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Etienne Vacherot 1809-1897

De
109 pages

Torcenay est un petit village voisin de Langres. C’est le lieu de naissance de Vacherot. Ses parents, de bonne souche, étaient de très honnêtes paysans, très peu aisés. Il coûta la vie à sa mère en naissant ; vers cinq ans il perdit son père. Une tante maternelle, qui habitait Langres, le recueillit. De sa petite enfance un seul souvenir demeure : « Né pour l’action », c’est-à-dire « pour la guerre », nous conte-t-il lui-même, et en vers,

Encore en robe il se battait.

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Léon Ollé-Laprune

Etienne Vacherot

1809-1897

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Étienne Vacherot

1809-1897

AVERTISSEMENT

M. Ollé-Laprune avait été chargé par M. Arsène Vacherot, au cours de l’année 1897, d’écrire, pour l’Association des anciens élèves de l’Ecole normale supérieure, la Notice sur M. Étienne Vacherot ; il la lut en janvier 1898, à la séance annuelle de l’Association.

Devenu, en décembre 1897, successeur de M. Etienne Vacherot à l’Académie des Sciences morales et politiques, dans la section de philosophie, il se préparait, lorsqu’il fut surpris par la mort, à publier dans la Revue des Deux Mondes certains écrits inédits de M. Etienne Vacherot, et à écrire, pour l’Academie des Sciences morales, une seconde Notice sur son prédécesseur.

C’est la Notice lue à l’École normale qu’on trouvera dans le présent opuscule.

On a cru répondre à la pensée de l’auteur en restituant, dans le texte de cette Notice, certains paragraphes que M. Ollé-Laprune avait, pour des raisons de brièveté, supprimés du manuscrit primitif.

On a cru répondre au vœu des lecteurs en ajoutant en renvois, de-ci de-là, certaines notes, que M. Ollé-Laprune avait déjà jetées sur le papier en vue de la Notice pour l’Institut.

On s’est proposé de remplir un devoir de piété envers la mémoire des deux philosophes ; on espère y avoir réussi.

ÉTIENNE VACHEROT

Né le 29 juillet 1809, mort le 28 juillet 1897, Étienne Vacherot a, durant cette longue vie de quatre-vingt-huit ans, connu des régimes politiques bien différents et des fortunes bien diverses.

Enfant au moment de l’invasion, après les gloires du premier Empire ; élève de l’École normale dans les dernières années de la Restauration ; professeur de philosophie en province, à Versailles, puis directeur des études à l’École sous la monarchie de Juillet et jusqu’aux approches du second Empire ; brisé pour refus de serment après le coup d’État, réduit alors à donner des leçons pour vivre ; mis en prison, en 1860, pour son livre La Démocratie ; en 1868, successeur de Cousin à l’Académie des Sciences morales ; maire du Ve arrondissement de Paris pendant le siège et jusqu’au 24 mai 1873 ; député de Paris à l’Assemblée nationale ; journaliste vers 1880, et collaborateur de revues ou de feuilles quotidiennes où l’on ne s’attendait point à le voir écrire : le cadre est varié, attirant, j’allais dire aussi, déconcertant ; dans ce cadre, quelle noble et attachante figure ! Vacherot a observé beaucoup et beaucoup pensé : il a conçu, il a dit, il a écrit, il a fait, ou encore il a souhaité, espéré, rêvé des choses qui se contrarient, ce semble, mais où un regard non prévenu démêle une indéniable unité. Il a suscité l’admiration, provoqué la colère. Jeune ou dans sa première maturité, il déroutait ceux qui, lui voulant du bien, se fâchaient que ses audaces leur rendissent difficile de servir ses intérêts. Parvenu au sommet de la vie et voyant au pouvoir ses amis et ses idées, il a comme eu hâte d’encourir l’impopularité parce que la réalité lui paraissait trop au-dessous de l’idéal et qu’il l’a dit. Il s’est exposé, ce qui est plus pénible encore, à l’indifférence publique. Quiconque l’a vraiment connu, l’a estimé et aimé. Seuls les gens légers et distraits se sont mépris sur son compte, et ce sont ceux-là seuls qui, dans les dernières années, se retiraient de lui.

I

Torcenay est un petit village voisin de Langres. C’est le lieu de naissance de Vacherot. Ses parents, de bonne souche, étaient de très honnêtes paysans, très peu aisés. Il coûta la vie à sa mère en naissant ; vers cinq ans il perdit son père. Une tante maternelle, qui habitait Langres, le recueillit. De sa petite enfance un seul souvenir demeure : « Né pour l’action », c’est-à-dire « pour la guerre », nous conte-t-il lui-même, et en vers,

Encore en robe il se battait.

Après une lutte mémorable avec un « grand »,

On mit le vainqueur en culotte
Malgré sa mine un peu pâlotte.

En 1814, en 1815,

Il vit l’étranger sans frémir ;
Pour en faire un enfant de troupe,
Un cosaque le mit en croupe.

Et le cosaque l’emmenait, et l’on crut l’enfant perdu : on ne le retrouva qu’assez longtemps après.

De bonne heure, Vacherot apprit un métier : il fallait le mettre en état de gagner vite sa vie. Mais, en 1822, c’est au collège que nous le trouvons. Un protecteur quelque peu influent de la famille a remarqué son intelligence, son ardeur au travail. Il est en septième. Il a treize ans. Les vénérables palmarès du vieux « Collège de la Ville de Langres » se sont retrouvés dans ses papiers. Ils attestent ses succès et l’étonnante rapidité avec laquelle se poursuivirent des études commencées si tard. En 1823, il achève sa cinquième avec le prix d’excellence, le premier prix de thème, le second de version. En 1824, c’est sa troisième qu’il fait, et le premier prix de grec, cette fois, accompagne le second prix d’excellence. En philosophie, il réussit avec éclat.

En 1827, à dix-huit ans, il entre à l’École normale, ou, comme on disait alors en langage officiel, à l’École préparatoire ; car notre École, supprimée en 1822, venait d’être rétablie, en 1826, par Mgr Frayssinous, mais sans recouvrer encore son nom. Le cours des études durait deux ans. Vacherot rencontre dans sa promotion Adolphe Berger, avec qui commence une amitié qui ne finira qu’à la mort de Berger, en 1869. A la promotion de 1828 appartient le seul des camarades de Vacherot qui lui survive, le vénéré M. Charles Bénard, le doyen de l’Association des anciens élèves de l’École normale supérieure.

Ce qu’était l’École à cette époque, Vacherot l’a dit dans les pages très jeunes qu’il donnait, il y a trois ans, à notre Livre du Centenaire1. Dans des papiers inédits dont je ferai connaître plus loin la nature et le prix, nous lisons : « Je vins à Paris, et j’eus pour maîtres, à l’École normale, Michelet, dont les conférences sur la psychologie écossaise nous charmaient ; à la Sorbonne, Cousin, dont les leçons sur la philosophie de l’histoire nous entraînaient. » Voilà, prises sur le fait et marquées d’un trait précis, les grandes admirations, les influences subies et aimées. De ces conférences de psychologie de Michelet, rien n’est venu jusqu’à nous2. Pour Cousin, c’est du cours de 1828 qu’il s’agit, puis du cours de 1829. Nous les avons. Victor Cousin remonte dans sa chaire de Sorbonne après un silence forcé de six années : il y apporte de grandes vues, une parole enflammée, je ne sais quoi de solennel, de prophétique ; dans ses leçons comme déjà dans la Préface des Fragments en 1826, il « entraîne » les esprits séduits par une éclatante vision ; c’est qu’avec lui et en lui