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Ils sont parmi nous

De
166 pages

Après la mort de sa mère, Camille se retrouve seule avec son père. Étant sur le point de prendre un nouveau départ, Camille commence à être victime et témoin de faits paranormaux.

Angoisse et terreur prennent possession d'elle...


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Couverture

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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-16956-1

 

© Edilivre, 2016

Chapitre I

Après la mort de ma mère lors d’un incendie dans notre ancienne maison, avec mon père, on a dû emménager dans une nouvelle demeure. On a choisi une nouvelle ville afin de repartir de zéro, dans le Morbihan, en Bretagne, pour son calme et la nature qu’il y a aux alentours, dans une belle et grande maison à la façade blanche, avec quelques voisins au loin. L’intérieur est spacieux et deviendra chaleureux une fois qu’on sera entièrement installés. À gauche de l’entrée, il y a l’escalier qui mène aux chambres et à la salle de bains et, à sa droite, il y a la cuisine, ouverte sur la salle à manger, puis le salon, dont on a accès en passant par le couloir de l’entrée. Le parquet est marron foncé, comme dans la plupart des pièces, la couleur des murs est un jaune lumineux ; ma nouvelle chambre, à l’étage, elle, est peinte en orange sablé. Lorsqu’on y entre, on constate immédiatement, qu’à droite de la fenêtre, j’ai installé mon bureau, avec la chaise qui va avec, contre le mur qui mène à ma porte d’entrée puis, à gauche de cette fenêtre, il y a mon lit, qui est situé au milieu de la chambre, avec une table de chevet sur sa gauche. Puis, pour finir, on trouve l’armoire que mon père a montée, collée au mur à gauche de la porte de la chambre, ainsi qu’un long miroir sur pied. Et, là, je viens juste d’y accrocher des rideaux rouge foncé. Je n’ai pas encore fini de la décorer. Mon père s’occupe d’aménager le salon - disposant notre nouveau mobilier, puisqu’on n’a pas pu sauver grand-chose ce soir-là - jusqu’à ce que la livraison de pizza arrive. On s’installe pour manger dans le salon, la posant sur la table basse, assis sur le canapé, devant une série télévisée Revenge.

« Tu n’es pas trop stressé pour demain ?

– Non, pas vraiment, même si je sais que ça n’est jamais facile de s’intégrer dans un nouveau lycée. Puis avec ce changement dans nos vies, je suis pas vraiment sûr de le vouloir, je n’ai pas vraiment le cœur à ça…

– Oui, j’en suis conscient, mais on doit essayer d’avancer, c’est ce qu’elle voudrait.

– Oui je sais, j’essayerai. »

On finit de regarder la série sans parler.

« J’ai hâte de voir le prochain épisode ! Bon, je vais me coucher papa, bonne nuit.

– Bonne nuit ma puce. »

J’y suis, dans mon lycée. Il y a plein de nouveaux visages, des élèves qui discutent, d’autres qui rigolent, puis d’autres qui font les intéressants. Je repense à mon ancien lycée, qui était aussi vivant que celui-ci, ce qui me fait légèrement sourire à l’intérieur. Après m’être perdue dans les couloirs, avec l’aide d’un élève que j’ai eu la chance de croiser, je finis par rejoindre ma salle de cours, je frappe à la porte, j’ouvre.

« Bonjour, excusez-moi du retard, je ne trouvais pas la bonne salle.

– Entrez donc ! Vous êtes la nouvelle je suppose ?

– Oui, c’est bien moi. »

Il fallait bien s’en douter, l’enseignante me demande de me présenter auprès des autres élèves avant de gagner ma place. Je n’en ai pas envie, je n’ai pas envie de me dévoiler auprès de ces inconnus car, si je le faisais, ma douleur me submergerait, et je ne voulais pas que ça arrive, pas ici, puis, après tout, ça ne les regarde pas.

« Bonjour, je me présente, je suis Camille Domereck, je viens d’avoir 17 ans et j’arrive de Nantes.

– Bonjour Camille, dites-nous-en un peu plus sur vous.

– Oh, il n’y a rien de plus à dire, Madame.

– Je suis sûr du contraire, on a tous une histoire. Mais très bien, je n’insisterai pas. Vous pouvez vous asseoir. »

Elle acquiesce d’un léger sourire en me regardant légèrement intriguée.

À la pause déjeuner, je me trouve un endroit tranquille pour manger et pour penser, assise sur un petit muret à côté de la verdure, mais un jeune homme, assez grand et mince, vient m’adresser la parole.

« Salut ! Je suis Thomas, on a cours ensemble.

– Salut. Ah, oui, c’est possible, je n’ai pas trop fait attention aux gens qui étaient là. Ne m’en veux pas. »

En temps normal, un garçon aussi charmant que lui, avec son visage fin, ses beaux yeux bleus et le brun corbeau de sa chevelure, je l’aurais immédiatement remarqué mais, avec ce changement dans ma vie, je suis assez distraite.

« Non, il y a pas de souci. Je venais voir si ta première matinée s’était bien déroulée. Tu n’as pas été très bavarde à ton sujet.

– Il n’y a pas grand-chose à dire.

– Ce week-end j’organise une petite fête chez moi avec quelques amis, ça pourrait être sympa que tu viennes ! Il y aura que des gens cool !

– Je ne sais pas si je pourrais venir. Avec mon père, on vient juste de s’installer ; je pense rester avec lui, lui donner un coup de main, mais merci pour l’invitation. J’apprécie.

– C’est toi qui vois, mais réfléchis-y quand même ! À plus tard ! »

Ma première journée, et j’ai déjà une invitation à faire la fête ; qui l’aurait cru !? Mais je n’en ai vraiment pas envie. Puis je connais quasiment personne, à part Thomas maintenant, et encore, je ne peux pas vraiment dire que je le connais. En plus de ça, je ne veux pas abandonner mon père dès le premier week-end de notre arrivée ici.

J’arrive chez moi, il n’y a personne, je décide donc de monter dans ma chambre afin de m’allonger quelque instant dans mon lit en écoutant un peu de musique sur mon baladeur MP3. Je repense à maman, elle me manque… Elle était belle, blonde aux yeux bleus, toujours souriante, elle aimait profiter des bons petits moments qu’on passait ensemble comme regarder des films tous les trois avec papa, souvent des comédies, et des bons films fantastiques. On parlait, toutes les deux, de garçons que je trouvais mignons, puis on se prêtait nos vêtements, on avait une grande complicité. Avec mon père, c’est différent, on aime bien se promener en forêt, on adore la nature et, le soir, on s’installait dehors sur notre ancienne terrasse, pour regarder les étoiles et parler de l’univers. On ne fait plus tout ça depuis qu’on n’est que tous les deux. On a besoin de temps pour se reconstruire ; par moments, j’ai cette impression que ça nous est impossible…

Je sors de mes pensées avec angoisse dès que j’aperçois une ombre sans forme traverser rapidement le plafond. Les yeux écarquillés, j’enlève mes écouteurs puis me lève de mon lit et, ensuite, je regarde tout autour de moi. Je ne l’aperçois plus, c’est calme ; c’est peut-être rien, juste une hallucination. Sur ce, je descends rejoindre le salon, voir si mon père est renté du boulot, mais il n’est toujours pas là ; il a commencé sa première journée de médecin dans la région. Soudainement, la télévision me rappelle à l’ordre en s’allumant toute seule. Aucune image nette ne s’affiche, seul des grésillements apparaissent. Je l’éteins. Un désagréable frisson glacial m’envahit, je décide donc d’aller faire un tour, il faut que je prenne l’air. À mon retour, je trouve mon père dans la cuisine avec un verre de vin rouge ; il nous prépare à manger.

« Coucou toi ! Où étais-tu ?

– Je suis allée me promener, j’avais besoin de m’oxygéner. Tu n’étais pas là quand je suis rentrée des cours.

– Oui, j’ai eu des courses à faire aujourd’hui. T’as faim ? Je nous prépare des pâtes à la bolognaise !

– Oui, en plus ça sent bon ! »

Je m’assois à table, à le regarder cuisiner.

« Et ta première journée, ça a été ? Tu as rencontré des gens sympas ?

– Oui, d’ailleurs j’ai un camarade de classe qui m’a invitée à venir à une petite fête chez lui, avec quelques amis à lui, ce week-end. Je lui ai dit que je n’irai pas.

– Ah bon !? Pourquoi ? Ça pourrait te faire du bien de voir du monde, puis ça te donnerait l’opportunité de rencontrer de nouvelles personnes.

– Je ne veux pas te laisser tout seul et, faire la fête, ça me dit rien.

– Ne t’en fais pas pour moi, vas-y ! Mais je veux contacter ses parents avant, histoire d’être rassuré. Et comment s’appelle ce jeune homme ?

– Thomas. Je lui demanderai ses coordonnées si je change d’avis.

– D’accord, c’est toi qui vois, je ne peux pas te forcer. Mais amuse-toi, t’es jeune ! »

Après tout, il n’a peut-être pas tort. Avec ma frayeur de tout à l’heure et les événements récents, m’amuser me ferait sûrement du bien… puis Thomas m’a plutôt fait bonne impression. Concernant l’ombre de tout à l’heure, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée que je lui en parle. Il ne me croirait pas ; moi-même, je ne suis pas vraiment sûre de ce que j’ai vu, car c’est étrange quand même. Je vais passer la soirée avec lui devant un bon film, comme avant, et avec du pop-corn ! C’est notre plaisir.

Le week-end est déjà là, je n’ai pas vu la semaine passer. Je suis devant mon miroir, j’ondule mes longs cheveux châtain clair afin de leur donner un peu de volume. Mon mascara fait ressortir le bleu de mes yeux et mon fard à paupières rose léger ainsi que mon gloss se coordonnent bien avec à ma robe mi-longue marron. Ça sonne à la porte, mon père ouvre en attendant que je finisse de me préparer.

« Camille ! Thomas est là !

– Oui j’arrive ! »

Je me sens jolie, ça me fait du bien au moral de reprendre soin de moi. Puis je veux être élégante ; quitte à avoir changé d’avis pour y aller, autant le faire entièrement. Je mets mes ballerines noires avec ma veste de couleur identique ; je suis prête pour la soirée !

Je descends les escaliers, les deux hommes me regardent, bouche bée, le regard de Thomas s’illumine.

« Salut !

– Salut, t’es prête ?

– Oui, on peut y aller.

– Passez une bonne soirée tous les deux et buvez pas trop ! Tu m’appelleras, je viendrai te récupérer.

– OK, à tout l’heure. Merci. »

Thomas est venu me chercher avec sa voiture, une Peugeot 207. Il a eu son permis peu de temps après ses 18 ans et il l’a eu du premier coup ! J’espère avoir autant de facilité quand ça sera mon tour.

« J’ai pas osé te le dire devant ton père… Je te trouve très jolie ce soir », me dit-il d’un air timide.

Je trouve ça mignon. Je lui glisse un sourire en le remerciant, du compliment.

« Tout le monde est déjà là-bas ?

– Oui, j’ai confié la maison à mon meilleur ami en attendant qu’on arrive. Je lui fais entièrement confiance. »

On descend de la voiture, la musique s’entend de l’extérieur, de la dance, Luzenzo, Danza Kuduro, ce qui me donne envie de danser ! Mais je me connais, je suis timide, je n’oserai certainement pas. Une fois à l’intérieur, je reconnais certains visages qui me sont familiers, ceux avec qui je suis en cours et d’autres que je ne connais pas, ou dont je n’ai pas le souvenir.

« Viens ! Je vais te présenter à quelques personnes. »

Je le suis timidement dans le salon. Un garçon, blond, nous fait signe avec sa main droite, avec un grand sourire, et s’approche de nous, une bière dans sa seconde main, avec une fille à ses côtés aux cheveux moyennement longs qui lui arrivent jusqu’aux épaules, et lissés de couleur châtain très foncé, qui fait petite auprès de lui ; je trouve ça mignon. De loin, je n’avais pas remarqué qu’ils ont tous les deux les yeux marron. Ils font un joli couple. (S’ils sont vraiment ensemble.)

« Je vous présente Camille ! Camille, voici Mathieu, mon meilleur ami dont je t’ai parlé tout à l’heure dans la voiture et sa copine Mélissa.

– Enchantée ! » leur dis-je avec un petit sourire.

Ils me le rendent en retour. Je confirme, ils forment bien un joli couple.

« On était ensemble en classe l’an dernier, avant que redouble mon année, me précise-t-il pas fier de lui.

– Tu te plais ici ? me demande Mélissa.

– Je m’adapte. Ça me change des grandes villes mais le calme de la campagne est appréciable et les gens ici sont sympas.

– J’ai toujours vécu ici mais j’ai de la famille dans le Sud. Je veux bien admettre que ce n’est pas le même mode vie. Tu t’y habitueras. Puis, maintenant, tu nous as nous ! me dit-elle toute enthousiaste.

– Tu veux boire une bière ? me demande Thomas.

– Oui, volontiers ! »

Il se dirige dans la cuisine avec Mathieu. Je me retrouve seule avec sa copine.

En attendant qu’il revienne, je regarde un peu autour de moi, sa maison est très jolie et assez moderne. Il y a, pour le sol, du carrelage gris foncé avec les murs peints en blanc accompagnés de tableaux modernes, triptyque abstrait à motifs divers afin de donner une touche décorative avec de la couleur. J’adore ! Avec quelques décorations qui m’ont l’air de venir de l’étranger, comme des vases à motifs orientaux.

« T’aimes la déco ?

– Oui, je la trouve zen.

– Ses parents voyagent beaucoup alors ils rapportent quelques souvenirs.

– Ils ont bien raison ! »

Ça me rappelle que je n’ai plus beaucoup d’objets souvenirs, tout a brûlé…

Il revient avec ma bière, une Desperados. Mélissa se retire pour rejoindre les autres. Il me fait faire le tour de la propriété pendant que certaines personnes se déhanchent au rythme de la musique et que d’autres ont de faux rires en buvant de l’alcool. On finit la visite en allant sur la terrasse menant au jardin et à leur belle piscine. On s’assoit tranquillement sur la balancelle afin de savourer l’air frais de l’automne. Je lève les yeux au ciel pour admirer les étoiles… Il y en a tellement !

Thomas se tourne vers moi.

« Tu m’as l’air songeuse. Tout va bien ?

– Oui, très bien.

– Bon, alors qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis pour ce soir ?

– Mon père. Il m’a conseillé de sortir et je me suis dit qu’il n’avait certainement pas tort.

– Il a bien fait, me dit-il avec un grand sourire. C’est rare que ce soit les parents qui nous incitent à sortir.

– Oui, c’est vrai, mais il a ses raisons. Quand il était plus jeune, ses parents ne le laissaient pas sortir comme il le voulait pour ce genre de soirée. Du coup il faisait le mur et il ne veut pas que je fasse pareil donc, avec moi, il est assez tolérant, puis il préfère savoir où je suis et que j’aille bien.

– En effet, je comprends mieux. Je ne veux pas être indiscret, mais où est ta mère ? »

Mon cœur s’emballe… Ça y est, il me pose la fameuse question ! Fallait que je m’y attende. Il faut que je prenne sur moi. Je reprends mon souffle.

« Hum, elle est morte il y a un peu plus d’un mois lors d’un incendie. Du coup, avec mon père, on s’est réfugiés dans un hôtel en attendant de pouvoir venir s’installer ici.

– Ah, je suis désolé, je ne voulais pas…

– Non ne le sois pas, tu ne savais pas.

– Comment s’appelait-elle ?

– Rose. C’était une mère géniale, on partageait beaucoup de choses. J’ai une photo d’elle que j’ai pu sauver de l’incendie. Elle est chez moi, je te la montrerai à l’occasion.

– J’en serai ravi, me dit-il avec compassion.

– Mais garde ça pour toi, s’il te plaît, je n’ai pas trop envie que ça s’ébruite.

– Oui bien sûr, il n’y a pas de souci. »

Il m’ouvre son bras afin que je puisse y poser ma tête pour y trouver du réconfort. Il est adorable. Je savoure ce moment plusieurs instants, j’en ressens le besoin. Un vent d’air frais me souffle sur le visage. J’apprécie. Un bruit surgit soudainement des buissons qui encerclent la propriété. Je me redresse en sursaut.

« Tout va bien ?

– Oui. Tu n’as pas entendu ce bruit ?

– C’est rien, c’est certainement le vent.

– Oui, et l’effet de la bière ! » lui dis-je d’un ton humoristique.

Ça le fait sourire.

« T’en as bu qu’une pourtant ! Ça me fait penser… T’en veux une autre ? ou un truc à manger ?

– Oui, je veux bien une autre bière, s’il te plaît.

– Je nous apporte ça !

– Merci », dis-je en souriant.

Une fois seule sur la terrasse, j’entends à nouveau un grand bruit dans les buissons, comme s’il y avait vraiment quelqu’un. Je me lève donc puis je m’approche pour voir, petit à petit avec une boule au ventre. J’espère que ce n’est rien… Avant même d’en être trop proche, le vent souffle plus fort, ce qui cause le bruit des feuilles et qui me rassure, car je me dis que c’est peut-être rien finalement, ou tout simplement deux personnes qui s’amusent dans les buissons. Mais j’en doute car je n’entends personne parler, ni rire, ni autre chose…

« Quelqu’un est là ? »

Hum… Pas de réponse. Je me tiens debout face à ce buisson et, là, je vois deux grands yeux jaunes qui me fixent. Mais qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas les yeux d’un chat, ils sont trop grands pour ça. J’hésite à m’approcher un peu plus. Je le vois sortir sa longue langue rouge bordeaux de vipère, comme s’il allait m’attaquer. Ça me fait peur, très peur. J’ai le souffle coupé, je pars en courant afin de quitter la maison. Mélissa m’arrête dans mon élan et me demande si tout va bien.

« Dis à Thomas que je suis partie.

– Si tu veux oui. »

J’appelle mon père tout en quittant la demeure. Ma voix tremble.

« Tu peux venir me chercher ?

– Oui j’arrive. Ça n’a pas l’air d’aller ?

– Si, si, t’inquiète pas. »

Le temps me paraît long à attendre. Thomas vient me retrouver, l’air soucieux.

« Tu allais partir sans même me dire au revoir ?

– Oui, excuse-moi, lui dis-je toute paniquée. Je ne me sens pas bien, il faut que je rentre. Je t’appellerai. Merci pour cette soirée. »

Mon père arrive enfin. Je me sens mal vis-à-vis de Thomas, de le lâcher comme ça, c’est vraiment pas cool pour lui. Quand je repense à ce que j’ai vu… Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Ça fait deux fois cette semaine, je n’y comprends plus rien.

Le réveil sonne… Pff, je n’ai pas envie de me lever. Je serais bien tentée de rester ici toute la journée à rien faire, comme ses deux derniers jours. Mon père frappe à ma porte. Je suis encore sous ma couette qui monte jusqu’à mes épaules.

« Bonjour toi. Faut que tu te lèves, t’as cours aujourd’hui.

– Je n’ai pas envie d’y aller.

– T’es restée enfermée dans ta chambre tout le week-end depuis vendredi soir. Que s’est-il passé là-bas ?

– Rien, la soirée s’est bien passée, c’est juste que je ne me sens pas en forme et insociable. S’il te plaît, je peux rester à la maison ?

– Non. On vient d’arriver ici, ce n’est pas une bonne idée de louper les cours. Puis je ne veux pas que tu les loupes. Habille-toi, je t’y dépose. »

Je fais la moue, j’ai vraiment pas envie d’y aller.

« S’il te plaît, s’il te plaît, juste pour aujourd’hui. »

Il me regarde d’un air désapprobateur. Après un grand soupir et une légère réflexion :

« D’accord, mais juste pour aujourd’hui ! Demain tu y vas, sans faute !

– Oui, merci papa.

– Retiens que c’est exceptionnel ! Je ne te céderai pas à chaque fois ! Tu viens au moins prendre ton petit-déjeuner avec moi ?

– Oui j’arrive. »

Super ! Une journée de plus pour moi, pour remettre mes idées en place et réussir à sortir enfin de ma chambre. Qu’est-ce que je vais faire de ma journée ? Pour commencer, je vais rejoindre mon père, je commence à avoir un peu faim !

Je rentre de ma promenade à temps, il pleut des cordes. Mais l’air frais m’a fait du bien. Je monte à l’étage déposer mon baladeur MP3 sur ma table de chevet. J’y avais laissé mon portable, je le consulte, il affiche un appel en absence de Thomas. Il doit s’inquiéter, je n’ai pas tenu parole, je ne l’ai pas appelé. Je ne sais même pas ce que je vais bien pouvoir lui dire… Un grand bruit venant d’en bas me fait sursauter. Je commence déjà à angoisser. Je descends voir à petits pas. Je trouve la porte de l’entrée grande ouverte, je jette un coup d’œil à l’extérieur, je n’y vois rien d’anormal, juste des feuilles suivant le cours du vent, qui souffle fortement. Je referme donc la porte, l’esprit tranquille ; il faut vraiment que j’arrête d’angoisser pour le moindre bruit. En même temps, avec ce que j’ai vu ces derniers jours, il y a de quoi. J’ai un petit creux. J’ouvre le frigo afin de me faire un bon sandwich : mayonnaise, jambon de poulet, quelques tranches de tomate et des cornichons pour finir. Je m’apprête à le déguster devant la télévision mais, après la deuxième bouchée, je sens quelque chose d’étrange qui bouge dans ma bouche. Je le recrache ; pleins d’asticots envahissent mon sandwich. Bah, quelle horreur ! Je cours dans l’évier afin de rejeter ce que j’ai pu mâcher. Je me sers un peu d’eau pour rincer ma bouche. Je reste debout plusieurs minutes, choquée par ce qu’il vient de se passer. Je ne sais plus quoi en penser. Je commence à me dire que je devrais en parler à quelqu’un, mais à qui ? J’entends un rire… Je regarde si ça vient de la télévision, ce n’est pas le cas. Le rire se présente une seconde fois, un peu plus fort, comme si on se moquait de moi. Oh, ce n’est pas bon ça ! J’ai un mauvais ressentiment, très mauvais… Puis il se manifeste une troisième fois, encore plus fort, au point qu’il fait exploser toutes les ampoules des lustres, qui sont dans cette maison depuis plusieurs années. Je pose mes mains sur mes oreilles tellement c’est bruyant puis, d’un coup, le silence complet. Je cours me réfugier dans ma chambre en verrouillant ma porte. Le silence persiste, je décide de m’asseoir sur mon lit. Je me sens vidée de mon énergie, je sombre dans le sommeil, en douceur.

Le bruit de la sonnette me sort de mon sommeil en sursaut. Je descends ouvrir. C’est Thomas ; quel soulagement !

« Salut.

– Coucou, je peux entrer ?

– Oui, bien sûr, entre.

– Je m’inquiète pour toi, tu ne m’as pas appelé et je ne t’ai pas vue au lycée. »

Je me sens nerveuse.

« Oui, excuse-moi, ce n’est pas la grande forme ces derniers jours. Je tenais à m’excuser également d’être partie comme une furie l’autre soir.

– On se connaît depuis peu, mais tu sais que tu peux me parler et que tu peux me faire confiance.

– Je te remercie, c’est gentil, mais moi-même je suis perdu.

– Explique-moi, tu peux toujours essayer. »

Je me mords la lèvre tout en me passant la main dans les cheveux. Je suis confuse. Une partie de moi me dit que je peux lui faire entièrement confiance et une autre me dit que je risque de le faire fuir et de passer pour une idiote. Que faire ? Mon instinct me guide vers ma première pensée. En attendant de me sentir prête à tout lui dire, je pourrais détourner son attention en lui montrant la photo de ma mère.

« Viens, suis-moi, j’ai quelque chose à te montrer.

– Je te suis. Mais que s’est-il passé avec les lustres ?

– Je t’expliquerai ça, fais juste attention où tu marches.

– Ton père va rien dire s’il nous trouve tous les deux dans ta chambre ? me demande-t-il d’air taquin.

– Si, sûrement, mais il n’est pas là, du moins pas pour l’instant. Je voulais te montrer la photo de ma mère, ce sera une parole de tenue ! » lui dis-je avec un léger sourire.

Je la récupère sur la table de chevet avant de la lui tendre.

« Elle est belle. Tu as ses yeux. C’est une jolie photo, on ressent cet amour quand on vous voit tous les trois dessus.

– Merci. Je me souviens encore de cette journée. C’était un été, on était partis en vacances à Saint-Tropez. Maman avait appris une bonne nouvelle, qu’elle attendait un bébé. On était tous heureux à cette idée-là, on avait fait la fête toute la nuit, à danser auprès d’un feu avec plein d’autres gens autour de nous.

» Ces souvenirs me redonnent un sourire intérieur… jusqu’à la suite des événements, qui me font de la peine. Trois mois après elle, a fait une fausse couche. Ça a été très dur pour eux de surmonter ça, ils n’ont pas voulu réessayer après.

– C’est triste. Mais je suis content que tu partages ça avec moi. »

Il me prend la main ; ses yeux remplis de sincérité pétillent en me regardant. Il a l’air touché. Je pense vraiment que je peux tout lui dire, il ne me jugera pas. Par où commencer ?

« Tu m’as posé la question pour les lustres tout à l’heure. Tu vas avoir du mal à me croire mais… »

La porte de l’entrée s’ouvre, c’est mon père, il vient de rentrer. Il me lâche la main.

« Camille, je suis là !

– Oui, je suis en haut, j’arrive ! »

Je l’entends monter des escaliers.

– Bonjour les jeunes ! J’ai vu ta voiture garée devant la maison. Je n’ai rien contre le fait que tu sois...