Proctologue... et alors ?

Proctologue... et alors ?

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Proctologue depuis plus de trente ans, Jean-Luc Saint-Martin se révèle aussi passionné de sa discipline que de ses patients. Car il sait bien que ce qu'il soigne c'est l'intime dont, par la force des choses, il se fait momentanément, sinon le confident, au moins le dépositaire. En véritable humaniste, ce médecin "dans l'âme" retrace son parcours : depuis les spécificités et le déroulement de la consultation que l'on découvre du point de vue du thérapeute, jusqu'au descriptif des interventions les plus fréquentes...

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Ajouté le 01 janvier 2008
Nombre de lectures 238
EAN13 9782336282077
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Proctologue. .. et alors?

Jean-Luc Saint-Martin

Proctologue.

.. et alors?
Essai

L'Harmattan

(Q L'HARMATTAN, 5-7, rue de l'École-Polytechnique,

2007 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04928-4 EAN : 9782296049284

Sommaire

Introduction La première poignée de mains L'examen Les fesses, l'anus et le cul La confiance L'argent L'Homosexualité La Sodomie La mort L'euthanasie Psychosomatique Conclusion Annexe technique Conseils

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Introduction

La Proctologie est une spécialité très jeune, tout juste majeure, puisqu'elle n'existe en tant que telle que depuis une trentaine d'années. Une personne sur deux seulement sait ce que signifie ce mot (du grec Proktos qui signifie anus). Bien sÛt, les humains n'ont pas attendu son officialisation pour se faire soigner l'anus et le rectum; l'exemple célèbre de la fistule de Louis XIV est là pour l'attester et bien avant déjà de nombreux hiéroglyphes égyptiens ont représenté les instruments spécifiques au traitement des affections considérées, ainsi dans le temple de I<.om Ombo. Un cartouche de l'époque désigne le proctologue comme le «berger de l'anus ». Des médecins compétents, généralistes mais surtout gastroentérologues traitent souvent ces affections qui constituent une partie non négligeable de leur activité. Au fur et à mesure de la progression des connaissances diagnostiques et des traitements, il apparaît que la médecine s'hyperspécialise, évolution positive dès lors que l'on considère qu'on ne fait bien que ce que l'on fait souvent. Mais cette «technicisation» des soins conduit aussi progressivement à oublier ce qui les motive: le « mal-être» et, dans ce cadre, l'humain. Le médecin du vingt-et-unième siècle duquel on exige, à juste titre, de plus en plus de compétence et de savoir, est concomitamment, à cause du coût sans cesse croissant de la santé, confronté à une notion jusqu'alors inconnue de lui, celle du rendement. Tandis qu'il dispose de moins en moins de temps pour se consacrer à l'esprit et à l'âme de son patient du fait d'une médicalisation croissante du corps, son intervention est paradoxalement de plus en 7

plus sollicitée dans des domaines aussi variés que la sexualité, l'alimentation, la prévention, la gestion du deuil, le harcèlement au travail - pour n'en citer que quelquesuns. On ne lui offre cependant ni la formation nécessaire, ni le temps suffisant dans le cadre d'une consultation à vingt-deux euros pour le généraliste et vingt-trois pour le spécialiste - nous y reviendrons. Il n'est qu'à voir dans la «lucarne magique» que la moindre catastrophe fait immédiatement l'objet de la mise en place d'une « cellule psychologique de soutien », qui ne laisse plus comme cela s'est fait pendant des millénaires à l'individu, ni au groupe familial ou social, le temps de mettre en place ses propres défenses psychologiques face à de telles situations. Mais cela permet aux hommes politiques d'évacuer le problème à bon compte au lieu d'agir à la source, ce qui serait réalisable dans le cas de certaines catastrophes naturelles comme les inondations, plus difficile certes en matière d'attentats, entre autres exemples. On peut d'ailleurs établir un parallèle avec l'attitude qui consiste à prescrire des antibiotiques pour une banale rhinopharyngite avant même que l'organisme ait eu le temps de fabriquer ses propres anticorps alors qu'il est toujours temps d'intervenir quand les mécanismes naturels sont débordés: il est préférable de leur laisser le temps de s'exercer. Du reste, de récentes études sur le devenir à un an de deux groupes ayant été victimes du même traumatisme psychologique, l'un ayant bénéficié d'un soutien systématique et l'autre non, démontrent que ce dernier s'en « sort» beaucoup mieux et a moins recours aux neuroleptiques que le premier. Tout cela aboutit au constat évident que le patient ressort du cabinet avec des prescriptions d'examens de plus en plus sophistiqués - et dont les résultats sont très souvent normaux. .. alors qu'il souffre toujours - parce que la relation d'écoute,

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d'empathie - mot à la mode d'amour, passe à la trappe! La consultation de proctologie double spécificité.

ou tout simplement se caractérise par une

La première tient à ce qu'elle ne nécessite pratiquement aucun examen complémentaire. La description de ses symptômes par le patient, l'inspection, le toucher anorectal et l'anuscopie suffisent dans la très grande majorité des cas à établir un diagnostic fiable. Tout au plus pratiquera-t-on une coloscopie pour éliminer l'hypothèse d'une lésion sous-jacente ou quelques examens plus sophistiqués dans le cadre du bilan d'une incontinence. Ne pouvant donc se réfugier derrière un jargon technique qui le mettrait à l'abri des doutes et des interrogations de son malade, le proctologue doit donc adopter une autre attitude qui constitue la seconde spécificité de la consultation de proctologie. Cette dernière touche en effet à ce que l'être humain a de plus intime, de plus profondément enfoui dans son subconscient, à ce que Freud a décrit comme étant source de plaisir et de relation à l'autre chez l'enfant de deux à trois ans, c'est-à-dire au stade anal, succédant au stade oral qui apparaît dès la naissance. Outre le plaisir ressenti au niveau des muqueuses ano-rectales au moment du passage des excréments, l'enfant de deux ou trois ans prend conscience, lors de l'apprentissage de la propreté, de sa faculté à contrôler son sphincter anal. Le contrôle de la fonction sphinctérienne représente une étape fondamentale dans la constitution de la personnalité infantile: l'enfant peut dès lors choisir de garder ou d'expulser une partie intégrante de son corps, et ainsi communiquer avec ses parents par le biais de la selle offerte ou refusée. De même, plus jeune ou plus âgé, il peut accepter ou refuser de s'afunenter, quand cela constitue le seul moyen de pression qu'il a sur ses parents. 9

Le proctologue a beau vouloir rassurer son patient en banalisant la consultation de proctologie et en tentant de le convaincre qu'il s'agit d'une consultation comme les autres, il sait bien qu'il n'y parviendra pas car ce type d'examen renvoie à des schémas que nous avons intégrés et qui toujours opposent des principes tels que beau-laid, gentil-méchant, actif-passif. Au-delà, l'anus et le rectum peuvent pourtant être à l'origine de sensations agréables que le patient découvre parfois lors de l'examen proctologique, pourvu qu'il soit pratiqué avec douceur. Cette sensation ambivalente, inconsciemment soupçonnée, ou consciemment vécue, est souvent à l'origine de l'appréhension du patient qui consulte de ce fait parfois tardivement, lorsqu'il est porteur de lésions déjà très évoluées. Elle n'est en outre pas sans conséquences sur la relation médecin-malade en proctologie: tout consultant n'est pas porté naturellement à croire que son médecin est tout à fait conscient de ses appréhensions. Il oublie souvent que ce médecin avant d'être celui «qui sait» se perçoit comme son semblable sans le réduire forcément, lui, malade, à un corps, un organe ou une fonction. Il verra il doit voir - devant lui un être complet, de chair et d'esprit, et de surcroît souffrant physiquement et/ ou moralement. .. Enfin, c'est ainsi que tout patient devrait être abordé par le

soignant. . .
C'est en cela aussi que la consultation de proctologie est spécifique et que, plus qu'aucune autre, elle exige tout autant les attentions de l'homme-médecin qui pratique cette spécialité que son savoir et sa technicité. On ne peut la comparer à la consultation de gynécologie-obstétrique pour plusieurs raisons. Cette dernière spécialité ne traite pas un organe « sale» mais qui donne du plaisir et permet de procréer, et par là même plus sympathique que celui associé à la fonction excrémentielle. La position de l'examen est moins pénible psychologiquement car la

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patiente voit le praticien alors qu'un patient soupçonneux peut toujours se demander ce que le proctologue fait «dans son dos ». Enfin les patientes consultent souvent leur «gynéco» dans un cadre non pathologique contraception, dépistage, grossesse - et souvent indolore. Du reste, elles-mêmes déclarent souvent préférer la consultation gynécologique à la consultation proctologique.

Il

La première poignée de mains
V ous savez, docteur, je viens à reculons... - Justement, c'est par là que je vais / »

«

Notre parcours commun débute dans la salle d'attente. « Salle» évoque plus un hall de gare qu'un salon douillet, quant à « attente », le mot est bien mal adapté, car il s'agit justement que 1'« attendant» passe du statut de patient à celui de souffrant, cet autre moi-même qui est, provisoirement, de l'autre côté de la barrière. A l'appel de son nom - ainsi livré en pâture à la curiosité des autres patients - il ou elle se lève, range la revue distraitement feuilletée et s'avance vers moi. Je lui tends la main en souriant, et me présente (<< C'est bien lui... et non un remplaçant !»). « Enchanté(e) ! »..., ce n'est pas si sûr. Commence alors un bout de chemin partagé, plus ou moins long, jusqu'à la guérison si possible, parfois à l'échec, exceptionnellement à la mort. Bien sÛt, on ne pense pas toujours à cela, heureusement, mais c'est bien cette angoisse qui sous-tend, plus ou moins consciemment, cette première démarche. Quoique de manière différente, elle est ressentie par le soignant comme par le soigné. Le toucher d'abord: le soignant perçoit la main douce ou calleuse qui donnera une idée de la profession, donc de la situation sociale; sèche ou moite elle traduira le degré d'anxiété, ferme ou molle elle témoignera du caractère,

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fugace (<<J"e méfie ») ou insistante (<<J"'espère vous me me que soignerez bien »), parfois pas de main du tout (<< excusez-moi, docteur, Je ne serre Jamais les mains, J"'ai peur d'attraper des microbes ))), c'est son droit, et puis un proctologue, on ne sait jamais. . . Les yeux, c'est pour un peu plus tard, il ne fait pas toujours bien clair et déjà je m'efface pour indiquer le chemin.

Souvent le patient accompagné de son conjoint, d'un parent, ou d'un enfant, demande si ce dernier peut assister à la consultation, ce qui paraît tout à fait normal. Lorsque c'est l'accompagnant qui demande s'il peut venir, j'acquiesce à la condition que le consultant soit d'accord, mais je sens parfois que cela ne lui plaît pas, sans qu'il ose le dire. Il m'arrive, lors d'une deuxième consultation, de prier le même accompagnant de rester dans la salle d'attente, si j'ai ressenti lors du premier entretien le désir du patient de me parler en privé, ou parce que j'ai des questions très personnelles, nécessaires au diagnostic, donc au traitement, à lui poser. Assez souvent, le patient m'en remercie dans le bureau, surtout les jeunes majeurs qui trouvent leurs parents vraiment trop « lourds»! Le secret professionnel existe même pour un mineur et après tout rien n'oblige à demander la carte d'identité pour connaître l'âge du patient! Il arrive que je me trompe; si l'accompagnant, mari ou femme la plupart du temps, s'étonne a posteriori, le patient peut répondre qu'il ne comprend pas pourquoi j'ai opté pour cette démarche singulière qui lui a été imposée. En entrant dans le bureau, le patient directement vers mon fauteuil, pourtant qui en dit long sur le refus inconscient condition d'infériorité... ou simplement perturbé. Je lui explique alors en riant 14 se dirige parfois peu accessible, ce de cette mise en à quel point il est que je veux bien