Les chemins de la destinée - Tome 1

Les chemins de la destinée - Tome 1

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Français
232 pages

Description

Contrairement à la tradition occidentale qui veut opposer frontalement rationalité scientifique et ésotérisme fantaisiste, Rémi Spaak se propose de réconcilier ces visions du monde de manière équilibrée. Pratiquant le bouddhisme zen et influencé par la pensée taoïste, il puise dans les spiritualités orientales les fondements d'une meilleure « connaissance de soi et l'affranchissement d'un certain matérialisme ». Derrière les apparences trompeuses, sa recherche de vérité et d'authenticité passe par une ouverture d'esprit et une présence éveillée au monde. Par la méditation, il tente d'avoir accès au divin et à sa propre nature intérieure et profonde. À travers l'interprétation ésotérique des éléments, les signes du zodiaque, la numérologie chinoise ou encore l'astrologie tropicale et sidérale, son ouvrage explore les rapports que l'homme entretient avec l'univers.


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Date de parution 27 juin 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782414058624
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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ISBN numérique : 978-2-414-05860-0
© Edilivre, 2017
La suprême vertu est comme l’eau. L’eau et la Vertu sont bienfaisantes pour les dix mille êtres et ne luttent pas. Elles occupent les p laces que tous les hommes détestent. C’est pourquoi elles sont comparables au Tao.
Dans toute situation, la Vertu est humilité ; dans le cœur, elle est profondeur insondable ; dans l’assistance, elle est amour ; da ns la parole, sincérité. Dans le gouvernement, elle est ordre et droiture ; dans l’action, elle est capacité, et elle se meut avec opportunité.
Mais elle ne lutte pas ; c’est pourquoi elle est irréprochable.
Lao Tseu
Je dédie ce livre à ma femme et à mon fils Nelson, les deux trésors de ma vie.
Introduction
L’ésotérisme est, ainsi que la religion, utilisé de par sa liaison avec les traditions et avec l’univers naturel pour permettre à l’homme de trouver sa place en tant qu’élément constituant d’un univers social et spirituel. Banni successivement par la religion puis par la sc ience, l’ésotérisme du vingtième siècle, qui tentait tant bien que mal d’adapter ses lois séculaires au monde moderne, a bénéficié dans les années 70 d’une sorte de « renaissance » spirituelle (baptisée « New Age ») au moment où l’on a vu apparaître et se déve lopper en Europe les spiritualités orientales, pour ne citer que le plus important. Fo ndamentalement, ce mouvement se donne comme objectif, tout en s’affranchissant du carcan de la religion, de réhabiliter les diverses traditions ésotériques – ou visions, finalement, de notre monde et de l’homme – provenant des peuples « premiers » ou « racines » de la Terre, par opposition à la vision rationaliste et scientifique des peuples « dominants » ; vision qui, imposée dans le monde comme modèle de société et de développement, finit par noyer l’individu dans un conformisme oppressant qui ne laisse plus place au rêve, ni à l’expression intime de soi. Malheureusement, ce mouvement, s’il apporte au dépa rt un formidable espoir de réconciliation de l’homme avec ses origines et lui redonne, dans le même temps, une dimension prophétique, au lieu de répondre à la question de l’unité de l’homme et de son univers et de lui offrir le retour aux sources atte ndu, vient assez fréquemment le confronter sans préavis à un mysticisme occulte qui non seulement est bien sûr complètement inadapté à notre époque et à notre soc iété, mais aboutit en général à un aller-simple vers les cabinets de psychiatrie. Finalement, comme d’ailleurs les principales religions l’avaient pressenti, ces courants de pensée tombent le plus souvent aux mains des prétendus initiés, maîtres ou gourous qui, à l’inverse de ce que se propose de faire l’ésotérisme au départ, c’est-à-dire la connaissanc e de soi et l’affranchissement d’un certain matérialisme, deviennent les véritables « marchands de rêve » de notre époque. Pendant les années 80 / 90, et c’est encore le cas aujourd’hui, j’ai toujours été étonné de constater l’effarante stérilité des débats qui f oisonnent entre astrologues et scientifiques. On passe la plupart du temps de l’ex plication la plus cartésienne et rationnelle qui soit à l’explication la plus mystique qui est le plus souvent l’avènement de « l’ère du Verseau », le rêve prophétique porté par l’astrologie, basé sur le fait que la position du point vernal (équinoxe de printemps) évolue lentement vers la constellation du Verseau, en raison d’un phénomène astronomique appelé « précession des équinoxes ». Cela revient à dire que l’étoile « polaire » que nous avons aujourd’hui n’est pas la même qu’hier et ne sera pas la même demain, ce qui est, faut-il le souligner, une vérité astronomique. Le seul point important est que « hier » et « demain » représentent ici des milliers d’années. En posant d’emblée la question d e la validité scientifique de l’ère du Verseau, on « gomme » en réalité des milliers d’ann ées d’évolution de l’astrologie pour tenter de confronter à l’état actuel de la science l’hypothèse la plus ésotérique qui soit. Rien d’étonnant à ce qu’on ne soit pas sur la même longueur d’onde ! C’est un peu comme si on se proposait de confronter deux personn es, un religieux ayant vécu vingt ans dans un monastère, et un scientifique ayant pas sé la même durée de temps à la Nasa. La confrontation, même si elle ne manque pas d’intérêt, prend du temps ; elle ne peut pas se conclure en quelques minutes. D’autre part, on jette toujours la pierre aux astro logues, en une sorte d’opposition systématique du « rêveur » avec le « rationnel ». C ependant, étant moi-même doté d’un esprit un tant soit peu scientifique il m’apparaît étonnant que la thèse scientifique opposée
en général à l’astrologie, comme une sorte de « mod e d’emploi » du bien-pensé en la matière, ne soit un peu plus étayée, à savoir qu’elle commence par discuter de la validité des bases de l’astrologie et de son fondement avant de répondre à la question de savoir si la naissance de Jésus-Christ était indiquée par le passage d’une comète ou si les prophéties de Nostradamus avaient prédit la chute d e la station Mir… Existe-t-il une méthode empirique capable de démontrer l’astrologie, et cette question a-t-elle même un sens ? L’astrologie, en tant qu’ésotérisme, s’adres se avant tout à l’homme intérieur, spirituel, et cherche à montrer notre liaison avec l’univers. De même que nous détectons, en physique nucléaire, l’apparition de photons lors de la collision entre deux particules, se pourrait-il que notre psyché agisse, vis-à-vis de l ’univers, comme une plaque photosensible et nous renvoie une sorte de « rayonn ement psychique » analysable à la manière du spectre de la lumière visible ? Brutalement, un esprit « rationnel » dira par exemp le : « votre vie n’a assurément aucun rapport avec la position des étoiles » et il est vrai que ma problématique quotidienne est surtout de savoir s’il y a un préav is de grève sur le RER et non pas de connaître la position de Saturne. Pourtant, j’ai en tendu récemment un astronome à la radio qui m’a fait réaliser la chose suivante : la totalité des atomes qui nous constituent proviennent des étoiles, ont même été créés par les étoiles. Cela paraît effarant, mais c’est la vérité vraie. Après tout, l’hypothèse astrologique n’est peut-être pas si idiote que ça. En effet, à l’instar des parallèles qui se créent, à notre époque entre le bouddhisme et la mécanique quantique par exemple, pour citer une question très actuelle, l’explication scientifique de l’astrologie pourrait vraisemblablement avec un peu de méthode apparaître beaucoup plus plausible. D’un autre côté, lorsqu’on voit quelqu’un qui prétend être la réincarnation avérée d’une célébrité quelconque de l’antiquité, être capable d’entrer en communication télépathique avec des entités spiritu elles extra-terrestre ou recevoir des messages radio de nos défunts parents, c’est certes beaucoup plus « fun » et moins austère qu’un exposé de mécanique des fluides, mais c’est avant tout beaucoup plus dangereux pour l’individu. On peut en effet difficilement écarter l’idée que l’instigateur de ces thèses ait pu se tromper, voire ait voulu « tromper » ; mais peut-être aussi que pour répondre à cette question, j’entends par là pour pouvoir apporter un quelconque crédit ou discrédit à une explication ésotérique, nous ne sommes tout simplement pas assez armés scientifiquement. En ce simple « mais » réside la clé de ce que je propose de faire avec ce livre : il faut en réalité, il me semble, se donner des moyens « sc ientifiques » ou disons plus « rationnels » d’étudier la validité de telle ou te lle hypothèse ésotérique. L’ésotérisme 1 n’est pas qu’une élucubration fantaisiste : il a, et Jung l’a amplement démontré , un rôle protecteur vis-à-vis des forces de notre inconscien t qui peut être tout à fait déterminant pour notre équilibre mental. Pour revenir aux fameu x débats sur l’ère du Verseau, on 2 dirait que le « rationnel » se borne à constater que le « rêveur » est irrationnel . Il semble qu’on passe d’un extrême à l’autre sans aucun garde-fou. Pourquoi ? La réponse est évidente : ces garde-fous étaient auparavant fournis par la 3 religion ou les diverses traditions religieuses . La tradition juive à sa kabbale, les musulmans ont également un ésotérisme très étoffé. La tradition chrétienne paraît faire exception, mais c’est seulement le cas d’une partie plus « puriste » de cette dernière qui se conforme parfois au simple fait que l’astrologie est dénoncée dans la bible comme faisant partie de la sorcellerie. Cette façon de voir a elle aussi ses limites. En appliquant les écrits bibliques (ou autres) à la lettre, on peut aussi bien en arriver à nier la théorie de l’évolution, ce qui est une des formes les plus dan gereuses de ce qui n’est autre qu’une
sorte d’ésotérisme biblique. Un autre versant de la tradition chrétienne se rapprochant des gnostiques et des évangiles apocryphes se réclame quant à lui de l’ésotérisme et est parallèlement beaucoup plus nuancé dans ses critiques envers les autres religions. Le bouddhisme, réputé pour sa façon de voir très pr agmatique, compare dans certaines écoles zen l’intoxication par le biais d’ un excès d’ésotérisme à l’intoxication obtenue par la drogue. Le cinquième précepte (ou « commandement ») bouddhique consiste en effet à ne pas prendre d’intoxicants. M ais on peut s’intoxiquer physiquement ou mentalement… Tout est une question de dosage et de proportions. Je n’irai pas dire le contraire, être trop ésotérique peut se révéler la plus efficace des prisons. Faut-il cependant, à l’image des évangiles gnostiques, accepter en nous une part d’ésotérisme pour accéder à plus d’humanité et de fraternité entre les religions ? J’en suis pour ma part tout à fait convaincu. Mais pour aller jusqu’au bout de mon propos, je terminerai par une anecdote un peu plus « terre à terre » : Lors de ma dernière périod e de chômage, je me suis décidé à effectuer un bilan de compétences. Lors de ce bilan , on m’a notamment fait passer des tests de personnalité pour déterminer vers quel type de société (taille, secteur d’activité, etc.) je devais orienter ma recherche d’emploi. J’ai répondu à un ensemble de questions sur ordinateur qui permettaient, selon une technique d’étude de la personnalité mise au point par C.G. Jung (décidément il me poursuit !), de fournir huit grands « profils » de candidats différents. C’est pour moi tout à fait comparable à une forme d’ésotérisme [en un mot, il s’agit de la connaissance de soi]. La différence est sans aucun doute ici due à la méthode d’approche, fondée sur l’expérience de la p sychologie et de l’analyse du comportement que nous maîtrisons mieux aujourd’hui, et qui paraît de fait plus rigoureuse, à condition toutefois que le sujet ai répondu en toute sincérité – car beaucoup préfèrent répondre en « orientant » leurs réponses selon une stratégie personnelle. Quoi qu’il en soit, la multiplication de ces techniques sur le marché du travail, que l’on constate à l’heure actuelle, me pousse à faire le constat su ivant : la psychologie et la psychiatrie modernes jouent aujourd’hui vis-à-vis de l’intégrat ion sociale et humaine le rôle laissé vacant par la religion. On est tenté de dire que de ce point de vue, notre société paraît aujourd’hui singulièrement malade, pour ne pas dire traumatisée ! Nous devons, en quelque sorte, nous « réapproprier » l’univers pour y « re »-trouver notre place, cet univers dont la compréhension nous est dorénavant i mposée par la science ; non pas pour prouver que la science se trompe, mais pour redevenir des acteurs « participants » de cet univers au lieu d’en être simplement réduit au rôle de « consommateurs » à qui on fournit en quelque sorte un mode d’emploi. Je terminerai sur une citation du maître zen Kodo Sawaki :« Aucune action n’est séparée de l’univers : chacun de nous est un modèle réduit de l’univers ». Voilà en substance la question que je me pose et à laquelle j’essaie ici d’apporter des réponses.
1. « Le psychologue moderne, écrit Jung, a conscience qu’il ne peut réaliser rien de plus qu’une description, formulée à l’aide de symboles scientifiques, d’un phénomène psychique, dont la nature véritable est aussi transcendante par rapport à la conscience que le mystère de la vie ou de la matière. » L’expression de phénomène psychique étant ici ramenée au sens même que lui confère sa double étymologie :ce qui fait apparition dans la psyché, il devient dès lors évident pour Jung que, devant un symbole religieux, la vision d’un mystique ou l’opération d’un alchimiste hellénistique ou médiéval, il ne s’agit pas tant de conclure par un « ce n’est que psychologique » (au sens d’une production de notre appareil psychique), que de reconduire ce symbole, cette vision ou cette opération aux processus d’une imagination créatrice qui est l’organe de l’âme en même temps qu’elle en est organisatrice – autrement dit, de poser qu’il existe un monde de l’âme dont la réalité est tout aussi irrévocable que celle de
la matière et de l’esprit, ou pour adopter un autre vocabulaire, du sensible et de l’intelligible – Extrait de C.G. Jung « Les racines de la conscience ». 2. Pourtant, lorsqu’un scientifique comme Hubert Reeves explique la théorie du big-bang et la formation de l’univers, il n’a d’autre moyen que d’employer l’image du reflux de la marée pour expliquer l’apparition des structures solides. Le langage lui-même paraît, et il l’avoue humblement, complètement impropre à décrire une telle réalité transcendante – voir Hubert Reeves, dans son livre « Patience dans l’azur ». 3. « L’inconscient collectif est tout sauf un système personnel clos, c’est une objectivité vaste comme le monde et ouverte au monde entier. Je suis l’objet de tous les sujets, dans le plus total renversement de ma conscience ordinaire où je suis toujours un sujet quia des objets. Là, dans l’inconscient collectif, je suis à ce point relié au monde dans une liaison tellement plus immédiate que je n’oublie que trop facilement qui je suis en réalité. « Perdu en soi-même » est une heureuse expression pour caractériser cet état. Mais ce soi est le monde, ou un monde, si un conscient pouvait le voir. C’est pourquoi on doit savoirquil’on est. En effet, à peine l’inconscient nous touche-t-il qu’on l’est déjà, car on devient inconscient de soi-même. C’est là le danger premier déjà connu instinctivement de l’homme primitif, qui se tient encore si près de ce plérôme, et objet de son effroi. Sa conscience est en effet encore incertaine et chancelante. Elle est encore enfantine, émergeant à peine des eaux premières. Une vague de l’inconscient peut facilement le submerger ; il oublie alors qui il était et fait des choses dans lesquelles il ne se connaît plus lui-même. Si les primitifs ont une telle peur des affects incontrôlés, c’est que la conscience disparaît trop facilement au cours de ceux-ci et laisse le champ libre à lapossession. C’est pourquoi tous les efforts de l’humanité tendent à la consolidation de la conscience. C’est à cela que servaient les rites, les « représentations collectives », les dogmes ; c’étaient des digues et des murailles élevées contre les dangers de l’inconscient, les « périls of the soul ». C’est pourquoi le rite primitif consiste à chasser les esprits, à ôter les sorts, à écarter le mauvais œil, à rendre propice, à purifier et à produire de façon analogique, c’est-à-dire magique, l’événement secourable. Ce sont des murs construits depuis les temps les plus lointains, qui plus tard devinrent les fondements de l’Eglise. Ce sont aussi, pour cette raison, ces murs qui s’effondrent lorsque les symboles s’affaiblissent sous l’effet de l’âge. Les eaux montent alors plus haut et des catastrophes déferlent à perte de vue sur l’humanité. » –Tiré de C.G. Jung « Les racines de la conscience »[qu’on me pardonne cette assez longue citation, car elle éclaire très – précisément le sujet de toute ma préoccupation.]
Heijo Shin
Lpagne faire un petit voyageorsque j’avais 21 ans, nous avons voulu avec ma com africain. Nous avions décidé de partir du Togo, don t elle est originaire, pour rejoindre à travers le Ghana la Côte d’Ivoire, en empruntant les taxis-brousse de ces pays. Le voyage à travers le Ghana prit toute une journée pendant l aquelle nous changeâmes régulièrement de car, à l’arrivée dans certaines vi lles-étapes. Le plus folklorique fut certainement le dernier taxi-brousse, bondé à ras-bord, dans lequel un religieux entonnait des chants bibliques repris en cœur par l’ensemble des gens du bus ! Ça valait le détour… Finalement, notre taxi-brousse arriva au village-frontière à la nuit tombée et la frontière était fermée jusqu’au lendemain. Les autres passagers rentrèrent chez eux, mais nous n’avions pas d’endroit où dormir car il n’y avait pas d’hôtel dans ce petit village. Après maintes péripéties, nous avons trouvé asile à la douane. Un douanier, qui nous servit de guide, nous dit qu’il était plus sûrs pour nous d’y dormir et nous acceptâmes sa proposition. A la douane, une maison permettait aux douaniers de dormir et de se restaurer, mais les quartiers étaient séparés entre hommes et femmes. Les hommes devaient dormir d’un côté et les femmes de l’autre, de sorte qu’on nous indiqua chacun une chambre. Le lendemain, mon guide me réveilla pour aller se l aver avec les autres douaniers dans la lagune toute proche ! Je les suivi jusqu’au bord de la lagune… Ils s’arrêtèrent à un endroit et chacun commença à se déshabiller. J’étais un peu réticent à me mettre nu devant eux, certainement complexé du fait que nous n’avions pas du tout le même gabarit, et intimidé car que j’étais quand même en train d’aller me baigner avec toute la douane du poste frontière ! Mon guide sentit ma gêne, et il me dit « nous somme s tous des hommes ». Et cette simple phrase me débloqua, je me suis dit qu’après tout il n’y avait rien de plus naturel que de se baigner au bord de la lagune, et que je n ’avais pas à me soucier de nos différences. En l’espace d’un instant, les catégories avaient volé en éclats. Classe sociale, aspect physique, couleur de peau : tout avait disparu, nous n’étions plus que des hommes semblables au bord de la lagune. Lorsque je suis en tré dans l’eau, une formidable énergie de vie m’a traversé des pieds à la tête et je me suis senti revivre, littéralement, j’avais l’impression d’être redevenu un animal sauvage. J’ai compris alors qu’il n’y avait pas de différence entre les hommes et que nous étio ns tous, comme me le disait mon guide, « des hommes de la Terre ». Même les animaux , tous les êtres vivants, sont comme nous : dans la nature, chacun cherche un poin t d’eau pour s’y abreuver et s’y laver. Lorsque j’ai rejoint mon amie et que nous avons traversé la frontière ensemble, je me sentais heureux, vivant, fier d’être un homme libre. La suite de cette histoire, si elle ne manque pas d’intérêt, serait trop longue à raconter et nous écarterait du sujet. Certaines personnes, à qui j’ai relaté plus tard ce tte expérience, m’ont dit qu’à ce moment j’avais certainement ouvert mon premier chak ra, le chakra Racine, en termes clairs rétabli le contact avec la terre. Ils me dirent que c’était un point très important car dans nos sociétés occidentales, l’homme est coupé de la terre, de ses racines, et toute l’énergie du corps se concentre vers le haut, de la poitrine à la tête. Le contact avec la terre est rompu. Je pense qu’il faut souvent une expérience forte pour le réaliser. Cet éveil de la conscience est toujours vécu dans l’instant, il ne faut pas oublier d’actualiser l’éveil, de vivre cela et de le démontrer par nos actes de tous les jours. Il ne sert évidemment à rien de se dire : « je suis supérieur, j’ai accès à une vérité ultime », car cela viendrai renverser le sens de cette expérience, qui est découverte de la réalité, de la liberté et de
l’équanimité des êtres. En fait j’avais découvert, sans le savoir, ce que les maîtres zen appellentHeijo shin, l’éveil naturel de la conscience au monde. Le passa ge suivant, qui explique un peu de quoi il s’agit, est tiré du livre « L’autre rive » du maître zen Taisen Deshimaru, fondateur de l’association zen que j’ai fréquentée par la suite à Paris : Joshu demanda : « Qu’est-ce que la vraie Voie ? » Nansen répondit : «Heijo shinest la vraie Voie. » Au temple japonais de Soji-ji, fondé par maître Kei zan, heijo shinest écrit partout, dans toutes les pièces du temple. On donne même aux visiteurs des gâteaux sur lesquels est écrit :Heijo shin, l’esprit quotidien est la vraie Voie. Qu’est-ce que le satori [l’éveil] ? C’est l’esprit normal, ce n’est pas quelque chose de spécial ni de mystérieux.On peut préparer, créerheijo shin, mais si on veut l’expliquer, ce n’est pas le vraiheijo shin. Par heijo shin, Joshu obtint le satori. L’esprit de Joshu devint clair comme la lune, grâce à la réponse de maître Nansen. Maître Basho dit [à ce sujet] : « Si vous voulez obtenirdo, la vraie Voie, le vrai satori, pas besoin de faire des efforts volontaires, ne créez pas d’impuretés. » Qu’est-ce que zennaartifice, la fiction,[L’impureté] : l’imagination, la fabrication, l’  ? une chose artificielle comme le maquillage. Si possible, la beauté naturelle est mieux.À propos de l’esprit, ne créez pas d’artifice. Si vous créez un esprit artificiel, vous devenez zenna et la vie devient compliquée. Les gens sont i nfluencés par les autres, par leurs critiques et, voulant alors mentir et se dissimuler, ils créent l’impureté, la pollution.Si vous abandonnez zenna, l’impureté, les bonnos[les démons], les fictions, les artifices de l’esprit, vous pourrez comprendre la vraie Voie.Heijo shin kore do[signifie] la vraie Voie : sans artifice, sans prétention, sans intention, inc onsciemment, naturellement, automatiquement.ndonner ; il n’y a niIl n’y a ni bien ni mal, rien à prendre, rien à aba degré ni étape, ni saint ni vulgaire. «Heijo shin kore dos’ouvre et se ferme dans cette maison. Mille portes et dix mille maisons s’ouvrent et se ferment au même instant. » (C’est ce qu’on appelleshin heijo kore dorole brève, une exclamation, le quotidien.) C’est comme un éternuement, une pa brusque, sans idée préconçue, qui jaillit inconscie mment. Telle est la conclusion de [maître] Dogen. Dogen dit : « Si vous comprenez la voie de l’étonne ment, vous comprenez heijo shin. » Dogen écrit : « À la finheijo shin, c’est comme un gros pet, on ne peut le préparer ni l’imiter, chacun est différent. »shin Heijo aussi est différent pour chacun, on ne peut l’imiter. Lorsqu’on s’exclame par surprise, c’est pareil. (…) « Etudier la Voie de Bouddha, c’est étudier l’ego. Etudier l’ego, c’est abandonner l’ego. Abandonner l’ego, c’est être certifié par toutes les existences. Et par tout le cosmos. » dit Dogen. Corps et esprit sont en unité. Aussi n’y a-t-il pas deux voies qui seraient l’étude de l’esprit et l’étude du corps. Quand on étudie l’esp rit, cela inclut l’étude du corps et de l’esprit. Quand on étudie le corps, cela inclut l’étude de l’esprit et du corps. (…) En conclusion, Heijo shin est l’une des quatre expr essions de l’esprit d’éveil, bodaishin. Ces quatre expressions sont : • Seki-shin : un esprit pur, sincère, honnête, sérieux. • Kobutsu-shin : l’esprit des anciens bouddhas.