Algérie : de la guerre à la mémoire

-

Livres
164 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Cinquante ans après, la guerre d’Algérie continue de hanter les esprits et d’empoisonner les relations franco-algériennes. Peut-on tourner une page avant de l’avoir écrite ? « Faire connaitre la vérité, c’est aussi une manière d’aider au cessez-le-feu et à la paix. Des nuits entières, j’ai entendu hurler des hommes que l’on torturait, et leurs cris résonnent pour toujours dans ma mémoire », écrivait le journaliste Henri Alleg dans son livre choc, La Question, (Minuit, 1958).
Cette guerre que l’on croyait avoir oubliée fait un brusque retour sur la scène politique et médiatique en l’an 2000. Commence le temps des regrets, des aveux et des polémiques. Les généraux Massu et Bigeard s’affrontent ; le général Aussaresses déballe les secrets de famille de la « grande muette » ; Jean-Marie Le Pen, président du Front National, et le général Maurice Schmitt, ancien chef d’Etat-major des armées françaises, se retrouvent entrainés dans la tourmente...
Ce « retour du refoulé », on le doit à une journaliste, Florence Beaugé. Pendant plusieurs années, celle-ci va fouiller sans relâche la mémoire algérienne et française, à travers des articles et des entretiens qui ont aujourd’hui valeur de documents historiques.
Florence BEAUGÉ est journaliste au journal Le Monde depuis 2000. Elle est chargée de la couverture des pays du Maghreb au sein du service International. Auparavant, elle a travaillé pendant quinze ans sur le Proche-Orient et le conflit israélo-palestinien.
Elle est à l’origine du « retour de mémoire » sur la guerre d’Algérie, qui s’est produit en France au début des années 2000.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de visites sur la page 142
EAN13 9782849240717
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,012 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Algérie
de la guerre à la mémoire
Paris - Alger : quel avenir ?Collection « Reportages »
dirigée par Sébastien Boussois
Parce que le monde d’aujourd’hui est plus complexe que du
temps de la guerre froide, à l’échelle d’un pays, d’une région,
d’une société, la collection « Reportages » s’est fixé pour objectif
de rendre clair et précis un sujet géopolitique en faisant appel
aux plus grands spécialistes de la question.
À cette mission de vulgarisation sans simplification, il faut
ajouter un autre objectif : celui de rendre compte sur plusieurs
années du travail de cet auteur, journaliste ou chercheur, en
sélectionnant avec lui les articles qui reflètent le mieux l’évolu -
tion du sujet traité.
Au-delà, et face à l’évolution des supports de communication
du monde moderne et l’envie insatiable de « faire vite », c’est
l’envie enfin de mettre à l’honneur journalisme et recherche de
qualité, sans jamais céder aux sirènes de la mondialisation et de
l’uniformisation de l’information
Illustrations de couverture :
© toufikbobo - Fotolia.com (#2066369)
© davidmonjou - Fotolia.com (#3962322)
© Éditions du Cygne, Paris, 2008
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-071-7Florence Beaugé
Algérie
de la guerre à la mémoire
Paris - Alger : quel avenir ?
Éditions du CygneDans la même collection :
Liban : chroniques d’un pays en sursis, de Roger Naba’a et René
Naba
L’Algérie des années 2000 : vie politique, vie sociale et droits de
l’homme, de Florence Beaugé
Yougoslavie : de la décomposition aux enjeux européens, de
Catherine Samary
Israël, une société bousculée, de Dominique VidalÀ Henri Alleg et à Pierre Vidal-NaquetDu même auteur :
L’Algérie des années 2000 : vie politique, vie sociale et droits de
l’homme, Éditions du Cygne, 2008
Algérie, une guerre sans gloire : histoire d’une enquête,
CalmannLévy, 2005 (et en Algérie en 2006 aux Éditions Chihab)Avant-propos
Sébastien Boussois, directeur de collection
Après nous avoir présenté l’Algérie des années 2000,
Florence Beaugé, journaliste au Monde, revient, avec une
préface de l’historien Benjamin Stora, sur les rapports
tumultueux qui persistent entre le jeune pays indépendant, à peine
50 ans, et son ancien pays « de tutelle », la France. Elle est à
l’origine du retour de mémoire qui est intervenu en France,
sur la guerre d’Algérie et la question de la torture, à partir de
l’an 2000.
De général en général, de pouvoir autoritaire en pouvoir
autoritaire depuis 1962, l’Algérie vit, malgré elle, à travers le
prisme d’un deuil irrésolu entre les deux pays. Les effets
bénéfiques de la colonisation, n’en déplaise à certains, n’ont
jamais rien eu d’une évidence. Ils n’en auront jamais.
Le travail de mémoire est devenu un concept galvaudé
depuis la fin des grandes idéologies, la chute du mur de
Berlin, « l’ordre nouveau » de Bush père. Ce n’est pas une
obligation pour chacun des pays qui voudrait faire du passé
un élément fondateur et honnête de son avenir mais au nom
d’un humanisme peut-être idéaliste, une nation a aujourd’hui
besoin de « savoir ». Il y a tous les moyens scientifiques
aujourd’hui d’y parvenir malgré les chapes de plomb idéologiques.
Chaque pays regarde aujourd’hui son passé avec recul
grâce à l’émergence perpétuelle d’historiens, de « nouveaux »
historiens, dont la motivation première est la réécriture,
l’affinage perfectionniste d’une histoire qui ne peut vivre et
survivre que dans le mouvement.
1En Algérie, comme en Israël , en France, en Argentine, en
Yougoslavie, mais aussi au Rwanda, en RDC, au Maroc, en
7Chine, etc., les rapports entre passé et présent sont toujours
de l’ordre du choc sismique. La tectonique des plaques fait
des dégâts. Regarder son passé en face, assumer ses
responsabilités, découvrir le récit de celui qui s’est trouvé opprimé,
est un enjeu majeur pour l’avenir de nos sociétés
postmodernes.
Nous sommes ici à une époque charnière pour l’Algérie et
la France. L’ère Chirac est finie. Nicolas Sarkozy, président de
la République française l’a annoncé : fini les repentances.
Qu’en sera-t-il pour les rapports entre les deux pays ?
Repentance ou non, responsabilisation ou pas, terminons par
ce propos de Julien Green qui porte à réflexion: « Le
reniement du passé est une funeste attitude. Et pour lutter contre
le présent et créer de l’avenir, le passé est souvent l’arme la
2plus efficace. »
1 À ce sujet lire Israël confronté à son passé, essai sur l’influence de la nouvelle
histoire, L’Harmattan, Paris, 2008 et avec Dominique Vidal, Comment Israël
expulsa les Palestiniens ?, Éditions de l’Atelier, Paris, 2007.
2 Extrait de Julien Green en liberté avec Marcel JullianPréface
de Benjamin Stora
professeur d’histoire et spécialiste du Maghreb à l’INALCO
Sans lieux de mémoire particuliers ni de date de
commémorations évidentes, la guerre d’Algérie reste une guerre sans fin.
C’est pourquoi il faut toujours en parler, écrire à propos d’elle,
encore. Comme si la fin n’avait jamais été dite. Entre 2000 et
2008, le quotidien Le Monde a publié une série d’articles de
Florence Beaugé sur l’Algérie et la France, la mémoire et l’histoire
de ces deux pays, et comment le passé continue d’exercer ses
effets puissants sur le présent. Le rassemblement de ces articles
publiés dans cet ouvrage est tout à fait intéressant, passionnant.
D’abord, parce que l’on voit bien comment un travail
d’investigation menée par la journaliste, avec patience et ténacité, a
permis à la mémoire de la guerre d’Algérie de franchir un seuil.
Depuis des années, les historiens s’acharnent à fouiller dans les
archives, font parler des témoins, recoupent différentes sources
à propos de cette histoire, compliquée, tragique, douloureuse.
Les chercheurs connaissent bien, par exemple, l’énorme travail
de Pierre Vidal-Naquet à propos de Maurice Audin, ce jeune
mathématicien enlevé et assassiné en pleine « bataille d’Alger »
en 1957 et dont le corps n’a jamais été retrouvé. Ou les
enquêtes de l’historien Charles Robert Ageron sur les massacres
du Constantinois en 1955, les analyses de l’historien algérien
Mohammed Harbi sur l’idéologie et le fonctionnement du
FLN. Les travaux d’histoire se sont accumulés au fil des années,
mais toujours la sensation de vide, de silence et d’absence de
connaissances existait autour de cette séquence, la guerre
d’indépendance algérienne.
9Un an après que l’Assemblée nationale française reconnaît, en
juin 1999, l’existence d’une « guerre d’Algérie », les enquêtes de
Florence Beaugé vont provoquer un basculement dans la
connaissance de cette période. En 2000 et 2001, commencent les
révélations, des faits nouveaux mis à jour... La confession
poignante de Louisette Ighilahriz, militante du FLN, arrêtée,
torturée et violée en 1957 ; les aveux du général Aussarresses sur
sa participation aux meurtres des leaders algériens, Larbi Ben
M’Hidi et Ali Boumendjel ; les remords tardifs du général
Jacques Massu, l’un des grands participants de la fameuse
« Bataille d’Alger » ; les paroles de soldats français à propos du
tabou du viol de femmes algériennes, ou la critique de la thèse
officielle de la mort officielle de la mort de Maurice Audin avec
l’apport de nouveaux témoignages : tout s’accumule pour ouvrir
largement une brèche dans la connaissance de cette histoire. Et
Florence Beaugé n’oublie pas de faire appel aux historiens les
plus sérieux sur chacune des questions, si graves, qu’elle soulève.
Le choc provoqué par la publication de tous ces articles a été
très considérable, et je me souviens des réactions de stupeur,
d’incrédulité de mes étudiants, de mes amis, français et algériens,
à la lecture de telles révélations... Florence Beaugé a produit un
morceau d’écriture de l’histoire, montrant sa capacité à se situer
au-dessus de la mêlée. Elle a su créer, à sa manière, une
temporalité en dehors du bruit ambiant de la mode sur la négation du
passé, et d’une aspiration générale à aller toujours plus vite. Des
tas d’histoires se mélangent dans cette enquête, des bouts de vies
déchirées, mais aussi des points de vue et des espoirs envolés. La
divulgation de tous ces « secrets » par une journaliste a permis au
travail historique de prendre plus d’ampleur. Et à cette occasion,
on a pu mesurer la complémentarité du travail entre deux
acteurs acharnés à traquer les mensonges et les vérités des temps
actuels, le journaliste et l’historien.
Est-ce l’impact des articles de Florence Beaugé, mais à partir
de 2002, l’on croit deviner un infléchissement de la position
10française à l’égard de son passé colonial... En 2003, au moment
de « l’Année de l’Algérie en France », ou en 2004, qui est le
cinquantième anniversaire du déclenchement de la guerre
d’Algérie, un traité d’amitié entre les deux pays est envisagé. Le
lecteur découvrira, en lisant les articles reproduits dans ce livre,
comment Jacques Chirac a été accueilli avec enthousiasme par
les Algériens dans son voyage officiel de 2003 ; comment la
déclaration de l’ambassadeur de France au sujet des massacres
de Sétif de 1945 (« une tragédie inexcusable ») en 2005 a
entretenu l’espoir d’une reconnaissance de ce passé colonial,
tragique, permettant, enfin, de tourner la page. Mais au même
moment, l’Assemblée nationale française votait une loi, le 23
février 2005, reconnaissant « un aspect positif » à la
colonisation. Les promesses de réconciliation s’envolent, et la guerre
des mots commence entre la France et l’Algérie. Les articles
rassemblés dans ce livre raconte bien cette nouvelle séquence,
où l’on voit progressivement s’éloigner, puis disparaître, le traité
d’amitié entre les deux pays ; où l’on voit, aussi, malgré tout,
l’intensification des relations économiques (la France reste un
partenaire de premier plan pour l’Algérie).
Le livre rebondit avec l’élection de Nicolas Sarkozy en mai
2007, qui ouvre une nouvelle période. Le nouveau président
français, qui a mené sa campagne présidentielle sur le thème de
« l’anti-repentance », ne veut pas situer son action en référence
au passé colonial, mais veut nouer un partenariat d’avenir.
Florence Beaugé raconte ses voyages à Alger et donne les
grandes tendances d’un projet, celui de l’Union
méditerranéenne, où l’Algérie doit jouer un rôle essentiel.
Le lecteur verra dans ce livre comment tout un travail
d’enquêtes, de reportages, de révélations patiemment
élaborées, permet de se libérer des fantômes, des griffes d’un passé
colonial qui hante toujours l’histoire contemporaine, en
France et en Algérie.© carte de Philippe Rekacewicz.1. Torturée par l’armée française en Algérie, « Lila »
recherche l’homme qui l’a sauvée
(juin 2000)
« J’étais allongée nue, toujours nue. Ils pouvaient venir
une, deux ou trois fois par jour. Dès que j’entendais le bruit
de leurs bottes dans le couloir, je me mettais à trembler.
Ensuite, le temps devenait interminable. Les minutes me
paraissaient des heures, et les heures des jours. Le plus dur,
c’est de tenir les premiers jours, de s’habituer à la douleur.
Après, on se détache mentalement, un peu comme si le corps
se mettait à flotter. » Quarante ans plus tard, elle en parle avec
la voix blanche. Elle n’a jamais eu la force d’évoquer avec sa
famille ces trois mois qui l’ont marquée à vie, physiquement
et psychologiquement. Elle avait vingt ans. C’était en 1957, à
Alger. Capturée par l’armée française le 28 septembre, après
être tombée dans une embuscade avec son commando, elle
avait été transférée, grièvement blessée, à l’état-major de la
e10 division parachutiste de Massu, au Paradou Hydra.
« Massu était brutal, infect. Bigeard n’était pas mieux, mais, le
pire, c’était Graziani. Lui était innommable, c’était un pervers
qui prenait plaisir à torturer. Ce n’était pas des êtres humains.
J’ai souvent hurlé à Bigeard : « Vous n’êtes pas un homme si
vous ne m’achevez pas ! » Et lui me répondait en ricanant :
« Pas encore, pas encore ! » Pendant ces trois mois, je n’ai eu
qu’un but : me suicider, mais, la pire des souffrances, c’est de
vouloir à tout prix se supprimer et de ne pas en trouver les
moyens. » Elle a tenu bon, de septembre à décembre 1957. Sa
famille payait cher le prix de ses actes de « terrorisme ». « Ils
ont arrêté mes parents et presque tous mes frères et soeurs.
Maman a subi le supplice de la baignoire pendant trois
13semaines de suite. Un jour, ils ont amené devant elle le plus
jeune de ses neuf enfants, mon petit frère de trois ans, et ils
l’ont pendu... » L’enfant, ranimé in extremis, s’en est sorti. La
mère, aujourd’hui une vieille dame charmante et douce,
n’avait pas parlé.
Sa fille aurait fini par mourir, dans un flot d’urine, de sang
et d’excréments, si un événement imprévu n’était intervenu.
« Un soir où je me balançais la tête de droite à gauche,
comme d’habitude, pour tenter de calmer mes souffrances,
quelqu’un s’est approché de mon lit. Il était grand et devait
avoir environ quarante-cinq ans. Il a soulevé ma couverture,
et s’est écrié d’une voix horrifiée : « Mais, mon petit, on vous
a torturée ! Qui a fait cela ? Qui ? » Je n’ai rien répondu.
D’habitude, on ne me vouvoyait pas. J’étais sûre que cette
phrase cachait un piège. » Ce n’était pas un piège. L’inconnu
la fera transporter dans un hôpital d’Alger, soigner, puis
transférer en prison. Ainsi, elle échappera aux griffes de Massu,
Bigeard et Graziani. Louisette Ighilahriz, « Lila » de son nom
de guerre, retrouvera la liberté cinq ans plus tard, avec
l’indépendance de l’Algérie. Depuis, elle recherche désespérément
son sauveur. Ce souhait est même devenu une idée fixe, une
obsession. « J’ai tout essayé, envoyé des messages partout,
avec de moins en moins d’espoir de le retrouver vivant. S’il
l’est encore, il doit avoir à peu près quatre-vingt-cinq ans. Je
ne veux qu’une chose : lui dire merci. »
Elle ne sait presque rien de Richaud, sinon son nom, pour
l’avoir entendu – mais elle n’est même pas sûre de
l’orthographe –, sa fonction probable : médecin militaire, et son
grade : commandant. À défaut de le revoir, Louisette
Ighilahriz voudrait remercier sa fille : « Je me souviens qu’il
m’avait dit : « Je n’ai pas vu ma fille depuis six mois, vous me
faites terriblement penser à elle. » Alors, je la cherche, elle
aussi. Je voudrais lui dire combien son père l’aimait et à quel
point il pensait à elle, là-bas, en Algérie... »2. Marcel Bigeard, général du cadre de réserve.
« Ce témoignage est un tissu de mensonges »
(juin 2000)
« Le témoignage de cette femme est un tissu de mensonges. Tout est faux,
c’est une manoeuvre »
– Comment réagissez-vous au témoignage de Louisette
Ighilahriz, publié par Le Monde ?
– Ce papier est malvenu. Bigeard reste un modèle pour la
France. Vous faites mal à un type qui vit pour son pays. Je
continue de recevoir des centaines de lettres se référant à
Bigeard, reconnaissant sa valeur et me disant :
« Heureusement que vous êtes là, dans une période où toutes
les valeurs sont parties en fumée. » Un jour, vous allez voir,
vous aurez des explosions dans les banlieues. Je n’étais pas au
PC de Massu, mon régiment était ailleurs dans Alger, et le
capitaine Graziani n’était pas chez moi. Il était chez Massu.
Graziani était un excellent combattant. Le témoignage de
cette femme est un tissu de mensonges. Il n’y a jamais eu de
femme prise à mon PC. Il s’agit de démolir tout ce qu’il y a
de propre en France. Bigeard en train de pratiquement violer
une femme avec Massu, c’est inimaginable ! Massu, qui est un
type très croyant, doit en être malade de lire ça. Tout est faux,
c’est une manoeuvre. Avant d’écrire quelque chose comme
ça, il faut vérifier. D’ailleurs, le 28 septembre 1957, Bigeard
n’était pas là, il avait quitté sa base de Sidi Ferruch, et était
parti pour la Kabylie.
– Louisette Ighilahriz dit que vous faisiez des allers et retours,
pendant les trois mois de sa détention, et que vous vous
rendiez régulièrement au PC de Massu.
15– Je n’étais pas là. Après la première et la deuxième batailles
d’Alger, je suis parti, et jamais revenu. J’étais en Kabylie. Il
m’est arrivé de revenir quelquefois à ma base de Sidi Ferruch.
Plusieurs officiers m’ont téléphoné [après avoir lu l’article du
Monde et m’ont dit : « Ça, ça n’est pas Bigeard. » C’est affreux
de dire cela, et surtout sur une femme. Je ne l’ai jamais vue.
Elle dit que cet homme qui l’a libérée est venu, un jour, a
soulevé sa couverture et l’a sauvée ! Comme si un homme
pouvait, comme ça, entrer, sortir et la faire évacuer de cet
endroit. Ça ne ressemble à rien. De même, comme si on ne
pouvait pas retrouver un médecin militaire commandant au
bout de quarante-trois ans !
– Donc, le nom du commandant Richaud ne vous dit rien ?
– Non, ça ne me dit rien du tout. Et s’il existait vraiment, on
aurait pu le retrouver. Surtout pendant quarante-trois ans.
Mais bousiller un homme comme Bigeard !
– Le général Massu déclare au Monde qu’il vous a vu pratiquer
personnellement la gégène.
– Ah non ! Non ! Je n’aurais même pas pu regarder ça.
– Il l’a même écrit dans l’un de ses livres, Le Soldat méconnu,
publié en 1993 aux éditions Mame.
– Oui, oui, je le sais. On parlait plus de Massu que de Bigeard.
Je sais que vous allez encore troubler les cartes avec Massu.
Vous êtes en train de mettre un coup de poing au coeur d’un
homme de quatre-vingt-quatre ans. Il y a de quoi se flinguer.
Cela me fiche un sacré coup. Mais dites-vous bien que le
vieux, à quatre-vingt-quatre ans, il est battant, et qu’il sait
mordre encore...