Herméneutique et dialectique

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Français
156 pages
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On connaît la problématique du cercle herméneutique : le tout n'est compréhensible qu'à partir du détail qui n'est compréhensible qu'à partir du tout. André Stanguennec cherche à tenir les deux exigences sans céder en rien sur la rigueur du détail ni sur le mouvement dialectique de la totalisation, à partir du sujet de l'action. Son oeuvre vise à se comprendre et à comprendre notre époque à travers ses totalisations éthiques, juridiques, politiques, esthétiques, scientifiques – et bien évidemment philosophiques.

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de lectures 19
EAN13 9782296512160
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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juridiques, politiques, esthétiques, scientiIques – et bien
Sous la direction de Pierre BILLOUET
HERMÉNEUTIQUE ET DIALECTIQUE
Hommage à André Stanguennec
Préface de JM. LARDIC
HERMÉNEUTIQUE ET DIALECTIQUE Hommage à André Stanguennec
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren  Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.  Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.  Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Flora BASTIANI,La conversion éthique. Introduction à la philosophie d’Emmanuel Levinas, 2012. Maria KAKOGIANNI,De la victimisation, 2012.Marisa Alejandra MUNOZ,Macedonio Fernández, philosophe. Le sujet, l’expérience et l’amour, 2012.Jacques POULAIN et Irma ANGUE MEDOUX (sous la dir. de) Richard Rorty ou l’Esprit du temps, 2012.
Sous la direction de Pierre Billouet HERMÉNEUTIQUE ET DIALECTIQUE Hommage à André Stanguennec Préface deJ-M. LardicTextes de C. Berner, P. Billouet, G. Kirscher, A. StanguennecL’Harmattan
Du même auteur Aux Editions L’Harmattan L’éducation scripturale. De la plume au clavier,2010. Figures de la magistralité. Maître, élève et culture,2009. Débattre. Pratiques scolaires et démarches éducatives,2007. © L’HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99811-7 EAN : 9782296998117
P RÉFACE
1 J.M. Lardic
On serait tenté de dire d’André Stanguennec qu’il est, comme Eric Weil, un « kantien post-hégélien ». Mais ce serait sans doute simpliste. Il faudrait d’abord préciser que le « post » n’est pas anodin, car le passage par Hegel change beaucoup à l’affaire, notamment pour la dialectique et son statut. Et puis les seules références d’histoire de la philosophie ne sauraient rendre compte d’une pensée originale qui va au-delà et suit sa propre route. À cet égard la dialectique réflexive, par exemple, montre, derrière l’interprète du système dont maint livre ou article éclaire avec précision les œuvres des grands idéalistes, l’auteur audacieux d’une œuvre personnelle qui en problématise les thèses en s’aventurant sur les chemins les plus contemporains.
Que dire de la fécondité du quasi oxymore philosophique sous le sceau duquel le « séisme » s’inaugure, tout de dialectique et de réflexion à la fois ? Le fait est qu’André Stanguennec s’emploie à conjuguer le souci du tout et l’exigence critique, se refusant tout autant à sacrifier le premier à la seconde qu’à brader la seconde au profit du premier ; c’est que l’absolu du sens est, à ses yeux, l’aune auquel se mesure justement la puissance que le discours critique sait exercer. Ainsi notre auteur trouve-t-il dans son kantisme le plus profond ce qui pousse l’expérience à la limite et rappelle le besoin de système, tandis qu’il use des ressources de Hegel pour refuser toute identification du sens visé à un état de fait ou à une histoire, et même d’un discours présent à une formulation définitive. La
1 Professeur à l’Université de Nantes.
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réflexivité garantit à dire vrai l’authentique maintien d’une altérité que la dialectique fait surgir, en sachant la poser sans que celle-ci se ressente même de son origine ou se trouve réduite dans sa singularité. Et le jeu d’altérité vaut aussi bien du monde par rapport à soi que de l’absolu qui semble la figure même du Soi. Dès lors, en son propre retrait en soi, l’absolu semble garantir lui-même l’indépendance et la subsistance de notre savoir de lui comme de soi. Dans sa dialectique originale, le philosophe montre comment ce mouvement, par lequel l’absolu se montre pour nous et par nous, en un savoir où le soi se distingue de nous, satisfait les ambitions théologiques du savoir mais les modifie profondément voire les neutralise. L’on pourrait d’ailleurs songer, dans ce parcours systématique qui maintient l’écart critique – ou garde ses distances – à Fichte, celui des versions berlinoises de la Théorie de la science.
Mais en tout cas, au lieu de chercher dans les assurances d’un discours de l’absolu ou dans les mirages d’une philosophie de l’histoire l’image d’un sens réalisé, André Stanguennec nous invite, plus modestement et plus rigoureusement, à lire les réalisations de ceux qui le dégagent des aléas du réel par une dialectique, créatrice cette fois, où se réfléchit néanmoins et se constitue du même coup la subjectivité dans son être-là propre. L’herméneutique alors, loin d’être l’alternative à la dialectique hégélienne dans sa portée totalisatrice, comme on l’envisage souvent, témoigne au contraire du souci pour le tout de l’Être et du monde, ou de la présentification d’un sens qui se forme d’abord dans les œuvres de la culture. Tribut est ainsi payé au langage et l’on rejoint Cassirer, Gadamer et Ricœur dans la recherche transcendantale et historiale à la fois des conditions de donation du sens dans la pluralité des discours et la diversité artistique, à laquelle, on le sait, de Tieck à Mallarmé, André Stanguennec a consacré tant d’heureux travaux.
Il faut le dire, André Stanguennec a d’ailleurs failli être peintre – en faire sa carrière veux-je dire – et il l’est resté à ses heures. L’œil
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du peintre n’est pas absent du propos, et, si son regard se transforme en spéculation, il ne conserve pas moins à celle-ci la signification du voir et du dépeindre du savoir, pour faire voir à la lumière de l’esprit la manière dont se réfléchit le réel et transparaît le monde – mais à condition encore de se mettre à distance, à bonne distance, au lieu de se perdre en lui et de le soustraire au 2 regard par des constructions artificielles qui y feraient obstacle .
Cet approfondissement du regard, cette patiente investigation des choses, André Stanguennec nous y invite au fil d’une œuvre qui se construit ainsi, suivant un peu le geste du peintre, dont l’œuvre donne un style au monde, avant de le refléter dans les livres et d’en caractériser l’auteur. Après avoir si bien expliqué les livres des « grands » de la pensée allemande, André Stanguennec a l’audace tranquille d’expliquer donc et de dépeindre le monde. Il s’inscrit par là dans la belle tradition des meilleurs interprètes français de la philosophie allemande qui, après avoir exploré les continents de leurs auteurs, nous ont ensuite découvert le leur, comme un Martial Gueroult ou un Jean-François Marquet.
Les textes qui suivent nous livrent un « portrait » de cette pensée toute de tension méthodologique, entre dialectique et herméneutique, et bien propre à susciter le dialogue vivant où se 3 mesure la fécondité d’une philosophie . L’implication d’André Stanguennec lui-même dans les débats riches et stimulants auxquels la journée d’études, dont cet ouvrage est tiré, avait donné lieu, lui confère l’authenticité d’une prise directe. Et l’ouvrage
2  André Stanguennec a publié sur ce sujetPeinture et philosophie, un essai de phénoménologie comparée, aux Presses Universitaires de Rennes, 2010. 3 Depuis le colloque de 2010, André Stanguennec a publié : Les horreurs du monde. Une phénoménologie des affections historiques, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010 ;La philosophie romantique allemande, Paris, Éditions Vrin, 2011 ;Morale et politique. Quelques modèles philosophiques, Vallet, Éditions M-éditer, 2012. Il a reçu le le Prix Cardinal Mercier 2011 (Université catholique de Louvain).
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témoigne bien, par la reprise des thèses et des œuvres effectuée par Christian Berner, Pierre Billouet et Gilbert Kirscher, par la réflexion qui y est à l’œuvre, la pensée critique qui peut s’y exercer, et la dialectique qu’elle présente, que c’est à partir de son œuvre que l’on peut gagner beaucoup à penser avec André Stanguennec et pour André Stanguennec, auquel je suis heureux de rendre ici hommage.
INTRODUCTION
4 P. Billouet
Peut-on comprendre le monde et s’y orienter ? Peut-on comprendre une œuvre philosophique ? Et ces deux questions suscitent immédiatement celle-ci : peut-on comprendre le dynamisme du mondeet la formation d’une œuvre philosophique ?
On connaît la problématique ducercle herméneutique: le tout n’est compréhensible qu’à partir du détail qui n’est compréhensible qu’à partir du tout. André Stanguennec cherche à tenir les deux exigences sans céder en rien sur la rigueur du détail ni sur le mouvement de la totalisation. Son œuvre vise à se comprendre pour s’orienter dans « le système d’un monde où “tout se tient 5 ensemble”, d’un monde à la fois unifié et individué ». Cette ambition de parvenir à penser systématiquement un tout unifié est remarquable à notre époque dont Stanguennec relève quelques traits majeurs : la physique des particules, le renouvellement de la cosmologie par l’astro-physique, la notion de gène en biologie ; mais aussi la poésie après Mallarmé, mais encore le marxisme, la phénoménologie, la philosophie analytique, le néo-kantisme, les
4 Maître de conférences (HDR) à l’Université de Nantes. 5  Toutes les citations proviennent des textes publiés dans ce livre, issu d’une journée d’étude, organisée par J.M. Lardic et P. Billouet, qui s’est tenue à la Maison des Sciences de l’Homme de Nantes, le 26 mars 2010, sous la présidence, le matin, de Bernard Bourgeois, Professeur émérite (Paris I), Membre de l’Institut (Académie des Sciences morales et politiques) et, l’après-midi, du Professeur Jean-Marie Lardic (Nantes).