Hôtel Rwanda ou le génocide des tutsis vu par Hollywood

Hôtel Rwanda ou le génocide des tutsis vu par Hollywood

-

Français
114 pages

Description

Dès le déclenchement du génocide rwandais début avril 1994, plus d'un millier de tutsis se sont précipités vers l'un des plus grands hôtels de la capitale, l'Hôtel des Mille Collines. Qu'ont réellement trouvé ces malheureux dans cette enceinte ? Ce livre établit une distinction entre les faits tels qu'ils se sont réellement déroulés dans l'Hôtel, et tels qu'ils ont été rapportés onze ans plus tard, par le film "Hôtel Rwanda" sorti sur les écrans en 2005.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2008
Nombre de lectures 420
EAN13 9782296191792
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

REMERCIEMENTS

Nos remerciements vont à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de
cet ouvrage, et particulièrement à Servilien Sebasoni et James Vuningoma.
Merci également aux personnes qui ont lu le manuscrit et nous ont fait part
de leurs précieux commentaires.

Naturellement, ce livre n’aurait pu voir le jour sans l’appui ferme et constant
des survivants de l’Hôtel des Mille Collines. Nous les remercions d’avoir
supporté des questions et des interviews qui, sans aucun doute, les ont
ramenés aux jours les plus douloureux de leur vie. Nous tenons à leur rappeler
que ce livre a d’abord été écrit pour eux, en tenant compte de leur volonté
de faire connaître au monde ce qui leur est réellement arrivé dans ce « camp
de concentration », comme l’ont décrit certains d’entre eux,de l’Hôtel des
Mille Collines.

Nous sommes également débiteurs envers ceux qui nous ont donné accès aux
documents qui se trouvent en leur possession et qui datent des mois d’avril,
mai et juin 1994. Merci particulièrement à Tatien Ndorimana Miheto pour
ceux qu’il nous a communiqués.

Nous ne voudrions pas omettre de remercier les éditeurs de ce livre, qui en
ont bien compris la raison d’être et n’ont pas hésité à le publier.

Bien que nous nous soyons efforcés de présenter un récit basé sur des
recherches et sur des faits, nous assumons naturellement la responsabilité
d’éventuelles erreurs dans l’énoncé de cesfaits ou dans leur interprétation.

Nous nous sommes également efforcés de citer nos sources. Si l’une ou
l’autre n’a pas reçu la reconnaissance qu’elle mérite, nous souhaitons
vivement en être excusés.

6

Les auteurs

7

6

SOMMAIRE

Introduction.........................................................................p. 9

Chapitre I: Un mythe hollywoodien ...............................p. 17

Chapitre II : Les témoins ont la parole..............................p. 44

Chapitre III : Les trois facettes d’une imposture ..............p. 75

Chapitre IV : De l’héroïsme au négationnisme.................p. 89

Chapitre V :Le complexe de Narcisse.............................p. 98

Notes ...............................................................................p. 108

7

8

« Le plus grand ennemi de la vérité
est rarement le mensonge – délibéré,
continu et malhonnête – mais le mythe
– persistant, persuasif et irréaliste. »

John F. Kennedy

9

8

INTRODUCTION

Le monde entier sait aujourd’hui que les massacres à grande
échelle qui se sont déroulés au Rwanda durant les mois d’avril, mai
et juin 1994 méritent pleinement la qualiication de génocide : les
extrémistes hutus qui se sont déchainés, à l’arme blanche, sur les
hommes, les femmes et les enfants Tutsis, n’ont entrepris de les
exterminer que parce qu’ils étaient Tutsis. Le seul crime de ces
malheureux était d’exister. Durant ces cent jours de folie meurtrière, plus
d’un million soixante-quatorze mille personnes ont été ainsi
massacrées, dans des conditions atroces, sous le regard d’une communauté
internationale indifférente.

Dans la capitale rwandaise en pleine tourmente, un hôtel était
demeuré ouvert : il s’appelait l’Hôtel des Mille Collines et il était
protégé par les forces de la Mission des Nations Unies pour l’Assistance
au Rwanda (MINUAR). Quand les massacres commencèrent dans la
capitale, des gens affolés accoururent vers l’hôtel, tentant de trouver
refuge dans ce qui leur apparaissait comme le seul havre de sécurité
de la ville.Bientôt, ils se retrouvèrent plus de 1.200 réfugiés,
hommes, femmes, enfants, vieillards, malades, dans ce bâtiment, presque
dépourvus de tout, encerclés par une meute d’assassins susceptibles
de faire irruption d’un moment à l’autre, ne sachant s’ils auraient
seulement la chance de survivre vingt-quatre heures de plus.

Or, ces malheureux ont survécu.Comment ? Grâce à qui, ou en
dépit de quoi ? La situation terrible dans laquelle ils se sont trouvés
plongés, durant des semaines,avait tout pour séduire un scénariste
de Hollywood : des centaines d’innocents terrorisés, manquant de
tout, bloqués dans un espace coniné, encerclés par des hordes de
tueurs implacables qui n’attendaient qu’une occasion pour pénétrer
dans l’enceinte et les égorger tous. Quel secours pouvaient-ils
espérer ? Des soldats des Nations Unies surgiraient-ils au dernier
moment, à l’image des cavaliers en tunique bleue des bons vieux
westerns ? Une igure humaine semblait s’élever au-dessus de cet océan
de misères et d’angoisses, cristallisant tous les espoirs – et toutes les
interrogations : un homme était là, par qui le dénouement allait sans
doute survenir, mais lequel ? La mort ou le salut ?Ce personnage
central, c’est l’homme qui faisait alors ofice de gérant intérimaire de
l’Hôtel des MilleCollines. Lui seul en détenait les clefs, ainsi que les
stocks de vivres et le seul téléphone en état de fonctionner.

9

Ainsi se trouvaient réunis à Kigali, en ces terribles semaines
d’avril, mai et juin 1994, tous les ingrédients du ilm d’angoisse
américain, tel que Hollywood sait si bien les produire. Le cinéma ne
tarda d’ailleurs pas à comprendre quel proit il pouvait en tirer et à
s’en emparer ain de le faire connaître au grand public. Pour que les
lois du genre fussent parfaitement respectées, il sufisait de faire en
sorte que le personnage central apparût comme un véritable héros et
que le happy end – car Dieu voulut tout de même qu’il y eût happy
end – pût être, sans équivoque, porté à son seul crédit.

Mais ce qui risquait de n’être pas vrai, pourrait-on le rendre
vraisemblable ?

La production it appel à l’homme qui fut ce gérant
intérimaire de l’Hôtel des Mille Collines, un certain Paul Rusesabagina,
qui était devenu entretemps chauffeur de taxi àBruxelles.C’est lui,
en in de compte, qui construisit le scénario du ilm sur la base de
ses souvenirs et de ses conseils. C’est lui, en in de compte, qui
raconta sa propre histoire, dressant du même coup sa propre statue.
Aux yeux du monde, ce Paul Rusesabagina apparaissait désormais
comme l’homme qui avait sauvé du génocide les 1.268 Tutsis qui
s’étaient réfugiés dans « son » hôtel.

Etait-ce la vérité ?
Il est impératif, aujourd’hui, de poser la question.

Car pour conserver intacte et vivante la mémoire du génocide
ain qu’une telle horreur ne se reproduise jamais, il faut d’abord
œuvrer à l’établissement de la vérité. Or, toute la vérité n’a pas encore
été dite, loin de là. Raison de plus pour ne pas laisser se créer des
contre-vérités, qui ne peuvent qu’ajouter à la confusion et insulter
la mémoire des victimes.C’est la vérité et rien que la vérité qui doit
être dite sur les victimes, sur leur histoire et sur leurs souffrances ;
lavéritésur les survivantsdugénocide, leurshantises, leurs
tribulations, leur quête de justice;lavéritésur lesHutushonnêtes, qui
furentmalheureusement, pour certains, des témoinsindifférents, mais
qui ne furentpascriminels ;lavéritésur lesHutusquise montrèrent
droitsethéroïquesetqui accomplirentdesactesde courage
extraordinaires dans des circonstances très dificiles. Dire la vérité sur ce
qui estarrivé à nosprochesestplusqu’une obligation, c’est un
devoir absolu. Dénoncer l’affabulation, le mensonge, la manipulation

1

0

jusqu’au révisionnisme ou même à la négation du génocide, c’est un
autre devoir, tout aussi impératif.

C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’écrire ce livre.
Nous nous refusons à laisser l’industrie du divertissement, la
machine à faire des dollars sur les malheurs de l’humanité qu’est le cinéma
hollywoodien, imposer dans l’esprit d’un public malheureusement
mal informé des stéréotypes qui garantissent, sans doute, le succès
commercial d’une œuvre de iction, mais déforment, voire
travestissent délibérément la vérité du génocide des Tutsis rwandais.

Nous nous sommes tournés, pour l’essentiel, vers les survivants,
vers ceux qui se trouvaient eux-mêmes à l’Hôtel des Mille Collines
au moment des faits, mais aussi vers d’autres personnes, qui
détenaient des informations de première main. Ainsi avons-nous
rencontré les anciens propriétaires et employés de l’hôtel, ainsi que des
responsables du génocide, incarcérés pour le rôle qu’ils ont joué et qui
détiennent naturellement, eux aussi, des informations précieuses.

Sans doute nos révélations apparaîtront-elles dérangeantes pour
certains de ceux qui ont été émus par le ilmHotel Rwandaet se sont
trouvés, de ce fait, naturellement portés à croire en l’histoire qu’il
raconte. Mais peut-être aussi, comme l’écrit un témoin, Job Jabiro
dans un article publié par The New Times du 22 juin 2006, «
avonsnous tous été abusés par un manipulateur hors pair.Hotel Rwanda
est, sans conteste, une iction. Une iction très bien interprétée. Les
premiers rôles sont très bons. Même excellents. »

Ce n’est pas sufisant pour faire d’un mensonge une vérité.

Depuis 2000, cinq grands ilms visant à retracer les événements
qui se sont déroulés au Rwanda durant le génocide de 1994 ont été
produits et diffusés sur la scène internationale. Il y eutOne Hundred
Days, produit par le Rwandais Eric Kabera en 2000;Sometimes in
April, de l’Haïtien Raoul Peck;Shooting Dogs, produitpar David
Belton, etBack Home, réalisé parunsurvivantdugénocide, J-B.
Rutagarama. Maisle plusgrandsuccèsd’audience
futincontestablementremporté parHotel Rwanda, une œuvre dont le premier rôle est
tenupar l’acteur américain DonCheadle, etqui contribua largement
à faire connaître au plus large public, aux Etat-Unis, au Canada, en
Europe ouauJapon, l’horreur dugénocide desTutsis. Une place à

11