Les Mayas

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Au XVe siècle, lorsque les Espagnols découvrent les Hautes Terres du Guatemala ou la péninsule du Yucatàn, il y a déjà près de sept siècles que s’est éteinte la splendeur classique maya. Les cités, en ruines, dévorées par la forêt tropicale, ne seront redécouvertes qu’à partir du XIXe siècle.

Au-delà du cliché d’un empire dont le peuple, tantôt laborieux et pacifique, tantôt cruel et sacrificateur, se serait dédié à la seule contemplation des astres, cet ouvrage fait le point des connaissances sur cette grande civilisation mésoaméricaine.

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Ajouté le 09 novembre 2011
Nombre de lectures 27
EAN13 9782130611721
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Les Mayas
PAUL GENDROP
Professeur et chargé de recherches à l’École nationale d’architecture de l’Université nationale autonome de Mexico Professeur associé à l’UER d’art et d’archéologie de l’Université de Paris I Neuvième édition 44e mille
978-2-13-061172-1
Dépôt légal – 1re édition : 1978 9e édition : 2011, novembre
© Presses Universitaires de France, 1978 6, avenue Reille, 75014 Paris
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Introduction Chapitre I – Les origines I. –Les débuts de la vie sédentaire et de l’agriculture II. –L’impact olmèque III. –Les antécédents de la civilisation maya Chapitre II – L’éveil de la civilisation maya classique I. –L’astronomie, le calendrier et l’écriture glyphique II. –Les débuts de la période classique dans les Basses Terres III. –L’influence de Teotihuacán durant la phase classique ancienne IV. –La phase classique moyenne Chapitre III – L’âge d’or des Mayas I. –Les deux derniers siècles de splendeur à Tikal II. –Le bassin de l’Usumacinta III. –Le bassin du Motagua IV. –La péninsule du Yucatán V. –Les provinces Río Bec et Chenes VI. –La province Puuc Chapitre IV – L’effondrement du monde classique Chapitre V – La période postclassique Bibliographie Notes
Introduction
Lorsque se produisit la conquête espagnole au XVe siècle, deux grands peuples dominaient le panorama culturel de l’Amérique précolombienne : les Aztèques dans le haut plateau mexicain, vers la pointe méridionale de l’Amérique du Nord ; et les Incas dans la zone andine de l’Amérique du Sud. Dans un cas comme dans l’autre, ces deux peuples jeunes et belliqueux constituaient les derniers maillons d’un enchaînement fort complexe de civilisations indiennes s’étant succédé au cours de trois millénaires. Et, en ce qui concerne l’ancien Mexique — ou, pour être plus exact, la Mésoamérique (ou Amérique moyenne) qui englobe une partie du Mexique actuel ainsi que de l’Amérique centrale —, l’une des plus brillantes de ces civilisations anciennes avait été sans conteste celle des Mayas. Mais au moment où les Espagnols — dans les Hautes Terres du Guatemala ou dans la péninsule du Yucatán — entrent en contact avec des peuples appartenant plus ou moins directement à la branche maya, il y a déjà six ou sept siècles que s’est éteinte la splendeur classique maya ; et les cités en ruines, dévorées par la forêt tropicale, sont pour la plupart oubliées. Il faudra attendre le XIXe siècle pour assister à la découverte et à l’exploration systématique de ces cités abandonnées ; et peu à peu, à la lumière de quelques chroniques éparses et à l’aide de sciences telles que l’archéologie et l’ethnologie, surgit l’image d’une civilisation tandis que s’échafaudent des hypothèses parfois fantaisistes, souvent romantiques : qui n’a pas entendu parler, par exemple, d’un ancien Empire maya, véritable « âge d’or » durant lequel un peuple laborieux et éminemment pacifique se serait adonné, dans le calme de ses cités protégées par la forêt dense, à la seule contemplation des astres ? ... Si un cliché de ce genre n’est pas entièrement faux, il n’en est pas moins simpliste. C’est pourquoi nous allons tenter de faire ici le point sur l’état actuel de nos connaissances à ce sujet tout en plaçant les Mayas dans le cadre plus vaste de la Mésoamérique ; car prétendre étudier les Mayas en tant que phénomène isolé serait aussi peu fécond et aussi vain que pourrait l’être une étude sur la Renaissance en France qui ne ferait état ni duQuattrocentoitalien ni de l’Antiquité gréco-romaine.
Détail d’ornementation en stuc au pied d’un pilier du Palais de Palenque Dessin de Paul GENDROP
Chapitre I
Les origines
La présence de l’homme sur le continent américain ne semble pas remonter au-delà de trente à quarante mille ans. L’Indien américain aurait donc ses origines ailleurs, ce qui apporterait une justification supplémentaire à l’emploi du terme « Nouveau Monde ». Et c’est l’Asie qui aurait fourni l’essentiel de ce contingent humain, à une époque où les glaces recouvraient le détroit de Béring, constituant un vaste pont qui, des millénaires durant, aurait permis le passage progressif de vagues migratoires attirées sans doute par les multiples ressources — et particulièrement les possibilités de chasse — de ces terres nouvelles. L’existence de cette voie de pénétration par le nord-ouest n’exclut d’ailleurs nullement l’éventualité de contacts maritimes ayant pu se produire, à des époques moins reculées, à travers l’océan Pacifique plus vraisemblablement qu’à travers l’Atlantique. L’ensemble du continent américain s’étant ainsi peuplé au cours des âges, on y découvre peu à peu les évidences d’une vie primitive dont la subsistance est assurée par la chasse, la pêche et la cueillette de plantes et de fruits sauvages, activités exercées parfois séparément par des petits groupes plus ou moins spécialisés. La vannerie et le tissage de diverses fibres végétales comptent parmi les traditions les plus anciennes de ces « microbandes ». Et les traces de plus en plus abondantes d’une industrie lithique — les pointes de projectiles en pierre éclatée, notamment — nous permettent de reconstituer (comme c’est le cas à Tepexpan et dans d’autres sites du haut plateau central mexicain) certaines péripéties de la chasse au mammouth ou autres espèces préhistoriques. Le retrait des glaces, vers le VIIIe millénaire précédant notre ère, va entraîner bien des modifications radicales. D’une part, le passage vers l’Asie étant interrompu, le continent américain se retrouve pratiquement isolé du reste du monde et — en ce qui concerne l’essentiel de son ultérieure évolution culturelle — livré à lui-même, hormis de très éventuels contacts maritimes antérieurs à la « découverte » du Nouveau Monde. Et si — comme l’affirment la plupart des spécialistes — ces hypothèses s’avèrent exactes, il nous faut donc considérer ces quelque neuf ou dix derniers millénaires de développement culturel précolombien comme un phénomène s’étant produit presque totalement « en vase clos ».
I. – Les débuts de la vie sédentaire et de l’agriculture
Par ailleurs, les transformations climatiques — et écologiques — provoquant la disparition de nombreuses espèces d’animaux et posant à l’homme de nouveaux problèmes de survie, on assiste dans bien des régions de la Mésoamérique, dès 7 000 ans avant notre ère, à un glissement progressif vers la vie sédentaire. Les possibilités de chasse se trouvant en général diminuées, la cueillette tend à prendre le dessus et se transformera insensiblement en agriculture en l’espace de plusieurs millénaires. C’est ainsi que, d’une façon fort modeste, font leur apparition — entre 7000 et 5200 av. J.-C. — des aliments tels que le maïs, le haricot (brun ou noir) et certaines espèces de cucurbitacées : la fameuse « trilogie » que l’on retrouvera par la suite à la base de la diète mésoaméricaine, agrémentée de piments d’espèces très variées et complémentée, petit à petit, par la tomate, l’avocat, la patate douce (ainsi que le manioc et autres tubercules), pour ne pas parler de certains animaux domestiques tels que le dindon et l’ixcuintli (ou chien d’une variété mexicaine), ni des multiples ressources que l’on continuera à tirer de la nature selon la faune et la flore de chaque région. Parmi toutes ces ressources, le maïs deviendra — par excellence — l’aliment de base
de la Mésoamérique, à tel point qu’on lui accordera un rôle déterminant dans certaines légendes concernant la création du monde et que, dans la mythologie de chaque peuple, il apparaîtra déifié sous des aspects fort divers, comme on le verra par la suite. C’est pourquoi, lorsqu’on se penche sur le problème des origines et de la domestication du maïs dans ces contrées de l’ancien Mexique, on a facilement tendance à parler d’une véritable « invention », d’un « miracle » du maïs… et miraculeuse, en effet, est la constance avec laquelle, d’une façon sans doute plus instinctive que consciente, l’homme a su faire de cette plante minuscule, à travers des millénaires de croisements et de soins, les splendides épis que nous connaissons aujourd’hui. A ce processus de domestication — processus dans lequel l’homme lui-même se trouve de plus en plus assujetti à la plante dont il prend soin et dont il modifie le destin — ajoutons un autre facteur ayant poussé cet homme à se fixer d’une façon permanente : le besoin qu’il éprouve d’honorer ses morts en enterrant leurs dépouilles à proximité des lieux de résidence. Et ce culte des morts — qui traduit un besoin d’éternité et implique presque nécessairement la croyance en un « au-delà » meilleur — ne fera que s’affirmer tout en se codifiant à travers les siècles, s’enrichissant d’offrandes de plus en plus abondantes. Mais revenons aux problèmes concernant l’amélioration des ressources alimentaires. Des minuscules épis de maïs — de 3 à 5 cm de long — que l’on se contentait jadis de mâchonner lorsqu’ils étaient encore tendres, on est passé graduellement (par hybridation, sélection, etc.) à des espèces plus grandes, mieux adaptées, dont on tire à présent — après cuisson, et au moyen de pierres à moudre — une pâte extrêmement nutritive. Et parallèlement à la diversification et à l’enrichissement progressifs des ressources agricoles et de l’outillage, le phénomène de sédentarisation va s’intensifiant. Les premières évidences de hameaux semi-permanents apparaissent, entre les années 3400 et 2300 environ, dans le Tamaulipas, les vallées de Tehuacán et de Oaxaca, et la zone lacustre du haut plateau central mexicain. C’est de cette dernière région, d’ailleurs, que provient la plus ancienne figurine en terre cuite connue en Mésoamérique, et dont l’exécution remonterait vers 2300 av. J.-C. (alors que cette pratique était déjà en vogue depuis plusieurs siècles en Amérique du Sud, dans la zone côtière de Valdivia en Equateur). Bien que très fruste encore d’aspect, cette figurine féminine annonce néanmoins une tradition qui se perpétuera parfois fort longtemps selon les régions : elle préfigure, en effet, ces abondantes statuettes féminines que l’on retrouvera, notamment durant la période préclassique, et où semble se manifester un culte de type agraire à la fertilité. Mais il faudra attendre encore plusieurs siècles pour assister à l’éclosion de la céramique proprement dite dont l’élaboration va bientôt marquer, avec l’avènement de la période dite « préclassique » ou « formative », l’accès de nouveaux groupes à un certain mode de vie sédentaire. Les étapes évolutives de cette transformation sont encore loin d’être précises, et c’est d’une façon tentative que l’on fixe la phase préclassique « ancienne » entre 1800 et 1300 avant notre ère. Vers 1500, non seulement les hameaux semi-sédentaires se sont multipliés dans les régions déjà mentionnées, mais d’autres ont fait — ou feront bientôt — leur apparition dans les Etats actuels de Veracruz et de Tabasco (en bordure du golfe du Mexique) et dans la partie méridionale de l’aire maya (notamment le versant Pacifique du Chiapas, du Guatemala et du Salvador) d’où ils continueront à essaimer durant le « préclassique moyen » — 1300-800 av. J.-C. — vers le nord du Belize ainsi que vers les zones lacustres des Basses Terres centrales et quelques points isolés de la péninsule du Yucatán. Il est donc hors de question, en toute objectivité, de parler durant cette phase d’une civilisation « maya » proprement dite, le peuplement de l’aire maya commençant à peine sa période de gestation, et les rares hameaux semi-permanents s’initiant eux-mêmes à un mode de vie encore modeste.
Tableau synoptique
II. – L’impact olmèque
C’est cependant cette même phase préclassique « moyenne » qui va contempler, dans la région marécageuse du golfe du Mexique (à la limite des Etats de Veracruz et de Tabasco), la première flambée culturelle spectaculaire en Mésoamérique : celle des Olmèques, qui non seulement va marquer de son empreinte profonde bon nombre des peuples contemporains, mais dont les réminiscences vont agir à la manière d’un stimulant, d’un puissant ferment culturel que l’on retrouvera, des siècles plus tard, au point de départ du grand essor « classique », celui des Mayas compris. Pratiquement méconnus jusqu’aux années 1940, les Olmèques ont fait, depuis lors, l’objet d’études fort poussées, à tel point que — par réaction — on a peut-être eu tendance à les surestimer en leur attribuant le rôle exclusif et déterminant de « culture mère » vis-à-
vis du monde classique ultérieur... Le temps d’une juste évaluation n’est sans doute pas encore venu, vu l’état trop partiel de nos connaissances sur bien des phases de l’évolution mésoaméricaine. Mais force nous est d’admettre pour l’instant que, comparé aux autres complexes culturels de son temps, on ne peut qualifier le phénomène olmèque que de foudroyant. En effet, là où — entre les années 1500 et 1200 av. J.-C. — on ne trouvait dans la Mésoamérique que de rares bourgades agricoles susceptibles de posséder une économie relativement stable, une structure sociale atteignant le stade tribal et une ébauche de religion (du genre « chamanisme ») dépassant tout juste le simple culte des morts, on a l’impression d’un formidable « bond en avant », d’une profonde explosion culturelle, lorsqu’on voit surgir brusquement, entre 1200 et 900 avant notre ère, les premiers centres cérémoniels olmèques tels que San Lorenzo et La Venta. Aménagés — dans cette région de terres basses et marécageuses — sur des élévations de terrain pouvant se transformer éventuellement en flots à la saison des crues, ces centres cérémoniels font preuve — déjà — d’un gigantesque labeur de remblayage modifiant parfois profondément la topographie naturelle. A dos d’homme, on extrait la vase des berges afin de confectionner desadobesséchées au soleil), de niveler une (briques esplanade, de construire un terre-plein ou de donner forme à une « pyramide » ; on prévoit pour la saison sèche des étangs artificiels communiquant entre eux — parfois à des niveaux différents — au moyen d’un réseau de canalisations constitué par de grands éléments en pierre que l’on fait venir, au prix d’efforts considérables, des montagnes les plus proches, distantes parfois de 100 à 150 km à vol d’oiseau. D’énormes blocs de basalte atteignant de 15 à 25 t sont péniblement extraits des carrières, puis transportés non moins laborieusement — au moyen de leviers, de rondins et de cordes — jusqu’à des radeaux destinés à les conduire, par voie fluviale ou maritime, à pied d’œuvre où ils seront taillés puis polis sans l’aide du moindre instrument métallique (la technologie mésoaméricaine, comme on le verra, n’ayant jamais dépassé un stade équivalant au « Néolithique ») … Combien de mois, d’années peut-être, a-t-il fallu aux sculpteurs olmèques pour produire ces fameuses têtes colossales, ces « autels », ces « stèles » et autres sculptures monumentales dont la qualité d’exécution ne trahit en rien les terribles limitations techniques ? ... Cette sculpture en ronde bosse et en bas-relief, qui compte parmi les plus anciennes — et les plus parfaites — expressions monumentales de l’art précolombien, constitue l’un des phénomènes marquants de cette révolution culturelle olmèque et fait paraître bien modestes, en comparaison, les figurines d’argile façonnées par certains peuples contemporains. Et si l’on ajoute à ceci le travail de pierres dures au grain fin (telles que le jade, la jadéite, la serpentine et la diorite) dont on fait des statuettes admirablement polies, sans parler d’une céramique très élaborée pour l’époque ni des premières statuettes creuses en terre cuite, on comprendra l’impact que cet art olmèque a dû produire, compte tenu non seulement de sa nouveauté d’aspect, mais encore — et surtout — de son contenu ésotérique et de ses implications sociopolitiques. Car une métamorphose aussi profonde et aussi rapide n’a pas son parallèle en Mésoamérique. D’une structure tribale plus ou moins stable (et relativement égalitaire, à ce qu’il semble), on a l’impression, dans l’« aire nucléaire » olmèque, d’un passage soudain à un stade de « chefferie » ou d’« Etat » naissant où une certaine élite dirige d’une poigne forte le travail d’une main-d’œuvre abondante. Peut-on expliquer autrement l’éclosion ordonnée, planifiée, de ces sites olmèques qui, par bien des aspects — et malgré une architecture faite de simple terre compactée —, représentent les premiers véritables centres cérémoniels mésoaméricains ? ... A La Venta, par exemple, on trouve sur l’axe central nord-sud, à l’extrémité d’une grande place cérémonielle délimitée de chaque côté par deux longs terre-pleins symétriques, une gigantesque « pyramide » de 120 m de diamètre et 30 m de hauteur, entièrement faite de main d’homme, et dont la forme