Circulaire exceptionnelle adressée aux vrais disciples d
57 pages
Français

Circulaire exceptionnelle adressée aux vrais disciples d'Auguste Comte

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Description

Marseille, le 27 Homère 98 (24 février 1886).

« Je vous engage à présenter le Positivismecomme directement résumé dans l’utopie de laVierge-Mère, qui doit nous rendre spécialementattentifs tous les dignes catholiques desdeux sexes. »

(AUGUSTE COMTE, Correspondance inédite.)

Les déchirements profonds survenus parmi les disciples d’Auguste Comte ont dû nous inspirer de bien vives craintes pour l’avenir de sa doctrine.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 08 janvier 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782346031511
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Georges Audiffrent
Circulaire exceptionnelle adressée aux vrais disciples d'Auguste Comte
Marseille, le 27 Homère 98 (24 février 1886).
« Je vous engage à présenter le Positivisme comme directement résumé dans l’utopie de la Vierge-Mère, qui doit nous rendre spécialement attentifs tous les dignes catholiques des deux sexes. » (AUGUSTE COMTE,Correspondance inédite.)
Les déchirements profonds survenus parmi les discip les d’Auguste Comte ont dû nous inspirer de bien vives craintes pour l’avenir de sa doctrine. Il était, en effet, à redouter que la marche n’en fût retardée et que la déviation intellectuelle, qu’elle a éprouvée, n’en eût pour longtemps altéré et l’espri t et la sentimentalité. Quoique une appréciation rigoureuse et de la situat ion et des différentes personnalités qui se sont trouvées rapprochées, à l a mort du Maître, nous eut déjà rassurés en nous montrant que des diversités indivi duelles, trop longtemps dissimulées, constituaient le principal motif du dé saccord survenu parmi ceux qui paraissaient jusque-là avoir toujours marché dans l a plus parfaite union, il y avait lieu cependant de craindre que la voix des disciples qui ont les premiers signalé le danger ne restât pendant longtemps sans écho. Cette craint e ne saurait désormais exister, et, disons-le avec un sentiment de juste satisfaction e t de reconnaissance, le Positivisme a trouvé des organes jeunes et ardents, dignes de l e propager et d’en montrer les véritables tendances. Ainsi commencent déjà à se réaliser les justes espé rances du Maître. Ne nous annonçait-il pas que si la doctrine régénératrice a vait dû surgir dans le milieu le plus anarchique de l’Occident, ce n’était guère que parm i les populations catholiques du Midi qu’elle recevrait un jour son plus complet dév eloppement. Ce qui se passe en ce moment au Brésil et au Chili, sous l’initiative de deux jeunes apôtres, dont les contacts parisiens n’ont pu altérer ni le cœur, ni l’esprit, nous montre, en effet, combien se trouvaient fondées de telles p révisions. La situation exceptionnelle où se trouvent, dans l’Amérique du S ud, les expansions catholiques de l’Occident, explique suffisamment ce qui s’y est pr oduit lorsque le Positivisme a pu y être présenté comme venant continuer la grande œuvr e de saint Paul et de saint Bernard. Un clergé depuis longtemps discrédité ne p ouvait y détourner les populations de la recherche, de nouvelles voies, tandis que le peu d’influence qu’y exerçaient les corporations savantes, sans racines parmi elles, le s préservait de la fausse science et des sophismes de l’Occident. Poussées par la marche de la civilisation vers une émancipation intellectuelle, assez avancée pour leur permettre de reconnaître l’ épuisement des anciens dogmes, ces populations, jeunes encore d’espérances, ont pu conserver les précieuses habitudes sentimentales que la culture catholique e t les grandes traditions féodales ont si heureusement entretenues chez elles. Aussi l a doctrine qui rétablissait la prépondérance du cœur sur l’esprit n’a eu, en quelq ue sorte, qu’à y être annoncée, pour jeter parmi elles de profondes et vigoureuses racines. Ceux qui contemplent de loin un spectacle si rassur ant pour nous, ne doivent pas y trouver seulement un sujet de satisfaction et d’esp érance, ils doivent encore en dégager un enseignement, car, en présence d’un tel résultat, une grande question se pose naturellement. L’insuffisance de celui que, dans un moment d’affol ement général, les disciples d’Auguste Comte placèrent à leur tête, a certaineme nt contribué puissamment à retarder la marche du Positivisme, mais peut-elle s uffire à elle seule pour expliquer le temps d’arrêt qu’a éprouvé, dans sa propagande, une doctrine que tout semble
désormais réclamer, l’épuisement des anciens moyens de direction, aussi bien que la profonde anarchie où se trouve de nos jours plongé l’Occident tout entier. Telle est la question qu’il faut, en effet, se pose r et l’heureux succès de notre propagande transatlantique est bien fait pour nous engager à chercher aussi d’autres causes, que l’insuffisance du chef ; à cet état de stagnation. Auguste Comte avait assez indiqué les obstacles contre lesquels auraien t à lutter ses disciples, pour que, s’ils avaient été mieux pénétrés de son esprit, ils n’eussent point compromis leurs forces en des tentatives stériles. Le projet de lig ue religieuse qu’il avait conçu, pendant les deux dernières années d’une existence s i prématurément brisée, aurait dû leur montrer, s’ils l’avaient pris en suffisante co nsidération, où devaient tendre leurs efforts. La dictature rétrograde, sous laquelle se sont écou lées les dernières années du Maître, bien que nous préservant de toutes les diva gations parlementaires, ne lui paraissant pas toutefois en situation de tenir comp te de tous les inconvénients qui pouvaient résulter, même au point de vue de sa prop re conservation, de l’ingérence du gouvernement dans les choses de l’ordre spirituel, il eut l’idée de s’adresser aux plus actifs défenseurs des intérêts catholiques et de le ur montrer quels avantages pouvaient résulter pour eux et pour le catholicisme d’une renonciation volontaire à toute subvention de l’État. Réclamée depuis longtemps par l’opinion, la suppres sion du budget des cultes, dans un avenir plus ou moins prochain, ne pouvant ê tre douteuse pour personne, les directeurs catholiques, en allant au-devant d’une é chéance certaine, pouvaient exiger alors, à titre de compensation, la suppression des deux budgets académique et universitaire, et assurer ainsi la liberté spiritue lle jusqu’ici vainement réclamée par eux. Quelque chimériques qu’aient pu paraître, il y a tr ente ans, de semblables espérances, on peut constater aujourd’hui combien e lles étaient sur la voie des choses possibles, puisque nous les voyons de nos jo urs passionner les vrais républicains, justement alarmés, pour la liberté de penser, de l’extension des privilèges universitaires, et cela autant que peuve nt l’être les catholiques sincères de l’application rigoureuse d’un Concordat destiné, da ns le principe, à restreindre leur influence, et resté, par sa nature, attentatoire à leur dignité. Dans la pensée du grand philosophe le renversement du triplé obstacle, élevé par un héros rétrograde à la marche de l’évolution mode rne, tout en assurant la libre discussion, devait aussi préparer l’avènement d’une véritable ligue entre ceux qu’alarment les progrès de l’anarchie actuelle, don t les ravages s’étendent des pensées aux sentiments, et menacent directement la constitution domestique. Une semblable ligue devait servir à rapprocher tous ceu x qui reconnaissant la nécessité d’une religion en font la garantie suprême de tout ordre social et moral. Elle pouvait être présentée comme l’analogue de celle qui, au se izième siècle, fut dirigée contre le protestantisme, représentant alors la Révolution. E lle eût réparti la société contemporaine en deux camps bien distincts, où se s eraient trouvés, d’un côté, ceux qui sentent les avantages d’une discipline quelconq ue et d’un autre ceux qui la repoussent. En ces conditions, une libre discussion eût pu naturellement s’établir entre les disciplinés, pour l’établissement d’une foi com mune. Le Positivisme, organe autorisé des grandes aspirations contemporaines, po uvait ainsi espérer de rallier les natures chez qui l’esprit se trouve à la hauteur du cœur.