L'action artistique de la France dans le monde

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Le prestige de la France à l'étranger est le résultat de l'effort extraordinaire fourni par le Ministère des Affaires étrangères pour diffuser notre culture. C'est dans ce cadre général que l'AFAA (Action Française d'Action Artistique), crée en 1922, prend son sens. Cet ouvrage retrace l'histoire de cet organisation diplomatique, tente d'expliquer les choix qui ont été ceux des Affaires Étrangères et de l'AFAA; des années trente, lors de la montée des périls au lendemain de la Seconde Guerre mondiale; des années soixante, au moment où une politique étrangère très forte se met en place à un aujourd'hui fait de mutations profondes.

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Date de parution 01 janvier 1998
Nombre de visites sur la page 216
EAN13 9782296361522
Langue Français

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L'ACTION ARTISTIQUE
DE LA FRANCE DANS LE
MONDECollection:
Culture et diplomatie française
direNorbert Dodille
Déjà paru: Londres sur Seine. Une histoire de l'Institut
français du Royaume Uni (1910-1980). Textes réunis par
Virginie Dupray, René Lacombe et Olivier Poivre
d'Arvor.
A paraître: Une passion roumaine. L'Institut français
des Hautes Etudes de Bucarest (1924-1948), par André
Godin.
Instituts et Institutions culturelles à l'étranger. Réseaux
français et européens, par François Roche.
@ L'Harmattan, 1998
ISBN: 2-7384-6501-3Bernard Piniau
avec la collaboration de Ramon Tio Bellido
pour les Arts Plastiques
L'ACTION ARTISTIQUE
DE LA FRANCE DANS LE
MONDE
HISTOIRE DE L' ASSOCIATION FRANÇAISE
D'ACTION ARTISTIQUE (AFAA)
DE 1922 A NOS JOURS
Éditions L'Harmattan L'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9SOMMAIRE
Avant-propos... 11
Introduction 13
PREMIERE PARTIE: NAISSANCE DE L'ACTION
ARTISTIQUE, 1922 - 1939 21
1- La fondation de l'Association Française d'Action
Artistique. 2- L'entrée en scène des saltimbanques.
3Des initiatives du ministère de l'Instruction publique et
des Beaux-Arts, et du rôle du ministère des Affaires
étrangères. 4- Un si court entre-deux-guerres: la crise,
le mécénat, les artistes et les attentes de l'Etat. 5- Choix
artistiques. 6- Les trois géographies: professionnelle,
diplomatique, économique. 7- De la musique avant
toute chose! 8- Pourquoi le théâtre classique prend-il
bientôt le relais? 9- Les arts plastiques: de la libre
circulation à la norme d'une intervention publique.
10Présidents et directeurs. 11- Une certaine conception
française des échanges artistiques.
7DEUXIEME PARTIE: L'ETAT, LA VIE
ARTISTIQUE FRANÇAISE, LES SCENES
POLITIQUES ET ARTISTIQUES ETRANGERES,
1945-1989 75
I - METAMORPHOSESDE LA PLANETE 75
IT-LA REAFFIRMATION 1945 - 1957 79
1- Théâtre: l'éclat de l'après-guerre. 2- Les arts
plastiques* : le soutien diplomatique à l'abstraction lyrique.
Cohérence d'une esthétique et de sa diffusion. 3- La
musique: un fléchissement? 4- Les grandes rencontres
internationales. 5- La querelle des tutelles.
III- L'EXPANSION 1957 - 1972 107
1- La relance de la spirale. 2- Les plans quinquennaux
et l'action artistique. 3- Le théâtre et les acquis de la
décentralisation. 4- Musique: l'essoufflement. 5- André
Malraux et la création du ministère des Affaires
culturelles. 6- Les arts plastiques *: priorités patrimoniales
et monographies d'exception.
IV - LA CRISE DU MODELE 1972 - 1978 126
1- Vers une réorientation des programmes. 2- Les
difficultés fmancières. 3- D'autres réponses artistiques:
théâtre; musique et danse; arts plastiques*.
V - L'AGGIORNAMENTO 1979- 1989 137
1- Le diagnostic. 2- Jack Lang, ministre de la Culture.
3- Un vaste programme de travail en faveur de la
création contemporaine. 4- Les arts plastiques *: le
contemporain comme priorité, ou l'expansion maximale, ou la
réconciliation avec la création. 5- Le théâtre: une
illustration tous azimuts. 6- La musique et la danse:
rééquilibrages. 7- Le dialogue des cultures.
8TROISIEME PARTIE: L'AFAA AUJOURD'HUI .17
1- Nouvelles orientations et nouveaux partenaires: un
autre organigramme; les relations avec le Quai
d'Orsay; le témoignage de deux ambassadeurs; le
ministère de la Culture, le ministère des Affaires
étrangères et l' AFAA ; une évolution du cahier des charges;
après la chute du mur ; exporter c'est importer. 2- La
musique et la danse: l' AFAA et la présence
internationale de la musique et de la danse; agence artistique? la
spécificité de l' AFAA ; de Versailles à la danse
contemporaine ; de la décentralisation musicale
l'élargissement du domaine musical; des adaptations
administratives; une politique de coopération;
l'information. 3- Le théâtre: L'AFAA et la présence
internationale du théâtre; des modalités d'intervention;
un certain climat psychologique; la mémoire et le
présent; théâtre officiel? 4- Les arts plastiques: les
relations avec les professionnels; d'autres modes de
circulation et de relations; les partenariats; l'architecture;
l'aide à la création; les publications, la
communication; l' AFAA et les institutions consacrées aux arts
plastiques. 5- Présidents, directeurs, équipes. 6-
Prospective ; la notion d'accompagnement.
NOTES ..209
BIBLIOGRAPHIE ..217
REMERCIEMENTS .221
* Partie rédigée par Ramon Tio Bellido
9Avant-propos
Ce manuscrit achevé, Bernard Piniau nous quittait... Il nous
laisse un travail à son image: profond, rigoureux, exemplaire.
Mais comment saluer cet homme de culture autrement qu'en
énonçant ses qualités qui, somme toute, sont heureusement
partagées par d'autres? En disant, tout simplement, qu'il fut l'un des
observateurs les plus scrupuleux, les plus attentifs et les plus
éclairés de son domaine de prédilection, les relations culturelles
internationales. On lui doit les plus fines analyses qui soient dans
ce secteur. Il l'a montré dans un précédent ouvrage réalisé
conjointement avec François Roche, Histoire de la diplomatie
culturelle des origines à 1995 (Documentation Française, 1995). A
l'université, Bernard Piniau s'est rélévé un pédagogue hors pair
sur ces questions. Nos étudiants communs de l'Institut d'Etudes
Européennes de Paris VIII furent les heureux bénéficiaires de ses
réflexions. Il aura suscité, sans jamais l'admettre, bien des
vocations ch~z les étudiants que les questions internationales
rebutaient à priori. Loin de cantonner son rôle d'enseignant à un
transmetteur de savoirs, le professeur qu'il fut pendant quatre ans
n'hésitait pas à consacrer l'essentiel de son temps à conseiller,
aider, accompagner, avec une égale humeur et une disponibilité
d'esprit et de cœur qui n'auront jamais cessé d'étonner tous ceux
et celles qui manifestaient une curiosité instinctive pour l'art et la
culture.
En choisissant de travailler sur une prestigieuse institution
comme l' AFAA, qui fête en 1997 son 75e anniversaire, Bernard
Piniau propose de nous raconter l'histoire peu banale d'une
organisation diplomatique qui aura consacré l'essentiel de son activité
à la promotion des artistes français à l'étranger. En guise d'
héri11tage, il nous laisse ici un témoignage inédit d'historien et de
sociologue à la fois, exhaustif et brillant, que personne avant lui
n'avait tenté de rendre public.
Jean-Michel Dijian
Professeur associé à l'Université de Paris VIII
Directeur du Monde de l'éducation
12Introduction
Que l'une des plus grandes agences artistiques françaises à
vocation internationale fête, en 1997, son soixante quinzième
anniversaire, et qu'elle travaille, presque depuis sa création, sous la
tutelle du ministère des Affaires étrangères, voilà sans doute qui
surprendra quelques lecteurs.
Non que l'Association Française d'Action Artistique soit
inconnue. Elle est au contraire bien connue des milieux de théâtre,
des musiciens, des orchestres et des compagnies de danse, des
artistes plasticiens, et des organisateurs d'expositions patrimoniales
ou consacrées à l'art contemporain, qui, souvent, depuis trois
quarts de siècles, trouvent auprès d'elle l'appui, les conseils, les
réseaux, et les financements nécessaires pour développer leur
présence à l'étranger.
En revanche, l'action de l'AFAA, depuis 1922, est sans doute
moins connue en tant que dimension de la politique étrangère de
ce pays, en tant qu'élément de sa politique culturelle extérieure.
Depuis la fin du siècle dernier et, successivement, dans les
domaines scolaire, universitaire, puis, au lendemain de la Première
Guerre mondiale, dans ceux du théâtre, de la musique, des arts
plastiques, et, plus tard, dans ceux du cinéma, de la radio, de la
télévision, du livre..., le ministère des Affaires étrangères s'est
attaché - en relation avec d'autres instances publiques ou privées - et
en fonction d'objectifs politiques variables, à accroître le
rayonnement de la France à l'étranger, à développer les échanges, à
construire une coopération internationale.
13C'est dans ce cadre général que la mission particulière de
l'AFAA prend son sens et qu'il convenait de poser la célèbre
question : mais qu'est-ce que l'Etat est venu faire dans cette galère?
Qu'est-ce qui l'a conduit à intervenir aux côtés des saltimbanques?
Et en fonction de quels objectifs est-il intervenu?
Poser cette question, c'est évidemment revenir sur les choix
incessants qui ont été ceux des Affaires étrangères et de l'AFAA,
tenter de les éclairer, ceci depuis 1922, au moment de sa création,
puis dans les années trente, lors de la montée des périls, au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans cette période de
reconstruction et de nouvelles fractures internationales, dans les
années soixante, au moment où une politique étrangère très forte, y
. compris dans le domaine culturel, se met en place, et jusqu'à cet
aujourd'hui, un aujourd'hui fait de mutations profondes, sur lequel
se refenne ce livre.
Choix, on l'a compris, liés à des contextes politiques,
géopolitiques, contraignants; choix liés aussi, et simultanément, et de
manière imbriquée, à l'état de la création artistique et à la
perception du rôle du patrimoine, dans les trois grands domaines où
s'exerce l'action internationale de l'AFAA. Présenter à l'étranger
des manifestations, des spectacles, des récitals, des expositions,
c'est en effet conduire une action tributaire de la vie artistique de
son pays à un moment donné.
Eclairer les choix artistiques de l'AFAA impliquait donc aussi
de revenir, étape par étape, sur la scène artistique de ce pays, en
tenant compte des spécificités, des rythmes particuliers, et des
évolutions qui caractérisent, tout au long de cette longue période,
les trois disciplines ici considérées.
Truisme? Certes... Ni la vie musicale, ni la vie théâtrale, ni
celle des arts plastiques ne ressemblent, aujourd'hui, à ce qu'elles
furent dans les années vingt, dans les années trente... Outre les
esthétiques, les écoles, et les oppositions entre écoles,
l'organisation même de ces trois secteurs n'a cessé de changer, certains
passant, par exemple, d'un économie presque exclusivement privative,
14comme le théâtre, à une économie presque exclusivement
publique, d'autres au contraire voyant subsister les deux secteurs, privé
et public, comme les arts plastiques.
C'est bien la spécificité de chacune de ces disciplines, les
connaissances particulières qu'elles impliquent, la familiarité qu'elles
supposent avec leur histoire comme avec leur actualité, qui nous a
conduit à demander à un critique d'art, enseignant à l'université de
Rennes, Ramon Tio Bellido, de traiter, ici, des arts plastiques. Sa
connaissance du milieu, sa fréquentation du marché de l'art, du
monde des galeries, autant que sa pratique des mécanismes d'aide
publique, nous apportaient la garantie d'une information tout à la
fois équilibrée et de première main.
Pleinement d'accord sur les enjeux sous-jacents propres à une
telle étude, nous nous sommes tous deux trouvés confrontés aux
mêmes problèmes méthodologiques: les sources, la mise en
évidence d'une politique, la nécessité d'éclairer simultanément de
l'intérieur et de l'extérieur, du point de vue des Affaires étrangères
et de l'AFAA d'un côté, de la scène artistique française de l'autre,
les fondements de ces choix successifs.
Un exemple: l'AFAA a proposé, en soixante-quinze ans, à peu
près cinquante mille manifestations à l'étranger. Dresser la liste
exhaustive de ces par année, par discipline, par
pays, ne pose plus aujourd'hui, grâce à l'ordinateur, de problème
insurmontable. Etablir un tel catalogue ne serait d'ailleurs pas
complètement inutile, mais on sent bien toutefois qu'il ne serait
pleinement utile que commenté, entouré de notes, et tout
simplement, d'abord, parce que bien des noms d'artistes nous sont
devenus inconnus ou que nous mesurons mal, aujourd'hui, ce que fut
leur célébrité. Ensuite parce que, placé au milieu d'une telle forêt
de noms, le lecteur manquerait de tous les points de repère qui
font la différence entre une accumulation de faits et la description
d'une politique.
C'est la raison pour laquelle on ne trouvera jamais, pour
quelque période que ce soit, dans cette étude, de liste intégrale des
15manifestations organisées ou aidées par l'AFM. Après mûre
réflexion, et en légitimant le plus précisément possible notre
démarche, nous proposons au contraire des sélections qui explicitent sa
politique, au double sens du terme - diplomatique et artistique.
A l'inverse, s'il convient de donner tout son sens au titre choisi
- l'Action artistique de la France dans le monde -, car nous
sommes véritablement en présence d'une des aventures les plus
vigoureuses et les plus amples conduites par un Etat moderne en faveur
de la vie artistique, il convient aussi, sous risque de contresens,
d'en marquer les limites, qui sont aussi celles de ce travail.
L'action artistique de la France dans le monde, stricto sensu, ne
se réduit pas à celle conduite par la seule AFM. Des agences
privées, des bureaux d'impresarii, des producteurs de spectacles, des
galeries ou même, à titre personnel, des critiques et des historiens
d'art ont eu, tout au long de cette période, un rôle
extraordinairement brillant, fécond. Ils ont ouvert des chemins, tissé des
relations dont nous nous nourrissons encore aujourd'hui.
Il s'agissait donc, ici, de tenter de reconstituer l'histoire d'une
aventure conduite par les institutions, même si, dans cette
aventure, les institutions ont eu pour partenaires, en France et à
l'étranger, des partenaires privés.
Reste, et on le mesurera vite en lisant les pages qui suivent, que
cette aide institutionnelle a, outre sa spécificité, sa raison d'être, et
que l'on percevra tout aussi vite pourquoi l'Etat a voulu intervenir
là, justement où des entrepreneurs privés ne pouvaient pas, dans la
logique qui est la leur, intervenir.
Gardons bien, néanmoins, à l'esprit, cette limite, en n'oubliant
pas que, pour être exhaustif, le titre de cet ouvrage appellerait
d'autres lectures et, en l'occurrence, d'autres travaux de recherche
et de synthèse.
16A ce sujet, il faut d'ailleurs dire un mot touchant à l'une des
surprises - il y en eut de nombreuses - que nous a réservées cette
enquête.
Cette surprise vient de l'extrême discrétion avec laquelle
l'AFAA a rempli sa mission pendant exactement soixante ans -car
il est possible d'être très précis dans la datation! Depuis quinze
ans, dans la presse, les traces de l'AFAA sont abondantes.
Journalistes, critiques, rendent compte des spectacles et des
manifestations étrangères organisées en France, ou bien des manifestations
françaises organisées à l'étranger, avec le concours de l'AFAA. Ils
signalent avec ponctualité ce concours et, au-delà même,
informent régulièrement sur les grandes orientations de l'Association,
publient des interviews de son directeur et de ses collaborateurs.
L'activité de l'AFAA comprend de surcroît une activité éditoriale
non négligeable.
Or, cette visibilité assumée, revendiquée, fait suite à un long
renoncement quasiment monacal, tout de silence... De retour de
tournée, metteurs en scène, comédiens, musiciens, danseurs, ou
bien artistes peintres, sculpteurs, au lendemain d'une exposition à
l'étranger, adressaient fréquemment au président ou au directeur
une lettre de remerciements - ou de mécontentement - et cette
correspondance privée est relativement abondante. En revanche,
rares, très rares, sont les traces publiques de cette action. Les
programmes des soirées de gala indiquent au mieux que le spectacle
était donné sous l'égide ou sous les auspices du Ministère des
Affaires étrangères: au pire, ils n'indiquent rien du tout! Quant aux
publications spécialisées, revues publiées par certaines
compagnies de théâtre, elles mentionnent que telle tournée a été
organisée avec l'aide de ce même ministère; encore cette pratique ne se
répand-elle vraiment qu'après la Seconde Guerre mondiale.
En fait, il faut garder à l'esprit que, pendant les cinquante
années en question, les consignes de discrétion venaient d'abord du
Quai d'Orsay lui-même, et correspondaient à une époque où les
échanges artistiques, les tournées à l'étranger étaient des
évÈnements rares, exceptionnels, où non seulement les échanges
artisti17ques entre pays différents n'avaient pas la fréquence qu'ils ont
aujourd'hui mais où, au contraire, toute action d'un pays à l'intérieur
d'un autre pays pouvait, dans tout ou partie de l'opinion publique,
donner naissance à des réactions de suspicion, de méfiance. On
pouvait y voir un signe, une volonté de propagande.
Le Quai d'Orsay a donc aidé à l'organisation et au financement
de cette présence extérieure mais ses responsables, en leur qualité
de diplomates, rappelaient sans cesse que cette aide serait d'autant
plus efficace qu'elle resterait discrète -discrète et non pas secrète -
évitant ainsi le risque de provoquer des réactions passionnelles à
l'étranger. Ce qui n'enlève rien, par ailleurs, aux attentes
symboliques de l'Etat dans ce domaine. On sait qu'elles étaient puissantes,
et l'on verra comment cette discrétion et cette attente, loin de
s'opposer, s'articulaient assez harmonieusement.
C'était aussi une époque où l'action des ministères, de
l'administration d'une manière générale, s'acceptait silencieuse et où, de
l'autre côté de la barrière si l'on peut dire, et pour d'autres raisons,
on se flattait peu, chez les artistes, de recevoir une aide de l'Etat.
On ne le criait pas sur les toits!
C'est enfin le legs d'une époque - et ceci est important - où la
notion même de politique culturelle, a fortiori de politique
culturelle extérieure - n'existait pas. Lorsqu'une troupe partait en
tournée, lorsqu'un soliste allait donner une série de récitals, un artiste
accrocher son oeuvre peint dans un musée, l'événement était
d'abord un événement théâtral, musical, artistique... C'était le
talent de la compagnie ou de l'artiste qui était reconnu en
Allemagne, en Italie, en Amérique latine ou au Japon, et la
reconnaissance de son activité qui prenait ainsi son essor...
Ainsi c'était d'abord l'artiste ou le groupe qui gardait la
mémoire de l'événement - souvenirs et archives -, même si cette
mémoire de la mémoire, au second degré, demeurait fugitive, fragile,
comme tout ce qui touche au spectacle vivant, à l'accrochage
temporaire.
18L'idée de regarder d'un autre point de vue, de synthétiser
autrement - d'un point de vue de politique culturelle extérieure -cette
activité, n'existait pas encore... Tout au plus la synthétisait-on en
histoire du théâtre contemporain, en histoire de la peinture
contemporaine, sur le plan de la création, sur celui de l'interprétation,
ou sur celui de la présentation publique.
De la même manière que, lorsque l'on étudie le développement
de la diplomatie culturelle dans les années cinquante et soixante,
on ne trouve aucune référence bibliographique sous cet intitulé
mais, en revanche, une littérature assez abondante placée sous la
rubrique "enseignement du français" car c'étaient des linguistes et
des enseignants qui préparaient et conduisaient les négociations
menées à l'époque pour asseoir, protéger et développer la place du
français dans l'enseignement des pays étrangers, et qui réservaient
à leurs publications spécialisées les réflexions que leur inspiraient
ces négociations - qui, ailleurs, les aurait accueillies? -, de même
la synthèse de tout ce qui s'est opéré dans le domaine de la
diffusion artistique appellerait des recherches ultérieures et
complémentaires du côté des archives des nombreuses troupes,
compagnies, comme des artistes individuels qui y ont participé.
Tout change, en revanche, au début des années quatre-vingts.
En fait, les causes de ce changement se font jour au cours de la
décennie précédente, mais elles cristallisent et balayent
définitivement habitudes et réticences à ce moment...
L'internationalisation de nos sociétés, la banalisation des voyages, l'intensification
des relations bi- et multilatérales dans tous les secteurs d'activité,
font qu'à l'exception des pays totalitaires, toutes les préventions
disparaissent. Quelles que soient les modalités de leur aide au
secteur culturel, tous les pays ont, ou se dotent, d'organismes
similaires à l'AFAA qui, tous, désormais, agissent au grand jour.
Quant à la notion de politique culturelle intérieure et extérieure,
elle devient un objet de réflexion, de recherche, d'enseignement
qui en font une discipline à part entière. D'où à la fois la relative
minceur de la bibliographie qui figure à la fin de cet ouvrage, et
l'essai de défrichage que celui-ci voudrait être.
19Il prolonge ainsi, dans le domaine artistique, les recherches
précédemment entreprises avec François Roche et publiées sous le
titre: Histoires de diplomatie culturelle, des origines à 1995.
20Première partie: naissance de l'action
artistique, 1922 - 1939
1 - La fondation de l'Association Française d'Action Artistique.
Evénement singulier, la fondation de l'AFAA, en 1922, n'est
pas pour autant un phénomène isolé. Elle s'insère en effet dans une
série d'initiatives, prises sous la IIIème République, et destinées à
relancer, sur des bases nouvelles, et grâce à des organismes
nouveaux, la présence éducative, scientifique, universitaire et,
finalement, artistique de la France à l'étranger.
L'assemblée constitutive s'est tenue dans les salons du
PalaisRoyal, au 3 de la rue de Valois, siège du sous-secrétariat d'Etat et
de la direction des Beaux-Arts, le 19 mai 1922. Le directeur des
Beaux-Arts, Paul Léon, préside cette réunion qui rassemble une
cinquantaine de personnalités du monde de l'art, des milieux
politiques, diplomatiques, du Tout-Paris et de la finance Autour de
la table: le compositeur Gabriel Fauré, très âgé, qui vient de
quitter, après l'avoir dirigé pendant une quinzaine d'années, le
Conservatoire de Musique de Paris; Robert de Flers, membre de
l'Académie Française, directeur littéraire du Figaro, qui préside la
Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, et dont les
pièces nourrissent avec succès le répertoire des théâtres de boulevard;
Charles-Marie Widor, organiste titulaire des orgues de
SaintSulpice et compositeur; Alfred Cortot, pianiste de renommée
européenne, qui a fondé, en 1905, avec Jacques Thibaud et Pablo
Casals, un célèbre trio, et enseigne lui aussi au Conservatoire;
Jacques Copeau, qui, depuis une dizaine d'années, conduit
l'aventure du Vieux Colombier...Dans la salle, on note encore la présence d'hommes politiques:
Emile Humblot, sénateur, président du Groupe de l'Art au sein de
cette assemblée; Edouard Herriot, ministre dans de nombreux
gouvernements, président du Conseil, président de l'Assemblée
nationale, et écrivain.
La diplomatie est représentée, entre autres, par un homme
encore inconnu, qui vient de quitter le Service des oeuvres françaises
à l'étranger pour diriger, toujours au ministère des Affaires
étrangères, le Service de presse et d'information: Jean Giraudoux.
Mais si des directeurs, ou des conservateurs de musées,
s'associent aussi à cette assemblée, ce qui retient surtout l'attention
aujourd'hui c'est la participation d'un grand nombre de banquiers et
de mécènes. Des banquiers? Le gouverneur de la Banque de
France, le gouverneur du Crédit foncier de France, le président du
Crédit foncier Egyptien, les directeurs de la Banque de Paris et des
Pays-Bas, et de la Société Générale. Des mécènes? Leur présence
est d'autant plus révélatrice d'une époque qu'ils peuvent, à ce titre -
lequel n'exclut pas les plus brillantes compétences - présider aux
destinées d'établissements artistiques importants: c'est le cas de
Jacques Rouché à l'Opéra de Paris, et de François Carnot à l'Union
Centrale des Arts Décoratifs. Mécènes encore, les membres de
grandes familles, aristocratiques plus que bourgeoises, et qui
appartiennent à ce qu'il est convenu d'appeler le Tout Paris: la
marquise de Ganay, la comtesse de Pourtalès, le marquis Boni de
Castellane, le marquis Melchior de Polignac, le comte Moïse de
Camondo, Henriette Weisweiller, Henri de Rothschild, Leo Sachs.
Personnalités du monde artistique enfin avec, par exemple,
Madame Bartet, Jeanne Lanvin, Henri Kahnweiler, Raymond
Roussel.. .
Assemblée brillante? Certes. Assemblée disparate,
certainement. Que pouvaient bien avoir à se dire Widor et Roussel? Il faut
de gros efforts d'imagination pour tenter de reconstituer, si jamais
elle eut lieu, pareille conversation. En revanche, six semaines plus
tard, les raisons de leur commune présence allaient apparaître
clairement.
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