Cultures et identités nationales en Afrique de l'Ouest

-

Livres
228 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Plus de cinquante ans après les "soleils des indépendances", l'Etat contemporain continue d'être largement perçu comme une addition de communautés distinctes, réticentes à se reconnaître mutuellement d'un même espace et d'un même projet national. La charge de Daà, instituée dans l'ancien royaume d'Abomey depuis le début du XVIIIe siècle permet de voir comment elle participe à la diffusion d'un imaginaire collectif à l'échelle du Danxomè et comment aujourd'hui elle continue d'être un identifiant culturel. Comment réinvestir ce marqueur d'identité pour contribuer à l'émergence de la nouvelle nation à l'échelle de tout le Bénin ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2014
Nombre de visites sur la page 10
EAN13 9782336348728
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Pierre Kipré
CULTURES ET IDENTITÉS NATIONALES EN AFRIQUE DE L’OUEST LeDaàdans la société béninoise d’hier à demain
Cultures et identités nationales en Afrique de l’Ouest
LeDaàdans la société béninoise d’hier à demain
Études africaines Collection dirigée par Denis Pryen Dernières parutions Edouard Epiphane YOGO,Etat fragile et sécurité humaine au sud du Sahara, 2014. Wendpanga Jacob YOUGBARÉ,Méthodes d’aide à la décision appliquées pour le développement au Burkina Faso. La méthodologie Data Envelopment Analysis (DEA), 2014.Pierre KOULODJI, Vatican II et la parenté responsable. Histoire et analyse deGaudium et spes50,2, 2014. Lucien PAMBOU,La mondialisation, une chance pour l’Afrique ? Les Afriques noires francophones de l’ouest et du centre : sujets d’hier, acteurs de demain, 2014. Daniel Isaac ITOUA,Instruments de musique traditionnelle des Mbôsi du Congo, 2014. Pascasie Minani PASSY,Femmes en politique au Burundi. Leur nombre, leur influence ?,2014. Elisabeth SHERIF,Élection et participation politique au Niger : le cas de Maradi. Contribution à l’analyse électorale en Afrique, 2014. Roger KAFFO FOKOU,Les Mbäfeung, peuple des hautes terres de l’ouest du Cameroun. Croyances et pratiques traditionnelles et culturelles, 2014. Rachel MAENDELEO RUTAKAZA,Le rétablissement et la consolidation de la paix en République Démocratique du Congo de 1990 à 2008,2014. Liliane MBAZOGUE,L’éducation à la prévention du sida dans les classes de sciences, 2014. Constantin KUBETERZIÉ DABIRE, Financement d’un projet de partenariats public-prive (PPP),Missions du consultant et guide méthodologique, 2014.Olivier M. MBODO, Afrique subsaharienne, Populations, écologie et histoire, 2014.Eric M. NGANGO YOUMBI, Les prérogatives de puissance publique au Cameroun, 2014.Alhassane CHERIF,La parenté à plaisanterie (le sanakouya). Un atout pour le dialogue et la cohésion sociale en Guinée, 2014. Noël Bertrand BOUNDZANGA et Wilson-André NDOMBET (dir.),Le malentendu Schweitzer, 2014. Justin OMOLELA SELEMANI,politique et Engagement résistance populaire des Maï-Maï du Maniema en R.D.C., 2014.
Pierre Kipré
Cultures et identités nationales en Afrique de l’Ouest
LeDaàdans la société béninoise d’hier à demain
Du même auteur Outre la direction et la collaboration à de nombreux livres collectifs, Pierre Kipré est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages sur l’histoire de l’Afrique. Les plus récents sont : Les migrations en Afrique noire. La construction des identités nationales et la question de l’étranger, Abidjan, éditions du CERAP, 2010 Intégration régionale et développement rural en Afrique de l’Ouest, Paris, éditions SIDES –IMA, 2006 Côte d’Ivoire- La formation d’un peuple, Paris, éditions SIDES-IMA, 2005 © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03568-0 EAN : 9782343035680
Sommaire
Introduction.................................................................................7
La fonction de« Daà »et son contenu ......................................23 A: Comment devient-onDaà?.......................................................23 I. Qu’est-ce qu’unDaà? Essai de dénition du titre.........................24 II. De la désignation à l’intronisation .................................................35 B : Pourquoi est-onDaà?  Les fonctions d’un notable du Danxomè..................................60 I. Les qualités personnelles exigées...................................................60 II. Les fonctions duDaà.....................................................................61
LeDaàdans la formation de l’État-nation ...............................85 A: LeDaàdans le modèle d’évolution de l’État du Danxomè :  des origines à Gbéhanzin...........................................................85 I. Le système lignager primitif et la question des migrations fon .....85 II. L’établissement du pouvoir royal sur le plateau d’Abomey et la nouvelle donne sociale de Hwégbadja à Agaja ......................98 III. Les trois « piliers » de la politique desHwégbadjavijusqu’à Gbéhanzin........................................................................112 IV. L’extension spatiale desDaà........................................................130 B : La n du Danxomè et la crise de son modèle social à partir d’Agoli-Agbo ...............................................................138 I. La n de l’État dahoméen............................................................138 II. La mise en place de nouveaux facteurs de délitement des liens lignagers ........................................................................145 III. Les continuités et la perte de substance d’une fonction, de 1904 à l’immédiate postcolonisation.......................................154
Repenser le modèle de formation /consolidation de l’État nation .........................................................................163 A: Les fausses « ruptures » de l’ère postcoloniale :  les mimétismes .........................................................................163 I. Le modèle colonial du combat culturel et politique des pionniers dahoméens...........................................164 II. La révolution de 1974 ..................................................................177
III. La Conférence nationale des forces vives de la nation (du 19 au 28 février1990) et ses suites pour les autorités « traditionnelles »..........................................................................182 IV. Le retour desDaàet sa signication............................................184 B : LesDaàface aux dés d’aujourd’hui......................................192 I. Le dé d’un nouveau vécu du territoire national.........................193 II. Le dé des mutations sociales et de l’exercice des libertés individuelles .................................................................................199 III. Le dé de la gouvernance et de l’efcacité de l’État...................201
Conclusion générale.................................................................207
Bibliographie générale .............................................................211 I. Les sources écrites consultées ......................................................211 II. Quelques études générales ...........................................................214
Introduction
Depuis l’empire du Ghana attesté par des sources e écrites au début du IX siècle lorsque le géographe arabe al-Fazā rīmentionnedu Ghana, pays de l’or »« l’État , et par les travaux d’archéologues contemporains, l’Afrique de l’Ouest a connu plusieurs formes de constructions étatiques au l de son histoire. Nid’or »« âge cet espace ni de « siècles obscurs »la période avant la conquête coloniale a été le temps de multiples et complexes processus d’identité collective quand se sont construits des États. Aujourd’hui, on peut retrouver des pans entiers de cette histoire qui, à travers des institutions anciennes encore en place, continue de peser fortement sur la vie de relation et les niveaux de conscience collective des populations.
e Le Bénin du début du XXI siècle est une illustration de ce constat valable pour toute la sous-région ouest-africaine. Ici, parmi les plus anciennes constructions politiques, on 1 a le royaume du Danxomè . À son apogée, il couvrait environ le tiers sud-ouest de l’actuel Bénin, depuis la région d’Abomey jusqu’à la mer. Il a été un pôle géopolitique important du golfe de Guinée, avec une armée de plus
1. Nous utilisons le terme Danxomè pour désigner l’ancien royaume d’Abomey ; le terme Dahomey désigne le nom donné en 1894 à la nouvelle colonie française puis au nouvel État indépendant de 1960 ; le nom Bénin est celui choisi en 1975 et conrmé en 1990.
7
en plus forte, un pouvoir centralisé et une multiplicité d’institutions politiques et administratives. Il étonnait, déjà e au XVIII siècle (cf. Pruneau de Pommegorge, 1789), ses visiteurs européens en même temps qu’il se distinguait de ses voisins. Aujourd’hui encore, ce qui retient l’attention de l’observateur étranger à Abomey ce n’est pas simplement le souvenir d’un passé vécu comme glorieux. À travers le fonctionnement permanent de certaines des institutions anciennes, c’est la conscience d’une identité vécue par tous comme singulière. Dans d’autres régions du Bénin, la rencontre avec les communautés locales laisse la même impression avec la pérennité des pratiques sociales et des institutions endogènes, produits de l’histoire spécique de chacun de ces peuples.
On peut penser que, à travers les crises de gouvernance et les dysfonctionnements de l’État contemporain, cette histoire longue a été insufsamment prise en compte pour faire coïncider les institutions postcoloniales avec l’adhésion des peuples au nouvel ordre étatique et voir ainsi émerger (ou construire) un nouveau« nous »toutes les englobant communautés rassemblées dans le nouvel espace politique. Plus de cinquante ans après les« soleils des indépendances », même si ce temps peut paraître trop court pour qu’il en soit autrement, l’État contemporain continue d’être largement perçu comme une addition de communautés distinctes, réticentes à se reconnaitre mutuellement d’un même espace et d’un même projet national.
Des spécialistes des sciences sociales ont parfois trop sommairement voulu expliquer cela par le poids des ethnies vues comme communautés étriquées et gées à travers le temps, défendant une espèce de pureté anthropologique, envers et contre tout. À partir de l’exemple africain, certains chercheurs ont même afrmé que, n’ayant jamais
8
accédé à la notion de nation dans son histoire, l’Afrique contemporaine a peu de chances de voir naître des États-nations, car l’État ne crée jamais la Nation. Pour Michel Cahen,« Dans les conditions de la périphérie, sans véritable capitalisme et bourgeoisie, la seule possibilité pour l’État de développer une force centripète menant à l’intégration est que les groupes ethniques présents au sein des frontières le ressentent comme la garantie de leur promotion sociale, culturelle et de leur liberté »(1999 : 162).
2 L’histoire longue des peuples africains contredit la plupart de ces thèses. Toutefois, il faut s’interroger sur ce qui peut changer l’absence de conscience nationale que tous nous constatons aujourd’hui en Afrique subsaharienne. Après les traumatismes des deux derniers siècles qui ont vu disparaître les constructions étatiques endogènes pour faire place à de nouvelles logiques de l’État, comment engager un processus d’articulation de ces logiques avec celles d’hier pour que les communautés locales ou régionales s’approprient l’État contemporain comme construction collective et donc comme nation ? Comment accéder à un nouveau« Nous »? Des lois communes fondent le pouvoir d’État et les échanges économiques formels. Mais sufsent-elles à établir des liens entre les cultures plurielles des peuples et ce que serait l’identité nationale de l’État dans ses limites contemporaines ? Voir (ou faire) éclore un nouveau contenu de la nation en Afrique de l’Ouest, tel est le problème essentiel pour les générations postcoloniales.
À partir de l’étude d’une vieille institution du Danxömè, leDaà, nous voulons tenter de démêler l’écheveau de
2. La monumentaleHistoire générale de l’Afrique, éditée par l’UNESCO en huit volumes, est une introduction commode à la vision renouvelée du long passé de l’Afrique, berceau de l’humanité et terre d’une histoire mouvementée.
9