Un Béarnais en Afrique australe ou l'extraordinaire destin d'Eugène Casalis

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Français
300 pages
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Description

L'histoire étonnante d'Eugène Casalis, missionnaire protestant né au pied des Pyrénées au début du XIXe siècle et dont le nom est indissociable de l'édification du Lesotho, montre qu'il y a eu quelques cas où "la présence française outremer" reste perçue de façon positive. Ses liens d'amitié avec le roi et son appartenanace à un pays non impliqué dans les conflits locaux donnèrent lieu à une collaboration confiante et réciproque.

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Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 16
EAN13 9782296495593
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

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Un Béarnais en Afrique australe ou L’extraordinaire destin d’Eugène Casalis
CollectionRacisme et eugénisme Dirigée par Michel Prum La collection "Racisme et eugénisme" se propose d'éditer des textes étudiant les discours et les pratiques d'exclusion, de ségrégation et de domination dont le corps humain est le point d'ancrage. Cette problématique du corps fédère les travaux sur le racisme et l'eugénisme mais aussi sur les enjeux bioéthiques de la génétique. Elle s'intéresse à toutes les tentatives qui visent à biologiser les rapports humains à des fins de hiérarchisation et d'oppression. La collection entend aussi comparer ces phénomènes et ces rhétoriques biologisantes dans diverses aires culturelles, en particulier l'aire anglophone et l'aire francophone. Tout en mettant l'accent sur le contemporain, elle n'exclut pas de remonter aux sources de la pensée raciste ou de l'eugénisme. Déjà parus : Sous la direction de Claude Carpentier,La rencontre des cultures : un défi pour l’école,2012. Michel PRUM,Sexe, race et mixité dans l’aire anglophone, 2011. Marius TURDA,Modernisme et eugénisme, 2011.Michel PRUM,Métissages,2011. Amélie ROBITAILLE-FROIDURE,La liberté d’expression face au racisme. Etude de droit comparé franco-américain, 2011. John WARD,Le mouvement américain pour l’hygiène mentale (1900-1930) ou Comment améliorer la race humaine, 2010. Catherine UKELO,Les prémices du génocide rwandais. Crise sociétale et baisse de la cohésion sociale, 2010.Claude CARPENTIER et Emile-Henri RIARD,Vivre ensemble et éducation dans les sociétés multiculturelles, 2010. Dominique CADINOT, Michel PRUM et Gilles TEULIE (dir.), Guerre et race dans l’aire anglophone, 2009. Michel PRUM (dir.),Ethnicité et Eugénisme, 2009. Michel PRUM (dir.),La Fabrique de la « race ». Regards sur l’ethnicité dans l’aire anglophone, 2007.
Marie-Claude Mosimann-Barbier Un Béarnais en Afrique australe ou L’extraordinaire destin d’Eugène Casalis
© L'Harmattan, 20125-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99257-3 EAN : 9782296992573
Avant-propos
Un des problèmes auxquels le chercheur français est confronté quand il écrit sur l'Afrique australe est d'ordre orthographique. Les langues parlées ont été transcrites par des missionnaires de différentes nationalités, essentiellement ici par des Français et des Britanniques. Leur transcription des sons entendus ne fut donc pas la même. Ceci explique, dans le cas des noms propres, des graphies différentes suivant l'origine des documents. Par exemple, la résidence du roi Moshesh est orthographiée Thaba-Bossiou par les missionnaires français, mais Thaba Bosiu, dans les registres du Basutoland, de la même façon, Thaba-Nchou devient Thaba Nchu ; la version anglaise des Bassoutos est Basutos, et Eugène Casalis orthographie le nom du vieil ennemi de Moshesh Sékonyéla, dans ses écrits en français mais Sikonyela dans ses lettres en anglais enregistrées dans les registres du Basutoland. L'orthographe peut même varier au cours des années. Casalis parle d'abord de la reine Mammahatou puis très vite adopte Mamohato, il écrit « koranna » au début, puis « korana » dans des écrits plus e tardifs. Au XIX siècle, le roi est communément appelé Moshesh, mais les historiens postérieurs l'appellent Moshoeshoe. Un autre point délicat est la marque du pluriel : les missionnaires ajoutaient des « s » à la fin des noms propres au pluriel, par exemple « Les Bassoutos » alors que le préfixeba est la marque du pluriel ; à l'heure actuelle, les historiens ne mettent plus ce « s » : ils écrivent, « les Mantati, les Béchuana, les Barolong ». J'ai utilisé l'orthographe correspondant à l'époque et j'ai bien sûr respecté celle des documents d'origine. A ce propos, l'orthographe française a elle aussi subi quelques changements ; par exemple au niveau des doubles lettres : « flottille » s’écrivait « flotille », et « attelle », « attèle » ou de mots peu usités : on trouve sous la plume de Casalis « sopha » (sofa) ou « bivac » (bivouac). Certains mots ont également changé de genre : les mots « préfixe » et « radicale » étaient alors féminin (une préfixe, une radicale). J'ai donc gardé ces particularismes. 7
J'ai cité largement les ouvrages écrits par Eugène Casalis et pour éviter d'alourdir inutilement les notes de bas de page, j'ai simplifié mes références comme suit :Mes souvenirs(MS),Les Bassoutos(LB),Etude sur la langue séchuana(ELS),En service commandé(ESC) etLes Missions et les langues nationales(MLN). J'ai aussi beaucoup utilisé lesBasutoland Records(BR) et les divers volumes duJournal des Missions Evangéliques(JME).
Je voudrais terminer par des remerciements : tout d'abord à Didier Casalis dont j'ai fait la connaissance dans des circonstances tout à fait inattendues et qui a bien voulu me confier des lettres inédites de son arrière-grand-père : je lui en suis très reconnaissante. Merci au professeur David Ambrose qui m'a envoyé, souvent de son propre chef, bien des documents d'un grand intérêt, en particulier, plusieurs volumes deLesotho Annotated Bibliography. Merci à Steve Gill, conservateur des archives de Morija pour sa très grande réactivité à mes courriels demandant ponctuellement des précisions historiques diverses. Merci à Claire-Lise Lombard au DEFAP qui m'a toujours réservé le meilleur accueil à la bibliothèque des Missions protestantes. Merci à Monique Mémet et à Josy Largeteau pour avoir sacrifié un week-end pour une ultime relecture. Enfin,last but not least,merci à Ernest Fousse, mon lecteur et relecteur attentif, tout au long de la rédaction de l'ouvrage, dont l’œil de lynx égale celui des Bassoutos.
Introduction
1 Textualiser l'Afrique c'est la faire entrer dans l'histoire . Alain Ricard
e e La fin du XX siècle et le début du XXI furent en occident un temps de repentance postcoloniale, ce qui explique les polémiques suscitées par la loi du 23 février 2005, reconnaissant dans son article 4 « le rôle positif de la présence française outremer ». Pourtant, l’histoire étonnante d’Eugène Casalis, missionnaire protestant qui naquit au pied des Pyrénées e au début du XIX siècle et dont le nom est indissolublement lié à l’édification du Lesotho, montre qu’il y a eu au moins quelques cas où « la présence française outremer » a été - et reste - perçue de façon positive, comme en témoigne le timbre e commémoratif émis par le Lesotho en 1983, célébrant le 150 anniversaire de l’arrivée des missionnaires. Bien sûr, nous sommes ici dans un contexte géographique et historique particulier puisque la France n'avait pas d'enjeu économique ou politique dans cette région du monde et que, de ce fait, la présence missionnaire française en Afrique australe s’inscrivait dans une démarche purement apostolique, sans connotation colonialiste. Envoyé par les missions évangéliques de Paris dans la province du Cap en 1832, Eugène Casalis allait devenir, par un concours inattendu de circonstances, l’ami et le conseiller particulier de Moshoeshoe, roi des Bassoutos, pour lequel il joua un rôle diplomatique de premier plan. Ses liens d'amitié avec Moshoeshoe et son statut particulier de citoyen d'un pays non impliqué dans les conflits locaux permirent la mise en place entre lui et le souverain d'une exceptionnelle collaboration fondée sur une relation de confiance. Pendant ses 23 ans en Afrique australe, Eugène Casalis aida de son mieux le roi à développer son pays, à fédérer son peuple et à composer avec les Anglais pour résister aux Boers. Le résultat fut la création
1 Alain Ricard,Le Sable de Babel,CNRS éditions, Paris, 2011, p. 149. 9
d’une entité autonome qui devint, le 4 octobre 1966, le royaume indépendant du Lesotho, enclave inattendue au milieu de l’Afrique du Sud, dont le souverain actuel, Letsie II, est le descendant direct de Moshoeshoe. Quel extraordinaire concours de circonstances conduisit Eugène Casalis de son Béarn natal en Afrique australe ? C'est ce que nous allons voir dans ce qui suit.
Timbre commémoratif émis par le Lesotho en 1983