Histoire des Comtes de Poitou (Tome 2 n. s. : 1058-1137)

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L’Histoire des Comtes de Poitou d’Alfred Richard – ancien archiviste du département de la Vienne –, éditée pour la première fois en 1903, est fondamentale pour la connaissance de l’histoire du Poitou et de l’Aquitaine des Xe, XIe, et XIIe siècles. Et pour mieux comprendre l’épopée de ces comtes qui devinrent les plus puissants seigneurs du royaume des Francs – ducs d’Aquitaine, ducs de Gascogne, et même, comtes de Toulouse, un court temps – avant d’être sacrés, au XIIe siècle, reines et rois d’Angleterre. Cent ans après cette première et aujourd’hui – introuvable – édition, voici une troisième édition en quatre tomes de ce grand œuvre de l’Histoire « régionale » qui réjouira tous les amateurs et tous les chercheurs. Les trois « Guillaume » (VIII, IX, X suivant la terminologie « ducale » d’Aquitaine), en moins de cent ans, donne un éclat brillantissime au Poitou et à l’Aquitaine, à la fois politique et militaire mais aussi littéraire avec le premier troubadour (Guillaume IX).

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EAN13 9782824051017
Langue Français
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É D I T I O N S D E S R É G I O N A L I S M E S
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Tous droits de traduction de reproduction et dadaptation réservés pour tous les pays. Conception, mise en page et maquette : © Éric Chaplain Pour la présente édition : © EDR/ÉDITIONS DES RÉGIONALISMES ™ — 2012/2014/2019 EDR sarl : 48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 CRESSÉ ISBN 978.2.8240.0006.0 Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — linformatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... Nhésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra daméliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.
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Alfred RICHARD
HISTOIRE DES COMTES DE POITOU (tome II ns)
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XIV. GUY-GEOFFROY-GUILLAUME e e VI Comte. — VIII Duc (1058-1086)
e successeur de Guillaume Aigret porte trois noms dans l’histoire : Guy, Geoffroy et Guillaume. Lors de son baptême concLurremment avec lui apparaît celui de Geoffroy,Gaufredus .Il n’y  (1) il reçut celui de Guy,Wido .Mais de très bonne heure et (2) a pas lieu d’hésiter à reconnaître dans ce fait l’œuvre d’Agnès qui, de même qu’elle faisait prendre à Pierre, son fils aîné, le nom de Guillaume, bien avant qu’il fût monté sur le trône ducal, avait aussi pu rêver de faire passer le comté d’Anjou sur la tête de son fils cadet. Étant femme à savoir ce qu’il fallait espérer de l’issue de son mariage avec Geoffroy Martel et calculant les chances d’une union stérile, il avait dû entrer dans ses plans ambitieux de substituer son fils aux deux neveux de Geoffroy. Lors du mariage de sa mère, Guy avait environ six ans, et, comme il arrive souvent, Geoffroy, n’ayant pas d’enfants, reporta toute son affection sur le dernier-né de sa femme. Celui-ci, du reste, conserva toute sa vie un souvenir ému des soins dont le comte d’Anjou avait entouré sa jeunesse et c’est à lui-même que l’on en doit le témoignage quand on le voit, dix-sept ans après la mort de Geoffroy Martel, l’appe-(3) ler publiquement son seigneur et quasi son père . De cette habitude
(1) « Guido dictus in baptismo, Guillelmus cognomine » (Cirot de la Ville,Hist. de la Grande-Sauve, preuves, I, p. 495).  (2) La charte de Saint-Hilaire datée de novembre 1058, où l’on trouve pour la première fois le nom de Guy dans un titre authentique, indique expressément que celui de Geoffroy est un surnom : « S. Widonis, quem Gausfridum cognominabamus, abbatis nostri » (Rédet,Doc. pour Saint-Hilaire,I, p. 89). Ce nom de Geoffroy est du reste donné à notre comte bien antérieurement à sa prise de possession du comté de Poitou. Ainsi, en 1041, on lit dans une charte de l’abbaye de Saint-Maixent (A. Richard,Chartes de Saint-Maixent,I, p.115) cette mention spéciale : « Willelmo comite cum suo germano Gosfredo » ; de nombreux exemples de cette appellation se rencontrent dès cette époque dans les titres des établissements religieux de la région. Enïn la chronique de Saint-Maixent lorsqu’elle enregistre la naissance du comte s’exprime ainsi : « Gaufredum qui et Wido vocatus est » et lors de sa mort elle dit : « Obiit Guido qui et Goffredus ». (Marchegay,Chron. des égl. d’Anjou,pp.388 et 408). (3)« Dominus et tanquam pater meus Gosfridus comes », 23 mai 1078 (Métais,Cart. saint. de la Trinité de Vendôme,p.62).
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prise de bonne heure il est résulté que c’est sous ce nom de Geoffroy que notre comte de Poitou est le plus fréquemment désigné et que lui-même aimait à s’entendre appeler. On ne connaît qu’un seul de ses trois noms reproduit sous une forme monogrammatique et c’est celui (1) de Geoffroy . C’est seulement après sa prise de possession du comté de Poitou  (2) qu’il se fit donner dans les actes le nom dynastique de Guillaume . Pour plus de précision certains documents ont désigné ce comte sous (3) deux de ses noms : à leur exemple nous l’appellerons Guy-Geoffroy, comme le fait la chronique de Saint-Maixent quand elle relate son décès (4) et qui est le nom le plus particulièrement consacré par l’histoire . Il avait pour habitude de s’intituler dans les actes authentiques, tout à la fois comte des Poitevins,comes Pictavensium,et duc des Aquitains, dux Aquitanorum,», mais il prenait aussi cesla grâce de Dieu « par titres isolément suivant les circonstances et, lorsqu’il s’agissait d’actes intéressant seulement le Poitou, il est généralement désigné dans les
(1) Les chartes originales du chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers nous ont conservé deux représenta-tions de ce monogramme, l’une de l’année 1067, l’autre du 4 février 1083 (Arch. de la Vienne, orig., os Saint-Hilaire, n 65 et 72) ; on trouvera ces monogrammes sur une planche spéciale ainsi que les croix autographes que le comte traçait souvent au bas des actes à la suite de son nom. (2) Nous n’avons rencontré dans le minutieux dépouillement des pièces où il est fait mention du comte de Poitou, auquel nous nous sommes livré, aucune indication précise soit sur le temps soit sur les lieux où l’un des trois noms sous lequel il était connu fut spécialement employé. Pendant assez longtemps, dans les chartes de Poitou, il est plus particulièrement appelé Guy, mais à partir de 1075 environ le nom de Geoffroy, qui se trouve surtout dans les documents de la Saintonge ou de la région Angevine, tend à prédominer ; quant à celui de Guillaume, il lui est surtout donné dans le Bordelais, la Gascogne, le Limousin et dans les documents émanés de personnages étrangers au Poitou, tels que le roi, le pape, les chroniqueurs. Le premier emploi de ce nom de Guillaume que nous avons relevé jusqu’ici se trouve dans une charte de la collégiale de Saint-Seurin de Bor-deaux de l’an 1060 (Besly,Hist. des comtes,preuves, p. 345 bis ; Brutails,Cart. de Saint-Seurin,p. 13). (3)Outre les exemples tirés de la chronique de Saint-Maixent et du chartrier de Saint-Hilaire cités à la page précédente, on relève encore quelques variantes du nom du comte dans les cartulaires, tels que « Gofridus Guydo (Talmond, 1058), Wido cognominatus Gofredus (Saint-Jean d’Angély, 1076), Wido comes agnomento Jofridus (Saint-Maixent, 1064), Guido qui et alio nomine Gof-fredus vocabatur (Saint-Maixent, 1078) ». Le nom de Geoffroy n’a été accolé que fort rarement à celui de Guillaume ; on le trouve seulement dans son inscription tumulaire : « Guillelmus qui Gaufridus », et dans une chronique de la cathédrale d’Angoulême, « Willelmus Geofredus », ce qui ne peut infirmer les témoignages fournis par des documents authentiques appartenant aux diverses années de la vie du comte. (4) Besly,Hist. des comtes,p. 96 : GUY-GEOFFROY-GUILLAUME VII ; le P. Anselme,Hist. généal. de la maison de France,: GUY-GEOFFROY DIT GUILLAUME VIII ;II, p. 518 L’Art de vériIer les dates,1770, p. 716 : GUI-GEOFROI, GUILLAUME VI.
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souscriptions avec la simple qualité de comte des Poitevins ; cependant, (1) à la fin de sa carrière, son titre de duc sembla prévaloir . Lorsque Guy-Geoffroy devint, par la mort de son frère, comte de Poi-tou et duc d’Aquitaine, il était déjà depuis plusieurs années en possession du Bordelais et de l’Agenais. Eudes, son demi-frère, avait hérité, vers 1036, du chef de sa mère, Brisque, du duché de Gascogne, mais il n’en avait joui que peu d’années, ayant été tué en 1039 au siège de Mauzé.A sa mort,Agnès put mettre sans difficulté la main sur le Poitou, qui revenait du reste naturellement à ses enfants, mais on ne saurait dire au juste si elle réussit à garder Bordeaux. Il semble que l’archevêque de cette ville, Geoffroy, profitant des circonstances, ait visé, comme le tentèrent d’autres prélats à cette époque, à s’octroyer une semi-indépendance. Bien qu’il eût été nommé par le comte Sanche en 1027, ce n’était pas un homme du Midi ; il appartenait à la race franque, et Guillaume le Grand, avons-nous dit, ne fut pas étranger à son choix. Quel rôle joua-t-il pendant les cinq années qui séparent la mort d’Eudes du jour où Agnès, dans la grande assemblée des barons poitevins, fit reconnaître son fils comme comte de Gascogne ? Les textes sont muets à ce sujet. Il est seulement un fait certain c’est que les comtes de Périgord avaient pris pied dans le pays, soit pour leur propre compte, c’est-à-dire en faisant valoir certains droits à l’héritage d’Eudes, soit que l’archevêque, incapable de lutter avec ses propres forces contre les puissants com-pétiteurs à la possession de sa ville archiépiscopale, ait fait avec eux un partage du pouvoir.Toujours est-il qu’en 1043 une certaine comtesse Aïna, en donnant à l’abbaye de Notre-Dame de Soulac des domaines situés sur la Dordogne, s’intitulait à la fois comtesse de Bordeaux et  (2) de Périgueux . Qu’était cette comtesse Aïna ? Simplement la veuve d’Audebert II, comte de Périgord, qui dut décéder à peu près à cette
(1) Voici le relevé de ces diverses appellations : DUC DES AQUITAINS « dux Aquitanorum », « ou Aquitanis » ; DUC D’AQUITAINE « dux Aquitaniæ », ou encore « dux in Aquitania », ou « dux Aquitanicus»(Cart. de N.-D. de Saintes,1058) ; PRINCE DES AQUITAINS « princeps Aquitanorum» (Chart. de Maillezais,comes Pictavensis » ou « Pictavis », COMTE DES1060) ; COMTE DE POITOU « POITEVINS « comes Pictavorum », DUC DES GASCONS « dux Aquitanorum seu Guasconum » (Chart. de Cluny,1076) ; PRINCE DE GASCOGNE « princeps Vasconie»(Chart. de la Réole,1084) ;COMTE DES BORDELAIS « comes Burdegalensium » (Cart. de Vaux,vers 1074), et enïn DUC DES GAULOIS « dux Gallorum » (Chart. de Saint-Maixent,1060 ou 1061). (2)« Anna comitissa Burdegalensis seu Petragoricæ patriæ » (Gallia Christ.,II, instr., col. 269). Le texte duGalliaporte « Anna », mais le nom réel de la comtesse, d’après le cartulaire de Notre-Dame de Saintes, paraît être « Aïna ».
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époque, laissant plusieurs jeunes enfants : Hélie, Audebert, et une fille (1) dont on ignore le nom . Agnès, après la mort d’Eudes, n’avait pas renoncé à faire valoir les droits que pouvaient avoir ses enfants à une part dans l’héritage de leur frère consanguin, mais elle avait dû se résigner à attendre que celui à qui elle la destinait fût en état de pouvoir soutenir en personne ses prétentions. En 1044, Guy-Geoffroy avait près de vingt ans ; c’est alors qu’Agnès, en femme avisée, entra en pourparlers avec la comtesse Aïna, qui devait avoir fort à faire pour soutenir la lutte contre les prétendants au duché de Gascogne ; elle lui demanda pour son fils la main de la fille d’Audebert, à qui furent abandonnés en dot tous les droits et toutes (2) les prétentions des comtes de Périgord sur le Bordelais . Il devait y avoir entre les deux époux une grande disproportion d’âge, mais l’essentiel était, pour une femme ambitieuse comme Agnès,
(1) L’Hist. chronologique de la Maison de France, l’Art de vériIer les dates, la liste chronologique des grands feudataires de l’Annuaire de laSociété de l’Histoire de France, pour ne citer que ceux-là ont accumulé erreurs sur erreurs dans la chronologie des comtes d’Angoulême, les confondant avec les comtes de la Marche et dénaturant leur ïliation. M. de Mas-Latrie, dans son Trésor de Chronologie, a ajouté de nouveaux éléments de confusion à ceux de ses devanciers, et L. Palustre, brochant sur le tout, ne fait qu’un seul personnage des trois comtes du nom d’Audebert dont deux du Périgord et l’un de la Marche, qui vivaient au temps de Guy-Geoffroy. L’étude attentive des textes publiés par le Gallia et par le cartulaire de Notre-Dame de Saintes nous a permis de redresser ces multiples contradictions. Hélie, comte de Périgord par la grâce de Guillaume le Grand (Voy. plus haut), eut pour successeur vers 1031 Au-debert « Cadenerarius » ; celui-ci épousa Aïna, sans doute ïlle de Girard de Montagnac, qui possédait par droit héréditaire les domaines situés sur les bords de la Dordogne qu’elle donna à l’abbaye de Soulac. Audebert ne gouverna le comté que peu de temps (Gall. Christ. II, col. 1459), et mourut assurément avant 1043, date à laquelle sa femme ït la donation précitée à Notre-Dame de Soulac. Il laissa plusieurs enfants : Hélie, qui lui succéda, Audebert et une ïlle, à tout le moins. Hélie et Audebert, agissant sous l’autorité de leur mère Aïna, donnèrent Aldrulet au prieuré de Saint-Silvain (Cart. de Notre-Dame de Saintes, p. 119), puis Hélie seul ït don, vers 1080, de ce même prieuré de Saint-Silvain à l’abbaye de Saintes (Cart. de Notre-Dame de Saintes, p. 28). Il eut pour successeur son frère Audebert III, qui mourut vers 1107 ou 1117, selon les historiens susnommés. (2) Marchegay,Chron. des égl. d’Anjou, pp. 395, 400, Saint-Maixent. Voici comment s’exprime la chronique au sujet de l’accession de Guy-Geoffroy au comté de Gascogne : « Alterum in Gasconia trausmissum et comitem factum... habuitque Gaufridus illuc uxorem suam Audeberti comitis Petragoricæ ïliam ». Dans cette phrase qui rapporte si brièvement ce qu’il nous a fallu détailler en plusieurs lignes, l’emploi du mot « illuc » est signiïcatif ; il veut évidemment dire que c’est en vue de la possession du comté de Gascogne qu’eut lieu le mariage de Geoffroy avec la ïlle d’Audebert. Nous ajouterons que la ïliation que nous avons précédemment donnée permet de déterminer la valeur exacte de deux assertions qui, au premier abord, semblent contradictoires. Lachronique de Saint-Maixent, p. 395, dit que Guy-Geoffroy épousa la ïlle d’Audebert, comte de Périgord, tandis que Besly, dans sonHistoire des comtes, p. 97, rapporte au contraire, semble-t-il, que la femme du comte de Poitou était sœur d’Audebert. En se reportant au tableau qui suit, on peut se convaincre que les deux écrivains ont l’un et l’autre raison, leurs textes se rapportant à des personnages différents :
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d’avoir assuré à son fils des droits à revendiquer et des ressources pour les faire valoir. Secondé par les contingents angevins et poitevins que sa mère mit à sa disposition, Guy-Geoffroy entama la lutte contre les deux grands seigneurs du midi : Centulle III, vicomte de Béarn, et Bernard IITumapaler, comte d’Armagnac, qui prétendaient l’un et l’autre à l’héritage des ducs de Gascogne. Il ne tarda pas à trouver un puissant auxiliaire dans la personne d’un nouvel archevêque de Bordeaux. Geoffroy étant mort le 10 juillet de cette année 1044 ou de l’année 1045,Agnès fit élire à sa place une de ses créatures qui futtoute sa vie un de ses plus actifs agents,Archem-baud, abbé de Saint-Maixent, qui, sorti d’une petite famille de la Gâtine (1) du Poitou, arriva rapidement à ces hautes dignités . Aussi habile négociateur que guerrier redoutable, Guy Geoffroy arriva à conclure avec ses adversaires un accord durable : ils lui reconnurent la possession du Bordelais et l’Agenais, mais il ne prit que le titre de comte de ces régions, abandonnant aux deux compétiteurs celui de duc de Gascogne qui emportait la suprématie sur toutes les seigneu-(2) ries s’étendant de la Garonne aux Pyrénées . Ceux-ci se disputèrent longtemps ce gros morceau, et ce n’est que tardivement qu’ils finirent par s’entendre à son sujet : le titre ducal fut attribué à Tumapaler, mais sa sœur Adélaïs, sans doute richement dotée, épousa Gaston, fils aîné du vicomte de Béarn. Quant à Guy-Geoffroy, bien que devenu possesseur incontesté des deux comtés qui constituaient son lot, il ne semble pas s’être contenté de cette situation. Ses ressources devaient être assez bornées ; l’aide qu’il avait reçue n’avait pas été gratuite, et pour désintéresser ses auxiliaires il dut fortement entamer le domaine privé qui avait pu lui être dévolu avec son titre de comte.
Hélie II, ïls de Boson, comte de la Marche | Audebert II, marié à Aïna |  ______________________________________________________________________  | | | Hélie III, Audebert III, la femme mort sans postérité qui continue la ïliation de Guy-Geoffroy (1) A. Richard,Chartes de Saint-Maixent,I, p. LXXIV. (2)Marchegay,Chron. des égl. d’Anjou,pp. 395,400, Saint-Maixent. « Qui (Wido) jam Gasconiam acquisierat armis et industria » ; Besly,Hist. des comtes,preuves, p. 342 bis, d’après Richard de Poitiers : « Hii duo fratres sibi Vasconiam subjugarunt ».
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Ce domaine privé avait réellement peu d’importance, ayant été gas-pillé par les précédents possesseurs du Bordelais, toutefois le nouveau comte ne négligea pas d’affirmer ses droits souverains et fit frapper monnaie en son nom. En agissant ainsi, il se posait en héritier direct des anciens comtes nationaux du pays dont le dernier, Sanche-Guillaume, avait émis des deniers portant ces doubles désignations de Guillaume, Guillelmus,et de Bordeaux,Burdegala.Mais il ne continua pas le type de ces monnaies qui portaient le monogramme carolin et il le remplaça par celui qui avait été adopté depuis quelques années par les comtes de Périgord, lequel dérivait du type d’Angoulême, que Geoffroy Martel avait à peu près à la même époque introduit à Saintes. Ce type était caractérisé par le nom d’un roi carlovingien, LODOICVS, mis au droit de la pièce et au revers par trois croisettes. Guy-Geoffroy remplaça le nom du roi par le sien et fit modifier quelque peu les détails du revers (1) du denier . Du reste, pendant les dernières années de la vie de Guillaume Ai-gret, il parut peu à la cour de son frère, à qui sa récente union pouvait faire espérer des héritiers, et comme il avait toute quiétude du côté de la Gascogne il put donner carrière à ses goûts guerriers ou même chercher les occasions de satisfaire à ses besoins d’argent. Il s’attacha donc à la fortune du comte d’Anjou et à ce titre se mêla aux querelles dans lesquelles l’ambition et le caractère bouillant de ce dernier l’en-gageaient constamment. Le roi de France Henri I avait pris parti dans la lutte engagée entre Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, et le comte d’Arques. Geoffroy Martel, qui venait de mettre la main sur le Maine, objet constant de la convoitise des comtes d’Anjou et des ducs de Normandie, envoya des contingents au roi de France et ce fut Guy-Geoffroy qui les comman-da. Le roi lui confia la garde du château de Moulins et il s’y défendit victorieusement jusqu’au jour où la reddition d’Arques par la famine le (2) contraignit, en 1053, à remettre sa forteresse au duc de Normandie . Malgré l’échec qu’il éprouva dans cette circonstance, son attachement pour le comte d’Anjou le porta quelques années plus tard à s’armer
(1)Voy. APPENDICE X. (2) Besly,Hist. des comtes, preuves, pp. 340 bis et 341 bis ; Migne,Patrologie lat., CLXXIX, p. 1216 ; Rec. des hist. de France, XI, p. 82, Guillaume de Poitiers.
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