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Alain Badiou

De
198 pages
A la différence de penseurs comme Deleuze ou Derrida, Alain Badiou est un philosophe classique, cherchant à apporter des réponses aux questions les plus anciennes de la philosophie. Pour Badiou, la philosophie n'est plus au coeur du processus de production des vérités. Toute la pensée de Badiou nous enjoint donc à cesser d'être des animaux humains pour devenir des sujets, à ne plus survivre à l'aune de nos seuls intérêts, pour vivre pleinement, c'est-à-dire, vivre enfon comme des immortels.
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Stéphane VINOLO
ALAIN BADIOU Vivre en immortel
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
ALAIN BADIOU
Vivre en immortel
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions GUIGUES Gilles,Recueillement de Socrate. Sur l’âme, source et principe d’existence, 2014. Mylène DUFOUR, Aristote,:La Physique, Livre VI. Tome 2 Commentaire, 2014. Mylène DUFOUR, Aristote,:La Physique, Livre VI. Tome 1 Introduction et traduction, 2014. Donald Geoffrey CHARLTON,La pensée positiviste sous le Second empire, 2014. Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU,Philosophie et spécificité africaine dans laRevue philosophique de Kinshasa, 2014. Hélène de GUNZBOURG,Naître mère, Essai philosophique d’une sage-femme, 2014. Jacques STEIWER,Une brève Histoire de l’Esprit, 2014. Jean-Marc LACHAUD,Benjamin. Esthétique et Walter politique de l’émancipation, 2014. John DEWEY (traduit par Michel Guy GOUVERNEUR), L’expérience et la naturesuivi deet la méthode L’expérience philosophique, 2014. Xavier VERLEY,Le symbolique et transcendantal, 2014. Grégori JEAN et Adam TAKACS (eds.),Traces de l’être Heidegger en France et en Hongrie, 2014. Frédéric PRESS,Du sens de l’histoire. Essai d’épistémologie, 2014.
Stéphane VINOLO
ALAIN BADIOU
Vivre en immortel
Du même auteur
René Girard : Du mimétisme à l’hominisation, « La violence différante »,L’Harmattan, Paris, 2006.
René Girard : Epistémologie du sacré, « En vérité, je vous ledis », L’Harmattan, Paris, 2007.
Clément Rosset, la philosophie comme anti-ontologie,L’Harmattan, Paris, 2012. Préface de Charles Ramond (Université de Paris 8).
Dieu n’a que faire de l’être – Introduction à l’œuvre de Jean-Luc Marion, Germina, Paris, 2012.
René Girard: do mimetismo à hominização,traduction portuguaise de Bruna Beffart et Maria Rozane Perreira Pinto, É Realizações, Sao Paolo, 2013. Préface de Ruth Gordillo (Pontificia Universidad Católica del Ecuador)
Remerciements
Nous tenons à remercier le Projet Prometeo de la Senescyt (Secretaría Nacional de Educación Superior, Ciencia, Tecnología e Innovación) du gouvernement équatorien dont la bourse de recherche accordée en 2014 a permis la rédaction de ce livre. © L'HARM ATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05087-4 EAN : 9782343050874
INTRODUCTION
« […] nous sentons et expérimentons 1 que nous sommes éternels. » En quelque sens qu’on entende l’expression, qui souhaite s’aventurer dans la philosophie d’Alain Badiou est condamné à voir rouge. Que ce « voir rouge » se fasse dans l’admiration de la fidélité au moment philosophique français de la deuxième moitié du vingtième siècle – dont Badiou lui-même assume la 2 spécificité « rouge » –, ou qu’il ait lieu de façon négative en pestant devant les développements dialectiques interminables sur une Révolution culturelle chinoise qui n’en mérite peut-être pas tant ; le lecteur de Badiou, admirateur ou détracteur, éprouvera le rouge. Depuis la publication de ses livres accessibles à un grand public, Badiou déchaîne l’admiration tout autant que la haine. Si ses positions politiques radicales sont souvent contestées, la rigueur de la construction de son système philosophique pour ce qu’il en est de l’ontologie provoque l’admiration. Le problème fondamental pour beaucoup de ses lecteurs est que Badiou lui-même affirme que 3 les deux sont inséparables . On ne pourrait donc pas garder l´ontologie sans accepter ses conséquences politiques. De même qu’un spinoziste ayant compris l’Ethiquedevrait avoir atteint la béatitude, un lecteur de Badiou ayant compris son œuvre devrait devenir nécessairement militant politique, amant et s’intéresser activement aux sciences ainsi qu’aux arts. Nous essaierons ici d’échapper aux deux extrêmes de l’admiration et de la haine, non pas tant pour des raisons morales que pour des raisons philosophiques. Un philosophe qui aurait raison sur tout ne mériterait pas qu’on le pense. Il suffirait d’apprendre par cœur ses textes et de les répéter, dans une logique proche de 1 Spinoza,Ethique, V, 23, Scolie, p. 535. [Sauf indication contraire, c’est toujours nous qui soulignons.] 2 Les années rouges. 3 Logiques des mondes,pp. 544-547.
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celle des fondamentalismes religieux. Les disciples admiratifs et béats sont toujours rejetés dans le rôle de vulgaires commerciaux ou de simples diffuseurs, bien plus que dans celui de philosophes. Symétriquement, un philosophe qui aurait tort sur tout ne mériterait pas non plus qu’on le lise. Si une pensée n’apporte rien, ne perdons pas de temps à en parler et laissons la d´elle-même s’évanouir en néant. Rien de moins nécessaire que d’écrire un livre pour dire combien un philosophe est génial en tout, ou pour dire combien ses idées sont mauvaises en tout. Il y 4 a dans ces deux attitudes une contre-performativité patente . Le simple fait que nous décidions d’écrire sur Badiou nous situe donc quant à sa pensée : ni admiration aveugle, ni haine malveillante. Nous souhaitons traiter Badiou en philosophe classique et proposer une lecture classique de ses textes, en en expliquant les enjeux, les développements, les sources et en en montrant aussi certaines limites. Nous essaierons donc autant que faire se peut de toujours commencer par présenter ses thèses avant de marquer un certain écart par rapport à celles-ci. À bien des égards, Badiou est la dernière figure d’un moment philosophique qui marqua la pensée bien au-delà des frontières françaises. Mais à la différence de beaucoup des figures de ce moment, Badiou est un philosophe classique, souhaitant construire un véritable système philosophique qui vise à apporter des réponses aux questions les plus anciennes de la philosophie : qu’est-ce que l’être, qu’est-ce que vivre, qu’est-ce que la politique, qu’est-ce que l’amour, enfin, bien sûr, qu’est-ce que la philosophie ? De toutes parts, sa pensée est portée par un souci de reprendre les questions les plus originelles de la philosophie et d’y apporter des réponses souvent originales. Ce faisant, Badiou se confronte aux auteurs de la tradition dans un dialogue d’égal à égal, sans concession. Dans cette inscription traditionnelle dans l’Histoire de la philosophie, nous ne pouvons pas cacher la difficulté de nombre 5 des textes de Badiou. Si son pamphlet anti-sarkozyste lui a ouvert un accès au grand public, ses textes développant son
4 Le pire étant de passer, comme certains, d’un extrême à l’autre, faisant suivre une haine affligeante à une admiration béate qui l’était tout autant. 5 Circonstances 4.
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système philosophique demeurent difficiles d’accès. Cette difficulté tient en partie à l’utilisation du langage formel des mathématiques et de la logique. Tout autant la théorie de l’être (l’ontologie) que celle de l’apparaître (la phénoménologie) – le cœur du système donc – se déplient dans de longues démonstrations mathématiques et dans tout un langage axiomatique hypothético-déductif. Nous avons fait le choix de ne pas reprendre ce langage et ces démonstrations pour une raison simple. Paradoxalement, en mathématiques, expliquer, et donc simplifier, revient à écrire bien plus que ne le fait le mathématicien. Pour rendre un raisonnement formel plus simple, il est nécessaire de le rendre plus long, d’en décrire chaque étape et de justifier à chaque fois le passage de l’une à l’autre. Puisque Badiou est lié à la ville rose, que l’on nous permette d’expliquer cela avec le mathématicien Fermat. Nous pouvons écrire en moins de deux lignes son grand théorème : pour toutnn strictement supérieur à 2, il n’existe pas dex,yetztels quex + n n y = z. Que voudrait dire expliquer ce théorème et le rendre plus accessible à quelqu’un qui ne verrait pas d’un seul coup d’œil, dans une intuition fulgurante, ses enjeux ? Ce serait expliquer dans quelle mesure nous pouvons le poser et donc dans quelle mesure nous pouvons bien écrire cette équation en détaillant chacune de ses étapes. Nous reprendrions ligne après ligne toute la démonstration faite par Andrew Wiles en 1994. Pour simplifier une ligne, il faudrait en écrire mille. Cette ligne du théorème de Fermat concentre à elle seule les mille pages de Wiles, et l’expliquer consisterait à les redéplier une à une. Nous ne reprenons donc pas le langage formel des mathématiques parce qu’il faudrait pour en rendre compte écrire encore plus que ne le fait Badiou, ce qui n’est pas possible dans l’espace de ce livre. Mais nous n’occulterons pas non plus les fondements mathématiques et logiques du cœur de la pensée de Badiou. Nous citerons d´ailleurs autant que faire se peut Badiou, afin que le lecteur puisse s’accoutumer à son phrasé, à ses concepts et à son monde. Dans notre démarche, nous allons toujours du plus formel au moins formel, en présentant l’œuvre selon trois moments. Nous commençons par l’ontologie, qui est réduite à la
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