Emmanuel Levinas. Le sens de la transcendance, autrement

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Le trajet de pensée d’Emmanuel Levinas se trouve ici ressaisi à la fois dans l’élan de ses avancées et la cohérence de son écriture. L’auteur retrace d’abord le cheminement d’une pensée qui s’élève de l’aventure anthropologique de la temporalité à l’intrigue de responsabilité éthique qui s’y dessine, avant de se risquer à évoquer la signifiance théologique du témoignage prophétique inscrit dans les Écritures bibliques.
Il tente ensuite d’exhiber la logique paradoxale qui sous-tend tout ce parcours : le devenir-philosophe s’y avère inséparable d’un être-juif qui ne se soustrait pas à la pratique du discours argumenté, mais qui le met à l’épreuve d’une rhétorique de l'excès rebelle à toute souveraineté magistrale.
Le sens de la transcendance ne cesse de renaître, toujours autrement, de l’entretien infini qu’inaugure, en nous et entre nous, cette écriture de feu.

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EAN13 9782130740254
Langue Français

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Francis Guibal
Tmmanuel Levinas. Le sens de la transcendance, autrement
2009
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130740254 ISBN papier : 9782130573555 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Le trajet de pensée d’Emmanuel Levinas se trouve ici ressaisi à la fois dans l’élan de ses avancées et la cohérence de son écriture. L’auteur retrace d’abord le cheminement d’une pensée qui s’élève de l’aventure anthropologique de la temporalité à l’intrigue de responsabilité éthique qui s’y dessine, avant de se risquer à évoquer la signifiance théologique du témoignage prophétique inscrit dans les Écritures bibliques. Il tente ensuite d’exhiber la logique paradoxale qui sous-tend tout ce parcours : le devenir-philosophe s’y avère inséparable d’un être-juif qui ne se soustrait pas à la pratique du discours argumenté, mais qui le met à l’épreuve d’une rhétorique de l'excès rebelle à toute souveraineté magistrale. Le sens de la transcendance ne cesse de renaître, toujours autrement, de l’entretien infini qu’inaugure, en nous et entre nous, cette écriture de feu.
Sigles utilisés Un (r)éveil sans fin
able des matières
Première partie. Élévation à l'infini
L’étrange aventure de la paternité L’amour sans complaisance L’événement« au-delà du possible » Une temporalité toujours recommençante Élection filiale et vocation fraternelle Séparation et création Dimensions de la responsabilité Le monde et sa pesanteur Le visage à l’intime L’humanité en tiers Versions de la transcendance Philosophie « juive »? Dieu sans le savoir Sortir de l’onto-théo-logie Éthique et infini Le livre du visage Responsabilité — De la philosophie Dialogue et transcendance Deuxième partie. Intelligibilité paradoxale Le dernier mot et le premier sens Une vie dans le siècle (1906-1995) Une cohérence paradoxale Une identité exposée Une sollicitation réciproque Un surcroît de vigilance ? Une pratique philosophique de l’excès À l’écoute de la parole Le dire au-delà du dit Autrement que l’archè? L’infinition de la totalité Lelogosà l’épreuve de l’altérité
Les aventures amphibologiques dulogos La réduction du dit au dire La renaissance du dit à partir du dire Une pratique de l’écriture philosophique Autrement dit Résonances intérieures Rigueur critique et inspiration poétique Interprétations des écritures Le dieu de l’alliance L’élection messianique de la subjectivité Attestations distinctes Exposition universalisante Sources
Sigles utilisés
ADV L’au-delà du verset, Paris, Minuit, 1982 AE Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, La Haye, M. Nijhoff, 1974 AHN À l’heure des nations, Paris, Minuit, 1988 AS Autrement que savoir, Paris, Osiris, 1986 AT Altérité et transcendance, Montpellier, Fata Morgana, 1995 DE De l’Évasion, Montpellier, Fata Morgana, 1982 re DL Difficile liberté, Paris, A. Michel, 1976 (1 éd. en 1963) DMT Dieu, la mort et le temps, Paris, Grasset, 1993 DQVI De Dieu qui vient à l’idée, Paris, Vrin, 1982 DSS Du sacré au saint, Paris, Minuit, 1977 re EDE En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger, Paris, Vrin, 1967 (1 éd. en 1949) re EE De l’existence à l’existant, Paris, Vrin, 1978 (1 éd. en 1947) EI Éthique et infini, Paris, Fayard, 1982 EN Entre nous. Essais sur le penser-à-l’autre, Paris, Grasset, 1991 EPE Éthique et Philosophie première, Paris, Rivages Poche, 1998 HAH Humanisme de l’autre homme, Montpellier, Fata Morgana, 1972 HS Hors sujet, Montpellier, Fata Morgana, 1987 IH Les imprévus de l’histoire, Montpellier, Fata Morgana, 1994 LC Liberté et commandement, Montpellier, Fata Morgana, 1994 NLT Nouvelles lectures talmudiques, Paris, Minuit, 1996 NP Noms propres, Montpellier, Fata Morgana, 1976 PET Positivité et transcendance, Paris, PUF, 2000 QEV Qui êtes-vous ?, La Manufacture, 1987 QLT Quatre leçons talmudiques, Paris, Minuit, 1968 re TA Le temps et l’autre, Paris, PUF, 1983 (1 éd. en 1947) TI Totalité et infini, La Haye, M. Nijhoff, 1961 Tr. Int. Transcendance et intelligibilité, Genève, Labor et Fides, 1984
Introduction
Un (r)éveil sans fin
entrée initialement sur la lourdeur et l’opacité ex istentielles d’une contingence Chumaine en appelant énigmatiquement à une « évasion », la pensée d’Emmanuel Levinas a trouvé une première orientation décisive en méditant sur l’irruption énigmatique du Visage de l’autre homme ; « essai sur l’extériorité »,Totalité et infini aborde l’altérité (d’autrui) par le dehors irréductible de sa Parole parlante.Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, par contre, explore l’étrangeté plus radicale encore d’une subjectivité dépouillée de toute maîtrise identitaire, toujours-déjà habitée et travaillée, creusée et évidée, par la récurrence bouleversante de l’Autre-dans-le-Même ; l’hospitalité du sujet s’y découvre en condition d’otage, vouée à répondre de tout ce qui pèse sur elle sans qu’elle en soit ni l’origine ni la mesure. À travers la diversité contrastée de ces descriptions interrogatives cependant, à même l’entrelacs du monde et de la chair, de la parole et de l’histoire, c’est probablement toujours la lancinante question du sens possible de la « transcendance » qui ne cesse de hanter la pensée lévinassienne de l’existence et de venir ainsi à l’idée entre nous. Il faut bien tenter de décrire ce qui se trouve ainsi signifié et d’en exhiber l’intelligibilité, mais dans le respect scrupuleux d’une manière de s’inscrire dans l’idéalité qui interrompt et dérange précisément l’essence harmonieuse de l’immanence. Lesens de la transcendance, donc, maisautrement: débordant les limites de l’être, ne se réduisant pour autant ni au non-être ni à un sur-être, des aventures s’esquissent et des intrigues se nouent, à travers lesquelles s’insinuent « un autre sens et une autre façon de signifier » : en guise de trace précaire et toujours effaçable, en malaise ou en mal-être dans l’être, faisant courir « le risque permanent pour le Sens de s’expulser de l’être et d’y errer comme dépaysé, exilé et persécuté »[1]. La description phénoménologique, dès lors, si elle demeure bien ordonnée à la question des questions qu’est le souci ou l’inquiétude du sens, ne peut demeurer trop sagement cantonnée dans l’espace de la mêmeté essentielle. Issue d’expériences pré-philosophiques qui font signe vers le foisonnement et la luxuriance immaîtrisables du monde de la vie, elle s’expose tout autant à la venue et aux traumatismes d’un inconnu surprenant, rebelle aux prises de l’intentionnalité. Relayant de l’intérieur un style d’existence étranger à toute installation identitaire, en proie à « un sentiment immédiat de la contingence et de l’insécurité du monde, une inquiétude de ne pas être chez soi »[2]inséparable de la quête d’un ailleurs ou d’un autrement, c’est toute une manière de penser qui se cherche et se met en m arche, sous le signe d’une exploration inévitablement risquée. Dialectique ascendante, montée vers les hauteurs et la hauteur, la recherche philosophique se révèle (r)éveil sans fin, pauvreté toujours assoiffée d’un Désir à jamais renaissant,élévation à l’infini. On tente de la suivre ici en partant d’abord de son enracinement dans l’expérience anthropologique de la transmission de la vie (chap. I), en discernant ensuite en son
cœur les dimensions diverses de la responsabilité éthique qui s’y éprouve (chap. II), en allant finalement jusqu’à laisser venir à l’horizon ou à l’idée l’évocation an-archique – l’énonciation ou la trace – du Pronom imprononçable qui « marque de son sceau tout ce qui peut porter un nom »[3] (chap. III). La rectitude implacable de cette montée aux extrêmes vers la pureté d’un Dire sans Dit n’est cependant que la dominante d’une œuvre qui ne s’y réduit pas. Car c’est toujours à travers l’articulation laborieuse de Dits patiemment agencés que l’écriture philosophique de Levinas tente de faire place et droit à l’insinuation énigmatique, en nous et entre nous, d’une Illéité d’au-delà de l’Être, « troisième personne qui ne se définit pas par le Soi-même, par l’ipséité » (EDE, 199). S’impose alors certain retour ou recours à la réflexivité méthodique, non pour y chercher le faux appui d’assurances préalables ou ultimes, mais pour prendre la mesure, autant que faire se peut, du chemin frayé et parcouru, en dégager et en exposer l’intelligibilité paradoxale. Si le centre en est bien certaine pratique résolument rhétorique de l’excès qui inspire et emporte le discours (chap. V), elle n’en renvoie pa s moins à l’envoi immémorialement prévenant d’un premier sens (chap. IV) qui ne dispense jamais, pour autant, de la quête sans fin d’un dernier mot dont la logique reste aux prises avec l’épreuve toujours renaissante de l’altérité (chap. VI). Ce qui permet d’évoquer, pour (ne pas) conclure, certaines résonances intérieures qui témoignent, pour un « chrétien philosophe », de la fécondité et du prolongement possible, toujours autrement, des perspectives ainsi ouvertes.
Notes du chapitre [1]« De la déficience sans souci » (1976), dans « Rupture(s) de l’immanence », première partie deDe Dieu qui vient à l’idée, p. 86. [2]« Essence spirituelle de l’anti-sémitisme », article de 1938, dansLes Cahiers de l’Herne, p. 150. Ce sentiment existentiel n’est pas sans lien avec toute une histoire culturelle et religieuse : passion de l’absolu et vigilance anti-idolâtrique, refus donc de tout enfermement dans les limites de l’immanence, voilà, « plus qu’une certaine morale ou une certaine métaphysique, ce qui distingue en fin de compte le judéo-christianisme du paganisme »(ibid.). [3]Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, p. 233. C’est la dernière phrase du livre.