Vol et brigandage au Moyen Âge

-

Livres
277 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Derrière les archétypes de la criminalité médiévale, se cachent les différents aspects d'une réalité que l'historien se doit de restituer dans toute la complexité de son évolution. La justice accompagne ces mutations et dessine l'enjeu d'un nouvel ordre pénal. A partir d'une vaste "enquête" historique, cet ouvrage propose une lecture inédite de la construction de l'Etat monarchique au tournant du Moyen Âge et de l'époque moderne. Ce livre a obtenu le prix Mariette Benabou de la Chancellerie des Universités de Paris.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782130737445
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0172€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Valérie Toureille
Vol et brigandage au Moyen Âge
2006C o p y r i g h t
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015
ISBN numérique : 9782130737445
ISBN papier : 9782130539704
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé
du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux,
de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une
contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété
intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de
propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.P r é s e n t a t i o n
Derrière les archétypes de la criminalité médiévale, se cachent les différents aspects
d'une réalité que l'historien se doit de restituer dans toute la complexité de son
évolution. La justice accompagne ces mutations et dessine l'enjeu d'un nouvel ordre
pénal. A partir d'une vaste "enquête" historique, cet ouvrage propose une lecture
inédite de la construction de l'Etat monarchique au tournant du Moyen Âge et de
l'époque moderne. Ce livre a obtenu le prix Mariette Benabou de la Chancellerie des
Universités de Paris.Table des matières
Remerciements
Introduction
I. Larcins et brigandage, nommer et condamner
Le larcin : l’ombre et la ruse
Le brigandage : la violence et les armes
II. Larrons et larcins, la délinquance du quotidien
Figures de larrons
Le vol et la société
Le larcin
III. Brigands, voleurs et larrons professionnels, la grande criminalité
Portraits de brigands
Le brigandage, avatar de la guerre ?
Les professionnels du crime
IV. Les clefs du pardon et les enjeux de la répression
Excuser et pardonner
L’ébauche d’une hiérarchie pénale
La criminalisation du vol et les enjeux de la répression
Conclusion
Sources et bibliographie
Index des matières
Index des auteurs et œuvres
Index des noms de lieuxR e m e r c i e m e n t s
et ouvrage est le fruit d’un travail de réécriture d’un doctorat d’histoire soutenu àC l’Université Paris I - Panthéon-Sorbonne. Claude Gauvard, qui fut une directrice
de thèse attentive, m’accueille aujourd’hui dans la collection « Le Nœud gordien »,
qu’elle reçoive ici l’expression de ma gratitude. Mon manuscrit a également bénéficié
des conseils de plusieurs de mes collègues universitaires. Je souhaite les remercier du
temps qu’ils y ont consacré et de l’amitié témoignée à cette occasion. Robert Jacob
pour ses remarques toujours pertinentes sur les aspects juridiques de la question et
Corinne Leveleux, complice de travaux partagés, qui m’a aussi permis d’affiner
plusieurs points de droit. J’associe à ces remerciements François Pernot, Alain
Provost et Véronique Souche pour leur relecture attentive.
Le labeur de l’historien commence toujours par le dépouillement des sources. Ce travail
d’archives a été grandement facilité par la compétence et la diligence des responsables
compétents à Paris, Dijon et Abbeville. J’aurais, à ce titre, une pensée particulière pour
Gérard Moyse, directeur des archives départementales de la Côte d’Or, grâce auquel
j’ai pu accéder à l’extrême richesse de son fonds.
La prestigieuse Fondation Thiers, en m’accueillant pendant trois années dans les rangs
de ses pensionnaires, en m’accordant le prix de thèse et en permettant par
l’intermédiaire de son association la publication de cet ouvrage, a été pour moi d’une
aide précieuse. Qu’elle trouve ici le témoignage de ma reconnaissance.
Enfin, l’aboutissement de ce livre doit beaucoup à Michel qui partagea sans compter les
heures et les efforts avec moi.I n t r o d u c t i o n
« Sans la justice que sont les royaumes, si ce n’est de vastes repaires de
brigands ? »
Saint Augustin, La Cité de Dieu.
epuis une vingtaine d’années, l’abondance et la qualité des travaux consacrés àD la criminalité ont permis d’apporter un nouvel éclairage à l’histoire sociale,
culturelle mais aussi politique du Moyen Âge [1]. Claude Gauvard, en particulier, a
mis à nu les ressorts profonds de la violence médiévale et révélé sa dimension
identitaire [2]. Dans le prolongement de ces travaux, j’ai choisi de porter une
attention particulière au vol, transgression à la fois spécifique et multiforme,
omniprésente et méconnue.
La légitimité d’une telle étude puise d’abord dans la déshérence historiographique
dans laquelle furent abandonnés voleurs et brigands [3]. Malgré la richesse des
sources et le caractère profondément révélateur d’une infraction ancrée dans le
quotidien, les représentations stéréotypées de ces figures criminelles ont
durablement nui à toute approche rigoureuse. À l’inverse, elles ont fourni une
matière abondante aux nombreux recueils d’anecdotes édifiantes et cruelles [4] .
Ainsi s’est construite l’image d’un Moyen Âge noir, peuplé de voleurs de grands
chemins et de bandes de larrons essorillés. L’image est ancienne, instrumentalisée au
moins depuis saint Augustin, qui montre les royaumes en perdition comme autant de
repaires de brigands [5] .
Il convenait de faire la part d’un imaginaire criminel foisonnant et d’une matérialité
factuelle sans doute plus prosaïque. Au-delà des clichés et des peurs qu’ils véhiculent,
à quelle réalité sociale pouvait-on rattacher les auteurs de ces crimes ? Quelles que
soient les raisons de leur disgrâce, l’enjeu était aussi de redonner chair à ces criminels
fantasmés.
Le vol méritait donc une page d’histoire. Sous ses allures banales et attendues, il
constitue dans le champ de la criminalité une transgression singulière et
emblématique. Si la criminalisation a toujours été subordonnée au temps, nombre de
crimes se sont érodés au fil des siècles pour basculer dans l’obscure banalité de la
délinquance ordinaire. À ce titre, le vol forme sans aucun doute un exemple
remarquable. En effet, si aujourd’hui l’infraction alimente la chronique des faits
divers sans relief, elle est réputée au Moyen Âge comme un geste grave, qui peut
conduire son coupable auteur à la potence. Surtout, le vol, objet d’interdit religieux et
de sanction morale, possède une identité criminelle déroutante.
Voler, c’est « mal prendre ». L’acte souffre d’une absence de conceptualisation.
Souvent insaisissable, toujours inclassable, la transgression n’est jamais réductible à
une infraction clairement définie. D’ailleurs, le vol, au sens criminel du terme, est
encore à naître. Les textes du temps évoquent le « larrecin », qui comprend les
chapardages les plus médiocres comme les vols les plus graves.eCrimes ou délits ? La nuance, pertinente au XXI siècle, ne peut l’être au Moyen Âge,
où les théoriciens du droit évoquent ces termes sans distinction, ni hiérarchie [6]. Le
vocabulaire de l’historien ne doit pas se heurter à une classification contemporaine
lorsqu’il cherche à appréhender, à cinq siècles de distance, un acte qui embrasse
toute la gamme de la délinquance.
Toutefois, l’ensemble des juristes médiévaux s’accordent pour dénoncer le
« larrecin » comme « un crime destestable ». Ils n’en sont pas les seuls dépositaires ;
l’époque moderne voue une semblable haine aux larrons [7]. Le vol est le crime de la
lâcheté et de la dissimulation. Il est encore une trahison. Si l’homicide peut s’auréoler
de motifs honorables, le larcin demeure un geste abject et méprisable, contraire au
code des valeurs partagées. Le larron, à l’image de Judas, est celui qui trompe la
confiance de la communauté par amour de l’argent.
Qui sont ces larrons qui peuplent les fabliaux et effraient les gens de bien ? Le monde
des voleurs révèle une réalité criminelle profondément hétérogène. Quoi de
commun entre celui qui maraude des noix dans le verger voisin et cet autre qui
égorge le marchand sur une route pour le dépouiller ? Si les uns participent à
l’occasion d’une délinquance quotidienne, les autres prennent part à la criminalité
violente, voire organisée. Le vocabulaire commence à distinguer les violents et les
criminels endurcis des délinquants occasionnels. Il y a la masse indistincte des
larrons et l’élite dangereuse des agresseurs de chemin. La frontière est commode qui,
sans être étanche, n’en demeure pas moins tangible. C’est à partir de cette dichotomie
ordonnée par les textes, comme par la pratique judiciaire, que j’ai tenté de
reconstituer les traits d’une criminalité au double visage.
Nul n’est dupe des artifices du discours mais c’est dans ses méandres, où l’historien
est tenu de s’aventurer, qu’il s’agit de ne point se laisser distraire par les images qui
travestissent le réel. Les stéréotypes constituent un obstacle. Figures honteuses de la
criminalité médiévale et personnages folkloriques de la culture populaire, larrons et
brigands se dissimulent volontiers dans une représentation ambivalente, qui nourrit
la mythologie d’une marginalité structurée. Au-delà de ce miroir déformant, il faut
encore cerner une criminalité qui a subi le tri du filtre judiciaire. Tant il est vrai qu’à
notre tour nous sommes contraints de saisir ceux que la justice a saisis avant nous.
Certains sont encore passés à la postérité par la cruauté de leurs crimes, colportés en
termes extravagants par les chroniques. Restent tous les autres, indénombrables, qui,
évitant ces mailles, sont tombés dans un oubli définitif.
L’historien face à ses sources, par nature fragmentaires lorsqu’il s’agit du Moyen Âge,
s’interroge naturellement sur leur représentativité et leurs limites. Comment
circonscrire le vol, infraction protéiforme par excellence ? et le brigandage, qui
apparaît comme une violence aux frontières mal découpées ? Au risque de diluer le
sujet, il fallait délaisser la masse des menus faits accumulés à la lisière du vol : le petit
braconnage, les usages abusifs, les déplacements de bornes, les escroqueries…, pour
ne retenir que les formes avérées et manifestes du délit. Quant au brigandage, il a
fallu en exclure le pillage, qui contribue à l’entretien des armées, pour privilégier les
actes isolés de petits groupes violents, de ceux que l’on qualifie d’« agresseurs » ou
« guecteurs de chemin », et que l’on commence à désigner comme « voleurs ». Lafrontière est souvent étroite avec la guerre qui, même éteinte, continue d’entretenir
une connivence ambiguë avec une violence en passe d’être criminalisée. C’est en
effet sur décor de conflits armés que les voleurs apparaissent, comme les alter ego
des bandits de grand chemin.
L’essentiel de nos matériaux est constitué d’archives criminelles, qui permettent de
dresser des inventaires touffus, peuplés d’hommes et de femmes, parfois d’enfants,
accusés, emprisonnés, punis ou pardonnés [8]. Les témoignages de la justice ne sont
pas toujours prolixes. Si les registres de plaidoiries fourmillent de détails, souvent
contradictoires, les rôles d’amendes sont plutôt laconiques sur les circonstances du
crime. Avec tous ces liens hétéroclites, il a fallu bâtir une trame dense, en croisant de
multiples documents issus de la pratique quotidienne de la justice, et ce dans un
espace relativement homogène, celui de la France septentrionale. Tous les types
d’actes judiciaires, des procès-verbaux de séance aux registres criminels, en passant
par les quittances de détention ou les listes d’écrou jusqu’aux lettres de pardon, ont
ainsi été mis à contribution, pour construire l’architecture parfois déconcertante de la
jurisprudence [9]. Celle-ci exigeait d’être, dans le même temps, confrontée à un
échafaudage théorique formé des derniers grands coutumiers de la France du Nord,
eétayé encore par les premiers traités des criminalistes du XVI siècle.
Le vol est un objet d’étude constant, pas uniquement pour les jurisconsultes. À la fin
du Moyen Âge, les humanistes s’en emparent comme d’un crime symbolique du
désordre, tandis que les théologiens s’interrogent sur la sévérité de son châtiment,
parfois montré comme un emblème de la férocité judiciaire [10]. Les discours
ecomme le regard portés sur le vol révèlent et identifient la société du XV siècle,
dévoilant ses interrogations et ses inquiétudes.
Les mots changent, qui trahissent une évolution des mentalités. Comment le vol,
privilège des oiseaux, s’introduit-il dans le corpus du crime ? Pourquoi détrône-t-il le
larcin ? Qu’en est-il de la robe, fille de la roberie, et des brigands, qui de militaires
deviennent criminels ?
Ces glissements sémantiques, qui se dessinent dans un climat troublé, renvoient-ils à
un nouvel espace de perception de la déviance ? Le contexte est-il propice à la
définition de catégories criminelles originales ? Si les cicatrices de la guerre de Cent
Ans se referment peu à peu, des craintes demeurent vivaces. Le moment est
profondément contrasté. C’est celui des derniers soubresauts d’une guerre qui n’en
finit pas et continue d’entretenir un climat d’insécurité, car la fin des hostilités n’est
pas synonyme de paix. La peur du crime s’inscrit dans cette atmosphère inquiétante.
Cette peur se transforme parfois en plaintes, qui alimentent les doléances
régulièrement adressées au roi de France. Celles-ci dissimulent également un désir
d’ordre, car ces décennies portent déjà les premiers élans vitalistes de la
reconstruction. Le temps est à la réorganisation, qui passe en grande partie par le
renforcement des institutions royales. Le roi œuvre pour la pacification à grands
renforts d’ordonnances, souvent pour répondre à une demande sociale qui se montre
plus pressante.
De la guerre sont nées des failles dans les destins individuels, mais aussi des
habitudes collectives, l’habitude du groupe et de la violence, le goût des armes et del’intimidation. On serait tenté de transposer à l’époque médiévale le concept de
brutalisation tel qu’il a été forgé par George Mosse, pour les poilus de la Grande
Guerre [11] .
Le développement de la professionnalisation du métier des armes conduit à la
déshérence des soldats licenciés qui n’ont d’autre statut que celui de servir la guerre.
De toute évidence, certains combattants, nourris aux rapines des armées, se
réinsèrent avec difficulté dans une économie qui ne peut rien leur offrir, sauf à
continuer de vivre « tant comme la guerre estoit ». L’errance des hommes
« habandonnez de guerre » a-t-elle ainsi nourri le crime et le fantasme des
associations de voleurs ?
eToujours est-il que, dès le XV siècle, la rumeur des bandes, en particulier celle des
monarchies du crime, alimente la peur d’une délinquance organisée. C’est une
inquiétude polymorphe, partagée. Les élites intellectuelles s’efforcent alors d’offrir
des grilles de lecture pour inventorier l’altérité dangereuse des larrons, des faux
mendiants ou des sorcières. Mais, au-delà du fantasme, que pèsent ces figures
criminelles dans le monde du vol ? Longtemps rattachés à l’univers des marges ou de
la misère sociale, les voleurs sont-ils le produit d’une désocialisation ? En ce sens,
cette étude vaut relecture d’un phénomène délinquant étudié près de quarante ans
auparavant par Bronislaw Geremek, sous le prisme exclusif de la marginalité
sociale [12] .
La sociologie criminelle, qui mérite à elle seule une longue analyse, s’avère difficile à
cerner tant les non-dits sont nombreux. Existe-t-il des profils de voleurs ?
Partagentils les mêmes usages du vol ? Dans quelles sociabilités s’insèrent-ils ? En d’autres
termes, peut-on parler de microsociétés de la déviance, voire d’une culture de la
marge ? Ces interrogations ne doivent pas occulter la grande diversité de cet univers
délinquant. D’ailleurs, les pratiques du vol transcendent tous les groupes sociaux.
Cette approche sociologique a aussi pour ambition de mesurer les limites d’un
déterminisme criminel, volontiers attaché au vol.
La réponse que la justice entend donner au vol renvoie aux mêmes représentations
et à la même complexité. Est-ce d’ailleurs la transgression ou les délinquants que les
magistrats jugent ? Les coutumiers leur apportent des cadres d’interprétation où se
distinguent surtout les circonstances aggravantes, de lieux, d’objets ou de personnes.
Ceux qui s’entêtent dans le crime méritent la corde, de même que les individus qui
portent atteinte au domaine du maître, au bétail, aux outils agricoles ou aux objets
sacrés. Les textes promettent encore la mort aux violents qui n’hésitent pas à tuer
pour voler ? Mais qu’en est-il de la pratique ? Tout semble affaire de nuances et
d’individus. Le pardon est toujours possible pour les larrons et l’excuse toujours
reçue pour les plus pauvres. Pourtant, les usages du pardon changent de manière
sensible, en même temps qu’évoluent les pratiques de la coercition. Dans l’échelle
des valeurs, le vol se situe à l’extrême opposé des crimes que l’honneur ou la loyauté
peuvent motiver. À cet égard, il s’oppose à l’homicide plus volontiers compris et
pardonné.
Dégager une ligne directrice dans la multitude des décisions jurisprudentielles relève
de la gageure. Toutefois, le traitement du vol semble exiger de nouvelles hiérarchies :hiérarchie des valeurs, hiérarchie des délinquants, hiérarchie des peines. Celles-ci
s’adaptent, se transforment ou disparaissent. L’évolution de la répression permet
ainsi de souligner des tendances générales, qui témoignent d’un nouveau contexte.
Les contraintes du temps, les aspirations de la population et les ambitions politiques
appellent un traitement renouvelé du vol. À l’aube des Temps modernes, quelle fut la
part de l’État royal dans sa répression ? Dénoncé comme le ferment du désordre, le
vol apparaît-il comme une nouvelle préoccupation des institutions publiques ? En
d’autres termes, le vol est-il devenu un enjeu politique qui justifierait sa
criminalisation ?
Pour poser des jalons dans cet univers criminel pléthorique, il a fallu respecter les
étapes successives d’une construction progressive, seule capable d’en cerner les
contours. La première fut celle des mots et des images, parce qu’elle structure et
induit le discours sur le crime. La seconde aborde les hommes et leurs gestes. La
frontière de la violence et du groupe introduit dans cette lecture un clivage qui, sans
être étanche, constitue une rupture entre les larrons et les agresseurs de chemin.
Cette rupture n’est pas seulement rhétorique, elle correspond aussi à une réalité
délictuelle.
Le terme donne la parole à la justice – et, à travers elle, au roi. Si les conditions
historiques favorisent l’émergence du « vol », sa criminalisation témoigne encore
d’enjeux judiciaires et politiques. La répression du vol apparaît alors comme un
instrument privilégié pour la reconquête du pouvoir législatif royal, en particulier, en
même temps qu’un principe d’affirmation de souveraineté, en général.
Notes du chapitre
[1] ↑ Bronislaw Geremek avait esquissé la voie en étudiant le petit peuple de Paris :
e eLes marginaux parisiens aux XIV et XV siècles, Paris, 1976.
[2] ↑ Cl. Gauvard, De grace especial. Crime, État et société en France à la fin du Moyen
Âge, 2 vol., Paris, 1991 ; Violence et ordre public au Moyen Âge, Paris, 2005. Voir
également les travaux de Jacques Chiffoleau, Les justices du pape. Délinquance et
ecriminalité à Avignon au XIV siècle d’après les registres de la cour temporelle, Paris,
e e1984, et Nicole Gonthier, Délinquance, justice et société en Lyonnais, XIII -XVI siècles
Lyon, 1988.
[ 3 ] ↑ Exception faite sans doute des historiens antiquisants sensibles depuis
plusieurs années au thème des latrones ; voir B. Pottier, Banditisme et ordre public
dans les campagnes de l’Empire romain, thèse d’histoire dactyl., 3 vol., Paris X, 2004.
e[4] ↑ Le livre des larrons, anonyme, Paris, XVI siècle ; Ch. Desmazes, Les pénalités
anciennes. Supplices, prisons et grâce en France d’après des textes inédits, Paris, 1866 ;
Curiosités des anciennes justices d’après leurs registres. Trésor judiciaire de la France,
Paris, 1867.
[5] ↑ Augustin, De civitate Dei, IV, 4.
[6] ↑ En fait, le mot crimen correspond davantage à l’incrimination qu’au « crime »
au sens actuel du mot.e[7] ↑ Au milieu du XVI siècle, le criminaliste flamand Damhouder déclare ainsi :
« La larcin, lequel est si commun soubz et entre toutes nations de gens que on trouve
difficilement aulcun crime entre humains plus fréquent ou congneu et pour ce
néanmoins dommagable et destestable » (La practique et enchiridion des causes
criminelles, Louvain, éd. 1555, p. 242).
[8] ↑ Plus de 1 200 cas ont été recensés à travers les différentes archives criminelles
examinées. Les écrous du Châtelet de Paris (avec 230 voleurs), le Papier rouge de
Dijon (avec 314 cas) et les quittances normandes (419 cas) forment les fonds les plus
importants.
e[9] ↑ Ces sources judiciaires, réparties sur le XV siècle et les premières années du
eXVI siècle, se composent pour les cours souveraines : des registres de plaidoiries du
Parlement criminel de Paris (X2a 25, 35, 54, 58, 59, 75), ainsi que des registres d’arrêts
(X2a 92 et 104), d’accords au Parlement civil (X1c 200, 202 et 230), des lettres de
rémission du Trésor des Chartes (JJ 181, JJ 201, JJ 220, JJ 226 B, JJ 230, JJ 240, JJ 250),
plus un florilège de lettres dans la série AB XIX 204-206. Ces lettres furent complétées
à l’occasion par une sélection de rémissions bourguignonnes (Chambre des comptes).
Deux fonds appartiennent aux archives pénitentiaires : le registre d’écrous du
Châtelet (Y 5266, 1488-1489) et les quittances des geôles royales de Normandie
(conservées dans le fonds français de la Bibliothèque nationale). Dans les juridictions
subalternes et urbaines, deux registres criminels couvrant la même période :
Abbeville (Le Livre rouge) et Dijon (Le Papier rouge), ont été dépouillés, ainsi que ceux
des justices seigneuriales parisiennes (Saint-Éloi, Saint-Germain-des-Prés,
Choisy-leTemple, Châtenay, Saint-Ouen) ou bien encore bourguignonnes. Des fonds annexes
ont encore complété cette documentation.
e[10] ↑ Ainsi, le théologien Jean Gerson écrit, dans les premières années du XV
siècle : Non est fur occidendus, le voleur ne doit pas être mis à mort, Diligite justiciam,
Œuvres complètes, éd. Mgr Glorieux, 8 vol., Paris-Tournai-Rome-New York,
19601971, t. 7, 1968, p. 611.
[11] ↑ Fallen Soldiers. Reshaping the Memory of World Wars, Oxford, 1990.
e e[12] ↑ B. Geremek, Le salariat dans l’artisanat parisien aux XIII -XV siècles. Étude
sur le marché de la main-d’œuvre au Moyen Âge, Paris-La Haye, 1968 ; Les marginaux
parisiens…, op. cit.I. Larcins et brigandage, nommer et condamner
’approche d’une réalité historique passe d’abord par l’analyse des mots qui laL désignent. Fidèle témoin des représentations mentales, le vocabulaire se révèle
d’autant plus sensible qu’il est porteur d’une charge émotionnelle forte lorsqu’il
dénonce le crime. Il serait maladroit d’appréhender le vol et sa perception au Moyen
Âge sans retracer la généalogie de ce vocabulaire criminel. Or le premier obstacle de
ce travail de reconstruction sémantique surgit des mots mêmes qui nomment le
crime. Le « larcin » médiéval a mal résisté à l’usure du temps, pour terminer son
eexistence dans les tiroirs poussiéreux d’une langue devenue obsolète. Au XV siècle,
la signification du « larcin » apparaît fort éloignée de celle que nous lui connaissons
aujourd’hui. Le larcin désigne alors le vol : non pas le vol médiocre, mais toutes les
catégories de vols, de la simple maraude aux vols qualifiés. Ses acteurs ne sont pas
davantage distingués, puisqu’ils sont tous, sans nuance, dénoncés comme « larrons ».
Autrement dit, on serait tenté de dire qu’au Moyen Âge le vol à proprement parler
n’existe pas encore, mais qu’une infinité de larcins le caractérise. Au même moment,
le brigandage est en passe d’acquérir une dimension proprement criminelle. Dans un
contexte troublé, les médiévaux éprouvent le besoin d’innover en bousculant le
vocabulaire traditionnel. C’est des fureurs de la guerre et de ses lendemains meurtris
que semblent naître au crime les voleurs et brigands.
Le larcin : l’ombre et la ruse
Le vol et l’obscurité
La genèse, lente et heurtée, du « larcin » commence par l’histoire d’un malentendu.
Un malentendu qui, résultant d’erreurs de traduction, s’est relayé de siècle en siècle
pour former un écheveau inextricable. À l’origine, coexistent deux termes dans la
langue latine : furtum et latrocinium, chacun désignant des catégories différentes de
vol. Tandis que l’expression furtum définit le vol sans appréciation particulière, le
latrocinium tend plutôt à dénoncer les formes violentes et collectives du vol, en un
mot, le brigandage. Or – c’est le furtum, emprunté au droit romain ancien, qui occulte
progressivement le latrocinium pour s’imposer comme le substantif de référence.
erSon étymologie est obscure et équivoque. Au i siècle avant notre ère, Varron, l’un
des premiers encyclopédistes romains, s’est efforcé de trouver une signification au
furtum en s’appuyant sur le registre métaphorique de l’ombre [1] . Son argumentation
démontre alors que le mot dérive des adjectifs archaïques furvus et fuscus, qui
signifient tous deux « noir » et « obscur ». Même si l’étymologie est fantaisiste, sa
construction reste instructive car elle témoigne d’une association d’idées sur la
perception du geste. Le vol est intimement lié à la nuit. Varron affirme, à l’appui de
son hypothèse, qu’il n’y a de meilleure preuve de cette association que l’attirance desvoleurs pour l’obscurité qui toujours favorise leurs coupables entreprises.
L’argument, séduisant, assure la pérennité de la métaphore, qui continue d’être
e [2]utilisée dans la langue latine. Au II siècle, l’érudit Aulu-Gelle s’en fait toujours
l’écho. C’est par son intermédiaire que cet héritage latin est transmis à la
connaissance des médiévaux.
L’étymologie interprétative du vol (furtum) est ainsi reprise par Isidore de Séville,
autre grand encyclopédiste, lorsqu’il dresse l’inventaire des savoirs de l’Antiquité à
[3] etravers l’outil linguistique . Au tournant du VII siècle, l’évêque de Séville définit
toujours le furtum par association avec le monde de l’ombre et de la
dissimulation [4] . Dans l’esprit des hommes du premier Moyen Âge, la représentation
du vol établit encore un lien étroit entre l’acte sournois et la pensée perfide, qui lui
tient lieu de guide. Cependant, si le voleur (fur) est assimilé à l’homme de l’ombre
parce qu’il est censé agir par dissimulation, l’étymologie étiologique est erronée.
L’erreur introduite par Varron tient surtout à la valeur démonstrative qu’il entend
donner à la construction péjorative du mot.
En fait, c’est dans la civilisation grecque, et non dans la culture latine, que le mot
furtum puise sa source. Il provient de la forme verbale fero (φέρω) qui signifie « je
porte » ou « j’emporte » [5]. Le verbe a donné naissance au substantif for (φώρ), qui
désigne tout à la fois le voleur et le frelon. C’est ainsi que se construit le fur latin et
que fero est devenu, dans la langue romaine : auferre ou ferre, qui peut se traduire par
« emporter », « enlever » ou « arracher ». On peut déjà noter que la transposition
linguistique abandonne la neutralité du grec pour accorder une plus grande place à la
force dans la langue latine. D’ailleurs, le latin a construit autour de la racine fur
d’autres termes comme celui de furor, où se mêlent à la fois le vol et les ruses de
guerre, ou bien encore le mot furax, qui associe le voleur au rapace [6] .
Ces collusions entre le vol et la guerre comme entre le voleur et une certaine
violence naturaliste devaient s’inscrire durablement dans un patrimoine culturel qui
allait servir de référence commune aux hommes du Moyen Âge. Pourtant, la
dimension entomologique et animale du voleur sombre rapidement dans l’oubli
après l’Antiquité. L’image de la rapacité du « nuisible social » disparaît durant toute la
période médiévale pour ressurgir à la Renaissance, à la faveur de la redécouverte des
textes classiques. Ainsi, le juriste Jean Bodin décrit la République idéale à travers la
métaphore de la ruche où s’activent les abeilles comme autant d’honnêtes citoyens,
tandis que les voleurs apparaissent sous les traits de redoutables frelons [7] .
Dans les textes juridiques comme dans les écrits des Pères de l’Église, le registre
métaphorique de l’ombre conserve la faveur des médiévaux pour qualifier et
[8] eprivilégier le vol comme furtum  . Cependant, à partir du XIII siècle, la
transposition du mot en moyen français dans les coutumiers opère un basculement
étymologique curieux, modifiant son contenu et trahissant son origine. En effet, le
furtum est rarement traduit par « furt », sauf à distinguer le vol par rétention –
autrement dit, dans sa forme passive [9]. D’ailleurs, la distinction entre « furt » et
« larrecin » devient de plus en plus confuse dans l’esprit des jurisconsultes. Par
eexemple chez Boutillier, lieutenant du bailli de Tournésis au XIV siècle, qui déclare :« Si tu me demandes qu’est furt ? Comme dessus est dict, c’est à proprement déclarer
tous les larrecins qui sont emblez et faits sans ce que celluy à qui la chose est, le
sçache […]. Et larrecin sans furt est prendre la chose d’autruy, et retenir sans la
rendre : ou sans le dire ou faire sçavoir. » [10] C’est, en tout cas, le moment où l’on
abandonne le furtum au profit du latrocinium.
Le terme latrocinium, dont la qualification originelle est violente [11], donne ainsi
naissance au « larcin » et à son coupable instigateur, le « larron ». C’est désormais le
« larcin » qui s’impose dans les textes comme le terme générique du vol. Traduction
erronée ou utilisation à contre-emploi, l’évolution du latrocinium en « larcin »
témoigne en tout cas d’un glissement sémantique sensible [12]. Tandis qu’à l’origine
du mot se trouve l’exercice de la violence par les armes, le « larcin » s’est vidé de sa
spécificité armée. Cette métamorphose n’est peut-être pas le seul fruit d’un
malentendu, mais également le témoignage d’une adaptation du vocabulaire
criminel.
À la fin du Moyen Âge, le « larcin » se réapproprie ainsi les caractères du furtum
romain, tel qu’il est défini par le Digeste [13]. Autrement dit, l’obscurité continue
d’être un élément constitutif du « larrecin », où s’inscrit désormais, par une sorte de
pirouette de style, la furtivité du furtum. L’accent est toujours porté sur la
dissimulation. Ainsi, dans les Livres de jostice et de plet, le larcin est défini comme
« une chose que l’en fet plus en celé (cachette) que a veu de genz » [14]. Le meilleur
exemple se trouve sous la plume de Jean Boutillier lorsqu’il affirme que le larcin
« furtivement est fait de nuict et pour ce est-il défendu » [15]. Le secret,
consubstantiel au vol, donne naissance à d’autres expressions comme « embler »,
« emblerie » ou « embleur ». « Embler » est le verbe que les hommes du Moyen Âge
privilégient le plus souvent pour désigner l’action de voler. Or l’essence même du
substantif féminin « emblée » se rattache à la sournoiserie, à la cachotterie [16]. Si le
terme a totalement disparu aujourd’hui, il en demeure un vestige : « d’emblée », qui a
perdu son caractère caché, pour ne retenir que sa nature liminaire [17] .
Toutefois, s’il y a permanence du secret dans le vol médiéval, l’infraction se teinte, au
eXIII siècle, d’une autre coloration. Peut-être sous l’influence du contexte féodal le
« larcin » épouse-t-il avec le thème de la dissimulation celui de la trahison et de la
félonie. Les Livres de jostice isolent le cas d’espèce comme un crime de nature
féodale : « Si larrecin et traïson puent este apelé ensemble si comme serjant emble les
choses de son seigneur, qu’il doit garder. Et au queconz maniere aucun s’octroit les
choses qu’il doit garder ce est larcin et traïson. » [18] Philippe de Beaumanoir, bailli
de Philippe III le Hardi et auteur des Coutumes de Beauvaisis, élargit l’acception pour
en faire une qualité intrinsèque du vol. Il évoque en termes voisins le larcin et la
traîtrise : « Pour ce l’en apele l’en larcin que li lerres espie l’eure et le point que nul ne
le voie. » [19] Ainsi, dans l’ombre du voleur, se dessine la figure du traître. Le larron
est un « espieor » [20] , un espion.
En fait, l’identification du vol à la trahison est ancienne. Chez Aristote, les voleurs
comme les adultères sont assimilés aux traîtres et réputés infâmes en raison du
caractère secret de leur crime [21]. Dans la culture romaine, on retrouve une
semblable association du vol à la trahison envers la communauté et la confiancepublique. Cicéron, par exemple, témoigne de son aversion face à l’amoralité du
voleur qui surprend l’honnête citoyen dans son sommeil. L’orateur loue alors la
sévérité de la loi des XII Tables qui autorise la mise à mort du voleur de nuit, car,
déclare-t-il, « elle hait ce crime et elle a raison, il touche à la trahison » [22] .
S’il y a une actualisation féodale du thème de la trahison au Moyen Âge, il faut donc
replacer cette interprétation dans une perspective plus large, qui tient à l’importance
de la cohésion sociale dans les sociétés traditionnelles. Le voleur est perçu comme un
traître à la paix établie et à la foi commune. C’est-à-dire qu’il trahit la communauté
dont la stabilité et l’harmonie reposent sur le respect de valeurs collectives. Le larron
vient la nuit comme un traître [23]. Tel Judas, son ancêtre d’infamie, le larron est
abandonné à la pendaison honteuse [24]. Si le choix des mots et, surtout, le sens
qu’on leur donne trahissent cette part d’inconscient collectif face au crime, comment
les hommes ont-ils défini le vol à partir de l’héritage antique et de la tradition
biblique ?
Du crime fondateur au péché
Dès l’Antiquité, le vol se distingue comme un crime fondateur. Dans la mythologie
grecque, le vol du feu par Prométhée provoque la colère divine qui établit la société
humaine dans sa douloureuse et mortelle condition. Zeus punit à la fois le voleur
poussé par l’ubris et les hommes, bénéficiaires du vol qui ont tenté de le tromper. Les
humains ont pris, au lieu de recevoir. Désormais, ceux-là ne siégeront plus à la table
des dieux, mais devront travailler à la sueur de leur front pour survivre. Dans le récit
hésiodique, le vol du feu n’entraîne pas la chute du genre humain, au sens chrétien
du terme, mais le vol est néanmoins condamné. Pour autant, la condamnation du vol
n’est pas systématique dans l’Olympe : Hermès est un dieu voleur qui – à la faveur de
la nuit ou au bénéfice du doute – échappe à la réprobation de ses pairs. Il n’y a pas
davantage d’unanimité dans les cités. Si l’Athénien Solon présente le vol comme la
faute par excellence, à Sparte il fait partie intégrante des rites d’initiation [25]. Encore
convient-il de souligner qu’il s’agit, en l’occurrence, de rites d’inversion.
Le vol apparaît toutefois comme un sujet d’inquiétude ancien, sinon constant, des
sociétés humaines [26]. Sans doute parce que le « mien » s’impose comme une sorte
de prolongement naturel du « moi », le vol est perçu comme une violation
insupportable de l’intégrité personnelle, où se phagocytent l’individu et ses biens. Il
faut alors défendre son bien aussi farouchement que soi-même [27]. D’une manière
générale, l’interdiction du vol se distingue très tôt comme un impératif moral et
juridique, à portée quasi universelle. Premier code de lois connu, le Code
d’Hammourabi énonce ainsi toute une série de dispositions qui visent à protéger la
communauté du vol [28]. Mais la principale tradition culturelle de l’interdit, celle à
laquelle se rattachent les médiévaux, demeure judéo-chrétienne.
Le vol est un interdit vigoureux prescrit par la loi divine sous une double
formulation. « Tu ne voleras point » : tel est le septième commandement du
Décalogue [29], réitéré sur un autre mode avec le dernier précepte qui défend au
chrétien de convoiter le bien ou la femme d’autrui [30]. Si la prescription du « non
furtum facies » est la plus explicite, il semble que ce soit le dixième commandementqui, à l’origine, se rapporte plutôt au vol, en tant que prédation : « Tu ne convoiteras
pas la maison de ton prochain. Tu ne désireras pas la femme de ton prochain, ni son
serviteur, sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni tout ce qui est à ton prochain. » [31] 
Celui-ci est parfois considéré comme l’un des plus graves interdits car il touche au
désir – autrement dit, au tréfonds de l’âme humaine [32]. Dans la Bible, les voleurs
sont associés à la lie de la société. Le vol est, quant à lui, considéré comme un grave
désordre, véritable violation de l’ordre social et moral voulu par Dieu.
La condamnation est donc unanime et maintes fois répétée dans l’Ancien et le
Nouveau Testament [33]. La Torah préconise l’application de la peine de mort au
voleur sacrilège, même si la loi mosaïque prévoit également l’usage de l’amende
pour les vols simples [34]. Dans le Nouveau Testament, Pierre déclare que les
chrétiens ne doivent pas tolérer les voleurs en leur sein sous peine de voir rejaillir la
honte et l’infamie sur toute la communauté [35]. Si, en écho, Paul leur refuse les
portes du paradis [36], il existe cependant des contradictions dans les Écritures entre
le discours miséricordieux du Christ, celui des apôtres et la rigueur des
commandements divins. La contradiction n’est peut-être qu’apparente si l’on
considère la rédemption du bon larron comme le symbole de la grande miséricorde
de Jésus à l’égard du plus misérable des pécheurs. Laissons là l’hypothèse, pour ne
retenir que l’ambivalence d’un discours sur cet interdit, décliné sous un double
énoncé.
Or les Dix Commandements ont structuré toute la pensée théologique et morale du
Moyen Âge, et celle-ci continue de présenter le vol comme un péché mortel qui voue
son coupable auteur à la damnation. Dans la pensée augustinienne, en particulier, le
vol est un péché et une faute [37]. L’immoralité du voleur est un élément
indiscutable, que même l’intention charitable ne peut estomper : « Dieu te dit :
“Insensé, j’ai commandé de donner, mais pas sur les biens d’autrui ! Si tu as, donne
du tien. Tu ne peux pas donner du tien ? Il vaut mieux ne rien donner que de
dépouiller les autres.” » [38] 
Dans la tradition médiévale des péchés et des vices, le vol est enfanté par l’avarice.
L’avarice, concupiscence des yeux ou désir effréné de tout ce qui se voit, est
présentée comme l’un des vices capitaux du Septénaire [39]. La liste des péchés
ecapitaux connaît au XIII siècle un reclassement adapté aux besoins de la catéchèse
où se reflète la nouvelle hiérarchie des désordres sociaux qu’entendent dénoncer les
clercs [40]. Or la classification des péchés voit précisément la promotion de l’avarice,
concurrençant étroitement l’orgueil au sommet. Dans cette compétition, c’est l’enjeu
de la généalogie des maux qui se joue. Tandis que l’orgueil est présenté comme le
commencement de tous les péchés, l’avarice est dénoncée comme la racine de tous
les maux [41]. L’orgueil conserve toujours son rôle de vice fondateur du Septénaire,
mais une sorte de dyarchie semble s’imposer entre les deux, qui les place tour à tour
eà l’origine des péchés. Au XII siècle, Pierre Lombard, dans ses Sentences, les présente
comme la racine de tout mal [42]. Les textes médiévaux consacrent cependant à
l’avarice un traitement privilégié, voire obsessionnel. C’est le vice sur lequel les
ehommes d’Église ont le plus écrit. Dès le XI siècle, la question de l’argent, au cœur deela réforme grégorienne, a sans nul doute favorisé cette réflexion. Puis, entre le XII et
la fin du Moyen Âge, l’avarice s’épanouit en une quantité de vices qui vont de l’usure
à la fraude, du vol à la rapine, de la corruption au détournement de l’aumône [43] .
La tradition culturelle du Septénaire se perpétue également dans la culture laïque. Le
eMesnagier de Paris, rédigé au XIV siècle par un homme de la bonne bourgeoisie
parisienne pour l’édification de sa jeune épouse, offre une lecture populaire des
péchés capitaux. Le vol est sinon le fils, du moins l’un des rejetons de l’avarice :
« Larrecin, est quant une personne injustement et de nuit prent aucune chose sans le
sceu et contre la voullenté de celluy a qui la chose est ; et c’est la première branche
d’avarice. » [44] À travers la promotion de la stigmatisation de l’avarice, Carla
Casagrande, à la suite de Johan Huizinga, analyse le déclin de la superbia (orgueil)
comme le reflet d’une évolution historique, celle qui voit l’orgueil « féodal » détrôné
par l’avarice « capitalistique » [45]. Une tendance qui est sans doute accentuée par le
econtexte de renaissance économique du XV siècle. C’est, d’ailleurs, l’avarice qui
rassemble le plus grand nombre de pécheurs dans l’Enfer de Dante [46] .
Si l’avarice est flanquée d’une valeur contextuelle, la classification des péchés
capitaux a déjà connu des modifications, qui vont dans le sens de la promotion de
e [47]nouvelles valeurs à la fin du Moyen Âge. Ainsi, depuis le XIII siècle, l’acédie se
laïcise pour caractériser toutes les formes péjoratives d’oisiveté, laquelle devient
alors « mère de tous les vices » [48]. Cette condamnation morale des oisifs ou
e« oiseux » trouve, à partir du XIV siècle, un écho favorable dans le droit laïque où
l’on tend à les amalgamer aux délinquants. Ce n’est pas tant la paresse que le refus du
travail qui est fustigé comme un mal spirituel et un fléau social. Symbole des temps,
le nouveau visage du Septénaire des péchés affiche alors le respect de la propriété et
l’exaltation du travail.
Tandis que l’abondance de la littérature sur l’avarice la signale comme le vice le plus
grave – c’est un vice insatiable –, le larcin est également identifié de manière de plus
en plus systématique à l’amour de l’argent [49]. C’est une nouvelle dévotion
(l’adoration de Mammon) ou mal du siècle, une idolâtrie de l’argent pour laquelle on
commet des crimes. Toute la tradition de l’interdit modèle donc la mentalité
médiévale, qui frappe le vol d’une forte condamnation religieuse et, plus largement,
morale. Voler, c’est « mal prendre » ou « emporter mauvaisement ». Cette
condamnation sans équivoque trouve une traduction aussi spontanée que
vigoureuse dans la palette des injures qui stigmatisent les larrons.
Le larron, vil et méprisable
L’appréhension morale d’un crime ne trouve sans doute de meilleur témoignage que
la place qu’il occupe dans l’éventail des injures. Remarquable révélateur de haine et
de mépris, l’injure dévoile en négatif les valeurs d’une société [50]. L’insulte se
construit autour d’un consensus social qui choisit d’exclure ceux qui mettent en péril
l’harmonie de la communauté. L’injure publique fustige ainsi aux yeux de tous les
individus qui bafouent les valeurs communes. À ce titre, les injures qui se rapportentau vol appartiennent à la catégorie des affronts les plus graves, ceux qui, à travers la
honte, menacent d’exclusion.
À l’instar des injures à caractère sexuel pour les femmes, l’insulte de « larron »
constitue pour les hommes du Moyen Âge le sommet de l’infamie [51]. À la
différence des crimes de sang, le vol est un acte honteux et dégradant qui voue le
larron et à sa famille au déshonneur [52] .
En fait, il semble incontestable que le larron, figure odieuse de l’imaginaire populaire
médiéval, se distingue comme le criminel qui focalise contre sa personne les
réactions les plus virulentes de la communauté [53]. Rien n’est plus redoutable que
de couvrir son « haineux », son ennemi, de la suspicion honteuse du vol. L’on
pourrait multiplier les exemples comme celui de Jean Petit. L’homme nourrit sans
doute depuis longtemps une haine tenace envers le maire de son village, Saint-Ouen.
Celle-ci éclate, un jour de janvier 1488, en une injure cinglante : « Larron, truant,
coquin, paillard et mengeurs de gens ! » [54]. Ou bien encore ce ladre qui, s’en
prenant au prieur de la maladrerie de Saint-Germain-des-Prés, lui lance ces propos
venimeux : « Larron, volleur, meschant et sous caution brigant. » [55] 
La parole injurieuse n’est pas simple irruption épidermique du langage. Elle est
susceptible de construire une réputation, de créer un état – en l’occurrence, criminel.
La simple suspicion de vol peut entraîner la déchéance sociale, voire juridique d’un
individu. Dans la Somme rural, Jean Boutillier précise que celui « qui est trouvé
suspect de larrecin doit estre, pour ce, privé de toutes offices, et de toutes
bourgeoisies, de toutes dignitez et réputez comme infames, et ayans perdu respons
en cour » [56]. De surcroît, celui dont la réputation se trouve entachée s’expose en
cas d’accusation de vol à être plus promptement condamné qu’aucun autre [57] .
Lorsqu’elle est reçue en justice, la réputation constitue une preuve à part entière. En
matière de « larrecin », le droit coutumier distingue de manière claire les accusations
portées contre des individus malfamés et ceux qui peuvent faire valoir « leur bonne
vie et honnête conversation ». L’injure, même prononcée sous le coup de la colère
dans l’échauffement d’une querelle, peut donc avoir de lourdes retombées si elle est
proférée dans un lieu public, là où se construit la fama publica, la bonne renommée.
Faute de démenti, l’injure criminalise celui la reçoit.
À ce titre, l’offense peut être sanctionnée [58]. Les amendes sont fréquentes, parfois
importantes. Un barbier nommé Guillot Gastot est condamné à payer 65 sous
tournois pour avoir diffamé Marguerite Rosier, en l’injuriant dans la rue comme
« paillarde, larrenesse » [59]. Jean Petit, qui avait eu l’audace d’invectiver en public le
maire de Saint-Ouen, est condamné à faire amende honorable pour restaurer la fama
du maire et de sa parenté. Il doit ainsi, à genoux, crier merci à Dieu, devant le
tribunal, le maire et sa femme réunis. L’injurieux fait encore serment de ne pas
récidiver « en paine de dix livres et [d’être] condampné a porter ung cierge de demye
de livre devant l’image de saint Ouen » [60] .
Les femmes que l’on tient à humilier se voient souvent couvertes d’injures à
caractère à la fois sexuel et criminel. Mœurs dépravées et vol s’associent volontiers
dans les préjugés qui touchent à la domesticité, féminine de surcroît, comme si la
concupiscence du ventre se confondait avec celle des yeux. Au mois de mars 1470, la
femme d’un savetier parisien, nommée Jeanne Fromage, suspecte ainsi Perette, sachambrière, d’avoir escamoté une écuelle qui manque à son ménage. La maîtresse de
maison prétend avoir vu la servante retroussant sa jupe pour y dissimuler quelque
chose. Il n’en faut pas plus à Jeanne pour prendre à partie la servante devant le
voisinage en l’injuriant copieusement comme « larronesse, truande, lisse, grosse
loupve » [61]. L’invective, garante de l’ordre social, se charge ainsi de tracer la
frontière de la norme qu’il convient de ne pas franchir au risque de s’exposer à la
vindicte de la communauté, voire d’en être exclu. Elle renvoie également au discours
rigoureux de la justice à l’égard du larcin et rejoint souvent la justice dans son œuvre
de coercition.
[62]« Tant hait la loy, le larron »
Tous les jurisconsultes médiévaux tiennent le vol en semblable mépris qui, à l’instar
de Philippe de Beaumanoir, le dénoncent comme un « vilain cas » [63] ou le
qualifient de « damnable chose » et « grand mauvaiseté » pour reprendre les propos
e [64]de Boutillier à la fin du XIV siècle . Leurs successeurs modernes reprennent à
l’envi le thème de la vilenie, en le mêlant parfois à celui, plus contemporain, de la
ecoupable fainéantise. Au XVI siècle, l’avocat et criminaliste flamand Damhouder le
tient pour « dommageable et destestable » [65], tandis qu’au siècle des Lumières l’on
présente toujours le vol « comme étant contraire à l’ordre de la société » [66]. Il
demeure un geste dont la vilenie ne s’est pas démentie car « il suppose une bassesse
de cœur et un esprit de fainéantise » [67]. La duplicité du larron reste une
composante essentielle de la qualification du larcin. « Car larrecins n’est pas sans
avoir courage d’embler », déclare l’auteur des Coutumes de Beauvaisis [68]. Mais,
pour peu que l’on délaisse les éléments subjectifs qui qualifient le larcin, comment
est-il défini par les hommes de droit du Moyen Âge ?
eÀ la fin du XIV siècle, Jean Boutillier, dans la Somme rural, assène de manière
incisive : « Tu peux et dois scavoir que larrecin est un crime. » [69] En écho, Le
Coutumier bourguignon distingue également le « crime de larrecin » [70]. Si, au
Moyen Âge, la qualification de crime ne correspond pas à l’acception contemporaine,
le vol peut être tenu pour une infraction grave, passible de lourdes peines. Outre la
faille qu’il introduit dans la solidarité de la communauté, il peut constituer un
véritable préjudice dans une société où les biens sont, sinon rares, du moins comptés.
Le vol demeure cependant une infraction inclassable car elle embrasse toute la
gamme des délits et convoque tout l’arsenal des sanctions. Le simple « larronage » de
conins [71] peut être tranché par l’amende, tandis que le vol d’un soc de charrue peut
conduire son auteur à la mort. Le vol est une infraction transversale qui transcende
toute éventuelle hiérarchie criminelle.
Toujours est-il que le « larrecin » est rarement jugé comme un geste anodin, et qu’il
e epeut relever de la haute justice. Dès les XII -XIII siècles, les chartes de communes
rangent le vol dans la catégorie des magna forefacta [72]. C’est encore le cas à
SainteOmer au début du XVI siècle, où les seigneurs haut-justiciers se réservent, dit-on, « le
sang et le larron », c’est-à-dire le privilège de juger les meurtriers et les voleurs [73] .D’ailleurs, devant la gravité du cas, les jurisconsultes sont amenés à fixer une
procédure d’accusation pour limiter les abus. La coutume de l’Orléanais, comme
d’autres, face à un crime secret et, par essence, sans témoin, impose au demandeur
de déposer 4 deniers sur l’objet dont la propriété est litigieuse avant de prêter
serment devant la justice, et d’engager les poursuites [74] .
Un crime protéiforme
Cependant, bien que l’infraction puisse relever des cas majeurs de la justice, aucune
législation ne lui est consacrée et les efforts de définition demeurent exceptionnels.
Pendant toute la période du haut Moyen Âge, les textes normatifs, ignorant les
subtilités du droit romain [75], déclinent toute tentative de définition pénale. Le
furtum ne connaît aucune conceptualisation. Il en va ainsi des codes barbares dont la
loi salique fournit le meilleur exemple. Le Pactus legis salicæ considère le vol comme
une atteinte à la paix et à ce titre, représente l’objet principal du Pacte. Vingt-sept
chapitres lui sont consacrés qui énumèrent toutes sortes de vols, du vol du
poulainqui-suit-sa-mère au vol de lentilles en passant par celui de la clochette du troupeau de
porcs ou du filet de pêche [76] .
eLes choses changent peu à peu à partir du XII siècle, avec la redécouverte du droit
romain et ce que les juristes nomment la « révolution du droit pénal » [77] .
Cependant, on continue de distinguer des types de vol sans définir la nature de la
transgression. Dans le texte des Établissements de saint Louis, neuf chapitres se
rapportent à la matière du « larrecin » sans que jamais son contenu juridique
n’apparaisse [78]. En fait, il faut attendre la fin du Moyen Âge pour que certains
ejurisconsultes s’aventurent à définir le « larcin ». À l’extrême fin du XIII siècle,
lorsque Philippe de Beaumanoir intitule son chapitre « Des larrecins », il attribue
toujours un caractère polymorphe à l’infraction. Toutefois, au-delà de la multiplicité
du cas, l’auteur des Coutumes de Beauvaisis précise : « Larrecins est prendre l’autrui
chose en non seu de celui qui ele est, par courage de tourner loi en son pourfit et ou
damage de celui qui ele fu. » [79] Bien qu’elle s’en inspire, la définition coutumière
n’offre pas le degré d’abstraction du Digeste ; le « larrecin » reste un fait motivé par
une intention mauvaise, un acte d’enlèvement préjudiciable. Un siècle plus tard, Jean
Boutillier tente à son tour de le définir, en introduisant une distinction entre « furt »
et « larrecin », mais cet effort contribue plutôt à opacifier les tentatives
antérieures [80]. D’ailleurs, dans les coutumiers tardifs, on continue de décrire la
matérialité de l’acte et ses modalités plutôt que d’en offrir une définition abstraite.
Ainsi, le coutumier normand de 1510 précise que le « larcin se fait furtivement en
derriere et absence de celluy a qui on emble » [81] .
C’est seulement à l’aube des Temps modernes que la classification jurisprudentielle
du Parlement de Paris oppose clairement, en catégories distinctes, les cas de « furt et
larcin » de ceux de « pillerie, vollerie et destroussement ». Les criminalistes, qui sont
souvent des praticiens, formalisent cette évolution au même moment et fixent le
nouveau statut du larcin. Josse de Damhouder, par exemple, précise : « Larrecin est
doncques a aulcun prendre le scien secretement et a part, sans arme, ou c’est lesbiens meubles d’aultruy contracter contre le gré du seigneur ou maistre avecq
intention d’en avoir prouffict ou gaignaige. » [82] L’interprétation n’a pas le mérite de
l’exhaustivité, elle est cependant significative d’une évolution au terme de laquelle le
larcin devient une infraction sans violence. Reniant ses origines, le larcin s’est
dépouillé de ses attributs violents.
Si les tentatives de définition de l’infraction ne sont pas toujours aussi novatrices,
toutes renoncent à l’abstraction. Le larcin demeure une transgression matérielle et
protéiforme, que l’on s’efforce malgré tout d’encadrer en déclinant toute une série de
circonstances. Autrement dit, il n’y a pas de vol au Moyen Âge, mais toutes sortes de
vols qui s’additionnent et se hiérarchisent de manière improbable. Là encore, la
perception du vol diffère sensiblement de la nôtre. Ainsi, le critère de gravité ne
paraît guère opérant pour hiérarchiser les larcins. On serait tenté de dire qu’il n’y a
pas de vols insignifiants au Moyen Âge. Le larcin est un crime détestable par nature,
qui ne connaît pas d’atténuation. L’attitude des jurisconsultes qui consiste à
réprouver sans nuance tous les « larcins » trouve son origine dans la morale de
l’intention développée par les docteurs de l’Église [83] .
C’est donc le geste et l’intention, commis dans des circonstances particulières, et non
la valeur intrinsèque des choses, qui déterminent sa gravité et plus rarement sa
simplicité [84]. D’ailleurs, les coutumiers ne s’embarrassent guère de circonscrire la
légèreté du vol [85]. Tout au plus fixent-ils un seuil en deçà duquel la rigueur des
peines n’est pas pertinente. Le contexte économique peut faire varier ce seuil. La
gravité du tort peut ainsi connaître des degrés différents suivant les époques, mais
eégalement suivant les régions. Au XIII siècle, dans le Beauvaisis, Philippe de
Beaumanoir préconise l’indulgence pour ceux qui sont surpris grappillant du raisin
dans les vignes [86]. Toutefois, ces limites sont plutôt quantitatives que qualitatives.
Dans certains coutumiers, le vol mineur ne peut excéder la valeur de 8 deniers ;
ailleurs la légèreté est admise jusqu’à 24 deniers, c’est-à-dire 2 sous. À la fin du Moyen
Âge, l’unanimité semble se dessiner autour du seuil coutumier des 5 sous. Il est alors
admis dans les Libri feodorum italiens, comme dans la coutume de Bretagne, en
[87] epassant par les coutumes du Midi . À l’extrême fin du XIV siècle, Jean Boutillier
emprunte toujours cette estimation à ses prédécesseurs pour fixer la limite de ce qu’il
nomme un « petit larcin, c’est à sçavoir en dessous de cinq sols ». Pourtant, la
frontière de la légèreté criminelle n’est pas nette, que trahissent parfois des
contradictions au sein d’un même coutumier. Boutillier, en l’occurrence, prévoit ainsi
l’application d’une peine corporelle pour un vol qu’il reconnaît en même temps
comme mineur [88] .
Une semblable attitude semble traduire une réticence à admettre dans les textes
l’existence de vol sans importance. La valeur des choses s’efface devant d’autres
considérations. En effet, les différents seuils économiques n’ont de pertinence dans
l’esprit des coutumiers que dans la mesure où il s’agit d’apprécier une première
infraction. Le vol simple peut être un vol de faible valeur. Mais il doit surtout être un
geste ponctuel qui, de surcroît, exige de ne pas remettre en cause les valeurs
essentielles de la société.Les vols interdits et les larrons fameux
Si la légèreté du vol n’a guère d’existence coutumière, certains « larrecins » se
distinguent, en revanche, par leur caractère de gravité, soit qu’ils correspondent à
une habitude, soit qu’ils enfreignent un ordre social ou sacré.
Les jurisconsultes se sont ainsi efforcés de dresser toute une typologie des vols
aggravés par les circonstances, qui touchent soit au lieu ou au temps, soit à la
personne qui les commet et aux moyens qu’elle utilise. Cette approche singulière de
l’infraction au Moyen Âge confirme le sentiment d’une définition plurielle du vol,
comme une permanence tenace, ancrée depuis le crépuscule barbare jusqu’à
l’aurore moderne. Certes, l’inventaire exhaustif de la loi salique a cédé le pas à un
ecatalogue plus synthétique dans les coutumes du XIII siècle, mais les catégories du
larcin demeurent nombreuses et confuses. À côté de la subdivision entre vols
flagrants (larcins aperts) et non flagrants [89], se distinguent encore les vols simples
et « non simples ». En fait, tandis que le vol simple ne relève que d’une seule malice,
le vol qualifié en contracte plusieurs. Ainsi, ce que certains criminalistes nommeront
plus tard le « vol composé » est un vol accompagné d’un autre crime. « Non simple ou
qualifié larrecin est quand aultre pieur crime est avecq ce adiousté et meslé »,
prétend Damhouder [90] .
Dans l’énumération nébuleuse des « larrecins » qualifiés, du vol sacrilège au vol du
soc de charrue en passant par le vol domestique, apparaissent toujours les mêmes
domaines sauvegardés par la coutume médiévale. Un premier cercle pourrait se
former autour des vols portant offense au sacré et à l’autorité. Ainsi, les larcins opérés
dans l’enceinte des églises sont regardés comme des actes particulièrement graves,
parce qu’ils souillent un sanctuaire. La notion de souillure nous ramène à l’Antiquité.
À Rome, est déclaré sacrilège (sacrilegium) celui qui a osé dérober une res sacra, un
objet sacré, appartenant à la divinité, qu’il soit placé ou non dans un temple [91] .
Cependant, le sacrilège médiéval, tout en empruntant au droit romain, se rattache
plutôt aux institutions de paix inaugurées autour de l’an Mil. Aussi la définition
coutumière du sacrilège se réfère-t-elle de manière étroite au droit canonique. Les
rédacteurs de coutumiers se contentent de reprendre et de traduire littéralement la
formule de Gratien [92]. Le larron sacrilège est celui qui ose enfreindre l’inviolabilité
d’un lieu sacré ou qui souille la sacralité d’un objet. L’acception médiévale est donc
plus étendue qu’en droit romain et comprend les pilleurs de troncs, les voleurs de
nappes d’autels ou de calices et tous ceux qui enlèvent des biens mis en sauvegarde
dans les églises. En raison du caractère impie de ce type de « larrecin », certains textes
lui réservent un traitement singulier, comme Beaumanoir qui isole le crime de
sacrilège des autres vols [93] ou Damhouder qui le stigmatise comme « le plus
detestable de tous larrecins » [94]. La gravité du cas ne tient pas tant à son double
caractère qu’à l’impiété du geste qui retient l’attention des jurisconsultes et des
théologiens [95], parce que de tels comportements menacent de briser l’équilibre de
la société chrétienne. Assemblée en procession, la communauté des fidèles, par
gestes réglés et ritualisés, s’évertue alors à restaurer l’ordre, qui a été perturbé.
eComme lors de cet épisode relaté par le bourgeois de Paris en septembre 1522. MPierre Piefort est accusé non seulement d’avoir subtilisé un calice dans une église de
Saint-Germain-en-Laye, mais également d’avoir jeté à terre le corpus Christi qu’il
contenait. L’homme est abandonné aux flammes, tandis que le roi et la reine, nu-tête
et torche vive à la main, prennent la tête du cortège et, tels des pénitents, rapportent
sous un dais l’hostie profanée jusqu’à Saint-Germain [96] .
Crime de lèse-majesté divine et crime de lèse-majesté royale s’enchevêtrent et
finissent par se confondre dans une même offense à l’autorité du Seigneur, celle du
roi après Dieu. Les atteintes portées au dominium, c’est-à-dire à l’autorité du seigneur,
peuvent prendre plusieurs formes. Pourtant, les coutumiers ne distinguent guère les
larcins qui constituent un outrage au respect du roi, comme les vols commis dans ses
hôtels ou les palais, siège de sa justice [97] .
En fait, toute injure au dominium peut se traduire comme une trahison. Telle est la
considération morale, et quelque peu féodale, du vol domestique que l’on rencontre
dans les textes coutumiers. C’est en ces termes que les Livres de jostice et de plet
el’expriment au milieu du XIII siècle : « Si larrecin et traison puent estre apelé
ensemble si comme serjant emble les choses de son seigneur, qu’il doit garder. » [98] 
Si la trahison figure comme l’un des quatre crimes capitaux selon Philippe de
Beaumanoir [99], le larcin domestique est généralement tenu pour un crime odieux.
Il est rangé parmi les vols graves des catégories coutumières [100]. Comme le
sacrilège, le larron domestique est menacé de la peine de mort. « Qui emble à son
seigneur ou à son maistre, il est pendable au premier larrecin. Qui emble à Église, au
premier larrecin est pendable, soit en chose grande ou petite », préconise
Boutillier [101] .
Les sévères recommandations coutumières ne témoignent pas d’une crainte des
catégories supérieures de la société envers les subalternes. Elles renvoient au
caractère du geste, montré comme une offense au père et maître. Le larron
domestique « est celui qui vole son seigneur et [qui] est à son pain et vin » [102]. Il
s’agit donc d’une violation de la foi que le maître a mise en ceux qui partagent son
toit, que ce soit le valet, l’apprenti, le familier ou le sergent. Au-delà de la préservation
de la familia, au sens médiéval du terme, les vols domestiques, parce qu’ils peuvent
bouleverser les hiérarchies naturelles et sociales, sont susceptibles de remettre en
cause l’ordre, voire la paix publique. Là encore, les jurisconsultes médiévaux ont
tenté de circonscrire des temps et des lieux inviolables dans un cercle aux contours
variables où ils font également entrer toute une série de biens réputés intouchables.
La première circonstance temporelle aggravante est désignée, de manière assez
naturelle, par le cortège de peurs que la nuit entraîne dans son sillage. La nuit,
toujours redoutée dans l’imaginaire médiéval comme période de latence et temps du
Malin, est présumée comme le moment privilégié du crime et l’alliée des
larrons [103]. Aussi les vols commis la nuit sont-ils considérés comme
particulièrement graves. Cette peur ancienne a suscité depuis l’Antiquité des
dispositions pénales singulières [104]. Si les médiévaux n’ont pas légiféré sur ce cas
particulier, ils attachent la présomption du vol à la nuit. Ainsi, ceux qui sont trouvés
rôdant dans l’obscurité, de surcroît avec des échelles ou des instruments coupants,
sont naturellement suspectés de vouloir commettre un vol. Beaumanoir,s’interrogeant sur la procédure à suivre pour les vols non flagrants, précise : « Li
larcins qui n’est pas apers mes toutes voies, il se prueve par presomptions, si est de
ceus qui sont pris par nuit en autrui meson, par forche ou a cri et a hu par souclaves,
ou par eschieles ou par fenestres. » [105] 
La dimension remarquable de la nuit tient au fait qu’elle correspond à un temps où la
vigilance de la communauté se trouve assoupie, une vulnérabilité que le droit doit
pallier pour sauvegarder la sûreté du groupe [106]. Il en est ainsi des espaces garantis
dans les coutumes par une sorte de « confiance naturelle », en raison d’une absence
de protection inhérente à la nature même des lieux. Il peut s’agir des lieux publics
comme les tavernes, les étuves ou les foires, qui servent de cadres traditionnels aux
échanges et à la sociabilité médiévale en général, et que la coutume s’attache à
préserver des agissements criminels [107]. Protections des lieux et du temps se
conjuguent encore au moment des récoltes dans les champs. Fruits, céréales ou
instruments aratoires sont alors placés sous la tutela publica, c’est-à-dire sous la
tutelle publique. En fait, bon nombre de biens sont en théorie protégés par la foi
commune et, qui par habitude ou commodité, sont laissés en dehors des habitations,
dans les champs, au bord des rivières ou dans les jardins. Certains « larrecins » sont
cependant plus sévèrement châtiés que d’autres. Il s’agit en particulier du vol du soc
de charrue, que plusieurs coutumiers distinguent comme l’un des vols capitaux.
Outre que le fer reste un matériau coûteux, le vol d’un instrument agricole, essentiel
à l’économie rurale, est ressenti comme une atteinte intolérable. Reprenant les
dispositions des Établissements de saint Louis, Jean Boutillier préconise ainsi : « Qui
emble fer de charue, pour le premier larrecin, il est pendable. » [108] La même
sévérité est censée frapper les larrons qui s’emparent du bétail laissé aux champs ou
des chevaux (l’abigeat) [109] .
Toutefois, au-delà de toute autre considération circonstancielle, c’est l’accoutumance
criminelle qui constitue le critère aggravant par excellence en matière de
« larrecin » [110]. Celui qui a déjà été condamné, même pour un vol médiocre,
montre qu’il s’obstine dans la voie du crime et tombe dans la catégorie des « forts
larrons », voire des « très forts larrons » ou des « larrons fameux ». Cette distinction,
présente dans les textes coutumiers et les traités criminels, participe d’influences
anciennes et multiples. En effet, le concept juridique moderne de récidive possède
des racines qui s’ancrent à la fois dans le droit romain, le droit canonique et la
théologie morale. Le Moyen Âge, qui ne connaît pas de théorie, ni de terme
technique, pour désigner la récidive, l’énonce en termes d’incorrigibilité [111]. Cette
notion fleurit alors exclusivement sous la plume des hommes d’Église [112] .
D’ailleurs, développée par les clercs à l’intention des moines, c’est à l’ombre des
cloîtres, entre les lignes des règlements disciplinaires, que l’incorrigibilité acquiert sa
pleine dimension [113] .
eAu VI siècle, les pénitentiels, dont l’ambition vise à raffermir la morale monastique,
condamnent et hiérarchisent les châtiments de la désobéissance invétérée. À cet
égard, un extrait du pénitentiel de saint Colomban précise : « Si un laïc vole (furtum
fecerit) un bœuf ou un cheval, une brebis ou tout autre animal, s’il s’agit d’une ou de
deux fois, qu’il dédommage son prochain pour le tort causé et fasse pénitence pourtrois quarantaines au pain et à l’eau. Mais s’il a commis des vols plus fréquents et qu’il
se trouve dans l’impossibilité de restituer, qu’il fasse pénitence un an et trois
quarantaines et promette alors de ne plus voler. » [114] Si le terme d’« incorrigibilité »
n’est pas expressément cité, la notion d’habitude criminelle se dégage avec clarté – et,
avec elle, la gradation des peines. La règle bénédictine rédigée au même moment
témoigne d’une semblable préoccupation face à la persévérance dans le péché [115] .
Or l’esprit de la pénitence graduée semble avoir contaminé la pensée juridique dès
l’époque carolingienne [116]. En effet, tandis que le premier Moyen Âge des codes
barbares reconnaît la pluralité de l’infraction mais ignore l’aggravation par récidive,
eles capitulaires intègrent à partir du VIII siècle une nouvelle comptabilité de la
peine [117]. Ainsi, en 779, un capitulaire de Charlemagne préconise que, à « la
première fois, le voleur ne mourra pas, mais il perdra un œil ; à la deuxième fois, on
lui coupera le nez et à la troisième fois, il mourra, s’il ne s’est pas racheté » [118]. À
l’arithmétique de la faute répond la « ternarité » de la sanction, aggravée en vertu de
l’accumulation des crimes.
De semblables manifestations de l’autorité publique, par l’administration de peines
eexemplaires, disparaissent à l’âge féodal. Il faut attendre le XII siècle pour voir
renaître une justice quelque peu soucieuse du bien commun à la faveur de la
redécouverte du droit romain. Ce renouveau s’accompagne en même temps
d’exigences morales nouvelles dans l’application du droit pénal médiéval. Cette
renaissance du droit savant, romain et canonique, eut un rôle notable à la fois sur
l’évolution de la procédure et sur la valorisation de l’élément intentionnel. Là encore,
ce sont les clercs qui restaurent les premiers la procédure d’enquête et impriment
une dimension morale à la définition du crime [119]. Progressivement, la matérialité
de l’acte cède le pas à la recherche de l’intention. Cette nouvelle évolution est
marquée par la mise en valeur de deux concepts, dolus et culpa, qui vont favoriser
l’émergence de la notion de volonté dans le crime [120]. Or l’argument du principe
intentionnel est déterminant pour comprendre l’élaboration du concept de récidive.
En 1140, le droit canonique, par l’intermédiaire du Décret de Gratien, définit, pour la
première fois, la notion d’incorrigibilité [121]. Cependant, la définition reste
théologique et confinée au monde des clercs [122]. Au-delà de cette réserve,
l’intention est désormais déterminante pour qualifier le crime et motiver la peine. La
erecherche de l’animus – de l’intention bonne ou mauvaise – trouve à partir du XIII
siècle un terrain d’exploitation privilégié dans la procédure inquisitoire. Toutes les
réflexions des clercs, orientées vers la notion de for interne, invitent les juges à
sonder les consciences, celles des délinquants endurcis en particulier. À travers les
enquêtes de pays, les juges s’intéressent également à l’enfance des criminels pour y
rechercher une inclination naturelle au mal (la malicia), qui aurait prédisposé à
l’habitude mauvaise. Cette volonté de persévérer dans la voie du crime, qui est
qualifiée par la théologie morale de saint Thomas d’habitus, justifie l’exclusion de la
communauté [123]. La connotation religieuse et morale de la peine n’a rien de
surprenant dans la pensée médiévale, qui conçoit le crime comme le degré le plus
bas du péché [124] .eOr, au XIII siècle, ces influences juridico-théologiques commencent à imprégner
l’esprit des coutumiers. Les coutumes, pourtant peu prolixes sur les matières pénales,
ne laissent pas d’évoquer la récidive. Dans le Grand Coutumier de France, le bailli
d’Évreux Jacques d’Ableiges suggère aux juges de châtier avec discernement : « Qui
est acoustumé de mal faire doit plus grefvement être pugni que celuy qui n’est pas
coustumier. » [125] Il est recommandé d’examiner attentivement la « vie et
gouvernement » des larrons, volontiers présentés comme des individus
« soupechonneux », parce que la présomption de récidive est, par construction,
attachée à ce type de criminalité. Beaumanoir déclare ainsi que « la justice doit
prendre tous les soupeconneus et fere moult demandes pour savoir s’il pourra fere
cler ce qui est orbe ; et bien les doit en longue prison et detroicte tenir, et tous ceus
qu’il avra soupeconneus par mauvese renomée » [126]. La rumeur, garante de la
mémoire du crime, est souvent sollicitée lors des informations, parfois retenues
comme preuve à l’accusation des larrons habitudinaires [127]. Surtout, de manière
plus explicite, la flétrissure des corps offre aux yeux du juge la preuve de la
désobéissance avérée.
À la fin du Moyen Âge, le concept coutumier de la récidive demeure encore incertain
– mêlant volontiers réitération du crime et addition des peines – mais il dénote une
obsession qui trahit avant tout la crainte d’une professionnalisation criminelle [128] .
Or celle-ci semble se jouer, en partie, hors du champ traditionnel du « larcin ». C’est le
moment où le mot se dépouille de ses attributs médiévaux, favorisé par l’émergence
d’un nouveau vocabulaire criminel dominé par les « voleurs » et les « brigands ».
Cette mutation sémantique est le point de rupture qui marque le début du lent
déclassement du « larrecin » au profit du « vol ».
Le brigandage : la violence et les armes
La frontière de la violence
Depuis l’Antiquité romaine, la violence trace une frontière dans l’univers du vol, dont
le vocabulaire porte les stigmates [129]. Tandis que l’acteur du furtum se dissimule
dans l’ombre, le latro œuvre au grand jour, et souvent arme au poing. Ainsi, le latro
ou bandit semble se distinguer d’emblée comme un professionnel du crime, au sens
contemporain du terme. Pourtant, s’il comprend une part de violence, le latrocinium
ou brigandage ne se rapporte pas exclusivement au monde de la criminalité. Dans la
langue latine, le latrocinium entretient une ambivalence, appelée à connaître une
longue postérité, entre la guerre et le crime. Le même terme sert, en effet, à qualifier
toutes les activités violentes orchestrées par le groupe et avec la force des armes.
Ainsi, les Latins désignent, à travers le mot latro, aussi bien le mercenaire que le
brigand [130]. Le latrocinium définit de la même manière le service armé et le
brigandage. Enfin, si le terme latrocinor qualifie un état, celui du service militaire, il
se rapporte également à la violence du vol à main armée et, accessoirement, à la
chasse au rapace.
Le voisinage étymologique étroit et ambigu qui s’est imposé dès l’Antiquité entre la