Les orphelins de la Varenne
198 pages
Français

Les orphelins de la Varenne

Description

A la Varenne, il y avait un orphelinat et une pension d'enfants juifs. Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, sur l'ordre du capitaine SS Aloïs Brunner, 28 orphelins y furent arrêtés. Après un réveil brutal, ces enfants âgés de 4 à 11 ans, furent précipités dans les autobus, puis conduits à Drancy. Dans ce camp de la région parisienne, ils vécurent d'horribles journées d'angoisse avant d'être acheminés le 31 juillet 1944 vers Auschwitz, dans des wagons à bestiaux, par le convoi n 77. De 1942 à 1944, en France, 11000 enfants juifs subirent le même sort.

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Date de parution 01 octobre 2004
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EAN13 9782296378124
Langue Français
Poids de l'ouvrage 24 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Plaque du souvenir posée au centre Hillel à La Varenne, en 1986 et
complétée en 1996 pour les trois enfants SWALBERG et Edouard
WAJRYB dont nous n’avons connu le sort qu’en 1992.

Agrest
Alter
Sebbah
Benderski
Bernstein
Fix
Grumberger
Holz
Jacques Hopensztand
Paul Jakubowicz
Jurkiewicz
Kane
Rachow
Rochwerg
Olga Kahn
Lucie Lithuac
Paulette Lévi
Chetblum
Caraco
Westreich
Wajnryb
Tattenbaum
Tabak
Swalberg
Sterber

De ces enfants, il ne reste rien...

Un nom sur une plaque,

Une sépulture dans nos mémoires.

Nous remercions tout particulièrement Nephtali et Nelly WOLF, très
attachés à honorer la Mémoire et en particulier celle
de ces enfants morts pour l’unique raison qu’ils étaient nés juifs.
Leur fidélité et leur engagement ont été des éléments déterminants
pour la mise en œuvre de ce livre.

Avant-propos

Depuis décembre 1992,un groupe de Saint-Mauriens a entreprisune
recherche sur l’histoiretragique des maisons d’enfants juifs de La Varenne,
dans le contexte de l’action nazie menée à Saint-Maur eten France.
Le résultatde l’étude effectuée par leGROUPESAINT-MAURIENCONTRE
1
L'OUBLIcontenu dans cet ouvrage destiné à informer et à(G.S.M.C.O.) est
sensibiliser nos concitoyens, et, plus particulièrement, les jeunes. Plus d’un
demi-siècle avant leur propre enfance, ces événements se sont déroulés à leur
porte.
Le groupe formé de personnes de confessions et d’horizons divers, pense
e
ainsi rendre hommage, en cette période de 60anniversaire, auxenfants
déportés etassassinés, auxenfants contraints de se cacher pourvivre età leurs
sauveteurs.
Il souhaite aussi sensibiliser auxméfaits detoutes formes de
discrimination.
Il convientde signaler que Serge Klarsfeld de son côté, se documentait
depuis plusieurs années sur le sortdes deuxcentres d’enfants de La Varenne. Il
répondaitainsi à l’appel età l’amitié dugroupe des survivants de l’un des deux
centres, celui de la pension Zysman au57 de la rue Georges Clemenceau.
Ses recherches associées à celles de M. etMme Wolf avaientd’ailleurs
permis, en 1986, l’établissementde la plaque commémorative dontla
photographie setrouve en page 1. Serge Klarsfeld a accepté que soientinclus
dans cetouvrage de nombreuxéléments documentaires etphotographiques en
sa possession, permettantainsi d’enrichir notre recherche.
Qu’il soit vivementremercié pour son aide précieuse !

1
Voir la présentation duG.S.M.C.O. en pages 181, 182 et 183

"Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons".
Paul ÉLUARD

"Si comprendre la haine nazie est impossible, la connaître est
nécessaire, parce que ce qui est arrivé peut recommencer, les
consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies, les nôtres
aussi".
Primo LÉVI

8

Préface

Dans la dernière semaine de juillet1944, les Alliés progressenten
Normandie. Caen estlibéré. Les Allemandsviennentd’abandonner
Saint-Lô. Lestroupes duGénéral Omar Bradleys’apprêtentà lancer
l’opération Cobra qui aboutira à la percée d’Avranches, à la reconquête
de la Bretagne, puis dans la deuxième quinzaine d’aoûtà la Libération
de Paris. C’estl’été des grandes espérances.
Du20au 24 juillet, en pleine nuit, le capitaine SS Aloïs Brunner,
chargé des questions juives dans la région parisienne, faitarrêter300
enfants. Entassés dans des autobus, ils sont transférés à Drancy. Le31
juillet, ils partent, 60parwagon, "vers l’Est", à Auschwitz-Birkenau.
Aucun n’en reviendra.Ils étaientjuifs, presquetous orphelins. Ils
vivaientdans les centres de l’Union Générale des Israélites de France ou
dans des orphelinats à Paris, à Montreuil, à Louveciennes, à Neuilly, à
Vincennes, à La Varenne Saint-Hilaire. Hélène Goldfarb avaitquatre ans;
Jacques Halimi, sept ans;Dario Sarfati,trois ans; Edouard Wajryb, cinq
ans; les cinq enfants Sonnenblick, moins de onze ans.
2
LeGROUPESAINT-MAURIENCONTRE L'OUBLIavoulurappeler leur
souvenir. Il le faitsimplement, en réunissantles documents les plus
significatifs, les photographies les plus évocatrices, en reproduisantle
témoignage des hommes etdes femmes qui ontassisté audrame. Chemin
faisant, l’ouvrage pose des questions auxquelles il n’estpas facile de
répondre.
L’UGIF a-t-elle fait toutce qu’elle devaitfaire pour cacher les
enfants, pour les soustraire àune rafle qu’on croyaitimprobable, mais
pas impossible ? Sur cette institution que lesAllemands ontcontraintle
gouvernementde Vichyà mettre sur pied, beaucoup a été ditetécrit. Les

2
Voir la présentation duG.S.M.C.O. en pages 181, 182et183

Juifs qui la fontfonctionner ontcruagir dans l’intérêtde leur
communauté. Certains l’ontpayé de leurvie, à commencer par les
dirigeants, comme Raymond-Raoul LambertetAndré Baur, qui ontété
déportés en 1943. D’autres n’ontpas compris qu’il fallaitdès lors entrer
de plain-pied dans la Résistance oun’ontpas crupossible de le faire.
Interminable dialogue entre ceuxquiveulentagir ausein d’une
institution etceuxqui préfèrentqu’on passe à la clandestinité!
Pourquoi cetacharnementdes nazis à l’encontre des Juifs,
fussentils des enfants oudesvieillards ? Parce que, pour eux, la guerre contre les
Juifs reste la priorité des priorités, qu’il fautremplir les convois de
déportation en dépitdes nécessités de la bataille, que rien ne doitarrêter
leur entreprise démoniaque.
3
A quoi sert-il de revenir, cinquante ans plustsard ,ur des
événementstragiques qui devraientne plus figurer que dans les livres
d’histoire ? Nousvivons aumilieude l’histoire. Nous en sommes
imprégnés. Les rues de Saint-Maur, les maisons qui ontsurvécuau
temps, les plaques commémoratives nous rappellent, qu’on leveuille ou
non, lestragédies passées. Des ouvrages comme celui quevous allezlire
montrent, à l’évidence, que les rafles, que les déportations n’ontpas eu
lieudansun pays étrange etlointain, qu’elles n’ontpas frappé des
peuplades inconnues. C’estcheznous, dans notrevoisinage, que le drame
a eulieu. Les28 enfants juifs de La Varenne, les anciens d’aujourd’hui
les ontconnus ouentrevus. Notreville estcomposée de chair etde sang.
Nous ne pouvons pas l’ignorer. LeGROUPESAINT-MAURIENCONTRE
L'OUBLIcontribue à remplir le devoir de mémoire, etl’on ne peutque lui
adresser félicitations etencouragements.

3
-La première édition a été publiée en 1995.
10

André KASPI,
Professeur à la Sorbonne

{

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En 1919, le Traité de Versailles entérine la victoire des Alliés sur les Empires allemand, austro-hongrois et
ottoman etprovoque leur dislocation. Ainsi naissentde nouveauxÉtats :la Yougoslavie, la Bulgarie, la
Tchécoslovaquie etla Roumanie. La Pologne, elle, renaîtet trouveun accès à la Baltique par le couloir de
Dantzig. Ce découpage politique porte en lui le germe des futurstroubles. Certains
Alliés sontdéçus de la répartitionterritoriale et, en particulier, l’Italie quitraverse de
1919
graves difficultés économiques dontsaura profiterBenito
Les conséquences
Mussolini.Ce dernier, chantre d’une nouvelle idéologie,
le fascisme, conquiertle pouvoir en 1922 et
du traité de Versaillesdevient leDuce.Autres conséquences ;le
couloir de Dantzig coupe l’Allemagne en
deux. Certaines minorités sontséparées de leur patrie, comme les Sudètes d’origine allemande qui se
retrouventen Tchécoslovaquie.

Dansune Allemagne rongée par la crise économique, la République de Weimar a remplacé l’Empire etse
trouve aubord de la guerre civile (mouvementSpartakus,extrême gauche). Ce climatdramatique estpropice
à des hommes nouveauxqui s’entourentd’opportunistes etde déçus. Un ancien caporal
1920
autrichien,Adolf Hitler,s’inspire desthèses de Mussolini, deGobineauetde Sorel pour
galvaniser des petits groupes à Munich. En août1920, Hitler fonde leParti National
Socialiste Allemand des Travailleurs(NSPDA). En 1923l’échec de
L’Allemagne
son putsch le renforce dans sa conviction d’arriver au pouvoir
légalement. Ilutilise des hommes dévoués à l’extrêmetels que Goering
au bord de laetsurtoutGoebbels qui le premier sait utiliser la puissance dela
propagande.Celle-ciutilise desthèmes simplistes mais forts pour des
guerre civileAllemands sanstravail ethumiliés par la défaite: fierté d’être
allemand,xénophobie, antisémitisme, peur du communisme,vengeance
du traité de Versailles.La création des SA en 1921 donne à ce parti
une structure militaire. En 1933, la création des SS accentuera le caractère para-militaire dupartinaziqui
deviendra le premier parti allemand après les élections etsous la pression de la propagande.

1933 : Hitler chancelier
Le30janvier, le MaréchalHindenburg
nommeAdolfHitler Chancelier.Il met
aussitôten place son programme nazi etcrée
officiellementleministère de la propagande.
En mars, il crée les premiers camps de
concentration (Dachau) pour y interner ses
opposants.Hitler classe la population en
catégories: communistes, libéraux, socialistes,
Juifs,tziganes, handicapés, homosexuels. La
chasse auxJuifs débute dans les
administrations, les entreprises etdans lavie
culturelle : les livres formentdes bûchers.

A La Varenne...
1933 :Isaac etSarah Zysman fondentla
pension d’enfants juifs au57 de la rue
Georges Clemenceau.
1934 :Inauguration de l’orphelinat au 30
de la rue Saint Hilaire.
1935 :Inauguration de la synagogue au10de
la rue duChâteau

L’Allemagne sort de la crise...
1934 :Hitler devientPrésidentde la République: c’estla
ème
naissance duIII Reich.Aumépris du traité de
Versailles, ilréarme l’Allemagne etdéveloppe
l’implantation de grands groupes industriels sortantainsi
son pays de la crise.
1935 :Les lois antisémites de Nuremberg fontperdre aux
Juifs leur nationalité allemande.
1936 :Hitler occupe la Rhénanie.
1938 :Les Juifs allemands subissentde nombreux. Actes
deviolence pendantlaNuit de Cristal.Le 13mars,
l’Anschlussrattache l’Autriche à l’Allemagne.

En octobre, les accords de Munich persuadent Hitler de la
passivité de la Grande-Bretagne etde la France.Il poursuit
alors son rêve de la grandeAllemagne etoccupe la
Tchécoslovaquie (mars 1939).

11

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C’est la guerre !
1939
Le 3 septembre, la France et la Grande-Bretagne déclarentla
L’Allemagne envahit
guerre à l’Allemagne envertudupacte qui les lie à la Pologne.
la Pologne
Attaquée à l’ouestpar lestroupes duReich età l’estpar
l’URSS, la Pologne estrayée de la carte politique de l’Europe
Lecouloir deDantzigestle seul
en quelques jours.
obstacle qui subsiste du traité de
Versailles. Hitler signe un pacte de
nonLa « drôle de guerre » !
agression avec l’Union Soviétique le 23
août, etenvahitla Pologne le premierAprès avoir envahi la Hollande etlaBelgique, l’armée
septembreallemande perce le frontdans les Ardennes etenfonce les lignes
britanniques etfrançaises.
Les Anglais rembarquentà Dunkerqudrôle de ge. La «uerre »
aura duré de septembre 1939 au10mai 1940
Le maréchal Pétain, héros de Verdun, ambassadeur à Madrid,
estnommé PrésidentduConseil par le PrésidentAlbertLebrun.
Création de l’O.S.E.
Profitantde l’ouverture encore possible des frontières, nombre d’opposants aurégime fasciste (Juifs et
minorités), fuientles arrestations etles pogroms etarriventen France. Pour sauver les enfants, des
organisations (principalementjuives) se multiplient. L’une d’elles,l’Oeuvre de Secours auxEnfants(O.S.E)
créée en.1935, ouvre cinq «homes d’enfants » auxalentours de Paris. Dès la déclaration de la guerre, ces
enfants sontenvoyésvers le Sud de la France etnotammentà Montpellier.
Avec l’aide d’autres organisations etde centres religieux, certains de ces enfants pourrontêtre acheminésvers
l’Amérique.
Londres
1940
De Gaulle lance
l’appel du 18 juin
C’estdepuis le studio londonien de la BBC
que le général DeGaulle lance son appel
auxFrançais refusantla défaite :
« La France a perdu une bataille ! Mais
la France n’a pas perdu la guerre. »

Saint-Maur - LaVarenne
A partir de 1940, des enfants déshérités
sonthébergés dansun pavillon du15 de
l’avenue de Chanzypour la «Colonie
Scolaire »,oeuvre juive de la protection de
l’enfance, fondée en 1928. C’est un accueil
provisoire dans l’attente duplacementdes
enfants à la campagne.

Pétain rencontre Hitler !
A Montoire, le24 octobre 1940aucours
d’un entretien dansune atmosphère
courtoise, le maréchal a déclaré auFührer :
«J’engage la France dans la voie de la
collaboration. »

12

La France signe l’Armistice le22juin à Rethondes, dans le
wagon du11 novembre 1918. Leterritoire national est
partagé en deux:
- la zone Nordetle littoral atlantique. La région
des Flandres etl’Alsace-Lorraine deviennentdescolonies
placées directementsous l’administration allemande.
-la zone Sudestplacée sous l’autorité d’un
gouvernementfrançais à Vichy.
La France faitainsi exception avec les autres pays occupés
par l’Allemagne nazie placés sous l’autorité deGauleiter
nommé par Hitler.

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Travail, Famille, Patrie
Après 65 ans d’existence, laIII° République disparaîtle 10juillet1940. Le 11, les lois constitutionnelles
proclamentl’État françaisetPhilippe Pétainen devientle chef.
Le Maréchal qui estime59/ &/parlementarisme, la gauche etles Juifs sontà l’origine du« malheur » de la
France, souhaite revenir à desvaleurstelles quele travail, la famille et la patrie.Il prône la révolution
nationale, s’entoure d’anti-parlementaires, de pro-mussoliniens, de germanophiles etd’antisémites.

La censure s’installe
Les Allemands mettenten place la Huitième
Division duMinistère de la Propagande.
Les journauxne réapparaissentqu’après
autorisation gouvernementale.
Radio-Paris devientla radio officielle etses
émissions de campagne antisémites sont
nombreuses. Les journauxd’extrême droite
d’avant-guerre se spécialisentselon leur cible
de lecteurs.

Le statut des Juifs...
Le 3 octobre 1940, la France de Vichy
décrète le statutdes Juifs substituantla notion
de race à celle de religion.
Sixmois plustard, les Allemands ferontde
même par ordonnance du 26 avril 1941.Il est,
en particulier; interditauxJuifs d’accéder à la
plupartdes fonctions etmandats publics.
La loi du4 octobre 1940, impose
l’internementdes Juifs étrangers dans des
camps spéciauxplacés sous l’administration
duSecrétaire d’Étatà l’Intérieur.

La résistance intérieure
s’organise !
Des mouvements de résistance s’organisent
enzones Nord etSud.
Quelques exemples :
- « Libération Nord » etla création de son
périodique« Libération ».
- LeComité National de SalutPublic (le
musée de l’Homme à Paris) faitparaître
son journal« Résistance »
- L’OCM (Organisation Civile etMilitaire)
- Fondation par des militaires autour de
Pierre FresnayduMouvementCombat
après sa fusion avec le groupeLiberté.

Des nouvelles mesures
Juillet-août 1940 :
- déchéancede la nationalité française des étrangers
naturalisés.
- révision des naturalisations.
- exclusion des francs-maçons de la fonction publique.
- suppression des syndicats.
Septembre 1940:
- francisation de la fonction publique
Décembre 1940:
- le8, le général De Gaulle estdéchude la nationalité
française.
1940

13

14

Les faits évoqués se sont déroulés dans ce quartier de Saint-Maur.

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CHAPITRE I

LES MAISONS D’ENFANTS A LA VARENNE
AVANT LES RAFLES

Avantla guerre 1939-1945, Saint-Maur-des-Fossés étaitrelié à la place
de la Bastille à Paris parun petit train à impériale. Tous les anciens s’en
souviennent. Dans Saint-Maur, les stations correspondaientà celles duRER
(RéseauExpress Régional) actuel. Ce petit train favorisa l’installation, à La
Varenne, de maisons d’enfants juifs.

Sur le plan ci-contre, nous repérons cestrois maisons:
-un orphelinat, au 30de la rue Saint-Hilaire, à proximité de la synagogue;
- une pension d’enfants, au 57 de la rue Georges-Clemenceau;
- au 15 de la rue de Chanzy, un pavillon, qui servit, pendant la guerre, de
refuge clandestin à des enfants juifs.

1. L’ORPHELINAT
Les circonstances de la création de cet orphelinat, en 1934, ont été
évoquées au cours de plusieurs entretiens par NellyWolf qui fut un membre très
actif de la petite communauté juive de Saint-Maur-La Varenne, avant et après la
guerre de 1939-1945.

16

En 1935, Nephtali Wolf et Nelly Goldflam
furent les premiers mariés
de la synagogue de La Varenne.

La communauté israélite de Saint-Maur-La Varenne, fondée en 1926, avait établi
un oratoire au n° 3 de la rue G.Clemenceau. Cet oratoire, de dimensions exiguës,
était devenu insuffisant pour contenir le nombre des fidèles. Le conseil culturel,
dont M. Loewinski est président, M. S. Goldenbervice-président et M. Lévine
secrétaire,vient d’acquérir un terrain 10de l’avenue du Château à La Varenne et
de faire exécuter les plans d’une spacieuse synagogue. Les fonds ont été réunis
grâce à la générosité des coreligionnaires et à la subvention qu’a bienvoulu
accorder le consistoire de Paris
(Extraitd’un article parudans l’Union régionale dujeudi31 janvier 1935)

Une autre communauté juive, plus ancienne etplus importante, existait
déjà dansun quartier de Paris - le Marais - autour de la synagogue de la rue
Pavée. Cette communauté avaitpris en charge de petits orphelins en les plaçant
chezdes nourrices, à la campagne.Aun certain moment, ils furentassez
nombreuxpour être regroupés dansune maison d’enfants. La communauté
pensaitainsi assurer leur éducation scolaire etreligieuse dans de meilleures
conditions etdansune ambiance plus chaleureuse. On rechercha alorsune
maison à La Varenne. On connaissaitbien cette localitéverdoyante, car certains
ypossédaient une résidence secondaire. On jugea de la facilité d’accès par le
petit train déjà évoqué, eton imagina ainsi pouvoir aisément veiller sur les
orphelins regroupés.
Pour financer l’achatde la maison, on s’adressa à des donateurs; on fit
des quêtes; on organisa des spectacles etdes bals, dontles bénéfices furent
réservés auprojet. Ainsi, la solidarité futmise à contribution. Elle était très
active dans ce quartier duMarais, où vivaientde nombreuses familles juives qui
avaientfui la Pologne etla Russie, à cause des persécutions etde la misère.
Après l’installation en France,untravail acharné avaitamélioré les conditions
devie, mais on restait toujours sensible auxdifficultés des plus pauvres.
Les fonds nécessaires furentrassemblés, qui permirentl’acquisition à La
Varenne d’un pavillon au 30de la rue Saint-Hilaire. On inaugura l’orphelinat
nomméBeiss Yessoïmim en 1934. Ces mots, difficiles à prononcer en français,
1
veulentdire enyMaison des orphelinsiddish «», en hommage à l’institution
2
dirigée à Varsovie parun pédagogue de réputation mondiale: JanuszKorczack .
Un an plustard,une synagogue ouvritses portes à proximité, avenue du
Château. Elle est toujours là, auservice d’une communauté active.
Les orphelins, regroupés, furententourés de la sollicitude de la
communauté de La Varenne. Des dames préparaientetanimaientdes fêtes
religieuses, comme celle dePourim,oùles enfants se déguisentetcélèbrentla
victoire de la reine Esther. Par ailleurs, les enfants suivaientl’enseignementdu
3
Talmud Thoraà la synagoguevoisine. Lorsque les garçons atteignaient treize
ans, on célébraitavec chaleur leurbar mitzva,majorité religieuse. D’autre part,
des enfants s’intégraientauxactivités duclub sportif de la communauté.

1
-Langue judéo-allemande que parlaiententre euxles juifs d'Europe centrale.
2
-Après l'invasion de la Pologne par l'armée allemande en 1939, J. Korczack et ses orphelins
durentrejoindre le ghetto oùles Allemands concentraientà l'intérieur d'immenses murailles, les
juifs de Varsovie etd'autresvilles de Pologne, avantde les envoyer aucampvoisin de
Treblinka pouryêtre gazés. Lorsque letour des orphelins arriva, les nazisvoulurentépargner
J. Korczack, mais celui-ci refusa de quitter les orphelins. A l'arrivée aucamp, il fut, avec eux,
immédiatementgazé.
3
-Littéralement: étude de laThora,nom hébreuduPentateuque. L'expressionTalmud Thora
désigne aussi le lieuoùse faitcette étude. Les enfantsyapprennentl'hébreuetla religion juive.
17

Certains participaient à la chorale de l’Amicale de la jeunesse israélite de La
4
Varenne, que présidaitNepht. Parallèlemenali Wolft,tous ces enfants
s’intégraientà lavie duquartier, en fréquentantrégulièrementl’école Michelet
etcelle des Mûriers.

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Actuellement, le bâtimentcorrespondantà l’orphelinatn’existe plus. Sur
5
son emplacementa été construitle centreHillel , maisonde la communauté
juive locale, inauguré en 1985.
2. LA PENSION D’ENFANTS AU 57 DE LA RUE GEORGES
CLEMENCEAU
Elle occupait un pavillon entouré d’un petitparc. L’ensemble futloué en
1936 par les épouxZysman, qui recevaienten pension des enfants juifs de Paris.
Leurs parents pouvaientaisément venir lesvoir, en prenantle petit train de la
Bastille.
6
Lazare Domniezévoque, dans le journal de la communauté juive de
Saint-Maur de mars 1984, le souvenir de cette pension appelée «Maison des
enfants heureux» :
«Située avenue Georges Clemenceau à La Varenne, elle était le
dimanche le lieu de rendez-vous des parents quivenaientypasser la journée

4
-Une plaque commémorative, placée près de son domicile, à l'angle de la promenade
des Anglais etduboulevard de la Marne, célèbre la mémoire de M. Wolf. Elle a été
inaugurée en présence d'élus de la municipalité de Saint-Maur etde représentants
de la communauté juive. Elle porte cetexte:
Nephtali Wolf avécu dans cette maison de 1947 à 1991. Il œuvra
toute savie pour l'harmonie entre les hommes de toutes confessions.
5
-Hillel est un grand maître duTalmud du1° siècle après J.C.
6
-Maire-adjointde Saint-Maur à partir de 1978
18