Territoires du vodoun en milieu urbain

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En milieu vodoun, l'espace et son contenu appartiennent à Dieu et aux dieux, avant les hommes. Les concessions ouvertes et fermées en milieu urbain comme en milieu rural constituent des territoires non corruptibles et des hauts lieux imprégnés d'identité, d'histoire et de religion. On comprend alors les sources des conflits "monde moderne" contre "milieu traditionnel". Le vodoun est aujourd'hui une culture à la croisée des chemins, prêt comme toujours à s'adapter, mais pas à tout céder.

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Date de parution 01 décembre 2016
Nombre de visites sur la page 17
EAN13 9782140024177
Langue Français

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Le vodoun influence véritablement l’occupation de l’espace et se
donner une autre configuration à des espaces déterminés. Le mode de production de l’espace en milieu vodoun est spécifique et reste lié au sacré. On comprend alors les sources des conflits « monde moderne » contre « milieu traditionnel », ainsi que les raisons pour
Temples vodoun de Fonsramê,
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Etudes africaines
Série Sociologie
Paul L
Territoires du vodoun en milieu urbain
Le cas de Ouidah en République du Bénin
Préface de René-Paul Desse
Territoires du vodoun en milieu urbain
Collection « Études africaines » dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
Josué GUÉBO,des mots et expressions du français ivoirien Dictionnaire , 2016. Christine THÉODORE,Objets d’initiation. Rencontre avec un chasseur dozo. Échanges d’objets et modifications des interactions, 2016. Pierre Kamé BOUOPDA,Histoire politique du Cameroun au e XX siècle, 2016. Théophane AYIGBÉDÉ,Déchets solides ménagers et risques environnementaux au Bénin, 2016. Tidiani SIDIBE,L’essentiel du management d’une banque commerciale. Du front office au back-office,2016. Justelle MATSITSA KIANGATA,Conscience historique et devenir des États africains, 2016. Alhousseini MOULOUL,Les Touaregs du Niger.Chroniques des années de braises,2016.Emmanuel KAMDEN,Innovation entrepreneuriale et développement durable en Afrique : défis et opportunités,2016. Albert B. KALONGA LUSE-LUA-NZAMBI,Désarmement, démobilisation et réintégration des enfants-soldats. Échec au Sud-Kivu ?, 2016. Zakaria FADOUL KHIDIR,Anthropologie des populations tchadiennes. Les Béri du Tchad, 2016. Célestin HITIMANA,Rwanda : deux siècles de crimes contre l’humanité, 2016. Maximin Lucien DA,La noix de cajou, levier de développement local au nord-est de la Côte d’Ivoire, Contribution au développement socialement durable, Cas du district du Zanzan : Gontougo et Bounkani, 2016.
Paul Lando
Territoires du vodoun en milieu urbain
Le cas de Ouidah en République du Bénin
Préface de René-Paul Desse
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-10474-4 EAN : 9782343104744
Préface
René-Paul Desse
Université de Bretagne occidentale
Le fait religieux a fait et fait encore débat dans nos sociétés et au sein des sciences sociales. Les premières réfle-e xions proviennent des économistes et sociologues du XIX siècle. Ils oscillent entre opposition marquée et marginalisa-tion du phénomène. Ainsi, Karl Marx a tendance à traiter le fait religieux en simple épiphénomène, sorte d’émanation trompeuse de l’infrastructure économique. De son côté, Durkheim réduit la religion à une simple forme de la conscience collective. Seul Max Weber met en avant la réfé-rence à l’individu socialement situé, ce qui permet le recours à une sociologie compréhensive, de l’intérieur du fait religieux (Bastide, 1960).
Quant aux géographes, ils sont arrivés bien plus tardive-ment dans le débat : Pierre Deffontaines en 1948 et Xavier de Planhol, vingt ans plus tard, ont fait œuvre de pionniers. Pierre Deffontaines, le premier, a parlé de géographie des religions, avec ses implications sur l’espace, les paysages et l’organisation des sociétés. Xavier de Planhol a suivi la même démarche en se focalisant sur le monde islamique, mettant l’accent sur la structuration de l’espace par les croyances et les règles de la religion musulmane. Dans les décennies qui ont suivi la parution de ces deux ouvrages novateurs, les géographes se sont peu intéressés au sujet et « ont longtemps abordé les faits religieux par la périphérie » en les intégrant à une compréhension globale de la culture des espaces étudiés, et non en prenant la religion pour elle-même (Claval, 1992). Cette approche réductrice, quand elle existait, s’ancrait aussi dans une géographie d’inspiration rationaliste pour qui le religieux sentait quelque peu le soufre (Dorel, 2002).
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Depuis quelques années, on assiste à un renouveau des approches géographiques du fait religieux. Le Festival de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges de 2002, consacré à Religions et Géographie, s’il ne constitue pas un tournant, permet de révéler de nouvelles recherches sur le sujet. Dans la mouvance de la géographie culturelle qui s’installe dans la géographie francophone, en cette fin de siècle, les problé-matiques religieuses commencent à réintéresser les géogra-phes comme Jean Bernard Racine avec son ouvragela ville, entre Dieu et les hommesen 1993 ; ou à apparaître dans quelques numéros spécifiques de revues comme Annales de Géographie en 1996 ou Géographie et Cultures en 2002. Dans ces approches renouvelées, enrichies des avancées des autres sciences sociales, rares sont les travaux qui tentent d’approcher des espaces religieux autres que ceux des trois religions du Livre que sont les religions juive, chrétienne et musulmane. L’Afrique n’échappe pas à cette vision très européenne du fait religieux. Les rares chercheurs qui ont travaillé sur cette thématique dans les pays du golfe de Guinée ont consacré leurs investigations au foisonnement actuel des religions, lié en grande partie au renouveau des églises Évangéliste (Dorier-Apprill, Barbier, 2002, 2006). Quant aux religions dites « traditionnelles », « coutumières » ou « post-coutumières » - les auteurs hésitant souvent au moment de les nommer - elles apparaissent peu, ou parfois brièvement lorsque sont abordées les formes de syncrétisme ou de leur déclin.
L’ouvrage que Paul Lando nous présente sur lesTerri-toires du vodoun en milieu urbain à Ouidah est en rupture avec ces approches européo-centrées. Natif de Ouidah, parlant le Fon, Paul Lando, géographe de formation, nous présente ici une synthèse originale et, à multiples occasions, novatrice dans le domaine de l’étude du fait religieux sur ce territoire béninois. Cette approche du vodoun peut être déclinée aux différentes échelles géographiques : échelle de
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l’Atlantique, du Sud Bénin, de l’agglomération de Ouidah et au niveau des concessions, voire de la maison d’habitation.
Situé au cœur de l’aire culturelle Adja-Tadjo, Ouidah fut, e jusqu’à la seconde moitié du XIX siècle, l’un des princi-paux points d’embarquement d’esclaves sur cette côte du golfe de Guinée. Cette agglomération fondée par les coloni-sateurs Fon, du royaume d’Abomey, a été le lieu de vastes échanges de part et d’autre de l’Atlantique : port d’embar-quement de milliers d’esclaves, mais aussi lieu de « retour » d’anciens esclaves revenus du Brésil. Ces « échanges » de part et d’autre, de l’Atlantique ont suscité des métissages. Si le vaudou haïtien et le candomblé brésilien prennent leurs racines dans ces régions côtières du golfe de Guinée, ces variantes du vodoun ont participé aux mutations de ce culte à Ouidah et dans plusieurs localités de la côte. À ce stade, les travaux de Paul Lando font écho à ceux de Roger Bastide qui a développé des recherches sur « Les religions africaines au Brésil » dans les années 1950 et 1960, notamment dans la région de Bahia. En 1958, il vient au Dahomey confronter les formes africaines et afro-brésiliennes du culte de la confrérie Shango.
À l’échelle de la cité de Ouidah, il s’agit de décrire l’espace de déploiement de la culture vodoun en révélant les marqueurs géographiques de tout ordre comme le Temple du Python ou celui d’Aïzan, le dieu lêgba du centre-ville, rayonnant sur l’ensemble de l’agglomération ; ou les tem-ples de quartiers, puis des divinités de chaque concession. Temples, couvents et forêts sacrées sont autant d’espaces contraints par un certain nombre d’interdits qui génèrent des blocages à l’extension des espaces publics et des aména-gements urbains. Parfois cette prégnance d’interdits reli-gieux permet de sauver le dernier espace vert de la ville, l’un des derniers grands arbres. Dans ce contexte, le vodoun vient en aide à la sauvegarde de la nature en ville et à la biodiversité.
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