Contradiction

Contradiction

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Français
272 pages

Description

La contradiction engage la relation aux autres, au monde, à soi. Elle comprend divers rôles, fonctions, conflits. Cet ouvrage est centré sur l'analyse du contradictoire par Paul Valéry dans les Cahiers, à laquelle se joignent d'autres analyses (Badiou, Fougeyrollas, Chine, Mao). Valéry est l'un des plus grands penseurs sur la contradiction. Les rapports entre contradiction, paradoxe, contrariété, complémentarité, opposition, extrémité et symétrie sont au centre du « démon de la contradiction ».

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Date de parution 08 novembre 2019
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EAN13 9782140134760
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Contradiction
e I
Livre I
de Paul Valéry
Cahiers
Edmundo MORIMde CARVALHO
Contradiction
Rôles et états de la contradiction dans lesCahiersde Paul Valéry
Rôles et états de la contradiction dans les
CONTRADICTION - LIVRE I -Rôles et états de la contradiction dans lesCahiersde Paul Valéry
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-18260-5 EAN : 9782343182605
Edmundo Morim de Carvalho CONTRADICTION - LIVRE I -Rôles et états de la contradiction dans lesCahiersde Paul Valéry
CONTRADICTION - LIVRE 1 RÔLES ET ÉTATS DE LA CONTRADICTION INTRODUCTION  La contradiction est peut-être une marque de richesse de la pensée ; c'est alors un excès, une floraison sauvage qui attend d'être coupée, contenue et taillée. Il faut quitter en partie le scénario du dénuement et de la déchirure. La contradiction pose la limite de la pensée — là où elle se change en non-pensée. En fait, en tant que pensée, elle déplace la limite cognitive en laissant apercevoir un territoire fangeux, mobile. La contradiction résulte d'un monde complexe où les interférences sont sans nombre. Plus les plans ou les niveaux se multiplient et interfèrent, plus il y a des chances pour qu'il y ait des contradictions. Dire que la contradiction est l'origine de la pensée, moteur du mouvement, c'est une absurdité. Supposer que la contradiction est le principe de tout mouvement spontané, c'est la figer. Dire qu'une chose est vivante parce que contradictoire, c'est la condamner au non-être dans sa manifestation sans fracture. Concevoir les contraires dans une unité immanente, c'est abolir la durée (dans la spéculation de l'un fusionnel). Les contraires fondus disparaissent pour laisser la place à une nouvelle unité. L'unité totale conçue d'un terme avec son contraire s'effondre ; c'est le principe des indiscernables qui intervient. On est dans le paradoxe ; le paradoxe est la rencontre de l'unité de l'opposition et de l'opposition dans l'unité (ou le commencement est la fin, la fin est le commencement) — un jeu abstrait et spéculaire, fondé sur un retournement réciproque, une circularité.  La contradiction, qui peut être impasse, blocage, est aussi progression (heurtée), déblocage, mouvement de remise en cause. Types de contradiction :contradiction fortesolution, radicalement exclusive), (sans contradiction faible (permettant les alliances),contradiction ouverte (sur deux plans hétérogènes),contradiction ferméeun point isolé et (sur homogène), oucontradiction bipolaire(avec un seul enjeu) etcontradiction
CONTRADICTION - LIVRE I multipolaire (avec plusieurs enjeux),contradiction négativefaute, (erreur, etc.),contradiction positived'une autre vérité), (seuil contradiction référentielle, objectale, existentielle,contradiction autoréférentielle, formelle, interne,contradiction cachée, ou latente,contradiction manifeste, amenant le désaccord à un stade apparent,oucontradiction niée,contradiction reconnue ou rendue consciente, première moitié d'un travail d'éclaircissement. En somme, un système de pensée ne peut pas trouver en lui-même, dans ses fondements, la caution absolue de ce qui vient par la suite. Le fond est en partie informulé, oscillant, déchiré. La contradiction est l'aveu de non-suffisance d'un système ; elle défait potentiellement le mythe de l'autosuffisance. La clôture du système logique ou théorique engendre un "jumeau" dévastateur : la clôture du réel sur lui-même. Car on ne quitte pas le primaire, le physique, l'atomique, dans un système rond, en principe indépendant, aux frontières aisément manipulables, où la maîtrise n'est jamais en défaut. La contradiction est susceptible d'une activité "méta" quand on réfléchit, non-contradictoirement selon la manière souhaitée, sur le contradictoire, quand on interroge ses conditions d'émergence et de développement. La contradiction est le fruit d'une mémoire discursive et existentielle reliant deux propositions qui sont non-contradictoires en elles-mêmes mais qui le deviennent à partir de leur mise en rapport. Elle est donc un phénomène essentiellement incorporel.  La contradiction soulève le problème des dualités symboliques et de leur résonance éventuellement moniste. Le dépassement des contradictions est l'œuvre d'un abandon et passage à autre chose, ou d'une fusion paradoxale ; il se produit une neutralisation des contraires : plus ou presque pas de tension, de conflit. Les contraires se transforment les uns dans les autres sans dégâts. Y a-t-il une uniformisation ? Pour les intervenants qui croient à la valeur paradoxale de la fusion (coincidentia oppositorum), non ; pour les autres, oui ! La fusion relève de l'un négatif — tous les contraires, ou certains d'entre eux, s'assemblent dans une unité universelle faisant fi de tous les particularismes. La fusion se veut un double dépassement du dualisme et du monisme — elle est paradoxale en ce sens que la positivité devient immédiatement indissociable de la négativité. Le paradoxe est une contradiction sans contradictions, uneopposition sans oppositions. La fusion décrète l'homogénéité et l'uniformité des niveaux ontologiques par le biais de l'homogénéité conceptuelle. Par exemple, le macrocosme s'imbrique dans le microcosme au point de se confondre totalement avec lui. La théorie des correspondances entre eux est en fait une théorie de l'unité et de la transparence. Tout s'aligne sur une strate, laquelle impose sa force de contrainte autoritaire.  La contradiction plaide pour des dualités symboliques. Les dualités sont nécessaires au travail de la pensée ; d'ailleurs, le refus de la dualité
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INTRODUCTION engendre une bifurcation duelle (dualité / ou pas de dualité). Les contraires peuvent être complémentaires si on ne les prend pas dans un sens absolu (contradictoires). Il faut s'écarter de ceux qui refusent les dualités tout en ne cessant pas de les employer. L'opposition peut être duelle ou plurielle ; il n'y a pas d'opposition dans l'un. L'opposition est force d'attraction entre des élé-ments indifférents, non-marqués, séparés, qui se change tout de suite en force de répulsion. C'est la convergence contradictoire de caractéristiques qui ne mettent pas en cause leurs supports. L'opposition crée un couple qui n'existait pas sous cette forme oppositionnelle auparavant. L'opposé, ou le contraire en roue libre, peut être n'importe quoi ; il résulte d'une décision préalable de l'énonciateur. En ce sens, il est plus libre que le "contraire contradictoire" où l'enjeu est déjà en partie fixé par la sémantique et la syntaxe. Les opposés viennent de partout ; les contradictoires ont un chemin balisé. La différence est que le premier est quelque chose entre l'un et l'autre, tandis que le deuxième est l'un ou l'autre, au sens fort. Dans la logique habituelle, la contradiction est l'opposition maximale figurée par l'affrontement duel du vrai et du faux, par rapport à l'opposition faible de l'opposé ou du contraire-moyen terme entre les extrêmes. Il faut garder toutefois une place au neutre, à l'indéterminé, ce qui ne s'implique pas directement dans un creux oppositionnel. L'opposé est, au départ, indéterminé : n'importe quoi peut s'opposer à n'importe quoi (les blondes aux brunes) ; comme "contraire", il peut être demi-déterminé (ou quasi déterminé) dans certains cas convenus, tandis que le contradictoire est absolument déterminée (principe d'exclusion sans faille). L'opposition peut devenir ou non une contradiction, alors que la contradiction contient un rapport oppositionnel. La première recèle des degrés sur une échelle continue de transitions où elle va procéder à une cassure qui a souvent l'air théâtral ; la deuxième est abrupte, disjonctive, discrète, discontinue.  L'opposéest ce qui se noue dans un rapport symbolique sans qu'il y ait a priori un rapport de conflit (par exemple, air et eau). Avant la manifestation de l'interaction qui les oppose, il était nul au point de vue de la tension. Lecontraire occupe d'emblée la place ou le territoire de l'opposé. Dans sa lecture aristotélicienne, il peut contenir un moyen terme (le gris entre le blanc et le noir). Il correspond à un troisième terme dans une opposition duelle. Il se différencie du contradictoire (exclusion radicale). C'est la contrariété, version soft, opposée à la contradiction, version hard. Au niveau sémantique, par rapport aux contradictoires, les contraires sont susceptibles d'une unité qui réduit l'espace entre les extrêmes ; au niveau syntaxique, les contraires désignent des entités franches, entre l'affirmation et la négation, entre le tout et le rien. Il est purement discursif. Ce n'est pas le cas du rapport contradictoire où l'universel est contredit par le particulier qui vient d'un monde non-discursif. Dans cette logique, lecontraireva d'un bloc affirmatif (toutx esta) à un bloc négatif conjecturé (aucunx n'esta) en
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