L'éthique médicale en Afrique

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La crise profonde que connaissent les soins de santé en Afrique subsaharienne est rarement analysée du point de vue éthique, moral et déontologique. L'auteur a choisi de mettre en évidence les conflits d'intérêts et des valeurs présents dans les pratiques des médecins, il montre comment ces conflits sont parmi les causes majeures des dysfonctionnements des soins de santé en Afrique subsaharienne.

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Date de parution 01 octobre 2014
Nombre de lectures 22
EAN13 9782336357201
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Olivier Nkulu Kabamba
L'ÉTHIQUE
MEDICALE
EN AFRIQUE
La crise profonde que connaissent les soins de santé
en Afrique subsaharienne est rarement analysée du point
de vue éthique, moral et déontologique. Les problèmes
éthiques liés à la prise de décision dans l’exercice même L'ÉTHIQUE de la médecine, aux erreurs médicales, aux conflits de
valeurs, aux conflits d’intérêts, sont souvent ignorés parmi Romanles facteurs causals de cette crise. Dans cet ouvrage, Olivier
Nkulu Kabamba a choisi de mettre en évidence les conflits MEDICALE
d’intérêts et des valeurs présents dans les pratiques des
médecins, et montre comment ces conflits sont parmi les
causes majeures des dysfonctionnements des soins de santé EN AFRIQUE
en Afrique subsaharienne.
Olivier Nkulu Kabamba est docteur en bioéthique au programme des
Sciences Humaines Appliquées de l’Université de Montréal (Québec)
au Canada. Il est l’auteur de : Les médecins en Afrique et la sorcellerie Confits d’intérêts (Éditions L’Harmattan, 2014), La maladie vue par les médecines et
les croyances (Éditions Persée, 2013), L’assistance médicalisée pour et confits de valeurs
mourir : les soignants face à l’humanisation de la mort (Éditions dans les pratiques L’Harmattan, 2013), La philosophie de la médecine s
Academia / L’Harmattan, 2012). des médecins
Illustration de couverture : © J. Allain / Jalka Studio
ISBN : 978-2-343-04156-8
16,50 €
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L’ÉTHIQUE MEDICALE EN AFRIQUE Olivier Nkulu Kabamba





L'éthique médicale en Afrique
Conflits d'intérêts et conflits de valeurs
dans les pratiques des médecins


Olivier Nkulu Kabamba







L'ETHIQUE MEDICALE EN AFRIQUE
Conflits d'intérêts et conflits de valeurs
dans les pratiques des médecins











L’Harmattan































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04156-8
EAN : 9782343041568
Introduction
En Afrique subsaharienne, voilà déjà plusieurs décennies que
durent et persistent la crise et les dysfonctionnements des systèmes
de soins de santé. Parmi les origines et les éléments constitutifs de
cette crise et de ces dysfonctionnements, on évoque bien souvent,
et avec raison, tout un ensemble des causes complexes qui sont
complémentaires les unes des autres, notamment :- un défcit
des politiques adoptées par les gouvernements,- les stratégies
mal ciblées et mal orientées des organismes internationaux
qui fnancent les programmes spécifques en soins de santé, -
l’insufsance des moyens fnanciers alloués,- la pauvreté qui
ne permet pas aux gens de payer les soins médicaux,- la faible
capacité des infrastructures pour ofrir des services de qualité,
- la pression des lobbies des industries pharmaceutiques, - une
répartition inéquitable des services des soins entre les villes et
les milieux ruraux : la quantité et la qualité des soins de base
fournis aux populations rurales qui sont largement majoritaires
1en Afrique subsaharienne restent médiocres, - une dommageable
accentuation des inégalités dans l’utilisation des services de santé,
un déséquilibre en termes de demande et d’ofre de ces services,
- une forte démobilisation autour de l’ofre publique de soins, un
désintérêt fagrant des certains principaux acteurs, notamment
les médecins, - les insufsances et les lacunes dans la formation
de base assurée aux candidats médecins et infrmiers,- le manque
1 Cfr EBEN-MOUSSI, E., L’Afrique doit se refaire une santé : témoignage et
réfexion sur 4 décennies de développement sanitaire, Paris, L’Harmattan,
2006.
5
Nkulu_final.indd 5 25/07/2014 14:44:05de valorisation et d’encadrement adéquats des pratiques de la
médecine traditionnelle.
« Cinquante ans après leur accès à la souveraineté nationale,
les pays d’Afrique subsaharienne subissent encore, de façon très
discordante, une situation sanitaire inacceptable en ce début
edu XXI  siècle  » écrit Hubert Balique, docteur en médecine,
économiste et socio-anthropologue, maître de conférences à
la Faculté de médecine de Marseille et conseiller technique
2au ministère de la Santé du Mali . De leur côté, Karl Blanchet,
chercheur spécialiste des systèmes de santé à la London School
of Hygiene and Tropical Medicine et Regina Keit, hresponsable
des politiques de l’association Save the Children section
RoyaumeUni, soulignent que : « Tout le monde le sait, les systèmes de santé
en Afrique se sont gravement dégradés depuis vingt-cinq ans :
salaires faibles – par exemple, le pouvoir d’achat d’un médecin
nigérian est 25 % moins élevé que celui d’un médecin d’Europe
de l’ouest (cf. Stillwell et al.) –, absence de perspectives de carrière,
conditions de travail précaires (bâtiments qui se délabrent,
manque de médicaments et d’équipement dans les hôpitaux
publics), insécurité permanente liée à l’instabilité politique, charge
de travail croissante due au manque de personnel et aux ravages
du sida (on estime qu’en Afrique, et selon les pays, entre 19 % et
53 % des morts parmi les professionnels de la santé sont causés
3par cette pandémie) (cf. Tawfk, Kinoti) . L» e 24 novembre 2011,
une étude publiée par la revue médicale britannique «  British
Medical Journal » (BMJ) montre le coût fnancier représenté par
2 BALIQUE, H., «  Le déf de la santé en Afrique subsaharienne et ses
perspectives » in KEROUEDAN, D. (dir.), Santé internationale : Les enjeux
de santé au Sud, Paris, Presses de Sciences Po, « Hors collection », 2011, p.29.
3 BLANCHET, K. & KEITH, R., « L’Afrique tente de retenir ses médecins » in
Le Monde diplomatique, décembre 2006. http://www.monde-diplomatique.
fr/2006/12/BLANCHET/14226
Dans leur article, les auteurs citent deux etudes : -Stillwell et al., « Managing
brain drain and brain waste of health workers in Nigeria», Bulletin of the
World Health Organization, Genève, août 2004.
6
Nkulu_final.indd 6 25/07/2014 14:44:05l’émigration des médecins de neuf pays d’Afrique sub-saharienne
vers l’Europe, l’Australie et l’Amérique du Nord. L’étude concerne
l’Éthiopie, le Kenya, le Nigeria, le Malawi, la Zambie, le Zimbabwe,
4l’Ouganda, la Tanzanie et l’Afrique du Sud. Cette fuite coûteuse
des médecins africains à l’étranger n’est pas sans conséquence
5pour l’Afrique sur le plan des systèmes des soins de santé. En
efet, l’exode des médecins formés en Afrique et qui partent en
Europe, en Australie et en Amérique du Nord, représente une
perte sèche de plusieurs milliards de dollars pour le continent
africain et autant de bénéfce pour les pays de destination. Selon
ce rapport : « le montant de 384 millions de dollars économisés
par le Canada, selon les estimations, est le plus faible parmi les
quatre pays de destination étudiés. Les autres chifres sont les
suivants : L’Australie a réalisé une économie de 621 millions de $ ;
Les États-Unis, 846 millions de $, le Royaume-Uni, 2,7 milliards
6de $ » . « Avec près de deux milliards d’économie réalisée grâce
à l’arrivée de ces médecins africains, les pays de destination ne
devraient pas avoir trop de mal à se montrer généreux avec les
pays qui ont été ainsi dépouillés de leurs forces vives » afrme
- Linda Tawfk & Stephen Kinoti, « Te impact of HIV/AIDS on the health
sector in Sub-Saharan Africa: Te issue of human resource»s, Academy for
Educational Development, Washington, 2001.
4 Edward J Mills, (chair of global health), Steve Kanters (statistician) , Amy
Hagopian (assistant professor of global health), Nick Bansback ( health
economist), Jean Nachega, (professor of medicine, and director), Mark
Alberton (research associate), Christopher G Au-Yeung (research assistant),
Andy Mtambo (research scientist), Ivy L Bourgeault (professor), Samuel
Luboga (deputy dean, education), Robert S Hogg (professor of health
sciences), Nathan Ford (research associate), “Te fnancial cost of doctors
emigrating from sub-Saharan Africa: human capital analysi” is n BMJ
2011;343:d7031http://www.bmj.com/content/343/bmj.d7031
5 CfrKOUVIBIDILA, G.-J., La fuite des cerveaux africains : Le drame d’un
continent réservoir, Paris, L’Harmattan, 2009.
6 SULLIVAN, P., « L’infux de médecins sud-africains au Canada a épargné
au pays 384 millions de dollars, afrme le BMJ » publié le 19 déc. 2011
http://www.cma.ca/medecins-sud-africains-canada-epargne-384-millions
7
Nkulu_final.indd 7 25/07/2014 14:44:057Jean-Daniel Flaysakier . À ce sujet on peut aussi lire avec intérêt
l’analyse de Sarah Sauneron pour qui la migration des médecins
africains vers les pays développés constitue une partie de la crise
des ressources humaines du secteur de la santé dans les pays en
voie de développement qui, reconnaît-elle, est un phénomène
multifactoriel. Décrivant l’ampleur du phénomène et expliquant
les causes et les conséquences, les institutions internationales
semblent avoir pris la mesure de l’enjeu : il faut désormais que
cela se traduise en actions concrètes en envisageant diférentes
solutions dans l’espoir de stopper cette fuite des cerveaux. En
efet, si aucune mesure d’envergure n’est prise dès maintenant
pour renforcer les ressources en personnel soignant, les futurs
investissements en santé de la communauté internationale
n’auront que des efets très limités sur la situation sanitaire des
8populations des pays concernés . Des préoccupations de même
nature ont aussi été à l’origine de la publication par l’Association
Médicale Mondiale (AMM), en 2003, d’une « Prise de position sur
les directives éthiques pour le recrutement des médecins au niveau
international » : « les mouvements de migration internationale des
médecins s’efectuent généralement des pays pauvres vers les pays
riches. Les pays pauvres prennent en charge les frais de formation
des médecins émigrants et ne reçoivent aucune compensation
quand ils se rendent dans un autre pays. Le pays hôte gagne ainsi
9une ressource de valeur sans avoir à en payer le prix » .
7 FLAYSAKIER, J.-D., « La fuite coûteuse des médecins africains » in Slate
Afrique du 19 mars 2012. http://www.slateafrique.com/75117/fuite-cou -
teuse-des-medecins-africains
8 SAUNERON, S. «  La migration des médecins africains vers les pays
développés » in KEROUEDAN, D. (dir.), Santé internationale : Les enjeux de
santé au Sud, Paris, Presses de Sciences Po, « Hors collection », 2011,
p.2072013.
9 ASSOCIATION MEDICALE MONDIALE, « Prise de Position de L’AMM
sur les Directives Éthiques pour le Recrutement des Médecins au Niveau
International ». Adoptée par la 54  assemblée générale de l’AMM, Helsinki, le
e
17 Septembre 2003. http://www.wma.net/fr/30publications/10policies/e14/
index.html
8
Nkulu_final.indd 8 25/07/2014 14:44:05Et pourtant, observe le Professeur Ahmed Driouchi : « les
pays d’origine et les pays de destination accusent un défcit en
médecins, mais le marché est ouvert. S’ils veulent convaincre
les médecins d’exercer dans leur pays d’origine, les pays du sud
devront coûte que coûte augmenter les salaires et avantages et
mettre en place une véritable politique d’attractivité. Cela passe
également par l’amélioration des conditions générales à savoir
10une vraie démocratie et une condition de vie améliorée » .
Il est connu qu’en Afrique subsaharienne, le niveau des soins
de santé oferts et l’état des systèmes des soins de santé ne sont
jamais localement considérés comme références ou indices de
développement. L’idéal de « la santé pour tous » semble relever
bien souvent de l’ordre d’un slogan politique et de l’utopie que
11de la réalité . Dans bien des cas, les prestataires et les usagers des
soins font face à une médecine souvent « inhospitalière » qui ofre
12des services dont tous déplorent la quantité et la qualité . Par
leurs agissements le personnel médical déforme l’image des soins
de santé en milieu hospitalier. Ainsi à Konakry, des personnes
interviewées ont révélé qu’un hôpital public était appelé, il y a
10 AHMET DRIOUCHI, « Repenser la migration des médecins » in L’actualité
économique en Méditerranée du 27 avril 2012, http://www.econostrum.info/
Repenser-la-migration-des-medecins_a10092.html
11 - PERRUDIN, F. et l’association ESSENTIEL, « Droit à la santé dans les pays
erdu sud… réalité ou utopie », Table ronde, Nantes le 1 juin 2012, h t t p : //
www.alcid.org/droit-sante-dans-pays-sud-realite-ou-utopie.html
- ELHALI, M., « Droit à la santé pour tous : réalité ou utopie ? », in Pharmapress
du 31 octobre 2012
http://www.pharmapress.net/page/actualite/actualitegenerale/actualite-sante/droit-a-la-sante-pour-tous-utopie-ou-realite.html
- KODIA, N., « Droit à la santé au Congo-Brazzaville : réalité ou simple
utopie ?  », in D.A.C. du 5 novembre 2012
http://www.dac-presse.com/
actualites/a-la-une/sciences-a-sante/1047--droit-a-la-sante-au-congobrazzaville-realite-ou-simple-utopie.html
12 JAFFRÉ, Y., OLIVIER de SARDAN, J.P., (éds), Une médecine inhospitalière.
Les difciles relations entre soignants et soignés dans cinq capitales d’Afrique
de l’Ouest, coll. « Femmes et société », Paris, APAD - Karthala, 2003.
JAFFRÉ, Y., Une médecine inhospitalière, Paris, Karthala, 2005.
9
Nkulu_final.indd 9 25/07/2014 14:44:05de cela quelques années, « hôpital aide-moi à mourir », et à ce
sujet, l’essayiste et historien français d’origine malienne Tidiane
Diakite fait, dès lors, la remarque suivante : « nombre d’hôpitaux
publics africains sont de hauts lieux d’inhumanisme du fait de
13lacunes notoires relevées dans les politiques de santé publique » .
La détérioration des infrastructures et du système de santé
publique, l’irrégularité des subventions gouvernementales
souvent insufsantes, incombent en général à l’État qui joue un
rôle centralisateur sans jamais y parvenir pleinement.
Cette crise et ces dysfonctionnements des systèmes de
santé et des pratiques de soins en Afrique subsaharienne sont
rarement analysés du point de vue éthique. Les problèmes
éthiques liés à la prise de décision dans l’exercice même de
la médecine, aux erreurs médicales, aux confits de valeurs,
aux confits d’intérêts, sont souvent ignorés parmi les facteurs
causals. Ils ne sont quasi jamais évoqués comme jouant parfois
un rôle déterminant dans certains aspects de cette crise et dans
les dysfonctionnements mis en évidence. En d’autres mots, les
responsabilités dues au manquement des principes de l’éthique
médicale et des règles déontologiques ne sont jamais sufsamment
épinglées comme faisant partie des facteurs déterminants qui
entretiennent cette crise, créent et multiplient les mécanismes des
dysfonctionnements. Dans ce contexte, le statut des principaux
prestataires des soins que sont les médecins n’est quasi jamais
l’objet d’attention du point de vue éthique. Parmi les problèmes
souvent médiatisés, on ne retient des médecins africains que leurs
légitimes revendications des salaires décents, leurs réclamations
répétées des conditions et des moyens de travail adéquats. Mais
à tout le moins, l’on ne s’intéresse quasi jamais aux problèmes
éthiques liés à la manière dont ils pratiquent leur métier et à leur
manière d’être dans la relation avec leurs patients. On ne s’occupe
quasi jamais des évidents confits de valeurs et des manifestes
13 DIAKITE, T L.’, Afrique malade d’elle-même, Paris, Karthala, 1989, p.72.
10
Nkulu_final.indd 10 25/07/2014 14:44:05confits d’intérêts qui gravitent autour du statut des médecins et
de leurs pratiques comme acteurs au centre du système de santé et
de fonctionnement des soins.
Il est à noter que, quand on parle de la crise des soins de
santé en Afrique, on s’attarde donc longuement sur ses causes
exogènes et difcilement sur ses causes endogènes qui, souvent
ignorées, participent, elles aussi, de manière forte au maintien
et à la perpétuation de cette crise. Parmi les causes endogènes,
certaines, à mon avis, relèvent davantage de l’éthique médicale.
Vu sous cet angle, traiter des causes endogènes de la crise que
traversent les systèmes et les pratiques des soins de santé en
Afrique subsaharienne relève souvent de l’ordre du déf, étant
donné la rareté des réfexions ad hoc en matière d’éthique
médicale. La démarche éthique passe souvent à l’arrière-plan et
intéresse moins les acteurs, pourtant elle constitue bien souvent le
cœur même des certaines causes endogènes qui fragilisent l’ofre
en matière des soins de santé. Dans beaucoup de pays africains,
les médecins éprouvent de grandes insatisfactions dans l’exercice
de leur profession, soit à cause des ressources limitées, d’une
mauvaise microgestion publique et / ou privée de la prestation des
soins, soit à cause des conditions de travail qui ne répondent pas
à leurs attentes. On rencontre rarement en Afrique des rapports
médiatiques à sensation relatant des erreurs médicales et des
comportements contraires à l’éthique médicale, ou encore de
mises en cause de leur autorité et par les patients et par les autres
soignants.
Dans le cadre de l’analyse des diférents facteurs à la base de la
crise des soins de santé en Afrique, fgurent donc
immanquablement les confits de valeurs et les confits d’intérêts qui
nécessitent d’être mis en évidence. L’importance de ces confits
souvent minimisée ou passée sous silence mérite une attention
particulière de la part des décideurs et des acteurs. Car ces confits
constituent un déf de taille à relever. Mettre en évidence les
confits de valeurs et les confits d’intérêts que l’on peut observer
11
Nkulu_final.indd 11 25/07/2014 14:44:05dans les pratiques médicales en Afrique, et cela dans le but de
sensibiliser les décideurs et de mobiliser les acteurs afn de trouver
des moyens adaptés et des méthodes appropriées pour combattre
ces antivaleurs qui souvent bloquent le bon fonctionnement
dans l’ofre des soins, telle ma préoccupation principale dans cet
ouvrage.
Plan de présentation
Inscrit dans la sphère de l’éthique médicale, le présent ouvrage
s’articule autour de trois axes :- le premier axe est celui autour
duquel est organisée la compréhension des notions de base,
à savoir « l’éthique », « la morale », « l’éthique médicale », « la
bioéthique », « la déontologie médicale », « les confits de valeurs »
et « les confit d’intérêts ». La compréhension de ces notions
permet de mieux se retrouver dans les méandres des réalités
évidentes des confits de valeurs ainsi que des confits d’intérêts
qui compliquent le bon exercice de la médecine en milieu africain.
La compréhension de ces notions pousse à chercher des stratégies
pour mettre en évidence les confits de valeurs, prévenir et gérer les
confits d’intérêts.- le deuxième axe est constitué par le repérage
des lieux où sont identifés les confits de valeurs et les confits
d’intérêts ainsi que les mécanismes à travers lesquels ces confits
participent à la crise et aux dysfonctionnements du système de
santé et des pratiques des soins en Afrique subsaharienne. Il s’agit
de montrer que les confits de valeurs non résolus et surtout les
confits d’intérêts manifestes non condamnés dans les pratiques
médicales constituent des facteurs causals majeurs de la crise
que traversent les systèmes des soins de santé.- le troisième axe
est celui autour duquel oscille la compréhension des notions
éthiques de « conscience professionnelle » et d’« indépendance
professionnelle » des médecins. Celles-ci sont présentées comme
conditions éthiques indispensables dont il faut tenir compte
pour ajuster le statut et les pratiques des médecins aux exigences
d’une médecine dont la vocation sociale en Afrique reste toujours
12
Nkulu_final.indd 12 25/07/2014 14:44:05à démontrer, vu la manière dont elle fonctionne et les défcits
éthiques que l’on observe dans certains aspects de la pratique
même des soins.
Les trois axes ici retenus se situent au niveau théorique et donc
n’ont pas la prétention casuistique de résoudre les problèmes
singuliers, ni de régler les cas particuliers. Par contre, ils ont
l’ambition d’ofrir aux acteurs un cadre de praxis réfexive qui
peut contribuer de manière efcace à mettre en évidence et à
résoudre les problèmes éthiques autour de l’ofre des soins de
santé dans les milieux africains. Et pour aborder ces problèmes,
j’ai choisi de les circonscrire au niveau des confits de valeurs
et autour des confits d’intérêts qui traversent les pratiques des
médecins en Afrique subsaharienne. Considérant que la crise
endogène que traverse l’ofre des soins ainsi que le fonctionnement
même des systèmes des soins de santé en Afrique subsaharienne
comporte à la fois un volet qui concerne la morale et un volet qui
concerne l’éthique, les pratiques médicales doivent être, sur le
plan déontologique, examinées sous ces deux angles. Le premier
volet, celui de la morale, concerne les règles de conduite à observer
obligatoirement ; le deuxième volet, celui de l’éthique, renvoie à
l’examen des confits de valeurs qu’il faut clarifer et les confits
d’intérêts nuisibles qu’il faut pointer. Car les conséquences
pratiques de ces confits sont déterminantes tant sur les droits
à concéder aux patients qui demandent les soins, que sur les
obligations et les devoirs à défnir pour les médecins qui ofrent
les soins. Ceci me conduit à adopter le plan suivant dans cet
ouvrage : - dans un premier temps, je m’arrête sur la défnition
des termes autour desquels gravite mon élaboration : l’éthique, la
morale, l’éthique médicale, la bioéthique, la déontologie médicale,
les confits de valeurs, les confits d’intérêts.- dans un deuxième
moment, je traite des confits de valeurs et des confits d’intérêts
autour du statut des médecins en Afrique et de leurs pratiques,
en développant la stratégie du repérage des lieux mêmes de ces
confits.- dans un troisième temps, je pose un regard sur un
13
Nkulu_final.indd 13 25/07/2014 14:44:05ensemble d’enjeux où se jouent les confits de valeurs et les confits
d’intérêts dans les pratiques médicales en Afrique.- et en dernier
lieu, je propose aux acteurs un cadre théorique pour une analyse
éthique de ces confits de valeurs et confits d’intérêts. Ce cadre
d’analyse se veut être non pas une solution-miracle, mais un outil
parmi tant d’autres qui permet de mettre en évidence ces confits
et d’envisager des perspectives d’analyse pour les résoudre.
14
Nkulu_final.indd 14 25/07/2014 14:44:05I. Explication de quelques notions de base
Dans un exercice de type théorique comme c’est le cas dans le
présent ouvrage, il me semble tout d’abord judicieux d’indiquer la
signifcation ou défnir les concepts clés au centre du sujet traité.
Dans tout exercice intellectuel de ce type, le dévoilement de la
signifcation des notions de base permet d’éclaircir leur sens et
la valeur qu’on leur accorde, ainsi que de déterminer leur poids
dans l’argumentation. Ce qui est plus judicieux à souligner, c’est
le fait que défnir les termes ou dévoiler ce que l’on entend par
telle ou telle notion, par tel ou tel concept, permet aussi de lever
les équivoques et de prévenir les malentendus qui peuvent piéger
le message que l’on veut délivrer et le point de vue que l’on veut
défendre.
Dans cette première partie, je voudrais donc indiquer la
signifcation sémantique des notions clés de mon élaboration,
c’est-à-dire indiquer le sens dans lequel je comprends et utilise les
notions au cœur de ma démarche, à savoir : la morale, l’éthique,
la déontologie, la bioéthique, l’éthique médicale, les confits de
valeurs, les confits d’intérêts. En d’autres termes, cette partie de
mon élaboration répond aux questions suivantes : comment est-ce
que je défnis « l’éthique », « la morale » et « l’éthique médicale » ?
Et qu’est-ce que j’entends par « confits de valeurs » et par « confits
d’intérêts » ? D’emblée, pour prévenir toute polémique paralysante
qui fermerait le débat ouvert par cet ouvrage, je préviens que les
défnitions que je donne à ces termes n’évacuent pas du tout le
caractère controversé que peut susciter ma compréhension de ces
concepts, au contraire elles ouvrent des perspectives de débats qui
permettent d’appréhender les problématiques mises en évidence.
15
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