Violences souveraines au Moyen Âge

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Français
233 pages
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Souvent tenu pour violent et désordonné, le Moyen Âge ne l’est cependant pas comme nos contemporains se l’imaginent. Car la violence — un terme alors rarement utilisé, une réalité aux manifestations extrêmement variées — fonde un rapport et un ordre social sur lesquels l’État impose progressivement son contrôle, mais sans jamais en renier le principe.
S’inscrivant dans la suite des travaux de l’historienne Claude Gauvard, qui représentent un tournant dans la définition de la violence comme objet historique à part entière, ses nombreux élèves se saisissent du sujet pour lui rendre hommage dans cet ouvrage. Leurs contributions témoignent de la vigueur d’une approche extrêmement sensible aux apports de l’anthropologie, de la sociologie et du droit, qui oblige à regarder autrement le jeu social et politique au Moyen Âge.

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Nombre de lectures 2
EAN13 9782130740285
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Sous la direction de
François Foronda, Christine Barralis et Bénédicte Sère
Violences souveraines au Moyen Âge
2010
Travaux d’une École historique
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130740285 ISBN papier : 9782130573630 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Souvent tenu pour violent et désordonné, le Moyen Âge ne l’est cependant pas comme nos contemporains se l’imaginent. Car la violence – un terme alors rarement utilisé, une réalité aux manifestations extrêmement variées – fonde un rapport et un ordre social sur lesquels l’État impose progressivement son contrôle, mais sans jamais en renier le principe. S’inscrivant dans la suite des travaux de l’historienne Claude Gauvard, qui représentent un tournant dans la définition de la violence comme objet historique à part entière, ses nombreux élèves se saisissent du sujet pour lui rendre hommage dans cet ouvrage. Leurs contributions témoignent de la vigueur d’une approche extrêmement sensible aux apports de l’anthropologie, de la sociologie et du droit, qui oblige à regarder autrement le jeu social et politique au Moyen Âge.
Table des matières
Table des abréviations Violences souveraines. D’une tradition universitaire à un objet historique (François Foronda)
Première partie. Procédures et gouvernement judiciaire
« Pugio malignitatis ». Violence du procès et prudence de la procédure (Yves Mausen) La protection des parties La protection des personnes pitoyables La protection du défendeur Légitime défense du corps et légitime défense des biens chez les Glossateurs e e (XII -XIII siècle)(Thierry Kouamé) La défense du corps La défense des biens L’application de la peine de mort par les justices municipales : l’affaire Berthe du Jardin au parlement de Paris (1369-1398)(Sébastien Hamel) Le Parlement, le grand seigneur fort méchant homme et l’orpheline : l’affaire Houdetot dit Porquet(Louis de Carbonnières) Le bris d’asile par les serviteurs de l’État sous le règne de Charles V : l’affaire Maugarny(Christine Barralis) La querelle procédurale sur la qualification des lieux Criminels endurcis et respect du droit d’asile : où est le « bien de justice » ? Une condamnation à double tranchant : l’association de la justice du roi et de l’immunité ecclésiastique « A cause de la resistance, rebellion et desobeyssance par elle faicte contre ladite justice » : une amende honorable à Reims en 1456(Véronique Beaulande-Barraud) L’« émeute » du 11 juillet 1497 à l’hôtel-Dieu de Paris : un récit de violences (Christine Jéhanno) La figure du sergent dans l’enluminure à la fin du Moyen Âge : entre justice et maintien de l’ordre(Christine Bellanger) Le profil du sergent dans l’image Les fonctions variées d’un agent polyvalent Un officier subalterne au service des autorités judiciaires e Écrits du guichet. L’avènement d’un gouvernement des détenus au XIV siècle
(Julie Claustre) Autour de 1325, du registre à l’archive Continuité et discontinuités de l’archive Du « papier des délivrances du prévôt » au « papier de la geôle » Deuxième partie. La part du négatif Déshonneur, outrages et infamie aux sources de la violence d’après leSuper Rhetoricorumde Gilles de Rome(Bénédicte Sère) Mépris et déshonneur, sources de la colère Une critique sociale : la colère des grands entre vengeance, injustice et violence Les dénominations de Jean sans Peur : entre violence acceptée et réprouvée (Hubert Carrier) La « maudite guerre » Jean sans Peur : entre violence acceptée et réprouvée La dialectique de la violence d’après le témoignage des surnoms de Jean sans Peur L’acte sordide La bataille d’Othée : le jugement de Dieu Mémoire : entre honneur et dérision Violence extrême, rumeur et crise de l’ordre public : la tyrannie du bâtard de Vaurus(Boris Bove) e La désobéissance d’un sire au XV siècle : le damoiseau de Commercy (Valérie Toureille) e Le portrait d’un aventurier au XV siècle La prise de Chateauvillain et l’insubordination de Robert de Sarrebruck L’opinion sur le roi. La guerre dans les registres de délibérations toulousains de la e première moitié du XV siècle(Xavier Nadrigny) Guerre juste et injuste Guerre civile et guerre étrangère Le « roi de guerre » ? De quelques cris publics qui ont mal tourné. La proclamation comme épreuve de réalité à la fin du Moyen Âge(Nicolas Offenstadt) Les cris de la discorde Une épreuve de réalité Compostelle, 1466. Le déchaînement de la violence sous les yeux de pèlerins tchèques(Denise Péricard-Méa) La situation en Castille-Galice La situation à Compostelle en juillet 1466 L’arrivée des Tchèques
Arrêter puis justifier et oublier les violences e e Les évêques face au pape. Les conflits de préséance en concile général (XI -XV siècle)(Fabrice Delivré) Troisième partie. Le choc souverain Composer, ordonner, gracier : les pratiques d’un enquêteur-réformateur en Languedoc sous Charles IV(Olivier Canteaut) e e Justice, enquête et violence d’État en Aragon (XIII -XV siècle)(Martine Charageat) Révoltes et pardons dans les relations entre Charles II de Navarre et la dynastie des Valois (1354-1378)(Philippe Charon) Les révoltes de Charles de Navarre et leur qualification dans le discours royal Les manifestations de la colère du roi Les manifestations de la clémence royale Charles V face à ses nobles : une affaire-test pour l’imposition de la majesté (1371-1373)(Michelle Bubenicek) Pour une mise en contexte de la négociation Obéissance exigée et malentendu flagrant Autour du concept de majesté Ne theologien ne conseiller du roy en sa court de parlement. Contre la volonté du roi : l’élection épiscopale parisienne de 1492(Véronique Julerot) « Ne theologien... » « […] ne conseiller du roy en sa court de parlement » Le traitement de la révolte parisienne : droit et discussions Procès politique et confiscation : le sort de la bibliothèque de Jacques d’Armagnac (Émilie Cottereau-Gabillet) Une bibliothèque très personnelle La confiscation et ses bénéficiaires La réappropriation des manuscrits par les nouveaux possesseurs er Une image de la violence d’État française : la mort de Pierre I de Castille (François Foronda) Du crime atroce à la qualification impossible. Les débats doctrinaux autour de l’assassinat du duc d’Orléans (1408-1418)(Corinne Leveleux-Teixeira) Récit. Une controverse inévitable Interprétation. Une résolution impossible Clameur contre fureur. Cris et tyrannie à la fin du Moyen Âge(Pierre Prétou) La clameur publique d’injustice La clameur identitaire
La résistance à la tyrannie
Table des abréviations
AD AM ANF BNF BM PUF
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Violences souveraines. D’une tradition universitaire à un objet historique
François Foronda Maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 2003 – Laprivanzaou le régime de la faveur. Autorité monarchique et puissance aristocratique en e e Castille (XIII -XV siècle)
epuis un siècle et demi environ, une tradition d’origine allemande impose dans Dl’Université, essentiellement dans le domaine des sciences humaines, que, lorsqu’un professeur prend sa retraite, ses élèves, ses collègues et ses amis lui offrent des « mélanges »[1]. Ces « mélanges » sont le livre que forment leurs contributions, lequel donne lieu à une « remise » au dédicataire un temps après son départ. Ce dernier revient donc à cette occasion à l’Université, où il découvre alors seulement – ou feint de découvrir – l’existence de cet aimable complot d’hommage. Ne nous y trompons cependant pas, la tradition des mélanges reste profondément ambiguë, à tel point que certains universitaires refusent nettement de s’y plier ou que leurs organisateurs en viennent parfois à produire des anti-mélanges, car s’y joue quelque chose de terrible, qui relève d’une mise au tombeau. Le livre offert a certes pour avantage de rendre cette cérémonie triomphale – en ce sens un médiéviste ne peut pas s’empêcher d’établir un rapport entre le livre et l’effigie qui dans les funérailles royales françaises, depuis Charles VI, représentait le corps glorieux de la royauté, celui qui jamais ne meurt[2]–, mais la dimension crépusculaire demeure. Et elle est d’une extrême violence pour celui à qui cet hommage est rendu, lequel « revient » le jour de la remise au sein de son ancienne communauté professionnelle. La violence est aussi au rendez-vous pour ceux qui se chargent d’organiser et de réaliser cet hommage, lesquels ont souvent pris la succession, ou sont et seront, à un moment donné, en situation de le faire. À la satisfaction de l’hommage rendu et reçu, à l’allégresse des retrouvailles autour d’unepotatio, se mêlent immanquablement la tristesse du départ et l’angoisse de la relève. Un tel heurt d’émotions fait de la préparation et de la remise des mélanges un moment d’une rare intensité, dont ne rend pas toujours bien compte le genre issu de ce rituel de passage si particulier. Mais c’est peut-être cela même la fonction profonde du genre : canaliser la charge émotionnelle que recèle le rituel, voire la sublimer. Cette fonction est bien entendu au cœur de ce livre sur lesViolences souveraines au Moyen Âge. Mais le lecteur n’y trouvera pas les divers éléments formels – la biographie du dédicataire, sa bibliographie, les témoignages de ses amis et collègues, latabula gratulatoria… – permettant de le rattacher au genre des mélanges. Car si les élèves de l’historienne Claude Gauvard ont souhaité ne pas déroger à cette tradition, ils ont décidé de l’interpréter de manière à donner à leur hommage une autre