La guerre de 1870-1871 en Touraine

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Description

Cet ouvrage présente sous forme épisodique et anecdotique une cohabitation imposée, utilisant principalement des sources allemandes : monographies consacrées aux unités impliquées dans les événements en Touraine, lettres, journaux intimes et mémoires de témoins oculaires. Son apport est précieux pour l'étude d'une guerre encore mal connue.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2011
Nombre de lectures 122
EAN13 9782296464476
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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La guerre de 1870-1871
en Touraine

Un nouvel éclairage















Historiques
dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland


La collection "Historiques" a pour vocation de présenter les
recherches les plus récentes en sciences historiques. La
collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des
périodes historiques.
Elle comprend deux séries: la première s'intitulant "Travaux"
est ouverte aux études respectant une démarche scientifique
(l'accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire)
tandis que la seconde, intitulée "Sources", a pour objectif
d'éditer des témoignages de contemporains relatifs à des
événements d'ampleur historique ou de publier tout texte dont
la diffusion enrichira le corpus documentaire de l'historien.

Série Travaux

Fernando MONROY-AVELLA,Le timbre-poste espagnol et la
représentation du territoire, 2011.
François VALÉRIAN,Un prêtre anglais contre Henri IV, archéologie
d’une haine religieuse,2011.
Manuel DURAND-BARTHEZ,De Sedan à Sarajevo. 1870-1914
mésalliances cordiales, 2011.
Pascal MEYER,Hippocrate et le sacré, 2011.
Sébastien EVRARD,Les campagnes du général Lecourbe,
17941799, 2011.
Jean-Pierre HIRSCH,Combats pour l’école laïque en Alsace-Moselle
entre 1815 et 1939, 2011.
Yves CHARPY,Paul-Meunier, Un député aubois victime de la
dictature de Georges Clemenceau, 2011.
Jean-Marc CAZILHAC,Jeanne d’Evreux et Blanche de Navarre,
2011.

Ingo Fellrath
Francine Fellrath-Bacart





La guerre de 1870-1871
en Touraine

Un nouvel éclairage



Préface de Jean-Mary-Couderc





Ouvrages publiés par Ingo Fellrath :

– Les Orientations littéraires de Georg Herwegh
(Thèse d’État) 1991

Avec Francine Fellrath-Bacart, à compte d’auteur :

– Plaques et Stèles commémoratives (1939-1945) en Indre-et-Loire(Éditions
La Simarre. Mai 2007)

Ouvrages publiés par Francine Fellrath, à compte d’auteur :

– Des rives(Volumes 1 et 2). 2004-2005
– Pointes de Feu. 2006
– Cours et CourantsDigitales Pourpres. Juin 2008). (Éditions



Première de couverture : Tombe d’un soldat Allemand, cimetière de
Vouvray, détail. (Photo Ingo Fellrath)

Quatrième de couverture: La croix des Prussiens, Sepmes, détail. (Photo
Ingo Fellrath)











© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54971-5
EAN : 9782296549715













Pour Elsa Line
Pour Nora Élise













































Les fautes en politique ont presque toujours des conséquences
plus graves que les crimes.
Achille Tournier
La Politique –Pensées d’Automne



































PRÉFACE


Membres des Amis de l’Académie de Touraine,
Francine et Ingo Fellrath ont signé là un ouvrage précieux
pour les historiens tourangeaux travaillant sur le conflit de
1870-1871. Dans la mesure où il est peu de travaux français
sur ce conflit qui aient à ce point recouru aux archives
allemandes, son intérêt dépasse le cadre de notre province.
Ingo Fellrath était un ami discret mais hypersensible
qui paraissait porter à lui seul la croix des exactions dues aux
armées de son pays natal. Il se sentait concerné par les trois
conflits franco-allemands et d’abord par celui de 1939-1945
que ses parents n’ont jamais voulu aborder avec lui.
Ingo Fellrath a joué un grand rôle dans le
dénombrement des plaques et des monuments de la Seconde
Guerre mondiale dans notre province ; un ouvrage, constitué
d’un inventaire photographique en témoigne. Encore moins
connu fut son rôle à propos du massacre tourangeau de
Maillé lorsqu’il contribua à l’appel à la justice allemande pour
qu’elle déclenche une enquête dont les résultats ne sont pas
encore connus.
On retrouvera dans cet ouvrage la rigueur et la
volonté du chercheur que fit même reculer la Parque
Atropos, puisqu’il l’avait pratiquement terminé lorsqu’il fut
emporté par une affection traîtresse. Sa femme Francine qui
l’avait secondé, et dont il voulait qu’elle cosigne ce travail, a
ensuite mis en forme l’ouvrage.

11

Ce travail fait honneur à l’Histoire et à la Touraine.
Grâce à lui, les Tourangeaux savent pour la première fois
quelles furent les intentions et les réactions de l’ennemi. On
y trouve, écrites dans une très belle langue, de précieuses
contributions comme par exemple le portrait du général
Hartmann, l’admiration des officiers et des hommes de
troupe, pour la beauté de notre province et pour sa capitale,
leur étonnement devant la présence à demeure dans notre
cité d’étrangers et surtout d’Anglais. Nous n’avons qu’un
regret : les témoignages allemands restent apparemment – et
c’est compréhensible – plus que discrets sur les exactions des
troupes, comportement qui semble être le fait des soldats de
la base.
L’ouvrage se termine par une riche et précieuse
bibliographie et une annexe indiquant les tombes des
militaires morts dans les deux camps. Ma plume se permet
d’exprimer ici les remerciements que la Touraine, si elle
pouvait le faire, ne manquerait pas de leur adresser pour la
qualité de leur travail.
Jean-Mary-Couderc

Présidentde l’Académie des
Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine







AVANT-PROPOS


Cet ouvrage était en voie d’achèvement lorsque, le 6
avril 2010, Ingo Fellrath nous a brusquement quittés. Il en
est l’inspirateur, le principal artisan, le véritable auteur.
Depuis le début, notre tâche a seulement consisté à
l’accompagner dans son entreprise, nous appliquant à relire
le texte, agencer les chapitres, rechercher la langue et le style
appropriés dans l’exercice délicat que représente la
traduction. Par ailleurs, des documents qu’il devait consulter
nous sont parvenus après son décès, tel leRapport du
re
Capitaine SansasCompagnie des, commandant de la 1
francs-tireurs de Tours – 48 pages – reçu de la BnF le 30
avril, ainsi qu’un livre par prêt interbibliothèques en date du
18 février, et arrivé… le 15 juillet: il s’agit du récit
e
d’Hermann Tiemann du 78Régiment d’infanterie, paru
vingt-cinq ans après la guerre, en 1895, et dont nous avons
retenu une douzaine de pages.
Ne lui restait plus que le dernier chapitre, «La
Mémoire et la Commémoration», ainsi que l’introduction à
élaborer. Nous avons tenu compte de ses notes manuscrites
et tenté d’y rester le plus fidèle possible afin de les rédiger,
terminer le livre et y inclure les notes de bas de page.
Sur l’ensemble, il nous manquera son dernier regard
critique et rigoureux.

13

D’avance, nous vous prions de nous excuser pour les
inexactitudes ou les erreurs qui nous auraient échappé au
cours de nos maintes relectures.

FrancineFellrath-Bacart







INTRODUCTION



Pendantvingt-cinq ans, entre 1871 et 1896, personne
d’autre que Mgr C. Chevalier n’a entrepris d’écrire l’histoire
de la Touraine sous la guerre de 1870-1871, de se pencher
sur ses sacrifices, ses souffrances, de présenter une synthèse
de cette catastrophe pour le département. Seul le fait que
Tours fut la capitale éphémère d’un gouvernement
républicain a engendré de la littérature et des études
L’ouvragede Mgr Chevalier fut terminé l’année
même, rédigé à la demande de la municipalité, et publié
vingt-cinq ans plus tard. Son biographe ne donne pas les
raisons et se borne à dire qu’il était la propriété du maire
Eugène Goüin (1818-1909).
Quarante ans après, en 1902, Victor Aubin fit paraîtreLa
Touraine pendant la guerre 1870-1871.
Cinq volumes étaient projetés, composés de six parties.
Volume I « Tablettes chronologiques », des éphémérides :
Du 16 juillet 1870 au 9 mars 1871:
évacuation du département par les troupes
allemandes
Lettres, discours, souscriptions publiques,
ambulances, etc.
Les fils de Touraine sur les champs de
batailles. Récits de guerre, biographies

15

Histoire des communes d’Indre-et-Loire
pendant la guerre
Récits et anecdotes. Chronologie
Le mouvement patriotique en
Indre-etLoire depuis la guerre 1870-1871
(donc après-guerre): tombes militaires et monuments
commémoratifs
Mais en réalité, le premier volume s’arrête au 19
janvier, date d’entrée des troupes allemandes à Tours, «la
botte prussienne», il manque donc toute la période de
l’occupation, riches en événements! Ses rigueurs, ses
vexations, sacrifices exigés, etc.
En un mot, un panorama complet, un ouvrage qui,
une fois achevé, aurait pu être exhaustif, tout au moins en ce
qui concerne les sources françaises, on peut le supposer.
Pourquoi cet arrêt du projet après le premier volume? À
cause du manque d’intérêt ? De mauvaises ventes ? L’éditeur
a-t-il renoncé, évaluant le risque financier trop important?
S’est-il demandé : « Qui est ce Victor Aubin ? » A-t-il déposé
son bilan? Nous n’avons pas trouvé de réponses à ces
interrogations. TOURSCAPITALE deMgr C. Chevalier a été
exploité, pillé. Exact jusque dans les détails, le contenu a été
confirmé par des sources allemandes.

Ces deux ouvrages, qui représentent une somme
inestimable, n’ont jamais été remplacés, ni égalés, si ce n’est
par des auteurs s’inspirant de sources françaises. Toutes les
publications ultérieures font l’impasse, et ce, jusqu’à nos
jours, sur une littérature de mémoires, de souvenirs de
guerre, de lettres rédigées par ceux qui ont combattu et
séjourné en Touraine. Dans le meilleur des cas, on cite une
traduction de l’ouvrage du Grand état-major et les mémoires
de Moltke (traduits).







Les Prussiens ! Les Prussiens ?

Évoquer la guerre de 1870 dans la conversation
déclenche invariablement la même réaction en Touraine, une
exclamation du genre «Ah, les Prussiens, les
1 2
uhlans… ! » Jean-MaryCouderc etJacques Mauriceont
raconté comment ces deux noms ont hanté les esprits des
anciens au point de réapparaître encore, longtemps après la
guerre, dans le langage de tous les jours. Mais les
Tourangeaux ont-ils vraiment eu affaire à des Prussiens dans
le sens strict du terme, à savoir à des troupes prussiennes
composées de ressortissants prussiens? C’est à voir. Le
principal corps d’armée ayant opéré dans le département fut
e e
le Xqui faisait partie de la IIarmée sous le commandement
du prince Frédéric-Charles. Il comprenait les unités
suivantes :
e
19 divisiond’infanterie
e
- 78régiment d’infanterie (de Frise orientale)
e
- 91régiment d’infanterie (d’Oldenbourg)
e e
- 16régiment d’infanterie (3de Westphalie)
e e
- 57régiment d’infanterie (8de Westphalie)
e er
- 9régiment de dragons (1de Hanovre)
er e
- 1groupe à pied du 10régiment d’artillerie de
campagne (de Hanovre)


1
J.-M. Couderc. La Touraine insolite. Troisième série, p. 161s
2
J. Maurice.Rétrospection 1870-1871 ‘L’Année terrible’ dans le canton
d’Azayle-Rideau. In : Bulletin de la Société des Amis du vieux Chinon. Vol. VII,
n°7 – p. 486-494

17

e e
- 2compagnie du 10bataillon de pionniers (de
Hanovre)

e
20 divisiond’infanterie
e e
- 79régiment d’infanterie (3de Hanovre)
e e
- 56régiment d’infanterie (7de Westphalie)
e e
- 17régiment d’infanterie (4de Westphalie)
e
- 92régiment d’infanterie (de Brunswick)
e e
- 16régiment de dragons (2de Hanovre)
e e
- 2groupe à pied du 10régiment d’artillerie de
campagne (de Hanovre)
re e
- 1compagnie du 10bataillon de pionniers (de
Hanovre)

Unités de corps :
e
- 10régiment d’artillerie de campagne (de Hanovre),
batteries montées et à pied
e
- 10bataillon de train (de Hanovre)
e
- 10bataillon de chasseurs (de Hanovre)
- ambulances, boulangerie de campagne, etc.

Que peut-on déduire de cet ordre de bataille?
e e
D’abord, deux régiments, le 91et le 92 , sont originaires l’un
du duché de Brunswick, l’autre du grand-duché
d’Oldenbourg, deux états ayant adhéré à la Confédération de
l’Allemagne du Nord et obligés de fournir un contingent.
Cinqrégiments (y compris celui de la Frise orientale)
et trois bataillons proviennent de Hanovre, c’est-à-dire de
l’ancien royaume de Hanovre annexé par la Prusse en 1866
e
et devenue une province. Ils constituaient la base du X
corps d’armée créé sur décision royale du 11 octobre 1866.
Les régiments et bataillons portant le qualificatif
« hanovriens »étaient tous, à l’origine, des unités formées à
partir d’unités bien prussiennes du Brandebourg, de la
Prusse orientale, de la Poméranie et de la Silésie. Le décret
royal du 11 novembre 1866 instaura la conscription dans la

18

nouvelle province, à savoir le remplacement des hommes de
troupe prussiens par des jeunes gens du cru. Quatre années
plus tard, en raison du renouvellement, ces unités étaient
donc devenues «hanovriennes »,à l’exception des cadres,
des militaires de carrière, la plupart du temps, qui devaient
rester en place ou arriver de Prusse par nomination. Dans
une certaine proportion, des officiers de l’ancienne armée
hanovrienne furent autorisés à servir la cause des nouveaux
maîtres, tel le capitaine Knauer que nous allons retrouver
ultérieurement dans le département. Knauer, officier
d’artillerie, était titulaire de deux distinctions qui lui avaient
été décernées pour sa participation à la bataille de
Langensalza (29 juin 1866), victorieuse pour l’armée
hanovrienne – et qui capitula le même jour ! Knauer, âgé de
trente-sept ans, y avait été blessé au genou. Lorsque le roi
George V le délia de son serment et le congédia, il proposa
ses services à l’armée prussienne, apparemment sans état
d’âme. Moins d’un an après, il y fut intégré en conservant
e
son ancien grade et nommé chef de batterie au 10régiment
d’artillerie de campagne.
Quatre régiments d’infanterie proviennent de la
province prussienne de Westphalie, du moins, c’est leur
dénomination qui le suggère. La réalité est plus complexe.
Un seul régiment est vraiment originaire de la province, le
e
16 . Les trois autres avaient, avant 1866, leur garnison dans la
province prussienne de Rhénanie. Ces quatre régiments
furent envoyés encore en 1866 dans la province
nouvellement conquise et formaient, avec les régiments dits
« hanovriens », les forces de l’ordre, pour le dire clairement.
Ils cantonnaient dans la ville de Hanovre et dans d’autres
localités, comme Göttingen, Celle et Osnabrück. La
Rhénanie et la Westphalie avaient échu à la Prusse lors du
Congrès de Vienne (1815) qui avait redessiné la carte de
l’Europe et celle de l’Allemagne en particulier. Prétendre que
les Rhénans et les Westphaliens, majoritairement
catholiques, furent ravis de se retrouver dans le giron de la

19

Prusse, dont le roi étaitsummus episcopusl’église de
protestante, serait malmener la vérité. Un profond sentiment
de divergence subsistait dans ces provinces où les habitants
étaient restés Westphaliens et Rhénans de cœur, cultivant
leurs différences culturelles et religieuses.
e
En juillet 1870, l’encadrement du Xcorps qui fut
appelé «hanovrien »,surtout en raison de sa provenance
géographique, comptait toujours dans ses rangs le plus grand
nombre de Prussiens de souche ou d’adoption de longue
date, à commencer par les grands chefs: le général von
Voigts-Rhetz, né en 1809 au duché de Brunswick, mais
militaire prussien depuis l’âge de dix-huit ans. Quand la
guerre éclata, il était en même temps gouverneur général de
la province. Son chef d’état-major fut le lieutenant-colonel
von Caprivi, né en 1831 à Charlottenburg (Berlin), militaire
depuis 1849. C’est lui qui sera nommé chancelier du Reich
en 1890 pour succéder à … Bismarck! À titre d’exemples,
nous relevons encore les origines de von Wedell,
e
« commandeur » de la 38brigade, né en 1820 en Poméranie,
sous-lieutenant à l’âge de dix-huit ans [le termeKommandeur
est distinct deKommandantallemand en : il désigne le chef
d’une troupe, le plus souvent d’un bataillon; nous avons
utilisé sciemment le mot «commandeur »en français, car il
désigne, dans plusieurs ordres civils et militaires, un grade
plus ou moins élevé].
Nous relevons aussi les origines de von Woyna,
e
commandeur de la 20division en remplacement de
Schwartzkoppen, né en 1812 en Prusse orientale, militaire
depuis l’âge de dix-sept ans, du colonel baron von Lyncker,
e
commandeur du 78régiment, issu d’une vieille famille
prussienne avec des branches en Silésie et en Prusse
orientale (un de ses membres sera aide de camp en chef de
l’empereur Guillaume II), le colonel von Valentini,
e
commandeur du 79régiment (de Hanovre), puis
e
commandeur de la 39brigade qui compte dans sa famille un
général ayant combattu sous les ordres le maréchal Blücher

20

et dont un autre membre sera le chef du cabinet civil secret
de Guillaume II, le baron von der Goltz, commandeur de
l’artillerie du corps, issu d’une célèbre famille noble avec des
branches dans le Brandebourg, en Poméranie et en Prusse
orientale – elle a fourni d’innombrables officiers, dont cinq
maréchaux de camp à l’armée prussienne –, le
lieutenante
colonel von Waldow, commandeur du 16régiment de
dragons (de Hanovre), issu d’une famille ancienne du
Brandebourg, le commandant vom Berge und Herrendorf,
e
commandeur du 10bataillon du train (de Hanovre),
appartenant à une famille d’aristocrates silésiens. Nous
pourrions allonger cette liste, elle est loin d’être exhaustive.
Un témoin de l’époque, le sous-officier Legewitt du
e
79 régimentd’infanterie (de Hanovre), constata quedans les
régiments hanovriens, les officiers et la majorité des sous-officiers sont des
Prussiens. Et pour parfaire le panachage à l’échelon inférieur,
3
il y a dans chaque compagnie trente à quarante Rhénans ,donc des
« Prussiens »depuis 1815, jugés loyaux, susceptibles de
répandre de l’enthousiasme pour la cause. Nous comprenons
mieux maintenant le cas de deux officiers dont l’un, le
lieutenant Zitzewitz, hobereau poméranien qui ajouta à son
patronyme le nom de son domaine Zezenow, fut affecté au
e
16 régimentde dragons (de Hanovre) et dut parcourir 600
kilomètres pour rejoindre son unité à Northeim (au nord de
Göttingen) et celui du Dr Hantel, domicilié à Frauenburg en
Prusse orientale, distant de plus de 700 kilomètres, affecté au
même régiment de dragons qu’il ne rejoignit qu’à
Puttelangeaux-Lacs (Moselle) à la mi-août 1870. Et pourtant, les unités
de cavalerie ne manquaient ni en Prusse orientale, ni en
Poméranie !Ce sont justement ces deux provinces qui ont
re
fourni les six régiments de la 1division de cavalerie
e
rattachée au Xcorps. Ces régiments ont opéré en Touraine,
soit joints à des régiments d’infanterie dans le cadre de
différentes missions, souvent l’avant-garde, soit sous les

3
K. Legewitt.Feldpostbriefe eines 79ers. Erinnerungen an den Feldzug
1870/1871, p. 5

21

ordres de son commandeur, le général von Hartmann, celui
qui entra à Tours le 19 janvier 1871.
Il convient, par conséquent, de nuancer et de
rappeler que la majorité des soldats de l’infanterie n’était pas
des Prussiens de pure race. À l’époque de l’occupation,
certains Tourangeaux semblent avoir fait la distinction et su
reconnaître l’origine de leurs hôtes imposés, à en juger par
un autre témoignage de Karl Legewitt :
Je cantonne avec quelques hommes chez des gens très gentils qui
habitent une belle villa située dans une des rues principales. Au début,
les propriétaires sont, la plupart du temps, très réservés, mais quand ils
voient qu’ils ont affaire à des soldats corrects, ils sont très gentils et
s’accommodent de l’inévitable. Aujourd’hui [19février 1871],nous
sommes invités à un dîner avec la famille, avec laquelle nous mangeons
d’ailleurs très souvent en commun. Les Hanovriens qui ont toujours été
bien disposés envers la France, seraient particulièrement appréciés,
comme vient de le dire mon propriétaire. Il me considérait comme tel
bien que je lui déclarasse être Prussien. Il crut le savoir mieux que moi
en évoquant le numérole numéro qui indique le régiment [79,
hanovrien]sur mes épaulettes.Lorsque je lui montrai ma médaille
militaire de 1866,il dit :Ah Sadowa ! grand malheur pour vous
Hannoveriens [sic].J’eus beau affirmer le contraire, rien n’y faisait,
4
pour lui, je restais Hanovrien. Les sous-officiers et les officiers,
en revanche, même dans les régiments de Brunswick et
d’Oldenbourg, pouvaient être des Prussiens de souche. Leur
comportement a sûrement contribué à laisser une réputation
déplorable dans le département, et la goujaterie d’officiers
supérieurs prussiens au château d’Azay-le-Rideau y est pour
beaucoup. Mais cette espèce d’épouvante qui s’est imprimée
dans la mémoire collective provient des brutalités commises
re
par des régiments de la 1division de cavalerie, les régiments
originaires de Poméranie et de Prusse orientale, dont le
recrutement était essentiellement rural, appelant sous les
drapeaux des garçons peu instruits, mais excellents cavaliers,


4
K. Legewitt.Op. cit. p. 75

22

rudes au combat et dévoués aux chefs. Leur comportement
excessif s’explique aussi par leur sentiment d’impuissance et
le désir de vengeance face aux continuelles attaques des
francs-tireurs dont ils étaient la cible préférée. Les
francstireurs frappaient à l’improviste les patrouilles de cuirassiers,
de uhlans ou de dragons, tuaient un ou deux des leurs et
disparaissaient dans les fourrés, où l’on ne pouvait les
poursuivre à cheval, pour réapparaître sous les extérieurs du
paysan ou de l’ouvrier inoffensifs. Cet ennemi-là exaspérait
la troupe qui compensait sa frustration par des prises
d’otages, par la levée de contributions, par des pillages et
vandalismes, par des sévices corporels, bref par des actes
d’indiscipline graves. Leurs chefs, s’ils n’y participaient pas
activement, fermaient les yeux. Les sanctions furent rares.