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La Naturothérapie

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Description

La naturothérapie est une médecine fondée sur les processus naturels de guérison comme les régimes alimentaires, l'hygiène de vie, les exercices ou les massages. Elle fait partie des approches non conventionnelles de la médecine. Dans ce premier tome, l'auteur revient sur les théories fondamentales et les principes de base de la naturothérapie.

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Informations

Publié par
Date de parution 15 mars 2016
Nombre de lectures 61
EAN13 9782140004773
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Dr Jean-Pierre HUBERT

La naturothérapie

Tome 1. Formation théorique


























La naturothérapie

Tome 1. Formation théorique
































































































































Dr Jean-Pierre Hubert























La naturothérapie

Tome 1. Formation théorique

Du même auteur


Aux éditions L’Harmattan

La sophrologie analytique, la sophranalyse, 2010
La sophrologie adaptée au handicap psychique, Congrès de la Société
française de sophrologie, 2012

Chez d’autres éditeurs

Traité de sophrologie. Tome 1 : origines et développements, Le Courrier du
Livre, 1982
La relaxation dynamique, Centre de Sophrologie de Paris, 1988
Lexique de sophrologie et de termes usuels, Éditions de la Norière, 1984
La sophrologie, Éditions Morisset, 1995
La sofrologia, Ediciones AURA, Barcelona, 1984

avec Raymond ABREZOL

Traité de sophrologie. Tome 2: méthodes et techniques, Le Courrier du
Livre, 1985






































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04794-2
EAN : 9782343047942












Je dédie ce livre :

A mes premiers compagnons
de l’équipe fondatrice de « Bobigny » 1982-1985

A notre enthousiasme, à notre joie de vivre
et de travailler de concert.


Aux docteurs Yves LARAQUE, Izan TSOU-HO,
chefs de département

A André PASSEBECQ
qui par son enseignement m’a apporté beaucoup







REMERCIEMENTS








C’est le second livre que j’écris avec la collaboration de Marie Le COZ,
psycho-énergéticienne.

J’ai apprécié, cette fois encore, l’intelligence et la finesse de son travail, qui
m’a permis de faire de cet ouvrage, non seulement un enseignement pour les
médecins et les professionnels de santé, mais encore un ouvrage accessible à
un public motivé.




Jean-Pierre HUBERT

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Lorsque l’homme aura coupé le dernier arbre,

pollué la dernière goutte d’eau,

tué le dernier animal,

et pêché le dernier poisson,

il se rendra compte alors

que l’argent n’est pas comestible.

Proverbe indien

SOMMAIRE

Préambule ..................................................................................................... 13


Compte-rendu du discours de Monsieur le Professeur Pierre CORNILLOT
lors de l’ouverture du département d’Enseignement de Naturothérapie en
1982 .............................................................................................................. 17

Allons-nous vers une nouvelle approche du malade, de la maladie et de la
médecine ? ....................................................................................................21


Première partie. Introduction à la formation de naturothérapie.................... 25

Introduction du Dr Yves LARAQUE ...........................................................27

Chapitre 1. Médecine et quelles médecines ?............................................... 32

Chapitre 2. Les relégués au purgatoire de l’histoire .....................................35

Chapitre 3. Présentation de la naturothérapie et de ses lois.......................... 48

Chapitre 4. L’homme et son milieu intérieur biologique, les réactions
homéostasiques ............................................................................................. 71

Chapitre 5. L’énergie.................................................................................... 80

Chapitre 6. Les excrétas de l’énergie............................................................84

Chapitre 7. Le stress......................................................................................85

Chapitre 8. Homéostasie = Énergie et équilibre ...........................................89

Chapitre 9. La médecine traditionnelle chinoise...........................................91

Chapitre 10. Le système médical tibétain..................................................... 94

Chapitre 11. Le terrain et la diathèse ............................................................96

Chapitre 12. L’anamnèse.............................................................................. 98

Chapitre 13. La Sophrologie....................................................................... 125

Chapitre 14. Le facteur psychosomatique...................................................134

Chapitre 15. Le travail d’élimination, la maladie et l’organe malade ........138

Chapitre 16. La dimension thérapeutique................................................... 142

Chapitre 17. Unité de la maladie ................................................................147

Chapitre 18. La thérapeutique en médecine psychosomatique................... 152

- 11

Deuxième partie. Les émonctoires et le mécanisme de défense................. 163

Chapitre 19. L’une des fonctions fondamentales de la naturothérapie....... 165

Chapitre 20. Les émonctoires primaires : le système I-R-P-P-...................170

Chapitre 21. L’émonctoire intestinal : l’intestin......................................... 175

Chapitre 22. L’émonctoire rénal : les reins.................................................178

Chapitre 23. L’émonctoire cutané : la peau................................................ 183

Chapitre 24. L’émonctoire pulmonaire : les poumons................................187

Chapitre 25. Les émonctoires secondaires..................................................190

Chapitre 26.Les émonctoires pathologiques et artificiels........................ 195

Chapitre 27. Le phénomène Vie .................................................................200

Chapitre 28. A la base du phénomène Vie. La fonction respiratoire.......... 206

Chapitre 29. Les groupes sanguins .............................................................215


Conclusion .................................................................................................. 219


Sommaire du Tome 2. Prévention et thérapeutique....................................221




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PREAMBULE


C’est à titre de reconnaissance que j’ai été amené à écrire cet ouvrage qui est
le reflet de l’enseignement de Naturothérapie de la Faculté de Médecine et de
Biologie Humaine de Bobigny (Paris XIII).

J’adresse ici un hommage particulier au Professeur Pierre CORNILLOT,
Docteur en Médecine, ex Doyen de la Faculté de médecine Paris XIII qui
s’est vu confier en 1968 la création du célèbre DUMENAT (Diplôme
Universitaire des MEdecines NATurelles), institué dès 1981, avec l’appui de
Madame Virginia DUFOIX, alors Ministre de la santé.

Dès l’année universitaire 1982 j’ai vécu avec enthousiasme le début de cette
première session d’enseignement, étant moi-même à la fois étudiant en
naturothérapie et chargé de cours de sophrologie et de psychosomatique au sein
de ce département. Ma reconnaissance va aussi à nos premiers formateurs
René FEJEAN et André PASSEBECQ. Cette première session nous a
entraînés dans un travail novateur et plein d’intérêt car on entrait alors dans une
philosophie médicale particulière. Cet enseignement a été assuré ensuite avec
une incontestable réussite par les Docteurs Yves LARAQUE, Izan
TSOUHO et Christian CHARON, tour à tour chef du département.

J’ai eu le plaisir de vivre mon poste d’enseignant dans la mouvance de cette
équipe. Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer plus profondément une
médecine scientifique, compétente et humaniste. Mais avant d’exposer ce qui va
suivre je tiens à souligner sans réserve l’authenticité de l’acte médical et la
valeur de la formation du médecin, en particulier dans la structure française
de l’assistance médicale. Au médecin généraliste, à l’urgentiste comme au
spécialiste de haute formation, il est tout naturel de rendre hommage. Cela
signifie qu’il n’y a pas deux médecines: une médecine soi-disant parallèle
incompatible avec la médecine classique, et une médecine classique
proprement dite laissant imaginer deux types de formation. Il est important de
souligner avant toutes choses ce point de vue qui doit être très clair tout en
coupant court aux interprétations les plus dommageables. La conception de la
naturothérapie est celle d’une force intégrative qui ne doit surtout pas
apparaître comme une sorte de marginalisation mais au contraire comme une
force de développement au profit du médecin comme du malade. La
naturothérapie est un moyen de pensée et d’interprétation qui accompagne la
science du thérapeute et ne peut être à aucun titre considérée comme une
thérapeutique de remplacement ou de marginalisation intégrale.

- 13

Étant donné qu’il s’agit de considérer le sujet humain dans sa globalité
physique et mentale, il m’est apparu dès 1982 que la sophrologie faisait
incontestablement partie intégrante de cette édification et que la sophranalyse comme
moyen de recherche était également une ressource qui apparait d’une
importance particulière. Je ne pense pas qu’il y ait de distinction désobligeante
entre ce qu’on appelle la naturopathie et la naturothérapie. Il suffit de préciser
que la naturothérapie est une spécialité médicale qui comprend la
prophylaxie, l’apprentissage, la thérapeutique et la prescription. Un thérapeute ne
peut pas tout savoir et il est certain que dans la médecine et la chirurgie
actuelle de très haut niveau, l’apport d’une équipe pluridisciplinaire est
obligatoire. Il est souhaitable que le naturothérapeute soit l’un des acteurs de cette
équipe et qu’elle puisse bénéficier de sa façon de voir et de comprendre le
sujet humain.

De plus en plus se développe l’exigence d’une médecine « plus écologique »
dans le bon sens du mot. La tendance publique va vers une sorte de médecine
marginale faite de recettes déclarées plus ou moins naturelles et souvent hors
du contrôle de la pharmacologie. Cette conception peut ouvrir la voie au
charlatanisme, même issue de protagonistes de bonne foi et doit être
considérée avec prudence dans le cadre strict de la formation du naturothérapeute.
Par ailleurs, les médias se sont chargés récemment de propager toutes les
critiques à adresser à certains laboratoires. La question s’est tout
naturellement aggravée avec la très grande forfanterie de la pandémie du siècle
qu’aura été pendant quelques mois la panique engendrée par le virus de la
grippe AH1N1. Les laboratoires ont produit des montagnes de Tamiflu et de
vaccins qu’il était impossible de stocker. Il a donc été « raconté » n’importe
quelles histoires aux gouvernants, dans le but de les rendre responsables
d’une énorme catastrophe sanitaire s’ils ne prenaient pas les mesures
nécessaires. La France s’est ainsi trouvée étouffée sous le poids de 94 millions de
doses de vaccins alors que la Ministre de la santé de l’époque n’avait d’autre
solution que de perpétuer cette contre vérité évaluée à un milliard d’euros.

Ce qui n’arrange rien, la dernière édition du «Manuel diagnostic et
statistique des troubles mentaux» (DSM5) nous apporte un supplément de
réflexions sur ce qu’on peut appeler les «non maladies». Par exemple une
personne qui ne peut faire le deuil d’un être aimé au bout de quinze jours
relève d’une psychopathie caractéristique … qui doit être traitée! Dans ce
genre de raisonnement la faim devient un symptôme d’hyperphagie et
l’enfant turbulent se trouve affligé d’un trouble et d’un déficit d’attention
avec une hyper activité, il est sans doute voué à une prescription et à une
prise en charge injustifiée ! La réflexion du naturothérapeute tend à remettre
les choses en place. Pris, dans son obligation de moyens, entre la prescription
raisonnable et la demande « populaire » d’une médecine de confort, sa
position n’est pas facile.
- 14

Le présent ouvrage a l’intention de permettre la mise en place d’une pratique
et d’un raisonnement conformes à un enseignement de la médecine lié à la
ème
conception globale physique et spirituelle de l’homme du 21siècle. Il faut
avoir suffisamment d’ambition pour faire les progrès souhaitables et
personne ne peut raisonnablement dire le contraire. Mais la tendance actuelle est
d’aller vers une pseudo-médecine dans le cadre d’une écologie mal comprise.
Les médias se chargent de nous communiquer toutes sortes de
désinformations à la recherche du sensationnel et du spectaculaire ; à tirs groupés, ils se
donnent mission, surtout au moyen des hebdomadaires, de livrer le
sensationnel aux populations toutes prêtes «au point où elles en sont» dans leur
inquiétude et parfois leur détresse, à adhérer à n’importe quelle
fantasmagorie. Un titre peut entraîner à la fois des précisions honnêtes et des doutes.
Exemple :« Sesoigner autrement» (Le Nouvel Observateur août 2013).
Alors on peut lire la « découverte » d’un digne professeur d’un grand service
de psychiatrie qui découvre et semble s’arroger l’hypnose. Ignore-t-il
vraiment que CHARCOT en a parlé avant lui ? Ce n’importe quoi ne serait pas
dangereux s’il ne risquait de faire dévier les lecteurs vers des attitudes de
condescendance, voire d’hostilité, envers leur médecin. Sans compter aussi
les risques non négligeables de dérivation sectaire sous l’influence de
gourous qui s’adressent régulièrement à des sujets psychologiquement fragiles.
La télévision se charge de nous répéter tous les jours qu’il faut manger cinq
fruits et légumes par jour, ce qu’on peut appeler un abus d’information. Il y a
encore une diffusion d’ouvrages à titre ronflant, par exemplemanger« Bien
pour maigrir », « Faites du sport pour grossir », « Soyez votre propre
médecin »,« Guérissez-vouspar les plantes»etc., autant de paradoxes qui etc.
attisent la curiosité du lecteur ! Internet donne au citoyen lambda la
possibilité de formuler tout seul un diagnostic (qui d’ailleurs n’est pas toujours
faux !), un traitement et un pronostic ; il arrive ensuite chez le médecin muni
de ces renseignements et parfois avec des exigences. Il est vrai que le
système social permet de distribuer, à la charge du contribuable, une quantité
inimaginable de médicaments! C’est ainsi que j’ai vu, dans une petite ville
de l’ouest, sortir de la pharmacie du coin de vénérables dames chargées de
cabas de provisions remplis de médicaments comme si elles sortaient d’un
supermarché. Il est vrai, heureusement, que la moitié de ces médicaments
restera dans l’armoire à pharmacie! Mais ces abus peuvent entraîner une
mauvaise interprétation de l’hygiène, des obligations thérapeutiques, et de la
responsabilité du prescripteur. Il n’est pas rare d’entendre dire, « je ne veux
pas de médicaments, c’est pour cela que je viens chez le naturothérapeute ».
Si ce raisonnement n’est pas toujours mauvais, il est certain que nous devons
rester dans la voie de la raison et de la responsabilité.

Quant aux définitions que nous pouvons rencontrer, une confusion est
constatée régulièrement entre la naturopathie et la naturothérapie. Au passage on
peut remarquer que le terme naturopathie n’est pas adéquat, « pathie » venant
- 15

de maladie. Le naturopathe peut prétendre à juste titre pratiquer un art qui
permet à l’être humain de vivre en bonne santé grâce à des principes en
harmonie avec la nature et l’utilisation de différentes techniques allant de
l’exercice physique à la relaxation. Toutefois ces différentes techniques ne
présentent pas une unité permettant de définir et de comprendre ce qu’est la
naturopathie.

La naturothérapie, a contrario, relève de la responsabilité d’un praticien sous
l’autorité de son diplôme d’état, et pour les médecins, les
chirurgiensdentistes, les sages-femmes, et les kinésithérapeutes des règles de leur
Conseil de l’Ordre. Il y a une chose plus déterminante encore : comment peut-on
prétendre traiter un symptôme sans émettre un diagnostic, un traitement et un
pronostic ?On risque de tomber dans le «n’importe quoi» et d’être accusé
d’exercice illégal de la médecine. En conséquence le naturothérapeute doit
avoir la prérogative d’émettre nécessairement un diagnostic, une prescription
et un pronostic.

Il apparaitra aussi que la naturothérapie n’est pas le contrepoint de la
médecine classique. Il est bon d’éviter toutes sortes d’appellations telles
«médecines douces» ou «médecines parallèles». La naturothérapie n’est pas
forcément douce, et comme deux parallèles ne se rencontrent jamais, on ne voit
pas comment on pourrait adhérer à ce genre de définition. Le
naturothérapeute est un praticien qui part d’un enseignement classique qui est son
enseignement de base et sa formation référentielle. À partir de là son mode de
pensée et son raisonnement l’amènent à réfléchir et à comprendre son patient
d’une façon différente. C’est là que peuvent être remises en cause la forme et
la finalité de la philosophie médicale. Au service de la société il est
nécessaire que chacun soit conscient de ses compétences et de ses responsabilités.

On peut dire, compte tenu de ces considérations, qu’il s’agit de «voir les
choses autrement » :C’est un état d’esprit…



Jean-Pierre HUBERT

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COMPTE-RENDU DU DISCOURS
DE MONSIEUR LE PROFESSEUR PIERRE CORNILLOT
LORS DE L’OUVERTURE DU DEPARTEMENT
D’ENSEIGNEMENT DE NATUROTHERAPIE EN 1982


En traitant de médecine naturothérapeutique, il faut distinguer les tenants et
les aboutissants. Cela peut nous amener à repenser les études médicales,
discuter l’approche de la médecine en général, poser le problème du symptôme
et de son émergence. Cependant, à vouloir trop spécifier, on laisse en compte
toute une partie du raisonnement. Alors entre en considération un
déviationnisme fantastique avec les normes de l’individu parfait. Il y a sur la Terre
plus de cinq milliards d’individus différents. Chaque sujet doit vivre sa vie et
il n’est pas possible « de se mettre à sa place ». Cet autre qui ne doit pas
douter. C’est le chemin difficile de la médecine que de faire un pronostic et de
« deviner l’avenir ». S’imprime alors l’image sociale du médecin qui ne peut
pas tout. Depuis quelques dizaines d’années on sait que l’individu n’est plus
une mécanique extraordinaire autant qu’imaginaire. C’est une entité subtile et
profonde avec des forces contradictoires qui est le siège de phénomènes
paradoxaux et indispensables à la fois. Les forces vitales s’inscrivent sur le
psychique, sur le physique et le somatique, dans une histoire individuelle.
Quand on compare par exemple le sympathique et le parasympathique on
peut imaginer que les organes fonctionnent dans une position donnée avec
des courants de signes opposés. C’est tellement difficile à démontrer qu’il
vaut mieux tourner la page ! L’individu est un équilibre dynamique, il n’y a
aucune ambiguïté là-dessus : le rythme respiratoire est une sorte d’inversion.
Tout est provoqué par la déstabilisation continuelle d’un équilibre à l’autre. Il
faut considérer l’importance des cycles, l’importance des sécrétions
hormonales marquées dans le temps, le rythme des saisons, le rythme des années et
le rythme de la vie. L’évènement est aussi l’histoire de la médecine, telle la
découverte de la pénicilline par FLEMING. Mais la connaissance médicale
résulte d’un apport collectif traditionnel et d’un travail validant l’institution.
Les Indiens d’Amérique d’avant la colonisation connaissaient la décoction de
quinine ! AVICENNE en médecine arabe, héritière des médecines orientales,
fit un recueil d’interventions par les plantes. En même temps, une
connaissance médicale a besoin de deux légitimations : la légitimation scientifique et
la légitimation sociale. Beaucoup de nouvelles connaissances procèdent
d’abord d’une légitimation sociale. Il y a de gros efforts à faire pour être à
l’écoute de toutes les informations permettant au discours médical de
s’enrichir d’un apport nouveau. La médecine actuelle triomphe
incontestablement sur le plan technique et sa réputation laisse un sillage extraordinaire.
Nous avons vécu l’apparition de toute une série de moyens avant de
reconnaitre la transformation progressive du panorama de la pathologie consistant
- 17

à voir émerger d’autres affections. Au bout du compte, les grands succès sont
en fait plus nuancés. Il ne faut pas oublier aussi que l’amélioration des
conditions de vie représente un très grand facteur de progrès. Le discours
triomphant qui tend à dire et à prouver que nous pouvons modifier très
profondément par le médicament le panorama des maladies, justifie aussi
l’amélioration de l’espérance de vie. De 1900 à aujourd’hui (année 1982)
l’espérance de vie est passée de 45 ans à plus de 70 ans.

En réalité, c’est le nombre de personnes qui atteint l’âge de 70 ans qui a
augmenté.

Si davantage de gens atteindront les 70 ans, il n’en reste pas moins vrai qu’au
fur et à mesure du vieillissement on a l’impression de perdre notre efficacité.
Avons-nous véritablement une médecine adaptée à l’espérance de vie? La
quantité de vie n’est pas améliorée, c’est la qualité de vie qui est améliorée.
Ce qui est positif c’est de s’accorder à la médecine de son temps, passer de la
médecine de catastrophe à la médecine de longue durée, on dit maintenant de
développement durable. Le recours aux moyens doit être aussi le fruit d’une
réflexion générale. On sait qu’en France la consommation de médicaments
est hallucinante, particulièrement des psychotropes. Le vieux principe de la
médecine étant l’intérêt du malade, nous pouvons nous demander de quelle
comédie nous sommes les acteurs? Sommes-nous les ouvriers d’une
gigantesque entreprise technique? Sommes-nous capables d’accomplir notre
travail technique ? D’admettre les échecs partiels pour regretter que les moyens
soient insuffisants et particulièrement les moyens financiers? Actuellement
on peut avoir l’impression de dire : «Donnez-nous votre argent et nous vous
guérirons». L’humilité consiste à reconnaitre que notre possibilité de guérir
reste limitée, par exemple pour le cancer, dans la thérapie d’exérèse et
d’irradiation avec les dangers que cela comporte, et la chimiothérapie dont
l’efficacité n’est pas toujours évidente. Pour le médecin, la société a l’audace
de provoquer les accidents et de lui demander impérativement de les réparer,
alors que notre technique n’a pas réponse à tout.

En conséquence à cours d’idées, il faut constamment reformuler et considérer
que nous sommes historiquement dans une période de crise médicale. La
formule étonnante qui prime aujourd’hui est l’évolution que l’on constate
dans les « médecines douces ». Cela veut dire que partir vers d’autres formes
de médecines est une autre façon de formuler. Mais alors il n’y a rien de pire
que de tomber d’une secte dans l’autre et d’être surpris du non-dit de la
médecine officielle! S’inscrit là un discours sur les médecines et les pratiques
non fondées sans savoir vraiment ce que cela veut dire. En effet, toute
découverte commence par ne pas être fondée, ne serait-ce que par prudence. La
médecine moderne peut amalgamer la thérapeutique et la pharmacothérapie.

- 18

En même temps le médecin est formé en vue du recours au médicament et du
recours à la chirurgie.

Malheureusement aucune formation sérieuse à la psychothérapie n’est
véritablement assurée. L’influence de la psychanalyse est ignorée des cours de
Faculté, de même que la diététique et la maitrise de l’alimentation. Cela reste
pour le patient de l’ordre d’une démarche personnelle à inventer. Pourtant le
recours au médicament doit relever de la plus grande prudence. La
prescription doit être enseignée comme un art au-delà de la technique. Le recours aux
médicaments n’est pas systématique. On peut soigner autrement. Quels sont
donc les énergumènes qui prétendent agir de la sorte ?

Cependant le discours social va apporter des éléments nouveaux à la
médecine :trouver une médecine qui bouscule les habitudes et ne demeure pas
dans le triomphalisme. Nous avons été formés à une vision médicale
radicalement victorieuse mais il y a une autre façon de voir et de résoudre les
problèmes de santé en nous ouvrant à une dimension plus large de l’abord des
problèmes. Songeons que l’acupuncture est le moyen d’accéder à quatre
mille ans d’histoire de la médecine chinoise qui représente un apport
considérable au bien-être de l’humanité. Cette médecine relève d’un niveau culturel
très élevé, sachant que les Chinois connaissaient la vaccination antivariolique
avant Jésus-Christ. Pourtant ils ne prétendent jamais avoir raison: ils
écoutent ! Il nous faut avancer vers descontextes plus généraux et plus globaux.
La synthèse est garante de nos découvertes et de nos transformations. Et il
faut se rappeler que l’homme est le facteur fondamental de son mal et de sa
guérison.


Ce discours a été donné en 1982. Depuis plus de trente ans il est réconfortant
de voir que les progrès de la médecine et de la chirurgie ont été
considérables, que nous sommes en même temps, notamment en considérant les
neurosciences, à l’aube de nouveaux progrès dont nous ne pouvons pas évaluer
vraiment l’importance. Cependant ce texte demeure totalement d’actualité et
nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards !



Quelques éléments biographiques :

Né en octobre 1931, le professeur Pierre CORNILLOT, Docteur en médecine
en 1959, entre comme assistant de biochimie médicale à la Faculté de
médecine de Paris. Il est admis à l’agrégation de médecine en 1963 et s’engage
dans la carrière hospitalo-universitaire.

- 19

Chef du service de biochimie médicale à l’hôpital Avicenne de Bobigny
(APHP) en 1965, il crée le laboratoire correspondant et participe à la
transformation de cet établissement.

En 1968, il se voit confier la création de la Faculté de médecine de Bobigny,
permettant en 1972, la création du CHU. Il restera doyen de cette faculté
nouvelle, dénommée «Santé, Médecine et Biologie humaine» pendant près
de vingt ans et procèdera à de très nombreuses innovations dans le domaine
de la pédagogie et des formations. Entre autres, il ouvre en 1972 la première
formation française de médecine générale et en 1982, le célèbre DUMENAT,
Diplôme Universitaire des Médecines Naturelles, comprenant sept
orientations sanctionnées chacune par un diplôme universitaire (homéopathie,
acupuncture, phytothérapie, ostéopathie, naturothérapie, mésothérapie,
auriculothérapie).

Fin 1987, il est élu président de l’Université Paris-Nord dont relevait la
Faculté de Bobigny et terminera sa carrière en créant et en dirigeant de 1993 à
2001 l’Institut Universitaire Professionnalisé «Ville et Santé» de Bobigny,
pour former des ingénieurs et des directeurs d’établissement dans les
domaines de la Santé et de la Vie sociale.

Parallèlement, il est intervenu dans de nombreux pays en développement ou
dans les pays industrialisés pour participer à des réformes de formations en
santé et en médecine et à des réorganisations des systèmes de santé.

Auteur de nombreuses publications scientifiques, il continue de consacrer son
temps de retraite à animer et diriger plusieurs associations toutes consacrées à
la santé et aux médecines douces, à rédiger des articles, à participer à des
débats et à des congrès et à intervenir dans différents pays.




- 20

ALLONS-NOUS VERS UNE NOUVELLE APPROCHE DU
MALADE, DE LA MALADIE ET DE LA MÉDECINE ?
Pierre CORNILLOT
Votre Santé n°149 – mars 2012


L’histoire de la maladie s’est écrite sur de longs siècles à travers une grande
multitude de civilisations les unes plus connues que les autres. Sans vouloir
entrer dans une polémique récente autant qu’imbécile sur les civilisations, il
faut dire que la médecine a emprunté des voies bien diverses pour parvenir au
niveau actuel.

Au fil des siècles et des civilisations, s’est progressivement constitué un
savoir commun, pour nous bien souvent européen, mais pour d’autres riches de
leur expérience propre. Il est donc impératif, par exigence d’honnêteté et de
lucidité, que la suite de l’histoire de la médecine s’écrive en y intégrant les
apports essentiels venus d’ailleurs autant que ceux obtenus par les progrès
des sciences et des techniques (biologiques, radiologiques, pharmaceutiques,
thérapeutiques, psychologiques et sociales).

Pendant longtemps, chaque médecine était l’expression des pratiques et des
croyances propres à chaque culture et à chaque localisation d’une civilisation
en un point défini du globe. Les pays occidentaux n’ont pas l’apanage des
grandes découvertes en médecine, qu’il s’agisse de diagnostics ou de
traitements. Bien sûr ce constat n’est pas agréable compte tenu de l’absolue
certitude des Occidentaux d’avoir tout découvert. Rappelons-nous cette phrase
ème
terrible de Joseph de MAISTRE au XIXsiècle, dans« Les Soirées de Saint
Petersburg » :« Lessavants européens sont frappés d’une étrange maladie
qui fait que nul ne peut savoir plus ou autrement qu’eux. »

La médecine occidentale a connu une transformation fondamentale tout au
ème ème
long des XIXet XXsiècles.

ème
La lecture des ouvrages rapportant les pratiques antérieures (fin du XVIII
siècle) montre deux constantes du discours médical académique :

Art. 1 : La Faculté sait tout sur la médecine et sur les maladies.

Art. 2 : Toute innovation est suspecte et doit être rejetée.

Sans-doute, me direz-vous, il n’y a rien de changé de nos jours, mais il faut
bien reconnaître que les progrès et les acquisitions scientifiques et techniques
se sont progressivement imposées. Au prix de polémiques sans fin, la
méde- 21

cine occidentale s’est peu à peu transformée. Si la médecine d’aujourd’hui est
progressivement passée sous l’autorité scientifique de nos confrères
anglosaxons, ce serait faire injure à l’histoire que d’oublier le rôle qu’a joué la
ème
médecine française au cours du XIXsiècle pour établir les bases d’une
médecine encore reconnue de nos jours.

Mais ce succès d’estime n’a guère résisté aux progrès scientifiques en
provenance du monde américain qui s’est finalement imposé comme le dépositaire
de la science médicale moderne. La contribution française s’est
progressivement intégrée dans un discours occidental, surtout anglo-saxon, dans lequel
sa place est conditionnée par sa connaissance de la langue anglaise.
Historiquement, c’est un juste retour des choses, scientifiquement, c’est au tour des
Américains de devoir reconnaitre les points faibles de notre savoir médical.

L’étape la plus importante des aspects positifs de ce développement se situe
dans l’apparition des sciences de base de la médecine: anatomie,
physiologie, histologie, embryologie, microbiologie, parasitologie et maladies
tropicales, anatomie pathologique (le pathologiste anglo-saxon), pharmacologie,
thérapeutique et radiothérapie, immunologie, etc.

Et c’est ainsi que se sont caractérisées les grandes spécialités médicales et
chirurgicales à l’aide des désordres cliniquement constatés. Ainsi est née la
ème
systématisation anatomoclinique de la fin du XXsiècle où s’illustra
l’École française de médecine avant de décliner cinquante ans plus tard.
Mais, chemin faisant, le savoir médical se coupa en deux parties avec une
violence parfois extrême. Toutes les affections qui ne reposaient pas sur un
substratum biologico-clinique confirmé furent progressivement chassées du
savoir médical. Toute la psychiatrie, de nombreuses maladies neurologiques,
de nombreuses maladies chroniques, les affections congénitales furent sinon
bannies, du moins rangées dans ces zones d’ombre où attendent tant de
malades et d’infirmes sans grand espoir.

Il n’est donc pas choquant qu’en désespoir de cause ces patients (et certains
médecins) se soient tournés vers d’autres pratiques médicales sans droit de
cité. De nombreuses poursuites professionnelles émaillent la longue histoire
de ces praticiens qui cherchaient «ailleurs »(l’Ordre des médecins s’est
compromis avec son concept de pratiques non conformes aux données
actuelles de la science). Mais, progressivement, plusieurs pays, et non des
moindres (les USA, le Royaume-Uni, la Suisse, l’Allemagne et même la
France) ont fini par reconnaître la validité de certaines de ces pratiques mal
connues. L’homéopathie, l’acupuncture et la médecine traditionnelle
chinoise, l’ostéopathie, la chiropractie et les médecines manuelles ont cessé
d’être harcelées. D’autres sont encore dans les limbes, mais des tournants se
préparent. Aux USA, sous la pression et avec l’aide du Congrès, le National
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