L'être humain face à lui-même

-

Français
236 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

" Existe-t-il un paradigme qui permette d'appréhender l'être humain de façon unifiée ? De quelle manière un tel paradigme peut-il se manifester intégralement à tous les niveaux de la réalité humaine, de l'individu à la société et jusqu'à l'espèce ? " La notion d'autoréférence semble constituer une porte d'accès privilégiée où se cachent les processus fondateurs de l'être humain. Elle s'est enrichie des travaux de H. Maturana et F. Varela, nous propulsant directement au coeur du chantier humain d'autoconstruction.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de lectures 93
EAN13 9782296468641
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Lêtre humain face à lui-même
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.
Dernières parutions
Aimberê QUINTILIANO,Imagination, espace et temps, 2011. Aimberê QUINTILIANO,La perception, 2011. Pascal GAUDET,Kant et la fondation architectonique de lexistence,2011. Camille LauraVILLET,Voir un tableau : entendre le monde. Essai sur labstraction du sujetàpartir de lexpérience picturale, 2011. Jan-Ivar LINDEN,Lanimalité. Six interprétations, 2011. Christophe Rouard, La véritéchez Alasdair MacIntyre, 2011. Salvatore Grandone,Lectures phénoménologiques de Mallarmé,2011. Franck ROBERT,Merleau-Ponty, Whitehead. Le procès sensible,2011. Nicolas ROBERTI,Raymond Abellio (1944-1986). La structure et le miroir, 2011. Nicolas ROBERTI,Raymond Abellio (1907-0944). Un gauchiste mystique, 2011. Dominique CHATEAU et Pere SALABERT,Figures de la passion et de lamour, 2011. François HEIDSIECK,Henri Bergson et la notion despace, 2011. Rudd WELTEN,Phénoménologie du Dieu invisible (traduction de lSylvain Camilleri)anglais de , 2011. Marc DURAND, Ajax, fils de Telamon. Le roc et la fêlure, 2011.
GILLES R. CADRIN
Lmeêtre humain face à lui-mê
L’animal autoréférent
Préface de GERMAIN MARSAN
LHarmattan
© L'HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56061-1 EAN : 9782296560611
REMERCIEMENTS
Jaimerais exprimer ma gratitude envers tous ceux et celles qui, trop nombreux pour être explicitement nommés ici, ont été pour moi de quelque façon une source dinspiration et dencouragement tout au long de mon parcours. Je voudrais cependant souligner la fraternité intellectuelle qui me lie à Germain Marsan, artiste et philosophe demétier, dont lesprit créateur ma toujours inspiré. Je le remercie chaleureusement davoir accepté de préfacercet essai. Merci au collègue Michel Métayer qui, bien quappartenant à une tout autre école de pensée, a accepté de lire une première version delouvrage et den faire un commentaire. Dans une famille de pensées cette fois beaucoup plus proche, mais avec malgré tout quelques divergences de vues, je tiens à remercier tout particulièrement Jean-Louis Le Moigne davoir accepté de jouer le rôle de« lecteur pensif »à légard des premières ébauches de ce travail. Quil soit assuré que je le dégage de toute responsabilité quant auxpositions que jy prends. Merci à mon ami Michel Desjardins qui réussit à insérer entre deux ré-flexions épistémologiquessa grande passion pour limprimerie et pour son his-toire. Je lui suis reconnaissant de mavoir mis en contact, il y a déjà quelques décennies,avecJean-BlaiseGrizeet,toutrécemment,avecJean-LouisLeMoigne. Merci enfin à Bernard Estérez, inventeur de lutopie directrice qui a servi dinspiration à lélaboration de la dimension pragmatique du modèle présenté au chapitre 5. Merci enfin à mes deux plus proches complices, Jean Neuvel et ma compagne Johanne Forget, avec qui jai pu discuter informellementdes questions qui sont abordées ici. Je les remercie davoir suivi de près le déroulement du processus décriture et davoir accepté de se prononcer sur la clarté de bien des formulations.
PRÉFACE
Cest avec grand intérêt que jai pris connaissance de louvrage de Gilles R. Cadrin. Bien que je vienne dun horizon de pensée et de création très différent, jai été interpellé par cette synthèse à la fois riche et audacieuse. Le sous- titre, qui nous fait passer– clin dœil à Aristote –del’animal raisonnableàl’animal autoréférent,a de quoi attirer lattention, peut-être même la controverse. Considérer lautoréfé-rence comme caractéristique fondatrice de lhumain constitue, à ma connaissance, une avancée récente qui na pas encore fait son chemin dans tous les milieux de la réflexion sur lhumain individuel et social. Le lecteur pourra sétonner dabord de lampleur du projet qui interroge les fondements mêmes de lêtre humain et pose les questions les plus profondes dans le prolongement des travaux sur la genèse du vivant : quelle est la version pro-prement humaine du vivant? Sous les dehors modestes dune esquisse se cacheune grande ambition, puisque lauteur vise à dégager les grandes lignes dun modèle qui sétendrait éventuellement à tous les domaines des sciences humaines et plus réellement encore, au-d elà des sciences, à une praxis autoréférente qui guiderait un jour la construction dun monde plus humain, jusquaux plus hauts niveaux de lorganisation sociale, ainsi quon peut le deviner à partirdu chapitre 5. Pour employer les mots de lauteur, il faut arriver à répondre dune façon plus lucide et cohérente à la question : «Quallonsdereusnoou-naisf»?. Un second sujet détonnement réside dans la diversité des thèmes abordés qui touchent à des domaines multiples : développement de la personne, histoire, com-munication, gouvernance des sociétés, épistémologie, etc. Une première lecture peut donner limpression dune collection darticles qui nesont pas fortement reliés entre eux. Lauteur suggère dailleurs la possibilité dune telle lecture. Le spécia-liste de la psychologie du développement sintéressera davantage à la première partie du troisième chapitre, lhistorien à la deuxième partie, le spécialiste de la communication, au quatrième chapitre, le spécialiste de la sociologie et de léconomie politique, au cinquième chapitre, lépistémologue au deuxième chapitre. De ce point de vue, louvrage peut apparaître, selon lexpression de lauteur, comme unpatchwork. Mais si le lecteur se limite ainsi à considérer chaque thème pour lui-même dun point de vue disciplinaire, il risque de rester sur sa faim, car le développement des thèmes nembrasse pas toutes les dimensions et toutes les références qui leur sont pertinentes. Lintention première de louvrage nest donc pas disciplinaire ou même multidisciplinaire, mais bien transdisciplinaire. Cest alors que lauteur suggèrece deuxième niveau delecture qui donne cette fois tout son sens à lapproche: lintroduction et le premier chapitre préparent en effet lénoncé dune matrice qui prend les contours du processus qui se loge au cœur du vivant, le processus autoréférentiel. La méthode consiste alors à confronter diverses dimensions de lexpérience humaine à cette matrice autoréférentielle, à la recherche en quelque
LÊTRE HUMAIN FACE À LUI-M ÊM E
sorte dune plus grande cohérence interne. Cest ici que la dimension transdiscipli-naire prend tout son sens. En effet, si des thèmes apparemment disparates et sadressant à divers niveaux de réalité humaine trouvent leur cohérence propre par leur enracinement dans cette même matrice, on se retrouve alors dans un espace qui transcende les disciplines particulières. Chacun des champs dexpérience est en quelque sorte reconstruit avec les mêmes composants de cette matrice autoréféren-tielle qui sen trouve ellerméeenretour.Chauqteèhemrgvatiaesiinmêm-arteofsn autour dun noyau dune grande densité qui donne cohérence à lensemble. Il ne sagit donc pas essentiellement de lénoncé dune thèse que lon développerait dabord pour lappliquer ensuite à divers champs dexpérience à titre dillustra-tions, mais plutôt de la construction progressive de cette matrice autoréférentielle à partir de son interaction avec les divers champs dexpérience humaine. Lauteur qualifie cette lecture de verticale. Si le premier chapitre est axé sur des considérations méthodologiques, le deuxième chapitre amène lauteur à poser la question des fondements et à situer son approche par rapport à divers courants épistémologiques contemporains. Il indiquedabord comment devrait se poser la question des fondements en contexte autoréférentiel. On sait ce que lapproche autoréférentielle peut avoir de déroutant pour le théoricien qui na pas apprivoisé suffisamment le paradoxe comme matériau utilisable dansune démarche rigoureusement articulée. Je me permets ici den indiquer quelques points de repère. Lauteur nous a convaincus depuis le premier chapitre quon ne pouvait faire abstraction de laspect detotalitéque constitue une unité vivante. Or, si cette totalité est essentiellement autoréférente, elle ne peut trouver son fondement à lextérieur. Il nous faut donc chercher à lintérieur. Mais encore là, lauteur met en évidence quaucune partie de cette totalité ne peut en êtrelefondement.Sommes-nousalorscondamnésàphilosophersansfondement comme le proposent H. Putnam et F. Varela ? Non, de rectifier Gilles R. Cadrin, qui ne craint pas de nous plonger en plein paradoxe pour affirmer quela totalité est à elle-même son propre fondement,amenant ainsi le raisonnement à osciller entre la présence et labsence de fondements, oscillation qui caractérise les processus auto-référentiels. Cest, bien sûr, dans le contexte de son élaboration que ce raisonne-ment séclaire et prend tout son sens. Lauteur nous amène ensuite, à travers une classification des courants épisté-mologiques contemporains, à situer son approche dans le prolongement de la mouvance constructiviste et présente lénoncé de sa conception à la section« Auto-référence et construction ». Dans une démarche à la fois rigoureuse et audacieuse, lauteur déborde en quelque sorte les cadres de lépistémologie pour nous propulser sur le terrain dune pragmatique qui trace un portrait saisissant de la situation dans laquelle nous nous trouvons, humains, face à nous-mê mes. Je laisse au lecteur le plaisir de découvrir et de savourer cette section. Cette réflexion amène lauteur à donner une version originale de ce quil a été convenu dappeler le «paradigme dOccident» dans lequel une primauté est accordée au cognitif sur
8
PRÉFACE
lexistentiel. Lauteur explicite avec rigueur le renversement de perspective quimplique la sortie de ce paradigme. Je me permets ici une digression sur ce quévoquent à ce stade-ci, dans mon cadre de référence philosophique, les réflexions de lauteur. Si nous reculons dun siècle, nous retrouvons chez E. Husserl un sujet vu comme conscience pure qui, en retrait du monde, se représente les choses. Mais du fait quil soit impliqué dans le champ de sa propre production, le « sujet » ne peut plusêtre réduit à une pure conscience intentionnelle ; dans le modèle proposé ici, nous sommes plutôt placés devant une unité construisant sa propre réalité dans un processus dabord existen-tiel, pragmatique. Un parallèle semblable peutêtre fait si nous anticipons sur le troisième chapitre qui porte sur le temps. Dans son texteLeçons pour une phénomé-1 nologie de la conscience intime du temps, E. Husserla légué le modèle dune tempora-lité constitutive de la conscience intentionnelle soulignant le fait que lhumain est dabord un être de savoir dont la tâche est de faire apparaître lêtre en le consti-tuant dans la représentation. Gilles R. Cadrin propose de son côté le modèle dune temporalité constitutive de la boucle autogénérative qui pose et maintient le vivant dans lexistence. Cest le déploiement de ce processus circulaire dans un emboîte-ment de cycles ternaires qui fournit les divers ordres de grandeur temporels vécus. La séquence des stades réceptivité-activité-identité, faisant écho aux ingrédients de base de la machine autoréférentielle, forme un cycle où le vivant intègre les élé-ments de son expérience en une unité cohérente, lidentité. Cecycle est lui-même intégré comme premier stade dune totalité de niveau supérieur. Cette structure de cycles emboîtés rend compte à la fois de lintégration des acquis des cycles précé-dents et de la construction progressive vers la totalité projetée. Nous avons ici une structure temporelle constitutive de lexpérience pragmatique de la constitutionde soi-même. La dimension téléologique de ce processus est particulière. Dans ses notes de 2 cours surL’institutionLa passivitéparlant de la création pictu-, M. Merleau-Ponty rale dit ceci : « Comment sait-on ce quon fait en peinture? On ne travaille pas au hasard. Et pourtant, le champ entier delapeinture [ª] nest pas vraiment donnéª les peintres ne savent pas ce quils font. Et pourtant, chacun retrouve toute la peintureª De sorte quil y a bien téléologie de lensemble, mais sans pos-session de la fin; quest-ce donc qui oriente la marche? ». En effet, le peintre ne sait pas ce quil fera de la toile blanche avant de lavoir fait, mais il sait si la toile achevée est réussie ou pas. Dans ce type dexemple, le créateur est et demeure à distance de sa création. Gilles R. Cadrin pousse alors plus loin linterrogation:quen est-il si le créateur lui-même est appelé àêtre lobjet de sa propre création ? Cest là le défi autoréfé-rentiel typique de lhumain, qui ouvre le champ de léthique, du politique, du cos-
1. Edmund Husserl,Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, Paris, Presses Universitaires de France 1996. 2. Maurice Merleau-Ponty,L’institution La passivité.NNootteessddeeccoouurrssaauuCCoollllèèggeeddeeFFrraannccee(1954-1955), Paris, Belin, 2003.
9
LÊTRE HUMAIN FACE À LUI-M ÊM E
mopolitique. Dans un tel contexte, les questions qui se posaient au peintre prennent une couleur toute particulière. La dimension téléologique se complexifie. Tout comme le peintre, lêtre humain ne sait pas la forme que prendra le résultat de sa création, mais il sait que, contrairement au peintre, le créateur doit cette fois être emporté par sa propre création et faire partie du paysage final et il saura lui aussi si son œuvre est réussie ou non. Cest que lœuvre se situe comme émergence dune totalité implicite, impensée, champ dexpériences, qui opère activement tout au long du travail. Ainsi, pour lhumain qui se crée, lemoi-mêmeje me faisdu « moi-même » serait page blanche, totalité cognitivement vide, inobservable, et pourtant unité originaire qui, pour se réaliser comme telle, doit traverser le proces-sus où elle devient lagent et le produit de son action. Dune telle démarche émerge la logique de ce qui se crée en cheminant. Le défi que se donne lauteur est de tra-cer les contoursdune telle situation, den identifier les articulations et den tirer les conséquences méthodologiques. Venons-en au quatrième chapitre qui porte sur la communication, processus complexe sil en est, dont on arrive difficilement à percer lemystère, au point que certains auteurs la considèrent au départ comme improbable et donc comme sujet détonnement. Et le cadre autoréférentiel adopté par Gilles R. Cadrin na rien à première vue pour rassurer à ce propos. Or, lauteur sait encore noussurprendre : loindêtre étrangère au processus autoréférentiel, la communication est conçue comme étant précisément ce rouage lui-même. Si le déploiement dans le temps de la boucle autoréférentielle en constitue la genèse, la communication en constitue en quelque sorte lamécanique. On doit bien sûr au départ admettre avec lauteur que lautoréférence nest pas lapanage du niveau individuel et quelle sapplique du moins potentiellement à tous les niveaux sociaux, de la dyade à lhumanité entière. Laspect interactionnel de la communication devient alors, comme le dit lauteur, « la salle des machines »de la boucle autoréférentielle de lunité de niveau supé-rieur. Ainsi, deux individus qui interagissent sont dabord mus par le champ com-municationnel de la dyade quils constituent et qui tend à sautoconstruire. Il est intéressant de voir la cohérence qui ressort de ce pari audacieux. Finalement, les thèses de lauteur nauraient pas permis que louvragese ter-mine sans que soit proposé ledesigndune pragmatique, qui sélabore cette fois au niveau sociétal. Ce nest pas un luxe de poser la question à ce niveau alors que les interrogations actuelles les plus pressantes portent sur la survie même de lespèce. Il est stupéfiant de constater lécart qui existe entre la conscience que nous avons de la possibilité de notre propre disparition en tant quespèce et notre difficulté ou impuissance à construire une humanité autre. Le modèle présenté ici, parfaitement réalisable, vise à créer un réseau de microsociétés sautoconstruisant selon des principes de développement endogène propre auxêtres vivants et redonnant aux diverses sociétés leur caractère dautonomie, garant dune interaction saine entre elles et avec lenvironnement. Les entités de niveau sociétal étant de taillesignifi-cativement plus grande que celle de lindividu, une quantité de nouveaux concepts ont dûêtre introduits. Il est possible quà première lecture, on ne voie pas immé-
10