UKRAINIENS ET ROUMAINS (IXe-XXe siècle)

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Français
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Ici sont décrites les rivalités entre Ukrainiens et roumains depuis l'arrivée des Slaves dans l'espace carpatho-pontique ainsi que les rapports de force entre les grandes Puissances désireuses de contrôler le Bas-Danube, dernier " domino " avant les détroits du Bosphore et des Dardanelles, avant ces Balkans si souvent embrasés.

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Date de parution 01 novembre 1999
Nombre de lectures 210
EAN13 9782296398986
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

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UKRAINIENS ET ROUMAINS
(IXe XXe
siècle)Rivalités carpatho-pontiquesDu même auteur
Ces Latins des Carpathes, Preuves de la continuité roumaine au
nord du Danube, Peter Lang / Europaischer Verlag der
Wissenschaften, Bern-Berlin-Frankfurt / Main - New York - Paris -
Wien, 1989
Latinii din Carpati, Editura stiintifica, Bucuresti, 1994
Vestiges celtiques en Roumanie. Archéologie et linguistique, Peter
Lang / Europaischer Verlag der Wissenschaften,
Bern-BerlinFrankfurt / Main - New York - Paris - Wien, 1994 (Couronné par
l'Académie roumaine. Prix "Vasile Pârvan 1994")
La Moldova entre la Roumanie et la Russie (de Pierre le Grand à
Boris Eltsine), L'Harmattan, Paris-Montréal, 1997
De la Moldavie à la Moldova dans R. Berton-Hogge, M.-A.
Crosnier (coord.), Les pays de la CEl. Edition 1998, La
Documentation française, Paris, 1999
Différends balkano-pontiques. Bulgarie et Roumanie (en
préparati on)Alain RUZÉ
UKRAINIENS ET ROUMAINS
(IXe -xxe siècle)
Rivalités carpatho-pontiques
L'Harmattan L'Harmattan Inc.
5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005Paris- FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9@ L'Harmattan, 1999
ISBN: 2-7384-8423-9A lnon épouse
Rien n'est compréhensible dans
un seul endroit et à une seule date
Nicolae Iorga
L'anl0ur de la patrie est le premier anzour
Paul VerlaineINTRODUCTION
La chute du Mur de Berlin pouvait laisser espérer, entre
autres, une enrichissante découverte de la partie orientale de notre
continent par les Européens occidentaux. Or, une décennie plus
tard, force est de constater qu'il n'en est rien. Les divers médias
nous fournissent, au gré des conflits, quelques images, quelques
reportages, quelques dossiers sur les Balkans ou le Caucase, mais le
consommateur occidental - lointain descendant du kaloskagathos
grec, du civis romanus latin, de l' hidalgo castillan, de l' Honnête
hornme français, du gentleman britannique - demeure indifférent à
tout ce qui se situe à l'est de Berlin, de Vienne et de Venise. De
quoi faire méditer le jiunzi chinois. Pourtant, des liens furent étroits,
par exemple, entre la France et des Etats de l'Europe baltique,
orientale, centrale, balkanique, pontique. Cette dernière contrée
n'at-elle pas ainsi vu naître la princesse Anne de Kiev, future reine de
France? Napoléon III ne fut-il pas le défenseur de l'union des
principautés roumaines de Moldavie et de Valachie?
Notre nouvelle étude sur l'Europe ponti que tend par
conséquent à combler, du moins nous l'espérons, certaines lacunes
de l'Honnête homme de cette fin de siècle; Il constatera, en outre,
que les intérêts, aspirations et revendications, fussent-ils légitimes,
des petits pays, hier comme aujourd'hui, ne sont respectés que s'ils
sont en parfaite symbiose avec les buts poursuivis par les Grandes
Puissances. Dans le cas contraire, les traités internationaux, les
conventions bilatérales, le droit des peuples à disposer
d'euxmêmes, le principe des nationalités, les réalités historiques,
ethnolinguistiques, géographiques ne sont plus que simples fétus de
paille. Enfin, comment ne pas être frappé par certaines
permanences: d'une part, l'avancée de Saint-Pétersbourg/Moscou
vers les mers chaudes (la Mer Noire par la Crimée et l'Ukraine, la
Mer Egée par la Bulgarie, la Mer Adriatique par la Serbie, la
Méditerranée orientale via le Caucase et l'Anatolie, la Mer d'Oman
7et le Golfe Persique via le Caucase et l'Asie centrale, l'Iran et
d'Afghanistan) ; d'autre part, le contrôle politico-économique
austro-allemand du sud-est européen et la volonté d'y empêcher la
progression russe, via la Croatie et la Bosnie, la Transylvanie, le
Banat et la Bucovine, les essais pour attirer l'Ukraine, la Roumanie.
Les terres ukrainiennes et roumaines sont voisines du
PontEuxin aux Carpathes Boisées; tout aurait pu conduire les deux
populations à s'entendre - ne serait-ce que grâce à la civilisation
néolithique Cucuteni (en Roumaine) - Tripolje (en Ukraine), à
Grégoire Tzamblac, hégoumène d'un monastère en Moldavie et
auteur de la première grande oeuvre littéraire roumaine, métropolite
orthodoxe de Kiev en 1414 et à la tête de la délégation
russolithuanienne au concile de Constance, ou encore à Pierre Moghila
(Movila), Roumain, fils d'un prince de Moldavie, né à Suceava,
dans cette Bucovine aujourd'hui partagée entre l'Ukraine et la
Roumanie, métropolite orthodoxe de Kiev en 1633, fondateur de la
future Académie de Kiev, favorable à une entente entre catholiques
et orthodoxes, toutefois dans l'esprit du concile de Florence (1439)
et non dans celui de Brest-Litovsk (1596) qui vit des Ukrainiens
orthodoxes se rallier à Rome tout en conservant leur rite oriental -
mais, en fait, tout les oppose depuis toujours. Après s'être affirmée
face à Moscou depuis 1991, Kiev semble reprendre le flambeau
d'un certain expansionnisme slave ce qui ne peut qu'inquiéter la
Roumanie et la Moldova. Comme il est de coutume en ces régions,
on met en avant des arguments linguistiques, ethnologiques,
historiques et l'on n' hésite pas à s'appuyer sur des faits remontant
au Moyen-Age, voire à l'Antiquité, pour proclamer haut et fort son
identité. Tout cela peut paraître, à des Occidentaux, des querelles
anodines ou obsolètes; cependant, on constate que les historiens
ukrainiens, d'Ukraine, d'Amérique du Nord ou d'Europe
occidentale, présentent systématiquement la province roumaine de
Moldavie comme une possession ou un protectorat ukrainien,
kiévien ou galicien. Avec toutes les conséquences que cela
suppose sur les relations, actuelles, entre l'Ukraine d'une part, la
Roumanie et la Moldova d'autre part.
8Curieusement, et les Ukrainiens, et les Roumains connurent
des difficultés onomastiques. Les premiers se considéraient Russes
ou Russènes habitants de la Russie, Ruthénie, Ruscia, Ruzia, etc. On
trouve d'ailleurs chez le Géographe Bavarois, dans un manuscrit
datant d'environ 840, Ruzzi qui sera repris par Adam de Brême;
dans une charte de Louis le Germanique, de 863, Ruzamarcha, «la
Marche des Ruz» ; au XIIe siècle, marchia Ruthenorum dans Vita
Chunradi ; dans les Annales de Lambert de Hersfeld, vers 1080,
Ruzeni et Ruzenorum rex. Mais, les Slaves de la Rus' de Kiev
perdront leur nom au profit des Moscovites et deviendront, soit des
Ruthènes, soit des Petits-Russes. Au XIXe siècle, à l'initiative du
poète Taras Chevtchenko, la totalité des territoires ukrainiens (alors
sous domination russe, autrichienne ou hongroise) finira par être
désignée par un terme tiré de l'oubli - qui apparaît dans la
Chronique de Kiev (XIIe siècle), puis qui fut utilisé au XVe siècle, à
propos des zones ukrainiennes relevant alors de la Pologne ou de la
Lithuanie - «Ukraine» (Oukrai"na), c'est-à-dire «marche, confins,
périphérie» .
Quant aux Roumains, ils se sont toujours appelés
euxmêmes romani (<<Romains»),d'où românilrumâni (<<Roumains»)et
sont les seuls de tous les grands peuples romans à avoir conservé la
dénomination romanus en son acceptation de' nomen ethnicum.
Dans les sources médiévales slaves, byzantines, hongroises, ils sont
mentionnés comme Voloques, Bolokhs, Valaques, Vlaques,
Blaques, Olaques, etc. à partir du déterminatif celtique Volque,
prononcé * walhos d'où le germanique walcha, appliqué à tous
les Celtes et aux Romans au contact des Celtes, puis le slave
* vlah/voloh. Sous l'influence des Slaves balkaniques, les historiens
byzantins employèrent l' appellatif Blachos pour les latinophones
aussi bien du sud que du nord du Danube. Les «Valaques» sont
donc cités dans la Chronique de Kiev, da~s des sagas islandaises,
des chroniques et diplômes byzantins, des chroniques et actes de
chancellerie hongrois, les Nibelungen ainsi que - sous les intitulés
Balak, Ulak, Ulagh, Walah - dans des textes arménien~, turcs,
persans, arabes.
9En 968, en butte aux hostilités des Bulgares balkaniques,
les Byzantins sollicitèrent l'appui du grand-prince de la Rus' de
Kiev Sviatoslav - père de saint Vladimir (Volodymyr) qui baptisa
les Ukrainiens en 988 alors que les Roumains sont chrétiens depuis
au moins saint Nicétas de Rémésiana, créateur du Te Deum au IVe
siècle; les Kiéviens battirent les Bulgares et toute la contrée entre
la Volga et le Bas-Danube passa sous leur pouvoir. Mais, trois ans
plus tard, Sviatoslav fut vaincu par l'empereur byzantin Jean 1er
Tsimiskès et dut quitter définitivement le Bas-Danube. Le prince de
Galicie Iaroslav Osmomysl (1153-1187) ne régna pas jusqu'aux
bouches du Danube, quoi qu'en prétende le Slovo d'Igor, poème
datant non pas de 1187, mais du XVIe siècle et dont une clause de
style d'un manuscrit de la fin du XVIIIe siècle - à partir de
variantes des XVIe et XVIIe siècles de la Zadonscina, louange à
l'adresse de Dimitri Donskoï qui écrasa les Tatars, en 1380, à
Kulikovo - pouvait faire croire à une emprise galicienne sur le
Pruth, le Sireth et le Bas-Danube. La ville roumaine de Galatz, sur
le Danube, ne signifie pas - comme l'ont soutenu certains
historiens - «Petit Galitch (Haliez)>>et n'est pas liée au déterminatif
«Galicie» ; ce toponyme est d'origine touranienne et dérive du
petchénègue gala ou du couman galat, les deux ayant le sens de
«forteresse, citadelle». Le diplôme de Bîrlad de 1134, attribué à
Ivanko Rostilavitch Berladnik et accordant à des marchands des
privilèges commerciaux en Moldavie, en particulier dans la «Petite
Galicie», identifiée (?) à Galatz, pendant d'une «Grande Galicie»
(Haliez), est un faux dénoncé au siècle dernier. Les chroniques
indiquent, en revanche, qu'Ivanko s'est enfui de Galicie, vers 1160,
et s'est réfugié chez les Coumans du Danube; or, si la Moldavie est
occupée par les Coumans et si les Ukrainiens de Galicie peuvent y
trouver asile, cela implique que la Moldavie ne relève pas de
l'autorité galicienne du XIIe siècle.
L'ouragan mongol de 1240-1242 dévasta l'Europe pontique
et institua une domination tatare, pour environ un siècle, en Ukraine
et en Moldavie. Au XIVe siècle, des formations politiques
roumaines extra-carpathiques s'unirent et donnèrent naissance, au
10sud, à la principauté de Valachie et, à l'est, à celle de Moldavie - la
troisième province millénairement roumaine, la Transylvanie, était
passée fort difficilement, au XIIIe siècle, sous administration
hongroise en bénéficiant toutefois d'un statut distinct de celui du
royaume de Hongrie. Quant aux terres ukrainiennes, elles
connurent, au XIVe siècle, l'invasion des Lithuaniens qui prirent la
rive gauche du Dniepr, Tchernigov, Kiev, la Podolie, le littoral
pontique et la Volhynie où ils se heurtèrent aux Polonais qui
s'étaient emparés de la Galicie et de Lvov. Les Etats ukrainiens
n'existaient plus et lamétropolie de Kiev était mutée à Vladimir de
Souzdal, puis à Moscou. Deux siècles plus tard, en 1569, la
Pologne et la Lithuanie furent unifiées au sein de la Rzeczpospolita
qui regroupa toutes les contrées ukrainiennes (à l'exception de la
I
Ruthénie subcarpathique, hongroise).
Pendant ce temps, la principauté de Moldavie fut en proie
aux attaques de la Pologne (pourtant suzeraine des voévodes
.
moldaves), de la Hongrie et des Ottomans qui pénétrèrent dans les
Balkans en 1346-1354. Les «Pays roumains» durent ainsi céder à la
Sublime Porte, en 1420 - voire entre 1445 et 1462 selon certains
historiens - ce foyer de romanité que fut la Dobroudja - qu'ils ne
récupérèrent, partiellement, qu'au Congrès de Berlin en 1878 - puis,
en 1538, la Moldavie sud-orientale (le Boudjak). Soliman le
Magnifique, continuant l'oeuvre de ses prédécesseurs qui avaient
conquis Constantinople (en 1453), la Serbie (1459), la Bosnie
(1462), soumit Belgrade (1521),écrasa les Hongrois à Mohacs
(1526), occupa Budapest (1541) et transforma la Hongrie en une
simple colonie (pachalik ou beylerbeylik), tout comme le Banat de
Timisoara (1552), tandis que la principauté de Transylvanie devint
vassale de la Turquie, à l'imitation de la Valachie et de la Moldavie.
Profitant des «temps troubles» (srnoutnoïé vrémia), la
Pologne retrouva, en 1618, la zone ukrainienne de Tchernigov
obtenue par la Russie moscovite aux dépens des Lithuaniens, au
début du XVIe siècle. La paix polono-russe de Polanowc (1634)
entérina ce gain. Mais en 1648, Bogdan Khmelnitski et ses
cosaIlques de la rive droite du Dniepr se révoltèrent contre l'oppression
polonaise, puis se tournèrent vers Moscou et, en 1654, par l'accord
de Péréïaslav, Bogdan Khmelnitski concéda l'Ukraine au tsar
Alexis le Débonnaire. A la même époque, afin de .lutter contre
l'emprise ottomane et ne pouvant compter sur l'appui ni de la
Hongrie, ni de la Pologne, la Moldavie signa un traité avec la
Russie (1656) ; mais il demeura sans conséquence pratique aucune.
En effet, les Russes étaient encore trop faibles et trop éloignés des
frontières moldaves qu'ils n'atteignirent qu'en 1792, par la paix de
Jassy concluant la cinquième guerre russo-turque. Il en fut de même
avec l'alliance entre la Moldavie de Démètre Cantemir et Pierre le
Grand, en 1711, car les armées russes furent sévèrement défaites
par les Turcs, à Stanilesti sur le Pruth.
En 1663, le territoire ukrainien se retrouva divisé: la rive
gauche du Dniepr fut désormais sous influence russe et la rive
droite sous régime polonais (et bientôt menacée par les Turcs). Un
nouveau conflit russo-polonais, avec des cosaques dans chaque
camp, s'acheva par la trêve d'Androussovo (1667) qui octroya à
Moscou la région de Tchernigov - ainsi que pour deux ans, la ville
de Kiev qui fut définitivement abandonnée par le roi de Pologne
Jean Sobieski, en 1686. Les Ottomans intervinrent à leur tour,
enlevèrent la Podolie, en 1672, et une partie de la rive droite aux
Polonais, quelques contrées ukrainiennes aux Russes. Forte de ces
victoires en Europe pontique, la Sublime Porte décida de conquérir,
enfin, l'Europe centrale et Vienne. Mais après deux mois de siège
(juillet-septembre 1683), la capitale impériale fut sauvée par Jean
Sobieski et les Ottomans durent battre en retraite. Le reflux ottoman
en Europe commença; par la paix de Karlowitz, en 1699, Istanbul
rendit la Podolie à la Pologne et donna la Transylvanie, sa vassale, à
l'Autriche. Dorénavant, cette dernière allait affronter la Russie pour
le contrôle des Carpathes et des Balkans. Par la paix de
Passarowitz, en 1718, Vienne gagna le Banat et l'ouest de la
Valachie (Olténie) qu'elle dut toutefois restituer lors de la paix de
Belgrade en 1739. Pendant le conflit russo-turc de 1768-1774,
Saint-Pétersbourg occupa les principautés de Moldavie et de
12Valachie. Devant le risque d'une guerre entre l'Autriche et la
Russie, la Prusse proposa un dépècement de la Pologne et ce fut le
partage de 1772 ; Vienne y obtint le sud de la Petite-Pologne et ses
premières terres ukrainiennes, la Galicie et l'ouest de la Podolie
tandis que Saint-Pétersbourg s'avança en Lettonie et en Biélorussie
jusqu'au Dniepr. Cette quatrième guerre russo-turque se termina par
le traité de Kütchük-Kainardji de 1774 qui permit à
SaintPétersbourg de posséder le littoral pontique jusqu'au Bug : de son
côté, Vienne reçut d'Istanbul, en 1775, pour prix de sa
nonintervention, la zone septentrionale de la Moldavie- voisine de la
Galicie - arbitrairement dénommée Bucovine par les Autrichiens -
avec les anciennes capitales Siret et Suceava, avec les monastères
des XVe-XVIe siècles, Putna, la nécropole d'Etienne le Grand,
prince de Moldavie (1457-1504), Athleta Christi, Moldovitsa,
Voronetz, Humor,Sucevitsa où gisaient les voévodes Jérémie et
Simon (le père de Pierre Movila). La Bucovine subit une politique
de slavisation avec le rattachement à la métropolie serbe de
Karlowitz en 1783, l'intégration à la Galicie polono-ukrainienne en
1786, la nomination d'un évêque serbe (et non pas roumain) en
1789, la modification des patronymes roumains avec les suffixes
serbe -(0)vici et ukrainien -(c)iuc, ou leur traduction en polonais, la
colonisation ukrainienne, slovaque, lipovène.
Des troupes austro-russes s'installèrent dans les
principautés de Moldavie et de Valachie à l'occasion du cinquième
conflit russo-turc (1788-1792) et la Moldavie faillit même être
répartie entre Vienne et Saint-Pétersbourg, mais la Révolution
française vint déranger ces plans. L'Autriche fit la paix avec la
Sublime Porte en 1791 (cela dura jusqu'en 1878) et la Russie en
1792, par le traité de Iassy, atteignant ainsi Odessa et, pour la
première fois, la frontière moldave du Bas-Dniestr. Catherine II
profita de l'accalmie en Europe pontique pour procéder au
deuxième partage de la Pologne, en 1793, et acquérir la Biélorussie
avec Minsk, l'Ukraine de la rive droite du Dniepr et une portion de
la Volhynie et de la Podolie; l'empire russe devint contigu à la
principauté de Moldavie tout le long du Dniestr ainsi qu'à la
13Galicie autrichienne. L' insurrection polonaise de 1794 entraîna une
troisième partition en 1795, la Petite-Pologne étant incorporée à
l'Autriche et le restant de la Volhynie à la Russie qui posséda ainsi
80 % du territoire ukrainien.
Le tsar Alexandre 1er,jouant des hésitations de Napoléon et
des erreurs de sa politique dans le sud-est européen, fit entrer ses
armées en Moldavie et en Valachie, en 1806, peu après Iéna. Mais
ce ne fut que par la paix de Bucarest, le 28 mai 1812, un mois avant
le commencement de la Campagne de Russie, que
SaintPétersbourg obtint d'Istanbul les six districts de la Moldavie
orientale - entre le Pruth et le Dniestr - et le Boudjak tatar; la
Russie était arrivée sur les bords du Danube. Dès 1828, le tsar
Nicolas 1er déclencha une brève guerre contre la Porte, le traité
d'Andrinople du 14 septembre 1829 lui rapportant le Delta du
Danube puis, par la convention d'Unkiar Skelessi du 8 juillet 1833,
fit de la Mer Noire un lac turco-russe, seuls les navires militaires de
ces deux Etats pouvant franchir les Détroits. Par ailleurs, il étendit
l'administration centralisée russe à ses contrées ukrainiennes et
modifia les appellations; l'Ukraine de la rive gauche du Dniepr
devint la «Petite Russie», celle de la rive droite (provinces de
Volhynie, de Podolie et de Kiev) la «Région du sud-ouest» et celle
du sud la «Nouvelle Russie». Après la révolte polonaise de 1830
qui gagna la Volhynie, Saint-Pétersbourg entreprit une intense
politique de russification en Ukraine; la culture ukrainienne fut
alors sauvée par des intellectuels comme l'historien Mykola
Kostomarov, l'écrivain Pantéléïmon Koulich et le poète Taras
Chevtchenko, comme ceux de la «Triade ruthène» de Lvov, etc. En
1853, Nicolas 1er crut pouvoir poursuivre son avance vers les mers
chaudes et envahit, sans avertissement, la Moldavie et la Valachie.
Mais l'Angleterre, inquiète de la politique orientale de la Russie, et
Napoléon III, favorable aux principautés roumaines, ouvrirent les
hostilités contre Saint-Pétersbourg en Dobroudja, terre roumaine
pontique aux confins de la Moldavie et de la Valachie, puis en
Crimée (1853-1855). Toutefois, le tsar Alexandre II succèdant à
son père s'empressa de négocier avec les Anglo-Franco- Turcs. Le
14Congrès de Paris de 1856 décida d'éloigner la Russie des bouches
du Danube et octroya donc la Bessarabie méridionale à la Moldavie
tandis que la Turquie reprit possession du Delta du Danube. Le 24
janvier 1859, les principautés de Moldavie et de Valachie furent
réunies sous le sceptre unique du prince Alexandru I. Cuza -
bouleversement politi,que que reconnut la Turquie le 2
décembre 1861 - et adoptèrent la dénomination de Roumanie en
1866. Cependant Alexandre II considérait comme une faiblesse et
un affront personnels la perte des trois départements méridionaux
de la Bessarabie. La Prusse réussit alors à réconcilier la Russie et
l'Autriche; le 23 octobre 1873 fut scellée l'Entente des trois
Empereurs, Alexandre II, François-Joseph et Guillaume 1er, le
Dreikaiserbund, sur la base d'un partage des Balkans et le retour, à
la Russie, de la Bessarabie méridionale. Saisissant l'opportunité des
révoltes anti-ottomanes dans les Balkans, Saint-Pétersbourg - après
avoir signé, le 16 avril 1877, une convention avec Bucarest
garantissant l'intégrité actuelle de la Roumanie - déclara la guerre à
la Turquie le 24 avril 1877. La paix de San Stefano du 3 mars 1878
fut une grande victoire pour la Russie; trop belle même car elle
violait le pacte des trois Empereurs établi un lustre auparavant!
L'Autriche-Hongrie grugée par la Russie dans les Balkans et
l'Angleterre menacée dans sa Route lnaritime des Indes par une
Grande Bulgarie, protectorat russe avec accès à la Mer Egée,
réclamèrent une conférence internationale afin de régler la Question
d'Orient.
Le Congrès de Berlin (13 juin-13 juillet 1878) rassembla
toutes les Grandes Puissances, mais ni la Serbie, ni le Monténégro,
ni la Grèce, ni la Roumanie qui avait proclamé son indépendance le
21 mai 1877. Il entérina l'accord secret anglo-russe du 30 mai 1878
en ce qui concernait l'Asie centrale et dicta à Bucarest les
conditions de l'échange - au demeurant avantageux - le sud de la
Bessarabie contre le Delta du Danube et la Dobroudja jusqu'à
Mangalia (avec le port de Constantza et l'lIe des Serpents). Déçue
par Berlin et par Vienne, Saint-Pétersbourg se rapprocha de
Londres et de Paris. Les accords avec la France en 1891 et 1894,
15avec l'Angleterre en 1907 complétèrent l'Entente cordiale de 1904
et s'opposèrent à l'axe Berlin-Vienne-Budapest-Rome.
La Roumanie avait elle aussi conclu un traité secret -
uniquement défensif - avec l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne en
1883 ; mais à cause de la magyarisation imposée par Budapest aux
Roumains de Transylvanie et du Banat et de l'ukrainisation
favorisée par Vienne aux dépens des Roumains de Bucovine,
Bucarest ne s'engagea pas plus avant et conserva même sa neutralité
de 1914 à 1916. Les Alliés lui ayant promis, le 17 août 1916, la
récupération des terres roumaines de Transylvanie, du Banat et de
Bucovine détenues par l'Autriche-Hongrie, la Roumanie prit part au
conflit mondial à leurs côtés, mais isolée face aux Empires
Centraux, vit à la fin de 1916 la Dobroudja et la Valachie envahies
par les troupes germano-austro-hungaro-bulgares. Toutefois, grâce
aux dures batailles de l'été 1917 (Maresti, Marasesti et Oituz), la
Moldavie, dernière province roumaine encore libre, fut préservée.
En Bessarabie, russe depuis 1812, la situation était trouble
depuis le renversement des Romanov. Au printemps 1917, le Parti
national moldave et le Congrès des paysans avaient revendiqué
l'autonomie administrative, judiciaire et scolaire; à l'automne, le
soviet des soldats moldaves à Chisinau (Kishinev) s'était prononcé
pour l'autonomie politique le 2 novembre et un Conseil du Pays de
120 membres (84 Roumains et 36 représentants des minorités) avait
été créé quelques jours plus tard. Le 15 décembre 1917, le Conseil
du Pays bessarabien annonça la naissance de la République
démocratique moldave, puis, le 6 février 1918, son indépendance
totale. La Rada (assemblée parlementaire) ukrainienne de Kiev
avait, elle aussi, décidé par son lIe Universal (manifeste) du 16
juillet 1917 d'être autonome - et s'empressa de tenter d'englober la
Bessarabie dans son territoire - par son Ille Universal du 20
novembre 1917, de fonder la République nationale d'Ukraine et,
par son IVe Universal du 22 janvier 1918, de devenir une
république pleinement indépendante et sans lien avec Moscou. Le
9 février 1918, à Brest-Litovsk, l'Ukraine signa la paix avec les
16Puissances Centrales; s'alignant sur elles et menant une politique
anti-roumaine, l'Ukraine obtint la promesse que la roumaine
Bucovine serait incluse dans l'ukrainienne Galicie et s'entendit
avec la Bulgarie sur un (futur) dépècement de la Roumanie: à
l'Ukraine la Bessarabie, à la Bulgarie la Dobroudja. La conjoncture
de la République moldave n'était donc pas viable d'autant que la
Russie bolchévique, le 3 mars 1918, fit à son tour la paix avec les
Empires Centraux. Le Conseil du Pays bessarabien vota alors, le 9
avril 1918, le rattachement à la Roumanie.
Totalement isolée par les féaux de l'Allemagne
(Autrichiens, Hongrois, Ukrainiens, Bulgares), la Roumanie dut
conclure la paix de Bucarest, le 7 mai 1918. L'effondrement de la
Double Monarchie vit les Ukrainiens de Galicie réclamer, en
octobre 1918, un regroupement de la Ruthénie subcarpathique, de la
Galicie orientale et du nord-ouest de la Bucovine au sein d'un Etat
ukrainien; une République nationale d'Ukraine occidentale fut
même proclamée, à Lvov, début novembre 1918. Devant l'anarchie
qui s'accentua; le Conseil National des Roumains de Bucovine
quémanda l'aide de la Roumanie; celle-ci intervint dès le 5
novembre 1918 et libéra toute la Bucovine. Le 28 novembre 1918,
le Conseil national - élargi en Congrès général (Roumains,
minorités polonaise, ukrainienne, allemande) - adopta une motion
d'union à la Roumanie, imité, le 1er décembre 1918, par
l'Assemblée des Roumains de Transylvanie et du Banat.
La Roumanie qui terminait la Grande Guerre dans le même
camp que la France, l'Angleterre, les Etats-Unis, l'Italie, etc., voyait
enfin son rêve ancestral r.éalisé. Mais, malgré ces décisions
populaires, les débuts de la Conférence de Paix de Paris furent
difficiles pour Bucarest. En effet, les Etats-Unis qui n'avaient rejoint
les Alliés que le 2 avril 1917, ne se considérèrent pas liés par les
accords du 17 août 1916. De plus, les Anglais et les Français - qui
pourtant, à l'époque, avaient dénié toute validité à ce texte -
reprochaient aux Roumains d'avoir accepté la paix de Bucarest du
7 mai 1918. A la fin de 1919, la Roumanie réussit cependant à se
17faire admettre comme "pays allié" à la Conférence de Paris ;mais si
Bucarest vit approuvés le retour de la Bucovine, par le traité de
Saint-Germain entre l'Autriche et les Alliés (10 septembre 1919),
l'appartenance roumaine de la Dobroudja (en sa totalité, y compris
le "Quadrilatère" méridional), par le traité de Neuilly entre la
Bulgarie et les Alliés (27 novembre 1919) et l'union de la
Transylvanie et d'un tiers du Banat, par le traité de Trianon entre la
Hongrie et les Alliés (4 juin 19.20), demeurait à résoudre le
problème de la Bessarabie, celle-ci n'étant, bien entendu, nullement
visée par le pacte du 17 août 1916 puisqu'elle était alors partie
intégrante de l'empire russe. La commission des experts avait
estimé, le Il mars 1919, que le rattachement de la Bessarabie à la
Roumanie se justifiait compte tenu des aspirations générales du
peuple de Bessarabie, du caractère nzoldave de cette région ainsi
que des arguments d'ordre géographique, ethnique, économique et
historique. Pourtant, les Etats-Unis déclarèrent, alors que la
Roumanie se gardait de toute immixtion dans la guerre civile entre
l'Armée Rouge et les Blancs que les limites de l'Etat russe ne
pouvaient être modifiées qu'avec le consentement d'un
gouvernement légal russe; puis, les Américains proposèrent le
(désormais traditionnel) troc Bessarabie contre Dobroudja, repoussé
par les Français indignés que l'on pût offrir à un ennemi (la
Bulgarie), une contrée (la Dobroudja) d'un allié fidèle (la
Roumanie). Ce ne fut que le 28 octobre 1920 que le traité de Paris
admit que la Bessarabie était roumaine, de Rotin jusqu'à la Mer
Noire, effaçant ainsi, et 1538, et 1812, et 1878.
Moscou avait toutefois entamé des discussions avec la
Roumanie en février 1920 en vue d'établir des relations pacifiques
entre les deux pays, toutes les questions territoriales pouvant être
réglées à l'amiable. Mais, dès le 1er novembre 1920, Moscou
annonça que ni la Russie soviétique, ni l'Ukraine, ne pouvaient
reconnaître une quelconque validité à un accord, passé sans leur
participation, concernant la Bessarabie. Il était donc évident que
Moscou qui, dès avril 1918, avait protesté contre le retour de la
Bessarabie à la Roumanie, n'abandonnerait jamais l'idée de
recou18vrer la Bessarabie. Une République autonome socialiste soviétique
de Moldavie, au sein de la RSS d'Ukraine, fut même fondée, le 12
octobre 1924, en Transnistrie afin que nul ne se méprît. La
Roumanie n'obtint jamais un aval explicite des Soviétiques - qui
possédaient, depuis le traité de Riga du 18 mars 1921, l'Ukraine et
la Podolie, la Pologne conservant la Volhynie et la Galicie - et elle
eut beau tomber dans le travers de la "pactomanie" - Protocole de
Moscou du 9 février 1929, similaire au pacte de renonciation
générale à la guerre Briand-Kellogg pour les Etats de l'est
européen; Conférence de Londres des 3-4 juillet 1933 consacrée à
la définition de l'agression; établissement de relations
diplomatiques entre la Roumanie et l'URSS, le 9 juin 1934, les
deux gouvemelnents se garantissant mutuellement le respect plein
et entier de leur souveraineté; adhésion de l'URSS, le 18
septembre 1934, à la SDN dont le pacte, en son article 10, stipulait
que les membres de la Société s'engagent à respecter et à maintenir,
contre toute agression extérieure, l'intégrité territoriale et
l'indépendance politique de tous les membres de la Société; projet
d'assistance mutuelle roumano-soviétique, greffé sur le pacte
franco-soviétique dé 1935 ; rien n'y fit.
Menacée par la Hongrie, féal partenaire du Ille Reich, qui
réussit à réviser les conditions du traité de Trianon grâce à l'appui
d'Hitler et à annexer la Slovaquie méridionale (novembre 1938), la
Ruthénie subcarpathique (mars 1939) - qui sollicita, inutilement,
son rattachement à la Roumanie - le nord-ouest de la Roumanie
(août 1940) et une zone de la Yougoslavie, sur la rive gauche du
Danube (avril 1941), la Roumanie se retrouva piégée par le Pacte
Ribbentrop-Molotov. Celui-ci, dans ses versions du 23 août 1939 et
du 28 septembre 1939, consacrait l'abandon à l'URSS de la Pologne
orientale, de la Finlande, des Pays baltes et de la Bessarabie.
Bucarest proclama officiellement sa neutralité dans cette nouvelle
conflagration le 6 septembre 1939, puis le 21 septembre 1939, avec
le vain espoir de préserver l'intégrité de son territoire; non
seulement Moscou - qui venait d'envahir la Volhynie et la G~licie -
mais aussi Budapest et Sofia, avaient décidé le dépècement de la
19Roumanie. Le 29 mars 1940, devant le Soviet Suprême, Molotov
souligna l'inexistence d'un pacte de non-agression
roumanosoviétique à cause du litige bessarabien et, le 26 juin 1940, adressa
un ultimatum à la Roumanie, exigeant toute la Bessarabie ainsi que,
nouveauté, la Bucovine septentrionale dont la population était,
affirma-t-il, en sa grande majorité, historiquement et
linguistiquement liée à l'Ukraine. Sans appui, ni des Alliés, ni des
neutres balkaniques, ni naturellement de l'Axe, Bucarest céda et
l'Armée Rouge occupa la Bessarabie et la Bucovine septentrionale
ainsi que le district de Hertza. Le 2 août 1940 fut créée une
République socialiste soviétique de Moldavie dont les frontières
avec l'Ukraine furent fixées le 4 novembre suivant: l'Ukraine
récupérait - après la Volhynie et la Galicie, le 14 novembre 1939 -
au sud le Boudjak, au nord la région de Hotin, le district de Hertza
et la Bucovine septentrionale, à l'est la majeure partie de
l'exRépublique autonome moldave en Transnistrie.
Selon certains historiens, Staline aurait projeté une invasion
de la Roumanie le 6 juillet 1941, mais il fut devancé par Hitler et
son Opération Barbarossa. La Roumanie, désormais dirigée par le
général Antonescu, s'allia à l'Allemagne et le 26 juillet 1941 se
réinstalla sur ses frontières du Dniestr et du Ceremus. Dès 1943, la
Roumanie tenta de négocier avec les Anglais et les Américains sa
sortie de la guerre. Mais le traité anglo-soviétique du 26 mai 1942
comportait une clause secrète abandonnant à l'URSS la possession
de la Bessarabie et de la Bucovine septentrionale ce que le
Président américain Roosevelt accepta lors des rencontres des 12-19
mars 1943 avec Anthony Eden, chef du Foreign Office. Cette
position des Alliés fut officiellement entérinée à l'occasion de la
Conférence des ministres des Affaires Etrangères des trois Grands,
à Moscou (18-30 octobre 1943). L'Armée Rouge repoussa les
Allemands, les Ukrainiens, les Hongrois et les Roumains; elle
reprit la rive droite du Dniepr, Kiev et la Volhynie orientale en
1943, puis la Volhynie occidentale et la Podolie au printemps 1944.
Le 30 mars 1944, elle entra à Cemautsi, le 27 juillet à Lvav et le 24
août 1944 à Chisinau, le lendemain du changement de camp de.la
20Roumanie qui, à l'exemple de l'Italie, allait désormais combattre le
Ille Reich et son dernier fidèle, la Hongrie. L'armistice
roumanosoviétique du 12 septembre 1944 prévoyait l'annulation de
l'Arbitrage de Vienne du 30 août 1940 (et donc le retour à la
Roumanie de la Transylvanie occupée par la Hongrie) et le retrait
roumain sur les délimitations du 28 juin 1940 la séparant de l'Union
soviétique (et donc l'annexion par celle-ci de la Bessarabie et de la
Bucovine septentrionale). La Conférence de la paix de Paris
reconnut le 10 février 1947, les nouvelles frontières de la Roumanie
sur les bases de cet armistice. La République socialiste soviétique
de Moldavie fut reconstituée et le différend à propos de la
Bessarabie et de la Bucovine septentrionale n'exista plus entre la
Roumanie et l'URSS qui avait également obtenu, de la
Tchécoslovaquie la Ruthénie subcarpathique, de la Pologne la
Galicie et la Volhynie, de la Roumanie l'lIe des Serpents.
Les divergences entre la Roumanie et l'URSS se firent
toutefois sentir dès que la rupture entre Moscou et Pékin fut assez
importante pour que Bucarest s'appuyât sur cette dernière. Ainsi,
après une visite en Chine d'une importante délégation roumaine, en
mars 1964, le Parti communiste roumain - alors dirigé par
Gheorghiu-Dej - adopta une résolution officielle, le 22 avril 1964,
condamnant catégoriquement toute ingérence dans les affaires
intérieures d'un pays et prônant, comme principe politique de base,
la pleine souveraineté nationale; ce document fut considéré par les
Occidentaux comme une véritable déclaration d'indépendance et fut
suivi, en novembre 1964, par la publication, à Bucarest, d'un texte
de Karl Marx, Notes à propos des Roumains, où était rappelé que la
Sublime Porte avait cédé ce (la Bessarabie) qui ne lui appartenait
pas puisqu'elle n'avait jamais exercé sa souveraineté sur les
territoires roumains. Et le 7 mai 1966, Ceausescu, successeur de
Gheorghiu-Dej depuis mars 1965, critiqua l'action menée durant les
années vingt et trente par le PC roumain qui avait dénoncé l'Etat
roumain formé grâce à l'occupation de territoires étrangers et celle
du Komintern ignorant les réalités roumaines. Cela provoqua
l'arrivée inopinée, et secrète, de Brejnev en personne à Bucarest et
21l'interdiction des livres et films roumains en RSS de Moldavie. Une
autre crise faillit éclater en mai 1976 lorsque l'Union soviétique
dépêcha deux émissaires à Bucarest afin que Ceausescu n'év~que
pas, dans un discours, des revendications territoriales; pure
coïncidence, Budapest commença alors à prétendre que la minorité
hongroise de Transylvanie était opprimée par la Roumanie et Sofia
évoqua la constitution d'un corridor reliant la RSS d'Ukraine à la
Bulgarie à travers la Dobroudja roumaine.
L'accession au pouvoir, en 1985, de Gorbatchov modifia
progressivement les structures socio-politiques en RSS de Moldavie
et en RSS d'Ukraine. En mai 1989, un Front populaire moldave fut
fondé à partir de divers groupes favorables à la perestroika alors que
le Mouvement (Roukh) ukrainien pour la naquit en
septembre 1989 ; le 31 août 1989, le Soviet Suprême de la RSS de
Moldavie adopta le moldave (c'est-à-dire le roumain), langue de
l'Etat, puis une Déclaration de souveraineté le 23 juin 1990 tandis
que celui d'Ukraine fit de même, pour l'ukrainien langue de l'Etat,
le 28 octobre 1989 et, pour la souveraineté, le 16 juillet 1990 ; la
Moldova (nouvelle appellation de l'Etat depuis le 5 juin 1990)
proclama son indépendance pleine et entière le 27 août 1991 ce qui
fut immédiatement reconnu par la Roumanie, et adhéra, le 21
décembre 1991, suite à la disparition de l'URSS, à la C.E.!. créée
par la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine - indépendante depuis le
24 août 1991. Depuis Kiev essaie de négocier, avec Moscou,
l'épineuse question de la répartition de la Flotte de la Mer Noire et
de l'autonomie de la Crimée. Le printemps 1997 fut toutefois
bénéfique à l'Ukraine puisqu'elle signa des traités - garantissant
l'inviolabilité de ses frontières - avec la Russie et la Roumanie (qui
abandonna ainsi ses terres historiques de Bucovine et de
Bessarabie). Cependant les chicaneries ukrainiennes pour chasser la
Moldova de son modeste littoral danubien (400 mètres), la
sécession russo-ukrainienne dans la zone transnistrienne de
Moldova, la situation de la minorité roumaine d'Ukraine, montrent
bien que ce n'est pas de si tôt que s'estomperont les rivalités
pontiques entre Ukrainiens et Roumains.
22Chapitre 1
Du néolithique aux premières confrontations
moldo- kiéviennes
De magnifiques civilisations néolithiques se développèrent,
de 5000 à 2000 avant J.-C., en Ukraine et dans l'est de la Roumanie
(Moldavie stricto sensu, Bessarabie et Bucovine). Ainsi
s'épanouirent les cultures Cris-Starcevo, "Céramique linéaire" et
Pré-Cucuteni pour les périodes inférieure et moyenne et le
néolithique supérieur vit l'unique, exceptionnelle et d'une rare
(1).
beauté civilisation Cucuteni- Tripolje
(1) Pour ces diverses cultures, on peut se reporter à des ouvrages de base tels que J.
Lichardus et M. Lichardus-Itton, La proto-histoire de ['Europe, Paris, 1985. V.
Kruta, L'Europe des origines, Paris, 1992. A. Leroi-Gourhan, Dictionnaire de la
pré-histoire, Paris, 1994. D. M. Pfppidi (coord.), Dictionar de istorie veche a
României, Bucuresti, 1976. R. Florescu, H. Daicoviciu, L. Rusu, Dictionar
enciclopedic de arta veche a României, Bucuresti, 1980. R. Florescu, I. Miclea,
Preistoria Daciei, Bucuresti, 1980. C. Preda (coord.), Enciclopedia arheologiei si
istoriei vechi a României, I-II, Bucuresti, 1994-1996. V. Dumitrescu, Arta
preistorica în România, Bucuresti, 1974. E. Comsa, Neoliticul pe teritoriul
ROl1zâniei, Bucuresti, 1987. J. Filip, Enzyklopadisches Handbuch zur Ur - und
Frühgeschichte, I-II, Stuttgart-Berlin-Koln-Mainz, 1966-1969.
En ce qui concerne la civilisation Cucuteni- Tripolje, on conseillera plus
particulièrement, outre les livres mentionnés ci-dessus, S. Marinescu-Bîlcu, Sur
quelques problèmes du néolithique et du énéolithique à l'est des Carpates
orientales, "Dacia", XXXV, 1991, pp. 5-59. V. Dumitrescu, Cucuteni, cent ans
après, "Dacia", XXIX, 1985, pp. 35-43, Id., Arta culturii Cucuteni, Bucuresti,
1979. Id., Einige Frage zur Cucuteni-Kultur i111 Lichte der Aufgrabungen bei
Draguseni, "Zeitschrift für Archaologie", VII, 1973, pp. 177-196. K. P. Wechler,
Zur Chronologie der Tripolje-Cucuteni-Kultur aufgrund von 14C-Datierungen,
"Zeitschri ft für Archaologie", XXVIII, 1994, pp. 7-21. M. V idejko,
Gro$ssiedlungen der Tripol'e-Kultur in der Ukraine, "Eurasia Antiqua", I, 1995,
pp. 45-79. L. Ellis, The Cucuteni- Tripolye Culture, British Archaeological
Reports, International Series, 217, Oxford, 1984.
23Vers 2000 avant J.-C., les Indo-Européens arrivèrent en
(2). Les cultures Monteoru, Tei et CostisaEurope pontique
illustrèrent l'Age du Bronze tandis que la culture Noua marqua la
transition vers l'Age du Fer. Dès les XIIe-XIe siècles avant J.-C.,
des objets en fer apparurent dans cet espace
carpatho-istropontique, probablement d'origine extérieure à la région, la
métallurgie du fer, née chez les Hittites, Indo-Européens d'Asie
Mineure, environ trois cents ans auparavant, s'infiltrant dans les
Balkans et au nord du Danube. La production autochtone des
Thraces des zones extra et intra-carpathiques fut attestée à partir de
800 avant J.-C., soit durant le Hallstatt C et D.
(2) Sur les Indo-Européens et le rameau des Thraces, on consultera avec profit les
excellentes revues annuelles, éditée~ par l'Institut roumain de thracologie,
"ThracoDacica" (surtout le numéro XV, 1994 consacré à la Moldova) et "Sympozia
thracologica". De nombreuses études parmi lesquelles P. Bosch-Gimpera, Les
Indo-Européens. Problèmes archéologiques, Paris, 1961. C. Poghirc, Les rapports
entre le thraco-dace et le balto-slave, Actes du Xe congrès international des
linguistes (Bucarest, 28 août - 2 septembre 1967), IV, Bucarest, 1970, pp. 765-770.
M. Eliade, De Zalmoxis à Gengis Khan, Paris, 1970, pp. 31-80. Id., Histoire des
croyances et des idées religieuses, II, Paris, 1986, pp. 167-175. R. Vulpe, Studia
thracologica-, Bucarest, 1976. A. Foll, I. Vénédikov, I. Mazarov, D. Popov,
Légendes thraces, Sofia, 1977. L. Wald, D. Slusanschi, lntroducere în studiul
limbii si culturii indoeuropene, Bucuresti, 1987. H. Birnbaum (ed.), Ancient
IndoEuropeans Dialects, Proceedings of the Conference on Indo-European Linguistics
(Los Angeles, April 25-27, 1963), Berkeley-Los Angeles, 1966. A. FoIl, V.
Velkov, The ancient balkan peoples (Thracians, Illyrians, etc), their role and
importance in the historical development of the Ancient World, XIV International
Congress of the Historical Sciences (San Francisco, August 22-29, 1975), Reports,
II, New York, 1977, pp. 623-638.
On n'aura garde d'oublier de se reporter aux riches défrichements, en ce
domaine encore trop peu connu, que nous proposent les congrès internationaux de
thracologie, Primus cong ressus studiorum thracicorum (Sofia, 5-10 juillet 1972),
"Thracia", I-III, 1972-1974. Actes du lIe congrès international de thracologie
(Bucarest, 4-10 septembre 1976), Bucarest, 1980. Dritter internationaler
thrakologischer Kongress zu Ehren W. Tomascheks (Wien, 2.-6. Juni 1980), Sofia,
1984. Thracians and Mycenaeans, Proceedings of the IVth International Congress
of Thracology(Rotterdam,24-26 september
1984),Leiden-NewYork-Kobenhavn'Koln, 1989. The Thracian World at the crossroads of civilizations, Proceedings of
the 7th International Congress of Thracology (Constanta-Mangalia- Tulcea, May
20-26 1996), Bucuresti, 1996-1998.
24Au temps de la Grèce archaïque, les cités de Milet et de
Mégare fondèrent des colonies sur les rives du Pont-Euxin, 90 à en
croire Pline l'Ancien (Nat. hist., V, 29, 112), en particulier Olbia -
où vécut Hérodote, au Ve siècle avant J.-C. - Histria, vers 657-656
avant J.-C., et, au siècle suivant, Tyras, Tomis - où mourut Ovide,
exilé par Auguste de 9 à 18, et où il écrivit les Tristes et les
(3)Pontiques - Callatis, Dionysopolis. Les Milésiens utilisèrent
également, comme escale, l'unique île d'alors de la Mer Noire, à 44
km des bouches du Danube, l'antique Leuké ("blanche"), l'actuelle
lIe des Serpents, où ils élevèrent un sanctuaire en l' honneur
d'Achillès Pontarchès, dieu protecteur de la navigation et du
commerce pontiques (Arrien, Périple du Pont Euxin, 21).
C'est, au demeurant, grâce aux auteurs grecs - Hécatée,
Sophocle, Hérodote, Thucydide - que nous parvinrent les premières
données relatives aux Gètes, ces Thraces nord-danubiens et
suddanubiens à l'origine de nombreux mythes de l'Antiquité. Les
mêmes populations locales nous furent décrites par divers Romains
- César, Trogue Pompée, Strabon, Horace, Virgile - cette fois-ci
sous l'ethnonyme "Daces". Mais, comme le souligna Strabon, les
Daces de Transylvanie et les Gètes extra-carpathiques formèrent un
seul et unique peuple: Les Gètes habitent les deux rives du Danube
(VII, 3, 2, c. 295), Les Gètes parlent la même langue que les
Thraces (VII, 3, 10, c. 303), Les Daces parlent la même langue que
les Gètes (VII, 3, 13, c. 304).
Ces Géto-Daces, les plus vaillants parmi les Thraces
(Hérodote, Hist., IV, 93), divisés en de multiples tribus telles les
Carpes et les Tyragètes en Moldavie, les AppuIes en Transylvanie
ou les Bures en Valachie, étaient des sédentaires, agriculteurs et
(3) Ovidiana, Paris, 1958. Présence d'Ovide, Paris, 1982. Publius Ovidius Naso,
Bucuresti, 1957. A. Radulescu, Ovidiu la Pontul Euxin, Bucuresti, 1981. B. R.
Nagle, The Poetics of Exile. Program and Polemic in the Tristia and Epistulae ex
Ponto of Ovid, Bruxelles, 1980. Studi ovidiani, Rama, 1959. G. Mincinae, Tomi
nella poesia d' esilio di Ovidio, "Pantica", XX, 1987, pp. 385-391.
25éleveurs, et également d'excellents guerriers. Ainsi, en 514 avant
J.(4),C., s'opposèrent-ils à Darius, roi de Perse allant combattre les.
Scythes au nord des bouches du Danube, tout comme le roi Orolès
résista-t-il à l'expansion des celto-germaniques Bastarnes en
Moldavie (Trogue Pompée dans le prologue du Livre 28 de son
Histoire, données reprises par Justinius dans Historiae Philippicae,
XXXII, 3, 16).
Après les défaites de la Macédoine (168 avant J.-C.) et de
la Ligue Achéenne (146 avant J.-C.), Rome occupa, peu à peu,
durant le premier siècle avant J.-C., les différents territoires attenant
à la Dacie. La conquête de celle-ci par les légions romaines fut
cependant retardée par l'union des tribus géto-daces intra et
extracarpathiques sous le sceptre de Burebista qui arriva à être redouté
même des Romains (Strabon, Géographie, VII, 3, Il). Vers 60
avant J.-C., Burebista écrasa les Celtes de Pannonie et de Slovaquie
et porta les frontières occidentales de son Etat jusqu'au
MoyenDanube et jusqu'aux montagnes slovaques. Puis, vers 55 avant
J.C., il attaqua les villes grecques pontiques d'Olbia, Tyras, Histria et
Mesambria et repoussa les limites de son royaume jusqu'au
Pont(5).Euxin et au' Mont Haemus
(4) S. Parlatto, La cosiddetta campagna scitica di Dario, "Annali. Instituto
orientale di Napoli", XLI, 1981, pp. 213-250. D. Berciu, Razboiul dintre geti si
persi (514 î.e.n.), Bucuresti, 1986. A. Vulpe, M. Zahariade, Geto-dacii în istoria
militara a lumii antice, Bucuresti, 1987, pp. 87-92. J.-M. Balcer, The Date of
Herodotus IV.I. Darius' Scythian Expedition, "Harvard Studies in Classical
Philology", 76, 1972, pp. 99-132. G. G. Cameron, Darius the Great and his
Scythian (Saka) Campaign. Bisutun and Herodotus, "Acta Iranica", IV, deuxième
série (Hommages et opera minores), Monumentum H. S. Nyberg, I,
TéhéranLiège, 1975,pp. 77-88.
(5) M. Chitescu, Les débuts de la formation étatique de Burébista d'après les
données numismatiques, "Dacia", XIX, 1975, pp. 249-254. H. Daicoviciu,
Portraits daciques, Bucarest, 1987, pp. 36-101. I. H. Crisan, Burebista si epoca sa,
Bucuresti, 1977. On nous permettra de renvoyer à notre ouvrage primé par
l'Académie roumaine, Vestiges celtiques en Roumanie. Archéologie et linguistique,
Bem- Berlin- FrankfurtlMain-N ew York-Paris- Wien, 1994.
26L'autorité romaine commença à s'exercer, sous Auguste, sur
une zone de l'actuelle Roumanie, la Dobroudja qui, en 46 - ou
seulement en 74, les avis divergent - fut officiellement incorporée à
la Mésie puis, du temps de Dioclétien, érigée en province autonome
(6).Les conflits entre les Romains installés dansde Scythie Mineure
les Balkans et les Daces du nord du Danube ne pouvaient qu'éclater
d'autant qu'après l'assassinat de Burebista, vers 44 avant J.-C., la
Dacie avait implosée en plusieurs petits Etats, proies ô combien
tentantes pour Rome.
Les premières hostilités durèrent de 87 à 89, les Daces étant
conduits par un digne successeur de Burebista,Décébale (87-106),
très compétent en matière de guerre (...) un adversaire redoutable
pour les Romains (Dion Cassius, Hist. rom., LXVII, 6, 1) et qui, par
exemple, réussit à vaincre les troupes de Domitien en 87. Mais, les
campagnes de 101-102 et de 105-106, menées par l'empereur
Trajan, eurent raison de la résistance dace; pendant l'été 106, la
capitale Sarmizegetusa, au coeur des Carpathes de Transylvanie,
tomba et le roi Décébale se suicida. Trajan créa alors la province
romaine de Dacie correspondant aux contrées roumaines du Banat,
. de l'Olténie et de la Transylvanie, la Monténie et le sud de la
(7).
Moldavie étant rattachés à la Mésie Inférieure
(6) R. Vulpe, I. Barnea, Din istoria Dobrogei, II, Romanii la Dunarea de jos,
Bucuresti, 1968, p. 31 sqq. A. Suceveanu, M. Arruntius Claudianus et l'annexion
romaine de la Dobroudja, "Ancient Society", XXII, 1991, pp. 255-276. Id., ln
legatura cu data de anexare a Dobrogei de catre romani, "Pontica", IV, 1971,
pp. 105-120.
(7) H. Daicoviciu, op. cil., pp. 124-206. D. Tudor, Decebal si Traian, Bucuresti,
1977. L. Marghitan, Decebal, Bucuresti, 1987, Id., Comorile regelui Decebal,
Timisoara, 1994, C. C. Petolescu, Decebal. Regele dacilor, Bucuresti, 1991. K.
Strobel, Untersuchungen zu den Dakerkriegen Trajans, Bonn, 1984.
La Colonne trajane est étudiée entre autres, par A. Malissard, La comparaison
avec le cinéma permet-elle de mieux comprendre la frise continue de la Colonne
trajcine ?, "Mitteilungen des deutschen archaeologischen Instituts. Romische
Abteilung", 88, 1976, pp. 165-174. S. Settis, La Colonne trajane : Invention,
conzposition, disposition, "Annales", XL, 1985, pp. 1151-1194. R. Vulpe,
Columna lui Traian, mOnUI11ent al etnogenezei românilor, Bucuresti, 1988.
27Les Daces, à l'imitation par exemple des Gaulois, furent
romanisés, exception faite de tribus demeurées hors de Dacie et de
Mésie Inférieure tels, en Moldavie, les Carpes, alliés des Goths,. qui
furent repoussés, en 247, par Philippe l'Arabe, le premier empereur
romain chrétien.
Devant le péril barbare, Aurélien évacua, entre 271 et 275,
au sud du Danube, dans deux provinces baptisées Dacia Ripensis et
Dacia Mediterranea, les légions et l'administration romaines; il
ne s'agit toutefois nullement d'un écroulement chaotique et
dramatique entraînant l'installation massive d'allogènes à l'intérieur
de la Dacie trajane, mais d'un repli sur le fleuve, solution
rationnelle à des problèmes posés depuis des années. Quant à la
population autochtone, romanisée ou en voie de l'être, elle
resta au nord du Danube ainsi que le prouvent l'archéologie, la
numismatique, la toponymie et l'hydronymie, les textes antiques,
les sources médiévales, le vocabulaire religieux, les structures
(8).socio-politiques, etc
D'ailleurs, Rome, non seulement fortifia sa nouvelle
frontière sous l'impulsion de plusieurs empereurs - comme
Dioclétien (284-305) et Anastase (491-518) - mais reprit même
pied sur la rive septentrionale du fleuve au temps de Constantin le
Grand (306-337), de Valens (364-378) et de Justinien (527-565) qui
(8) Les études publiées hors de Roumanie et démontrant cette persistance, en
Dacie trajane, de la population géto-dace autochtone en voie de romanisation sont
plus que rarissimes; on nous pardonnera donc de signaler l'existence de notre
propre recherche Ces Latins des Carpathes. Preuves de la continuité roumaine au
nord du Danube, Bem-Berlin-Frankfurt / Main-New York-Paris-Wien, 1989.
Voir également D. Berciu, Daco-Romania, Genève-Paris-München, 1976. N.
Stoicescu, Continuitatea românilor, Bucuresti, 1980. D. G. Teodor, Continuitatea
populatiei autohtone la est de Carpati în secolele VI-XI, Iasi, 1984. L. Bârzu, S.
Brezeanu, Originea si continuitatea românilor. Arheologie si traditie istorica,
Bucuresti, 1991. L. Bârzu, Continuity of the Romanian people's mat[;rial and
spiritual production in the territory of former Dacia, Bucharest, 1980.
28voulut faire de l'lstros (le Danube) un puissant rempart de défense
des villes et de toute l'Europe (Procope, De aedificiis, IV, 33), et
cela tout en conservant, jusqu'au VIle siècle, son autorité sur la
Dobroudja (Scythie Mineure). Ainsi furent rénovées ou construites
Dierna, Drobeta, Recidava, Litterata, Sucidava-Celei (avec son
célèbre pont en pierre inauguré le 5 juillet 328 par Constantin le
Grand), Turris, Constantiniana Daphne, Dinogetia ainsi que
Tomis, Callatis, Histria, Noviodunum, Ulmetum, Durostorum, etc.,
véritables foyers de romanisation pour les Géto-Daces du
BasDanube aussi bien du temps de la Dacie trajane qu'après le retrait
(9).des soldats et des fonctionnaires d'Aurélien
Vaille que vaille, Constantinople fit face aux multiples
migrateurs, Goths, Huns, Gépides, Avars et Slaves; mais en 602, le
limes danubien fut emporté - même si certaines villes
romanobyzantines du littoral pontique de la Dobroudja résistèrent jusque
vers 680 - et les Slaves s'installèrent dans la totalité de la
péninsule balkanique ce qui aboutit à la dislocation du continuum
(9) C. Daieovieiu Romanizarea Daciei, "Apulum", VII, 1968, pp. 261-271. Id.,
Urbanisation et romanisation dans la Dacie trajane, Akten des VI. Internationalen
Kongresses für Grieehisehe und Lateinisehe Epigraphik (Münehen, 18.-24.
September 1972), "Vestigia", XVII, 1973, pp. 97-98. H. Mihaeseu, La langue
latine dans le sud-est de l'Europe, Bueuresti-Paris,1978,pp. 157-168.R. Vulpe,
Le processus de romanisation sur toute l'étendue des pays géto-daces,"Nouvelles
études d'histoire", VI/l, 1980, pp. 71-80. D. Protase, Considérations sur la
romanisation en Dacie, "Marisia", X, 1980, pp. 53-64. Id., Procesul de romanizare
si dainuirea romanitatii în Dacia, "Apulum", XXVII-XXX, 1990-1993, pp.
259267. C. Seorpan, Aspecte ale continuitatii si romanizarii bastinasilor din
Dobrogea, în lumina recentelor cercetari, "Pontica", III, 1970, pp. 139-179. S.
Dumitrascu, Romanizare, romanicizare, românizare, "Crisia", IV, 1974, pp.
1926. D. Tudor, Romanizarea Munteniei, "Apulum", XII, 1974, pp. 111-117. N.
Gudea, Cîteva aspecte si probleme în legatura cu procesul de romanizare în
Dacia, "Apulum", XIII, 1975, pp. 95-109. Id., Cîteva observatii în legatura cu
procesul de rOlnanizare,"Acta Musei Napocensis", XXXIII, fase. 1 (Preistorie.
Arheologie. Istorie veehe), 1996,pp. 115-133.E. Condurachi,La romanizzazione
della Dacia e della Scizia minore dans son recueil d'études sur l'histoire ancienne
de la Roumanie, Daco-romania antiqua, Bueuresti, 1988, pp. 135-156.
29(10).ethno-linguistique de la Romania danubienne
Au IXe siècle, une unité de la flotte byzantine eut sa base
(11),en Moldavie, sur le Danube à Lykostomo ("Gueule de loup"),
.près de Chilia ("Cellules monacales" à cause de la présence d'un
proche monastère). L'empereur byzantin Constantin VII
Porphyrogénète (913-959), dans De administrando imperio,
mentionna les hydronymes moldaves Brutos (Pruth) et Seretos
(Sireth) ainsi que le bras Selinas (Sulina) du Danube et la ville de
Constantia (peut-être l'ancienne Tomis) en Dobroudja. A cette
époque, l'ancienne Tyras grecque, à l'embouchure du Dniestr, fut
signalée sous son nom byzantin de Maurokastron ("Château noir",
"Cité noire", en grec byzantin) - et devint l'agglomération moldave
(10) A. Stratos, Les frontières de l'empire au cours du VIle siècle, Actes du XIVe
congrès international d'études byzantines (Bucarest, 6-12 septembre 1971), II,
Bucarest, 1975, pp. 421-434. V. Popovic, Les témoins archéologiques des
invasions avaro-slaves dans I'Illyricum byzantin, "Mélanges de l'Ecole française
de Rome. Antiquité", 87, 1975, pp. 445-504. Id., La descente des Koutrigours, des
Slaves et des Avars vers la Mer Egée : le témoignage de l'archéologie,
"Comptesrendus de l'Académie des inscriptions", 1978, pp. 596-648. P. Diaconu, Autour de
la pénétration des Slaves au sud du Danube, Actes du Ille congrès international
d'archéologie slave (Bratislava, 7-14 septembre 1975), I, Bratislava, 1979, pp.
165169. P. Aubert, Les Slaves à Argos, "Bulletin de correspondance hellénique", 113,
1989, pp. 417-419. M. Kazanski, Contribution à l'histoire de la défense de la
frontière pontique au Bas-Danube, "Travaux et mémoires", XI, 1991, pp. 487-526.
1. Herrin, Aspects of the process of hellenization in the Early Middle Ages, "The
Annual of the British School at Athens", 68,1973, pp. 113-126. S. Vryonis, The
evolution of slavic society and the slavic invasions in Greece. The first major
slavic attack on Thessaloniki A.D. 597, "Hesperia", L, 1981, pp. 378-390. M.
Comsa, Die Slawen im Karpatisch-donauliindischen Raum im 6.-7. lahrhundert,
"Zeitschrift für Archaologie", VII, 1973, pp. 197-228.
(11) H. Ahrweiler, Byzance et la mer, Paris, 1966, pp. 87-90. V. Tapkova -
Zaimova, Byzance et les Balkans à partir du VIe siècle, London, 1979, chap.
XIV/pp. 79-86. P. Diaconu, La Dobroudja et Byzance à l'époque de la genèse du
peuple roumain (VIle - Xe siècles), "Pontica", XIV, 1981, pp. 217-220. D. G.
Teodor, Quelques aspects concernant les relations entre Roumains, Byzantins et
Bulgares aux lXe-Xe siècles, "Anuarul institutului de istorie si arheologie A. D.
Xenopol. Iasi", XXIV, 1987, p. 9.
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