L'ascension sociale des notables urbains

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Français
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Entre 1300 et 1600, le parcours d'une cinquantaine de famille de Bourges est ici restitué. Quelles sont les étapes de l'ascension au cours de ces trois siècles ? Ces notables, très vite officiers du roi, lui sont-ils toujours fidèles ? Sont-ils unis ou choisissent-ils parfois les intérêts de leur milieu ou de leur ville ? Quels sont l'ampleur et l'impact des oppositions familiales ? Les guerres civiles et religieuses s'avèrent un excellent temps d'observation dans une ville tout à tour protestante puis ligueuse.

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Date de parution 01 juillet 2010
Nombre de lectures 329
EAN13 9782296259270
Langue Français

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L’ascension sociale
des notables urbains

Logiques historiques
Collection dirigée par Dominique Poulot

La collection s’attache à la conscience historique des cultures
contemporaines. Elle accueille des travaux consacrés au poids de la durée, au legs
d’événements-clés, au façonnement de modèles ou de sources historiques, à
l’invention de la tradition ou à la construction de généalogies. Les analyses de la
mémoire et de la commémoration, de l’historiographie et de la patrimonialisation
sont privilégiées, qui montrent comment des représentations du passé peuvent faire
figures de logiques historiques.

Déjà parus

Caroline BARCELLINI,Le musée de l'Armée et la fabrique de la
nation. Histoire militaire, histoire nationale et enjeux
muséographiques, 2010.
J. Pedro LORENTE,Les musées d’art moderne ou contemporain:
une exploration conceptuelle et historique, 2009.
Danielle JOUANNA, L’Europe est née en Grèce, 2009.
e
Alain SERVEL,Histoire de la notabilité en pays d’Apt aux
XVIe
XVII siècles.Les mécanismes d’ascension sociale, 2009.
Corinne BELLIARD,L’Emancipation des femmes à l’épreuve de la
philanthropie, 2009.
Didier FISCHER,L’homme providentiel de Thiers à de Gaulle, 2009.
Olivier CHAÏBI,Jules Lechevalier, pionnier de l’économie sociale
(1862 - 1862), 2009.
Michel HAMARD,La famille La Rochefoucauld et le duché pairie de
e
La Roche-Guyon auXVIII, 2008.
ème
Martine de LAJUDIE, Un savant au XIXsiècle : Urbain Dortet de
Tessan, ingénieur hydrographe, 2008.
Carole ESPINOSA,L’Armée et la ville en France. 1815-1870. De la
seconde Restauration à la veille du conflit franco-prussien, 2008.
Karine RIVIERE-DE FRANCO, La communication électorale en
Grande-Bretagne, 2008.
e
Dieter GEMBICKI,Clio auXVIIIVoltaire, Montesquieu et siècle.
autres disciples, 2008.
Laurent BOSCHER,Histoire des prisonniers politiques. 1792 – 1848.
Le châtiment des vaincus, 2008.
Hugues COCARD,L’ordre de la Merci en France, 2007
Claude HARTMANN,Charles-Hélion,2007.





Alain COLLAS






L’ascension sociale
des notables urbains

L’exemple de Bourges : 1286-1600









L’HARMATTAN




































© L'HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12171-3
EAN : 9782296121713

Préface

Marc Bloch disait de l’histoire que, semblable à l’ogre de la fable, il humait
la chair fraîche. M. Alain Collas n’est pas un ogre, mais c’est un historien et
un chasseur à l’affût des palpitantes réalités humaines. Sa thèse, soutenue en
1982 au Centre d’études supérieures de la Renaissance de l’université de
Tours, avait porté sur les officiers de justice et de finance dans les pays de la
e e
Loire moyenne aux XVet XVIsiècle. Or il découvrit que tous ces gens
faisaient intégralement partie de l’élite de leurs villes. C’est ce qui lui a
donné l’idée de prendre en chasse l’ensemble de leurs notables; son livre est
le résultat de sa traque. Mais au fil du temps, elle s’est resserrée. Dans sa
ligne de mire, il n’a finalement gardé que le Berry et même plus précisément
Bourges. Sa recherche gagnait en compréhension ce qu’elle perdait en
extension. Tous les bons travaux qu’il a publié, notamment sur les
Chambellan, une grande famille berruyère, sont autant de jalons dans ce
resserrement de perspective lié à un changement de méthode passée de la
monographie à la prosopographie, c’est à dire, en somme, au portrait
collectif des notables de Bourges.
C’est que la ville lui fournissait, en effet, un excellent terrain d’observation.
A première vue pourtant la perte des archives municipales antérieures au
terrible incendie de 1487 aurait pu l’en faire douter. Mais un bon historien ne
se laisse jamais arrêter par une lacune documentaire. Cuvier avec seulement
une mâchoire reconstituait tout un animal, de même à défaut de registres de
e
compte ou de délibérations antérieurs au XVIsiècle, le dépouillement
systématique d’une quantité impressionnante de minutes notariales ont
permis à M. Alain Collas de retrouver la ville et d’entrer dans le vif de sa
réalité sociale, à la fois exemplaire et banale.
Qu’est-ce donc que Bourges, en effet, dans cette période sans nom que l’on
dénomme faute de mieux fin du Moyen Age et début des Temps modernes ?
Une bonne ville, une parmi d’autres dans le royaume, assez bien placée
pourtant dans leur subtile hiérarchie, sans figurer au premier rang. Métropole
ecclésiastique, tête de la province d’Aquitaine, siège d’un vaste bailliage,
elle a eu son heure de gloire. Au temps où les principautés grandissaient au
rythme où s’affaiblissait l’autorité centrale au risque bien réel de faire du
royaume une sorte de confédération semblable au Saint-Empire, Bourges a
abrité une brillante cour autour de son duc, Jean de Berry. La ville a pu de la
sorte offrir ensuite à la monarchie humiliée un solide point d’appui pour son
redressement. Le grand commerce en a profité. Comment parler de Bourges
sans penser à Jacques Cœur? Mais le succès de l’entreprise ne lui a pas
porté chance, la méfiance de Louis XI à son endroit, non plus. C’est Tours,
c’est Blois, même qui finalement tirent largement profit duséjour des rois,
c’est Paris, jamais éclipsé du reste, qui revient au premier plan, c’est Lyon
qui grandit vite, fort de ses grandes foires européennes tant jalousées. Sous

5

Charles de France, frère de Louis XI, et Marguerite de Valois, sœur de
François Ier, le duché de Berry fait encore illusion, mais Bourges n’est plus
capitale régionale capable de rivaliser non seulement avec les têtes
d’affiches, mais encore avec Toulouse, Montpellier, Bordeaux ou même
Dijon et Moulins ? Du gâteau royal cependant tombent encore mieux que
des miettes. Les Lallemant dont le bel hôtel illustre toujours la ville, les Le
Roy, les Bochetel, les Babou même ont su tirer parti. Derrière eux beaucoup
d’autres notables, partis plus ou moins tôt dans la voie de l’ascension, ont pu
encore s’élever, mais les limites que leur assignaient les possibilités offertes
par leur bonne ville, notable certes (c’est un tout), mais ni plus ni moins
qu’une vingtaine d’autres de même acabit. Un champ d’observation qui n’est
donc ni insignifiant ni exceptionnel non plus, à l’abri du double risque de la
platitude ou de la généralisation outrancière.
Un bon choix par conséquent d’autant que ce rétrécissement du champ
spatial est largement compensé par l’étendue du balayage temporel. Deux
siècles et demi, huit vagues de générations qui se succèdent, se chevauchent
aussi, car toutes ne déferlent pas au même instant, et qui s’entremêlent. Plus
de trois mille individus et une bonne centaine de familles. Des lignages à
suivre dans le fil de généalogies verticales, mais aussi des réseaux qui
s’étalent, immuables pour ainsi dire, qui segmentent un groupe social à la
fois homogène dans sa structure et divers dans sa composition, et qui
nourrissent ainsi des antagonismes séculaires, des prises de parti politiques
contraires et des choix religieux opposés. C’est bien cette longue durée qui
donne à la méthode prosopographique retenue par M. Alain Collas toutesa
pertinence et qui lui permet de dépasser le stade de l’anecdote ou de la
collection de cas particuliers.
e e
Il faut aller plus loin. L’appliquer du milieu du XIVsiècle à la fin du XVI ,
c’est sauter délibérément par-dessus la borne posée entre Moyen Age et
Renaissance. Cette coupure traditionnelle, n’est pourtant pas entièrement
dénuée de pertinence. L’efflorescence de l’humanisme, la ruine sous les
coups des Turcs du dernier vestige de l’empire romain hérité de l’Antiquité,
l’élan donné à Christophe Colomb aux grandes découvertes sont des données
qui ont tout leur prix au regard du développement de l’esprit humain.
Cependant l’évolution politique et la réalité sociale, notamment celle qui se
forge au cœur des bonnes villes, n’en ont cure. Elles dépendent infiniment
plus de l’autre fait marquant d’une époque qui n’a rien d’une
pseudotransition ;ce fait, c’est l’émergence d’un Etatsui generis quin’est ni
essentiellement féodal ni résolument moderne, mais dont on aurait grand
tort, en dépit de ses fluctuations, de ne faire que l’antichambre mal formée
de la monarchie absolue. Point de coupure convaincante de 1300 à 1600
disait Bernard Guénée qui relativisait le cadre temporel limité à la fin du
e
XV siècleimposé dans son livre sur les Etatsd’Occident. Telle est aussi la
justification du parti pris par M. Alain Collas, car seuls le poids des

6

habitudes et l’inertie de l’administration universitaire maintiennent en
matière d’histoire politique, sociale et même économique, contre tout bon
sens, une périodisation sclérosée. Bien plus, il faut le dire, la fausse rupture
e
de la fin du XVsiècle occulte le problème fondamental que pose l’histoire
sociale de ces trois siècles. Dès 1977, l’historien américain George Huppert,
dans un essai brillant, en avait exposé les données. La traduction de son livre
parue en 1983 sous les auspices de Fernand Braudel les clarifie plus encore
par le titre proposé: «Bourgeois et gentilshommes, la réussite sociale en
e
France au XVsiècle ».Néanmoins, il n’est rien d’autre qu’un clin d’œil,
une plaisante allusion à Molière, car les gens dont il est question ne sont
justement ni bourgeois ni gentilshommes. Quand M. Alain Collas intitule
son livre « De l’étal à l’épée », il exprime la même réalité déroutante, tout en
élargissant opportunément l’espace chronologique de son analyse. Il faut être
clair. Les inflexions les plus récentes de l’histoire urbaine, marquées
notamment par les deux tables rondes dirigées par M. Thierry Dutour sur les
nobles et la ville et dont les actes sont sous presse, rendent caducs des
stéréotypes qui ont pourtant la vie dure. L’antithèse radicale entre une
noblesse campagnarde adonnée au métier des armes et une bourgeoisie
urbaine purement marchande ne tient plus, l’analyse en termes de conflit de
classe ou d’ordre, pas davantage. Car, s’il est vrai, comme on tend de plus en
plus à le dire, que le sentiment de l’honneur est la valeur fondatrice du lien
social avant l’avènement de la révolution industrielle et la poussée
démocratique, et ses nuances subtiles, le fondement de la hiérarchie, les
élites des bonnes villes incontestablement se trouvent du bon côté de la
barricade. Leurs membres sont gens «honorables »,reconnus et désignés
comme tels exclusivement. Ce sont des notables et ce n’est pas pour rien que
ce mot nouveau, si proche de noble, apparaît dans la langue au temps de leur
émergence. Il ne fait aucun doute qu’ils vivent tous noblement et l’office
public, donc le service du roi, en est le moyen, le meilleur, sinon le seul qui
soit à leur disposition ; ils utilisent aussi largement les ressources offertes par
l’église qui offre la possibilité de monter aussi haut, voir plus encore, tout en
préservant le patrimoine familial. Ils demeurent en ville certes, mais comme
bien des nobles patentés, et n’en sont pas moins comme aux seigneurs dans
les campagnes voisines où ils ont manoirs et ou châteaux. Et pourtant, dans
la majorité des cas, ils ne peuvent se targuer d’illustres aïeux, blanchis sous
le harnois, qui leur vaudraient brevet de gentilhommerie. Le problème est là.
G. Huppert voyait en eux une sorte degentry, mais à tort, car précisément, le
mot reste intraduisible en français de même que bourgeoisie l’est en anglais.
La réalité sociale est autre, Huppert se fondait surtout sur l’ascension
e
vertigineuse au XVIsiècle de familles illustres fixées à Paris, les Pasquier,
les d’Ormesson et d’autres dont il se faisait le chantre du succès. M. Alain
Collas, en s’en tenant à un cadre bien moins prestigieux, mais en balayant
les siècles, donne pour ses notables berruyers tout au contraire une image

7

d’ascension vite bornée, une stagnation au pied du sommet, voire parfois une
régression. A Bourges, la pseudo-gentry piétine. C’est que le commerce,
l’étal si l’on veut, que ces gens tenaient par eux-même ou par parents
interposés, de plus en plus faisait tomber sur leurs ambitions de couperet de
la dérogeance. Cette notion restée longtemps assez floue se précise, en effet,
e e
et se durcit en France du XIVau XVIIsiècle pour des motifs politiques et
culturels propres à ce pays et qui en font une exception en Europe
occidentale. Le commerce y est avilissant. Seuls l’office public et le temps
qui efface la mémoire de l’étal qu’ont tenus leurs ancêtres permettent aux
notables des bonnes villes de passer pour de vrais gentilshommes, de nom et
e
de race. C’est pourquoi, lorsque la monarchie absolue se mêle au XVII
siècle de solidifier la hiérarchie sociale en la bloquant dans un système
d’ordres, elle y place clairement au deuxième rang l’étatde noblesse et du
même coup donne substance à un tiers-état ou mieux à la bourgeoisie, posée
en face d’elle comme son antithèse. Les membres de la gentry manquée,
qu’ils soient de Bourges ou d’ailleurs, n’ont pu échapper à un déclassement
redoutable qu’en se drapant dans leur robe ou en adoptant le genre de vie des
traîneurs d’épée. La Révolution qui ne fut pas uniquement française par
hasard est le fruit de ces contradictions; elle fut avant tout la revanche
e
éclatante d’un tiers-état trop humilié. C’est pourquoi, au XIXsiècle, les
historiens libéraux d’abord et les marxistes à leur suites ont lu toute cette
histoire comme une lutte de classes ouvertes dès le Moyen Age et dont la
bourgeoisie pensée comme une essence devenait la protagoniste. M. Alain
Collas, par sa prosopographie de l’élite urbaine de Bourges dont il suit sur la
longue durée les succès et les déboires, nous permet de mieux voir au ras du
sol comment se noue ce nœud de contradictions, fruit d’une problématique
dont l’extension devenue l’universelle ne doit pas masquer l’origine et le
caractère purement français. Est-il besoin d’en dire plus pour souligner tout
l’intérêt de son livre ?


Bernard Chevalier
Professeur émérite à l’université François Rabelais de Tours

8

Le 19 janvier 1601 Antoine II Fradet est reçu conseiller clerc au Parlement
1
de Paris . Il couronne ainsi l’ascension d’une famille dont nous saisissons le
2
premier membre, procureur du roi, à Bourges de 1322 à 1330. Jean VII
Bouer décède en 1608,quarante après s’être distingué dans la lutte contre les
3
protestants du Berry. Il était le septième de cette famille à se prénommer
Jean en référence à l’un des fondateurs de cette souche, changeur à Bourges
4
en 1322 .
Ainsisur près de trois siècles pouvons nous suivre des familles, nous
interrogeant sur leur longévité mais surtout sur leur ascension. Certes toutes
ne parviennent pas à « l’épée », mais la plupart sortent de l’étal pour accéder
à des fonctions dans l’administration du bailliage et pour les plus puissants,
ou les plus chanceux, à l’administration du royaume.
Depuisvingt ans nous traquons les notables de Bourges dans les archives
municipales, départementales et nationales pour essayer de reconstituer des
e
lignées, des vies, des parcours, des ultimes années du XIIIsiècle au règne
d’Henri IV.
Nousn’avons pas la prétention de modifier la connaissance que des
travaux nombreux et riches nous ont apporté des officiers du roi ou des
e ee 5
notables des XIV, XVet XVIsiècles .Notre propos se caractérise
simplement par une observation sur la longue durée de notables urbains pris
dans la totalité de leurs fonctions. Ayant été formé à la recherche au Centre
6
d’Etudes Supérieures de la Renaissance de Toursnous avons pris l’habitude
de ne pas nous enfermer dans les limites fixées aux études médiévalesou
aux études modernes, mais à regarder, au -delà de la frontière traditionnelle,
les comportements humains et les faits.
Nousavons donc essayé d’examiner des hommes et des familles de leur
e
apparition dans les sources jusqu’à la fin du XVIsiècle, ce qui conduit à les
suivre durant la longue marche hésitante et parfois chaotique de la
centralisation monarchique. Ce choix chronologique étant la conséquence

1
Edouard MaugisHistoire du Parlement de Paris de l’avènement des rois Valois à
la mort d’Henri IV, 1Paris 1913-916, tome III p. 317 ;
2
Dupont-Ferrier,Gustave,Galia Regia état des officiers des bailliages de 1328 à
1515, tome I Paris 1942 n° 3954.
3
Arch. dép. Cher 2F 249 n° 28.
4
Arch. dép. Cher E 985 pièce 48.
5
De Guénée Bernard :Tribunaux et gens de justice dans le bailliage de Senlis à la
fin du Moyen-Age (vers 1380-vers 1550) Strasbourg 1963 à Dutour Thiérry:Une
société de l’honneur, les notables et leur monde à Dijon à la fin du Moyen –Age
Paris 1998, pour prendre deux titres qui marquent les bornes chronologiques de
quarante ans de recherche. Pour le détail voir la bibliographie.
6
A l’occasion d’une thèse :Pouvoir légal et pouvoir réel : les officiers de justice et
de finances dans les bailliages de Blois, Bourges, Chartres, Orléans et Tour.1407–
1562. sous la direction de Bernard Chevalier. Thèse dactylographiée Université de
Tours 1982.

9

d’une question qui nous préoccupait dés la rédaction de la thèse: ces
notables ont-ils accompagné ou profité de la centralisation ? Ont-ils fortifié
cette centralisation dont ils étaient souvent les agents fonctionnels en
fortifiant en même temps leur famille et leur fortune ou ont-ils parfois su
bâtir leur prospérité contre les intérêts qu’ils étaient censés défendre ? Cette
interrogation première qui nous avait conduit à examiner les officiers de
justice d’une guerre civile à l’autre, nous a amené à continuer nos recherches
jusqu’à la paix de Vervins. L’examen de nos familles se fera constamment
avec cette préoccupation du lien entre l’ascension sociale et l’implication
dans la vie civique et «politique »dans cette période de changement, de
bouleversement, de passage d’un monde à l’autre.
Bourgesa retenu notre attention, devenant le lieu central de nos
investigations en raison de l’abondance d’archives en partie inexploitées,
mais aussi en raison des particularités decette ville la prédisposant à une
analyse sur le long terme des familles notables, dans l’optique que nous
venons d’indiquer.
Cetteville du cœur de la France se trouve en effet durant de nombreuses
décennies au cœur de l’Histoire. Apanage de Jean, frère de Charles V, le
e e
Berry devient à la charnière des XIVet XVsiècles l’un de ces duchés
principautés qui émaillent alors le royaume. Les «Riches Heures»
témoignent de la munificence du duc Jean dont le mécénat se manifeste dans
l’agrandissement du château de Mehun sur Yèvre autant que dans
l’installation de la Sainte Chapelle de Bourges. L’oncle de Charles VI dote
son duché d’une véritable administration. Nous le verrons nos premiers
marchands trouvent là un client, mais aussi un employeur. L’apport de Jean
ne se limite pas à cela. Il ancre aussi le Berry dans la fidélité royale à l’heure
des guerres civiles entre Armagnacs et Bourguignons et c’est à Bourges que
le dauphin Charles commencera par trouver refuge ( « le roi de Bourges»)
avant de remonter vers Tours. C’est dans cette remontée qu’un jeune
berruyer audacieux, Jacques Cœur, trouve la source de sa richesse, fondée à
Bourges et développée à Tours. C’est dans son sillage nous le verrons que
certains marchands berruyers construisent leur propre prospérité.
Lacapitale ligérienne va absorber toute la lumière et plonger Bourges dans
l’ombre. Charles VII et Louis XI sont en bords de Loire avec la cour.
Bourges redevient une ville secondaire, une capitale de bailliage parmi
d’autres. En revanche une série d’événements, participation à la Ligue du
Bien public en 1465 ( qui donne à Louis XI des préventions tenaces contre
Bourges), émeutes urbaines de 1474 puis encore de 1485, participation à la
guerre des villes de 1562, puis à la Ligue, sans oublier la présence de la sœur
er
de François 1à la tête du duché dans les années 1517, troublent cette
quiétude et en font un champs d’observation des comportements des
notables marchands, praticiens ou officiers, d’un grand intérêt.

1

0

C’est confrontés à ces épisodes autour du duc Jean ou autour de la duchesse
Marguerite, de l’engagement armagnac à la Ligue que nous pouvons suivre
nos hommes, ces notables ordinaires qui pour la plupart ont laissé la gloire et
la présence dans les livres à Jacques Cœur et sont restés aujourd’hui
anonymes et inconnus. Une rue ici ou là dans la Bourges actuelle, un hôtel
particulier rappellent seuls l’existence des plus importants d’entre eux. Pour
les autres loin des Briçonnet tourangeaux, des Gaillard blésois ou autre
Hurault, nos Fradet, Chambellan, Bouer ou Pelourde sont enfouis dans
l’oubli. Et pourtant ils ont fréquenté ces grands noms ont parfois été leurs
alliés, leurs collaborateurs. Il nous appartiendra d’essayer de comprendre les
différences qui conduisent les uns à la célébrité, les autres à l’oubli.
Partantde la famille Chambellanque la préparation du doctorat nous
avait permise de rencontrer de nombreuses fois nous avons exhumé une
cinquantaine de familles que nous pouvons suivre sur le temps long de la fin
du Moyen-age et de la Renaissance. Il faut y ajouter quarante et une familles
pour lesquelles nous connaissons de nombreux membres sans toutefois
pouvoir établir une continuité dans le temps. Enfin nous avons rencontré 390
patronymes sur lesquels nous possédons deux ou trois mentions permettant
d’en connaître deux ou trois membres parfois un seul. Au total nous avons
un fichierde 3444 personnes àinterroger.
7
Ils’agit donc d’un travail de prosopographie . Consignant sur une fiche
avec des entrées concernant la filiation, les mariages, la mort, les fonctions,
les titres, les possessions et les manifestations face aux événements, nous
avons bien sûr des renseignements inégaux sur nos individus, de quelques
mentions à plusieurs pages, sans doute jamais complets. Mais un travail sur
les récurrences, sur les recoupements et les différences nous permet
d’esquisser un portrait de groupes des notables urbains de Bourges de 1300 à
1600.
Laquestion essentielle n’étant pas, à nos yeux de décrire la vie quotidienne
des notables, leurs revenus et leurs possessions (toutes questions sur
lesquelles de nombreux historiens ont largement fait le point des
connaissances) mais bien plutôt les raisons d’une permanence oudes
disparitions subites, les mécanismes de l’ascension sociale. Y-a-t-il eu de la
part de ces notables des stratégies d’ascension sociale ? Ou cela est-il le fait
du hasard? Avec deux points d’observation privilégiés : y-a-t-il constitution
de réseaux familiaux? Et dans cette hypothèse comment se constituent-ils?

7
Pourla méthode nous nous permettons de renvoyer à deux articles
complémentaires que nous avons publiés sur la famille Chambellan: Collas Alain,
« Unefamille de notables ordinaires: Les Chambellan de Bourges (1300-1585)»
Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouesttome 103,1996 n° 4 pp. 25-57 ; et «Les
Chambellan et leurs alliances, notices prosopographiques 1300-1598.Une famille
notable de Bourges,»Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry n°163 3é
trimestre 2005 pp. 9-26.

1

1

Comment fonctionnent-ils ? A quoi ont-ils servi ? La prosopographie étant
pour cette approche d’un grand intérêt.
Nous nous sommes efforcés de reconstituer dans le temps ces réseaux
d’affins et d’alliés. Y-a-t-il des attitudes identifiables des uns et des autres
face aux nombreux événements qui jalonnent leurs vies des règnes de
Philippe VI le Bel à celui d’Henri IV ? Etces attitudes sont-elles communes
à tousles membres d’un même réseau ? Avons-nous des comportements
individuels ou des attitudes collectives ? En quoi enfin ces prises de position
jouent-elles un rôle dans l’ascension plus ou moins réussie des uns et des
autres ?
Autourde ces questions, l’analyse des possessions, des fonctions, des
fortunes (autant que l'on puisse les discerner), de l’image qu’ils ont
d’euxmêmes de leur caractère parfois sont autant d’éléments qui permettent de
compléter le tableau, de rendre vie à ces hommes et ces femmes. Ces gens
8
ont profondément marqué de leur empreinte leBerry de manière durable .
Ils ont participé au développement de la ville, se sont battus pour y
e
développer au XVsiècle des activités économiques, notamment les foires,
pour y faire vivre une université, pour la reconstruire après le terrible
incendie de 1487. Ils ont essayé d’en faire un centre humaniste. Au-delà du
Berry ils ont investi le chapitre cathédrale de Notre Dame de Paris, la cour
du Parlement de Paris parfois le Conseil du roi, ils ont donné plusieurs
9
notaires et secrétaires du roi.C’est leur histoire que nous voulons conter en
essayant de les suivre dans le temps.
A l’origine ( chapitre I ) ils sortent des archives, marchands d’une manière
ou d’une autre, drapiers, d’épices ou changeurs. Ils apparaissent pour la
première fois en 1280 ou en 1450 mais presque toujours dans ces fonctions.
Puis ensuite (Chapitre II) ils se livrent à l’acquisition de seigneuries, tout en
accédant aux offices locaux aidés souvent par la conjoncture qui permet à
quelques-uns uns d’accéder à des offices « nationaux » (chapitre III). Après
avoir regardé les bases de ces familles se constituer en essayant de distinguer
les points communs et les différences entre les débuts de ceux qui naissent

8
Certaines familles ont continué au moins jusqu’à la Révolution française de jouer
un rôle dans le bailliage et dans la ville comme ce Michel Joseph Chenu dont le
mariage en 1821 témoigne de la permanence à Bourges d’une famille qui apparaît en
1450 (Arch. . Cher 2 F 250 n° 2) ou encore ce baron D ‘Orsanne descendant d’une
e
famille connue à Issoudun dés les premières années du XIVsiècle qui a eu la
gentillesse et l’amabilité de me communiquer des pièces d’archives privées; qu’il
trouve ici toutes les marques de ma reconnaissance.
9
Deronne Eliane, «Les origines des chanoines de Notre-Dame de Paris de 1450 à
1550 »,Revue hstoire moderne er contemporainetome XVIII janvier-mars 1971 pp.
1-29 ;MaugisHistoire du Parlement ouvragecité ;Lapeyre André et Scheurer
Robert,Les notaires et secrétairesdu roi sous les règnes de Louis XI de Charles VIII
et de Louis XII (1461-1515) Notices personnelles et généalogiques Paris
Bibliothèque Nationale 1978 2 volumes.

1

2

e ee
au XIVet ceux qui commencent à bâtir leur famille au XVvoir au XVI
siècle, le temps sera venu d’essayer de comprendre les rouages de ces
ascensions en examinant la diversité des carrières, après l’examen de leur
présence dans les deux lieux de pouvoir que sont les bénéfices
ecclésiastiques et l’échevinage (Chapitre IV). C’est dans l’analyse des
réseaux que nous trouverons l’éclairage principal permettant de comprendre
les distinctions et les écarts entre ces familles(chapitre V). Face aux
différends événements nous constaterons qu’ils montrent souvent une unité
de façade qui se lézarde vite (chapitre VI). Dans les difficultés de Bourges
e
qui s’accumulent à la fin du XVsiècle ils affirment leur présence à la ville
et sur leur terres à la campagne. Enfin nous verrons comment les guerres de
religion sont un ultime révélateur de leur fonctionnement et de leur
contradiction (Chapitre VII ) avant de constater l’état de la notabilité
e
berruyère dans les dernières années du XVIsiècle entre stabilité et
renouvellement à l’issue d’une véritable guerre civile interne à la notabilité
(chapitre VIII).
Nous aurons perdu en route bien des familles implantées hors du Berry ou
déclinantes et vu d’autres branches triompher du temps et des difficultés.
Nossources ont bien sûr guidé nos pas. A la Bibliothèque Nationale de
France les Pièces Originales du Cabinet des titres ont fourni sur certaines
10
familles des dossiers très riches. Des sondages aux Archives Nationales en
série X du Parlement de Paris, en série KK comptabilité, en série JJ et en
série P de la Chambre des comptes ont notamment permis de donner des
éclairages sur les comportements de ces personnages et de suivre les
acquisitions de propriétés et le transmissions de biens. A Bourges nous
avons dépouillé la totalité des notaires de notre période en complétant les
recherches par des sondages aux archives municipales et dans les archives
religieuses. L’incendie de 1487 ayant bien sûr touché les parchemins nous
e
avons une connaissance plus approfondie pour les dernières années du XV
e
siècle et pour le XVIsiècle que pour les périodes antérieures conduisant à
un déséquilibre chronologique que les archives parisiennes ont heureusement
permis de limiter. Néanmoins de médiéviste que nous étions au départ nous
sommes devenus de plus en plus «seizièmiste », attiré particulièrement par
le comportement de nos gens durant les épisodesnombreux et mouvementés
e e
des troubles religieux en Berry. Les érudits locaux du XVII , du XVIIIet du
e
XIX siècleont été d’un apport précieux dés lors qu’on les soumet à une
11
analyse critique aiguë. Nos recherches ont souvent permis de mettre à jour
leurs erreurs ou leurs omissions et peuvent ainsi contribuer, espérons le, à
développer la connaissance de l’histoire de cette province.

10
A commencer par P.O. 654 dossier 15373 sur la famille Chambellan, riche de 113
parchemins qui est à l’origine de nos investigations à Bourges.
11
LaThaumassiére, Raynal LouisHistoire du Berry enquatre volumes, Bourges
1845 notamment.

1

3

Toutau long de ces années j’ai pu progresser dans le dépouillement et
l’analyse grâce au soutien et aux conseils de plusieurs maîtres que je tiens ici
à remercier. Bernard Chevalier tout d’abord, initialement rencontré à
l’occasion d’un enseignement de la paléographiedevenu par la suite mon
directeur de recherche. Les nombreux échanges, conversations que nous
avons eues dans des liens qui sont devenus amicaux nourrissent ce travail de
la pertinence de ses remarques et de l’immensité de ses connaissances sur le
milieu des notables urbains. Françoise Autrand ensuite qui a eu la gentillesse
de m’accueillir à son séminaire de l’Ecole Normale Supérieure de la rue
d’Ulm et qui a bien voulu m’honorer de ses conseils, me donner de
précieuses indications, notamment sur le travail prosopographique. Enfin
e
Robert Sauzet grâce auquel je me suis ouvert à la compréhension du XVI
siècle et des crises religieuses à l’occasion de son enseignement et ensuite
des indications qu’il m’a communiquées, m’aidant de son érudition.
Eloignédu Berry par les aléas de la carrière administrative je n’aurai pas
pu conduire ce travail sans la compréhension, le dévouement et l’aide active
des archivistes des Archives Départementales de Bourges, et tout
particulièrement de Jean Yves Ribault qui en fut le directeur et de Philippe
Goldman :qu’ils trouvent ici le témoignage profond de ma reconnaissance
pour tout ce que je leur dois. Enfin tous mes remerciements à Francis
Riolland, professeur agrégé de géographie au lycée Descartes de Tours et
chargé d’enseignement à l’Université François Rabelais de Tours pour le
temps qu’il a bien voulu consacrer à la cartographie.

Cetravail est hélas indigne de la confiance que tous m’ont accordé. Il est
incomplet et lacunaire. Nous avons néanmoins décidé d’écrire l’état de nos
connaissances afin de donner quelques éléments qui puissent servir de
soubassement à la compréhension de ces notables urbains d’une modeste cité
du centre de la France.
Nousespérons faire aussi partager ce plaisir intense que nous avons eu,
souvent mêlé d’émotion, à faire revivre ces personnages, à les découvrir
entre les lignes des parchemins, à en tisser peu à peu le portrait incertain, à
en fixer les contours flous à essayer de comprendre ce qui les a fait vivre,
combattre, bâtir, acheter. Ils ont contribué à leur place au passage du
Moyenâge aux temps modernes. J’espère ne pas les trahir en interprétant leur
démarche et leur motivation.

1

4

Chapitre I : Au début était la marchandise.

Notre premier contact avec les notables de Bourges a eu lieu lors de notre
e
rencontre avec les officiers de justice du roi aux XVsiècle. C’est à partir
des personnages aperçus alors, que nous avons conduitles recherches sur
les familles notables en remontant dans le temps pour essayer de trouver la
première mention dans les archives. Cela nous a transporté parfois jusqu’à la
e
fin du XIIIsiècle !

Des vagues successives
Si nous examinons l’ensemble de notre corpus le premier constat qui
s’impose est celui d’un renouvellement, ou d’une alimentation, de la
notabilité par vagues successives. Quatre temps: les premières familles
e e
sortent de l’ombre à la charnière du XIIIet du XIVsiècle. Laurent Pelourde
12
lieutenant du prévôt de Bourges en 1286en est le plus ancien exemple.
13
Nous ne savons pas grand chose sur son père sinon le prénom Henri. Ils
sont très vite alliés avec une autre famille qui apparaît également comme
l’une des plus anciennes : les Le Roy dont la première mention nous situe en
14
1277 avec Pierre I.
e
Une deuxième vague apparaît dans les toutes premières années du XV
siècle :c’est la plus forte grosse des Alligret, Bochetel, de Charpeigne,
Dorsanne et de La Loe ou Bigot.
Puis très vite autour de 1450 de nouveaux noms s’imposent Damours, de
Ganay, Girard, Godard, Tullier, Turpin.
e
Enfin les premières années du XVIsiècle voient parvenir à Bourges le
dernière vague plus réduite des Riglet, Régnier…
C’est par conséquent une notabilité très vivante se renouvelant ou plus
exactement s’élargissant que nous voyons à Bourges et dans le Berry
pendant toutes ces années. Les portes de la ville ne sont pas fermées aux
nouveaux venus durant les trois siècles qui nous concernent tout au plus
percevons -nous une réduction du nombre des noms nouveaux au fur et à
e
mesure que nous approchons du terme du XVIsiècle.
Le point commun à toutes ces familles c’est une origine commune dans la
marchandise quelle que soit la date de la première apparition. Toutes sont
d’abord derrière un étal de drapier, de changeur, de boucher ou de fourrures.
Seules exceptions les familles qui ont comme membre fondateur un artiste,
encore qu’il s’agisse d’une forme de commerce. Nous avons ainsi la famille

12
Plusieurs témoignages le concernent Arch. dép. Cher E 804 pièce 1, et aussi Guy
e e
Devailly :au XIIILe Berry du Xsièclep. 532-533 Paris – La Haye 1973.
13
Arch. dép. Cher 2 F 253 n° 167.
14
Arch. dép. Cher 2 F 255 n° 15.

1

5

de Cambray dont le premier membre Jean I de Rupy dit de Cambray est le
15
sculpteur du tombeau du duc Jean.
L’arrière grand -père de Laurent Pelourde était marchand en 1228 ; comme
les premiers Allabatvers 1290. Jean I Bouer est changeur à Bourges en
16
1322 comme son père Philippe I, l’était avant lui. Jean I Chambellan est
17
marchand drapier dans les années 1330. Cela n’a rien de surprenant le
même constat a été fait à Tours, Paris ou Dijon.
En revanche les familles qui se fondent ensuite sortent aussi de la même
origine. Etienne I Damours est marchandlors de la première mention de ce
18
nom à l’occasion du commerce avec Jacques Cœur . Il semble très
polyvalent puisque marchand drapier dans l’entourage du Grand Argentier
nous le retrouvons marchand de fournitures diverses et notamment de
19
nourriture lors de la crise de la Ligue du Bien Public en 1465.
e
Quant aux familles que nous rencontrons pour la première fois au XVI
siècle c’est la marchandise qui les conduit à Bourges puisque ce sont à
chaque fois des marchands habitués à travailler avec Bourges à l’occasion
des foires ou des échanges commerciauxde toute nature qui finissent par
s’installer dans la capitale du Berry ou du moins à y laisser une branche.
C’est le cas des de Vulcob dont le premier membre rencontré Henri est un
20
peintre venu du petit village flamand de Vuilkop, c’est aussi le cas de
e
Nicolas I Riglet arrivant de Troyes dans les toutes dernières années du XV
siècle et laissant d’autres membres en Champagne. CommeJean I de
Cucharnoys dont le père était maître des métiers à Lyon et dont le frère
21
Jacques est bourgeois de Lyon en 1526, qui s’installe quant à lui à Bourges
comme marchanddans les années 1480, en gardant d’ailleurs une maison à
22
Lyon .Quelle que soit la période la première activité est commerçante.
C’est peut-être cette communauté des activités qui permet comme nous le
e
verrons, la rapidité de l’intégration des nouveaux venus au XVIsiècle.
Nous ne connaissons pas grand chose des origines de l’activité commerçante
de nos familles. Toutefois deux trois idées peuvent être raisonnablement
émises. Les deux activités principales semblent bien être le commerce des
e
draps et le change. L’importance dès le XIIIsiècle de l’activité drapière

15
Informationcommuniquée par Françoise Autrand à laquelle nous adressons tous
nos remerciements.
16
Arch. dép. Cher E 985 pièce 48.
17
Arch. Nat. X2 A, 3081 A.
18
Les affaires de Jacques Cœur.Journal du procureur Dauvet, Paris1952-1953,
édité par Michel Mollat folio 431.
19
Stein pièce justificative XXIV.
20 e
LouisRaynalHistoire du Berry Henriarrive au milieu du XVsiècle (voir J Y
RibaultCahier d’Archéologie et d’histoire du Berry n° 152,2002.) Mais l’arrivée de
cet artiste à Bourges montre les liens avec la Flandre.
21
Arch. dép. du Rhône E 581.
22
JarryCahiers d’Histoire et d’Archéologie du Berryn° 29, 1972p. 18 sqq.

1

6

n’est plus a démontrer pour le Berry après les travaux de Guy Devailly et de
23
Françoise Michaud. Nous en avons confirmation avec des familles comme
e
les Chambellan qui sont drapiers au moins jusqu’au milieu du XVsiècle,
dont la propriété de nombreux moulins à draps sur le Barengeon est une
confirmation. Quant au change tous y passent ou peu s’en faut. Les Bouer
e
nous l’avons déjà évoqué dès le XIVsiècle mais aussi Jean Fradet ou
Etienne Chambellan, Jean Dorléans en 1425, Bienaimé Georges en 1454,
Martin Le Roy en 1461, Thomas Roussart, Jean Houet, Jean Cousin, Aignan
24
Rousseau en 1476. Philippe Goldman a même pu écrire que le change
pouvait être un accélérateur de l’ascension sociale. Ilsemble que nos
notables, dans un premier temps, furent certainement «multifonctionnels »
comme la famille Bouer qui s’enrichit dans le change mais aussi dans la
25
commercialisation des épices (safran, anis, cannelle, gingembre) dès 1340.
Enfin, nous y reviendrons, d’autres activités telle la boucherie, la tannerie
pourtant réputées sales et de mauvaise réputation semblent bien avoir aussi
jouées à Bourges un rôle incontestable dans l’établissement dans la notabilité
de nos gens.
Nous avons une bonne occasion de faire un point un peu plus précis sur les
e
marchands de Bourges au milieu du XVsiècle. En effet le procureur Dauvet
lors de son enquête sur Jacques Cœur va à Bourges de très nombreuses fois.
Le 14 décembre 1456 il veut vendre la part de sel de Jacques Cœur qui se
trouve dans le grenier à sel de Bourges. Pour cela il réunit afin de leur
proposer l’affaire «tous les plus notables marchans de ceste dicte ville de
26
Bourges ». Et le procureur nous donne la liste: Guillaume Lallemant,
Guillaume Asse, Denisot Tuillier, Jean Cousin, Jean Bigot, Jean Carré, Colin
Brisoul, Guillaume Rogier, Jean Le Roy, Pierre Jobert, Jean de Janilhac,
Thomas de Janilhac, maître Guillaume Chambellan, Jean de la Bretonniére.
Soit quatorze noms qui nous sont présentés comme les principaux
marchands de Bourges après la disparition de Jacques Cœur. Ce témoignage
direct venant d’un enquêteur extérieur à Bourges nous permet d’avoir la
vision qu’ont les contemporains de la notabilité marchande de cette ville en
1456.
Lalemant, Tuillier, Bigot, Le Roy, Chambellan sont les représentants de ces
grandes familles qui parcourront notre livre au travers des siècles. Déjà

23e e
Guy Devailly :siècle au milieu du XIIIsiècleLe Berry du X, Mouton Paris –La
Haye 1973; et dansdu Berry Histoirela direction de Guy Devailly Privat sous
e
1977, l’article de Françoise Michaud: «misère et apogée du Berry, XIV-XV
siècles » page 156 et suivantes.
24
Nous renvoyons à l’article de Philippe Goldman : «Les changeurs à Bourges au
e
XV siècle,groupe social ou étape professionnelle»;Bulletin de la société
scientifique, historique de la CorrèzeTome CXX 1998 pages 133-143.
25
Françoise Michaud article cité page 158.
26
Les affaires de Jacques Cœur. Journal du Procureur Dauvet, 2 volumes édités par
Michel Mollat, Paris 1952-1953, folio 453.

1

7

implanté depuis longtemps comme les Chambellan et le Le Roy, de manière
beaucoup plus récente pour les Lallemant et les Tullier dont nous trouvons là
les toutes premières mentions, immédiatement au premier rang. Pour
d’autres nos connaissances sont plus réduites ou leur parcours plus bref.
Gilles Asse est l’un des premiers représentants des Asse; nous le
rencontrons en 1453 acheteur à Tours lors de la vente des biens de Jacques
27
Cœur . Guillemin était en 1451 dans l’entourage de Cœur, en affaire
28
notamment avec Simon de Varye. Nous ne retrouvons un Asse dans nos
archives qu’en 1552,notaire à Bourges preuve à la fois de leur longévité mais
29
aussi de leur modestie. Lafamille de la Berthonniere quant à elle est plus
30
ancienne. Le premier membre apparaît en 1402 à Issoudun, mais aussi
31
avec André dans l’administration du Duché nous y reviendrons. Jean I,
notre marchand est marié avec Marie II Le Roy cousine du Jean VI Le Roy
marchand. Les de la Berthomiere se partageront ensuite entre les fonctions
32
parisiennes à la Cour des Aides et des offices de justice à Issoudun. Jean
Carré est le premier membre de la famille Carré que nous connaissons.
Propriétaire de moulins à draps àChateauneuf sur Cher il est
33
vraisemblablement drapier. La famille par la suite occupera sans
interruption une place parmi les notaires royaux à Issoudun ou à Bourges
e 34
jusqu’à l’extrême fin du XVIsiècle, Philippe encore en 1599. Les Brisol
(ou Brisoul) que nous avons déjà évoqué au change font une brève
apparition dans nos fichiers. La révocation de Colin II sur l’ordre de Louis
XI en 1475 après l’émeute de Bourges peut avoir compromis l’avenir du
35
nom .Colin I notre marchand était en affaire avec Guillaume de Varye en
36
1448 ; il doit en rendre compte devant le procureur Dauvet. Jean I Cousin
déjà évoqué comme changeur est mercier à Bourges. Sa participation à la
Ligue du Bien public comme marchand d’armes ne nuira pasdéfinitivement
37
au maintien de la famille . Nous pouvons supposer que leur relative
disparition de nos sources est la conséquence de cet engagement, mais le

27
Journal du procureur Dauvetfolio 28.op. cit.
28
Idem, folio 488.
29
Arch. dép. du Cher 2 F 253 n° 145.
30
Arch. Nat. P 13 folio 133 n° 151.
31
RogerLacour :L’apanage du duc Jean de Berry 1360-1416; pièce,Paris 1934
justificative XXX .
32
Thomasde la ThaumassiéreHistoire du Berry livreIV page 294 et Gustave
Dupont-FerrierGallia Regia ou état des officiers royaux des bailliages et des
sénéchaussées de 1328 à 1515,Paris, 1942-1947, 6 volumes, volume I n° 3921.
33
Arch.Nat. P 13 n° 432.
34
Arch. dép. du Cher 2 F 253 n° 145.
35
Goldman article cité page 140.
36
Journal du procureur Dauvetop. . Cit. folio 128.
37
HenriStein :de France frère de Louis XI Charles1921, page 130 sqq. et Paris
Arch. Nat K 570 n°8.

1

8

e
XVI siècleretrouve les Cousin praticiens à Bourges ou siégeant au
38
Présidial .
Avec les de Janoilhac nous avons une famille plus intéressante. Originaire
du Limousin (comme la sonorité du patronyme le laisse percevoir) Etienne I
39
est mercier à Poitiers en 1380. Son fils Thomasin est maître de la monnaie
à Bourges dès 1420. Il est possible que ce soit la présence du duc Jean qui
soit le fil directeur de Poitiers vers Bourges mais nous ne pouvons qu’en
émettre l’hypothèse. Thévenin dont nous ne connaissons pas la filiation est
orfèvre à Bourges, en novembre 1453 le procureur Dauvet fait appel à ses
40
compétences pour expertiser des bijoux ayant appartenus à Jacques Coeur.
Jean I notre marchand est le fils de Thomasin I, son mariage avec Antoinette
Bastard riche héritière d’une très notable famille de Berry ne contribuera
41
sans doute pas peu à sa prospérité. Thomas est son frère. Leurs enfants
e
continueront de maintenir le nom jusqu’à la fin du XVsiècle. Ils sont alors
suffisamment puissants pour aller jusqu’à payer des spadassins pour se
42
débarrasser de quelqu’unqui les a outragés. Nous ne trouvons plus trace
e
de cette famille au XVIsiècle.
Avec Pierre Jobert nous rencontrons une famille dont nous trouvons trace
43
dès 1350. Il bâtit sa fortune dans l’ombre de Jacques Cœur comme clerc et
44
facteur de l’Argentier; ses descendants seront présents et actifs à Bourges
e
jusqu’au milieu du XVIsiècle et nous aurons l’occasion d’en reparler. Enfin
Guillaume Rogier peut apparaître comme le fondateur de cette famille dont
e
nous suivrons la trace jusqu’à la fin du XVIsiècle. Jean I dont nous ne
connaissons pas le lien avec Guillaume était chargé par le procureur Dauvet
de garder les biens de Jacques Cœur se trouvant à Tours. Il sera condamné
pour avoir gardé de l’argent et des draps dérobés sur les biens dont il avait la
45
garde !La lecture de ces annotations sur les principaux marchands réunis
par Dauvet en 1456 ne nous éloigne pas des exemples trouvés dans d’autres
villes. Nous pourrions croire relire les pages consacrées par Bernard
46
Chevalier à l’origine de la notabilité tourangelle. Au total nous trouvons
parmi ces quatorze grands marchands reconnus comme tel par leurs
contemporains quelques grandes familles, quelques individus ayant sans
doute comme Pierre Jobert ou Colin I Brisol construit le début de leur
fortune dans l’ombre de Jacques Cœur et des noms qui apparaissent avec des
qualificatifs flatteurs sous la plume du procureur Dauvet, mais qui pour des
38
La Thaumassiére op. cit. I page 388 et Arch. Dép. du Cher 2 F 254 n° 73.
39
Goldman, article cité page 139.
40
Journal du procureur Dauvetop. cit. folio 128 v° .
41
Arch. dép. du Cher 4 H 17 f° 7v°.
42
Arch. Nat. JJ 207 n° 180 folio 85v°. Le pauvre coupable de l’offense est tué.
43
B N F manuscrits français 14383 pièce 15.
44
Journal du procureur Dauvetop. cit. folio 38v°.
45
idem folio 454.
46
Bernard Chevalier :Tours ville royale 1356-1520; Partis, Louvain 1975.

1

9

raisons diverses, qu’il nous faudra éclaircir, laissent peu de trace ou font un
bref passage dans la notabilité berruyère. C’est justement cette ligne de
partage entre ceux qui «durent »et ceux qui disparaissent vite que nous
souhaitons définir.
Si comme dans toutes les villes étudiées au Moyen Age la marchandise est
un passage obligé pour devenir un notable reconnu, puisque tous les hommes
dont nous venons de parler sont évoqués comme bourgeois et marchands de
Bourges cela ne suffit pas pour construire une prospérité durable.
Manifestement nous pouvons déjà dire après ce premier examen de quelques
parcours qu’il n'est pas suffisant d’être un marchand important en 1456 pour
avoir la garantie de fonder pour des décennies l’ancrage de la grandeur
familiale. Sur nos quatorze notables six seulement auront des descendants
tout aussi notables qu’eux sinon plus, un siècle plus tard.

A l’affût des opportunités
Il est difficile de mesurer l’ampleur des affaires et de cerner les débuts.
Deux étapes sont importantes pour expliquer le développement des affaires
marchandes à Bourges. Le premier temps fort, la première grande
opportunité est offerte par la présence du Duc Jean. Son rôle de mécène n’est
47
plus à préciser ni à démontrer . C’est une aubaine pour tous ceux
marchands, orfèvres, artistes qui trouvent là un client prestigieux et
volontiers dépensier. C’est aussi l’occasion de s’enrichir et surtout de se
placer en profitant des faiblesses du prince et notamment de son perpétuel
besoin d’argent. Ainsi en 1413 les principaux bourgeois de Bourges
prêtent48
ils 4000 écus au duc. Belle occasion n’en doutons pas d’avoir en retour
commandes ou avantages. Belle occasion d’avoir d’autres clients
prestigieux. La marchandise fait un saut qualitatif avec la présence du duc.
La seconde occasion est bien sûr liée aux affaires de Jacques Cœur. Aux
origines des entreprises du futur Argentier une association pour
l’adjudication de la frappe des monnaies royales à l’atelier monétaire de
49
Bourges qui réunit notamment Jacques Cœur et Pierre Godard en 1427.
C’est ce qui mettra le pied à l’étrier à la famille Godard. Pour une part nos
premières familles marchandes vont suivre Jacques Cœur et s’installer à
Tours comme l’a montré Bernard Chevalier. En deux générations la famille
Babou disparaît de Bourges et s’implante complètement à Tours. Les
familles marchandesrassemblées par Dauvet en 1456 sont les survivants
berruyers, ceux qui ne se sont pas installés dans la capitale tourangelle ou
qui n’ont pas coupé tout contact avec Bourges. Par prudence ? Parce qu’ils

47
Nousrenvoyons notamment à Françoise Autrand:Jean Duc de Berry; Paris
2000.
48
Arch. Nat. KK250 folio 12v° .
49
MichelMollat :Jacques Cœur ou l’esprit d’entreprise; Paris 1988 pages 14 et
suivantes.

2

0

n’en ont pas eu l’occasion ? Ceux qui restent sont-ils les moins audacieux ou
les moins fortunés ? Difficile à dire à ce stade de l’analyse, d’autres aspects
de leurs affaires nous donneront peut-être dans la suite de l’étude des pistes
de réponses. En revanche il est certain que pour ceux qui ont su ou n’ont pas
pu faire autrement que de rester à Bourges dans l’ombre, la disgrâce de
Jacques Cœur a offert une opportunité de se partager les dépouilles de ses
affaires dans le Berry et de bâtir une prospérité certes moins rayonnante mais
ô combien plus sûre. La famille Lallemand est sans doute l’exemple type de
cet enrichissement «post Cœur». Guillaume II Lallemand apparaît dans
l’enquête menée par le procureur Dauvet comme l’homme de confiance de
Jacques Cœurà Bourges. Pour cette raison le procureur le consulte à de
nombreuses reprises comme expert lorsqu’il a besoin de mieux comprendre
50
la manière de travailler du Grand argentier. Mais il n’est pas entraîné par la
disgrâce de Jacques Cœur. Bien au contraire il va prendre d’une certaine
façon la suite en Berry bâtissant une fortune qui conduira sa famille vers les
sommets. La construction dés 1457 de l’hôtel Lallemand qui est le pendant
symbolique de l’hôtel Cœur est tout à fait emblématique de cette
51
« succession »dans la capitale berruyère. Après plusieurs décennies ceux
qui comme Babou se sont installés à Tours pour suivre le dauphin et le roi et
ceux qui tel Lallemand ou Bochetel sont restés à Bourges ferons une
carrière, nous le verrons, pas si différente. Seule l’ampleur des affaires, les
sommes concernées sont sans doute différentes mais nousen avons plus
l’intuition que la preuve.
Il est certain que le règne de Louis XI ne fut pas favorable au développement
de Bourges qui avait pris de mauvais engagements lors de la Ligue du Bien
Public et qui les confirmera aux yeux du roi lors de l’émeute de 1474. La
cour n’est pas sur place et les affaires perdent sans doute beaucoup de
brillant. Les efforts déployés pour avoir des foires et surtout pour les garder
montrent la volonté des marchands de développer leur activité mais aussi
leurs craintes. Lorsqu’en 1485 le roi envoie une commission enquêter sur le
fonctionnement des foires de Dijon, Châlons, Bourges et Lyon les
commissaires sont chaudement accueillis à Bourges et les officiersdu roi
eux-mêmes menacent les envoyés du roi de prison s’ils ne remettent pas leur
52
rapport aux autorités municipales de Bourges.
L’année suivante toutes les principales familles se réunissent dans la
Confrérie de la Table ronde. Il s’agit certes d’un lieu de convivialité et de

50
Journal op.cit . folio 429 v°.
51
Désle 22 janvier il achète pour 100 écus 8 toises des anciennes murailles de la
ville pour commencer la construction qui sera terminé par son fils Jean I ( Arch. Nat.
Z1 F 20 folio 147 v° 148.
52
AlainCollas : «L’engagement civique des notables urbains à Bourges
(1480-1559) »Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouesttome 112,année 2005 n°
3 pages 9 sqq.

2

1

fraternité mais loin d’y voir seulement le rassemblement festif de fils de
bonnes familles décrit par Françoise Michaud je pense, suivant en cela
Bernard Jarry qu’il s’agit bien avant tout d’un groupe de pression ayant pour
objet de défendre les foires de Bourges face à la concurrence lyonnaise et
53
aux volontés royales de rationaliser l’offre foraine sur le territoire. Les
statuts prévoient en effet explicitement la défense « l’exaltation de la ville de
Bourges, croissance et augmentation de l’honneur et bruit des enfans manans
et habitans en icelle ». On est loin du seul objectif confraternel et en 1486
lors de la fondation de cette confrérie le grand sujet de préoccupation
concernant la croissance de Bourges ce sont les foires.
e e
Du XIVau XVIsiècle le sentiment dominant concernant les affaires
marchandes à Bourges est qu’elles sont sans doute relativement modestes.
C’est le verdict déjà prononcé par Françoise Michaud-Fréjaville pour la fin
54
du Moyen-Age.
Difficile de connaître le montant des affaires traitées. Comme à Tours c’est
la clientèle princière quijoue le rôle essentiel et qui permets de sortir des
gains ordinaires. Le duc Jean, nous l’avons déjà évoqué, et ensuite dans les
années 1460 le duc Charles sont de manière très différentes des occasions de
profit. Le duc Jean comme véritable mécène, Charles comme un prince
combattant et au bord de la sédition puisque c’est essentiellement à
l’occasion de la Ligue du Bien public qu’il est amené à faire des commandes
et des achats auprès des marchands berrichons. Ainsi voit-on Martin
Anjorrand vendre pour 1060 livres 7 sous et 6 deniers de soie et de draps en
55
1465 pour le duc Charles . La présence du dauphin très brève et sans
moyens n’avait pas eu cet effet.
Nos gens vendent tout faisant montre d’une grande polyvalence. Drapiers
pour le plus grand nombre, ils ne se contentent pas du commerce des étoffes.
Tel Guillaume II Lallemand qui vend en 1448 des grands hanaps d’argent
56
pour le prix de 1479 livres 17 sous. D’autres vendront des armes aux
combattants de la Ligue du Bien public.
Une fois acquise une fortune permettant des mises de fonds, les plus
audacieux vont essayer de faire fructifier leur argent, diversifiant un peu plus
leur activités. En 1429 Jean II de La Loé verse 2000 livres tournois pour
acquérir la ferme du 13edu vin vendu au détail à Bourges. Puis il s’engage
à verser immédiatement 1300 écus d’or nécessaire à l’entretien des hommes

53
FrançoiseMichaud article cité dansl’histoire de Bourges dePrivat, Bernard
Jarry : « lesstatuts de la Table ronde de Bourges»Cahiers d’archéologie et
d’Histoire du Berryn° 29 juin 1972 pages 18-33.
54
Françoise Michaud-Fréjaville :Economie et vie rurale en Berry à lafin du Moyen
ageM. Fossier, Paris I 1997, dactylographiée 4 volumes.; thèse sous la direction de
55
Stein op.cit. page 125.
56
B.N.F. Fr 32511 f° 119.

2

2