Penser l'Amérique au temps de la domination espagnole

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Français
312 pages
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Description

Ces contributions illustrent la démarche de Carmen Val Julián, hispaniste et historienne. Elles portent sur la maîtrise de l'espace américain ainsi que sur sa place dans la représentation géographique du monde, la question de l'écriture de l'histoire du Nouveau Monde, de Las Casas aux hommes des Lumières américaines. Elles étudient enfin des fragments de vies propres à la société mexicaine d'avant l'indépendance.

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Publié par
Date de parution 01 juillet 2011
Nombre de lectures 107
EAN13 9782296468085
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Penser l’Amérique
au temps de la domination espagnole

Recherches Amériques latines
Collection dirigée par Denis Rolland
et Joëlle Chassin

La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de
recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace quis’étend
duMexique etdesCaraïbesàl’Argentine etauChili.

Dernières parutions

HenriFAVRE,Changement et continuité chez les Mayas du Mexique,
Contribution à l’étude de la situation coloniale en Amérique latine,
2011.
MarcosEYMAR, La langue plurielle. Le bilinguisme franco-espagnol
dans la littérature hispano-américaine (1890-1950),2011.
Pauline RAQUILLET,Alfred Ebelot. Le parcours migratoire d’un
e
Français en Argentine auXIX siècle,2011.
PierretteBERTRAND-RICOVERI,Mitología shipibon2010.
GermanA.dela REZA,Les nouveaux défis de l’intégration en
Amérique latine,2010.
JoãoFeresJúnior,Histoire du concept d'Amérique latine
auxEtatsUnis,2010.
Marie-Cécile BENASSY-BERLING,SorJuanaInés de laCruz. Une
femme de lettres exceptionnelle.Mexique XVIIe siècle,2010.
Florencia CarmenTOLA,Les conceptions du corps et de la personne
dans un contexte amérindien,2009.
MarcioRodriguesPEREIRA,Le théâtre français auBrésil de 1945 à
1970 :un outil de la diplomatie française contre le recul de son
influence culturelle,2009.
AlainKONEN,Rites divinatoires et initiatiques àLaHavane,2009.
MontserratVENTURAiOLLER,Identité, cosmologie et chamanisme
des Tsachila de l’Équateur,2009.
HenriFAVRE,Le mouvement indigéniste enAmérique latine,2009.
ThomasCALVO,Vivre dans la Sierra zapotèque duMexique
(16741707),2009.
Paola DOMINGO etHélène VIGNAUX(dir.),Arts et sociétés en
Amérique latine : la transgression dans tous ses états,2009.
HéctorDANTE CINCOTTA,RicardoMolinari ou la solitude de la
Pampa,2009.
MonestyJuniorFANFIL,Haïti: le maintien de la paix enAmérique
centrale et dans lesCaraïbes,2009

sous la direction de
J.-P. Berthe et P. Ragon

Penserl’Amérique
autempsdeladominationespagnole

Espace, temps et société

e e
(XVI –XVIII siècle)

L’HARMATTAN

©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56185-4
EAN : 9782296561854

Introduction

Pierre Ragon
Université de ParisOuestNanterre La Défense

CarmenValJulián nousaquittés trop tôt, en 2004.Elle
venaitdesoutenir, deuxans plus tôt,son mémoire d’habilitation
et unenouvelle carrières’ouvraitdevantelle.Ancienne élève de
l’École Normale Supérieure de Fontenay-aux-Roses, Carmen y
avaitaussienseignéune dizaine d’années, aprèsdesdébuts
professionnelsdans l’enseignement secondaire et uncourt
détour par une chairesupérieure au lycée Claude Monet.Quand
l’École Normale Supérieure de Fontenaydutdéménagerà Lyon,
Carmenfit le choixderesterà Paris ;elle estalors passée à
l’École Polytechnique,pour peudetemps.
Son œuvrescientifique commence audébutdesannées
1980.Elles’estdonc développéesur plusd’unevingtaine
d’années,non sans interruptionset parfoisdansdesconditions
difficiles,notamment lorsdesesderniers moments.C’estcelle
d’unehispanistequia faitdelalangueson métier.Toutau long
1
desavie, ellel’a apprise, analysée, enseignée,traduite aussi .
Maisc’estégalementcelle d’unehistorienne.CarmenVal
Juliána constammenteu lesoucid’établir un pontentrela
compétence du linguiste etcelle del’historienetc’est un
historiendel’EHESS, Jean-Pierre Berthe,qu’elle atoutd’abord
pris pourdirecteurdethèse.Dans lesannées qui suivirent,
constamment, elle amaintenucelienenfréquentant les
réunions,parfois informelles,que Jean-Pierre Bertheorganisait

1.Lescollègues hispanistesde CarmenValJulián luidédientdeleurcôtéun
volume àsamémoireoùfigurel’undeses inédits.VoirLa realidad y el
deseo.Toponymie du découvreur enAmérique espagnole, deCarmen Val
Julián (suivi de textes en hommage à l’auteur), Marie-Linda Ortega, Marina
Mestre-Zaragoza, JulienRoger (éds.), Lyon, Éditionsdel’ENS,2011.

Pierre Ragon

chez lui.C’est làque,pour laplupart,nous l’avonsconnue.
Tombée amoureuse duMexique dela Conquête àla findes
années 1970 lorsd’un voyagequi l’amena àparcourir unepartie
del’Amériquelatine, desAndesauMexique, elle choisit
finalementdes’arrêterà Mexicoetdes’y initierà
l’américanisme.Lesgrandesétapesdesa carrièreuniversitaire,
sathèsepuis son habilitation,ontétéorientées parce choix
initial.
Son séjourà Mexicofut, entre autreschoses,marquépar la
découverte desenjeux mémoriels,juste avant qu’ils neviennent
occuper le centre dudébat public etfourniraux sciences
sociales un nouvel objetderéflexion.AuMexique,une
incroyablepolémique faisaitalors rage autourdes restes
d’Ichcateopan,l’improbable corpsde Cuauhtémocprétendument
2
retrouvé auGuerrero .Cetépisoderocambolesque eutdu moins
pour intérêtdemontrer l’importancesymbolique dudernier
défenseurde Mexicodans l’imaginairenational mexicain,tel
e
qu’ilavaitété forgé àpartirduXIXsiècle.Alors quela figure
dudernierempereuraztèque était, cette foisencore,sous le feu
del’actualité, Carmen jetasondévolu sur son prédécesseur
immédiat, généralementfrappé d’infamie auMexique :
Moctezuma est la figure du traître, du lâcheou, au mieux, de
l’impuissant.Elley travailla, comme ellesavait le faire, en
linguiste eten historienne,s’intéressantdès lorsaux mots qui,
pendant prèsdequatresiècles, avaientétéutilisés pour parlerde
Moctezuma :les«motsdel’historiographi«e »,mots» étant
entenduau sens largepuisqu’elle balayanon seulementdes
textes historiqueset littéraires maisaussi tout unensemble de
représentations iconographiqueset symboliques,sans négliger
les misesen scènequiavaientété faitesdu personnagetantdans
lesdanses indigènesdela conquêteque dans leschorégraphies
savantesdes opéras occidentaux.CesVies postumes de
MoctezumaIIfirent l’objetd’unethèse dequelque 800 pages,

2.AlejandroMorenoToscano,Los hallazgos deIchcateopan, 1949-1951,
Mexico, UNAM,1980.

8

Introduction

préparéesous la directionde Jean-Pierre Berthe et soutenue à
l’EHESS en 1986.
Cet important travail,malheureusementdemeuréinédit,
l’amena àmultiplier les typesd’approchde :’emblée, elle dut
s’initieraux méthodesde disciplines variées qu’ensuite elle
revisitatoutau long desa carrière.Lanécessité, avant toute
chose, depréciser lanature du pouvoirde Moctezuma,la
conduisità faireuneincursiondans le domaine de
l’ethnohistoire,une démarche difficilequi requiert toutàla fois
éruditionet modestie.Cettesensibilité acquiselui permitde
conserver ouverteuneportequi l’amena,parexemple,quelques
années plus tard àtraduire enfrançais l’une des œuvres les plus
importantesdel’ethnohistorien mexicainAlfredoLópezAustin,
Les paradis de brume. Mythes et pensée religieuse des anciens
3
Mexicains.Ainsi ouvrit-elle au public francophonel’accèsà
une analyserenouvelée delapensée aztèquequi n’étaitalors
guère connuequ’àtraversdes synthèsesdatées.
Son travail sur lesdansesdela conquête,qu’elle avait
initialementengagé dans sathèse, fut un temps poursuiviavec
l’étude du manuscritde RobertoCervantesDelgado photocopié
àla bibliothèquenationale de Mexico.On sait la complexité de
ces sources où interfèrentcultureorale etculture écrite,
héritages historiqueset réécritures, fidélité au passé et
4
manipulationsau service du présent .Carmenfait partie de ceux
etde celles qui surent manierces sourcesaveclarigueur
nécessaire, cequi,malheureusement,n’apas toujoursété de
mise en lamatière.
L’étude des représentationsde Moctezuma dans lescodices
indigèneséveilla enelleun intérêt plus largepour l’analyse des
représentations iconographiques.Une fois lathèseterminée, elle
allaplus loindanscette directionen réfléchissant toutd’abord à
lamanière dont lesgravureseuropéennes réutilisèrentdes

3.Paris, Maisonneuve etLarose,1997.
4.CarmenValJulián, «Dansesdela conquête :unemémoireindienne de
l’Histoire?», dansVingt études sur leMexique et l’Amérique centrale
réunies à la mémoire deNicole Percheron, Toulouse, PressesUniversitaires
duMirail,1991,p. 253-266.

9

Pierre Ragon

élémentsempruntésauxcodicespictographiques.Elleidentifia
etanalysanotamment lerôleinitiald’André Thévet,premier
propriétaire duCodex Mendoza,qui l’utilisapour ses propres
travauxde chroniqueur officieldela Couronne de France :on
retrouve dans sesvrais pourtraits et vies des hommes illustres
5
les imagesdesixgouvernantsamérindiens .Cepremiercorpus,
sanscesserepriset réinterprété,nourritensuite, des siècles
6
durant,l’imaginaireoccidental .Danscemême domaine,
Carmenestaussiàl’origine, avec Maryse Vich-Camposd’une
réunion organisée àl’École Normale Supérieure de
Fontenayaux-Roses qui prit pour objet l’étude des représentations
monstrueusesdont laprolifération suivit l’expansiondes
Européens lelong descôtesaméricaines puis lelong des routes
7
qu’ilsempruntèrentàl’intérieurducontinent .
Son intérêt pour l’histoire dela conquête duMexiquel’avait
inévitablementamenée às’intéresseraux pointsdevue
espagnols.Ellele fitde deux manières.Lapremière,très
classique,la conduisitàrouvrir le dossierdesdébats juridiques
suscités par laconquistaenEspagnemême.Ellele fiten
organisant unejournée d’étudesàl’École Normale dont les
travauxfurentensuite édités puisellepublia, encompagnie
d’OscarMazin (quiapporteune contributionau présent
8
volume),une anthologie detextesfondamentaux .
Maisc’est sansdoutel’étude delaréécriturelittéraire de
l’histoirequi lui ouvrit les perspectives les plusfécondes.Avec
sathèse, Carmenavait tout naturellementexploréletraitement
dela figure de Moctezuma dans l’historiographiemoderne,

5.André Thévet,Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres, Paris, Par la
ère
veuve I.KeruertetGuillaume Chaudiere,1584(1édition).
6.CarmenValJulián, «Rey sin rostro.Aspectosdelaiconografía de
Motecuhzoma Xocoyotzin», dansRelaciones,n°77,1999,p. 105-122.
7.Des monstres... Actes du colloque de mai 1993 à Fontenay-aux-Roses,
Maryse Vich-CamposetCarmenValJulián (éds.), Fontenay-aux-Roses,
École Normale Supérieure,1994.
8.La conquête de l’Amérique espagnole et la question du droit, CarmenVal
Julián (éd.), Fontenay-aux-Roses, École Normale Supérieure,1996 ;En
torno a la conquista: une anthologie, CarmenValJuliánetOscarMazin
(éds.), Paris, Ellipses,1995.

10

Introduction

créole,hispanique eteuropéenne.Elles’étaitaussiattachée à
décrireletraitement littéraire du personnage dans les œuvresde
la Renaissance, duGrand Siècle etdesLumières, débusquantau
passagequelques inégalitésdetraitementetdes inflexions
9
significatives .Par lasuite,son intérêt s’est portésur le
traitementde cettemêmehistoiremexicaine dans lalittérature
e
duXXsiècle àtravers l’analyse d’œuvres oud’auteurs.
Larguant lesamarres, ellenes’est plus intéresséeseulementà
l’histoire dela conquêtemais parfoisaussiàl’histoirerécente
e e
duXXsiècle,voire àl’histoire-fictionduXXIsiècle.D’où ses
travaux sur l’œuvre de CarlosFuentes,notamment lanouvelle
Chac MooletLos años con Laura Díaz.D’oùaussi son intérêt
pourLaPaz de los sepulcrosde Jorge Volpi,unauteur qu’elle
rencontra à Paris, àl’ambassade duMexique.
Par quelchemincet intérêt pour l’écriture del’histoirela
conduisit-ilàmontrer uneprédilection pour lalittérature
cubaine contemporaineproduite enexil ?Sansdoute
l’importance dela Révolutioncubainepour l’Amérique
e
espagnole duXXsiècle et les hasardsdelaviesesont-ils ici
10
conjugués .Carmenconsacraune bonnepartie deses travaux
les plus récentsàl’analyse,–etdanscertainscasàla
traduction –, deplusieursde cesauteurs: GuillermoCabrera
Infante, María Elena CruzVarela et surtoutZoé Valdès qu’elle
a bienconnue etdontelle devint laprincipaletraductrice en
langue française.
Mais pour sesderniers travaux universitaires, CarmenVal
Juliánchoisitderetourneràses premiersamoursenconsacrant

9.Lesauteursespagnols sont relativementdiscrets sur la conquêteproprement
dite alors que ceuxdu reste del’Europesontfriandsde détails parfois
e
inventés.AuXVIIIsiècle,un traitementdissymétrique dela conquête
apparaîtentrelesauteursespagnols,soucieuxde défendrel’œuvre de
l’Espagne, et lesauteurscréoles, désireuxderestaurer l’image des
souverains préhispaniques pour sauver l’honneurdeleurpatria chica.
10.Carmenévoquait un voyage à Cuba,l’organisationen 1994 àl’École
Polytechnique(avec Anne-Marie Jolivet)d’unesemainethématiquesur
Cuba.Elle amonté avec PaulEstrade,uncolloqueinternationalconsacré à
José Marti:Soy el amor, soy el verso!JoséMarti créateur, C.ValJulián
(éd.), Paris, Ellipses,1995.

11

Pierre Ragon

sonmémoireinéditd’habilitationà diriger les recherchesà
l’étude dela géographiehistorique duMexique au tempsdela
11
conquête.Plusieursannéesauparavant, età deux reprises, elle
s’était initiée à cette démarche encompagnie dugéographe
AlainMusset.L’étudemenée àl’occasionducolloque
commémoratif ducinquième centenaire dela découverte du
NouveauMondequi s’est tenuà Bordeaux,leuravait permisde
préciser l’histoire dela concurrence entrelesdeux
dénominations, «Nouvelle-Espagnee »t« Mexique »,la
montée en puissance de cette dernière commençantbienavant le
12
débutdes mouvementsd’indépendance.Carmenavaitensuite
entrepris le dépouillement systématique deLa imprenta en
Méxicode José ToribioMedina afindesuivreles usagesdu
13
terme «mexicano» et ses variations .
Cetterapide évocation n’épuisepas larichesse d’uneœuvre
nourrie demille curiosités, entrehistoire et littérature.C’est
avant toutàl’historienne, audemeurant,qu’ici nousavons
voulu rendrehommage, en souvenirdenos réunionsautourde
Jean-Pierre Berthe.Sesamis historiens sesontdoncrassemblés
pour lui offrir une dizaine detextes,qu’ils ont voulus, dans
toutelamesure du possible, àl’image deson œuvre.Carmen
était sensible aux motsetàleur usage, àl’écriture etàla
significationdeschoix littéraires.Elle étaitaussiattentive à
l’espace etàsonapprivoisement par les mots,les mots qui le
désignentetceux qui le balisent.
Dans unepremièresection,intitulée «Lamaîtrise et la
mesure del’espace »,troisd’entrenous sesontefforcésde
rendre compte de cettesensibilité.Lesdeux premiers textes
portent sur lamaîtrise deseauxdel’Atlantique,les navires qui
lesillonnentet letemps qu’ilfaut pour le franchir.PabloEmilio

11.Cemémoire forme aujourd’hui lapremièrepartie du volume citénote1.
12.CarmenValJuliánetAlainMussetDe, «la Nouvelle-Espagne au
Mexiqudae »,nsDécouvertes et explorateurs (colloque international,
Bordeaux, 12-14 juin 92), Bordeaux, Histoire au présent,1994,p. 67-81.
13.CarmenValJuliánH, «istoire duMexique et histoire du lexique :les
transferts sémantiquesdemexicano», dansCaravelle. Cahiers du monde
hispanique et luso-brésilien,n°62,1994,p. 163-177.

12

Introduction

Perez-Mallaína Bueno, depuisSéville, a consacré denombreux
travauxàl’anthropologie des milieux maritimes.Ildonneici
une analyse desderniersavatarsdesarsenauxdela cité
médiévale, ceux-làmême dont la disparition signalelaprofonde
mutation que connut laville àlaveille dugrand basculement
des routes océaniques qui, deméridiennesetde cabotage,se
tordirentalors vers l’ouest pour s’enfoncerau plus profond de
l’Atlantiqueoccidental.OscarMazin,quantàlui,observe,la
fragilenoria desflottesde «la carrière desIndes»tellequ’elle
e
se déploie aucœurduXVIIsiècle.Il s’intéressemoins, àvrai
dire, aux mouvementsdes navires qu’àlamanière dont, depuis
les rivesdel’Amérique,lesEspagnolséloignésdela Péninsule
vivent lalenteurdescirculationset l’incertitude des
communications.AlainMusset s’intéresse égalementàla
représentationdel’espacemais il seplace àune autre échelle,
celle delaplanètetoutentière.Ilfait son mieldelalecture d’un
petitbijou,leTratado breve del mapa y descripción breve de los
orbes celestiales desde el centro de la tierra hasta elCielo
Ympireo…desœurMaría de Agreda et, àpartirdelà,il nous
e
montrelarémanence, en pleinXVIIsiècle, de conceptions
géographiques héritéesduMoyenÂge.Pourêtreunevirtuose
desbilocationset pourcorrespondrerégulièrementavecun
Philippe IVvieillissant,la célèbremystique del’ordre de
l’Immaculée Conception n’en partageait pas moins unfonds
culturelancien,probablementdes plus partagésen-dehorsdes
cercles savants.
Troisautrescontributionsexplorent«l’écriture duNouveau
Monde »,c’est-à-direlamanière dont son territoire,ses
richesses,ses hommes ou son histoire furent perçus,vécuset
e e
finalementdécrits par les hommesdesXVI,XVIIet
e
XVIIIsiècles.Parceque,toutau long desa carrière, CarmenVal
Juliána beaucoup traduitet réfléchiauxcontraintesdela
traduction, Pierre Ragonest revenu sur undossierfameux, celui
delaBrevisima relación de la destrucción de lasIndiasetdesa
e e
diffusiondans l’Europe desXVIetXVIIsiècles.Il s’agit làpour
luid’explorer leschoix queles traducteursfontà chaque étape
dela diffusionde cepamphlet quicircule enespagnol (fort peu),

13

Pierre Ragon

enfrançais, en néerlandais (endifférentes traductionsetende
trèsnombreuseséditions), enanglais, enallemand, en italienet,
bien sûr, en latin.Apparaissentalorsdes rapportsau textetrès
variables quiconduisent les traducteurs, dont quelques-uns
pourtant sontdes interprètesfidèles, à déformer, gloser,
interpoler l’œuvreoriginale.Danièle Dehouve etJean-Pierre
Berthe,quantà eux,sesontassociés pour mettre encommun
leurconnaissance delalittérature desexempla,pour l’une, et
deschroniquescoloniales,pour l’autre.Ainsi tirent-ils le
meilleur partidela constructionde deux récitsdifférentsdu
gouvernementd’un homme,l’évêque García Guerra, dont ona,
àla fois,une biographie édifiante et unehistoiremoralisatrice
inspiréepar uneversion revisitée,–et inattendue !–, de
l’exemplumdel’évêque Udo.Ilsen suivent la gestation puis la
e
circulation jusqu’auXIXsiècle.Jeanne Chenu, enfin, en
spécialistereconnue desLumièrescolombiennes,présenteici le
renouvellementdu regardquelesélitescréoles portent sur les
richesses naturellesdu mondequ’elles habitent.Àl’instarde
e
FranciscoJosé de Caldas, àla finduXVIIIsiècle, enColombie,
dansdesconditions matériellesdifficiles,lesesprits les plus
curieux s’emparentalorsdes modèleseuropéens pour s’éveiller
à denouvelles pratiques scientifiques.
La dernièresection, « Desfragmentsdevie »,s’ouvre avec
une contributiond’Anne-Marie Vié-Wohrer,laquelle appartient
aucercletrès réduitde ceuxetde celles qui saventdéchiffrer les
codicespictographiquesdela Mésoamérique.Anne-Marie
ViéWohrer selivre, devant nous, àunexercice difficile,– lalecture
del’une des pagesduCodex Mendoza–.Ellelaparcourtavec
unesimplicité et une apparente aisancequi nousfont presque
oublier le caractèreterriblement technique del’entreprise.Cette
étude est làpour nous rappeler que CarmenValJuliánfutaussi,
pour sapart,unelectrice d’images.Les troisdernières
contributionsdesamis historiensde Carmen montrent leur
travail sur les trois sièclesdel’époque coloniale.Elles ont un
pointcommun: en portant laplusgrande attentionaux mots, à
cequ’ilsdissimulent (mal)des sentiments ouà cequ’ils
trahissent (très visiblement)des mouvementsdelapensée,

14

Introduction

Nadine Béligand, ThomasCalvoetCarlosHerrejónPeredo
cisèlent leurs textes.
Dansces pages, Nadine Béligand analysele développement
e
d’une confrérienée audébutduXVIIsiècle, celle delaPreciosa
Sangre deCristo,une associationfondéepar lesNoirset les
mulâtresdel’une des paroissesde Mexico.L’événement,
apparemmentbanal, estenfait révélateurd’uneréalitésociale et
des transformations que connaît la cité.La confrérie, dotée
d’uneimagehautement miraculeuse(unChristàla colonne),
connaît un trèsgrandsuccès, attire d’autres secteursdela
communautéurbaine etfinit par se faire aussiBabel quelaville
elle-même.En regard,les vieillesconfrériesdes ordres
missionnaires pâtissentdeson succès.Voilàquiendit longsur
les transformationsdelasociété citadine aucoursdu
e
XVIIsiècle.Àpetites touches, ThomasCalvobrosseun tableau
plus intimiste.Sans quitter letempsdesHabsbourg,ilchoisitde
setransporterauNord-OuestduMexique, à Guadalajara,une
villequ’ilconnaîtbien.Luiaussi nous parle desNoirsetdes
sang-mêlé, d’unmoriscoplutôt qu’ilconnaîtàtravers les
accusationsdeson maître,sapropre défense et leprocès qui lui
futfait.Au total,une analysetrèsfine desarchives lui permetde
restituer l’image étonnamment vivante des rapports
qu’entretiennent lemaître et l’esclave.Au-delà,il nous livreun
bref aperçudes relations socialesàl’intérieurdetout un
microcosmeurbain.L’imagequien résulte est surprenante,
pleine d’unehumanité biendifférente de celleque définissent
lescodes juridiques qui tententdel’enfermer.
Levolumes’achève avecla contributionde CarlosHerrejón
Peredo.Sonapproche concerne également l’articulationentre
société etcodes juridiques.Pourcela, CarlosHerrejónPeredo
choisit unespace et surtout un moment privilégié :celuide
l’indépendance duMexique etdes quêtesconstitutionnellesdu
e
débutduXIXsiècle.Il montrele difficile ajustemententreles
pueblosduMexique et le cadrenationalenformation,un
mouvement qui passepar unemisesous le boisseaude
revendications sociales pourtantbien présentesaudébutdu
mouvement.

15

Pierre Ragon

On trouvera danscevolumeuncertain nombre desources
inédites, des témoignagesbrutsdeparolesanciennes qui
viennentcompléter les proposdes unsetdesautres:unécritde
sœurMaría de Agreda,un statutde confrérie,letémoignage de
l’esclave Franciscode Paula,quelquesextraitsdelaBrevísima
relación de las destrucción de las Indiaset leursdivers
traductions.Au plus prèsdes sources, comme CarmenVal
Julián,nousavons voulu partageravec elle,une foisencore,son
approche des« Indes occidentales».

16

La maîtrise et la mesure de l’espace

Les chantiers navals du roi à Séville (1252-1493) :
1
des arsenaux médiévaux à l’extrême ouest de l’Europe

PabloEmilioPérez-Mallaína Bueno
Université de Séville

Lesiècle d’or sévillanatoujoursété confonduavecle
moment où laville fut leportet laporte desIndes: avecle
e e
temps, dudébutduXVIau milieuduXVIIsiècle,où lesgalions
transportaient les richessesduNouveauMonde et où l’arsenal
duGuadalquivir,selonMateoAlemánetLope de Vega,
s’offrait un peucommela Tourde BabeldesTempsModernes.
Cependant,on saitbeaucoup moins queplusieurs siècles
auparavantcemêmeportavait vuappareillerdepuissantes
flottesde galères qui,imprimant leur rythme àlavie
économique delaville,participèrentaussidemanière décisive à
la confrontationaveclesMusulmansainsi qu’aux luttes internes
àla Chrétienté entrelesÉtatsd’Europeoccidentale.
Aujourd’huiencore, alors ques’ouvrela deuxième décennie
e
duXXIsiècle, Séville conserveletémoignage archéologique de
cesanciens temps.Danscequifutautrefois le cœurdu port
fluvial, calé contreun pandelamuraille au niveauduPostigo
delAceite,l’une des seules portesencorevisiblesdel’ancienne
enceinte delaville,septdesdix-septanciennesarcadesdes
arsenaux royaux résistent toujoursaux rigueursdu temps, etcela
depuis 1252, date deleurconstruction parAlphonse Xle Sage,
roide Castille etde Léon, candidat malheureuxàl’investiture
impériale.C’est làunevéritablerelique,miraculeusement
conservée,mêmesielle estendommagée.Parchance,les voûtes
préservéesétaient les plus importantesetelles représentent
probablementenviron45%delasurfacetotale del’édifice

1.Traduit parPierre Ragon.

PabloEmilioPérez-Mallaína Bueno

médiéval ;une autrepartie a disparuderrièrelesconstructions
del’hôpitaldela Charitémais lasilhouette de certainesde ces
arches selaisse encore deviner.Lescinqdernières voûtes
disparurent tardivement, en 1945 etdemanièrehonteuse : elles
furentdémolies pour laisser place aubâtimentdela Délégation
Provinciale desFinances,unbâtiment sans intérêt.
Au momentdeleurfondation,leschantiers navalsde
Séville couvraient plusdetrois hectares.Lasuperficie construite
en représentait lamoitié et lereste correspondaitàla grande
étendue desablequi s’abaisseprogressivement vers le
Guadalquivir,un terrain quienfit toujours partie et quel’on
connaissait sous lenomdeResolana del Río.Dansces
dimensions, c’était l’une des plusgrandes installations
industriellesd’Europe,toutà faitcomparable auxchantiers
navalsde Venise fondéscinquante ans plus tôtdanscette grande
2
républiqueméditerranéenne.Leschantiers navalsde Séville
avaientété créésdans le butde gagnercequeles médiévistes
espagnolsappellent«la bataille dudétroit»,laluttesans merci
visantàla dominationdudétroitde Gibraltar,laquelle devait
empêcher que denouvelles invasionsdepuis l’Afrique duNord
nerepoussent lesChrétiens jusqu’auxPyrénées.Le conflit se
prolongea durant plusd’un siècle,jusqu’àla défaite complète
desMérinidesen 1350.Lesflottesdeplusdetrente galères qui
sortirentdeschantiers navalsde Sévilleparticipèrentàla
dominationde cepassagestratégique et,partant, favorisèrent
l’ouverture delaroutemaritimestratégiquequi unit le Nord de
l’Italie et lesFlandres,l’undescircuitséconomiques les plus

2.Onconsidèretraditionnellement queleschantiers navalsde Venise furent
fondésen 1104, bien qu’aucundocumentantérieurà1220 neles mentionne,
e
cequifaitdudébutduXIIIsièclel’époqueprobable deleurconstruction.
VoirGiorgioBellavitis,L’arsenale deVenecia. Storia di una grande
struttura urbana, Venise, CiceroEditore,2009,p. 18 et 26.Initialement,ils
couvraient huitacres, encomptant les hangarset lasurface desanciens
docks, cequicorrespondraità3,2 ha.VoirFrédéric C.Lane,Venetian ships
and shipbuilders of the Renaissance, Baltimore etLondres, The Johns
HopkinsUniversityPress,1992,p. 129 sq.

20

Les chantiers navals du roi àSéville

rentablesdel’Europe del’Ouest, celui par où transitaient leplus
derichesses.
Àpartirde1350,lesgalères sévillanes intervinrent
résolumentdans la guerre de CentAns quel’on peutconsidérer
commelapremière grandemêlée générale enEurope
occidentale.Ils intervinrentauxcôtésdela France contre
l’Angleterre etalors,peudepointsdela côtesud del’île furent
àl’abrides naviresde guerresortisde ceschantiers navals.En
1380,une flotte de20galères,sortie de Sévillesous les ordres
del’amiralFernandoSánchezTovaret unie àun nombre égal
denaviresfrançais,s’aventurajusque dans la Tamise etbrûla
des villages prochesde Londres.
Il nes’agit pour nousderevenir ni sur lesfaitsd’armesdela
e
« Bataille duDétroit» aucoursduXIIIsiècleni surceuxdela
Manche au sièclesuivant, desélémentsbienconnusde
l’historiographie européenne,maisdemettre en valeur
l’influence detelschantiers navals sur le développementdela
ville.Il s’agitaussidetrouver une explicationàleurdécadence
e
toutau long duXVsiècle,laquelle aboutitàl’abandondes
installations transforméesen hallesdemarchésetenentrepôts.

Les chantiers navals et leur influence sur la ville de Séville

Nousavons signaléqu’àplusieurs reprises leschantiers
navalsduGuadalquiviravaientété en mesure demettre àl’eau
desflottesdevingtet, encertaines occasions, deplusdetrente
galères.Concrètement, DiegoBarbosa,l’alcaidedeschantiers
navals, affirmalorsd’un interrogatoire auquel ilfut soumis
qu’«…ilavaitentendudirequelorsquel’alcaidedeschantiers
navalsendonnait l’ordre, aussitôt onarmait sur le fleuve32 ou
3
33galères .»
Quereprésentelenombre de ces naviresen regard de ceux
desautres puissances méditerranéennes ?En 1359,lorsdela

3.«…oyódecir que cuandoelalcaide delasatarazanasdabaun
[mandamiento]se armaban luegoenel río 32 o 33galeras.» Archivo
Generalde Simancas (désormaisAGS), PatronatoReal, caja 58, doc.88.
Témoignage de DiegoBarbosa, Séville,23 juin 1516.

21

PabloEmilioPérez-Mallaína Bueno

guerrequela Castilleouvritcontrel’Aragon, ce dernier parvint
à armer une flotte de 50galères,une force formidablepour une
puissancequi possédaitalors unempire enMéditerranée
occidentale.Cependant la grande flotte aragonaisenesortait pas
d’un seulchantier naval mais résultaitdela collaborationde
plusieurs ports.En 1379,lorsquelesdeux plus puissantes
républiquesd’Italies’affrontèrentdans la guerre dite de
Chioggia,lesGénois lancèrent47galèrescontre Venise, cequi
constituait l’une desconcentrations les plus importantes pource
e
type denaviresdans l’Europe duXIVsiècle.Pour sapart,ledux
de Venise, TommasoMocenigo,signalaitdans son testament
e
que dans lepremier quartduXVsiècle,la flotte dela
Seigneurie comptait45 galères, grandeset petites,qui, bien
entendu,setrouvaientdisperséesdans lesdifférentesbasesde
4
l’Adriatique etdelamerÉgée.La Castille également pouvait
construire desgalèresend’autres ports,parexemple à
Santander,mais le fait qu’on puisseyarmerde20à30 naviresà
la foisfaisaitdeschantiers navalsde Sévillel’undes plus
importantsdeson temps.
Danscesconditions,ilest légitime des’interroger sur la
pression qu’exerçait sur les ressourcesdelavillel’armement
d’une flotte de20 navires.En 1384, date du premier
dénombrement, Séville comptait 2613bourgeois,nombrequi
5
pourraitcorrespondre à15000 habitants .Or,puisque en
moyenne,l’équipage d’une galèretournaitautourde200
hommes,répartisentrerameurs,marinset soldats,nous parlons
d’un minimumde 4000 personnes pour une flotte complète,
c’est-à-direl’équivalentdu quartdelapopulation totale dela
ville.Certainsde ces hommesétaientdes habitantsde Séville
maisbiend’autres,notamment les rameurs,venaient souvent
d’ailleursetd’aussi loin que desAsturies oude cequ’on
appelait lesBehetríasde Castille, dont les habitants
bénéficiaientd’importantesfranchiseset libertésenéchange du

4.GiorgioBellavitis,op. cit.,p.50-51.
5.MiguelÁngelLaderoQuesada,Historia deSevilla.La ciudad medieval,
Séville, Publicacionesdela Universidad de Sevilla,1980,p. 61.

22

Les chantiers navals du roi àSéville

servicequiconsistaità s’engager comme rameur sur les galères
6
duroi .Précisonsqu’à cette époque, les galériens n’étaientni
desesclaves nidescondamnés maisdeshommeslibres qui, de
marins,se faisaient soldatsendébarquant sur lescôtes
ennemies.Ilscombattaientalorsdans l’espoirde faire dubutin
7
etde compléter lasoldequ’ils recevaientdu roi .
Toute cettepopulationdevait trouver un logementet se
nourrirenattendant quela flotte appareille, cequi,
immanquablement,provoquaitdetrèsfortes tensions sur
l’ensemble des ressources urbainesdisponibles.Rappelons,par
exemple,qu’aux moments les plusfortsdela Carrière desIndes,
quandtous lesansdeuxconvois partaient pour le Nouveau
Monde,leséquipagesdesditesflottes purent rassembler jusqu’à
8000 personnes.Sansdoutel’impactde ces rassemblements
e
était-ilconsidérablesur unevillequi, audébutduXVIIsiècle,
pouvaitcompter jusqu’à150 000 habitantscequi nereprésentait
que 5%delapopulationd’alors,uneproportionbien moindre
e
qu’auXIVsiècle.Si lesflottesdesIndesappareillaient tous les
ansalors quelesflottesde galèresétaientformées
occasionnellement, celaneretirerienau poids quereprésentait
leur organisationaucoursduBasMoyenÂge.
Trèsclairement,quandonarmait lesgalères,une grande
partie dela force detravailetdu potentiel industrieldelaville
tournaitexclusivementautourde cette entreprise.Alors,l’une
desdeuxfacesdelapersonnalité delavillel’emportait sur
l’autre,le centremilitaire,la « forteresse »sur le «marché » de
lavallée duGuadalquivir.Unfait montre àlui seulàquel point
l’activité duchantier navaldevaitdominer l’ensemble de

6.AGS, PatronatoReal, caja 58, doc.I88 :nformación sobre el orden que
había en sostener lasgalerasdelasAtarazanasde Sevilla, Séville11 juin
1516,témoignage dugarde-chiourme MateoSánchez.
7.La fameuse chronique del’alférezGutierre Díazde Gámez quichanteles
exploitsdeson maître,le célèbre amiralcorsaire PeroNiño, comte de
Buelna(1378-1453),montre clairementcomment les rameurs participaient
activementauxcombats.VoirEl Victorial.Crónica de don PeroNiño,
conde deBuelna por su alférezGutierreDíaz deGames, Madrid, Espasa
Calpe,1940.

23

PabloEmilioPérez-MallaínaBueno

e
l’économiesévillane.AudébutduXVsiècle,un sièclemarqué
par une chuteimportante del’activité dubâtiment,on note dans
les livresde comptesdelaville àl’année1406 que «… la
plupartdescharrettesdelavillesont réquisitionnées par
8
l’alcaidedesditschantiers navals quifait venirdubois …» Il
n’est que depenserà cequeserait,pour unevillemoderne,
l’importance d’une activité économiquequi monopoliserait la
quasi-totalité deses moyensdetransport.De fait, àla
préparationdes navires proprementdits,laquelleimpliquela
constructiondenouvellesgalèreset laréparationdesanciennes,
s’ajoutent la fabricationet laréparationdel’armement,la
collecte et le conditionnementdes vivres.
Audemeurant,nous savons qu’àl’intérieurdeschantiers
navals,ilexistait plusieursforges qui, en 1480encore,
jouissaientdu privilège de fournir tous lesclousdelaville.
C’estcequi ressortd’une dispositiondesRoisCatholiques où il
est indiquéque «…dufaitdela coutume etdel’ancienne
prééminence desditschantiers navals,on ne fondpasde clous
encettevillesicen’estdans lesditesforgesdesditschantiers
9
navals …» Mais il yavaitégalement, àl’intérieurdeson
enceinte, desboucheries où l’onabattait le bétailetfaisait
sécher laviande destinée àla consommationdeséquipagesalors
quelesbiscuits ou pains recuits quiformaient la base dela diète
des hommesdemerétaient préparésdansdesfours situésdans
10
la courde Jerez,toutà côté del’arsenal .

8.«… las másdelascarretas quehayenesta ciudad están todas tomadas para
elalcaide delasdichas tarazanas paraquetraigan madera…» Ramón
Carande.Sevilla fortaleza y mercado, Séville, Secretariadode Publicaciones
dela Universidad de Sevilla,1975,p.83.
9.«… según la costumbrey preeminencia antigua delasdichasatarazanas no
selabraningunasclavazonesenesta ciudad fuera dela dichaherrería delas
dichasatarazanas…»AGS, RegistroGeneraldelSello,legajo 148001, doc.
182.Il s’agitd’une RealProvisióndatée du 26 janvier 1480,quien
reprenait une autre datantdu règne de JeanII.
10.AGS, PatronatoReal, caja 58, doc.88 : Información sobre el orden que
había en sostener lasgalerasdelasAtarazanasde Sevilla, Séville,11 juin
1516,témoignage dugarde-chiourme JuanRodríguezetdel’alcaideDiego
Barbosa

24

Les chantiers navals du roi àSéville

La coupe et letransportdubois pour le chantier naval
étaientdesactivitésessentielles qui nécessitaientdenombreux
efforts.Audébut,le bois nécessaire auxchantiers navalsétait
coupé dans lesforêts quicouvraient lesmontagnessituées au
nord delaville, à Villanueva delCamino,Costantina,la Puebla
delosInfantes,Alanís, ElPedroso, Guillena, Castilblanco y
Aracena.Là, croissaientdesforêtsde chênes, de chênes verts,
d’aulnes, de frênesetchênes-lièges pour lesquelles la Couronne
seréservait lesdroitsde coupe etd’exploitationafin
d’approvisionner leschantiers navals.Lesboisétaient
acheminés par voie deterrejusqu’auGuadalquivir, enamontde
Sévillepuis ilsétaientflottés jusqu’àlaville.Lemaintiendu
monopoleroyal surces ressourcesdéclencha d’innombrables
conflitsavecles habitantsdes villages impliqués quifaisaient
toutcequ’ils pouvaient pourcontourner laloiet seréserverces
bois.Àplusieurs reprises, des habitantsfurent inculpés pourdes
coupes illégales,jusqu’à70 personnes simultanémentcomme ce
fut le casà Constantina.Lamultiplicationdescédules royales
interdisant,punissant ouamnistiantcesdélits montrequele
11
problème étaitdifficile àrésoudre.
Laquestiondelamain-d’œuvrenécessaire àla construction
etàlapréparationdes naviresfut résoluepar l’immatriculation
ou l’enregistrementdequelque 400 ou500artisansappartenant
à différentscorpsdemétier qui,lorsqueleroiavaitbesoinde
mettresesgalèresàlamer,travaillaient pour luiàlamoitié du
prixdu marché enéchange dela concession viagère detrès
12
importantesfranchisesetdeprivilègesconsidérables .Ceux

11.AGS, RegistroGeneraldelSelloLegajo 149602, doc. 192: « Comisióna
donÁlvarode Portugal,presidente delConsejoReal yalcaldemayordelos
alcázares yAtarazanasde Sevillaparaquehagapesquisasobre elcorte
ilegaldelosbosques…», Toro 11février 1496.
12.Bibliothèque Nationale de Madrid, Ms. 692.Par une céduleroyale datée à
Madrid du 10 mars 1510,lareine Juanarenouvelait les privilègesdes
travailleurs libres qui servaient habituellement«….en las obras y reparos
delosdichosalcázares yatarazanas por lamitadmenosdejornal que en
otraparte ganan…» VoirégalementAntonioCollantesde Terán,Sevilla en
laBajaEdadMedia.La ciudad y sus hombres,Séville, Serviciode

25

PabloEmilioPérez-MallaínaBueno

qu’onappelait les«travailleurs libresdeschantiers navals», de
ce faiteten vertud’uneRealProvisiónde JeanII,setrouvaient
exemptésdu paiementdes impôtsdirects, du servicemilitaire
contrelesMaures,lesPortugaiset lesAragonaisainsi que du
13
logementdes troupes .Leur situationétait tellement
avantageuseque,selonMiguelÁngelLadero,les
nobleseuxmêmes l’enviaientdans lamesureoù ilsdevaientcontribuer,
sous la forme deprêts, àquelques-unesdesdemandesde
contributionsextraordinairesauxquels les travailleurs libres
14
échappaient .
Lescharpentiers,lescalfateurset lesfabricantsderames, au
total quelque centcinquantepersonnes, constituaient le groupe
leplus nombreux parmices travailleurs libres.S’yajoutaient
une centaine descieurs, de bûcheronsetde charretiers pour le
transportdubois ;lesforgerons,lesfabricantsd’arbalètes, de
projectiles, deheaumeset plusgénéralementd’armuresétaient
presque aussi nombreux tandis quelenombre des tisserandset
des maîtres voiliersatteignait la cinquantaine.Ungrandnombre
d’artisans variéscomplétait laliste :cordonniers, bourreliers,
gardes-forêtset mêmemaçons,peintresetchirurgiens.Sans
doutele groupeleplus singulierétait-ilconstituépar lesdouze
chasseursdevautours,un oiseaudont les plumesétaient
considéréescommeles plusaptesàlastabilisationdesflècheset
desautres projectiles.
Unensemble de 500 ouvriersconstituaitassurément une
force detravail très importante etdenouveau s’imposela
comparaisonavecl’arsenalde Venise.De fait,initialement,les
arsenalotti, c’est-à-direles individus liésdemanière
permanente auxchantiers navals,ne dépassaient pas le
demimillier,mêmesides travailleurs occasionnels pouvaient

PublicacionesdelExcelentísimoAyuntamientode Sevilla,1984,p.
233241.
13.AGS, PatronatoReal, caja 58, doc.88 : Información sobre el orden que
había en sostener lasgalerasdelasAtarazanasde Sevilla.RealProvisión
donnée à Ségoviele3 novembre1427.
14.MiguelÁngelLaderoQuesada,op. cit.,p. 109.

26

Les chantiers navals du roi àSéville

15
s’ajouterà cenombre.Ce dernier prendtout son sens rapporté
à celuides habitantsdelaville de Sévillequi, commeon l’avu,
étaitde2613bourgeois selon le dénombrementde1384.Sans
doute,tous les travailleurs libresdeschantiers navals ne
résidaient-ils pasdans laville et ona calculéqu’entrelequartet
letiersd’entre eux habitaientailleurs,notammentceux qui se
16
dédiaientàla coupe etau transportdubois mais ilestévident
quelorsqu’une flotte étaiten préparation leschantiers navals
retenaient uneproportion importante desartisans qualifiésdela
ville.Lescapitainesde galère et lesgardes-chiourme
bénéficiaientd’un régime comparable à celuides travailleurs
e
libres.Ils n’étaient qu’unevingtaine au milieuduXIIImais 63à
e17
la finduXIVsiècle.
Outre cesartisans,travailleurs libres,leschantiers navals
disposèrent toujoursd’unemain-d’œuvre forcée,principalement
formée deprisonniers musulmans.Une curieusehistoirerévèle
laprésence de cesesclavesdès 1340.Cette année-là, àla finde
l’été,les roisdeCastille etde Portugal setrouvaient réunisà
Séville afind’affronter les troupesdu sultanAbúlHassan
(l’Alboaçendeschroniques) quiavait rassembléune grande
arméemérinide.Selon laGrandeChronique, cettepuissante
coalition nord-africaine comptait400 000fantassinset45000
cavaliers.Sansdouten’étaient-ils pasaussi nombreux mais les
roischrétiensdésiraient savoircombien ilsétaienten réalité.
Pourcela,ils recoururentàunerusequi impliquait la
participation,involontaire, del’undesesclavesdeschantiers
navalsde Séville.Selon la chronique d’Alphonse XI,le
souverainemployatoutd’abordunespionchrétien quiavait
vécuchez lesMauresetconnaissait l’arabe :ildevait selier
d’amitié avecl’undesforçatsdeschantiers navals.Ce dernier

15.RobertC.Davis,Shipbuilders of the VenetianArsenal. Workers and
Workplace in the PreindustrialCity, Baltimore etLondres, The Johns
HopkinsUniversityPress,2007,p. 13.
16.AntonioCollantesde Terán,op. cit.,p. 240.
17.Ibidem.VoiraussiAGS, PatronatoReal, caja 58, doc.88 : Información
sobre el orden quehabía en sostener lasgalerasdelasAtarazanasde
Sevilla.

27

PabloEmilioPérez-MallaínaBueno

crut quel’agentdu roideCastillevoulait se fairemusulman.Le
Chrétien lui promitdel’aiderà fuirenéchange deson
intercessionaprès leurarrivée en terre d’Islam.Avecla
complicité del’alcaidedeschantiers navals,le captifparvintà
s’enfuiret, bénéficiantdesonaide,l’espionchrétien parvint
jusqu’aucampennemi, d’où il revintfaireson rapport.
On ignore combiende cesesclaves pouvaient travaillerdans
leschantiers navals.Dans lerapport que commandale cardinal
Cisnerosen 1516,les vieuxgardes-chiourmeseremémoraient
les 20esclaves maures,propriété de JeanIIpuisd’HenriV,qui
travaillaient sous les ordresd’un maître charpentierappelé
Marracoxidans les sourceset qui jouait lerôle demoreroou
gardiend’esclaves.Cesesclavesétaientaffectésaux tâches les
moins qualifiéescomme celles quiconsistaientànettoyer les
chantiers, àlaver lesgalères, àles mettre eneau ou,
inversement, àles hisserencalesèche.Maisencertaines
occasions,il yeutbien plusde20esclavesetdesdispositions
datantde1441évoquent l’existence de 80Maures,scieursde
bon niveau, dont laprésence,selon le comptable enchef Diego
Gonzálezde Toledo,pouvait permettre deramener l’équipe des
18
travailleurs libreschrétiensà320 personnes .
Mais lesMusulmans ne fournissaient pas seulementdela
main-d’œuvrenon qualifiée.Nous venonsdevoir quelemorero
Marracoxiétait un maître charpentieret l’onconnaît plusieurs
exemplesde cetype despécialisation.LesMauresétaient
appréciés pour leur habileté etcertains, bien intégrés,se
convertissaientauchristianismepouraméliorer leur sort.C’est
ceque firentAntónMartinezetFranciscoHernández, des
habitantsde Séville «… quiauparavantétaient maureset
étaientdevenuschrétiens…» Enfait,lesecondsenommait
antérieurementHamete de Obezey.Sonascension le conduisit
jusqu’àoccuper laplace de Grand Maître des maçonsdes
Alcazaresetdeschantiers navals.Malgrétout,lenouveau

18.AGS, PatronatoReal, caja 58, doc.88 : Información sobre el orden que
había en sostener lasgalerasdelasAtarazanasde Sevilla, RealProvisión,
Burgos,21 octobre1441.

28

Les chantiers navals du roi àSéville

converti peina à fairevaloir ses privilègeset ildut soutenir un
longprocèscontrele Conseilde Séville afinqu’on le rayâtdela
19
liste des tributaires .
e
En réalité,leConseilde Séville,surtoutàpartirduXV
siècle,luttapourlimiter lenombre des travailleurs libresdes
chantiers navals.Laraisonenétait simplae :ucoursde ce
siècle,leschantiers navals, commenous leverrons, étaient
nettemententrésendécadence et laréductiondu nombre de ces
travailleurs privilégiés nesuivait pascelle del’activité :ils
étaient toujours prèsde 500.Ord’autresdétenteursdeprivilèges
s’ajoutaientaux travailleurs libresdeschantiers navals, àl’instar
des nautoniers, des pêcheurs, des serviteursdu palais royalet
20
des travailleursdel’hôteldes monnaies: ducoup,lepaiement
des impôts reposait sur lenombreréduitde ceux qui ne
pouvaient s’abriterderrière aucune exemption.Le Conseil
Municipalargumentait que, de ce fait,lescontributions
retombaientfinalement sur les veuveset les orphelins,pour le
plusgrandmalheurdes pauvres, des rentes royaleset
municipales.
Or l’armementdesgalèresétait principalementfinancépar
la créationdenouveaux impôtsdirectsetextraordinaires.Ces
levéesétaienteffectuéesauprèsdeschevaliersetdes noblesà
qui l’onempruntaitetàqui l’on nerendait jamais les sommes
empruntées ; l’on mettaità contribution lesgensducommun ou
tributaires qui n’étaient pas parvenusàseplacer sous lemanteau
protecteurdequelque franchise.Àpartirdel’année1377,les
archives municipalesde Séville conservent latrace deplusieurs
de ces levéesdestinéesà acquitter le coûtdes vivresetdes
équipementsainsi,plus souventencore,qu’àpayer les salaires
des rameurs libresdesflottes.La demande destinée àpayer la
solde desgalériens servant sur la flotte de1384 alaisséun
documentexceptionnel quicouvrel’ensemble des quartiersde

19.AGS, Cámara de Castilla,legajo42, doc. 20: RealCédula, Cantillana,24
de febrerode1502 yLegajo43doc.40.Memorialde FranciscoHernández,
1505.
20.MiguelÁngelLaderoQuesada,op. cit.,p. 109-110.

29

PabloEmilioPérez-MallaínaBueno

laville, àl’exceptiondelajudería.On s’enest servi, commeon
21
l’avu,pourdéterminer lenombre deses habitants .
Assurément, cesdemandes n’étaient pasadresséesaux seuls
habitantsde Séville etdesesenvirons,mais il semblequela
richesse dela cité et le fait qu’elle aitétélesiège deschantiers
navalsfaisaient retomber sur ses habitants une bonnepartie de
lapressionfiscale.Celaressortclairementdelalevée de1385
destinée à armer 10galèresdu portde Séville :lesSévillans
durentassurer lepaiementdelasolde de 423desgalériens
22
nécessaires .Si l’onconsidèreque10galères requièrent 1500
rameurs,ilapparaît quelaville contribuapour sapartàplusdu
quartdel’effortéconomique.
Malgrétout, ces impositionsdirectesetextraordinairesétant
toujours insuffisantes,l’arsenal reçut le droitdelever unesérie
d’impôts quigrevaient l’activité économique de Séville.Tel
était le casdesdîmes sur lavente ducharbon, des tuiles, dela
chauxetdesbriques.Il sembleque certainsde ces impôtsfurent
toutd’abord autorisésdemanièreprovisoire, commeilapparaît
dès 1371,lorsdesCortesde Toroavecune décision portant sur
lavente ducharbon.Toutefois,letemps passant, ces impôts
demeurèrent liésaux rentesdeschantiers navalsetdel’Alcazar
etc’estainsi qu’ilsapparaissentdans lescomptesdelaseconde
e23
moitié duXVsiècle.

Maiscequi reflètelemieux l’importance deschantiers
navals pour laville, c’est le grandnombre de fonctions qu’ils y
remplissaient, endehorsdeleur rôle de centreindustriel: dans
l’enceinte deschantiers navals, desassemblées seréunissaientet
l’on réalisaitdesactes publicon ys ;gardait le butindes
expéditions militairesurtouts ;,l’endroit servaitdeprison pour
lescaptifsde guerre et les personnagesdehaut rangtombésen

21.ManuelÁlvarez, ManuelAriza etJosefa Mendoza.Un padrón de Sevilla
del sigloXIV.Estudio filológico yEdición.Introducción histórica,Antonio
Collantes de Terán, Séville, Ayuntamientode Sevilla, Serviciode
Publicaciones,2001.Voiraussi: AntonioCollantesde Terán, op. cit.,p. 22.
22.RamónCarande,op. cit.,p.85.
23.AGS,Contaduría MayordeCuentas,1ªépoca,legajo 1450.

30

Les chantiers navals du roi àSéville

disgrâce.Un certainnombre d’entre eux yfurentcruellement
torturés. Ainsi,leurs voûteset leursgaleries,leplus souvent
bruissantesd’activité, en plusd’une occasion se changèrenten
lieudesouffrance etde mort.
Rappelons, tout d’abord, que l’édifice étaitl’un deslieuxdu
pouvoir royalàl’intérieurde Séville.Danscettepropriété
personnelle du roi,unbon nombre depersonnes pouvaient,par
exemple,seréuniràl’abrides menacesextérieures,toutcomme
dans lesbasiliques romaines.Pour réunir les puissants,l’Alcazar
offrait uncadreplus honorablemais les voûtesdeschantiers
navalsétaientdignesd’accueillir les jurats ou représentantsdes
habitantsdes quartiers.Ainsi, en 1396, donPedroTenorio,
archevêque de Tolède,primatd’Espagne etgrandChancelierde
Castille,personnagequi occupait lesecondrang endignité à
l’intérieurdu royaume,rendit-il lajustice au nomd’HenriIII à
l’intérieurdeschantiers navals.Il trancha dans un procès où les
juratsde Sévilles’opposaientauConseilMunicipal pour la
24
défense deleurs privilèges .
Plus quel’édificeproprementdit,les monarques utilisèrent
la grèvequi leséparaitdufleuve afind’organiserdesfêtes, des
tournoisetd’autresdivertissements.Cetespace appartenaitaux
chantiers navalset quiconquel’occupaitdevaitd’abordpayer
pour salocation.Les premières mentions quenousayonsde ce
e
type de célébrationsdatentdela finduXVsiècle,mais tout
indiquequ’un tel usage de cetespace était plusancien.Vaste,
proche delaville,ilétait toutà faitadapté à cetype
d’événements.C’est làquele Conseilde Villeorganisaune
joute,le13 septembre1477, afind’honorerFerdinandle
25
Catholiquequi yfaisait sonentréesolennelle.Encemême

24.Je doiscettteinformationà PilarOstosSalcedo qui, avec Marcos
FernándezGómezetMaría Luisa PardoRodriguez, aréalisél’éditiond’El
libro de privilegios de la ciudad de Sevilla, Séville, Ayuntamiento –
Universidad–FundacióndelMonte,1993.Le documentestconservé aux
ArchivesMunicipalesde Tolède et seramentionnésous laréférence9B23
dans l’œuvre citée.
25.José María Carriazo,La boda delEmperador.Notas para una historia de
amor en elAlcázar de Sevilla, Séville, Imprenta Provincial,1959,p. 32-33.

31