Le Soleil et la Lune dans le paganisme scandinave du mésolithique à l
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Le Soleil et la Lune dans le paganisme scandinave du mésolithique à l'âge du bronze récent (de 8000 à 500 av.J.-C.)

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Description

Le Soleil et la Lune jouent un rôle déterminant dans les structures mêmes du paganisme nordique. Les deux luminaires sont indissociablement liés sous le terme de "cycle vital", autrement dit l'alternance vie-mort-renouveau. Voici un exposé historique, archéologique et iconographique, enrichi de recours à l'ethnographie, la tradition littéraire, la linguistique, l'étymologie et la toponymie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 16
EAN13 9782296495104
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Soleil et la Lune
dans le paganisme scandinave
du mésolithique à l’âge du bronze récent
(de 8000 à 500 av. J.-C.)

Reproductions de la couverture :
Logo KUBABA: la déesse KUBABA(Vladimir Tchernychev)
Illustration de la couverture, J.-M.Lartigaud
Illustration de laquatrième de couverture,Celia Ducros

Directeur de publication :MichelMazoyer
Directeur scientifique :JorgePérezRoy

Comité de rédaction
Trésorière :ChristineGaulme
Colloques :JesúsMartínezDorronsoro
Relations publiques :AnnieTchernychev
Directrice duComité de lecture :AnnickTouchard

Comité scientifique (SérieAntiquité)
SydneyH.Aufrère,NathalieBosson,PierreBordreuil,DominiqueBriquel,Gérard
Capdeville,RenéLebrun,MichelMazoyer,DennisPardee,NicolasRicher
Comité scientifique (SérieMonde contemporain)
Ingénieur informatique
PatrickHabersack (macpaddy@free.fr)

Avec lacollaborationartistique deJean-MichelLartigaud
et deVladimirTchernychev.

Ce volumeaété imprimé par
©AssociationKUBABA,Paris

©L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-96990-2
EAN: 9782296969902

PatrickETTIGHOFFER

Le Soleil et la Lune
dans le paganisme scandinave
du mésolithique à l’âge du bronze récent
(de 8000 à 500 av. J.-C.)

Bibliothèque Kubaba (sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr/

CAHIERSKUBABA
Barbares et civilisés dans l’Antiquité.
Monstres et Monstruosités.
Histoires de monstres à l’époque moderne et contemporaine.

COLLECTIONKUBABA
1. Série Antiquité
DominiqueBRIQUEL,LeForum brûle.
JacquesFREU,Histoire politique d’Ugarit.
——,Histoire du Mitanni.
——,Suppiliuliuma et la veuve du pharaon.
Éric PIRART,L’Aphrodite iranienne.
——,L’éloge mazdéen de l’ivresse.
——,L’Aphrodite iranienne.
——,Guerriers d’Iran.
——,GeorgesDumézil face aux héros iraniens.
MichelMAZOYER,Télipinu, le dieu du marécage.
BernardSERGENT,L’Atlantide et la mythologie grecque.
ClaudeSTERKX,Les mutilations des ennemis chez lesCeltes préchrétiens.
Les Hittites et leur histoire en quatre volumes :
Vol. 1 :JacquesFREUetMichelMAZOYER, en
collaborationavecIsabelleKLOCKFONTANILLE,Des origines à la_n de l’Ancien Royaume Hittite.
Vol. 2 :JacquesFREUetMichelMAZOYER,Les débuts du NouvelEmpire Hittite.
Vol.3 :JacquesFREUetMichelMAZOYER,L’apogée du NouvelEmpire Hittite.
Vol. 4 :JacquesFREUetMichelMAZOYER,Le déclin et la chute du NouvelEmpire
Hittite.
SydneyH.AUFRÈRE,Thot Hermès l’Égyptien.De l’infiniment grand à l’infiniment petit.
MichelMAZOYER(éd.),Homère et l’Anatolie.
MichelMAZOYERetOlivierCASABONNE(éd.),Mélanges en l’honneur du Professeur René
Lebrun :
Vol. 1 :Antiquus Oriens.
Vol. 2 :StudiaAnatolica et Varia.

Ames parents
Ala mémoire de JacquesBRIARD

Tu n’auras plus le soleil comme lumière, le jour,
la clarté de la lune ne t’illuminera
plus : Yahvé sera pour toi une lumière éternelle,
et tonDieu sera ta splendeur
Isaïe LX, 19. Traduction de l’EcoleBiblique de Jérusalem.
Editions duCerf, Paris 1984.

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage est directement issu de mathèse de doctorat «LeSoleil et la
Lune dans le paganisme scandinave duMésolithiqueàl’âge du fer
germanique (de 5000av.JC.à750ap.JCelle-ciC.) ».aété soutenueàla
Sorbonne le30 mai 2005.
Elleaété dirigéeavec patience et très grande compétence par leProfesseur
RégisBoyer,alors titulaire de lachaire desLanguesLittératures et
Civilisation scandinavesàl’Université deParisIV Sorbonne.Qu’il me soit
permis de le remercier vivement de sonaide et de ses encouragements
déterminants.
Je voudrais également exprimer toute magratitudeauxProfesseursMichel
Mazoyer (ParisI Sorbonne) etPatrickGuelpa(Université deLilleCharles
DeGaulle), qui ontbien voulu lire et relire une versionabrégée destinéeàla
publication.C’est grâceàleur encouragement etàleurappui décisifs que cet
ouvrageapu être édité.Mes remerciements s’adressent égalementà
ChristineGaulme dont lacollaborationaété très fructueuse.

PRÉFACE

Comme on le sait, nos connaissances sur lareligion païenne scandinave
sont extrêmement limitées.Cela tient avant tout à l’absence de documents
clairement intelligibles ou de témoignages authentiques. Tous les essais
systématiques de présentation qui ont été tentés en passent presque
inévitablement par les interprétations proposées en comparaison à d’autres domaines :
interprétation grecque, latine, celtique, slave, sans parler de comparatisme
dumézilien trop totalisant.Et, même s’ils peuvent offrir d’intéressantes
solutions, au moins partielles, les inscriptions runiques, les textes des eddas, les
figures de la scaldique, les réminiscences dont sont porteuses, d’aventure, les
sagas en particulier de la catégorie légendaire ne nous proposent ni
élucidation d’ensemble ni «explications »décisives de détails.Cela a quelque
chose d’agaçant: après tout, notre «mythe du Nord» est demeuré bien
vivace, aujourd’hui encore, et les fadaises que l’on peut lire sur le compte des
Vikings (autre mythe tout aussi tenace) incluent force images ou clichés que
rien ne permet de vérifier. Pour n’en donner qu’un exemple que contredit
fort à propos le présent ouvrage : nous tenons à voir dans « les fiers enfants
du Nord » je ne sais quelles hordes militaires acharnées, deux siècles durant,
à déferler sur l’Occident épouvanté pour venir le châtier de ses péché.C’est,
voyez-vous, qu’ils étaient porteurs de valeurs et de vertus destinées à
revitaliser l’Occident avachi…Et ainsi de suite.
L’une des convictions, que PatrickEttighoffer a tout de suite admise, est
que l’homme est le fils de l’enfant, comme on dit en langues scandinaves et
donc qu’il n’est pas nécessaire de courir à l’on ne sait quels incitateurs,
influences ou modèles pour justifier, en première analyse, l’attitude religieuse
d’un être humain.Maseconde certitude,acquiseaprès des lustres de séjours
enScandinavie, est qu’il est vain ou gratuit de vouloir séparer l’être humain
de son décor.LeNord, c’est ladistance, le froid, lalumière tantôtabsente
tantôt profuse, ladomination de l’élémentaquatiqueavec toutes se
conséquencesbachelardiennes.Il faut impérieusement tenir compte de ces deux
composantes pouraborder le phénomène religieux sous ces latitudes.
Car il se trouve que, contrairementàce qui vient d’êtreavancé,
l’observateur ne manque pas de symboles ou de signes qui pourraient l’aider
àinterpréter le sujet.Ce sont des vestiges vraimentanciens, pétroglyphes de
l’âge dubronze,autres gravures rupestres encore plusanciennes, divers
objets découverts par l’archéologie– que viennentétayeravec pertinence les
survivances que l’on peut déceler dans les textes, les coutumes, les pratiques
populaires sans feu ni lieu qui sont demeurés tellement vivants dans leNord.
On devrait prêter davantageattention, dans lesHávamál, poèmeadmirable
de l’Edda, qui résume toute la Weltanschauung desanciensScandinaves,àla
strophe68 :

7

C’est le feu qui est le meilleur
Pour les fils des hommes,
Ainsi que le spectacle du soleil.

Et c’est précisément sur cette piste que s’est engagé PatrickEttighoffer :
il a constaté que le soleil (la Soleil, en fait) et la lune (le Lune,
semblablement) étaient omniprésents dans l’univers mental, religieux, artistique des
anciens habitants du Nord. Il s’est interrogé sur la raison de leur existence,
sur leur rôle, sur les glissements fonctionnels qui ont pu s’opérer, en des
époques plus récente, à partir d’eux.Avec une compétence indiscutable, une
curiosité sans limites (il énumère toutes les disciplines auxquelles il s’est
colleté : archéologie, bien entendu, mais aussi histoire, iconographie,
ethnographie, littérature, linguistique, notamment toponymie, etc.) et une
remarquable maîtrise de l’énorme bibliographie afférente, il a tout inventorié,
signes et textes, etc. pour rétablir une probable chronologie, déceler les
vertus directrices des deux astres (et aussi bien, s’il faut le dire, des corps
célestes dans leur ensemble) et avancer des hypothèses qui, je le gage, n’ont
pas fini de déchaîner la sagacité des chercheurs.Évidemment, ileût falluà
un pareil ouvrage un support iconographique encore plusample.
Une chose doit retenir : la périodisation adoptée ici, qui est conforme aux
derniers résultats obtenus par la recherche, manifeste une saisissante
continuité. Les habitants du Nord seront de bout en bout demeurés fidèles à leurs
intuitions initiales.En un sens, le présent ouvrage propose un catalogue
exhaustif des représentations successives que le monde scandinave ancien
(germanique aussi bien, dans son ensemble) se sera faites du divin, sous les
espèces des astres du jour et de la nuit.Ce livre, à cet égard, est un catalogue
tout à fait étonnant des croyances, mythes et rites qui sans le moindre doute
eurent cours dans le Nord ancien. Je tiens, comme quantité de mes
semblables, que toutes nos religions, sans exception, ont commencé par le culte
de laGrande déesse, ouDéesseMère, voireTerreMère, comme disait déjà
Tacite dans sa Germania.Faut-il tenir le règne du mâle,avec toutes ses
conséquences négatives, pour unapport indo-européen ?La DéesseMère,avec
saprogéniture,androgynes ou jumeaux,auraété réellement la bonne mère,
l’almamater de l’humanité, certainement pendant des millénaires et d’autant
plus que l’on parvientàremonter davantageaux origines.
Ce n’est pas le moindre mérite dePatrickEttighoffer de nous monterà
quel point leNord, non seulement,ancien, leNord de toujours,aurachéri
cette entité vitale, origine du monde et maîtresse du monde…

RégisBoyer,La Varenne, le 8 juin2006

8

AVANT-PROPOS

Le présent ouvrage vient à la suite de deux études précédemment
me1
nées : la première qui portait sur les légendes populaires danoisesa permis
d’entrevoir, entre autre, l’importance des thèmes lunaires et solaires dans les
croyances populaires.Après l’examen de ce premier travail de recherches, le
Professeur RégisBoyer nous a suggéré d’étendre le champ d’investigation à
l’aspect religieux de cette question et de l’appliquer à l’ensemble de la
Scandinavie du sud. Il en résulta une deuxième étude (DEA) portant sur le
domaine spécifiquement religieux de ce sujet. Le cadre forcément restreint de
ce travail n’a pas permis d’aller au delà d’un survol, première et modeste
approche de la question abordée sous l’angle historique. Toutefois, même si
elles demeurent très partielles et superficielles, les conclusions apportées ont
rendu possible un premier « état des lieux ».
Celui-ci soulève un ensemble de questions : Qu’il soit permis dès
maintenant de les poser de manière globale :
- Ya-t-il lieu de distinguer ou de vouloir étudier séparément « soleil
et lune» ?Ne faut-il pas plutôt les considérer comme un tout
indissociable, même si tel ou tel trait paraît davantage relever d’un luminaire que
de l’autre ?
-Ce tout indissociable ne s’inscrit-il pas dans un ensemble encore
plus vaste réunissant tous les éléments : eau, terre et air, ceux-ci relevant
de deux mondes à première vue complémentaires, mais qui en définitive
s’interpénètrent au point de ne plus former qu’un seul univers
profondément synthétique?Aussi n’est-ce que pour plus de clarté qu’on les
distinguera ici, distinction qui paraîtra à beaucoup comme bien artificielle…
- Lemonde à la fois aquatique et terrestre.
- L’autrecéleste.
Une fois posées ces questions fondamentales, la précédente étude a de
plus suscité une autre interrogation qui relève encore davantage de la
diachronie :la religion nordique de l’âge du bronze peut-elle être qualifiée de
2
solaire et de lunaire ?C’est ce que semblerait suggérer un premier examen ,
certes très superficiel et limité, non seulement des pétroglyphes mais aussi
d’autres artéfacts de cette période.
En fait cette question va s’avérer l’objet central de cette étude, sa raison
d’être en quelque sorte. La réponse apportée en constituera l’aboutissement.

1
Cf. T.E.R. PatrickEttighoffer :Etude sur les légendes populaires danoises relatant la
disparition de personnages en véhicules hippomobiles dans les étangs, marais et autres lieux
aquatiques (Université deCaen, octobre 1994).
2
Cf.D.E.A. pp. 41 à 81.

9

INTRODUCTION

Ô Toi,Dieu de lumière
L’éclat lumineux du soleil
Indiqueoù se trouveTon royaume…
D’aprèsRECTORLPOTENSLVERAXLDEVS
SAINT AMBROISE(+ 397)

Chapitre IPréliminaires :La démarche proprement dite et les
limites géographiques de cette étude

La démarche adoptée dans cette étude relève pour l’essentiel d’une
perspective diachronique : elle concerne l’un des aspects de l’histoire religieuse
scandinave. Ce faisant, on s’est efforcé d’éviter, dans la mesure du possible,
une perspective trop évolutionniste. On fera appel à des domaines tels que
l’archéologie et l’iconographie, dans une bien moindre mesure
l’ethnographie et la sociologie.En ce sens, ce travail doit être tout autant
3
considéré comme une réflexion à la fois civilisationnelleet iconographique
sur le rôle des deuxastres dans les croyances et la pensée, la société et la
culture sud scandinaves durant les différentes époques qui ont précédé l’âge
du fer.

La conséquence première du choix opéré ici est la place relativement
moindre occupée par les sources littéraires norroises, gréco-romaines ou
médiévales.En ceci, le présent travail risque de surprendre, voire de choquer
nombre de spécialistes philologues qui, par vocation, ont tendance à
privilégier le domaine littéraire. La raison de ce parti délibérément adopté est
essentiellement méthodologique: en effet, les documents iconographiques et
archéologiques, si difficiles, si périlleux à interpréter qu’ils soient,
constituent, pour la plupart, des témoignages immédiats et contemporains. Quant à
l’aspect astronomique qui apparaîtra à beaucoup comme essentiel, on l’a
évité, autant que faire se peut, ne serait-ce que par l’insuffisance de
connais4
sances, absolument nécessaires, en matière d’astrophysique. Toutefois, il
sera tenu compte des implications culturelles de ce domaine,
malheureusement encore si mal connu de la civilisation scandinave ancienne.

Le cadre géographique et ethnique de cette étude est l’Europe du Nord.
Que faut-il entendre par ce terme, somme toute assez général ?
D’abord et essentiellement le sud et le centre de la Scandinavie jusqu’au
e e
64 parallèle pour la Norvège (NordTrøndelapour lg) 61a Suède (Nord de
l’Uppland,Dalécarlie). Secondairement, le nord de l’Allemagne
(Schleswig

3
Ce terme, somme touteassez vague, impliqueàlafois l’histoire et l’archéologie.Ceci dit,
ces matières sont à considérer ici comme des moyens d’investigation, en aucun cas comme
l’objet principal de cette étude.Celle-ci ne peut donc être considérée comme un travail
d’historien et encore moins d’archéologue !
4
A!ussi laissera-t-on cette matière à des spécialistes plus aptes à les traiterEt dans le cas
d’absolue nécessité, on se contentera de citer les ouvrages adéquats ou de renvoyer le lecteur
à ceux-ci.

12

Holstein, partie septentrionale de laBasseSaxe,MecklembourgPoméranie
Occidentale et l’extrême nord duBrandebourg).

ChapitreII

Les écueils de cette étude

Le premier écueil de cette étude passablement synthétique
consisteàvouloir isoler les deuxastres en les extrayant du très vaste contexte dans lequel
ils s’inscrivent.Ainsi, et pour ne citer qu’un exemple, on pourrait être
souvent tenté, lorsque l’on considère les fameux pétroglyphes, d’isoler
systématiquement les figures rappelant de près ou de loin le soleil et lalune, en les
soustrayantàleur environnement, non seulement chronologique et
géographique maisaussiarchéologique et iconographique, faisant croireainsi que
les deux luminaires jouissent d’une totaleautonomie.Qui plus est, il
résulterait d’une telle démarche une hypertrophie de leur rôle et de leur place.On
s’efforceraici d’éviter ce double piège, d’autant plus redoutable que lebut
de cette thèse consiste précisémentàfaire ressortir l’importance des deux
astres, tant dans lareligion que dans lapensée, les traditions et laculture de
la Scandinavie méridionale.
Les deux obstacles évoqués pourraient êtreau moins partiellement
surmontés en se référantaussi souvent que possibleau cycle vitalau sein
duquel le soleil et lalune occupent une place, sans doute éminente, mais
nullement exclusive : les éléments tels que l’eau, laterre, l’air et le feu y jouent
un rôle non moins important.Soleil etLune ne constituent que deux pièces,
parmi tant d’autres, des croyances et de la: toutes deuxpensée nordiques
sont pour une large part issues de l’observationattentive et trèsancienne des
phénomènes naturels par une population peut-êtrebeaucoup plus dépendante
de son environnement naturel que celle du sud de l’Europe.

Faceaux problèmes posés, l’on n’est pas non plus totalement démuni : en
effet, contrairementàce que nous pourrions croire de primeabord, nous
disposons d’une relativeabondance de documentsarchéologiques et
iconographiques.

Cependant,àquelques rares exceptions près, ces sources présentent des
difficultés réelles, quantàleur chronologie, leur interprétation ou
leurattribution (pétroglyphes !).C’est pourquoi les risques d’erreur sont multiples et
parfois décourageants.Latentation estalors grande de se contenter d’un
simple constat d’impuissance tout en se donnant une contenance
hypercritique.

13

Chapitre III

Les perspectives adoptées

A Lachronologie
Cet ouvrage s’inscrit dans une perspective strictement diachronique : elle
tente de faire ressortir la continuité des strates successives que constituent les
croyances solaires et lunaires de la Scandinavie du Sud.En fait, la question
posée est ici quadruple :
1. Lesoleil et la lune ont-ils été présents dans les croyances et
la pensée des habitants de cette partie de l’Europe à la l’âge de la pierre
(Mésolithique,Néolithique) ?
2.Quelles furent laplace et lafonction réelles des deux corps
célestes dans lareligion nordique dubronzeancien et moyen:Peut-on
parler de religion solaire et lunaire (1800– 1100av.J.C.) ?
3.Y a-t-il eu un glissement fonctionnelàpartir
dubronzerécent(700 – 500av.J.C.) ?
4.Dans l’affirmative, celasignifie-t-il lafin des cultes solaires
et lunaires ?

Il est un facteur essentielauquel larecherche historique ne consacre pas
toujours toute l’attentionnécessalire :acontinuité joue,aussibien dans les
5
domaines mental (pensée) et spirituel que matériel un rôle considérable .
Lorsque l’on constate, d’un point de vuearchéologique, l’apparition d’un
fait mental, spirituel (pensée, croyance) ou manou-tériel (techniques «
velles »),l’onatrop souvent tendanceàlaconsidérer comme un point de
départ dans le temps.En réalité, un fait mental ou spirituel est le résultat
d’une longue maturation durant laquelle il se forme lentement puis se
transmet de générations en générations quelqu’en soient laréalité ou le contexte
social, ethnique ou religieux.Nous sommes làen présence d’un phénomène
toutàfait comparableàlastratificationarchéologique.
Par conséquent, il faut toujours en tenir compte et surtout l’utiliser
comme méthode chronologique relative.Quand on relève l’apparition d’un
motif sur lacéramique,àtelle ou telle époque précise, il ne faut pas en
conclure que lacroyance supposée liéeau thème iconographique date de cette
période précise : il yade fortes chances que celle-ciait existéauparavant.

5
Celle-ci est d’ailleurs l’objet d’un ouvrage récent (décembre 2001): mélanges offertsà
AndersHultgård, historien suédois des religions et intitulé: «Kontinuitäten undBrüche in
derReligionsgeschichte.Festschrift fürAndersHultgård zu seinem 65.Geburtstagam 23.12.
2001 », herausgegeben von(édité par)MichaelStrausberg,Berlin/NewYork :Walter de
Gruyter, 2001.

14

Etant donné que le champ d’investigation de ce travail s’étend
principalement à la Scandinavie du Sud, il est bien naturel d’adopter ici la
chronologie scandinave, d’abord énoncée par l’archéologue suédois OscarMontelius
6
(1843-1921) .
Il vasans dire qu’il devraêtreégalement tenu compte ici des progrès
7
considérables dusàladatationauCarbone 14,adoptéeàpartir de 1950.
Depuis le milieu desannées quatre-vingts des corrections notables ont été
apportéesàcette dernière grâceàun calibrage permettant d’atteindre, dans
bien des cas, une précision remarquable.Celui-ci est obtenu
grâceàladendrochronologie qui consisteàfixer l’âge des objets enbois en mesurant les
espaces compris entre les différentsanneaux formésannuellement par
8
l’écorce desarbres .

B Laméthode comparative: l’archéologie à la lumière de
l’ethnographie et de l’anthropologie
Tout en reconnaissant l’originalité de lapensée religieuse et de laculture
nordiques dans le domaine étudié ici, laprésente thèse fera
appelàladé9
marche comparativeaussi souvent que celas’avéreranécessaire .Celle-ci
10
consistera àciter certainsaet de lesspects des religions dites « primitives »
mettre en parallèleavec des découvertesarchéologiques qui touchent les
époques les plusanciennes :Mésolithique,Néolithique.Ceci davantage dans
leb», en d’ut de «lire ou de comprendreautres termes, d’éclairer les
don11
nées de l’archéologie.Il s’agit d’une «aideàlafournisspensée »,ant « des

6
Cf.PaulBahn : «TheCambridgeIllustratedHistory ofArchaeology », chap. 5,TheSearch
ofHumanOrigins 1860-1920, p. 134,Cambridge, 1996.OscarMontelius propose dans les
e
années quatre-vingts duXIXsiècle, une division de l’âge dubronze nordique en six phases
successives.
7
«Produit dans l’atmosphère sous l’influence du rayonnement cosmique, et rapidement
2
oxydé enCO, leCarbone 14 (14C) pénètre, par photosynthèse et métabolisme, dans le règne
végétal etanimaloù sonactivité spécifique reste constante.Dès lamort de laplante ou de
l’animal, l’activité du 14Cdiminue par désintégration radio-active d’une période de5730
ans.Lamesureprécise de l’activité du 14Cpermetainsi ladatation d’échantillons d’origine
animale ou végétale. »,www.larousse.fr/encyclopedie/nom-commun-nom/carbone/30774.
8
Ladifférence entre ladatationau carbone 14 et son calibragedûàladendrochronologie est
d’environ 800ans pour leMésolithique et le début duNéolithique.Il y serafaitappel iciaussi
souvent que possible tout en sachant que cette chronologie n’estapplicable que jusque vers~
3500av.J.C.
9
Celavaudratout particulièrement pour lespériodes les plus reculées étant donné
laressemblance frappante entre lesartéfacts de celles-ci et des objets encore utilisés chez les
populations qui vivent en marge de lacivilisation moderne:Pygmées,Aborigènes,Indiens
d’Amazonie,Négritos des îlesAndaman.
10
En particulier, celle desPygmées, desAborigènes d’Australie, desAmérindiens,
desSibériens et desEskimos, desSames et desGuanches.
11
ChristopherTilley dans l’introduction de son ouvrage: «AnEthnography of theNeolithic.
EarlyPrehistoricSocieties inSouthernScandinavia», p. 2,CambridgeUniversityPress,

15

12
ensembles de concepts etd’idées ».Il n’est donc pas ici question de
calquer les résultats des fouilles archéologiques sur un modèle ethnographique
contemporain, si solides que puissent être les études menées sur celui-ci:
13
ceci afin de combler les vides créés par l’absence de source.
14
Dès lors, etàcondition d’avoir pris toutes les pr, laécautions nécessaires
méthode comparative peut apporter de précieux éclaircissements sur des faits
archéologiques, par ailleurs inexpliqués.
Afortiori, pourra-t-on se référer de temps à autre aux religions plus
proches dans l’espace et le temps, essentiellement celles des peuples
indoeuropéens, et les comparer avec les croyances du nord de l’Ecelaurope :
concerne non seulement les populations indo-iraniennes dont les textes sont
les plus anciens (Rig Veda,Avesta) mais aussi, les Hellènes, les Italiques,
lesCeltes, lesBaltes et les Slaves. Les ressemblances sont souvent
frappantes.

C Lalinguistique
L’étude du substrat lexical pré-indoeuropéen pourrait apporter certains
éclaircissements sur l’univers mental des Nordiques avant leur
indoeuropéanisation quieût lieu entre 2500 et 1700av.J.C. :principalement
quelques toponymes et certains mots liés à l’environnement naturel, tels que
haf/Haff, sjór / sjö, sjø /See / sea/ zee, lamer qui, même s’ils ont un
rapportàpremière vue lointainavec le sujet, rentre dans l’ensemble
cosmogonique,àl’intérieur duquel s’inscrivent les deux luminaires. Il faut néanmoins
être conscient du fait que la portée des résultats obtenus ici ne peut être que
très limitée.

1996. (Texteanglais : « …to read or understand thearchaeological evidenceby providing sets
of conceptsand ideas…,amedium for thought… »).
12
Op. cit., p. 2.
13
Voiraussi le compte rendu critique du livre deChr.Tilley parEvaM.WalderhaugNAR
31,n°1 fascicule, 1998. pp. 71à73 (NAR=NorwegianArchaeologicReview).Les
recherches et débats menés depuis une trentaine d’années ont démontré que toute généralisation
tentant de faire ressortir des croisements culturels (ChristopherTilley emploie le terme de
« cross-cultural generalization » (cf.Chr.Tilley op. cit.Introduction p. 1)) est toujoursaussi
vaine que les grandes théories évolutionnistes essayant de privilégier tel ou tel stade de
l’évolution historique » comme étant l’expression d’un progrès quelconque.
14
Il faut notamment insister sur les origines communes du peuplement de l’Europe et de
l’Afrique (Homo sapiens duPaléolithique supérieur) et ne s’appuyer que sur les conclusions
de l’ethnologie historique quiadémontré que ces peuplades sont les vestiges des civilisations
les plusanciennes.

16

ChapitreIV

Etat des connaissances

A Lessources non écrites
Les sources non écrites constituent des documents de première
importance car ils sont contemporains des cultes étudiés, expression directe des
sentiments et des conceptions religieuses en question : ceci est
particulièrement le cas pour les pétroglyphes et les objets cultuels.

Compte tenu de l’éloignement dans le temps, on comprendra aisément
que seuls les documents iconographiques peuvent jeter quelque lumière sur
lesaspects mentaux ou religieux liésau soleil etàlalune enScandinavie
méridionale.
Même si lesartéfacts pouvant entrer en considération, s’avèrent difficiles
àinterpréter, ils devront requérir toute l’attention qui leur revient.Pour le
Mésolithique, l’iconographie figurative se révèleàlafois pauvre etassez
peu parla: seul le contextente en elle-mêmearchéologique peut fournir
quelques indices.Il s’agit pour l’essentiel de motifs encore souvent
considérés comme uniquement ornementaux et qui devraient s’avérer plus
révélateurs.Certains chercheurs (l’AméricainAlexanderMarshack par exemple)
ont en effet proposé des clefs possibles.Celles-ci pourraient contribuerà
éclaircir le sujet traité,àcondition de ne pas les considérer comme des
vérités définitives et de demeureràlafois circonspect et ouvertàd’autres
hypothèses plausibles.
Toutefois, ce n’est qu’àpartir de l’âge de lapierre polie qu’apparaissent
les thèmes iconographiquesayant un rapport immédiatavec l’objet de la
présente thèse : spirales etarbres de vie sur les panses de récipients en
céramique.Sans compter lesallusions directes ou indirectesàl’astre nocturne,
ainsi que le fadeux yeux »,meux motif des «attribuésàla GrandeDéesse,
susceptible de recevoir uneautre interprétation.
Les conclusions que l’on pourraen tirer seront nettement plusabondantes
et permettront de dresser,au seuil de l’âge suivant, unbilan relativement
précis.
15
Les pétroglyphes de l’âge dubnotronze ,amment ceux duBohuslän et
d’Ostrogothnie, représentent les seules sources vraiment sûres que l’on
pos

15
On dénombre quelques dizaines de milliers de motifs rien qu’enScandinavie du sud.Ils se
répartissent sur toute la Scandinavie et secondairement sur l’Allemagne duNord (Région de
Brême).Les régions où ils sont les plus nombreux sont: leBohuslän (sud ouest),
l’Ostrogothnie (centre est), la Scanie et leSmåland (au sud), l’île d’Öland pour la Suède;
l’Østfold (sud est d’Oslo), leRogaland (sud ouest), leTrøndelag (centre ouest) pour la
Norvège; la Seeland et l’île deBornholm pour leDanemark.En ce qui concerne ce dernier pays,
des découvertes récentes etassez nombreuses démontrent qu’il n’est pasaussi dépourvu de
pétroglyphes qu’on le croyait il yaencore quelquesannées.

17

sède sur la religion sud-scandinave de cette période : autant dire leur valeur
considérable.
Cependant le problème majeur demeure, aujourd’hui encore, leur
interprétation.Plusieurs phénomènes rendent celle-ci très difficile : ce sont, entre
autres :
1.Le manque de référence pourbien des scènes représentées.On doit
alors recouriràdes descriptions ou des textes mythologiques
(lesEddas et les poèmes scaldiques pour l’essentiel) très nettement
postérieurs.Il en découle le danger d’une subjectivitéaccrue car l’on est
tenté de faire coïncider les scènes rupestresàcertains passages
eddiques, scaldiques ouautres.
2.Le chevauchement de plusieurs scènes sur une même face rocheuse,
d’où ladifficulté d’une délimitation exacte.
3.L’effacement des figures du fait de l’usure ou des intempéries: il en
résulte fréquemment une grande imprécision des traits.
D’ailleurs, ce n’est pas seulement lasignification des pétroglyphes mais
aussi leur datation qui s’avère problématique.On en est réduit le plus
souventàdesapproximations fondées sur laforme des objets représentés:
armes, embarcations.C’est souvent, du reste, leur présence qui permetàelle
seule ladatation de toute une scène.
Chronologiquement, on peut dater laplupart des pétroglyphes étudiés ici
de l’âge dubronze (1800à500ansav.J.-C.).

B Lestémoignages littéraires germaniques et scandinaves
Laproduction littéraire germanique et scandinave de tradition païenne
parvenue jusqu’ànous s’avère être relativement récente : en effet, lesœuvres
e
en question ne remontent guèreau delàduVIIsiècle.Laplupart ontété
e e
écrites entre leVIIIet leXIIsiècles.
Toutefois, les poèmes eddiques et scaldiques,ainsi que lesConjurations
deMerseburg sont d’authentiques témoignages d’une époque où le monde
nordiqueavait conservéàpeu près intactes ses croyances pad’oùïennes :
leur intérêt certain, même si ce qu’ils transmettent correspondàun état déjà
tardif de lareligion traitée dans laprésente étude.
Leur prestige littéraire, le foisonnement d’informations qu’elles
contiennent les ont longtemps consacrées comme sources exclusives de lareligion
germanique et scandinave, souventau détriment d’autres, non moins
rece16 e
vables .Le recentrage qui s’est opéréàpartir du début duXXsiècle en

16
En particulier l’iconographie,au sens le plus large du terme : motifs figurant sur les objets
en céramique, enbronze etautresartéfacts, pétroglyphes ; maisaussi
témoignagesarchéologiques les plus divers : mégalithes, tombes…

18

révélant d’autres traditions (toponymes, ...) a permis en même temps de
considérer les monuments littéraires du paganisme germanique et scandinave
sous un angle plus critique.Ceci a eu pour effet de réhausser encore leur
importance décisive dans la connaissance de la pensée religieuse et de
l’univers mental des Nordiques.

En Scandinavie, l’Edda poétique constitue sans aucun doute une des
sources essentielles du sujet traité ici: tant par la relative abondance des
références solaires ou lunaires que par l’ancienneté de certaines traditions,
même si ce qu’il en subsiste demeure malheureusement très fragmentaire.
Comme précédemment ne seront retenues ici que lesœuvres
faisantréférence aux deux astres : celles-ci sont nombreuses, livrant ainsi indirectement
un indice de la place importante qu’ont dû occuper jadis ces deux luminaires
dans la pensée religieuse germanique et scandinave.

EnGermanie et enAngleterre, les témoignages littéraires sont beaucoup
plus rares et très fragmentaires.De plus, ils ont été recueillis à une époque
où le paganisme germanique était vigoureusement combattu par l’Eglise et
ses missionnaires.Dans un pareil contexte historique, il est même étonnant
que ces vestiges littéraires issus d’un lointain passé, soient parvenus jusqu’à
nous.

19

PREMIERE PARTIE

LE MESOLITHIQUE
(8500 à 4000 av. J.-C.)

Ô Toi créateur du ciel lumineux
C’est sur une trajectoirebien établie
QueTuas placé lalune en tant que lumière de lanuit
Et le soleil pour lacourse du jour
D’aprèsFVLGENTISLAVCTORLÆTHERIS
e e
Poème latinV/VII Siècles.

ChapitreI

Lachronologie – le milieu naturel

Avec le réchauffement progressif se font jour de nouveaux faciès
culturels de plus en plus orientés vers le milieuaquatique.C’est notamment le cas
des représentants de laCulture deFosnaenNorvège méridionale et
occidentale (duHordalandauNordland), deHensbacka au nord duBohuslän
suédois (Environ 8500 – 7000av.J.-C.), deHøgnipen enNorvège de l’est.Vers
lamême époque, la Norvège septentrionale est le domaine de la Culture de
Komsa.Les plusanciens sites connus de cette culture remontentàenviron
9500 – 8400av.J.-C.,ainsi que ceux deGaltadans l’île deRennesøy,au
large deStavanger.Mais il est possible que cette culture soit plusancienne.
Vers ± 7600av.J.-C., se distinguent des populations de chasseurs –
forestiers qui pratiquent également lacueillette et lapêche en eaux douces:
c’est laculture deMaglemose (près deMullerup enSeeland) etUlkestrup.
Cette culture s’étend de la Pologneàl’Angleterre et de la Scanieau nord de
la France.
Apartir de 6800av.J.-C., une nouvelle culture fait sonapparition sur les
côtes danoises de la Mer duNord et de la Baltique,ainsi qu’enScanie et en
Allemagne duNord : c’est celle deKongemose, du nom d’un marais situéà
l’est de la Seeland.
Onadonnéàladernière phase de cette dernière le nom de civilisation
d’Ertebølle ouEllerbek (Allemagne du nord) ± 5400av.J.-C.Elle vase
maintenir jusque vers ± 4000 / 3900av.J.-C. : s’étendantalors sur uneaire
assez vaste qui vadu sud de la Norvège (site deNøstved)aux côtesbaltes.
Elle est caractérisée par d’énormesamas de détritus domestiques, les fameux
Køkkenmøddinger danois, les plus notables étant ceux d’Ertebølle (près du
Limfjord,Jutland :environ 5400 – 4500av.J.-C. pour laphase laplus
ancienne et 4500 / 4000 pour laphase récente) et ceux de lagrotte deViste
enNorvège (Presqu’île deJæren,Rogaland).

Vers 8000av.J.-C.apparaît une forêt peu épaisse debouleaux, trembles,
pins et frênesauDanemark et, dans le sud de la Suède, de conifères dans le
reste de la Scandinavie.Enfinautour de 7000av.J.-C., le climat devient
boréalavec l’implantation du noisetier et du chêne.
D’un point de vue géologique, la Scandinavie estalors très différente de
saconfigurationactuelle.Entre 8300 et 6700av.J.-C., la Suède est reliéeà
ce qui constitue maintenant l’Allemagne (Mecklembourg etPoméranie).La
côte septentrionale de l’Europe s’étend en ligne continue depuis lapéninsule
duJutland jusqu’auxIlesBritanniques et la Mer duNord estalors occupée
en quasi-totalité par laterre ferme.

23

Entre 7700 à 6700 avant notre ère, l’inlandsis fond, au point de ne
couvrir, désormais, que deux petites régions au nord de la Suède actuelle.
Libérée du poids des glaces, la terre se soulève encore davantage et referme les
rives de laBaltique.Celle-ci devient alors (comme entre 12000 et 8300 av.
J.-C.) un grand lac.Ses rivages suiventapproximativement le tracé des côtes
actuelles, mais les îles danoises deFionie,Lolland,Langeland etSeeland
forment un ensemble compact séparant laBaltiqueaux eaux douces de la
Mer duNord salée.
Le climatboréal (noisetier et chêne) se prolonge jusque vers
6000av.J.C., époqueàlaquelle débute le climat ditAtlantique, caractérisé par
l’apparition, dans le sud de la Scandinavie, de tous lesautres feuillus, du
hêtre en particulier.Vers 5300av.J.-C., la Baltique redevient une étendue
salée :en effet l’isthme de terre ferme situé enSuède méridionale est
submergé et,ànouveau, les eaux douces de la Baltique et l’eau salée de l’Océan
se mêlent.C’estalors que se forment leSund et leBelt.
Parailleurs entre 6000 et 5000av.J.-C. la Grande-Bretagne se sépare
définitivement de l’inlandsis.Désormais lesIlesBritanniques et leNord du
ContinentEuropéen suivront une évolution distincte,alors qu’auparavant ils
relevaient d’un même ensemble culturel.

ChapitreII Les rites funéraires et les conceptions religieuses
des populations sud-scandinavesauMésolithique

A Lesrites funéraires de la Culture d’Ertebølle
Dans lesannées soixante-dix et quatre-vingts, les fouilles deBøgebakken
dans le fjord deVedbækàl’est de la Seeland,ainsi que celles deSkateholm,
près deTrelleborg enScanie ont permis de mettreàjour deux cimetières très
étroitement liésàun habitat occupéau moins depuis le début de l’atlantique
(vers 5700av.J.-C.).Lanécropole deSkateholmII(vingt-deux tombes) est
de loin laplusancienne et lamieux étudiée : elle remonteà5500av.J.-C. et
fut utilisée jusque vers 4900av.J.-C.SkateholmI(soixante-cinq tombes)
date des environs de 5300 – 4800av.J.-C.,SkateholmIIIse situeautour de
4800av.J.-C.
Bøgebakken estbeaucoup plus récent: les dix-sept tombes misesàjour
datent de 4330, ±90à± 3860, ± 105av.J.-C.Elles sont disposées en rangées
parallèles, les morts placés en position couchée sur le dos.A SkateholmII, la
disposition des corps s’avèrebeaucoup plus variée : laplupart des hommes
reposent sur le dos (seize) ou sontassis (neuf); les femmes plutôt en
positionfœtale (SkateholmI: quatorze).

24

Dans le cas de la tombe quatre à SkateholmII, il semblerait que le défunt
17
ait été inhumé dans un cercueil en forme de canot .Or, desbateaux-tombes
18
ont été misàjour ces dernièresannées ,entreautresàMøllegabetII, habitat
Mésolithique remontantà5400 – 5000av.J.-C. sur l’île deDejrøau large de
19
Ærøskøbing, dans l’archipel situéau sud-ouest de la Fionie .Le site gîtà
présent sous lameràune profondeur de cinq mètres.Onapu y exhumer les
déb: elleris d’une pirogue fortement disloquéeavait servi de
cercueilabritant les restes d’un jeune homme.Celui-ci reposait sur desbois de cerf
placésàl’arrière de l’embarcation (Cf .Fig. 1).Il faut préciser cependant que la
bateau-tombe deMøllegabetIIétait située dans une zone deboue noire où
l’on jetait les détritus.Parailleurs, l’embarcation et le squelette étaient
20
comme enveloppés dans des écorces et tenus en place par des poteaux .
EsbenKannegaardNielsen etErikBrinkPetersen pensent qu’il devait se
trouver d’autres inhumations semblables sur laterre ferme.En effet
ladécoloration du solautour de plusieurs tombes deBøgebakken « peut-être en fait
le mieux interprétée comme étant latrace d’une pirogue qui était …[alors]
21
placéeau-dessus du défunt».Et les deuxarchéologues danois de constater
que lamême observationaété faiteà Skateholm.

A Bøgebakken, onaretrouvé sous le squelette d’une jeune femme de
dixhuitans,au niveau des reins, les restes d’une ceinture décorée dans sapartie
supérieure de deux cents coquilles debigorneaux enfilées et disposées sur
cinq rangées.Enbas, soixante dents de sanglier sur une seule ligne.Ona
22
exhumé des ceintures semblablesà SkateholmII.
Ainsi, l’archéologiea, ces vingt dernièresannées, dissipé un peu de
l’épaisbrouillard qui enveloppait l’univers spirituel des populations
mésolithiques deScandinavie méridionale.Même si de très nombreux points
de

17
Cf.LarsLarsson,Ett fångstsamhälle för 7000år sedan.Boplatser och gravar iSkateholm.
Lund:BokförlagetSignum, 1988, p. 112.
18
Cf.Skaarup ogGrøn, 1991.
1)StoneAgeBurials.In :PederO.Crumlen /B.Munch-Thye : «Boats.TheShipas
Symbol inPrehistoricandMedievalScandinavia»,København,Nationalmuseet, 1995. (Coll.
“Publications from theNationalStudiesArchaeologyandHistory”, 1)
2)SubmergedSettlements in: «Digging into thePast. 25Years ofArchaeolgy in
Denmark ».Aarhus :DistributedbyAarhusUniversityPress /ÅrhusUniversitetsforlag 1993
pp. 70à75.
19
Cf. «Digging into thePast », op. cit., l’article deEsbenKannegaardNielsen etErikBrink
Petersen, p. 72.
20
Cf. «Digging into thePast », op. cit., p. 77.Laprésence de poteaux censés tenir en place le
bateau et le squelette évoque fortement un rite funérairebien connu enScandinavieàl’âge du
fer et destiné très probablementàempêcher des défuntsayant commis une faute grave d’aller
tourmenter les vivants.
21
Idem, p. 77.
22
Cf.SørenH.Andersen: «Oldtiden iDanmark ;Jaegerstenalderen »København,Forlaget
Sesam, 2000, p. 128.

25

meurent encore obscurs, on peut se risquer à dresser un premier bilan, à
tenter une première interprétation.Il vasans dire qu’une telle entreprise doit
aussi faireappelàdes sources nettement plus récentes.

B Lesconceptions spirituelles et religieuses des populations étudiées à
la lumière de l’archéologie
Lorsque lesarchéologues ont misàjour les squelettes deBøgebakken et
deSkateholm, ils ont constaté sur les deux sites laprésenceabondante d’ocre
rouge en particulierautour et sur le crâne, surtout chez les hommes etau
niveau des hanches, plus spécialement chez les femmes.Ce phénomène est
habituel dans les sépultures préhistoriques et ce dès lePaléolithiqueancien.
Lacouleur rouge, celle du sang,aurait symbolisé lavie et par conséquent le
fait de le répandre sur le cadavre d’un défunt devaitavoir pourbut d’assurer
sasurvie dans l’autre monde.Qu’àBøgebakken commeà Skateholm, deux
parties du corpsaient été privilégiées n’est pas le fait du hasard.Le crâne des
humains comme de certainsanimaux était l’objet, depuis lePaléolithique
23
ancien d’une vénération très importante .Latête est, par essence, tournée
vers les sphères supérieures du cosmos, vers le ciel.Elle est le siège de la
conscience, de lapensée, donc des facultés qui relient l’homme tantàlavie,
au sens le plus large du terme, qu’au monde spirituel,àl’au-delà.Quantaux
hanches, elles encadrent en quelque sorte lapartie du corps (bas-ventre) où
se trouvent les organes génitaux et reproducteurs, en particulier chez la
femme.Elles symbolisent donc lavieau sensbiologique, lareproduction des
êtres.
En ce qui concerne lasituation des deux cimetièresàproximité
immédiate de l’habitat, on peut parler d’une «cohabitaentre morts et vi-tion »
vants.Durant toute lapréhistoire, on ne connaît pas cette séparation entre les
deux mondes, celui d’ici-bas et l’au-delà, pas plus que celle existant de nos
jours entre le sacré et le profane.Que le défuntait emportéavec lui
provisions, outils etarmes, démontreavec éloquence lacroyance en une seconde
existence dans l’autre monde.
En outre, on remarque laprésence de membres ou de parties du corps
d’animaux dans un certain nombre de tombes : pattes,ailes, mâchoires, etc.
Un être humain se voyait peut-êtreattribuer unanimal précis dès
lanaissance.Il est vraisemblable que cela ait été le cas pour un nouveau-né de la
nécropole deBøgebakken lequelavait été placé sur uneaile de
cygne.Peutêtre s’agissait-il de sonanimal protecteur.Ilauraitainsi été établi un rapport
spirituel très étroit entre l’animal et lapersonne concernée.Celui-ci perdurait
jusqu’àlamort etau delà.On peut imaginer le type de relation entre

23
C’était encore le cas chez les peuples d’Asie duSud-Est, dePolynésie et d’Amérique du
e
sud jusque vers le milieu duXXsiècle.

26

l’homme et l’animal : protection, contact avec le surnaturel, contrôle sur son
environnement, le tout étant intrinsèquement mêlé. Toutefois dans le cas
précis du petit enfant deBøgebakken inhumé sur une aile de cygne, on
pourrait envisager une autre explication: le cygne aurait pu être psychopompe,
conducteur de l’âme de ce jeune être.Et on songe immédiatementau rôle
24
joué par cet oiseau dans les croyances nordiquesàtoutes les époques, en
particulieràl’âge dubronze récent.Néanmoins, le fait que cetanimalait été
psychopompe n’exclut pas forcément son caractère totémique.
Ladécouverte desbateaux-tombes, tantà Skateholm etBøgebakken qu’à
MøllegabetIIconstitue sans doute l’un des faits les plus intéressants de
l’archéologie scandinave de ces vingt dernièresannées.Elle démontre
l’ancienneté de ce rite funéraire si typiquement nordique.Quoi d’étonnantà
celad’ailleurs, compte tenu de ce qui vient d’être dit sur le rôle de l’élément
aquatique dans l’univers mental desScandinaves ?Il resteàsavoir si le sens
de cette inhumation est le même : pour cette époque si lointaineaucun texte
ne vient éclairer cette pratique, comme c’est le cas pour l’époque viking.On
peutavancer une explication de type fonctionnaliste :comme le chasseur,
enterréavec sahache, sonarc et ses flèches, il n’est pas étonnant que le
pêcheur le soitavec sonbateau : dans un cas comme dans l’autre, lavie dans
l’au-delàest conçue comme une prolongation de celle d’ici-bas.Cette
explication n’exclut toutefois pas que, dès cette époque lointaine, lebateauait été
considéré, luiaussi, comme psychopompe : ilaurait d’abord serviàtraverser
l’océan des ténèbres qui sépare le monde visible du monde invisible (celui
des esprits).Une fois parvenu dans ce dernier, le défunt pêcheurauraitalors
pu poursuivre sonactivité terrestre.
Cette possibilité d’une double interprétation se retrouveàpropos des
ramures de cervidés trouvées enassez grand nombre,aussibien dans les
sépultures deBøgebakken etSkateholm que dans les sites sous-marins tels que
MøllegabetIIoù lebateau-tombe contenait desbois de cerf.Dans les
sépultures où lesbois de cervidés sont posésau pied du défunt, comme c’est le
25
cas dans une tombe deSkateholm (tombeXIon peut effectivement envi-) ,
sager une fonction pratique : l’intention était de fournirau mort de lamatière
premièreafin qu’il puisse se fabriquer desarmes et des outils dans l’autre
26
monde .Mais en raisonnantainsi, il faut en même temps garderàl’esprit
que le profaneavaitàcette époque un sens sacré : lesarmes que l’on
fabriquait étaient destinéesàtuer desanimaux, donc des êtres vivants, cette vie
animale, l’homme n’en était pas le détenteur, étant lui-même soumisaux

24
Chez uneautre ethnie indo-européenne, lesHellènes, il est l’animal d’Apollon /Phoebus,
divinité elle-même psychopompe.
25
Dans cette sépulture, troisbois de cerfs complets étaient posés en travers des jambes, du
mort.
26
Cf.LarsLarsson, op. cit., p. 144.

27

mêmes lois.Pour disposer de cette vie dont il dépendait entièrement, il
devait s’adresseràdes forces qui le dépassaient et qui, elles,avaient tout
pouvoir sur lavie et lamort.L’arme qu’ilaurafabriquéavec les ramures d’un
cerf ne pourraêtre efficace que si ces puissances y consentent, en d’autres
termes, le permettent.C’est en celaque lachasse revêt un caractère
profondément sacré,ainsi que tout ce qui graviteautour d’elle : lesarmes utilisées,
leur maniement, leur fabrication.En ce sens, le fait de déposer desbois de
cerf dans ladernière demeure d’un chasseur ou d’une femme du groupea
donc un sens éminemment religieux, même si l’intention n’estapparemment
que de fournir de lamatière première nécessaireàlafabrication d’outils ou
d’armes.En outre, les ramures de cervidés s’avèrent être chargées d’un riche
27
symbolisme ,sans doute dès lePaléolithique : elles représentent tant
lafertilité que lacroyance en une renaissance : les mâles, les plus forts possèdent
les plus grandsbois.Ces derniers jouent également un rôle lors
desaffrontementsavant l’accouplement.Quantàlacroyance en une renaissance, elle
est symbolisée par leur régénérationaprès leur chute.
e
Les chamanes sames duXVIIsiècle portaient desbois de cerf pendant
les cérémonies religieuses : on peut envisager une pareille fonction pour un
jeune homme inhumé en positionassise.Onavait disposé dans satombe
deux cornes près de latête et uneau pied du défunt.Mais on ne peut exclure
une forme de totémisme, pas plus d’ailleurs qu’unaspect psychopompe du
cervidé.Celui-ci était peut-être considéré,au même titre que le poteau ou le
chamane lui-même, comme médiateur entre le monde visible et le monde
invisible.

ChapitreIII
croyances

Le soleil et lalune dans l’univers mental et les

A Le rôle de la lune et du soleil dans l’univers mental et la vie
quotidienne des Ertebølliens
Comme leursancêtres duMagdalénien et des périodes précédentes du
Mésolithique (Maglemosien 8300à6800av.J.-C.,Kongemosien 6800à
5200av.J.-C.) lesErtebølliens devaient être en mesure d’établir un rapport
entre lapériodicité et laconstance de différents phénomènes naturels
touchantàlafois laflore, lafaune dont ils dépendaient pour leur survie, mais
aussi l’être humain (menstruation, grossesse, naissance) et le mouvement des

27
Cf.LarsLarsson, op. cit., p. 144.

28

28
astres .Il est dès lors plausible qu’ilsaient tenu les mouvements des deux
luminaires pour responsables de ce rapport.Ils furent doncamenésànoter,à
fixer lacorrélation entre laprésence ou non de certainsanimaux ou plantes,
leur croissance, le mouvement des marées et des événementsastronomiques
répétitifs, tels que l’alternance des saisons (soleil) et celle des phases
lunaires.Les variations solsticielles dans laposition du soleil observéesalors
étaient vraisemblablement rapprochées des variations et différences
saisonnières lesquelles influent sur les mouvements du gibier et lacroissance des
plantes.De là, l’importance d’une notation, d’une sorte de calendrier.Or les
mouvements de lalune sont plus facilesàobserver etànoter que ceux du
soleil.C’est pourquoi les calendriers de l’époque ertebøllienne étaient très
probablement lunaires,au moins en ce qui concerne les événements de lavie
quotidienne.Ceci devait être d’autant plus le cas que c’estàcette période,
l’atlantique,àlafois chaude et humide, que les marées sont les plus
importantes.Les habitants du sud de la Scandinavie n’avaient sûrement pas
manqué d’observer ce phénomène, sachantbien qu’il était liéàlacourse lunaire.
Ceci devait être d’autant plus le cas que l’abondance de gastéropodes marins
etautres coquillages qui entraient largement dans le menu quotidien, était
particulièrement fonction des marées.
D’une manière générale, lalune paraîtavoir de tous temps joué un rôle
prépondérant chez les chasseurs-pêcheurs.Ainsi chez lesEsquimaux qui
croient que lalune portebonheuraux hommes durant lachasse.Quantaux
femmes, elle les rend fécondes :àtel point que ces dernières ne doivent pas
29
s’exposerau clair de lune,à.moins qu’elles ne veuillent être enceintesEt

28
Cf. l’article d’AlexanderMarshack dans larevueaméricaine : “CurrentAnthropology ”,
os
volume 13 n3 – 4 de juin 1972, pp. 445à477.Il y souligne d’une part le caractère répétitif,
récurrent des divers signes employés par les chasseursauPaléolithique supérieur et d’autre
part, comme corollaire de cette première constatation, lanotion de périodicité, de constante
qu’implique larépétition de ces signes.Or, périodicité et constance ne sont-ils pas les deux
caractères fondamentaux s’appliquantàdes corps célestes tels que lalune et le soleil ?
29
Information recueillie oralementauprès d’ethnologues scandinaves lors d’une rencontre
informelleàl’occasion d’un séjour enSuède.
Voiraussi l’ouvrage deSophieLunais «Lesauteurs latins de lafin desGuerresPuniquesàla
fin du règne desAntonins », dans la CollectionEtudesPréliminairesauxReligionsOrientales
ème :
dans l’EmpireRomain, publiées parM.J.Vermaseren, tome 72Recherches sur la Lune,
1,Leiden,E.J.Brill, 1979a), p. 37, texte et note 3, citant le livre «Lalune, mythes et rites »,
CollectionSourcesOrientales,Paris,LeSeuil, 1962, en particulier pp 172 et 173.b), note 18,
p. 41 : «L’eau est effectivement l’élément le plus facilement influençable parce que c’est le
plus instable », cfLyallWatson :«Histoire naturelle du surnaturel »Paris,AlbinMichel,
1974, pp. 39 et 40, 45à47.
Dans sa bibliographie, pp. xvii-xviii,SophieLunais cite un certain nombre d’ouvrages qui
insistent plus ou moins sur l’influence de lalune sur laflore et lafaune, l’être humain, voire
sesactions :ainsi le livre d’AndréCoutin «Lalune n’est pas morte »,Paris,Stock, 1969 ;F.
Link «Lalune »,Paris,AlbinMichel, 1970 ;PierreRousseau «Notreamie lalune »,Paris,
Hachette, 1943, p. 232, entreautres ;LucienRudeau «Lalune et son histoire »,Paris, 1947,

29

même si cela peut paraître téméraire, on peut attribuer avec quelques
vraisemblances de pareilles croyances auxErtebølliens, dont l’économie était,
somme toute, assez comparable à celle desEsquimaux (importance de la
pêche, en particulier celle aux mammifères marins).
Mais c’est, par dessus tout, le lien très étroitavec l’eau,
l’universaquatique qui devait, chez lesErtebølliens, fonder une certaine prépondérance de
lalune dans leur univers mental.D’ailleurs cette relation entre l’eau et la
lune doit remonterau début de l’humanité et ce rapportbinaireajoué un rôle
décisif dans les conceptions religieuses desErtebølliens.
Quantau soleil, son influence décisive sur l’alternance des saisons ne
pouvait échapperaux populations sud-scandinaves, ne serait-ce qu’àcause
de saprésence très réduite durant l’hiver et,au contraire, très importante
pendant l’été.Les deux moments cruciaux de lacourse solaire, solstice
d’hiver et d’été, devaient vraisemblablement exercer une influence
déterminante sur leur mental et leurs croyances.On peut même penser qu’ils étaient,
dès cette époque, l’objet de rites, voire de fêtes très importantes.Mais en
l’absence d’indicesarchéologiques sûrs, il n’est pas
possible,àl’heureactuelle, de s’avancer davantageàce sujet.

B Lesdonnées archéologiques
Dès cette époque reculéeapparaissent les deux orientations dominantes
des tombes sud-scandinavesavant 750ap.JC. : est-ouest et nord-sud.
Lapremière (est-ouest) prévautà Bøgebakken, elle est également
présenteà Skatreize inhumteholm :ations sur soixante-cinq (SkateholmI) et
onze sur vingt-deux (SkateholmII).Une majorité, faible certes, se dégage
ainsi en faveur de l’orientation est-ouest.Cependant, il importe de souligner
qu’à Skateholm les corps ne sont jamais dirigés vers l’est.
On ne peut donc considérer ces données commeabsolues.Nonob- stant
cette réserve importante, les indications fournies par les fouilles
deBøgebakken permettent de dire que certaines populations sud-scandinaves du
Mésolithique final ont pu relier l’orientation des défuntsàlacourse solaire,
ce qui impliquait peut-être lacroyance en une renaissanceaprès le passage
obligé de lamort, celle-ci étant rapprochée du lever du soleilàl’est.C’est
tout ce que l’on peutavancer pour l’instantàpropos de ce sujet.
Ladécouverte sous lamer d’unbateau tombeà MøllegabetII, non loin de
l’île deÆrøskøbing situéeau sud de la Fionie (Fig. 1-2)ainsi que les fortes

p .79 ;P.Saintyves «L’astrologie populaire étudiée spécialement dans ladoctrine et les
traditions relativesàl’influence de lalune »,Paris,E.Noury, 1937.

30

30 31
présomptions des archéologues danoiset suédois, tant àBøgebakken qu’à
SkateholmIIont mis en évidence l’existence, dès cette période reculée, de
ce type de sépultures, si caractéristiques des rites funéraires scandinaves.
Il existe un lien logique entre ce type d’inhumation et lesactivités
desErtebølliens très étroitement dépendants de l’élémentaquatique, de lamer et de
ses ressources.Mais ceci n’exclutaucunement un contenuàlafois
symbolique, sacré et profane déjàsi fréquemment souligné :àl’instar de lachasse,
lapêche constituait très probablement uneactivité éminemment sacrée,
puisqu’elle était dispensatrice de vie pour lacommunauté.Rien de plus
légitimealors que lacroyance en une poursuite de celle-ci dans l’au-delà.
Lasignification profonde desbateaux-tombes vacependantbienau-delà
d’un simple lienavec lesactivités maritimes desErtebølliens, si vitales
qu’ellesaient pu être.Pour en saisir le sens véritable, il est nécessaire
d’anticiper quelque peu enayant recoursàce que l’on sait déjàdes époques
suivantes, en particulieràl’âge dubronze et du fer, périodesauxquelles la
navigation et lesbateaux-tombes jouent un rôle religieux toutàfait essentiel.
Tous deux sontassociésau culte solaire etàlafertilité-fécondité.Il est fort
probable que ces traits essentiels de lareligion scandinave entre
1800av.J.C. et 1000ap.JC. ne soient pas le fruit d’une influence extérieure, par
exemple lavenue de populations entre 2800 et 2200av.J.-C..Ils
remonteraient en faitàune périodebienantérieureàlafin duNéolithique,
probablementauMésolithique.Lesbateaux-tombes et lebateau lui-mêmeauraient
étéassociés dès cette époque reculéeaussibienàlalune qu’au soleil.A
l’astre nocturne tout d’abord en raison de laforme en croissant dubateau,au
moins vu de côté, laquelle rappelle fortement celle du luminaire.Ensuite le
glissement sur l’eau, lasilhouetteallongée, effilée de la barqueadû faire que
lesErtebølliens, en observateursattentifs de leur environnement naturel,
n’ont pu s’empêcher de l’associerau serpent.Or le symbolisme de celui-ci
embrasseàlafois les domaines séléniques,aquatiques et chtoniens, ce qui
32
est également le cas de la barque .
Pour leMésolithique, on possède également
lapreuveàlafoisarchéologique et iconographique de l’existence du serpent dans l’univers mental des
chasseurs-pêcheurs scandinaves d’alors.L’animal est gravé en effet sans

30
Cf.EsbenKannegaard-Nielsen etErikBrinkPetersen:Burials, peopleand dogs in:S.
HvassandB.Storgaard (dir). «Digging into thePast, 25Years ofArchaeology inDenmark »,
ÅrhusUniversitetsforlag, 1993, p. 77.
31
Cf. supra LarsLarsson, op. cit., p. 112.
32
On retrouve cetteassociationàl’âge dubronze où cetanimal est représentéavec une tête
chevaline qui tire le soleil.Laforme de cette dernière se confondalors tellementavec la
poupe dubateau que les deux motifs ne font plus qu’un.CfRudolfSimek «Lexikon der
germanischenMythologie »,Stuttgart,AlfredKrönerVerlag, 1995, p. 355.Traduction
française dePatrickGuelpa, «Dictionnaire de lamythologieGermano-Scandinave », tomes 1 et
2,Paris,Les éditions duPorte-Glaive, 1996.Ici tome 2, p. 294.

31

ambiguïté sur une hache en bois de cerf trouvée dans la tourbière de Skaltrup
près deRoskilde.Malgré lastylisation propreàl’art nordique de cette
époque (Maglemose,Kongemose,Ertebølle) on reconnaîtbien laligne en
zigzag qui évoque, parailleurs, l’ondoiement de l’eau, indice supplémentaire
d’un lienavec l’élémentaquatique.Mais ce qui est le plus troublant dans
cette gravure deSkaltrup est le fait que latête de l’animalaux contours
pentagonaux se trouve reliée par un traitàun motif en forme de trame, peut-être
un filet.Entre les deux, une ligne continue pourrait matérialiser lasurface de
l’eau.A-t-onàfaire iciàun exemple précoce d’identification du serpent
avec la barque de pêcheur ?On ne peut l’affirmeravec certitude mais cette
hypothèse n’est pasàexclure, ne serait-ce qu’àcause de l’existence d’une
pareille identificationàl’âge dubronze.
Quels pourraientavoir été, en dehors de l’élémentaquatique, les rapports
entre lalune et le serpent ?Vraisemblablement le phénomène de lamue que
lesErtebølliens ne manquaient sans doute pas de rapprocher de lachute des
ramures de cervidés.Autrement dit, c’est lapériodicité et l’éternel retour
qui, ici,aurait joué un rôle déterminant.En se dépouillant de sapropre peau,
le serpent entre dans le cercle vital - naissance, vie, mort, renaissance - dans
lequel sont pleinement intégrés lune et soleil: lapremière en raison de ses
phases, le secondàcause de ses levers et couchers.
En ce qui concerne plus spécifiquement les rapports entre lebateau et les
deux corps célestes, on doit envisager, dès cette époque lointaine, le
symbolisme de latraversée et du voyage et, plus précisémentàpropos
desbateauxtombes, ceux du défunt dans l’au-delà.Il serait en effetbien étonnant que
des hommes habituésàse déplacer constamment sur l’eau, n’aient pas cruà
une telle traversée.D’ailleurs, lacroyance en une étendue d’eauassociéeà
l’obscurité qu’il faut traverser pour parvenirau royaume des morts relève de
l’archétype.
Ladisparition momentanée de lalune et du soleila-t-elle étéalors
identifiéeàlatraversée d’un océan nocturne ?Ceci peut paraître quelque peu
spéculatif ;mais il faut ici rappeler l’existence de pareilles croyancesaux
époques suivantes et notammentàl’âge dubronze.Acette supposition, on
peut d’ailleurs objecter que le voyage dans l’au-delàne peut entrer en
considération dans le cas desbateaux-tombes, car ces véhicules y sont en quelque
sorteancrés, ce qui en principe exclutainsi toute idée de voyage.Rudolf
33
Simek envisage pour l’âge du fer lapossibilité que lebateau-tombeait été
en quelque sorte lademeure du marin.Même si cette opinion n’est pasà
exclure pour leMésolithique tardif, on peut néanmoins maintenir
l’hypothèse d’une croyance en un voyage dans l’au-delà, lequelaurait été le
prolongement du séjour terrestreaprès lamort physique.Dans un cas comme

33
Op. cit., p. 354.Cf. également latraduction dePatrickGuelpa, op. cit., tome 2, p. 293.

32

dans l’autre, la Lune et le Soleil ont pu être associés à cette traversée en
raison même de leur disparition momentanée attribuée à un voyage dans
l’obscurité ou à un avalement par quelque monstre dont ils finissent par
ressortir.Ainsi le bateau pourrait exprimer également l’espoir en un retour, ou
plutôt symboliser aussi la médiation entre la mort physique et une survie
dans l’autre monde.

C L’archéologieà la lumière de l’ethnographie
Parmi le mobilier trouvé dans les sépultures ertebølliennes fouilléesau
34
Danemark ou enSles ceintures ornées de coquilles de guède ,astéropodes
et de dents de mammifères tiennent une placeàpart :en effet, on ne les
35
trouve que dans les tombes féminines.On pense qu’elles étaient cousuesà
une sorte de jupe.Les coquilles debigorneaux noirs étaient le plus souvent
disposées sur cinq ou six rangées, dont trois faisaient presque le tour de la
taille, tandis que lesautres n’occupaient que le milieu de laceinture.Quantà
l’unique rangée de dents, elle ceignait les reins (Cf.Fig.
3-4).Lesarchéologues estiment qu’outre l’effet esthétique produit (contraste entre le noir des
coquilles et leblanc des dents) ces ceintures ont pu symboliser non
seule36
ment uneappartenance sociale – clan ou tribu – maisaussi des croyances .
C’est ici que l’ethnographie peut être de quelque secours pour l’archéologue
en jetant quelques lumières sur le symbolisme de cesbijoux caractéristiques
de lafin duMésolithique scandinave.
En ce qui concerne tout d’abord les gastéropodes, le symbolisme s’avère
très riche et présente plusieurs facettes.Dans différentes civilisations,
ceuxci, en particulier les escargotsàcause de leur coquille, symbolisent les
or37
ganes génitaux de lafemme .En rapportavec ce symbolisme fondamental,
38
le gastéropode et sacoquille représentent lavie et larenaissance .Chez les
anciensBerbères, on déposait dans les sépultures de l’ocre rouge contenu
39
dans les coquilles d’escargot .EnEurope occidentale, latradition de
dépo

34
Cf.L.Larsson, op. cit., p. 125,Skateholm.
35
SørenH.Andersen «Stenalderen », vol. 1 “Jægerstenalderen ”,København, 1981, p. 78.
36
Cf.SørenH.Andersen op. cit. p. 76.Mais quantàces dernières, il pense qu’on ne pourra
jamais en interpréter lasignification exacte.Toutefois, il fautbien reconnaître que
cetteattitude prudente qui était celle des tenants de «l’a» durrchéologie moderneant lesannées
soixante-dix et quatre-vingts s’est finalement révélée stérile : de mieux en mieux informée des
aspects matériels des civilisations préhistoriques et en particulier de celle d’Ertebølle, on se
refusait d’en connaître les croyances et les mythes, et cealors même que ceux-ci, toujoursau
nom de ce principe fondamental de lanon-séparation du sacré et du profane, constituent sans
doute le noyau même, l’âme si l’on peut dire, de ces cultures.
37 ème
Cf.ManfredLurker (ed.) «Wörterbuch derSymbédition,olik », 5Stuttgart:Kröner
Verlag, 1991. (collection poche,Kröner, n° 46), pp. 652 et 653.
38
Cf.ManfredLurker, op. cit., p. 652.
39
«Wörterbuch derMythologie », édité parH.W.Haussig, tome 2, p. 629, cité parManfred
Lurker, op. cit., p. 652.

33

ser ce type de mollusques dans les tombes s’est maintenue jusqu’à l’époque
40
carolingienne .L’origine de ce rite doit être sans doute recherchée dans le
fait que, le printemps venu, l’escargot perce sa cloison membraneuse,
l’épiphragme, qui protège l’animal du froid hivernal : les hommes
préhistoriques, en fins observateurs de la nature, et du monde animal en particulier,
n’avaient certainement pas manqué de remarquer ce phénomène qui, dans
41
leur mental, s’est peut-être associé à l’idée de résurrection.En outre, les
antennes du gastéropode, capables de se rétracter, de disparaître totalement,
mais aussi de se redéployer, ne pouvait qu’évoquer la disparition
momentanée et le retour de l’astre nocturne chez les hommes préhistoriques et les
peuples vivant au milieu de la nature.Et ce d’autant plus que l’animal
luimême peut se retirer totalement dans sa coquille ou en ressortir, rappelant
ainsi l’astre dans sa phase croissante et décroissante.De ce point de vue, le
42
mollusque symbolise aussi le renouvellement constant et l’éternel retour.
En même temps, on a pu rapprocher les cornes de cet animal du symbolisme
des ramures de cervidés. La couleur diaphane de l’escargot rappelle
beaucoup non seulement celle du luminaire nocturne mais aussi celle de
l’élément aquatique dont il est l’un des symboles. Quant à sa coquille
ellemême, ses spires ou volutes, on a dû, dès l’origine, les comparer à la
croissance et à la décroissance lunaires, au cycle vital et à l’éternel
recommencement de ses différentes phases: naissance, vie, mort, renaissance et, pour
finir, à la fertilité-fécondité.Ace propos, on sait l’importance considérable
de la spirale dans l’iconographie scandinave des époques suivantes
(Néolithique,âges dubronze et du fer).
On constate ici, combien les symboles lunaires ne peuvent enaucun cas
être isolés de leur contexte qui est celui de l’éternel retour ou de
lapériodicité, du cycle vital, de lafertilité-fécondité et, ne l’oublions pas non plus, de
l’élémentaquatique, si important dans l’univers mental desNordiques, tout
particulièrementàlafin duMésolithique.Ace sujet, il faut souligner, ici
encore, le rôle déterminant de lafemme dans le ramassage des coquillages et
des mollusques marinsàmaréebasse.
Tout se tient, tous les éléments cosmiques (àlafois célestes,aquatiques,
chtoniens) sont comme imbriqués les uns dans lesautres, constituantainsi

40
Cf.ManfredLurker, op. cit., p. 52.
41
Parmi les nombreuses ethniesassociant l’escargot et sacoquilleàlalune, il faut citer les
Aen pmérindiens :articulier lesAztèques dont l’une des divinités principales était le dieu
Tecciz-tecatl (littéralement celui qui vient du pays des coquilles d’escargots marins).Au
Pérou, l’escargot se retirant dans sacoquille symbolise ladivinité
lunaire.Cf.ManfredLurker, op. cit., p. 52.
42
Cf.Mircea Eliade «EwigeBilder undSinnbilder », éditionallemande de «Images
etSymboles »,1958, pp. 161à185 etMircea Eliade «Traité d’Histoire desReligions »,Paris,
Payot, 1949, p. 141.

34