civile, pour laquelle il comptait sur l’appui d’un certain nom-bre de seigneurs, « le parti des reines ». Parmi ces derniers se trouvait Henri de Montmorency. Celui-ci avait des griefs contre Richelieu, qui lui avait refusé le titre de maréchal général des camps, titre mérité, croyait-il, par sa brillante conduite en Savoie. et en Italie (1630) ; il avait espéré, pareillement, la charge de grand chambellan, que le roi ne lui avait pas donnée ; il se plaignait, enfin, d’être regardé avec une sorte de défiance, non sans vraisemblance, car Richelieu n’aimait pas ces espèces de vice-rois des provinces qu’étaient les gouverneurs. Sa femme, Marie-Félicie des Ursins, parente de Marie de Médicis, avait épousé la querelle de la reine mère et manifesté son indignation de sa disgrâce. Les circonstances parurent favorables à Montmorency pour répondre à l’appel de Gaston. Richelieu, toujours à court d’argent, avait imaginé (1629) d’établir des élus dans le Languedoc, province dont les Etats, de tous temps,
6. Ils incendièrent le château et l’église, où se trouvait le tombeau de Beaudouin, frère de Raimon VI. 7. Ce chiffre de 50.000 morts que donnel’Histoire de Languedoc(XI-1048) et qu’adopte Dubédat (II-153) semble bien élevé pour être vraisemblable, étant donné surtout la population e de Toulouse au XVII siècle.
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