Franco
53 pages
Français

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Franco

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Description

Découvrez enfin tout ce qu’il faut savoir sur Franco en moins d’une heure … ou presque !

Fruit d’une Espagne meurtrie par les luttes intestines, Franco a marqué les esprits par la violence du régime qu’il a imposé à son peuple. C’est dans un pays ravagé par trois années de guerre civile que le Caudillo accède au pouvoir, soutenu par l’armée et l’Église. Bien décidé à poursuivre tous ceux qui se sont dressés sur sa route, Franco lance une répression d’une rare violence. Le monde reste sans voix, et l’Espagne est rapidement exclue des organisations internationales. Il lui faudra attendre près de 20 ans pour être à nouveau admis. C’est qu’entre-temps la situation semble avoir évolué et l’on voit apparaître en Espagne une toute nouvelle génération aspirant au changement. Le Caudillo est à l’agonie, mais tient bon. Lorsqu’il s’éteint, il laisse derrière lui une Espagne qui peine à se relever, hantée par le spectre de celui qui fut le Caudillo. 

Ce livre vous permettra d’en savoir plus sur :
   • La vie de Franco
   • Le contexte de l’époque
   • Les temps forts de la vie de Franco
   • Les répercussions de sa dictature

Le mot de l’éditeur :
« Dans ce numéro de la collection 50MINUTES Grandes Personnalités, Jonathan D’Haese revient sur 35 ans de dictature. Ce faisant, il nous dévoile tout un pan de l’histoire espagnole qu’il est important de connaître afin de mieux comprendre la situation actuelle du pays. C’est que, 40 ans après sa mort, l’ombre de Franco plane toujours sur l’Espagne qui peine à achever son processus démocratique. » Stéphanie Dagrain

À PROPOS DE LA SÉRIE 50MINUTES | Grandes Personnalités
La série Grandes Personnalités de la collection « 50MINUTES » présente plus de cinquante hommes et femmes qui ont marqué l’histoire d’une manière ou d’une autre. Chaque livre a été pensé pour les lecteurs curieux qui veulent faire le tour d’un sujet précis, tout en allant à l’essentiel, et ce en moins d’une heure. Nos auteurs combinent les faits historiques, les analyses et les nouvelles perspectives pour rendre accessibles des siècles d’histoire.

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Informations

Publié par
Date de parution 02 décembre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782806266712
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Francisco Franco
Introduction
Comptant parmi les derniers dictateurs de l’Europe occidentale, Franco marque les esprits par la durée et la violence du régime qu’il impose à l’Espagne, de la fin de la guerre civile jusqu’à sa mort survenue en 1975.
Fruit d’une Espagne meurtrie par de nombreuses luttes intestines, Franco est avant tout un militaire. À 20 ans, en quête d’aventure, il rejoint la Légion étrangère et s’engage dans la guerre opposant les armées franco-espagnoles aux tribus rifaines (1921-1926), mais c’est lors du débarquement dans la baie d’Al-Hoceima (1925) qu’il se fait remarquer.
En juillet 1936, à l’heure du coup d’État visant à renverser le Front populaire alors au pouvoir, son désintérêt apparent pour la politique lui permet de s’imposer comme un leader susceptible de coordonner l’action des insurgés contre les républicains. Grâce à son implication dans le débarquement de plus de 20 000 légionnaires de l’armée d’Afrique, qui assure aux nationalistes le contrôle de l’Ouest de l’Espagne à la fin du mois de septembre, Franco est reconnu généralissime et chef de l’État nationaliste durant la guerre civile. Tenant toutes les cartes en main, le futur Caudillo se joue habilement des rivalités entre les membres de la phalange fasciste, se pose en arbitre, les oblige à s’unir au sein d’un mouvement national par décret, puis les pousse dans une guerre qu’il présente, avec l’appui de l’Église, comme une « croisade contre les ennemis de l’Espagne ». Trois ans plus tard, il saisit l’opportunité de la victoire pour établir sa dictature.
Si, pour les autres nations, Franco incarne le régime réactionnaire qu’il a mis en place, celui-ci parvient à se maintenir au pouvoir de longues années durant. Mais, à la fin des années cinquante, l’arrivée d’une nouvelle génération d’Espagnols ignorante des horreurs de la guerre civile et aspirant au changement l’oblige à revoir les sources de légitimité de son pouvoir. Le vainqueur de 1939 se présente alors comme le grand-père d’une Espagne en route vers un « miracle économique » et désigne le prince Juan Carlos de Bourbon (né en 1938) comme successeur en vue de réintégrer son pays dans le concert européen. Commence alors une période de déclin pour Franco qui voit peu à peu le contrôle absolu qu’il exerçait s’affaiblir et la contestation monter progressivement. Lorsqu’il s’éteint en 1975, il laisse derrière lui une Espagne profondément meurtrie par plus de 35 ans de dictature dont elle ne se relèvera que péniblement.
Données clés Naissance ? Le 4 décembre 1892 à El Ferrol del Caudillo en Galice (Nord-Ouest de l’Espagne). Mort ? Le 20 novembre 1975 à Madrid. Fonction ? Général puis chef de l’État espagnol (1 er avril 1939-20 novembre 1975). Apports majeurs ? La marginalisation du Front populaire et de ses alliés après la guerre civile. La mise en place d’un État conservateur avec l’appui de l’Église et de l’armée. La proclamation de Juan Carlos de Bourbon comme héritier.


Biographie
Enfance et jeunesse (1892-1926)
Un jeune homme destiné à l’armée
Francisco Bahamonde Franco naît le 4 novembre 1892 à El Ferrol, une ville de garnison galicienne marquée par le déclin de l’armée espagnole. Ses parents, Nicolas et Pilar, font partie de la classe moyenne d’une caste militaire. Méprisé par son père, Franco souhaite pourtant suivre ses pas en faisant carrière dans la marine. Mais le désastre subi en 1898 par la flotte espagnole face aux États-Unis entraîne la fermeture définitive de l’Académie de marine en 1907. Francisco reste alors auprès de sa mère, aimante, mais distante, et de son père, un ivrogne qui finira par les abandonner pour mener grand train à Madrid.
Après des études secondaires médiocres, le jeune homme à moins de 15 ans quand il entre à l’Académie militaire de Tolède pour intégrer l’armée de terre. Les professeurs y forment des recrues destinées à une armée routinière, comptant au bas mot 160 000 fantassins, 12 000 officiers et 213 généraux. Leurs valeurs se résument à la discipline aveugle, la fidélité au roi et à la patrie ainsi qu’au rejet des responsabilités de la crise sur le pouvoir civil. Une fois sa formation achevée, Franco est affecté dans sa ville natale en tant que sous-lieutenant, et a désormais tout le temps de méditer ces enseignements à l’ombre des casernes d’El Ferrol.
L’échappatoire marocaine
Promis à une vie terne, Franco comprend vite l’importance de saisir l’action là où elle se présente. En 1912, il revendique la seule terre d’aventure que peut encore lui offrir cette Espagne postcoloniale : le Maroc, dont les richesses supposées exercent une véritable fascination dans les rangs de l’armée ibérique. En 1904, les Espagnols ont cru s’adjuger la côte nord de l’Afrique en accord avec la France, mais, depuis qu’ils y ont débarqué en 1906, les Français ont étendu leur contrôle sur le pays, ne laissant à l’Espagne que le Rif au nord-est, et la Yebala, au nord-ouest. Depuis, la région du Rif est une zone d’affrontements permanents entre l’armée espagnole et les tribus rifaines révoltées. De 1910 à 1925, les montagnes de cette contrée sont le théâtre privilégié d’opérations menées par des officiers espagnols, qui ne trouvent de sens à leur carrière qu’en courant après les médailles ou en donnant leur vie pour la préservation d’une colonie dont l’Espagne ne peut plus espérer tirer avantage.
Le renouvellement des cadres, suite aux combats engagés entre 1909 et 1911, explique la promotion rapide de jeunes sous-officiers, et notamment celle de Franco dans le 8 e régiment de l’armée d’Afrique. Quelques jours après son arrivée, le 17 février 1912, il est affecté à un poste au mont Tifasor qui domine Melilla. Il y apprend les rudiments de la guerre, et, au plus près du danger, il se sent revivre. En avril 1913, il intègre le régiment des soldats indigènes de l’armée d’Afrique, la section la plus disciplinée de l’armée espagnole. Affecté dans la périphérie de Tétouan, Franco participe à de nombreuses opérations punitives visant à soumettre Mohamed el-Raisuni (1871-1925), chef naturel de la tribu de la Yebala et prétendant au trône du Maroc.
En trois ans, son engagement lui permet d’acquérir un ascendant sur ses hommes. La bravoure dont il fait preuve lui vaut de gravir rapidement les échelons de la hiérarchie militaire. Peu à peu, des rumeurs circulent autour de ce petit homme malingre, réservé, sévère, mais juste avec ses soldats : il serait invulnérable ! En 1916, la blessure qu’il reçoit au cours de l’assaut de la forteresse d’El Biutz renforce encore son aura. Au point que le roi Alphonse XIII (1886-1941) soutient sa promotion au poste de commandant de l’armée espagnole contre l’avis du haut conseil militaire. À moins de 24 ans, Franco est déjà parvenu à réunir toutes les qualités d’un caudillo (« chef militaire »).
L’épisode des Asturies (1917-1920)
Ne trouvant dans le régiment des regulares (forces régulières indigènes) aucun poste vacant correspondant à son nouveau grade, Franco se voit confier le commandement d’un bataillon d’infanterie caserné à Oviedo. Il y découvre la condition des mineurs asturiens du bassin houiller.
En 1917, alors que Franco rentre au pays, l’Espagne a bien changé. Enrichie par la neutralité du pays dans le conflit mondial, une nouvelle classe d’industriels s’est imposée au détriment des ouvriers de Catalogne et des Asturies, qui peinent à nourrir leur famille. En outre, l’influence de la révolution léniniste russe enthousiasme les syndicats qui, persuadés que l’heure de la révolution prolétarienne a sonné, mettent les classes moyennes sous pression en multipliant les grèves et les attentats. Mais quels aspects de cette réalité, Franco a-t-il connus ? Quand il arrive à Oviedo pour y prendre son commandement, il découvre une capitale aristocratique aux allures provinciales. Les élites s’y divisent entre la bourgeoisie coloniale, revenue de Cuba et des Philippines, et la caste des propriétaires miniers. Dans cette société si fermée, Franco prend conscience du malaise qui règne au sein de l’armée, prise en tenailles entre la violence des syndicats anarchistes et l’impuissance de la monarchie à rétablir l’ordre. Les militaires se replient alors sur eux-mêmes au sein de juntes corporatistes censées défendre leurs privilèges contre l’ambition des vétérans du Maroc entourant le roi à Madrid. Vu ses états de service, le jeune commandant fait profil bas et soigne son image en public. Cette stratégie s’avère payante puisqu’il parvient à se faire accepter dans les cercles de la bonne société et rencontre celle qui deviendra sa femme, Carmen Polo Martinez Valdès (1900-1988), en août 1917.
Ce même été, un coup de tonnerre retentit. Rompus aux provocations, la CNT (Confédération nationale du travail), anarchiste, et l’UGT (Union générale des travailleurs), socialiste, lancent un appel à la grève massivement suivi en Catalogne et dans le bassin des Asturies. Immédiatement, le général Ricardo Burguete (1899-1933), gouverneur des Asturies, proclame l’état de guerre. Qu’à cela ne tienne, là où les socialistes catalans de l’UGT font prudemment marche arrière, les anarchistes des Asturies opposent une résistance acharnée aux colonnes du prince héritier, placées sous les ordres de Franco. Le jeune commandantin retire finalement ses troupes d’Oviedo à l’heure la plus dure de la riposte (septembre 1917), mais il revient, en vertu de la loi martiale, siéger au sein des tribunaux chargés de châtier les grévistes. Il s’acquitte de sa tâche avec froideur, instruisant les dossiers des mineurs arrêtés, mais se prononce à plusieurs reprises en faveur des familles d’ouvriers.
Impressionné par la violence des anarchistes, Franco prend conscience de la volonté des puissants à maintenir leurs ouvriers dans la pauvreté, ne leur laissant comme moyen de pression contre l’ordre établi que le recours aux grèves. Cela ne signifie pas pour autant qu’il considère l’action des syndicats comme une voie légitime. Au contraire ! Cette expérience renforce sa conviction que l’armée reste le seul rempart entre l’ordre et les actions stipendiées par des agents étrangers (les communistes) qui nuisent à l’économie nationale. Plus tard, le dictateur saura tirer les leçons des événements de 1917 en établissant, par le biais d’un syndicat unique, une forme de paternalisme d’inspiration catholique visant à faire taire les ouvriers et à éviter leur politisation.
La guerre du Rif (1920-1925)
Retour à la légion
En 1919, Franco rencontre le lieutenant-colonel José Millán-Astray (1879-1954) lors d’un stage d’entraînement à l’école de tir de Valdemoro, près de Madrid. Ce vétéran de la guerre hispano-américaine est la personne idéale pour soutenir l’effort de guerre dans le Rif, où les légionnaires espagnols achèvent péniblement la conquête de Djebala, sécurisée en octobre. Sur ordre de Federico Berenguer (1877-1948), José Millán-Astray projette de fonder une légion étrangère inspirée du tercios de l’armée des Flandres du XVI e siècle. Prenant exemple sur la légion algérienne française, admirée pour son attitude pendant la Grande Guerre (1914-1918), il espère que la discipline de ces soldats permettra de relancer les opérations militaires dans le Rif central. Le 28 janvier 1920, le projet est accepté par le roi, qui y voit là l’ultime recours pour mettre fin à la guerre d’Afrique sans engager les conscrits espagnols, mal préparés aux manœuvres des tribus rifaines. Reste à constituer cette unité d’élite. Or l’esprit exalté d’Astray ne laisse aucune place pour la logistique. Ayant conscience de ce défaut, il propose à Franco le commandement du premier bataillon de sa nouvelle légion, persuadé que le calme et le courage du jeune officier compléteront sa propre fougue.

Le 20 octobre 1920, Franco débarque à Ceuta avec 200 volontaires de toutes nationalités. Deux ans à peine après la mobilisation totale des sociétés européennes, Astray se vante de transformer quelques centaines de marginaux en légionnaires voués, corps et âme, à la cause de l’Espagne et à l’extermination de ses ennemis. Mais, sans le dévouement de Franco aux objectifs de son mentor, la légion ne serait jamais devenue ce corps d’élite si efficace dans les représailles contre les tribus rifaines. Convaincu d’avoir affaire à des marginaux physiquement inférieurs, Franco astreint ses trois compagnies à une discipline de fer en leur apprenant à ignorer la faim, la peur, la douleur et la pitié. Chef respecté, il n’hésite pas à payer de sa personne et engage ses hommes partout où il est nécessaire de tirer l’armée régulière d’une catastrophe.

De la révolte d’Abdelkrim à la débâcle d’Anoual
En 1920, la guerre du Rif arrive à un tournant. Le succès de Berenguer sur le front occidental permet de dégager Tétouan de l’emprise de Mohamed el-Raissouni (héritier du trône du Maroc, 1871-1925), de sécuriser le couloir maritime vers Ceuta et de rétablir la liaison avec Larache sur le front atlantique. Au sud, la conquête de Chefchaouen puis la soumission des tribus de la région de Melilla à l’est permettent l’instauration d’une base militaire en contact avec l’arrière-pays. Avec ces victoires, Madrid envoie un signal fort à Rabat et à Paris : le Rif espagnol est une réalité après 12 ans d’atermoiements diplomatiques.
Une région semble toutefois résister depuis 1909, le Rif central, porté par la figure de Mohamed Améziane (1859-1912), et dont l’Oued Kert et la baie d’Al Hoceima sont les verrous stratégiques. Cette situation dissuade Berenguer d’y risquer un assaut. Comme dans la région de Djebala, la stratégie de contrôle du colonisateur ibérique repose sur une collaboration fragile avec les Aït Ouriaghel, la tribu d’Abdelkrim al-Khattabi (1882-1963). En 1920, le père de celui-ci s’engage à rester neutre et à attiser les rivalités entre tribus. Mais, malgré le succès initial, les Espagnols ne parviennent pas à débarquer suffisamment d’hommes pour protéger leur allié. Le père d’Abdelkrim est empoisonné au mois d’août, et son fils se révolte contre les Espagnols. La région devient alors le foyer de velléités d’indépendance que ce dernier canalise pour que soit créé un État républicain d’obédience islamique. Entre-temps, le nouveau commandant de Melilla, Manuel Fernández Silvestre (1871-1921), parvient à porter ses troupes jusqu’à Tafersit, aux pieds des montagnes menant à la baie d’Al-Hoceima en pays temsamane et ouriaghel.
Le 1 er juin 1921, les Espagnols fortifient la position de Dar Ouberrane en face du Jbel el Qama. Ils n’y détachent que 250 hommes et une demi-douzaine de canons et mitrailleuses avant de regagner la base d’Anoual. Le soir même, la milice du Jbel el Qama, en l’absence d’Abdelkrim redescendu dans son fief d’Ajdir, prend l’initiative d’une contre-attaque. Avant même le coucher du soleil, la victoire est remportée par les Rifains avec un bilan inespéré : 150 hommes et 400 armes enlevés aux Espagnols. Cet exploit unit la résistance autour des Ouriaghels, ciment de la résistance rifaine. C’en est fini du blitzkrieg de Silvestre, désormais réduit à maintenir les positions acquises et les jonctions encore existantes entre ses troupes. Le 17 juillet, l’échec d’une tentative de ravitaillement des troupes espagnoles à Igueriben confirme la débâcle, et Anoual est mis à découvert. Le 21 juillet, 5 000 combattants rifains fondent sur Anoual et massacrent le contingent espagnol. Contraint à la retraite, Fernández Silvestre se suicide, incapable d’assumer une si grave défaite. Cet événement a d’importantes conséquences de part et d’autre de la Méditerranée. Du côté des rebelles, elle conforte l’union des tribus Aït Ouriaghel, Aït Ghannou, Aït Touzine et Temsamane autour d’Abdelkrim.
Entre 1921 et 1924, Franco atteint l’apogée de sa carrière militaire dans une Espagne tendue à l’extrême. En 1922, les répercussions de la débâcle d’Anoual empoisonnent le climat politique du pays. Devant l’ampleur du désastre (on compte plus de 7 000 morts), le Gouvernement est obligé d’instituer une commission d’enquête qui remet en cause l’armée et la monarchie. Pour contrer la crise, le capitaine général de Catalogne, Primo de Rivera (1870-1930), prend le pouvoir le 12 septembre 1923 et instaure une dictature, sous prétexte de préserver l’autorité du roi. Cherchant à se dégager du piège rifain, le roi Alphonse XIII soutient le pronunciamiento de Primo de Rivera, qui est alors chargé d’organiser le retrait des troupes du Maroc. Face à cette politique, Franco se fait le porte-parole du parti des officiers africanistas, opposé à l’abandon d’un terrain chèrement conquis. S’en ouvrant dans la revue coloniale en avril 1924, il méprise publiquement l’inaction du ministère de la Guerre. Pour lui, seule une offensive d’envergure permettrait d’en finir avec Abdelkrim et d’établir un protectorat. Cependant, les Espagnols ne contrôlent plus que la zone de Melilla, ainsi que les villes de Ceuta, de Larache, de Tétouan et de Chefchaouen, à l’ouest, tandis qu’Abdelkrim est parvenu à étendre son autorité sur l’ensemble du Rif, s’autoproclamant émir. Dans un contexte aussi précaire, la visite d’inspection de Primo de Rivera au Maroc, entre le 11 et le 21 juillet 1924, provoque des tensions entre les légionnaires et le dictateur. En décembre, Franco est contraint de couvrir l’évacuation de la ville sainte de Chefchaouen des résidents espagnols et des Marocains ralliés à leur cause.
Le débarquement d’Al-Hoceima (8 septembre 1925)
Abdelkrim commet ici une erreur qui servira la carrière de Franco. Sûr de sa victoire, il lance plusieurs raids vers Fès, en zone française, et refuse de reconnaître l’autorité du calife Moulay Youssef (1881-1927), alors que la dynastie des Alaouites n’est pas remise en cause par le protectorat. Prenant la menace au sérieux, Paris dépêche le maréchal Pétain (1856-1951) à Tétouan afin de conclure une stratégie d’attaque avec Primo de Rivera. Franco assiste à l’entrevue qui voit la mise en place d’un débarquement dans la baie d’Al-Hoceima, projet qu’il avait auparavant défendu devant le roi.

Le rocher d’Al-Hoceima devant Ajdir.
De toutes les options, l’attaque espagnole est celle qui offre le plus de chances de réussite, car elle bénéficie du soutien combiné de la flotte et des troupes françaises pour couvrir la progression des 18 000 soldats espagnols, convoyés de Ceuta et Melilla jusqu’à une longue plage au sud du camp des rebelles. Il incombe à Franco de réussir la phase la plus délicate de l’opération : prendre pied, le premier, sur la côte et dégager le terrain afin de permettre aux armées de débarquer. Aux prises avec une mer houleuse, les embarcations s’entrechoquent, causant un début de pagaille. Tenant leur fusil au-dessus de leur tête, les légionnaires suivent leur chef et parviennent à débarquer sur la plage de la Cebadilla, le 2 septembre 1925, malgré les tirs des hommes d’Abdelkrim. Il faut cinq jours aux regulares pour élargir la tête de pont, et, le 7 septembre, la brèche est ouverte dans le bastion du Lion du Rif. Un mois plus tard, l’armée espagnole fond sur Ajdir, tandis que l’armée française réduit les dernières poches de résistance au sud de la baie d’Al-Hoceima. Cette fois, c’en est fini de la République rifaine d’Abdelkrim. Assiégé dans ses montagnes, il finit par se rendre aux Français en mai 1926, mettant fin à la guerre du Maroc.
La naissance du Caudillo (1926-1935)
Une carrière éclatante
Le succès du débarquement d’Al-Hoceima inaugure une période heureuse pour Franco. Dévoué à sa carrière de soldat, il devient à 33 ans un général estimé par l’état-major de son pays et reçoit même la Légion d’honneur en 1926. Ces quelques années passées dans les rangs, puis à la tête de la Légion étrangère, n’ont fait qu’exacerber sa confiance en une armée garante de l’ordre social. En outre, le contact avec le fanatisme d’Astray le convainc de l’efficacité d’une violence exercée sans pitié contre les ennemis de l’Espagne.
Dans une société en voie de médiatisation, il comprend le parti à tirer de la presse. Jouant sur les fantasmes de l’opinion publique en demande de succès militaires, il choisit habilement les correspondants venus l’interviewer à Melilla et leur offre l’image d’un leader valeureux à la tête de légionnaires invulnérables. Sa propagande fonctionne si bien qu’au plus fort de la crise du Maroc, en mai 1924, le correspondant du Matin, feuille officielle de l’ambassade française, note que « les journalistes le proclament héros trois fois par semaine ». Promu lieutenant-colonel le 29 mai 1923, colonel en février 1925, puis général de brigade à Madrid le 3 février 1926, il ne lui reste plus qu’à abandonner les premières lignes de combat pour servir la monarchie autrement.
À la tête de l’Académie militaire de Saragosse (1927-1930)
Sûr de la loyauté de Franco, Primo de Rivera le soulage de son commandement de la 1 re brigade madrilène pour lui confier une nouvelle mission. Des revers subis au Maroc, le dictateur conclut que le problème provient des rivalités qu’entretiennent, au sein de l’armée, les fantassins, les artilleurs, les cavaliers et les ingénieurs militaires. Il conçoit alors le projet de créer une académie générale à Saragosse, destinée à former les aspirants officiers, et nomme Franco directeur le 4 février 1928.
Quand il arrive sur le site en 1927, l’institution n’est encore qu’un chantier. Il s’engage dès les débuts de l’entreprise, bouscule les corps de métier et parvient, par l’usure, à ouvrir son institution à l’échéance prévue. Ayant souffert de la décadence de l’armée, Franco se profile comme un directeur fidèle à sa caste, soucieux d’insuffler un nouvel esprit de corps à ses soldats et à les faire entrer dans la modernité.
En 1927, il fait la tournée des écoles de la Reichswehr (« force armée du Reich ») et des casernes de l’armée française dont la coordination et l’usage de nouvelles armes issues de la Première Guerre mondiale l’ont fortement impressionné lors du débarquement franco-espagnol de 1925. Il en sort un programme de cours pratique, orienté vers l’apprentissage des armements, de la cartographie et de la topographie. En outre, Franco tient à diriger l’académie selon les normes les plus modernes afin qu’elle soit un soutien efficace à la dictature de Primo de Rivera. Cependant, en s’obstinant à faire primer la discipline militaire sur les intérêts civils, celui-ci commettra des maladresses politiques qui s’avéreront fatales à la monarchie.
Les premières années de la République (1930-1933)
En 1930, le refus de Primo de Rivera de s’attaquer à la réforme agraire, sa prise de contrôle maladroite des syndicats catalans et la dépréciation de la peseta lui valent d’être abandonné par le roi, l’armée et les industriels qui l’ont porté au pouvoir.