La déportation des Ingouches et des Tchétchènes : purges ethniques en URSS

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Cette étude est consacrée à des faits peu connus concernant les déportations ethniques en URSS (1937-1944) à l’époque stalinienne. Ce pays devint un immense laboratoire où l’on pratiquait des expériences sur des peuples entiers destinées à former un unique peuple soviétique. Il fallait se débarrasser des ethnies minoritaires non fiables habitant les confins afin d’affermir le régime et de sécuriser les frontières. Furent ainsi déportés des peuples liés à des pays étrangers par leur provenance ou par la langue. Parmi les autochtones du Caucase, seuls les Ingouches et les Tchétchènes furent déportés, et cela malgré leur rôle décisif dans l’installation du pouvoir soviétique. Les bolcheviques avaient peur de leur force et leur caractère belliqueux. Les cinq premières années d’exil, ces deux peuples perdirent plus de 23% de leur population. La perte de confiance envers la justice du gouvernement soviétique éveilla en eux un sentiment d’insécurité. Après le retour dans le Caucase, plus de 40% du territoire ne fut pas rendu aux Ingouches. Cette injustice mena à l’opposition des Ingouches et des Ossètes. Ce même sentiment poussa les Tchétchènes à se séparer de la Russie, ce qui déclencha les guerres russo-tchétchènes (1994-1996, 1999-2002). Elles produisirent des vagues successives d’immigration, appelées « déportation voilée » : des centaines de familles fuirent et fuient toujours à l’étranger pour échapper à la guerre et aux exactions d’après-guerre.

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Date de parution 01 janvier 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9782849244654
Langue Français

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La déportation des Ingouches et des Tchétchènes
Purges ethniques en URSS
Collection « Frontières »
Dans la collection :
La question allemande : histoire et actualité, Lucien Calvié Migrations et modernités iraniennes, Sonja Moghaddari Au cœur des mouvements anti-guerre, Frédéric Delorca L’ingérence de l’OTAN en Serbie, Frédéric Delorca Philippines : mode d’emploi, Frédéric Veillez La Roumanie : mythes et identités, Jean-Michel Lemonnier Abkhazie : à la découverte d’une « République » de survivants, Frédéric Delorca La Roumanie vingt ans après : le chasseur de la Securitate, Mirel Bran Transnistrie : voyage officiel au pays des derniers Soviets, Frédéric Delorca Congo-Kinshasa : la décennie 1997-2007, Alain Bischoff
Image de couverture : Mourad Polonkoev,Le bourg de montagne après la déportation Éditions du Cygne, Paris, 2016
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-465-4
Mariel Tsaroieva
La déportation des Ingouches et des Tchétchènes
Purges ethniques en URSS
Éditions du Cygne
Du même auteur :
Следы древних цивилизаций в языках и культуре ингушей и чеченцев. – ǧȉȌȅǽǻ: ǭȋȃуȇф, 2014. (en russe). Пантеон ингушей. – ǧȉȌȅǽǻ: ǭȋȃуȇф, 2014 (en russe). Tusholi: dernière déesse-mère du Caucase. – Paris: Éditions du Cygne, 2011.
Peuples et religions du Caucase du Nord. – Paris: Karthala, 2011. Тушоли – последняя богиня-мать Кавказа. – ǫȉȌȍȉǽ-Ȉǻ-ǟȉȈу: ǹȁȈыȄ ȃȂǿǻȍȀȆьȌȅȃȄ ǿȉȇ, 2010 (en russe). Mythes, légendes et prières ancestrales des Ingouches et des Tchétchènes. – Paris: L’Harmattan, 2009. Racines mésopotamiennes et anatoliennes des Ingouches et Tchétchènes. – Paris: Riveneuve, 2008. Anciennes croyances des Ingouches et des Tchétchènes : peuples du Caucase du Nord. – Paris: Maisonneuve et Larose, 2005.
En mémoire de ma très chère amie Marie Bennigsen-Broxup, grande admiratrice du Caucase et de ses peuples
I. Déportations ethniques des années 1930-1940
Les déportations ethniques sont des mesures punitives entre-prises par les dirigeants de l’URSS à l’encontre de ses propres peuples considérés comme traîtres au régime. Ces peuples furent tous chassés de leur patrie et envoyés à des milliers de kilomètres, en Sibérie, au Kazakhstan, en Kirghizie et en Ouzbékistan. Ils furent abandonnés à l’arbitraire des pouvoirs locaux. Les dépor-tations débutèrent dans les années 1930, période de formation 1 du « peuple uni soviétique » . Cette nouvelle « ethnie » devait être nettoyée des peuples non-loyaux et non ables. Les déportations s’intensièrent surtout lors de la Deuxième Guerre mondiale. Le gouvernement soviétique prota de la guerre et du désordre pour se débarrasser de ces peuples indésirables. Svetlana Alieva écrit [51, 1, p. 10] :
« Cela peut paraître étrange, mais la Deuxième Guerre mondiale aida Staline à réaliser son projet d’organisation de la nation sovié-tique. Elle lui offrit la possibilité de déporter, sous divers prétextes idéologiques, de leur terre natale les Balkars, les Karatchaïs, les Tchétchènes, les Ingouches, les Tatars de Crimée et les Kalmouks. Ils furent tous accusés de trahison. Même ceux qui n’avaient jamais été en contact avec l’ennemi, et même ceux qui se trou-vaient au front et combattaient contre lui. Avant même l’arrivée des occupants, le gouvernement prit des mesures préventives à l’encontre des Allemands soviétiques et de tous ceux qui repré-sentaient en URSS des diasporas étrangères : Finnois, Iraniens, Polonais, Hongrois, Roumains, Tchèques, Bulgares, Suédois et al.
1. Les idéologues staliniens définirent les années 1930 comme la période de constitution du peuple nouveau de l’URSS – le peuple soviétique. Selon Nikita Khrouchtchev, ce nouveau peuple devait vivre, dans les années 1980, au communisme.
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Ils furent tous envoyés à l’Est et au Nord, au Kazakhstan, dans les Républiques de l’Asie Centrale, en Sibérie. Là-bas où on avait besoin de main d’œuvre gratuite, où la confusion des langues et des peuples serait assurée ».
23 Les déportations furent organisées par le NKVD– NKGB. Auprès du NKVD fut fondé, en 1936, un Département des déplacements, transféré, en 1939, à la Direction des déplacements 4 du SNK . Elles furent un sujet tabou en URSS pendant plus d’un demi-siècle. Il y eut parmi les représentants des « peuples 5 punis » peu de personnes qui osaient écrire ouvertement sur ce sujet car elles étaient immédiatement repérées et poursuivies. Par contre, certains journalistes et militaires russes expliquaient et continuent toujours à expliquer, comme à l’époque stali-nienne, les purges ethniques par la « nécessité de se débarrasser des peuples criminels » an de protéger le pouvoir soviétique de potentiels ennemis intérieurs. Certains chercheurs niaient le génocide ethnique, afrmant que le peuple russe lui-même avait été réprimé. La déportation selon eux, ne signiait pas un génocide. Alexandre Nekritch fut le premier qui attira l’attention sur son caractère ethnique, comme le montre le titre de son livre, « Les peuples punis », écrit en 1975. Sachant que ce travail ne serait pas publié en URSS, Alexandre Nekritch l’envoya à l’étranger. Il fut traduit en anglais en 1979, puis en français en 1982. En Russie, le texte de ce livre parut seulement en 1993 dans la revue « Neva ». Alexandre Nekritch écrivait [41, p. 7] :
« J’ai achevé ce livre au printemps 1975. Dès l’été, une première copie du manuscrit parvint en Occident. Je l’y avais envoyé parce que cet ouvrage n’avait pas la moindre chance d’être publié en
2. Le Commissariat du peuple du comité des affaires intérieures. 3.Le Commissariat du peuple du comité de la sécurité d’État. 4.Le Soviet des commissaires du peuple. 5.Le terme usité par Alexandre Nekritch, « peuples punis », intitulé de son livre sur les déportations arbitraires [68].
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