Caucasiens, cosaques et empires

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Français
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Le Caucase du Nord-ouest est une zone de contacts entre de nombreux peuples, des civilisations et des religions diverses, et a été un terrain d'affrontements privilégié entre de grands empires. L'ouvrage éclaire ainsi les rapports entre sédentaires et nomades, entre indigènes et empires, ainsi que le rôle très particulier des Cosaques. Il révèle aussi l'origine lointaine de conflits actuels dans cette région stratégique.

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Date de parution 01 juin 2009
Nombre de lectures 247
EAN13 9782296681132
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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INTRODUCTION

L'étude des relations interculturelles dans le Caucase du
Nord-Ouest est aujourd'hui d'une actualité brûlante, comme
en témoignent les événements qui se déroulent actuellement
dans tout le Caucase.
Tous les conflits qui ont éclaté dans la région sont de
même nature. Ce sont des conflits interculturels, sur lesquels
se sont superposés des problèmes à caractère politique, social
et économique. Au stade actuel de l'évolution des conflits
dans tout le Caucase, faire appel à l'histoire des relations
interculturelles est primordial : c'est elle, en effet, qui aide le
mieux à comprendre les causes cachées des événements
d'aujourd'hui.
Après la désagrégation de l'URSS, l'importance
géostratégique du Caucase du Nord-Ouest pour la Russie a
augmenté brusquement : en effet, le Caucase du Nord-Ouest
reste le seul débouché de la Russie vers les mers du Sud : la
mer d’Azov et la mer Noire.
L'objet de la recherche est l'évolution des relations
e
interculturelles dans le Caucase du Nord-Ouest duXVau
e
XVIIIsiècle.
e e
DuXV auXVIII siècle,ilyavait auCaucase duN.O.
des cultures montagnardes permanentes: les Adyghés, les
Abazas, les Karatchaïs dont la plus importante, la plus
puissante était la culture adyghée. À l’inverse, les peuples des
steppes (Tatars, Nogays, etc.), les peuples maritimes (Génois,
Ottomans) se succédaient, se remplaçaient sans cesse. Le
système culturel adyghé qui coexistait souvent avec euxse
développait conformément auxlois internes de tout système
culturel.
e e
DuXVI aule CaXIX siècle,ucase duN.-O. a étéun
objet de rivalité entre deux: la Rgrands empiresussie et la
Sublime Porte. La Sublime Porte la première a envahi le
e
Caucase duN.-O. à la fin duXV siècleet l’a fait entrer dans

sa sphère d’influence. Moscou est arrivée plus tard, à la fin
e
duXVIII siècle.L’Empire russe se trouvait austade de son
expansion active, il était plus jeune, plus énergique, l’Empire
ottomanvieillissant lui a finalement cédé le Caucase duN.-O.
e e
DuXV auXIX siècle,le Caucase duNord-Ouest a été le
théâtre permanent d’hostilités entre divers peuples. La raison
principale en est qu’il étaitunezone frontalière se trouvant à
un stade d’expansion et de mise envaleur de leur milieu. Les
Ottomans, les Tatars de Crimée, les Nogays, les Cosaques,
les Adyghés, les Karatchaïs et les Abazas étaient de jeunes
systèmes culturels. Le Caucase duN.-O., leurzone de
contact, s’est transformé enune arène de conflits permanents,
qui sont devenusune composante de leurs relations.
Les événements qui se déroulent aujourd’hui encore au
Caucase duNord audébut dunouveaumillénaire témoignent
d’une crise dans les relations russo-caucasiennes. La Russie
et le Caucase reconsidèrent leurs relations, cherchent de
nouvelles formes de coexistence qui définiront sous beaucoup
de rapports le destin de ces deuxcivilisations, ainsi que la
situation géopolitique en Eurasie.

8

CHAPITRE 1
Le Caucase du Nord-Ouest =
e e
Contacts interculturels du XVau XVIIsiècle

e
Dans la deuxième moitié du XVsiècle apparaît une
nouvelle situation interculturelle dans la région aunord de la
mer Noire et dans le Caucase duNord-Ouest.
En l’espace de cinq ans deuxévènements très importants
influencèrent le développement des relations interculturelles
dans la région : la prise de Caffa par les Ottomans en 1475 et
la libération définitive de la principauté de Moscoude la
Horde d’Or en 1480. La chute de Caffa détruisit le système
des colonies de Gênes dans la région dunord-est de la mer
Noire. Les points stratégiques principauxde la côte de la mer
Noire auCaucase duNord-Ouest se trouvèrent auxmains de
la sublime Porte (Matrega /Taman,Mapa/Anapa,Kopa/
Slaviansk-sur-le-Kouban), etc. Le pouvoir ottoman remplaça
le pouvoir génois et devintun élément central dans le
nouveausystème de relations culturelles.
En 1480, la Horde d’Or se désagrège définitivement. Le
vide culturel dans le Caucase duN.-O., i.e. sur son territoire
aunord de la mer Noire et dubassin de la mer d'Azov
provoque l’arrivée de nouveauxpeuples :Ottomans, Tatars
de Crimée, Nogays, Adyghés.
Surune carte duCaucase duNord-Ouest, rapportée dans
le recueil des documents de Topkapi [17], on peut lire les
noms des ethnies suivantes : dans le bassin duKouban - "les
Tatars duKouban", aunord - "les Grands et Petits Nogays",
dans les hautesvallées duKouban - les "Tcherkesses", sur la
côte de la mer Noire - les "Abkhazes".
Dans la péninsule de Taman, dans les contreforts du
Caucase occidental et sur la côte de la mer Noire résidait de
façon permanenteune population sédentaire. Il s’agit de
l’ethnie adyghée.

Les Adyghés, sous le nom de "Tcherkesses de Temruk",
peuplaient la péninsule de Taman, et sous le nom de
"Tcherkesses blancs" le littoral de la mer Noire jusqu'à
Touapsé. Dans les hautesvallées duKoubanvivaient les
"Tcherkesses montagnards" [72, p.157, 180, p.55-56]. Le
contrefort caucasien sur la rive gauche duKouban était très
peuplé, essentiellement par les tribus adyghées.
À l'est des Adyghés occidentaux, sur les contreforts du
Caucase central, résidaient les Adyghés orientaux(les
Kabardes). Sur la carte de Sigismond Herberstein dumilieu
e
duXVI siècle,devant la représentation de l’Elbrouzfigure
une inscription : "les Tcherkesses de Piatigorsk" [53, p.399].
Le processus de différenciation des Kabardes par rapport
e e
auxAdyghés occidentauxs’est déroulé duXV auXVII
siècle. Ces différences sont identifiées sur les monuments
archéologiques "de deuxgroupes de tumulus adyghés des
e e
XV -XVII siècles-deKabarde-Piatigorsk et Beloretchenskaïa"
e
[58, p.28]. AuXVII siècle,les Kabardes avaient pour
coutume de construire des mausolées, ce qui ne se faisait
jamais chezles Adyghés occidentaux. Cette pratique était
interprétée par les Kabardes commeune particularité de leurs
voisins, les Balkars [25, p. 48, 122].
La frontière entre les Kabardes et les Adyghés occidentaux
"passait approximativement de l’Elbrouzaunord,vers les
hautesvallées de la Kouma et duPodkoumok" [58, p.28].
Les Kabardes à cette époque-là formaientun ensemble
ethnique assezhomogène. La particularité des Adyghés
occidentauxétait la différenciation d’un grand nombre de
groupes culturels dont certains se divisaient à leur tour en
tribus, ce qui assurait auxAdyghés occidentaux une grande
force de résistance contre toute influence extérieure. Cette
parcellisation subethnique se conservait grâce à l'endogamie.
La mosaïque des dialectes correspondait à la mosaïque des
groupes culturels. La langue adyghée se divisait en deux
groupes de dialectes: occidental et oriental. Le groupe

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occidental des dialectes adyghés comprenait les dialectes
chapsough, kémirgoy, abzakh et bjedough. Dans le groupe
oriental entraient "le kabarde et le besleney" [63, p.17]. Ils se
divisaient à leur tour en patois. Par exemple, "le dialecte
chapsough se décompose, à son tour, en deuxgrands groupes
de parlers: ceuxduKouban, et les parlers hakoutch " [63,
p.18].
La particularité de l’entité culturelle adyghée était sa
mobilité constante dansune limite donnée dumilieu
géographique. L’entité culturelle elle-même se déplaçait dans
son ensemble comme les tribus dont il était composé. C'est
pourquoi il était souvent presque impossible de savoir oùils
résidaient.
e e
Autotal, auaXV etuXVII siècle,le système ethnique
adyghé s’est déplacé dunord-ouestvers le sud-est. Ainsi les
Adyghésvivant sur la côte orientale de la mer d’Azov, "dans
e
la première moitié duXVI siècle(…), probablement sous la
pression des khans de Crimée, sont partis dubassin de la mer
d'Azov vers le sud" [58, p.27].
e
Aucours dula frontière sXVII siècle,ud ducadre devie
adyghé s'est avancéevers le sud-est "dansun processus
d'assimilation ethnique desvoisins adyghés - Abazas" et des
Abkhazes [40, p.276]. À la suite de ce processus entre deux
fleuves :la Bzyb et Touapsé, des groupes bilingues
d’Adyghés-Abazas et Adyghés-Abkhazes se sont formés:
"Khamych (Koumych), Sadja-Sadzy-Djikets-Abkhazes, (…)
Soudja-Vapikhs-Oubykhs (…), Achegali, Sououk-sou, etc."
[40,278-279].
Les ethnonymes adyghés suivants sont parvenus jusqu’à
nous :les Abzakhs, les Bjedougs, les Makhochs, les
Besleneys, les Goayes, les Jans, les Kemgouys ; les
Témirgoys subdivisés à leur tour en groupes cultulesrels :
Ademis, les Yegheroukhays, les Mamkhegs, les Khatoukays,
les Natoukhays, Sobeys, les Khegaks. Les Chapsougs étaient
subdivisés en Khakoutchs, Kipteks et Tatakoses [4, p.236].

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Les plus grands groupes culturels adyghés étaient les Jans
(Grands et Petits Jans) et les Khatoukays. Plusieurs auteurs
indiquent leurs différents lieuxdevie.
On peut noterune grande mobilité des Jans qui se
déplaçaient constamment. On peut dire avecune forte
probabilité que les Jans se trouvaient aunord-ouest ducadre
devie adyghé dans lazone de contact avec les Tatars de
Crimée, tandis que les Khatoukays se sont installés à l'est des
Jans sur la rive gauche duKouban et le long de ses affluents.
Certaines groupes culturels ont disparuouont été
assimilés ouencore sont partis ailleurs, mais ils ont laissé des
traces dans la toponymie duCaucase duNord-Ouest. Ainsi,
le nom de la rivière Pchich, affluent duKouban, a gardé,
apparemment, le souvenir d’une communauté adyghée "Pses"
[54, p.114-115]. Des toponymes comme "Abdzekhekhabl" (la
stanitza Abzakhskaïa), "Abdzakhe Kouchkh" (la montagne
des Abzakhs), non loin de Goriatchï Klutch, "Abdzakheme
yaouachkh" (le tumulus des Abzakhs), ausud-ouest de l'aoul
Vatchepchï [54, p.6] donnent des indications dulieuoù, àun
certain moment, avécu une des nombreuses tribus.
"Natoukhasko kouliadj" (lavallée des Natoukhays) indique
l'endroit où vécut autrefoisune des nombreuses sociétés des
Natoukhays [54, p.88]. Le nom de la stanitza
Besleneïevskaïa, surun affluent de la Laba, le Khodz,
rappelleun lieuoùs’étaient établis les Besleneys dans le
passé. Dans la péninsule de Tamanvivaient autrefois les
Khytyks, mot dérivé de Khytykou, où"khy" signifie la "mer",
et "tykou" le "bosquet". Les Ottomans les appelaient
"Adalés" - les insulaires [54, p.134].
L'exemple de la transmigration d'un des groupes adyghés
importants, les Bjedougs, est typique. Ils se divisaient en
deuxcommunautés: le groupe occidental - les Khamychs, et
le groupe oriental - les Tchertcheneys. Selon toute
probabilité, les Bjedougs ont d'abordvécusur les bords de la
e
rivière Matsesta, d'oùils ont déménagé auXVII sièclevers

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la côte caucasienne de la mer Noire, dans la région de la
rivière Dagomys. De là, en deux vagues, ils se sont rendus
vers les pentes dunord duCaucase etvers les bords du
Psekoups, dans la région de l’actuelle Goriatchï Klutch, les
e e
Khamychs, à la charnière duXV etduXVI siècle,et les
e
Tchertcheneys après 1666. Un peuplus tard, auXVIII siècle,
ils ont été repoussés de là par les Abzakhsvers le bord du
Kouban [25, p.121-122].
Le processus constant dudéplacement de la population
adyghée conduisait à des conflits perpétuels, à plus oumoins
grande échelle, comme on l'avudans l'exemple des Bjedougs
(Abzakhs).
Le conflit entre les Bjedougs d'une part, les Chapsougs et
les Jans d’autre part, était parmi les conflits importants et
constants. On en trouveun écho dans quelquesvariantes des
légendes et dans la toponymie. Voiciune de cesvariantes :
"Souvent,un des princes bjedough accomplissait des razzias
sur les terres chapsoughes, mais il revenait aprèsune défaite.
Dans l'une des dernières batailles, il s'est même retrouvé en
captivité chezles Chapsougs. Et le prince bjedough a juré de
ne pas attaquer les Chapsougs, en franchissant la rivière
Touapsé (la Touapsé était alors la rivière frontalière entre
deuxtribus). Aprèsun tel serment, les Chapsougs ont cruêtre
libérés de lui. Cependant le prince ne s'est pas calmé. Ayant
réuni de nombreuses personnes, il s'est lancé de nouveau
contre les Chapsougs. Mais puisqu’il avait juré de ne pas
franchir la rivière, il a été obligé de contourner les sources
pour entrer dans la terre des Chapsougs. Pendant
l’expédition, àun grand tournant, l'araba dans laquelle il
voyageait s'est soudain renversée. Le prince a eude sérieuses
contusions. Il en a pleuré de dépit. Le prince malchanceux
était obligé de revenir à la maison. L’endroit oùil s'est
renversé et a pleuré, a été nommé par le peuple
øĐĒ(đĔ(đĒČ-I.øĐĒle "prince",(đĔ(đĒĊ"forcer à
pleurer",ČIĔla "place". "La place oùon a forcé le prince à

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pleurer", c’est-à-dire lavallée supérieure de la rivière
Touapsé" [54, p.112].
Les légendes ont conservé des échos de la lutte entre les
Chapsougs et les Gouïtkh [4, p.240].
Ordinairement, ilyavaitun processus d’assimilation de
certaines tribus par les autres dans leszones de contact.
Ainsi, les Abzakhs, qui ont repoussé les Bjedougsvers le
Kouban, ont subiune assimilation partielle [4, p.239], et les
Makhochs "ont fusionné complètement avec les Kabardes du
Kouban, les Témirgoys et les Tcherkesses de la
Karatchaïevo-Tcherkessie " [4, p.244].
L'assimilation avait lieunon seulement entre les clans
adyghés, mais encore entre les Adyghés et d'autres cultures,
et, en général, les Adyghés assimilaient les autres.
L'assimilation des Tcherkesso-Hays (Hay-l’Armènien-V.G.)
par les Adyghés se prolongeait activement : "Les Arméniens
avaient adopté le costume et l'équipement tcherkesses
complets et l'ont conservé depuis lors". Ils "avaient fait leurs
la langue, les coutumes et les danses de leursvoisins" [4,
p.40].
Le processus complexe de la résistance à l'assimilation
grâce à l'endogamie dans le milieudes Tcherkesso-Hays, à
nosyeux, s’est reflété dans la légende "Histoire de la belle
(Ah) Tamara et dujeune homme circassien", rapportée par
Charachidzé dans son article "Une légende arménienne en
oubykh" [14, p.37-39].
Mais malgré l’interdiction de l’exogamie, les mariages
mixtes étaient fréquents entre les Arméniens et les
Tcherkesses ; on en trouveun témoignage dans les noms des
e
Tcherkesso-Hays. Selon les données dumilieuduXIX
siècle, la plupart des Tcherkesso-Hays avaient gardé les noms
arméniens, les autres avaient gardé les noms adyghés ou
avaient pris des noms mixtes adygho-arméniens [14, p.43].
Ce sont les traces évidentes des mariages mixtes.

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Mais l'endogamie diminuait et avec le remplacement
graduel des coutumes arméniennes par celles des Adyghés,
les Arméniens se transformaient de plus en plus en groupe
adyghé qui a gardé seulement la mémoire historique de son
origine et sa religion.
Parmi les Arméniens qui avaient déménagé dans le
e e
Caucase duNord-Ouest auX etaus'installaient deXI siècle
nouvellesvagues d’émigrants, qui faisaient partie du
processus de transformation en Tcherkesso-Hays. Une grande
e
transmigration a eulieuauaprès la conqXV siècle,uête de la
Crimée par les Ottomans en 1475. Le fait que des Arméniens
se soient installés parmi les Adyghés a jouéun rôle de
premier plan car les rites chrétiens étaient forts parmi les
Adyghés.
Les établissements des Tcherkesso-Hays étaient dispersés
dans tout le Caucase duNord-Ouest parmi les diverses
groupes culturels adyles Chapsoghés :ugs, entre les rivières
Afips et Abine, les Natoukhays, dans la région d’Anapa, dans
lesvillages de Khadjikhabl, Enem, Chokon, Psekoups. Un
des grands centres, Ghiaourkhable, se trouvait sur la rivière
Belaïa. À côté, ilyavait des établissements arméniens,
Yegheroukhayet Khatoukay[64, p.20]. Unvillage disparu
des Tcherkesso-Hays est connupar le témoignage d’un
toponyme "gčĉĔĈ Č7Ē ;ēĒČIĔč", qui est traduit comme "la
place oùles Arméniens se procurent l'eau". Cette place se
trouve sur le fleuve Kouban, non loin de l'aoul Edepsoukay
[54, p.134]. Une partie des Arméniens se trouvait en milieu
oubykh [14, p.45], ce qui a conduit auremplacement des
coutumes arméniennes par des coutumes oubykhs.
Il était impossible que l'assimilation des Arméniens par les
Adyghés et les Oubykhs et leur transformation en
Tcherkesso-Hays et Oubykho-Hays ne laissent pasune trace
dans les langues. Mais ce processus était inégal entre les
langues adyghées et arménienne. Avec les conditions de la
vie des Tcherkesso-Hays, plongés dansun environnement

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totalement adyghé, la langue adyghée a évincé entièrement
l’arménien, tout en ayant fait des emprunts particuliers à
l’arménien : "(…)en adyghé,Aps, "la soupière en bois", en
chapsoughAp’se- de l’arménienap’sy"l'assiette"; en
adyghé,ćđăďē, en oubykh,ć;đăĎ"la croix" de l’arménien
;ă;"khatch" [12, p.8].
Dans différentes régions duCaucase duNord-Ouest
vivaient des Grecs, exposés àune forte influence adyghée, de
même que les Tcherkesso-Hays. Ainsi, parmi les Besleneys,
vivaient les descendants des Chogens, i.e. les prêtres grecs,
qui s'étaient parfaitement adaptés à l'environnement
montagnard et jouissaient d’un grand respect chezles
Adyghés [82, p.50]. Leur assimilation dans le milieuadyghé
rappelait le processus de transformation des Arméniens en
Tcherkesso-Hays. Graduellement, les Grecs ont integré les
coutumes des Adyghés, gardant la religion chrétienne
e
jusqu’auC'est poXVIII siècle.urquoi nous avons tout à fait
le droit de les appeler Tcherkesso-Grecs.
On peut supposer qu’un processus identique s’est produit
avec les habitants de langue slave duCaucase duNord-Ouest
qui se trouvaient en contact étroit avec les Adyghés. Ils sont
devenus Caucasiens et Tcherkesses de la même façon que les
Arméniens et les Grecs se sont transformés en
TcherkessoHays et en Tcherkesso-Grecs. Les Slavo-Russes, adoptant
graduellement la manière devivre caucasienne, plus
précisement les coutumes adyghées, se transformaient petit à
petit en Tcherkesso-Russes, connus dans les sources comme
les Tcherkass. Il nous semble, par analogie, connaissant le
processus de transformation de plusieurs ethnies en
Caucasiens, en particulier celui des Tcherkesso-Hays et celui
des Tcherkesso-Grecs, ainsi que celui des Juifs montagnards
(les Tates), qu’un processus analogue d'assimilation s’est
déroulé avec les Slavo-Russes. De leur passé, ils avaient
gardé seulement la religion et la langue. Cette hypothèse est
confortée par la confusion constante dans les sources entre les

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Tcherkesses et les Tcherkass, ainsi que par la mention de la
résidence parmi les Adyghés des chrétiens de langue slave:
Voici comment Herberstein l'exprime :"Si onveut se
dirigervers le sud, près des marais des Méotes (la mer
d'Azov) et duPont (la mer Noire), près dufleuve Kuba (le
Kouban) qui tombe dans les marais (…) ilya des montagnes
oùhabitent les Tcherkesses. Rassurés par l'inaccessibilité des
montagnes, ils ne se soumettent ni auxTurcs, ni auxTatars
(auxCriméens). Cependant les Russes témoignent qu'ils sont
chrétiens, qu’ilsvivent selon leurs lois, qu’ils sont proches
des Grecs par la foi et les rites et qu’ils célèbrent l'office dans
la langue slave enusage chezeux". Vinogradovpense que
"cette source reflétait justeun fait extraordinairement
important et réel de la communauté russo-"tcherkesse",
indécomposable à l'époque de la naissance des Cosaques
libres sur les bords duKouban et de ses affluents " [82, p.70].
Les Abazas installés parmi les Adyghés subirent aussiune
certaine assimilation, moindre que celle des Tcherkesso-Hays
et des Tcherkesso-Grecs. L'assimilation n’a probablement
e
touché qu’une partie des tribus rencontrées auXV etau
e
XVII siècle,sur la route dulent déplacement des Adyghés
vers le sud-est.
Les Abazas se divisaient en deuxgrandes groupes
culturels - Tapanta et Chkaraoua - et pour les clans plus
restreints, connus en général selon les noms des dirigeants:
Loo, Biberdi, Djantemir, etc. [40, p.277,298]. Ils se sont
établis définitivement dans lesvallées supérieures des
rivières : la Laba, l’Ouroup, le Grand et le Petit Zelentchouk
et le bassin de la Kouma supérieure. Ainsi, par exemple, le
nom de la stanitza Barakaïevskaïa rappelle l'établissement
d’une des tribus des Abazas,cĔčĔćđăĆsur la rivière Goubs
(cours supérieur de la Laba). Probablement,une certaine
partie de ces Abazas a subi l'assimilation adyghée.

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Dans lazone de contact des Adyghés et des Abazas,une
certaine partie de la population était bilingue. Les Bjedougs,
par exemple, parlaient en adyghé et en abaza.
La partie des Abazas qui était en contact constamment
avec les Kabardes parlait en kabarde [40, p.490]. Sur le
territoire frontalier entre le Caucase duNord-Ouest et le
Caucase central se déplacaient les Karatchaïs (Balkars), les
e
Kabardes et les Svanes. Dans la deuxième moitié duXVII
e
siècle, ouaudébut dueXVIII siècle,ut lieu un important
événement :des Karatchaïs se sont séparés de leur groupe
culturel et, des hauts de la gorge de Baksan (Caucase central),
ont déménagé dans le Caucase duNord-Ouestvers lavallée
supérieure duKouban. Selonun certain point devue, ils
e
auraientvéculà plus tôt, dans la première moitié duXVII
siècle. Il est possible qu’une partie des Karatchaïs ait déjà
peuplé le Haut-Kouban et qu’une autre partie ait encorevécu
dans la gorge de Baksan [81, p.94-96; 40, p.277;25, p.50,
123-124].
Il seraitvraiment important pour nous, qu'aumoinsvers le
e
début dules Karatchaïs aient déjà été établisXVIII siècle,
sur le territoire duCaucase duNord-Ouest C’étaitune
partition de l’entité culturelle karatchaï (balkar) comme celle
qui a eulieuchezles Adyghés, quand les Kabardes se sont
séparés de leur groupe principal et sont partis pour l’est. Le
même événement s’est produit pour les Karatchaïs (Balkars).
Mais les Karatchaïs ne sont pas partis pour l’est mais pour
l’ouest et sont devenusun composant de l'histoire duCaucase
duN.-O. oùils sont entrés en contact avec les Adyghés
occidentaux. Les Balkars restèrent dans le Caucase central et
leur histoire resta liée auxKabardes et auxOssètes.
Ducôté de la steppe, la population caucasienne était en
e
contact avec la population qui, jusqu'auXVIII siècle,était
restée maître des steppes entre la mer Noire et la mer
Caspienne, les Nogays. Ce sont justement euxqui, avec les
Tatars de Crimée, ont apporté la plus grande contribution à la

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