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Connaissance et reconnaissance chez Hobbes et Rousseau

De
251 pages
Il est coutume de présenter le contrat social comme un mécanisme de création de la société reposant sur le dialogue, la négociation et la communication. De par sa structure même, il serait porté par la connaissance et la reconnaissance des interlocuteurs. En s'appuyant sur Hobbes et Rousseau, l'auteur montre que paradoxalement, il repose sur une méconnaissance première, les tenant à distance les uns des autres. Ainsi, loin de la transparence, le contrat nous révèle l'essence de la politique : elle ne se joue que dans l'ombre, la solitude et l'opacité.
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Stéphane Vinolo
CONNAISSANCE ET RECONNAISSANCE CHEZ HOBBES ET ROUSSEAU
La transparence est l’obstacle
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Connaissance et reconnaissance chez Hobbes et Rousseau
Ouverture philosophique Collection dirigée par, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Lucien R. KARHAUSEN,Dr Georges Canguilhem, Médecin anomal,2017. Jean PIWNICA,Martin Heidegger une affaire franco-française, 2017. Michel FATTAL,Conversion et spiritualités dans l’Antiquité et au Moyen Âge, 2017. Paul DUBOUCHET,René Girard, « cowboy texan », Au fil de ses exploits, 2017. Fallander KALTCHAREL, Le dualisme antiréaliste et semi-empirique de Bernard Vidal,2017. Jean-Louis BISCHOFF,Penser la notion de rencontre, 2017. HyeJeong SEO, Paul Ricœur,Image de Dieu: Rédemption et Eschatologie, Tome 2, 2017. HyeJeong SEO, Paul Ricœur,Image de Dieu: Origine et déchéance, Tome 1, 2017. Dimitra PANOPOULOS,L’hypothèse platonicienne, 2017. Hans COVA,Pour une approche stratégique des espaces politiques, Essai de philosophie politique, 2017. Tristan VELARDO,Georges Palante, La révolte pessimiste, 2017. Robert TIRVAUDEY,Apprendre à penser avec Marc Aurèle, 2017.
Stéphane Vinolo Connaissance et reconnaissance chez Hobbes et Rousseau La transparence est l’obstacle
Du même auteur Alain Badiou – Vivre en immortel, L’Harmattan, Paris, 2014. René Girard : do mimetismo à hominização,traduction portugaise de Bruna Beffart et Maria Rozane Perreira Pinto, É Realizações, Sao Paolo, 2013. Préface de Ruth Gordillo (Pontificia Universidad Católica del Ecuador) Dieu n’a que faire de l’être – Introduction à l’œuvre de Jean-Luc Marion, Germina, Paris, 2012. Clément Rosset, la philosophie comme anti-ontologie, L’Harmattan, Paris, 2012. Préface de Charles Ramond (Université de Paris 8). René Girard : Epistémologie du sacré, « En vérité, je vous le dis »,L’Harmattan, Paris, 2007. René Girard : Du mimétisme à l’hominisation, « La violence différante »,L’Harmattan, Paris, 2006. Remerciements Ce texte est la version remaniée du premier chapitre d’une thèse de doctorat en philosophie soutenue en 2009 à l’Université Michel de Montaigne de Bordeaux 3, sous la direction de Charles Ramond. Les membres du jury étaient : MM. Jean-Pierre Dupuy, Guillaume Le Blanc, Frédéric Lordon et Jacques de Saint Victo r.© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12551-0 EAN : 9782343125510
INTRODUCTION
«[…], je resterai seul avec ce ciel vide au-dessus de ma tête, puisque je n’ai pas 1 d’autre manière d’être avec tous.»
La modernité politique est le moment philosophique de la vacuité des cieux. Certes, il ne faut pas minimiser le rôle prépondérant du Dieu des philosophes dans la pensée moderne, néanmoins un basculement radical se fait jour dans le domaine de la politique et de la formation des collectifs humains. La modernité nous fait passer de collectifs qui sont soutenus par un élément extérieur (Dieu, Nature, etc.), à des systèmes dans lesquels ce qui fait tenir les éléments dans un ensemble n’est plus que le produit de la rencontre des individus qui appartiennent à ce groupe. Ce renversement n’implique pas, bien entendu, une homogénéisation totale des principes unificateurs. Les collectifs peuvent prendre de nombreuses formes, il y a plusieurs façons d’être avec les autres, de se tenir parmi eux : des formes les plus négatives dont nous retrouvons les traces dans la relation entre Sartre et Camus : « Nous étions brouillés, lui et moi: une brouille, ce n’est rien –dût-on ne jamais se revoirjuste une autre manière tout 2 de vivreensemble,[…]» , aux formes les plus positives et explicites comme peuvent l´être par exemple le pacte ou le contrat social : «Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction
1  Jean-Paul Sartre,Le diable et le bon dieu, Acte III, Scène 2, Gallimard, Paris, 1951, réédité inJean-Paul Sartre,Théâtre Complet, Gallimard Pléiade, Paris, 2005, p. 501. 2 Jean-Paul Sartre,Albert Camus, France-Observateur n°505, Paris, 7 janvier 1960, repris inSituations IV,Portraits, Gallimard, Paris, 1964, p. 127. 7
de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque 3 membre comme partie indivisible du tout.» Toutefois, malgré ces différences, la modernité philosophique présente quelque chose de spécifique et d’uniquele dans processus de création des collectifs humains en ce que les individus ne peuvent plus compter désormais que sur eux-mêmes afin d’assurer le vivre ensemblede pacifier le et collectif. Ainsi est tissé un lien immédiat et très fort entre l’individualisme moderne et le caractère auto-organisé des collectifs, lien que Jean-Pierre Dupuy pointe fort justement dans ses travaux : «L’individualisme moderne va de pair avec la reconnaissance des propriétés auto-4 organisatrices de la société. » Les individus vont donc être soumis à des lois qu’ils ont eux-mêmes (et eux seuls) contribué à mettre en place ; ils sont donc auto-organisés parce qu’ils sont aussiet d‘abord, au sens étymologique du mot, autonomes (ils se donnent leurs propres lois). Telle 5 est la boucle épistémologique que nous devrons analyser tout au long de ce travail et sur laquelle nous reviendrons sans cesse. Nul mieux que Benny Lévyn’a montré, dans une critique de la modernité politique d’une rare férocité,et par une violence presque viscérale dont la cible principale
3  Jean-Jacques Rousseau,Du contrat social, I, 6, inŒuvres Complètes, Tome III, Gallimard Pléiade, 1964, p. 361. [Désormais abrégé OC, nous décidons de toujours conserver le français du ème XVIII siècle donné par les éditions de la Pléiade] 4  Jean-Pierre Dupuy,Introduction aux sciences sociales,Logique des phénomènes collectifs, Ellipses, Paris, 1992, p. 13. 5  «Avant le contrat, il n’y a que des volontés particulières. Après le contrat, le référent pur de la politique est la volonté générale. Mais le contrat lui-même articule la soumission de la volonté particulière à la volonté générale. On reconnaît une structure de torsion : la volonté générale est bien,une foisconstituée, ce dont l’être était présupposé dans cette constitution », Alain Badiou,L’être et l’évènement, Seuil, Paris, 1988, pp. 380-381. [Badiou souligne. Sauf indication contraire, c’est toujours nous qui soulignons]8
est presque toujours Spinoza, ce mouvement par lequel, en partant de Platon, elle porte à son sommet et réalise pleinement le processus par lequel un collectif humain met à mort le pasteur transcendant qui avait toujours fait tenir ensemble les hommes depuis une position extérieure au 6 collectif . Nous retrouvons dans les thèses de Lévy une confirmation par la négative, de l’affirmation selon laquelle les collectifs humains modernes, bien que prenant différentes formes, reposent sur un principe que nous pouvons identifier dans la forme épistémologique de l’auto-organisation. Le concept d’auto-organisation ne saurait être réservé aux seuls cas des systèmes sociaux humains. Nous le retrouvons aujourd’hui dans de nombreux domaines.Le corps humain peut bien être dit un organisme auto-organisé, qui trouve son ordre interne sans que n’ait besoin pour cela d’intervenir une autorité extérieure à celui-ci. Nous pourrions en dire autant à un niveau macroscopique 6 Benny Lévy,Le meurtre du Pasteur,Critique de la vision politique du monde, Grasset / Verdier, Paris, 2002. Jacques Rancière commente bien le caractère antimoderne de la thèse de Lévy : « La détresse des individus démocratiques, enseigne-t-il [Le texte de Benny Lévy], est celle des hommes qui ont perdu la mesure par laquelle l’Un peut s’accorder au multiple et les uns s’unir en untous.Cette mesure ne peut se fonder sur aucune convention humaine mais seulement sur le soin du pasteur divin qui s’occupe de toutes ses brebis et de chacune d’entre elles», Jacques Rancière,La haine de la démocratie, La Fabrique éditions, Paris, 2005, p. 38. Le commentaire se poursuit et nous retrouvons toujours cette même logique de la modernité auto-organisatrice dénoncée par Lévy : « A la place de la Voix, les Modernes, nous dit Benny Lévy, ont mis l’homme-dieu ou le peuple-roi, cet homme indéterminé des droits de l’homme dont le théoricien de la démocratie, Claude Lefort, a fait l’occupant d’une place vide. Au lieu de « la Voix-vers-Moïse», c’est un «quihomme-dieu-mort » nous gouverne. Et celui-ci ne peut gouverner qu’en se faisant le garant des « petites jouissances » qui monnaient notre grande détresse d’orphelins condamnés à errer dans l’empire du vide, qui signifie indifféremment le règne de la démocratie, de l’individu ou de la consommation »,idem., p. 39.
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