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De l'extinction des peuples naturels

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Description

Georg Karl Cornelius Gerland (né à Kassel en 1833, mort à Strasbourg en 1919) était titulaire de la chaire de géographie à l'université de Strasbourg (alors en Allemagne) en 1875. Il a rédigé en 1868 le texte dont la traduction est ici présentée, De l'extinction des peuples naturels (Über das Aussterben der Naturvölker). Gerland y étudie la genèse de ce qu'il appelle l'extinction des peuples naturels, ce qui consiste à considérer une à une les causes pathogènes et surtout le contact avec les Occidentaux qui ont pu faire basculer des civilisations antiques (Amérique du Sud).

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Publié par
Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 21
EAN13 9782296716698
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.






De l’extinction
des peuples naturels






























Georg Gerland
über das Aussterben des Naturvölkern
1868










© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13912-1
EAN : 9782296139121

Georg Gerland

De l’extinction
des peuples naturels







Traduit de l’allemand
par Marc Géraud













Préface

La question de l’extinction des peuples naturels n’a
jusqu’à présent été traitée qu’occasionnellement et sans
l’exhaustivité que l’importance dece sujet peut sans doute
revendiquer. C’est Waitz qui l’a abordée de la façon la plus
précise dans son Anthropologie des peuples naturels, vol. 1,
158-186. Mais comme lui aussi ne la discute que dans un
appendice, sans pouvoir ni vouloir indiquer dansl’ensemble
de son ouvrage rien de plus que les points historiques
principaux ; comme en outre il se contente de faire allusion à
nombre de phénomènes, voire même passe complètement
sous silence des faitsd’une grande importance, il ne paraît
absolument pas superflu de discuter de nouveau les raisons
de cette disparition «mystérieuse »avec toute
l’indépendance et l’exactitude possibles. On a notamment
négligé au-delà du convenable la face psychologique de ce
sujet ;celle-ci devra donc être particulièrement soulignée
dans les pages qui suivent.
Le matériel qui permettra de répondre à la question qui
doit nous occuper se trouve dispersé dans une grande
quantité de descriptions de voyage, d’ouvrages
ethnographiques et anthropologiques. Mais comme il
m’importait – car seule l’empirie la plus stricte peut nous
faire avancer dans cette question– d’étayer mes principes en
indiquant fidèlement les sources, et pour que d’un autre côté
les citations indiquées ne soient pas trop difficilement
accessibles pour pouvoir être consultées, je me suis appuyé,
quandc’était possible, sur des ouvragesplus largement
diffusés, et je n’ai omis la mention de la source que là où ce
que je disais se trouve également dans tous les ouvrages de
voyage. On ne me blâmera pas d’avoir abondamment utilisé
l’ouvrage excellent, déjà mentionné, de mon maître Waitz
décédé bien tropprécocement, l’Anthropologie des peuples
naturels ;on y trouve un choix critique de sources souvent

5

très difficilement accessibles–pourquoi ces ouvrages et
fondamentaux sont-ils écrits, si l’on ne peut pas continuer à
bâtir sur eux ?
Je place ici, pour donner un aperçu et permettre de citer
commodément les sources,les ouvrages que j’ai utilisés
comme matériel, sans citer ceux qui ne sont pas mentionnés
souvent. Quelques-uns, que j’aurais volontiers consultés, me
sont restés inaccessibles.

Angas, Savage life in Australia and N. Zealand. London
1847.
Australia felix. Berlin 1849.
Azara, Reise nach Südamerika in den Jahren 1781-1801
(Magazin der merkw. neuen Reisen. Bd. 31. Berlin 1810).
Bartram, Reisen durch Karolina, Georgien und Florida
1773. (eb. 10. Band). Berlin 1793.
Beechey, Narrative of a voyage to the Pacific (1825-28).
London 1831.
Behm, Geographisches Jahrbuch. 1. Theil 1866. Gotha
1866.
Bennett, Narr. of a whaling round the globe 1833-36.
London 1840.
v. Bibra, Schilderung der Insel Vandiemensland
bearbeitet v. Roeding. Hamburg 1823.
Bougainville, Reise um die Welt 1766-69. Leipzig 1772.
Bratring, Die Reisen der Spanier nach der Suedsee.
Berlin 1842.
Breton Excursions in N.S. Wales, W. Australia and V.
Diemensland. London 1833.
Browne, N. Zealand and its aborigines. London 1845.
Carus, Ueber ungleiche Befaehigung der verschiedenen
Menschheits-Staemme. Leipzig 1849.
v. Chamisso, Bemerkungen und Ansichten auf einer
Entdeckungsreise (1815-18). Weimar 1821.
Cheyne, a description of islands in the Western Pacif.
Ocean etc. London 1852.

6

Cook, 3te Entdeckungsreise in die Suedsee und nach
dem Nordpol. 2. Bd. Berl. 1789 .–b, 1ste id.
Entdeckungsreise bei Schiller.
Darwin, Naturwissenschaftliche Reise, übersetzt von
Dieffenbach, Braunschw. 1844.
Dieffenbach, Travels in N. Zealand. London 1843.
Dillon, Narrative of a voyage in the South Sea. London
1839.
Dumont d’Urville, a) Voyage de l’Astrolabe. Paris 1830.
id. b) Voy. au Pole Sud. Paris 1841.
Ellis, Polynesian Researches. London 1831.
Erskine, Journal of a cruise among the Islands of the
Western Pacific. London 1853.
Finsch, N. Guinea und seine Bewohner. Bremen 1865.
Freycinet, Voyage autour du monde (1817-20). Paris
1827.
P. Mathias G***, Lettres sur les îles Marquises. Paris
1843.
Gill, Gems from the Coral Islands. London 1855.
le Gobien, Histoire des Isles Marianes. Paris 1701.
Grey, Journals of two expedit. in NW and W. Australia
(1837-39). London 1841.
Gulick, Micronesia, Nautical Magazin 1862.
Hale, Ethnographie and Philol. (Unit. States exploring
expedition). Philadelphia 1846.
Hearne, Reise von der Hudsonsbay bis zum Eismeere
(1769-1772). Magaz. v. Reisebeschreibungen. 14. Bd. Berlin
1797.
v. Hochstetter, Neuseeland. Stuttgart 1863.
Howitt, Impressions of Australia felix. London 1845. id.
a, Abenteuer in Australien. Berlin 1856.
A. v. Humboldt, a) Versuch über den politischen
Zustand des Koenigreichs Neuspanien. Tübingen 1809. b)
Reise in die Aequinoktialgegenden des neuen Continentes,
deutsch v. Hauff. Stuttgart 1861. c) Ansichten der Natur. 3.
Aufl. Stuttgart u. Augsburg 1859.

7

Jarves, History of the Haw. or Sandw. Islands. London
1843.
v. Kittlitz, Denkwürdigkeiten auf einer Reise nach d.
russ. Amerika, Mikronesien u. Kamtschatka (1826 etc.).
Gotha 1858.
v. Kotzebue, Entdeckungsreise in die Suedsee und nach
der Behringsstrasse (1815-18). Weimar 1821.
Krusenstern, Reise um die Welt (1803-6). Berlin 1811.
v. Langsdorff, Bemerkungen auf seiner Reise um die
Welt (1803-7). Frankfurt 1812.
La Perouse, Entdeckungsreise 1785. Magazin von
Reisebeschr. Band 16. 17. Berlin 1799 f.
v. Lessep, Reise durch Kamtschatka und Sibirien,
Magaz. v. Reisebeschr. 4. Berlin 1791.
Lichtenstein, Reise in Suedafrika (1803-6). Berlin 1812.
Lutteroth, Geschichte der Insel Tahiti, deutsch v. Bruns.
Berlin 1843,
Mariner, Tonga Islands. London 1818.
Meinicke, a) Das Festland v. Australien. Prenzlau 1837.
b) Die Südseevölker u. das Christenthum. Prenzlau 1844. c)
Australien in Wappäus Handbuch der Geographie und
Statistik. 7. Aufl. 2. Bd. 2. Nachtr. Leipzig 1866.
Melville, Vier Monate auf den Marquesas-Inseln. Leipzig
1847. Id. b, the present state of Australia. London 1851.
Mörenhout, Voyage aux îles du grand Océan. Paris 1837.
Nieuw Guinea, ethnogr. en natuurk. onderzocht in 1858
door een Nederl. Ind. Commiss. Amst. 1862.
Nixon, The cruise of the Beacon. London 1857.
Novara, Reise der österr. Fregatte (1857-59). Wien 1861.
Ohmstedt, Incidents of a whaling voyage. N. York 1841.
Petermann, Mittheilungen u.s.w. a.d. Gesammtgebiet d.
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Pöppig, Artikel Indier bei Ersch u. Gruber. 2. S. B. 17.
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Remy, Hist. de l'Arch. Hawaiien, texte et traduction.
Paris et Leipzig 1862.

8

Salvado, Memorie storiche dell’ Australia,part. della
miss. benedettina. Roma 1851.
Schomburgk, Reisen in Britisch-Guiana 1840-44. Leipzig
1848.
Sparmann, Reise nach d. Vorgebirge der guten Hoffn.
1772-76. Berlin 1784.
Stewart, Journal of a residence in the Sandwich isl.
(1823-25). London 1828.
Taylor, The Ika a Maui or N. Zealand and its
inhabitants. London 1855.
Thomson, The story of N. Zealand. London 1859.
Thunberg, Reisen in Afrika und Asien 1772-79 im Mag.
d. Reis. 7. Bd. Berlin 1792.
v. Tschudi, Reisen durch Suedamerika. Leipzig 1866.
Turnbull, Reise um die Welt 1800-1804, Magaz. v.
Reisebeschr. Bd. 27. Berlin 1806.
Turner, Nineteen years in Polynesia. London 1861.
Tyermann and Bennet, Journal of voy. in the S. Sea
islands. London 1831.
Vankouver, Reisen nach d. nördl. Theile der Südsee
(1790-95). Magaz. v. Reisebeschr. Bd. 18. 19. Berlin 1799 f.
Virgin, Erdumsegelung der Fregatte Eugenie (1831-33),
uebers. v. Etzel. Berlin 1856.
Waitz, Anthropologie der Naturvoelker. Leipzig 1859 f.
id. b, Die Indianer Nordamerikas. Leipzig 1865.
Williams, a Narrat. of Missionary enterprises in the
South Sea Islands. London 1837.
Williams and Calvert, Fiji and the Fijians ed. by Rowe.
Lond. 1858.
Wilson, Missionsreise ins südl. stille Meer 1796-98,
Magaz. von Reisebeschr. Bd. 21. Berlin 1800.
Zeitschrift fuer allgemeine Erdkunde, neue Folge.

9

1. Introduction. Ampleur de l’extinction.

Le fait qu’une série de peuples s’achemine sous nos yeux
vers sa fin en disparaissant plus ou moins vite est un
phénomène extrêmement important. Il est évident qu’il
revêt une grande signification pour la recherche historique ;
etaussi qu’il est décisif pour l’histoire naturelle de l’homme,
l’anthropologie.Ors’il s’avère que, comme on l’a affirmé,
ces peuples s’acheminent vers la ruine en raison d’une
incapacité à vivre qui serait inhérente à leur nature, alors la
réponse à cette question est aussi déterminante pour la
philosophie, puisque la conséquence nécessaire de cette
affirmation conduit à admettre diverses espèces, supérieures
et inférieures, dans le genre homme. Pratiquement, on a
souligné ce fait depuis toujours dans les États où des Blancs
vivent avec des personnes de couleur; de même que l’on a
d’abord énoncé dans ces États la théorie de lamoindre
capacité à vivre des races non blanches.
Et à vrai dire, il est frappant de voir que cette disparition
n’existe que chezles races de couleur, et ce le plus souvent là
où elles sont entrées en contact avec la race blanche ; et que
les Blancs, bien qu’ils aient quitté leur foyer, le climat auquel
ils étaient habitués etc., pour vivre en contact direct avec
ceux qui tombent dans la déchéance, apparemment dans les
mêmes conditions, semblent en être tout à fait préservés.
Or si nous trouvions cette disparition principalement
chez les races incultes, chez les peuples naturels, c’est-à-dire
chez les peuples qui sont encore relativement proches de
l’état de nature du genre humain (Waitz 1, 346), ou chez
lesquels, pour parler avec Steinthal, aucun développement
significatif des facultés logiques n’a encore eu lieu: nous
l’observons également là où des races de couleur se sont
hissées jusqu’à la civilisation et même jusqu’à une civilisation
d’un niveau notable, en Polynésie, au Mexique, au Pérou.

11

On en a conclu soit que cette civilisation n’avait été qu’une
demi-civilisation peu significative, car si elle avait été
véritable et complète, elle aurait donné des forces
supérieures ;soit que certaines races, même si elles se sont
réellement élevées au-dessus du niveau des «sauvages »
habituels, s’acheminaient pourtant vers une mort précoce,
parce qu’elles étaient justement destinées parla nature à
s’éteindre, parce qu’ellesmanquaient justement, en raison de
leur particularité raciale, de capacité à vivre, ce que nulle
civilisation ne peut compenser: chaque culture cachant ce
manque d’une façon d’autant plus impitoyable. Il est vrai
qu’il y a aussi des races de couleur et des peuples naturels
chez lesquels on ne saurait trouver de trace d’extinction; et
d’un autre côté, même des parties de peuples civilisés, des
ethnies indogermaniques, sémitiques, ont disparu et se sont
éteintes. Seulement on ne parle pas à propos de ces
dernières de diminution de la capacité à vivre, d’une part en
raison de la parenté de ces ethnies avec les peuples du
monde que l’on a reconnu;s comme les plus aptes à vivre
d’autre part aussi en raison de la modalitéde leur disparition.
Car la raison pour laquelle elles ont cessé d’exister est
évidente ; tantôt elles ont été anéanties par la guerre, comme
tant de peuples qui ont combattu la Rome antique, tantôt
elles ont fusionné avec d’autres peuples civilisés qui les
entouraient, comme les Goths, les Vandales ; tantôt les deux
explications ont coexisté: le degré supérieur de civilisation
qui les avait vaincus incorpora les restes vaincus, comme les
anciens Prussiens, les Wendes et tellement de populations
slaves quidisparurent du fait de l’Allemagne et en elle, les
Ibères, les Celtes du fait de l’ensembleromain et en lui. Ce
fut indubitablement le sort des peuples qui occupaient
l’Europe avant la migration desIndogermaniques. Mais la
disparition des peuples naturels est différente : là où ils ont
rencontré une civilisation supérieure, même quand celle-ci
est pacifique à leur égard, nous les voyons affectés par des
maladies, leurs facultés physiques et psychiques tarissent, et

12

leur nombre diminue souvent avec une rapidité
extraordinaire. Il est vrai que certains peuples naturels ont
été exterminés ou fortement diminués pour des raisons tout
à fait extérieures et faciles à concevoir: c’est notamment le
cas de beaucoup d’ethnies malaises, qui ont été refoulées
dans les montagnes par l’avancée de peuples apparentés, et
qui se sont trouvées tout aussi fortement diminuées que les
Basques en Europe par le même destin, alors qu’ils se
maintenaient à un nombre à peu près stable dans leurs
montagnes. C’est aussi le cas deshabitants des îles
Warekauri (Chatam) en Nouvelle-Zélande, les Moreore, qui
se chiffraient en 1832-35 encore à 1500, mais qui ont été
presque exterminés par les Néo-Zélandais, lesquels avaient
entrepris pendant ces années une expédition dans les îles
Warekauri, si bien que leur nombre ne s’élève plus
maintenant qu’à 200: et même ces derniers diminuent
rapidement en raison de l’assimilation aux Maoris immigrés
(Travers in Petermann 1866, 62). Nous devons ici aussi
mentionner la population originaire noire de la péninsule
indienne, les peuples du Deccan et du Vindhya, parce qu’eux
aussi, selon Lassen (Antiquités indiennes 1, 390), voient leur
nombre diminuer. Ils étaient auparavant plus répandus, et
certains de leurs restes semblent (Lassen op. cit. 387 sq.)
s’être conservés dans l’Himalaya, le Belutschistan, le Tibet et
ailleurs. Ils furent refoulés par l’avancée des Indiens ariens –
et certainement pas de façon pacifique (Lassen 366)– dans
les montagnes où ils continuèrent à vivre désormais pour
certains dans un état de barbarie, mais une autre partie, et
notamment les peuples de la région la plus au sud du
Deccan, s’est convertie à la civilisation indienne (Lassen 364,
371). Diverses tribus américaines ont eu le même destin,
elles furent en partie exterminées, en partie incorporées par
les autres peuples indiens plus puissants; on mentionne
aussi à propos de certains peuples hottentots un métissage
de ce genre avec des populations cafres (Waitz 2, 318).

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Mais beaucoup de peuples semblent aussi avoir diminué
ou même disparu, sans que cela soit la réalité. Cette
apparence est provoquée, comme le montre Waitz (1,
159160), en partie, par une modification du nom : on pensait à
tort que puisque le nom n’existait plus, le peuple lui aussi
s’était éteint; ou par des erreurs des voyageurs, qui
donnaient tropd’extension ànombre de noms. Mais
d’autres erreurs reposent sur un complet malentendu, ou sur
une fausse estimation du nombre de la population, que l’on
trouve souvent très exagéré, notamment chez les voyageurs
anciens, par exemple pour la Polynésie chez Cook, etc.
Mais avant de chercher les raisons de cette disparition
des peuples naturels, moins facile à expliquer, nous devons
considérer son ampleur ; pour cela, nous devrons prendre en
compte toutes les partiesdu monde en dehors de l’Europe.
En Asie, les Kamtchadales sont en train de s’éteindre ou
sont déjà éteints, et leur diminution a été tellement rapide
que Langsdorff (1803-4, accompagnateur de Krusenstern)
trouva videsde tout être humain des lieux que l’expédition
de Cook et La Pérouse avaient vus encore bien peuplés. Si
La Pérouse a trouvé dans la péninsule en tout 4000 habitants
encore (2, 166), les immigrants russes sont comptés dans ce
nombre, selon lequel malgré tout il n’y a guère qu’un
homme pour plusieurs miles carrés. Car les
accompagnateurs de Cook (1780) ne trouvèrent, d’après les
communications d’un officier installé là-bas dans le
Kamtchatka, plus que 3000 habitants, les Kouriles étant
inclus ;ils racontent eux-mêmes que les indigènes se sont
unis toujours plus aux Russes immigrés, ce qui fait que leur
nombre diminue sans cesse (Cook 3. R. 4, 175). Le
compagnon de voyage de La Pérouse, Lessep (41) affirme
qu’il ne reste plus qu’un quart des Kamtchadales originaires;
et cela se passait moins d’un siècle après la première
entreprise des Russes (1696) contre le Kamtchatka. Le
même destin est partagé par les Iakoutes et les Yukagirs en
Sibérie (Waitz 1, 164), ainsi que par les Aléoutes sur les îles

14

Fox et les peuplades qui leurs sont apparentées sur les côtes
les plus proches de l’Amérique, que nous mentionnons tout
de suite ici parce qu’eux aussi subissent la même oppression
de la Russie que les Kamtchadales. Langsdorff n’a trouvé
qu’environ 300 hommes sur les îles Fox, alors qu’il en
indique, pour 1796, 1300 et pour 1783-87 3000 et plus.
L’augmentation des chiffres que nous trouvons au début de
ce siècle n’est en aucune façon rassurante. Car si Chamisso
(177, deuxième note) indique, selon des communications
administratives, que les Aléoutes des îles Fox sont en 1806
1334 hommes et 570 femmes, en 1817 en revanche 462
hommes et 584 femmes, premièrement il ajoute lui-même à
ces chiffres à vrai dire frappants un point d’interrogation; et
deuxièmement, mêmes s’ils sont exacts,siLangsdorff s’est
trompé et sile nombre de la population ne s’est pas élevé en
raison de l’immigration des Russes: la diminution de la
population de 1806 à 1817 est certainement aussi péjorative
que celle que nous trouvons décrite chez Langsdorff. Le
rapport officiel de 1860 que l’on trouve chez Petermann
1863 (70) donne 4645 habitants pour les îles Fox : seulement
les Russes, qui sont maintenant installés dans les îles, sont
comptés eux aussi, même si les métisses, 1896 âmes, sont
encore indiqués séparément, si bien que l’augmentation que
l’on trouve égale au Kamtchatka n’est qu’apparente.
On connaît l’extinction des premiers habitants de
l’Amérique, dont on estime le nombre en Amériquedu
Nord au moment de sa découverte à environ 16 millions, et
qui sont maintenant à peine 2 millions (Waitz b, 16). En
1864, le nombre des Indiens des États-Unis était d’environ
275 000 ; en 1860 on en comptait encore 294 431 ; mais en
1841, sur un domaine plus petit, il y avait 342 058 âmes, si
bien qu’ici il apparaît en 23 ans une perte de presque 70 000
hommes (ebenda 18). Behm (105 sq.) indique des chiffres
encore plus faibles, à savoir 268000 Indiens indépendants
pour les États-Unis, 155000 pour l’Amérique du Nord
britannique. Et alors que d’Orbigny (1838) comptait

15

1 685 127Indiens pour la plus grande partie de l’Amérique
du Sud où il avait voyagé (Waitz b, 16), Behm cite ici aussi
des chiffres plus faibles : selon lui (op. cit.), le Brésil compte
500 000Indiens indépendants, les trois Guyanes 9770, le
Venezuela 52400, la Nouvelle-Guyane 126000, l’Équateur
200 000,le Pérou 400000, la Bolivie 245000, le Chili
10000, les États de la République d’Argentine 40000, la
Patagonie et la Terre de Feu 30 000, donc en tout 1 613 170
et ce pour l’ensemble de l’Amérique du Sud. Mais la
population du Chili au moment de sa découverte (Pöppig
385 note) en comptait à elle seule autant selon l’une des
hypothèses les plus modérées. L’Amérique Centrale
comptaitvers 1800 deux millions et demi d’habitants
originels non métissés, et ce chiffre augmentait (Humboldt a
1, 107); mais au moment de la découverte, la population
s’élevait à Tenochtitlan, l’ancienne capitale du Mexique, et à
Tezcuco qui en est proche, uniquement selon des
indications moyennes, àpresque un million d’habitants, et le
pays était densément peuplé avec des villes vastes comptant
denombreux habitants. Behm n’admet aujourd’hui comme
population originelle indépendante que 6000 habitants (op.
cit.), un chiffre qui est extraordinairement faible comparé
aux indications de Humboldt : seulement Behm ne donne ici
qu’une estimation des Indiens, «qui se soustraient
complètement aux autorités», alors que Humboldt inclut
aussi les indigènes qui participent à la vie européenne aussi
bien que les Mexicains espagnols. Behm (114) les évalue à
4 800 000. Naturellement, cette extinction continue encore à
se développer, ce dont von Tschudi (2, 216) donne un
exemple : les Malalies, une tribu araucanienne, forte en 1787
encore de plus de 500 individus, se sont réduits à cette
époque en raison des guerres à 26âmes. Bien qu’ils soient
installés depuis 70 ans et aient vécu sans être menacés, leur
nombre n’a pas dépassé unpeu plus de trente.
En Afrique, ce sont d’abord les Hottentots qui trouvent
leur place dans le cours de notre considération. Alors qu’ils

16

s’étendaient autrefois loin à l’intérieur de l’Afrique du Sud, et
se composaientd’une quantité de tribus singulières, nous les
trouvons aujourd’hui dans une région bien plus petite et
réduits à 3 tribus, les Korana, les Namaqua et les Griqua
(Waitz 2, 317 sq.), dont le nombre ne cesse de diminuer.
Même les Cafres doivent être mentionnés ici, car en Cafrerie
britannique, la population a diminué en 1857 de plus de la
moitié: elle comptait au début de l’année 104721 âmes et à
la fin plus que 52186 (Petermann 1859 p. 79 selon le
Population Return de John Maclean Chief Commissioner) :
selon Behm (100) toutefois, elle comptait en 1861 74648
indigènes.
Il ne nous reste plus qu’à considérer encore l’Australie et
l’Océanie, où en bien des endroits la population disparaît
rapidement, ainsi notamment en Nouvelle-Hollande.
Cependant, il est difficile, et même tout à fait impossible,
d’établir des chiffrespour ce pays précisément, parce que les
tribus sont sans cesse en mouvement, et que donc toutes les
indications chiffrées sont très peu fiables (Grey 2, 246).
Ceux que Meinicke (a 177) établit ne font que prouver à
l’envi ce fait, et même ceux de Behm (72) ne sont pas plus
sûrs. Il ne dispose de résultats précis de recensement que
pour l’Australie du Sud, le Queenslandet Victoria, et ainsi
son chiffre global de 55000 n’est-il que très approximatif.
Mais toutes les sources rapportent unanimement que la
population, celle des côtes tout au moins, diminue
considérablement ;que des tribus qui auparavant se
comptaient en centaines, se sont aujourd’hui réduites à un
nombre égal de dizaines. La population de Tasmanie
comptait en 1843 encore 54 individus, plus que 16 en 1854
(Nixon 18), et est sans doute maintenant totalement éteinte.
Même si ce n’est pas aussi rapidement, lesMélanésiens
eux aussi diminuent en différentes régions de leur territoire :
ème
c’est le cas, selon Reina (Zeitschrift 4, 360), des peuples
des petites îles à proximité de la Nouvelle-Guinée;c’est
aussi le cas,selon D’Urville (5, 213), des habitants de

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Vanikoro, et selon Turner (494) des indigènes des Nouvelles
Hébrides, comme par exemple la population d’Anneitum en
1860, que Turner estime à 3513 âmes, mais qui a perdu 1100
personnes en raison d’une épidémie de variole (Muray in
Behm 77), et celle d’Erromango en 1842, diminuée d’un
tiers en raison d’une dangereuse dysenterie (Turner op. cit.);
et l’on trouve ainsi différentes indications disséminées dans
la littérature.
En Micronésie, la population des Mariannes, qui lors de
l’arrivée des Espagnol compta000 habitants,it au moins 78
mais pour laquelle aussi le nombre de 100000 n’est pas trop
élevé (Gulick 170), est complètement éteinte. En 1720 déjà,
les îles (et uniquement les deux les plus au sud) n’avaient pas
plus de 2000 habitants, et parmi ceux-ci beaucoup étaient
des Tagales implantés depuis les Philippines. Ponapi
(Puynipet, extrémité est des Carolines) avait selon Halle (82)
15 000habitants, supposition qui est peut-être un peu
1
élevée, mais pas trop; elle compte aujourd’hui (Gulick 358)
encore 5000 habitants, Kusaie (Ualan) comptait en 1852
1200-1300, et plus que 700 hommes en 1862 (Gulick 245).
En Polynésie, la population de Tahiti s’élevait du temps
de Cook (1770) à environ 15-16 000 âmes (G. Forster selon
une description espagnole de Tahiti AD 1778, ges. Werke 4,
211 ; Brating 104, qui suit la même source ou au moins une
source proche). Wilson trouvait encore le même chiffre en
1797; Turnbull (259) n’indique que 5000 habitants en 1803,
Waldegrave in Meinicke (b, 113) 6 000 pour 1830 et Ellis (1,
102) environ 10000, chiffre que Virgin lui aussi indique
pour 1852 (2, 41). Ces chiffres peuvent bien être vagues et
variables, et les indications de Turnbull peuvent être
négativement exagérées: il n’en est pas moins clair que
depuis la découverte par les Européens, la dépopulation de
cette île, qui avait toutefois déjà commencé auparavant selon

1
Halle dit expressément qu’elle ne lui semble pas trop élevée; il tenait
cette supposition de Punchard, un Anglais qui avait vécu plusieurs
années sur l’île.

18

les déclarations des indigènes (Virgin 2, 41), a progressé
rapidement ;les indications font état de moins de la moitié
d’habitants. Sur les autres îles deSociété, le rapport était la
similaire (Meinicke op. cit.). Maintenant aussi, l’extinction
semble continuer, même si elle est plus lente: le rapport
français officiel pour 1862 indique 9086 habitants pour
Tahiti (Behm 81).
Sur Raivavae, une des îles Australes, la population
comptait en 1822 au moins 1200 âmes, plus que 120 environ
en 1830, et à peine 100 en 1834 (Mörenhout 1, 143).
L’estimation de Meinicke est plus favorable, il admet pour
l’ensemble du groupe fin 1830 environ 5000 âmes, et plus
que 200 pour 1840 (op. cit. 114). Rapa estimait les habitants
de Vancouver en 1795 à 1500, Mörenhout (1, 139) plus qu’à
300 en 1834 et ceux-ci étaient constamment en train de
diminuer. Même le groupe de Hervey, dans lequel Ellis (1,
102) compte 10-11 000 habitants, est maintenant bien moins
habité, notamment Rarotonga, qui a souffert au plus haut
degré d’une effroyable épidémie (Williams 281).
Les choses sont tout aussi graves à Hawaii, où selon
Ohmstedt (262) la population est tombée dans les années
1832-36 de 130000 à 102000 âmes, diminuant donc de
28 000âmes en 4 ans! Ohmstedt peut bien avoir raison
quand il dit que les chiffres de la population sont trop faibles
pour 1836 parce qu’une quantité de naissances ne sont pas
signalées: la disparition n’en est pasmoins tout à fait
extraordinaire, d’autant que l’île, du temps de Cook, qui
indique 400 000 habitants, avait au moins 300 000 habitants
selon le calcul de Jarve (373). Les chiffres de Meinicke (b,
115-16 selon la Gazette des îles Sandwich) ne sont certes pas
tout à fait identiques, mais même si nous les suivons, la
proportion de la diminution reste inchangée. D’après Virgin
(1, 267), le groupe de Hawaii comptait en 1823 environ
142 000 âmes, encore 130 313 en 1832, 108 579 en 1836, et
ne s’élevait en 1850 plus qu’à 84Donc en 78 ans, la165 !
population a diminué d’un tiers et le nombre des naissances

19

avait par rapport à celui des décès un ratio de 1: 3!
Aujourd’hui encore, la diminution progresse: le nombre des
indigènes ne comptait plus selon le recensement de 1860
que 67 084 âmes (Behm 85).
Dans l’archipel des Marquises aussi, dont la population
compte selon Meinicke (b, 115) 22000 hommes, on a
remarqué une diminution: ainsi, Nuku Hiva a perdu
(Rodriguet in Revue des 2 mondes 1859, 2, 638) de 1806 à
1812 deux tiers de sa population en raison de la famine. En
Nouvelle-Zélande, la diminution de la population s’élève
dans les 14 dernières années à environ 19-20 pourcents ; elle
comptait en 1770 environ 100000 habitants, et plus que
56 000 en 1859 (Hochstetter 474, d’après Fenton). Selon des
rapports officiels dans l’Athenäum (Zeitschrift 9, 325), qui
ne s’accordent pas avec les indications de Hochstetter, le
nombre des indigènes était en 1858 de 87766, répartis, ce
qui est assez frappant, en 31 667 hommes et 56 099 femmes.
En revanche, les rapports officiels de 1861 (Meinicke c 557)
concordent avec Hochstetter : car ils donnent un chiffre de
55 336indigènes. Ce dernier chiffre est sans doute le plus
exact. Selon Fenton (Voyage de la Novara 3, 178), les décès
et les naissances avaient en 1830 un ratio par rapport à la
population globale d’environ 1: 33,04 et 1 : 67,12.
Aux Samoa, selon Erskine (104), la population, 37000
âmes, diminue également, et cette diminution doit, selon les
rapports des missionnaires, avoir progressé en 10 ans sur
l’une des îles de 4000 jusqu’à 3700 ou 3600 personnes (eb.
60).
Les Pageh d’Engano eux aussi, une tribu malaisienne
similaire aux Polynésiens, sur une petite île au sud de
Sumatra, s’éteignent selon le jugement de Walland, qui a
trouvé sur l’île un nombre extrêmement faible d’enfants –
seuls 5 en tout (Zeitschrift 16, 420).

20

§ 2. Réceptivité des peuples naturels aux miasmes.
Maladies qui apparaissent spontanément lors de la
rencontre


Maintenant que nous nous apprêtons à rechercher les
raisons de cette disparition, écoutons d’abord comment on
s’est exprimé quant à l’incapacité à vivre de ces tribus.
Pöppig (386) dit de l’Amérique: «C’est un fait indubitable
que l’homme à la peau cuivrée ne supporte pas à proximité
de lui l’extension de la civilisation européenne, mais, sans
être pris par la boisson, les maladies épidémiques ou les
guerres, s’éteint pourtant dans son atmosphère, comme
touché par un souffle empoisonné. Les nombreuses
tentatives des gouvernements n’ont jamais pu acclimater
parmi cette race la moralité et la citoyenneté, car il lui
manque la perfectibilité nécessaire. Ce défaut anéantit les
projets d’éducation réfléchis et philanthropiques, et justifie la
comparaison de cette humanité avec cette végétation
porteuse d’une physiognomie particulière, mais inférieure,
qui prend d’abord possession de la terre reprise à la mer,
mais qui, à mesure que des plantes plus développées et
vigoureuses se développent, diminue et finalement disparaît
pour toujours. Quand bien même le sentiment humain se
dresse contre une telle supposition, nous croyons pourtant
voir, dans les Américains, une branche de notre genrequi
serait vouée par la nature elle-même à la ruine. Dans la place
devenue vide survient une grande famille,spirituellement plus
douée, plus mobile, provenant de l’est. Alors que celle-ci
s’étend, obéissant à sa destination à la propagation la plus
universelle, et soumet les lieux sauvages les plus reculés, la
population première se couche pour s’endormir du sommeil
de la mort, et disparaît elle-même de la mémoire du nouveau
peuple. Dans moins d’un siècle, la recherche sur les premiers
habitants d’une partie entière du monde sera peut-être

21

affectée au domaine de l’archéologie, et alors seulement le
tragique et le mystère de leur destin sera compris (?) et
éprouvé profondément. »
C’est ce qu’écrivait en 1840 un savant allemand, qui avait
fait de longs voyages en Amérique. Les élucubrations de
Carus sur les peuples du jour, de la nuit et du crépuscule (17
sq.) ont aussi leur place ici; ses peuples occidentaux du
crépuscule, « eux, qui sont réellement tournés vers la ruine et
voient approcher de plus en plus leur extinction», sont les
Américains ;ses peuples de la nuit, qui «s’étendent sur
l’Afrique et s’étirent en bas vers le Sud sur l’Australie (!), la
terre de van Diémen et une partie de la Nouvelle-Zélande
(en tant que Papous !!) », sont encore plus retardés dans leur
développement et leurs facultés spirituelles. Meinicke semble
avoir le même point de vue sur les Néo-Hollandais que
Pöppig sur les Américains, sauf qu’il s’exprime de façon plus
voilée ; pourtant il les qualifie de tribu «vouéela ruine » (c à
522) et parle ici (a 2, 215) de leur « totale inéducabilité ». On
a parlé beaucoup plus directement de l’inéducabilité, de la
ruine nécessaire, de la diminution de la capacité de vivre des
races plus retardées et organisées défectueusement en
Amérique (Waitz 3, 45) et dans les colonies en Afrique,
Nouvelle-Hollande et en Polynésie; puisque l’on n’avait pas
de remords quand on aidait le déclin, auquel ces races étaient
maintenant vouées, à s’accélérer par tous les moyens
possibles, afin que sur leurs ruines puisse se développer la
vie meilleure de races supérieures.
Mais même des chercheurs sans préjugés voient dans
cette disparition quelque chose d’énigmatique, ainsi Waitz (1,
173), au moins en ce qui concerne l’Australie et la Polynésie,
car ici, la cause principale de la dépopulation qui était
tellement à l’œuvre en Amérique, la pression des Blancs,
manque totalement en Polynésie, etn’aau moins pas agi en
profondeur en Australie. «On comprend, continue-t-il
cependant, que l’extinction d’un peuple qui aété autrefois
vigoureux et sainn’est pas expliquée quand on lui conteste la

22

force vitale, ou quand on lui attribue un défaut originel
d’organisation, et il y a en soi déjà quelque chose de très
insatisfaisant à admettre pour un phénomène aussi rare et
anormal un lien mystérieux auquel il devrait sa genèse; il
faudra ici comme partout chercher le fondement logique de
la chose, même si l’on doit finir par se trouver contraint
d’avouer que l’on n’a pas jusque-là réussi à l’expliquer
complètement. »
Nous allons voir si nous sommes contraints de faire cet
aveu.
Même Darwin (2, 213) voit agir dans cette extinction,
pour laquelle il cite nombre de raisons naturelles, «une
efficacité plus énigmatique encore». «Les races humaines,
dit-il, semblent agir l’une sur l’autre de la même manière que
diverses espèces animales, dont la plus forte élimine la plus
faible. »Ilattire l’attention sur le fait que lors de chaque
contact des peuples naturels et des Blancs, souvent même
des tribus d’un seul et même peuple habitant dans diverses
régions, des maladies de type épidémique se déclarent,
souventalors que l’équipage du navire et la population qu’il
visite sont en parfaite santé, maladies «dont la plus basse
des deux races ou celle des indigènes, qui sont visités dans
leur pays par des étrangers, a donc préférentiellement à
souffrir» (Waitz 1, 162). Et l’on peut sur ce sujet à vrai dire
accumuler les exemples. Ainsi Humboldt dit-il (a 4, 392)
qu’au Panama et à Calao, le début de grandes épidémies de
fièvre jaune «est le plus souvent déclenché par l’arrivée de
quelques bateaux du Chili», bien que le Chili soit l’un des
pays les plus sains du monde et ne connaisse pas du tout la
fièvre jaune; mais les conséquences toxiques de l’air
extraordinairement échauffé et gâté par un mélange
d’exhalaisons putrides, auquel les organes des indigènes
seraient habitués, agiraient puissamment sur des individus
d’une région plus froide. Il en va de même pour la survenue
de la fièvre jaune en Amérique Centrale et en Amérique du
Nord, que les habitants de l’une de ces contrées reprochent

23

aussi fréquemment à des visiteurs venus d’une autre contrée
de l’avoir introduite (Humboldt op. cit. 384). La «cruelle
épidémie »de 1794, pendant laquelle Veracruz fut frappé
d’une façon inhabituellement violente par la fièvre jaune, a
commencé avec l’arrivée de trois bateaux de guerre (eb.
423). De même, les habitants de l’Égypte attribuent
l’irruption de la peste à l’arrivée de bateaux grecs, et
inversement les habitants de la Grèce et de Constantinople
l’attribuent à desÉgyptiens, sachant qu’il ne faut pas
toujours envisager une introduction de la maladie. Sur l’île
de Rapa (îles Australes), des maladies mortelles qui
emportèrent la moitié des indigènes sont survenues après la
visite de bateaux anglais (Mörenhout 1, 139) ; à Tubuai (îles
Australes), la population fut réduite au nombre de 150 par
des maladies qui survinrent avec la mission en 1822 (eb. 2,
343). Raivavai, qui avait encore en 1822 1200 habitants, n’en
avait plus en 1830 que 120, en raison du même destin (eb. 1,
143). Williams (283-84) exprime sa propre expérience et
mentionne que la plupart des épidémies qu’il a constatées
dans le Pacifique Sud ont été déclenchées par des bateaux
dont l’équipage était complètement sain et n’avait pris
contact que d’une manière autorisée, habituelle, avec les
indigènes. Il dit que la première rencontre entre Européens
et indigènes est presque toujours marquée par la fièvre, la
dysenterie etc.; ainsi, à Rapa, la moitié des habitants s’est
éteinte; c’est de cette manière que s’est déclenchée la terrible
épidémie de Rarotonga (îles d’Hervey) qu’il décrit (282).
Virgin dit exactement la même chose (1, 268) : « Même des
visites courtes des bâtiments ont causé sur les groupes d’îles
du Pacifique Sud des maladies de nature plus ou moins
pernicieuse, qui ne se sont même révélées que longtemps
après. Cela s’est même passé en dépit du fait que l’équipage
des navires était parfaitement sain, et les maladies n’étaient
pas toujours celles qui pouvaient être communiquées par
une contamination véritable, ou qui appartenaient en
Europe à celles dont la nature est, en règle générale, plus ou

24

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