Les Juifs de Saint-Domingue (Haïti)

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On connaît Haïti, première République noire, mais on ignore qu’elle fut l’un des rares pays à avoir accueilli les Juifs fuyant la répression nazie pendant la deuxième guerre mondiale. Ce n’est certainement pas un hasard. Au xviiie siècle, plusieurs familles juives avaient déjà choisi d’émigrer à Saint-Domingue, aujourd’hui Haïti.
Mais la nomination à Port-au-Prince du Comte d’Estaing le 27 décembre 1763 viendra semer le trouble dans les foyers juifs. Ils seront alors contraints de faire des dons pour des fondations publiques.
Dans cette étude historique, Elvire Maurouard transcende les clichés pour nous décrire quelques unions interdites, celle de M. de Paz, juif accusé d’avoir envoyé les deux mulâtresses qu’il a eues avec une négresse à Bordeaux pour parfaire leur éducation.
Plusieurs échanges de courriers vont éclairer le lecteur sur le statut des Juifs à Saint-Domingue.
Enseignante née à Jérémie (Haïti), Elvire MAUROUARD est romancière et poète. Son roman La Joconde noire dénonçant l’oppression d’une adolescente haïtienne a été saluée par la critique. Elle est l’auteur de plusieurs articles dont Kwame Nkrumah et l’Amérique ou Martin Luther King et la diaspora noire. Elle est membre du Pen Club Français et de la commission scientifique en vue de la préparation du Fesman III : Festival Mondial des Arts Nègres de Dakar. Son œuvre lui a valu de nombreux prix littéraires.

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Date de parution 01 janvier 2008
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EAN13 9782849240861
Langue Français

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Les Juifs de Saint-Domingue (Haïti)Collection « Memoriae »
Dans la même collection :
La bonne étoile
de Séverine Bastien-Schmit
Les veuves de la Grande Guerre : d’éternelles endeuillées ?
de Stéphanie Petit
Survivre à Auschwitz : Rosa, matricule 19184
de Édith-France Arnold
© Éditions du Cygne, Paris, 2008
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-086-1Elvire Maurouard
Les Juifs de Saint-Domingue (Haïti)
Éditions du CygneDu même auteur :
La Joconde noire (roman), Éditions du Cygne, 2008
Jusqu’au bout du vertige (poèmes), Éditions du Cygne, 2007
Haïti, le pays hanté (essai), Ibis rouge, 2006
Les beautés noires de Baudelaire (essai), Karthala, 2005
L’alchimie des rêves (poèmes), L’Harmattan, 2005
Contes des îles savoureuses – l’hymne des héros (contes et poèmes),
Éditions des Écrivains, 2004
La femme noire dans le roman haïtien (essai), Éditions des Écrivains,
2001
Pour Roger GOZLAN, mort à Auschwitz
À Jeanne Esther GOZLAN
et MauriceIntroduction
eAu XVIII siècle disparaissent avec les Philosophes des
lumières les clichés d’origine religieuse qui seront remplacés
par des accusations d’ordre économique ou ethnique. C’est
ainsi que Montesquieu évoque le problème des Juifs dans les
Lettres Persanes et dans L’Esprit des Lois. Il part en lutte ouverte
contre l’intolérance religieuse, source de tous les maux.
Pour Rousseau, on ne peut exclure du corps social aucun
individu à cause de sa religion. L’émancipation des Juifs est
posée non comme un octroi de la part d’un prince éclairé
mais comme une donnée imprescriptible du contrat social
Pourtant,ostraciser, ce sera la démarche des administrateurs
coloniaux à Saint-Domingue.
Malgré la volonté royale nettement exprimée dans les
Instructions aux administrateurs des colonies, un certain nombre de
Juifs continua à séjourner dans les Iles Françaises
d’Amérique. La tolérance venait de la part de l’administration
locale qui fermait les yeux sur les « infractions », tant qu’elles
ne lui étaient pas formellement signalées ; et même quand
elles lui étaient dénoncées, l’autorité agissait avec une sage
lenteur, de manière à laisser tomber dans l’oubli les plaintes
qui lui étaient adressées. Mais il arrivait aussi que ceux qui
faisaient ces dénonciations avaient un intérêt particulier, dont
ils poursuivaient la satisfaction avec ténacité : ils s’adressaient
alors à l’autorité suprême de la Métropole et suscitaient des
remontrances au gouverneur général et à l’intendant.Beaucoup de Juifs de France obtenaient aussi des
autorisations de séjour aux colonies, notamment à Saint-Domingue :
l’embarquement se faisait à Bordeaux et les permissions
devaient passer sous les yeux de l’intendant de la province,
quand il ne le découvrait pas lui-même. D’autres
autorisations étaient délivrées à des Juifs habitant depuis longtemps
les colonies, sous forme de lettres de naturalité, et sur la
demande formelle des autorités locales.Chapitre I
Le choix de Saint- Domingue
Aux différentes causes qui poussaient les Juifs à rester
dans les colonies ou même à s’y rendre, nous devons citer,
l’influence très grande d’une famille juive de Bordeaux dans
toutes les affaires coloniales, depuis le commencement
ejusqu’à la fin du XVIII siècle. Nous voulons parler de la
famille Gradis qui fut assez puissante pour intervenir
fréquemment en faveur de ses correligionnaires des colonies.
Si elle n’eut pas le pouvoir d’amener le gouvernement de la
Métropole à abroger la loi de proscription de 1685, son
influence ne s’en fit pas moins sentir dans toutes les Iles
françaises de l’Amérique, où les autorités locales comprenaient
fort bien qu’elles avaient à compter avec cette maison, toute
puissante et qu’elles avaient le plus grand intérêt à ne pas se
l’aliéner.
1) Le décomptage
Lettre des administrateurs au Ministre sur les Juifs de
Saint1Domingue
À Léogane, le 4 juillet 1743.
Monseigneur,
Nous avions remis au compte que nous avons à vous rendre de l’état des
missions et de la religion en ce pays à répondre à la lettre que vous nous
7avez fait l’honneur de nous écrire le 16 avril 1741, concernant les Juifs
qui se trouvent à Saint-Domingue et par laquelle vous nous
recommandez de veiller à ce que qu’ils n’envoient leurs enfants naturels ou
légitimes en France pour les faire élever dans leur religion.
Comme votre dépêche, Monseigneur, nous ordonne aussi de vous faire
informer du nombre de Juifs qui sont à Saint-Domingue et de vous
envoyer une liste en vous expliquant en même temps les établissements
qu’ils qu’il y ont et le commerce qu’il y font, nous envoyâmes nos ordres
en conséquence dans tous les quartiers pour pouvoir être en état de vous
rendre le compte précis que vous désirez là-dessus.
Mais après les recherches assez exactes faites partout à cet égard,
Monseigneur, il ne s’est trouvé en Juifs connus dans cette colonie que les
Srs Mirande et Mendes fameux négociants de Bordeaux qui depuis 15
ou 20 ans sont établis au Fonds de l’Isle à vaches où ils font un
commerce très considérable et très avantageux à ce quartier auxquels ils
font journellement de grands crédits. Ce sont de très honnêtes gens contres
lesquels il n’y a jamais eu la moindre plainte : ils ne sont point mariés.
Dans la ville du Cap on ne connaît qu’un autre négociant de cette
religion nommé Jacob Suarès établi depuis de longues années dans cette ville,
point marié et d’une très bonne réputation.
Il y avait bien ci-devant un autre négociant au Cap que les jésuites
avaient soupçonnés d’être Juif, nommé Pereyre, mais il est mort depuis
deux ans.
Par le compte que M Bigoton nous a rendu là-dessus, il y en avait bien
eu ci-devant un établi à la ville de St Marc, mais il a quitté la pays pour
retourner en Europe : On n’en connaît point d’autres à
SaintDomingue.
Pour le nom, Monseigneur, du Juif établi à Saint-Louis dont votre
dépêche nous parle et qui est accusé d’avoir envoyé deux filles mulâtresses
8qu’il a eues d’une négresse catholique qu’on prétend être sa femme, dans
le dessein de les faire élever au Judaïsme, si M. L’archevêque de
Bordeaux qui en fut informé n’y eut mis ordre, on a voulu dépeindre
M. de Paz et il a été découvert que c’est un trait de vengeance et de
tracasserie du Père Rhédon, qui partit à peu près dans ce temps là de la
ville de St-Louis pour Bordeaux.
M. de Paz s’est effectivement amusé à faire quelques mâles et femelles à
une négresse à lui pour laquelle il a des bontés ; il l’a affranchie depuis
longtemps, mais il n’en a point fait sa femme. La tendresse qu’il a pour
sa progéniture le porte effectivement à envoyer ses enfants à ses parents
à Bordeaux pour les y faire élever ; mais ils ne le sont sûrement pas dans
le judaïsme, nous en avons la preuve dans les aînés qui repassaient ici
très chrétiens. M. de Paz est sans doute d’origine et de famille juive et
son nom même est ancien et illustre dans cette nation ; mais il n’est pas
lui de cette religion et professe ici très ouvertement et de bonne foi celle du
royaume non peut-être avec la pureté des m œurs et l’édification que tout
catholique devrait étaler, mais c’est la crainte du cocuage qui en est la
seule cause. Il n’a jamais pu se résoudre au sacrement du mariage comme
remède de la concupiscence. Nous n’avons rien à nous reprocher
làdessus.
Larnage, Maillart
2) Descendance juive
Lettre du Ministre à Messieurs de Larnage et Maillart du
23 septembre 1743
Sur les éclaircissements que vous me donnez dans votre lettre du 4 juillet
dernier au sujet des Juifs établis à Saint-Domingue. Il parait qu’il n’y
a aucun nouvel arrangement à prendre par rapport à eux. Dès qu’il n’y
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