Claude Lévesque – Tendresse envers l

Claude Lévesque – Tendresse envers l'étrangeté

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Français
264 pages

Description

Une « tendresse envers l'étrangeté »… Claude Lévesque, décédé le 22 mars 2012, avait fait sienne cette expression de Friedrich Nietzsche, philosophe dont il aura accompagné l'œuvre toute sa vie. À leur tour, les collaborateurs de cet ouvrage s'ap¬proprient ici ces mots, cette pensée, afin de rendre hommage à l'ami disparu.

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Date de parution 02 avril 2013
Nombre de lectures 8
EAN13 9782895184553
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

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LES AUTEURS
Frédérique BERNIER Jacques BRAULT Paul CHAMBERLAND Louise DUPRÉ Madeleine GAGNON Jean GRONDIN Michaël LACHANCE Jean LAROSE Stéphane LÉPINE Georges LEROUX Nicolas LÉVESQUE René MAJOR Alexis MARTIN Catherine MAVRIKAKIS Ginette MICHAUD Pierre NEPVEU Pierre OUELLET Fernand OUELLETTE Patrick POIRIER Christian SAINT-GERMAIN Sylvano SANTINI
Sous la direction de PATRICK POIRIER et SYLVANO SANTINI
Claude Lévesque – Tendresse envers l’étrangeté
ÉDITIONS NOTA BENE
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Les Éditions Nota bene remercient le Conseil des Arts du Canada et la SODEC pour leur soutien financier.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Illustrations : Jacques BRAULT,Le proche et le lointain, série de 11 encres sur papier (approximativement 15 cm×22 cm). o Dessin n 1/11, page 8 o Dessin n 2/11, page 18 o Dessin n 3/11, page 71 o Dessin n 4/11, page 76 o Dessin n 5/11, page 114 o Dessin n 6/11, page 118 o Dessin n 7/11, couverture o Dessin n 8/11, page 137 o Dessin n 9/11, page 144 o Dessin n 10/11, page 219 o Dessin n 11/11, page 224
© Éditions Nota bene, 2012 ISBN : 978-2-89518-439-3
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AVANT-PROPOS
Patrick Poirier et Sylvano Santini
Entre l’idée de notre projet et la publication de ce livre, il y eut la mort de Claude Lévesque. Cet événement triste, comme toute disparition définitive, n’a pourtant pas scellé l’entretien qui aurait dû avoir lieu. Sa disparition s’est au contraire imposée comme milieu, repoussant les limites du dialogue. Par où com-mencer, comment finir ? S’il est toujours malaisé de témoigner d’un héritage intellectuel, de rendre hommage à un ancien professeur, à un collègue que l’on estime, à un ami, il est peut-être moins difficile de le considérer dans l’horizon ouvert d’un départ. Ce n’est ni plus ni moins qu’un appel renouvelé à « lever l’ancre », une invitation au voyage, celui d’une parole et d’une pensée qui nous accompagnent, celui d’une écoute qui poursuit son chemin, suivant pas à pas l’écho d’une étrangeté lointaine et proche à la fois. Par où commencer, comment finir ? L’entretien aura toujours déjà commencé ; il ne saurait prendre fin – ni dans les paroles plurielles qui composent ce recueil, ni dans les livres encore à venir. Si nous avons tenu à reprendre « la belle expression de Nietzsche » pour en faire l’intitulé de ce collectif, c’est que cette « tendresse envers l’étrangeté », pour paraphraser l’avant-propos que signait Claude Lévesque dans son récentPhilosophie sans frontières,nous semble aussi passer « » queà travers les textes nous avons rassemblés pour rendre hommage à l’ami disparu. Il
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CLAUDE LÉVESQUE – TENDRESSE ENVERS L’ÉTRANGETÉ
y a, dans cette expression, le rappel de ce qu’il faut « apprendre à entendre », à voir, de telle sorte que « l’étrangeté peu à peu se dévoile et vient s’offrir à nous en tant que nouvelle et indicible beauté », écrit Nietzsche dansLe gai savoir. La série d’encres iné-dites de Jacques Brault (intitulée « Le proche et le lointain » en mémoire et comme en écho à l’essai publié sous ce même titre par Claude Lévesque) en est le plus beau témoignage. Ces œu-vres, comme les poèmes qu’ont ici tenu à offrir ses amis, mar-quent une scansion, insufflent un rythme à une partition que nous avons souhaitée la plus ouverte, la plus hospitalière possi-ble. Les quatre « mouvements » de ce livre font ainsi place à des textes de nature plus « biographique », à des hommages et réflexions d’étudiants de toutes générations, à des réflexions où littérature et philosophie se rappellent l’une à l’autre, et, finale-ment, à des analyses et des textes critiques. Nous tenons à remercier chaleureusement tous ceux et celles qui ont accepté notre invitation et qui, en ces pages, ont tenu à « dire » tout haut, pour la mémoire, pour la suite des choses, l’indicible créance qui est tout aussi bien la nôtre communauté sans communauté de ses héritiers et amis – que celle de la pensée au Québec. Nos remerciements vont aussi à Guy Champagne, pour son hospitalité toujours renouvelée, ainsi qu’à Fabrice Masson-Goulet et Isabelle Tousignant, sans l’aide de qui ce livre n’aurait pu se faire. À Nicolas Lévesque, qui avec nous a pensé et souhaité cet hommage, nous redisons simplement ce mot que Claude Lévesque nous aura « appris » à entendre tout autrement : amitié.
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PRÉLUDE UN LEGS ESSAIMÉ
Patrick Poirier
Un héritage nous échoit à chaque ins-tant, une communauté nous habite et nous hante constamment, même au sein de la plus grande solitude et du silence le plus profond. L’écrivain le sait, lui qui écrit en utilisant le langage dont il a hérité, en s’appropriant les mots et les pensées des autres, et qui, en créant une œuvre nouvelle, essaime ces mots et ces pensées partout autour de lui et dans le monde, comme une bouteille scellée que l’on jette à la mer. Claude LÉVESQUE, Philosophie sans frontières.
Cela s’impose à mon souvenir comme un récit dans l’hori-zon duquel pointe toujours la mort – intempestive, malvenue –, une fiction incertaine d’elle-même, sans cesse reprise, trop souvent recommencée pour qu’elle puisse aujourd’hui encore trouver le mot de sa fin, son dernier mot. Cela n’arrivera pas. Il 1 faudra un jour tout reprendre, redire « à nouveau, à nouveau »,
1. Maurice BLANCHOTÉnigme », (Lettre à Claire Nouvet),, « Yale o French Studies,», n 79, 1991, p. 5.« Literature and the Ethical Question
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comme l’écho persistant d’une détonation, la rumeur sourde d’une déflagration déchirant le silence. Notre solitude est foudroyante. J’ai réécrit trop souvent ce texte pour qu’il en reste autre chose qu’un prélude inadéquat, une amorce inachevée sans mesure aucune avec les témoignages, les poèmes et les dessins, les textes et les hommages qui composent cet ouvrage que nous souhaitions offrir à Claude Lévesque de son vivant : don de l’écriture à celui qui, pour la plupart d’entre nous, aura sans doute rendu possible l’expérience même d’écrire, « ce jeu insen-sé », se plaisait-il à répéter après/avec Mallarmé, « jeu de l’espace dans le temps et du temps dans l’espace, jeu du monde par conséquent, qui ne doit rien au monde puisque le monde n’est 2 monde que par ce jeu même ». Qu’il n’ait pu lire les textes ici rassemblés demeure aujourd’hui pour moi intolérable – encore intolérable. Il y avait en effet un enthousiasme, un plaisir sincère à l’idée de prendre le risque et la chance d’un projet d’écriture par lequel nous souhaitions rendre hommage à l’œuvre et à la pen-sée de Claude Lévesque. Le «momentestvoulu», écrivions-nous aux collaborateurs ici rassemblés ; il était pour nous pressant, appelait à une urgence d’écrire, à l’impatience heureuse de pou-voir écrire pour lui, enfinpourlui. Demeure encore la nécessité de « dire » notre créance, notre dette infinie à l’ami disparu – cela il faudra le « dire » encore et encore –, mais c’est avec une impa-tience maintenant triste, avec une urgence déçue que ce livre est aujourd’hui donné à lire, sauf à celui à qui il était d’abord destiné. « Destinerrance » de la lettre ? Cela – une telle pensée ne saurait suffire à taire ma déception. Ce qui m’importait, ce qui m’importe aujourd’hui encore, c’est au fond quelque chose qui s’approche de cette « colère » dont se souvient Catherine Mavrikakis dans la correspondance
2. Claude LÉVESQUE,L’étrangeté du texte. Essais sur Nietzsche, Freud, Blanchot et Derrida,Montréal, VLB éditeur, 1976, p. 109.
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