L'Algérie au passé lointain de Carthage à la régence d'Alger

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Français
235 pages
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L'histoire d'Alger ne débute pas en 1830. Tout commence avec Carthage dont le millénaire a profondément marqué les populations autochtones. Les Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, Turcs et Français qui se sont succédé, se sont coulés dans le creuset berbère initial dont la vitalité se manifeste avec vigueur aujourd'hui.

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Date de parution 01 mars 2011
Nombre de lectures 40
EAN13 9782296454606
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L’ALGÉRIE AU PASSÉLOINTAIN
DeCarthage à la Régence d’Alger

LeCREAC(Centre de Recherches et d'Études sur l'Algérie
Contemporaine), entend :
- Promouvoir la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le domaine
public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de
l'histoire. - Présenter et éditer des textes et documents produits par des
chercheurs, universitaires et syndicalistes français et maghrébins.
Dejà parus:
La Fédération de France de 1'USTA (Union Syndicale des Travailleurs
Algériens. Regroupés en 4 volumes par Jacques SIMON, en 2002).
Avec le concours duFasild-Acsé
-L’immigration algérienne en France de 1962 ànos jours (œuvre collective
sous la direction de Jacques Simon)
-Les couples mixtes chez les enfants de 1’immigration algérienne. B. Laffort.
- La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (1881-1914).
Mahmoud Faroua,
- L'Étoile Nord-Africaine (1926-l937), Jacques Simon.
- Le MTLD /Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques
(1947-1954) (Algérie. Jacques Simon
- La réglementation de l’immigration algérienne en France. S. Tchibindat.
-Un Combat laïque en milieu colonial. Discours et œuvre de la fédération de
Tunisie de la ligue française de l'enseignement (1891-1955). C. Ben Fradj
-Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J Simon
-Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912) A. Mejri
- Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d'indépendance. J-R. Genty.
- Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat.
- Les communautés juives de l’Est algérien de 1865 a1906. Robert Attal.
- Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) J. Simon
e
- Crédit et discrédit de la banque d Algérie (seconde moitié du XIX
siècle) M. L. Gharbi
-Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche
-Le massacre de Melouza. Algérie juin 1957. Jacques Simon
- Constantine. Le cœur suspendu. Robert Attal
- Paroles d'immigrants : Les Maghrébins au Québec. Dounia Benchaâlal
- « Libre Algérie ». Textes choisis et présentés par Jacques Simon.
- Algérie. Le passé, l’Algérie française, la révolution (1954-1958). Jacques Simon.
- Messali avant Messali. Jacques Simon.
- Comité de liaison des Trotskystes algériens. Jacques Simon.
-Le MNA. Mouvement national algérien. (1954-1956). Nedjib Sidi Moussa–J. Simon
- Algérie. L’abandon sans la défaite (1958-1962). Jacques Simon
- Constantine. Ombres du passé. Robert Attal
- Biographes de Messali Hadj. (C.A. Julien, D.Guérin, M.Kaddache, C.R.Ageron,
R.Gallisot… M.harbi, B.Stora). Jacques Simon
2010
- Algérie. Naufrage de la fonction publique et défi syndical. (Entretiens) L. Graïne

Jacques SIMON

L’ALGÉRIE AU PASSÉLOINTAIN
DeCarthage à la Régence d’Alger

L’Harmattan

CollectionCREAC-Histoire

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13964-0
EAN : 9782296139640

PRÉSENTATION

L’histoire de l’Algérie ne commence pas avec la prise d’Alger le
5 juillet1830, et l'on nepeut réduire celle del’Algériefrançaise à
la conquête.Eneffet, dès l’assimilationdel’Algérie àla France,la
suppressiondesbarrièresdouanières (1851),la créationdela
Banque d’Algérie(août 1851)etd’uneBourse duCommerce
(1852),lemode deproductioncapitaliste a étéimplanté enAlgérie
e
pendant le SecondEmpire.Il s’estdéveloppé ensuitesous la III
républiquegénérantdesclasses socialesdetypemoderne :la
bourgeoisie,lesclasses moyenneset leprolétariat.Comme en
métropole,leCode civilet leCode du travail ont reçu une
applicationenAlgérie, avec desBoursesdu travail, desconseilsde
prud’hommes, des syndicatsetdes partis ouvriers.
Ilest significatif que c’estau seindel’immigration ouvrière
algérienne,intégrée dans leprocèsdeproductioncapitalisteque
l’Étoile Nord-africaine créée à Paris par le PCFsurdécisiondela
Troisième Internationale aplacé àsa directionHadjAli,membre du
comité central puisMessaliHadj,permanentduPCF.
Ilestaussi significatif quel’actefondateurdu nationalisme
algérien soit le discours prononcéparMessaliHadjauCongrès
internationaldeBruxellesen février 1927, et non pasàAlger.Il
n’existe doncpas une continuité,mais uneruptureradicale entrele
combatdel’Étoilepour fonder lanationalgérienne àl’issue d’un
processusconstituant sur lemodèle dela Révolution française et la
Régenceturqueplaquéesur lepays réel.
Pour rendreintelligiblel’histoire del’Algérie contemporaine,il
sembleindispensable del’inscrire dans unehistoire delongue
duréequicommence aveclemillénaire deCarthage.
L’objetde cetravail ne consistepasà écrireunehistoire du
Maghreb central –celle écriteparCharles-André Julien reste
encoreunesynthèseinégalée,dmaisà essayerdemontrer,
comment, àtravers sesdifférentes métamorphoses,uneidentité
algériennes’est forgée dans le creuset originelberbère.Avec cette
démarche,nous répondonsàl’invitation faite aux historiens par
JacquesBerquequiécrivaitdansDépossession du monde:

« Ence qui concerne l’Afrique du Nord, la violence des conflits
d’émancipation nourrit une littérature acharnée à dénoncer, jusqu’au
délire, la lésion subie. Elle ne retient, en somme, de la dialectique
coloniale, que la couche extérieure, et de celle-ci que les destructions.
Mais cette carence dans l’analyse laisse de côté ce qui, statistiquement
et logiquement, comptait sans doute le plus: à savoir la permanence
ou mutation propre, dirais-je, de l’inviolé.»
Pendant l’Algériefrançaise,lapréhistoire et l’Antiquitéont fait
l’objetd’études nombreuseset savantes, avecunefocalisation sur
l’Afriqueromaine et le christianisme africain,un intérêt moindre
pourCarthage,une diabolisationdelapériodevandale et un
« regard colonial »,malgrél’importance des publications faites,sur
« les siècles obscurs »(E.F.Gautier)duMaghreb central, dela
conquête arabe à1830.
Àl’assimilation faitepar lamajorité des historiensde
l’Antiquité entre colonisation romaine etcolonisation française, a
répondu,presquemécaniquement une écolefustigeant
l’impérialismeromainet rendant laFranceresponsable dela
misère, del’oppressionetdel’aliénationdu peuple algérien,
résistantàlaromanisation (Benabou)avecl’éternelJugurtha
(Amrouche)etavecleFLN contrela colonisation française
(l’histoireofficielle algérienne).
Le cinquantenaire delasignature desAccordsd’Évian sera
l’occasiondel’ouverture d’un large débatdesdeuxcôtésdela
Méditerranéesur le bilandel’Algériefrançaise etceluidel’Algérie
indépendante.Pouréviter quele débat nesefocalisesur le choc des
armes pendant laséquence dela conquête etcelle delaguerre
d’Algérie,nousavonsestiméutilepour rendreproductifce débat,
de déchiffrer lepassélointaindel’Algérie, en lereplaçantdans son
cadrenord-africaineten posant unesérie dequestions:
`Quellefut l’influence du millénaire deCarthage etdes
Phéniciens sur lesBerbèresenAfrique duNord?Comment sesont
établies les relationsentrelesdeux populations ?Peut-on parlerde
syncrétisme etd’acculturation ?
`Laromanisation fut-elleune colonisationdelaBerbériesuscitant
unerésistance detout un peuplejusqu’àsonélimination ?
Commentexpliquer la déchirure ducadreunitaire dela
Méditerranéeoccidentale,maintenuencorepar les invasions
barbares (lesVandalesenAfrique duNord) jusqu’àla conquête
arabe?
6

e
`Pourquoi l’Église d’Afrique, massivement implantée au III
e
siècle et triomphante avec SaintAsiècle a-t-elleugustin au IV
disparue après la conquête arabe alors que le judaïsmes’est
maintenu,malgréles persécutionset la conditiondégradée des
Juifs ?
e e
`Sur quelle bases s’esteffectuéela« renaissance»duX-XI
siècle?Et pourquoi le commerce et l’orafricain n’ont-ils pas
donnénaissance àune bourgeoisieindigène capable de développer
les forces productivesetdejeter lesbasesd’un oudeplusieurs
ÉtatsenEspagnemusulmane etauMaghreb analoguesà ceuxcréés
par lesCarolingienset lesCapétiens ?
`Lemode deproductionduMaghreb central quiafait l’objet
d’un large débat fut-il féodal,seigneurial ouarchaïque etcomment
expliquerceretard?
`La Régence d’Algerétait-elleunÉtat véritable et peut-on parler
denationalisme algérienava?nt 1830Dansce cas,pourquoi la
Régence d’Alger s’est-elle effondrée eta disparuaprès uneseule
bataille?
Jeneprétends pasapporter uneréponse définitive à ces questions,
dontcertaines sont plus fouillées que d’autres,voirenégligéesdla
viequotidienne,littéraire etartistiquedmais pourcomprendre ce
passélointaindel’Algérie et vérifier qu’ellefut toujours malgréles
fluctuationsdeses frontières vers les royaumes plus structurésdela
Tunisie etduMaroc,unerégiondelaBerbérie.J’ai vouluchercher
aussià comprendrelerôlequemesancêtres juifsberbèresavaient
joué dans la constructiondelaBerbérie, Tamazgha aujourd’hui.

Pour menercetravail,j’ai repris mesbouquinsd’histoire etde
littératurelatine étudiésau lycée,mescoursde Sorbonnepour la
préparationdemescertificatsd’histoire ancienne,médiévale et
contemporaine.J’ai ressortid’un tiroir,les notes prises,pendant les
longuesdiscussions passées pendant lesdix-huit moisdemon
servicemilitaire àColombBéchar, avecunPèreBlanc,féru
d’histoiresur le christianisme africain,surtout surSt.Augustin.J’ai
utilisé aussi les notes prisesàBécharavecun rabbin qui m’a
beaucoupappris sur lejudaïsme duSudmarocain, duTafilalet, des
« royaumes juifs»duTouat, etde Sijilmassa etdu trafic del’or
entrel’Afriquenoire et le Maghreb.

7

N’étant pas un spécialiste del’histoirepassée del’Afrique du
Nord, et toutàfaitconscientdemes lacunes,jeréclameselon la
tradition le droitàl’erreuret l’indulgence du lecteur.

8

LE PASSÉ DE L’ALGÉRIE

L’état civil de l’Afrique du Nord a beaucoup varié. Les Grecs
appelèrentLibye, une partie du nord de l’Afrique du Nord. Les
Romains appelèrentAfricala partie correspondant à la Tunisie. Les
Arabes qui venaient de l’Est nommèrent l’Afrique du Nord
Maghreb el-Aqça,«l’île del’Occident »,par oppositionàl’Orient,
Machreck.LaBerbérienous semblela définition laplus pertinente,
carelle est restée depuis les origines le creuset où sesont fondues
des populationsetdes identités plurielles.
L’histoire des premiersBerbèresafait l’objetd’études
nombreuseset savantes,maisc’estavecla colonisation phénicienneque
laBerbérie entre dans l’histoire.

PREMIÈRE PARTIE

L’AFRIQUE DU NORD DANS SA PREMIÈRE
GRANDEUR

LE CADRE GÉOGRAPHIQUE DE L’HISTOIRE

Les trois pays d’Afrique du Nord sont, malgré des différences
profondes, des entités d’un seul et même pays, par sa structure, son
climat et sa population. C’est la région la plus naturelle et la mieux
délimitée qui soit, due au système montagneux de l’Atlas.Deux
facteurs jouent un rôle important : le relief et le climat.
Àl’examen d’une carte, quatre zones de relief apparaissent :
dAu nord, le Tell ouAtlas Tellien, un bourrelet montagneux dont
les altitudes varient, de 1 000 à 2308 mètresdans leDjurdjura,qui
encadrequelques plainescôtières ;
dAu pied de cemassif,lesHautesPlaines,terresallongéeset
étroites, d’une altitudemoyenne de900à1 000 m ;
dPlusau sud,l’Atlas sahariendivisé enblocs séparés pardes
valléesetdesdépressions.Leplus importantde cesblocs:l’Aurès
culmine à2 326 mauDjebelChelia.
Enfin,plusau sud,l’immense désertduSahara.
Lesdifficultés liéesàla direction générale deschaînesen zones
parallèlesau rivagesontaggravées parcelles qui viennentdu
climat.Ondistinguetrois zones grossièrement parallèles.Au nord,
le Tell quicouvreun tiersdu territoirereçoit plusde400 mmd’eau.
Danscettezone, eten particulierdans les plaines littorales,la
culturesans irrigationest possible.Lasteppe au sudqui recueille
entre200et 400 mm paranet permet l’élevage etdescultures
sèches.Plusau sud, avecmoinsde200 mm paran,laviesédentaire
laisseplace au semi-nomadisme.
Trois facteursaggravent larareté del’eau:lepetit nombre de
fleuves,mal orientésetdefaible débit,l’irrégularitéinterannuelle
des précipitationset leurcaractèresouventexcessif.C’estainsi que
latotalité annuellepeut tomberen quelques jours,provoquant la
crue des oueds,leruissellement,l’évaporationet l’infiltration.
L’orientationdeschaînesafacilitélescommunicationsentrel’est
et l’ouest,mais multipliéles obstaclesentrela côte et l’intérieur.
Parailleurs,lemorcellementencompartimentsautonomesa
contrariél’unificationdel’Afrique duNord et favorisé dansdes
régionscommelesAurès ou la Kabylie des groupements humains
particuliers.
Importance etdispositionsdes montagnes,plainesétroitesde
l’intérieur formantdesbassins fermésentrel’Atlas tellienau nord
13

et l’Atlas saharien, autantde caractères marquantsdesconditions
naturelles qui ontdéterminél’histoire del’Algérie.

Schéma du reliefalgérien. (D’aprèsHenriBoucauetJeanPetit,L’Union
française,Coll.JeanBrunhes)

14

CHAPITRE I

CARTHAGE

Vers 1100 av. J.-C., Tyr a créé ses premiers comptoirs en
Occident à Utique et Hadrumète en Tunisie, à Lixus et à Gadès, de
1
part et d’autre du détroit de Gibraltarhéritière de Tyr, Carthage
dont le nom phénicien «Quart hadasht» (lavillenouvelle) fut
2
selon lalégendefondée en 814av.J.-C.Lesite dela Carthage
antique étaitassezétendu pourcontenir letracé d’unegrande cité,
offrant toutes les garantiesdesécurité.
Carthage entre dans l’histoire en tant quepuissance autonome au
e
coursduVIIsiècle.Ellepossède au sièclesuivant unÉtat
parfaitement organisé doté detoutes les instances nécessairesàson
bon fonctionnement (administration, économie, armée,finances),
sous la directiondelapuissantefamille desMagonides,installée au
pouvoirentre475et 450av.J.-C.et l’exerçant pendant trois
générations.
L’empire carthaginois
C’està cette époquequeCarthageprend àsoncompteles
intérêtsdesdifférentscomptoirs phéniciensdela Méditerranée
occidentale et renforcesonemprise dans les îlesdelamer
TyrrhéniennMae :lte, Pantelleria, Sicile, Sardaigne,Corse et
Baléares.EnEspagne duSud, elleprendle contrôle des mines
d’argentde Tartessosetdes minesd’ordelaBétique.EnAfrique du
Nord, elle établitdes relations plusétroitesaveclescomptoirs
phénicienséchelonnés sur la côte,isolés les unsdesautres par la
mêmeorigine,lamêmelanguesémitique et lamêmereligion:
Hippo Régius(Bône),Rusicade(Philippeville),Igilgili(Djidjeli),
Saldae(Bougie),Icosium(Alger),Iol(Cherchel),Cartennae
(Tenes).Cescités serattachèrentàCarthage dontelles partageaient
lamême civilisation,par le commerce,la défense et lapolitique,
maisàla différence descolonies grecques,tôtaffranchiesdeleur
métropole, ellesconservèrentdanscetempirenaissant leur
autonomiemunicipale.
Affranchie du tribut payé auxAfricains pour lesol occupé,
Carthagese dota d’uneflottepuissante,instrumentdesapuissance
économique et politique.Elleinvestit plus fortement qu’àses

15

débuts son arrière-pays africain qui s’étendait au cinquième de la
superficie de la Tunisie actuelle. Elle se transforma alors en une
grande cité avec ses faubourgs et ses dépendances.

Expansion phénicienne et punique en Méditerranée occidentale.
F.Decret. «Carthage ou l’Empire de la mer»

16

La cité
Installée sur une presqu’île en forme deflèche, elle était reliée à
e
laterrefermepar un isthme de4 400 mètres.Dès lafinduIV
siècle,larégiondeCarthage avaitététransformée en uncamp
retranché, avecunevaste enceinte de33 km qui protégeait laville
et sonarrière-pays ruralde Megara,identifié àlaGamarthactuelle,
villeparsemée devergers, de champscultivésetdejardins potagers
trèsbienentretenus.
Àl’intérieurdela cité,un vastesystème defortificationsassurait
lasécurité de deux portsdécritsavec beaucoupdeprécisions par les
auteursanciens:Appien, StrabonetPolybe.Leport marchand
donnaitabrià des naviresdepassage.Leport militaireprotégeait
avecundoublemur leschantiers maritimes,lesarsenaux, des
dépôtsdematériel militaire, desécuries pouvantaccueillir quatre
mille chevaux, des magasinsdefourrage etd’orge, ainsi que des
casernes pour 20 000 fantassins,4 000cavalierset 300éléphants.
Prèsdes ports,setrouvait laplaceprincipale,l’agora entourée
deportiqueset reliéepar trois routesàl’acropole,Byrsaavecune
citadelle dominéepar letemple d’Eschmoun qui servitd’ultime
refugepour lesderniersdéfenseursdeCarthage.Byrsaprotégeait la
villehaute au flanc descollines où l’habitatétait trèsconcentré :les
maisonsétaient petites,mais très soignées,l’alimentationeneau
doucesefaisaitàl’aide depuitsetde citernes.Elle couvraitaussi la
ville bassequi s’étendait lelongdelaplainelittorale.Làse
concentrait lavie commerciale, administrative, culturelle et
3
religieuse delaville.
Organisation sociale et politique
Lapopulationcarthaginoise,héritière des sociétés
procheOrientalesétait fortement hiérarchisée.Elle était répartie en quatre
classes sociales:
9L’aristocratie.Elle étaitconstituéepar les richesarmateurs puis
par les grands propriétaires fonciers.Leschefs issusdes grandes
familles (Magonides, Hannonides,Barcides)cumulèrent tous les
pouvoirs politiqueset religieux qu’ils transmirentàleursenfantsde
façon quasi héréditaire.
9Lescitoyensdepleindroit (boutiquiers, artisans,pêcheurs,
agriculteurs) formaient une classe équivalente àlaplèbe dans le
monderomain ;
17

9Lesaffranchis formaient une classeintermédiairesur leplan
juridique;
9Lesesclaves,nombreuxeten majorité d’origine africaine,
avaient, comme enGrèceouà Rome, des statutsdifférents (publics
ou privés).En ville,ilsaccomplissaientdes tâchesdomestiques ou
exerçaientdiversesactivitésau profitdeleurs maîtres.Leur mariage
était reconnu par laloiet ilsdisposaientderessourcesetd’une
certaineindépendance.La conditiondesesclaves occupésdans les
exploitationsagricoles,lescarrièreset les minesétait parcontre
épouvantable;
9Lesétrangers,très nombreux, étaient originairesdetout le bassin
méditerranéen:Étrusques, Siciliens, Maltais,Grecs,Chypriotes,
Orientaux.LesNumidesétaient mieux intégrésdans la cité comme
artisans, agriculteurs,ouvriers,mercenaires.
e
AudébutduVsiècle,lapolitique expansionniste deCarthage
connut unarrêt quand après unelongueguerremenée contreles
GrecsenSicileune arméepunique dirigéeparHamilcar futécrasée
à Himère(480).Aprèscette défaite,Carthagese dota d’une
constitution qui selonAristote(Politique, Livre II, chap.XI),reluet
préciséparPicard(Carthage), comprenait trois rouages principaux:
dL’Assemblée du peuple dont les pouvoirseffectifsétaient très
e
étendus.ÀpartirduIIIsiècle, elle choisissait les générauxet les
suffèteset intervenait sur toutes les questions politiques.
dLeConseildesAnciens ouSénatdont lefonctionnement reposait
surdescommissionschargéesdetoutes les questions.Aucœurdu
système,unconseil restreintdisposaitd’un largepouvoir judiciaire
et politique,mais pas militaire,la conduite delaguerre étant une
charge confiée à des générauxélus par lepeuple.
dUncollège demagistratséponymesélusannuellement,(les
suffètes) qui, àpartird’une certaine époque,furent les magistrats
4
suprêmesdeCarthage.
L’armée
Carthage,qu’il s’agisse duSénat oudes simplescitoyens,
n’avait pascomme à Sparteouà Rome devocation militaire.La
défense étaitassuréepar une arméequi n’était pas permanente,
maisconstituée àl’occasiondes guerreset licenciéeunefois lapaix
signée.

18

L’armée était formée
dDe citoyens, dont le recrutement était fondé sur le volontariat ;
dDe soldats levés par conscription soit parmi les sujets, soit dans
les cités libo-phéniciennes du territoire africain punique et de
l’empire :Africains, Sardes et Ibères ;
dDes contingents alliés et auxiliaires avec un encadrement
d’officiers fournis par lesÉtrusques, lesÉlymes de Sicile, les
Numides, les Macédoniens, lesGaulois et les Ligures.
E:nfin, l’usage était de recruter des mercenairesÉtrusques,
Grecs, Sardes,Corses,Gaulois, Ibères et Italiotes du sud de la
péninsule.
L’armée reposait principalement sur l’infanterie, puis à partir du
e
III sièclesur les éléphants et la cavalerie numide.Elle était
organisée en phalanges serrées, la cavalerie étant placée aux ailes.
L’artillerie, utilisée pendant les sièges des villes, comprenait des
tours à plusieurs étages et des catapultes qui lançaient des boulets
5
de pierre ou de fer .
La marine n’était pas seulement un secteur d’activité
économique, elle était aussi l’instrument de sa puissance politique
et militaire, même si son intervention dans les guerres ne fut jamais
décisive.
Malgré son recrutement hétéroclite et des mercenaires mal
payés, l’armée deCarthage conquit l’Espagne et remporta plusieurs
victoires contre lesGrecs en Sicile et les légions romaines pendant
laDeuxièmeGuerre punique.
La vie économique
e
Àsiècle,partir du VCarthage renforce son implantation dans
lesîlesetenEspagne et s’assure avecle contrôle delaroute
atlantique,le commerce del’étainenBretagne etenAngleterre.
Vers 450av.J.-C., Hannon,un petit-filsde Magon,organisaun
périplequi l’amenajusquesur lescôtesduSoudan pays producteur
6
d’or .
L’arrière-paysdevintdésormais l’objetd’unegrande attention.
Carthage annexales terroirs les plus richesdela Tunisie actuelle :
plainesdelamoyenne Medjerda etducapBon.Surces terres
fertileset humides,lesCarthaginoisdéveloppèrent une agriculture
diversifiée etdequalité,laissantauxNumides la culture des
céréalesenéchange d’un quartdelaproductionetde certaines

19

prestations. La plupart des exploitations carthaginoises étaient des
fermes fortifiées, entourées de jardins, de vignobles, d’oliveraies et
de pâturages. Le capBon était le véritable jardin deCarthage :
jardins et vergers arrosés par des ruisseaux et des canaux, arbres
fruitiers, plaines où l’on élevait du bétail et des chevaux.
Les droits de douane, prélevés sur les marchandises transitant
par les ports soumis àCarthage constituaient, avec les redevances et
les tributs imposés aux cités rurales de l’intérieur demeurées libres,
la pêche, les ressources agricoles et minières des territoires qu’elle
contrôlait, l’industrie (salaisons, tissus et pourpre, bois, céramique,
métallurgie) et le commerce, les principaux revenus de la cité
punique.

20

Les Carthaginois.Dridi. «Carthage et le monde punique».

21

La religion
Comme leurs ancêtres phéniciens et comme tous les Sémites, les
Carthaginois avaient une vision aniconique de la manifestation
divine. On célébrait de préférence le culte au lieu de résidence
supposé des dieux (sommet de la montagne) ou à des pierres
dressées ou bétyles (maison de la divinité). La religion punique a
subi certaines influences du milieu et du temps, mais elle resta
fidèle à ses dieux et rites puniques.
Les deux divinités suprêmes et les plus populaires qui nous sont
connues sont le dieuBa’al Hammon qui serait « la fusion du grand
dieu phénicienEl avec une divinité indigène» (R.Dussaud)et la
déesse Tanitavecqui il formait uncouple divin.
Plusieursauteurs ont soutenu,vu l’étroiteparenté du punique et
7
del’hébreuet lagrande diffusiondu judaïsme àCarthagequ’il
existait une certaineparenté entreleBa’alcarthaginoiset l’Adonaï
desHébreux.
D’autres ontcru voirdans lesigne ditde Tanit,un triangleou un
trapèzesurmonté d’une barrehorizontale auxbras parfoiscoudés,le
symbole d’une divinitéunique abstraite,inconnue desGrecs,
RomainsetAfricains.
Melqart,le Maître deCarthage était legrandDieudelaville de
Tyret le SaintPatrondel’expansion tyrrhénienne, assimilé à
8
Héraclès .
Le«clergé» puniquetrès hiérarchisé étaitdirigépar lesRab
Kouhanïm,chefs ou grands prêtres, assistésd’un personnel
subalternequi vaquaitaux multiples offices: chantres, cymbaliers,
préposésaux lampadaires,sacrificateurs, bouchers oucuisiniers liés
aux offrandes sacrificielles.Laprêtrise étaitégalement ouverte aux
femmes.Le costumesacerdotalcomprenait unetunique delin sans
ceinture,ornée d’unelarge bande brodée et un hautbonnet
cylindriquesemblable au tarboucheoriental.Souvent glabreset la
têterasée,les prêtres se déplaçaient pieds nusdans letemple.Ils
étaientchargésdubon fonctionnementduculte eten particulierdes
sacrifices,tarifés selon l’animalet lanature du sacrifice.
Pendant lescérémonies qui suivaient ouàl’occasion
d’évènements importants,lesPuniquescélébraient lesdieuxavec
des offrandes les plusdiverses:gâteaux, encens,sanctuaires
miniaturesen terre cuiteouenargent, coupes, etc.Leplus

22

remarquable de ces sacrifices était celui d’enfants (molek), legs de
l’héritage de Tyr. Avec le temps et sous l’influence du judaïsme,le
molekfut remplacépar un sacrifice desubstitution,lemolchomor
9
« sacrifice del’agneau » .
Dans le choixdesdivinités,l’organisationduculte et lapratique
religieuse,l’influencepuniqueoriginelles’estdétachée del’Orient,
en mêmetemps queCarthages’estcoupée dela Méditerranée après
la PremièreGuerrepunique et qu’elle a évolué en s’imprégnantde
judaïsme.Les pratiques funérairesdesCarthaginois qui ont fait
l’objetdeplusieurs rechercheset interprétations furentassez
diverses selon lesépoqueset lesclasses sociales.
LeCarthaginois ressentaiten permanence dans son
environnement laprésence deforces magiques qui pouvaientêtre
bienveillantes ou hostiles.On se conciliait les unesavec des prières
et l'on seprotégeaitdes jalouxetdesenvieuxavec desamulettesde
formesdiverses,portéesencollierautourducou ou placéesdans
10
les vêtements .L’usage étaitaussi fréquent pour se débarrasser
d’un rivald’avoir recoursàun magicien qui rédigeaitdes formules
deprotection qu’on inséraitdansdesamulettes.Ces pratiques
resteront toujours vivacesdans l’Afriqueromaine, chrétienne,
11
musulmane et française.
Les Guerres Puniques
Rome, absorbéepar sa conquête del’Italie avaitadmis
l’hégémonie deCarthage enMéditerranée, enSardaigne, enCorse
et surtoutenSicile.La confrontationaveclescités grecquesétait
permanente.En 480,lesCarthaginois subirent unelourde défaite à
Himère.Agrigente etSyracusesepartagèrent le butin:2700 kg
d’or,uneindemnité de2000 talentsetdes milliersdeprisonniers.
En 409,Carthageprofita del’affaiblissementde Syracusepour
venger le désastre d’Himère et prendreun large contrôle dela
Sicile.
Lasituationchangeaquand Romequiavait occupél’Italie
méridionale, après la défaite de Pyrrhus,roid’Épire, convoitales
richessesagricolesdela Sicile et les trésorsdes villes.L’occasion
d’intervenir lui futdonnéelorsquelesMamertins, des mercenaires
campaniens installésà Messine et menacés parHiéronde Syracuse,
firentappelàCarthage avantdes’en remettre àla discrétionde
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Rome.

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