Histoire de la création de la médina de Dakar

-

Français
256 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Cet ouvrage de Aly Kheury Ndaw retrace les péripéties qui ont conduit à la création en août 1914 de l'un des plus vieux quartiers de Dakar : La Médina. C'est un agréable voyage à travers Dakar à l'époque coloniale, mais aussi et surtout la vie dans ce quartier mythique durant l'épidémie de la peste, la Première Guerre mondiale, l'entre-deux-guerres ou encore la Seconde Guerre mondiale.


Découvrez toute la collection Harmattan Sénégal en cliquant ici !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 mars 2017
Nombre de lectures 39
EAN13 9782140032691
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Il est l'auteur deLes Sénégalais de New York(Paris, L'Harmattan, 2012).
AlY Kheury Ndaw
HISTOIRE DE LA CRÉATION DE LA MÉDINA DE DAKAR
HIST OIR E DE L A C R É A T ION DE L A MÉ DINA DE DA K A R
ALYKHEURYNDA WHIST OIR E DE L A C R É A T ION DE L A MÉ DINA DE DA K A R
© L’HA R MAT TA N-SÉ NÉ GA L, 2017 10 V DN, Sicap A mitié3, L otissement C itéPolice, DA K A R http://www.harmattansenegal.com senharmattan@gmail.com senlibrairie@gmail.com ISBN : 978-2-343-11681-5 EA N : 9782343116815
NOT E DE LA UT E UR
L orsque nous sommes venus au monde, mes amis et moi, le vingtiè me siè cle était à mi-chemin entre ses trente et quarante ans. É mergeant des langes maternels, nous apparûmes dans cette portion de Dakar baptisée Médi na et, plus précisément dans la zone appelée F ith Mith, dans le 1 quartier Gouye Salane. A insi en avait décidé A llah, dans Sa grande miséricorde, Son indéchiffrable volonté, S a généreuse bonté. Médina était, selon la terminologi e administrative coloniale, un village dit de ségrégation, parce que destiné à accueillir les populations noires (essentielle-ment d’ethnie léboue) déguerpies du Plateau (le Tound) constituant Dakar-ville. Née officiellement en août 1914, la Médina était alors sur le point de célébrer vingt ans d’existence. E n cette période-là encore, le monde se secouait de toutes ses forces, pour se sortir des séquelles de la grande crise de 1929 qui avait profondément affecté l’économie… Peu de temps aprè s, une effroyable catastrophe, d’une toute autre nature, allait frapper
1  A ncien village lébou, Gouye Salane, originellement, englobait, dans Dakar-ville, une portion du Plateau allant jusqu’à la mer et où l’on retrouve, aujourd’hui, la Cathédrale du souveni r africain, l’A ssemblée nationale, le bâtiment ayant abrité durant un demi-siè cle l’ambassade et le consulat des É tats-Unis av ant leur transfert en février 2013 aux A lmadies. Gouye Mariama, jadis contigu à Gouye Salane, était surtout habitépar des Sénégalai s de confession catholique et quelques rares Blancs. L a cathédrale, officiellement inaugurée en 1936, s’est implantée à l’emplacement de ce qui fut un cimetiè re musulman. Une grande partie des habitants de Gouye Salane déménageant de Dakar intra-muros et allant s’installer en Médina conservè rent l’appellation traditionnelle de leur village d’origine en baptisant leur nouvel emplacement Gouye Salane II.
7
l’humanité tout entiè re. L a Seconde Guerre mondiale (1939/45) éclata, affectant nos années de jeunes garnements vécues dans les privations dues à l’effroyable conf lit planétaire.
A dolph Hitler, peu de temps auparavant, avait accompli son plus que grand rê ve : accéder à la chancellerie d’A llemagne ! Ce qui se fit en 1933 et de maniè re trè s dé-mocratique, à l’occidentale. Fébrilement et méthodi que-ment, le dictateur sanguinaire qu’il allait devenir, s’était auparavant employé, bien patiemment et non moins intelli-gemment, à assembler et réunir comme dans un puzzle, res-sources humaines et éléments matériels, pour bâtir sa doc-trine de national-socialisme allant déboucher sur le Troi-siè me Reich. É tape ultime dans sa rage de conquê te de l’univers terrestre…
Notre Médina, qui avait commencé de recevoir ses premiers hôtes en août 1914, en comptait déjà plus d’une dizaine de milliers, au moment de nous accueillir au début des années 1930, mes amis et moi, à notre venue au monde. L e rythme d’installation de ses habitants s’étant ralenti durant la période de la Premiè re Guerre mondiale (1914/1918) était reparti de plus belle avant l’écl atement de la seconde (1939/1945). Durant l’entre-deux-guerres, la résistance d’une bonne partie des L ébous à l’autori té coloniale, refusant de quitter leurs traditionnelles et ancestrales maisons de leur ville de Ndakarou (Dakar) pour un transfè rement à la Médina, avait laissé un grand vide dans le peuplement du V illage. L eurs velléités de désobéissance face aux injonctions de déguerpissement étaient d’ailleurs favorisées par la disparition, de facto, des raisons exhibées par l’administration coloniale pour les obliger à déménager de Dakar-Plateau pour la Médina. Il n’y avait, en effet, plus d’épidémie de peste (prétexte majeur mis en avant) depuis la derniè re datant de mai 1914 ; et ceux d’entre eux encore demeurés en ville
8
n’édifiaient plus d’habitat en bois ou en paille évitant, ainsi, de transgresser une rè gle principale dite de salubrité et d’hygiè ne imposée par l’autoritélocale. Cependant, le V illage de Médina, fonctionnel et disposant de nombreuses parcelles inoccupées dans cette période de transition, ne manqua d’ê tre perçu par d’autres Sénégalais immigrés de l’intérieur comme une opportunité de s’offrir un coin de rê ve. A rrivés inopinément dans la capitale, ils n’en avaient pas été moins bien accuei llis par les autochtones lébous. Pour les plus heureux d’entre eux, ils avaient été par ceux-ci gratuitement hébergés, avec gîte et couvert ; plus rarement, ils furent locataires de chambres chez l’hôte, avec payement d’un insignifiant loyer mensuel. É galement parmi les « étrangers », des A fricains, en nombre imposant, originaires de territoires limitrophes du Sénégal pour la plupart, venus dans la capitale de l’A .-O.F à la recherche d’un mieux-ê tre. L ’occasion faisant le larron, ils aspirè rent, bien évidemment, à devenir eux aussi propriétaires de terrains dans le nouveau lotissement de la Médina… A insi, en temps de rush ou de pause, celui-ci n’en continua pas moins de se peupler, tant avec les L ébous qu’avec d’autres Sénégalais et allogè nes de territoires voisins. En tant que site d’habitation promu par l’autorité coloniale elle-mê me (initiative du genre unique dans la capitale), la Médina apparut donc aux non-autochtones comme une zone promise à un bel avenir : leur offrant en perspective des opportunités multiples. L e temps s’écoulant, le V illage fut de plus en plus envahi par des éléments exogè nes auxquels à priori il n’était pas destiné, comme s’il les charmait par un certain magnétisme. L a Médina attirait en conséquence des familles par mil liers et s’agrandissait au fil des années. Ses habitants s’y sentaient plus qu’à l’aise et ne s’inquiétaient pas trop de ce que demain serait fait. Généreuse, elle l’était, sans aucun doute :
9