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L'Inde dans mon salon

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Description

Ce livre ne décrit pas un pèlerinage en Inde
mais au coeur de mon âme.
Face aux épreuves, Rosette Pipar a souvent rêvé de fuir le quotidien pour trouver un sens à sa vie. Depuis 30 ans, elle a consommé livres, séminaires, conférences, retraites… tout en apprenant, certes, mais en ressentant comme un « vide » récurrent. Ce devoir d’être heureux provoquait anxiété et détresse. Écartelée entre sa réalité
personnelle et ses aspirations profondes, elle réfléchit aux sources de la souffrance. Exaspérée de chercher un baume ailleurs, elle décide de créer une autre forme de spiritualité vivante, des outils, les siens.
« Inutile d’aller en Inde pour grandir spirituellement »
Signe encourageant de sa démarche, Rosette Pipar avoue ce songe fulgurant,
une sorte d’injonction. Quelque 20 000 mots surgirent comme un clin d’oeil de l’Univers. Ce début de livre témoigne de sa révolte envers tous les « coachs de la foire spirituelle ». Lucide, elle décide de se réapproprier sa vie. Surgit une épreuve inattendue qui la dévaste. Épuisée, elle suit la recommandation : une cure de santé… en Inde !
A son retour, elle ne pouvait plus renier la foi des pèlerins… Un temps de réflexion
intérieure, au large de la Crête, lui révèle alors que « l’écriture lui a permis de
formidables rencontres, des échos à ses questionnements ». Le déclic !
Dès lors, elle partage avec nous comment apprécier véritablement la vie… celle
qui s’offre à nous, chaque jour. A votre tour, repérez et comprenez ce point de bascule qui va vous réhabiliter avec le Bonheur, déjà présent dans votre vie !
A découvrir en urgence, pour savourer votre existence au quotidien.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 octobre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782897264116
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À La Voix qui m’a insufflé ce récit.
Avis
Les textes en italiques indiquent les propos intégralement recueillis, de façon intuitive, en septembre 2012.


« … trouver en soi, sans se retirer du monde, un espace sacré, un absolu, comme un morceau de ciel accessible à tous, et qui ne se vend ni ne s’achète. »
Anselm Grün, moine bénédictin


Avant-propos
La voix intérieure… le cadeau des mots
L ’idée de ce livre et une importante partie de son contenu m’ont été dictées intuitivement. Un beau jour, alors que j’étais en route vers Québec, soit à quelque trois cents kilomètres de chez moi, des mots ont déferlé avec, en point de mire, ce titre lancinant comme un ver d’oreille : « L’Inde dans mon salon ». Au volant de ma voiture, un mini magnétophone à portée de main, je les ai accueillis durant tout le trajet. Pendant que je conduisais, je me sentais à la fois déconnectée de la réalité, et en même temps en totale fusion avec une sorte d’énergie bienfaisante. Incrédule, j’ai laissé venir à moi ces messages jaillis de je ne sais où, qui me parlaient avec une grande simplicité. J’étais soudainement envahie d’une douce sensation de plénitude. Je venais, sans doute, d’ouvrir la porte de l’inconscient, de mon âme connectée avec l’au-delà ou plutôt l’au-dedans, avec cette énergie qui ne demandait qu’à s’exprimer. Cette boussole intérieure semblait vouloir faire le tour du jardin de ma quête vitale, celle que je menais depuis toujours, en saisir les méandres et m’indiquer la voie de l’instant empreint de foi et de simplicité. Les mots, mes amis de toujours, se manifestaient.
Au départ, je voulais garder ce texte pour moi, comme une réflexion personnelle, un clin d’œil de l’Univers qui semblait me donner un petit coup de pouce pour avancer sur mon chemin, alléger ma quête existentielle, avec simplicité. J’interprétai alors l’essence de ce texte comme une « révélation » dont le message principal s’imposait avec force : Inutile d’aller en Inde pour grandir spirituellement. L’Inde se référant ici, non seulement à tout voyage initiatique dans quelque pays que ce soit, mais aussi à la panoplie, ou plutôt, à la foire de la spiritualité, de toutes les méthodes de développement personnel dont les marchands de bonheur nous bombardent sans cesse. J’y avais goûté, moi aussi, depuis près de trente ans.
Aucune méthode, pourtant, n’avait jamais réussi , semble-t-il,à étancher ma soif de bonheur, notre quête à tous.
L’invitation
L’esprit en pleine ébullition, j’accueillais cet embryon de songe teinté, certes, d’une sorte de révolte exaspérée et obsédante qui m’exhortait à ne plus chercher ailleurs la recette du bonheur. Arrêter de remettre mon sort entre les mains de coachs spirituels de tout acabit. Avant tout, j’y voyais une invitation à me reconnecter avec mon propre pouvoir. Lui seul pourrait m’éclairer sur ce dont j’avais besoin pour évoluer dans le respect de mes talents et en toute sérénité. Je revendiquai alors le chemin à contresens de tout ce qui était proposé par ces nouveaux évangélistes, ces spécialistes en relation d’aide qui s’arrogeaient le pouvoir de nous aider à changer nos vies, à accomplir nos missions, et qui, souvent, concluaient leurs exposés, de façon candide et, somme toute, paradoxale, en affirmant que : « Tout le pouvoir e st en vous ! » en ayant soin de nous vendre leur formation onéreuse, la plupart du temps, et rarement personnalisée comme s’il existait une recette magique prête à l’emploi grâce aux webinaires ou autres moyens de communication à distance. J’entamais une sorte de « décroissance personnelle » ou devrais-je dire plutôt de remise à niveau consciente pour me reconnecter avec ma nature profonde, faisant fi de tous ces gourous modernes. Je voulais, en quelque sorte, me délester de leur cacophonie que je trouvais de plus en plus oppressante, déblayer ma route de tous ces concepts et recommandations pour que je puisse à nouveau écouter mon intuition personnelle et me faire confiance pour grandir à mon rythme dans cette vie. J’étais loin de me douter qu’il en serait autrement, car finalement je suis allée, moi aussi, en Inde, par le plus grand des hasards...


Introduction
L’écrit intuiti f… trop facile ?
Vivre, c’est naître lentement. Il serait un peu trop aisé d’emprunter des âmes toutes faites ! Saint-Exupéry (Antoine de), Pilote de guerre
I l me fallut quatre ans pour comprendre la raison de ce texte qui m’avait foudroyée , et trois autres années pour oser le publier. La peur, sans doute, toujours elle, ce sentiment d’imposture qui m’empêchait de rester connectée à ce qui semblait trop facile. Par-dessus tout, je ne voulais surtout pas devenir, moi aussi, une de ces « gourous » revendiquant une nouvelle méthode de développement personnel. Je sentais pourtant, au plus profond de mon être, qu’il fallait que je témoigne de ce qui m’était arrivé. Mon rêve, c’était l’écriture et voilà que quarante pages m’étaient offertes en un seul après-midi ! Près de 20 ٠٠٠ mots ! Pas un roman, plutôt un essai via l’écrit, mon outil de prédilection. Les mots allaient m’aider à exprimer ce qui, au fond de mon âme, macérait depuis trop longtemps déjà.
Cette miraculeuse connexion avec quelque chose en moi qui ne demandait qu’à vivre
Tout ce qui est aisé peut paraître suspect, n’est-ce pas ? J’avais la tête dure. Je m’acharnais à penser que l’écriture intuitive était le fruit d’un heureux hasard. Pourtant, c’est bien l’intuition qui m’avait aussi poussée à écrire plusieurs livres dont mon premier « bébé », justement intitulé « Désir d’écrire », qui avait jailli, tel un volcan exacerbé, en un essai intimiste en 2007. En l’écrivant, j’avais ressenti cette miraculeuse connexion avec quelque chose en moi qui ne demandait qu’à vivre. Impression étrange et jouissive. Au fil des ans, des dizaines de poèmes aussi s’étaient présentés, comme ça, nonchalamment, pour évoquer mes états d’âme, les rencontres, les souffrances ou les bonheurs du jour. L’écriture brute révélait des instants de vie. Je les voyais comme des polaroïds de moments vécus ou de songes soudain cristallisés.
Lentement, je commençai à recevoir des commentaires à propos de mes livres 1 , écrits sur divers sujets et en diverses circonstances, toujours avec une infinie aisance et une sorte de connexion avec un ailleurs. Je finis par me rendre à l’évidence. Non seulement, le hasard n’y était pour rien, mais, en plus, mes écrits semblaient susciter une certaine réflexion, une sorte de résonance auprès de quelques lecteurs rencontrés au détour de salons du livre. Par-dessus tout, je l’avoue, les mots m’étaient nécessaires. J’écrivais pour moi avant tout. C’était vital. Je me suis alors rappelée la phrase de Marguerite Duras : « C’est écrire qu’il fallait que je fasse ». Ces mots hantèrent longtemps mes pensées. Loin de moi, pourtant, l’idée d’oser me comparer à cette grande âme de l’écriture dont le propos et le style me fascinent. Cette phrase m’obnubilait car je sentais, au fond de moi, l’appel viscéral de l’écrit. Je l’avais d’ailleurs « crié » dans mon premier livre « Désir d’écrire » 2 lorsque je m’étais totalement dédiée à lui, l’écrit.
Je la sens en moi
cette voix qui,
au fil des incertitudes,
s’est accrochée à son rêve fou
pour lentement mûrir à la vie.
Du fond de mes entrailles,
je perçois ce filet murmure
prêt à éclore
comme un bourgeon
brisant sa coquille,
comme un poussin
craquant son ciel
pour enfin respirer
la vie. 3
Un nouveau regard
Trouver, en chacun de nous, cet espace fluide qui nous convient et qui contribue à notre expansion
Voulant renouer avec le filon de l’écriture, laisser toute la place à l’écrit , ma passion, ma joie, je relus ce texte lors d’un voyage en Crète, quatre ans plus tard. Je me permis de le laisser vivre au grand jour en complétant les premières pages. Elles étaient porteuses de sens. En les survolant, je compris leur raison d’être. Ces mots témoignaient de mon difficile cheminement. Ils me transportaient toutefois dans un état de bonheur. Il fallait donc, forcément, que je les partage avec d’autres chercheurs de sens afin qu’ils puissent y trouver, peut- être, une raison de s’exprimer à leur tour. Le but ici étant de trouver, en chacun de nous, cet espace fluide qui nous convient et qui contribue à notre expansion.
Si ce livre traverse votre chemin et fait écho à votre quête, ce n’est pas par hasard. Cette phrase-là, je l’ai lue trop souvent dans des livres de développement personnel. Comme une injonction faite au lecteur, pour légitimer, ad nauseam , le bien-fondé de la lecture de l’ouvrage. Pourtant, il est vrai que, moi aussi, j’ai souvent ressenti la connexion instantanée avec un sujet de l’heure. Il n’est pas toujours nécessaire de le mentionner. Pourtant, je le fais… Le lecteur le ressent intuitivement, y trouve quelques réponses ou ouvertures à d’autres avenues, tout simplement. C’est un peu comme quelqu’un qui, au cours de sa route, éprouve l’urgent besoin d’étancher sa soif ou de trouver un espace de répit, histoire d’apprécier le chemin parcouru et d’envisager la suite en se sentant moins seul.
Nous passons de l’état de « chercheurs de sens » à celui d’« acteurs de sens ».
Chacun possède en lui un talent à développer et à partager. J’ai ressenti l’urgence de divulguer mon message, témoin vivant des possibilités offertes à tous pour accomplir notre mission ou du moins pour nous réhabiliter avec notre condition d’humain dans sa nature la plus pure, mais aussi la plus fragile. Pour moi, il est de plus en plus essentiel de capter les messages de l’Univers en toute confiance car il communique avec ceux d’entre nous qui veulent être réceptifs et agir comme un canal vibratoire destiné à ouvrir les portes de notre unicité. Ce faisant, nous émettons des ondes destinées à agir nous-même, en toute confiance, sur notre destinée. Ensemble, nous formons ainsi d’innombrables réflecteurs qui éclairent et stimulent les chemins de nos vies. Nous passons de l’état de « chercheurs de sens » à celui d’ « acteurs de sens », ce à quoi je m’engage à l’avenir.
« Désir de fusion et d’apaisement ».
Ce témoignage n’est donc pas un traité savant sur la manière d’aborder la spiritualité, encore moins une recette miracle pour atteindre la sérénité. Il est destiné à provoquer une réflexion , comme celle à laquelle je me suis livrée après avoir passé tant d’années en quête de sens. Comme dirait André Comte-Sponville en citant Aristote : « Il faut s’arrêter quelque part ». Ceci n’implique en rien qu’il faille cesser de répondre à nos questionnements intérieurs ni de nourrir l’âme. Mais, à l’angoisse originelle succède, à un moment donné, le « désir de fusion ou d’apaisement » 4 .
Une sorte de déclic révélateur, un moment de pure félicité, m’amenait ailleurs, là où s’annonçait une « certaine » légèreté que j’effleurais à peine. Ce faisant, j’appréciais l’instant comme un petit bonheur, ce sentiment qui surgit lorsqu’on se sent en osmose avec quelque chose de plus grand que soi qui nous procure une énergie bénéfique .
Partage sans prétention
Être simplement soi est tout un défi
Ce livre n’a pas la prétention de détrôner les grands penseurs, philosophes et personnages spirituels de ce monde qui ont , grâce à leurs recherches, leurs réflexions, leurs actions et leurs écrits, réussi à accompagner des millions de personnes pour transformer leur vie. Encore moins de supplanter le travail de tous les thérapeutes qui, chaque jour, aident les êtres humains souffrant notamment du manque de cohérence dans leur vie ou éprouvant des difficultés à vivre ou à s’adapter à différentes situations. Être simplement soi est tout un défi.
C’est un outil-témoignage pour tous ceux qui ressentent le besoin d’analyser leur vie et qui, au terme de nombreuses démarches, en sont venus à la conclusion que leur seul salut serait de fuir le quotidien pour se ressourcer ailleurs et en revenir soudain transformés à jamais. Loin de moi l’idée de critiquer les nombreux pèlerins qui se rendent en Inde ou dans quelque autre destination mythique. Toute expérience à laquelle on aspire à un moment de sa vie est utile. Pour avoir cheminé en quête de sens depuis mon adolescence, j’ai moi-même expérimenté toutes sortes d’avenues pour trouver la « bonne voie ».
Au terme de tant d’années passées à chercher ailleurs, à m’essouffler dans diverses approches, recueillant , quand même, il faut le reconnaître, des outils supplémentaires et essentiels pour m’aider à poursuivre ma route de façon plus sereine, j’ai soudain vécu une connexion surprenante avec un « je ne sais quoi » ou plutôt un « je ne sais qui » qui me parlait.
« Comme si vivre était juste en chercher le sens, ne jamais le trouver, mais avoir l’œil réjoui ici et là par un éclat de vérité. »
Christian Bobin
Je me suis rendu compte qu’il me fallait fuir la dictature du bonheur. Celle qui est prônée partout comme un idéal ultime à atteindre. Une finalité. Enfin, j’ai trouvé la clé pour ouvrir la porte de mon âme, la voix du cœur, celle qui m’aiderait à cheminer vers moi en toute confiance, en acceptant qui je suis, tout simplement, pour vivre comme en témoigne le titre de mon prochain livre « Désir de vivre », à moins que ce soit la conclusion de celui-ci. Nous verrons...
C’est donc un appel à la Vie. Comme le dit si bien Christian Bobin : « Comme si vivre était juste en chercher le sens, ne jamais le trouver, mais avoir l’œil réjoui ici et là par un éclat de vérité. » C’est ce que je vous souhaite.


1 . Voir liste des publications : www.rosettepipar.com.

2 . Rosette Pipar, Désir d’écrire , Candiac, Éditions Marcel Broquet-La nouvelle édition, 2008.

3 . Rosette Pipar, Fragments (Écrire) , Candiac, Éditions Marcel Broquet-La nouvelle édition, 2010.

4 . André Comte-Sponville et Luc Ferry, La sagesse des modernes , Paris, Robert Laffont, 1999.


Chapitre 1
Envie de fuir
À tous ceux qui rêvent de voyages spirituels
« L’Orient est en nous »
Carl Jung
À tous ceux qui rêvent d’aller en Inde et qui ne peuvent se le permettre pour mille et une raisons, je vous propose ce livre comme un partage, une réflexion, surtout. C’est, en toute humilité, le témoignage de mon cheminement vers une transformation personnelle au quotidien. Vous m’accompagnerez dans la découverte de certaines étapes de ma quête. J’évoquerai quelques actions simples qui vous permettront peut-être, comme moi, de trouver votre état de pleine conscience pour vivre, chaque jour, une expansion de plus en plus définie jusqu’à ce qu’elle s’incruste dans votre vie comme un nouvel outil d’évolution constante, non sans occulter, pour autant, les difficultés de changer certaines habitudes.
Amputée que j’étais de la beauté à portée de main, de la confiance et la foi en ce qui est.
Pour ce faire, je ne vous livrerai pas de grands principes ni de leçons savantes issus de longues études ou réflexions philosophiques soigneusement fouillées bien que, inévitablement, vous soyez teintés de l’aura de mes nombreuses lectures ainsi que des formations entreprises au cours de ma vie. Je vous propose ma propre expérience. En quoi peut-elle vous apporter un espoir ? Peut- être , je l’espère, en partageant le simple constat de mon parcours personnel qui m’a menée, jusqu’à ce jour, à lutter contre toutes sortes de démons qui m’empêchaient de réaliser mon plein potentiel. Amputée que j’étais de la beauté à portée de main, de la confiance et la foi en ce qui est. Hyperperformante, animée du syndrome de sauveur et de victime, sans doute hyperdouée, en proie à de l’anxiété dès mon plus jeune âge, doublée d’une profonde mélancolie, j’ai souffert de dépressions multiples et de souffrances épuisantes me laissant à maintes reprises au bout du rouleau, mais résiliente. Au terme de grands efforts, j’arrivais presque toujours, malgré tout , à atteindre mes objectifs, à bénéficier, somme toute, d’une vie réussie qui, vue de l’extérieur, était enviable. Mais le sentiment de vide refaisait surface de façon périodique. Je n’avais plus de ressources. J’étais un peu découragée. Ce livre est mon outil personnel. Il pourra peut-être aider à démontrer qu’il est possible de dépasser ces états castrateurs, que des solutions sont accessibles à tous malgré nos limites ou celles que nous nous imposons. Il m’a fallu du courage pour « oser » ce livre qui, par mes hésitations à le publier, me renvoyait constamment à mes jugements personnels négatifs à mon égard. Aux périodes de calme sublime et de paix se juxtaposaient, intenses, des périodes noires, empreintes de peurs et d’angoisses qui semblaient annihiler toutes mes avancées. Imparfaite. Aujourd’hui, je l’assume. Mais, ce n’est pas parce qu’on traverse des épreuves qu’on doit s’empêcher de communiquer le fruit de nos réflexions. Puissent-elles éclairer d’autres routes. J’en veux pour exemple Frédéric Lenoir 5 qui cite : « …la joie est au cœur de la philosophie de Spinoza et son influence m’a incité à écrire, deux ans plus tard, alors que je traversais moi-même une épreuve de vie, « La puissance de la joie » » 6 . Ou encore Éric-Emmanuel Schmidt qui raconte, dans son livre intitulé « La nuit de feu » , une expérience mystique vécue dans le désert d’Algérie : « Si j’avais pu être, un soir, le réceptacle d’une révélation, j’avais, à mes yeux, le droit de prendre la parole. » Il dit aussi : « … un vrai talent doit transmettre des valeurs qui le dépassent et qui le portent ». L’auteur attendit vingt ans avant de révéler cette expérience qui, pourtant, changea sa vie. Je me reconnaissais. Ce genre de déclaration me réhabilitait en quelque sorte et me réconciliait avec le droit d’écrire mes propres réflexions.
L’écrit… un être vital qui participe à mon bien-être
Je ne saurais passer sous silence la merveilleuse découverte de l’œuvre de Christian Bobin et surtout son propos au sujet de ses écrits. Une rencontre fulgurante. Un coup de foudre. En l’écoutant, j’avais l’impression qu’il décrivait ce que je vivais, sans aucune prétention. Il déclarait «… je reçois les mots ». Je compris alors que je n’étais pas la seule à être le réceptacle de phrases qui surgissaient, comme ça, sans crier gare. Je fus complètement émerveillée de constater à quel point, lui, avait osé se dédier exclusivement à l’écrit, alors que moi je serinais depuis tant d’années l’omniprésence de cet appel de l’écrit en moi, que j’accueillais occasionnellement seulement, toujours avec la même béatitude, mais en le reléguant sans vergogne aux oubliettes, le temps de servir d’autres passions que la mienne. Ce fut une grande leçon d’humilité. Il était plus que temps d’honorer CE qui me dictait ces idées, ces images, ces émotions. Car, depuis toujours, je ressentais l’écrit comme un être vital qui participait à mon bien-être.
« L’écrit, c’est à la fois une maladie et un remède »
« Écrire c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l’ouvrir ».
Christian Bobin
Aussi, j’adhère totalement aux propos de Christian Bobin : « L’écrit, c’est à la fois une maladie et un remède ». Et aussi : « Écrire c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l’ouvrir » . Ou encore, É ric-Emmanuel Schmidt déclarant : « Le désir et le doute sont au cœur de l’univers de l’écrivain ». Quel écho en moi ! Enfin, je me sentais légitime.
« Le désir et le doute sont au cœur de l’univers de l’écrivain ».
Éric-Emmanuel Schmidt.
Comme je vous l’ai dit en avant-propos, cette hypothèse « L’Inde dans mon salon » m’est apparue, en un éclair, comme une évidence, une solution disponible à court terme pour effectuer un pèlerinage en soi, nécessitant peu de moyens physiques, aucun investissement financier et dont l’application pourrait être modelée en fonction des exigences et des disponibilités de chacun. Au fil des ans, ce titre s’est imposé. Jamais, sa force ne s’est tarie. Qu’allais-je faire de ce cadeau de l’Univers ?
L’humble chemin de l’apprentie
Il fallut bien sûr des semaines d’écriture et de recherches pour en faire un tout cohérent, documenté, et ce, afin de compléter l’essentiel du texte initial. Du moins, c’est ce que mon mental me dictait, sans doute pour repousser l’échéance de l’aboutissement de ce livre qui paraissait un peu trop facile. Pour l’impatiente que je suis, il me fallut surtout faire preuve d’humilité, le laisser reposer et le reprendre plus tard au moment où l’intuition ou l’urgence me le dicteraient à nouveau. Une gestation cruelle. La seule pensée de cet embryon de livre provoquait systématiquement une sorte de malaise, une lourdeur omniprésente dans mon cœur. J’avais la nette impression que son format était pratiquement final. Je ne comprenais pas pourquoi je ne parvenais pas à le boucler en quelques week-ends. Je me culpabilisais en me disant que je m’autosabotais encore une fois. J’étais loin de me douter qu’il fallait que ce texte suive les méandres de sa propre vie, qu’il accompagne l’humble cheminement de l’apprentie que j’étais et suis encore, en quête de ma propre liberté.
« On devient libre quand on découvre que la vérité est non pas un ensemble de certitudes immuables, mais un mystère que l’on est appelé à pénétrer peu à peu. Être libre, c’est avancer humblement à l’intérieur d’une réalité insondable. » 7
Jean Vanier
Plus tard, je vous raconterai comment j’ai vécu ces années à travers l’écriture et la découverte fulgurante qui me frappa de plein fouet.
L’envie de partir
À force de naviguer entre la tête et le cœur, j’avais envie de tout quitter pour un horizon meilleur
Cela fait des années que, chaque année, face aux épreuves de la vie, je me dis qu’il faut partir, quitter tout ça . Comme tant de gens, je ressens le besoin de nettoyer le quotidien de toutes ces habitudes qui grugent les journées, que l’on croit aimer un temps, mais qui nous laissent toujours un arrière-goût de trop peu. La vie doit forcément être plus que cela. Cette idée me trottait dans la tête depuis ma plus tendre enfance. Parfois, nous nous engageons dans des chemins qui ne nous ressemblent pas vraiment . Hypnotisés dans un moule sociétal, on suit le courant, on suit le flot. Pourtant, on sait qu’au fond de nous, une petite voix nous dit de ralentir, d’être à l’écoute de ce qui est vital. Au fond, ce qui est capital, chacun d’entre nous le pressent, du moins quand on décide de faire silence. Une sorte de certitude, parfois lointaine, macère dans notre âme, dans notre for intérieur, un endroit où on ne s’aventure que trop peu souvent . Je ne vous apprends rien en vous disant qu’on prend rarement la peine de s’arrêter, de se consacrer un peu de temps pour décortiquer cet essentiel qui nous manque et qui gruge notre vie d’un vide de plus en plus souffrant. Nous avons parfois l’impression d’être écartelé entre ce que nous vivons et ce à quoi nous aspirons. Pour certains, les désirs sont très précis et, pour d’autres, moins, ce qui rend l’émotion d’autant plus impuissante, béante.
Fuir cette profonde mélancolie
J’aurais aimé, comme tant de gens, partir en Inde, me transplanter dans une région lointaine et exotique, m’arracher ainsi au quotidien qui ronge mon corps et mon cœur et mon âme.
À bien y penser, cette quête de sens débuta dès l’âge de quinze ans alors que je ressentais un mal- être évident. Je dirais même qu’à cinq ans, je fus extirpée de mon bonheur d’enfant insouciante, chez mes grands-parents, et que mon âme se figea au pensionnat où je vécus solitaire, dans une espèce de monde parallèle. Je m’en souviens très bien, malgré le brouillard dans lequel je semblais stagner. Je m’évadais de mon corps en contemplant la lumière des bougies géantes dans l’église que je fréquentais un peu trop souvent à mon goût. À l’adolescence , dès que j’eus un peu de sous, grâce à de petits jobs, je les dépensai auprès de psychologues dans un profond et douloureux mutisme entrecoupé de maigres phrases ou de pleurs suffocants. La gorge nouée, impuissante, submergée par un infini amas de détresse, je sentais que la Vie m’échappait. À l’âge de vingt ans, une vingtaine d’années de bonheur apparent m’éloignèrent momentanément de cette coupe amère. Je vécus de merveilleuses années auprès de mon mari. Ensemble, nous formions un solide duo. Nous avions repoussé l’horizon et nous nous étions engagés dans nos rêves. Émigrés au Québec, nous avions osé entreprendre le grand virag e qui nous interpellait. L’appel des vastes espaces canadiens, le désir de déployer nos ailes, de nous assumer, était à notre portée. Nous avions dépassé nos peurs pour nous propulser ailleurs, dans ce nouveau monde, même au prix de sacrifices. Toute la famille en Belgique semblait bien loin, mais nous étions allumés par cette flamme qui anime chaque être en route vers des projets vitaux. Deux magnifiques enfants, authentiques fruits d’un grand amour, magnifièrent plus encore notre profond bonheur. Mais la vie réserve, à chacun d’entre nous, des surprises, des malheurs, qui sont, nous ne le réalisons que plus tard, des occasions de croissance. Au terme d’un douloureux divorce, je devins chef de famille et consultante autonome. J’ai gal éré . J’ai eu mon lot d’épreuves et de grandes souffrances. Je me retrouvais à l’étroit dans un nid fragile avec mes deux enfants. Mon château de sable s’écroulait. J’étais sur la plage, à marée basse, les filets vides et le cœur en lambeaux. Contraste d’autant plus douloureux puisqu’à nos âmes, nous avions promis fidélité et engagement pour l’éternité. Combien de fois nous étions-nous moqués de ces « pauvres gens » qui n’arrivaient pas à dépasser les embûches de la vie de couple pour trouver l’énergie « intelligente et sage » de rester unis ? Nous, c’était « pour la vie » !
Battante et déterminée, j’ai tracé un nouveau chemin. Pourtant, malgré mes succès personnels et professionnels, je dois admettre que mon âme était triste et affligée depuis bien trop longtemps. Cet abandon était venu raviver la blessure d’enfance lorsqu’on m’avait catapultée au pensionnat sans explication. Cette mélancolie s’amplifiait. Elle creusait un sillon de plus en plus profond malgré toutes les actions que j’avais entreprises, depuis plus de vingt-cinq ans, pour trouver un sens à mon quotidien, alléger un peu cette désespérance dans un monde que l’enfant et l’adulte en moi ne comprenaient plus. Je redoublais de démarches pour aller mieux : conférences, lectures, méditation yoga, natation, hypnose, séminaires sur les rêves, ateliers de développement personnel, ateliers sur ma mission de vie, sur l’abondance, sur l’interprétation des rêves, sur la solitude, mais aussi des consultations auprès de psychologues prônant des approches variées : la programmation neurolinguistique, la cohérence cardiaque, l’EFT 8 , le Reiki, la méthode Danis Bois, le yoga 9 thérapeutique, l’hypnose spirituelle , la gymnastique douce, l’art-thérapie, les énergies subtiles, la gestion de la pensée, et les ateliers de Franck Nicolas au cours desquels j’ai même réussi à briser une planche dans un unique exercice de karaté. Je ne pourrais nommer toutes les conférences auxquelles j’ai assisté au Québec, aux États-Unis et en Europe, et encore moins les centaines de livres et les milliers de vidéos sur le développement personnel que j’ai dévorés.
Malgré tous ces efforts, je n’arrivais pas à trouver un équilibre joyeux, un sentiment d’accomplissement. Entre ces sessions de motivation et de réflexion, où je faisais de belles découvertes et réalisais malgré tout de précieux objectifs, j’avançais un peu plus loin sur le sentier de ma vie, mais je souffrais encore. Force était de constater que je n’avais pas une aptitude naturelle au bonheur.
Voulant régler la question une fois pour toutes, j’entrepris un certificat de deuxième cycle universitaire intitulé « Sens et projet de vie 10 » . Je tombai, par hasard, sur la description de ce programme dont je n’avais jamais entendu parler. En un éclair, je sus qu’il s’adressait à moi. Je ressentais cet ultime appel pour « re » traiter ma vie. À l’université, je lus et j’écrivis beaucoup. Dès le premier cours, je faillis abandonner en constatant que le projet ultime, au terme de plus de deux ans et demi de séminaires, serait de produire... le livre de sa vie. Or, j’avais achevé, plusieurs années auparavant, mon premier livre « Désir d’écrire » et j’avais donc l’impression que j’allais perdre mon temps. Je me rappelle encore avec quelle candeur j’ai demandé au professeur : « Est-il possible de faire ce cheminement plus rapidement ? » Il me regarda, complètement interloqué, tout comme les autres participants. Je poursuivis la première session en ne cessant de me dire que j’avais déjà fait tout un cheminement personnel au préalable et que les exercices de réflexion allaient m’ennuyer à mourir. C’était bien moi. Cette impatience chronique, ce désir ardent de régler définitivement mes malaises. Aujourd’hui, j’en ris encore. Je suis plutôt du genre à vouloir tout comprendre et tout résoudre le plus rapidement possible. Une femme d’action quoi ! C’était sans compter sur l’inestimable cadeau du temps. Le temps nécessaire pour intégrer des ressentis, lire, discuter avec d’autres qui, comme moi, étaient en quête d’eux-mêmes. Du diamant en eux.
La vie… comme un diamant
L’âme se cherche une enveloppe pour y aiguiser ses talents comme un diamant que l’on polit et que l’on porte.La roche est dure,la vie aussi.Brillante est la mouture façonnée par les larmes,illuminée par le désir de la « voix »qui, elle aussi, se taille sa lumière pour éclairer notre voie. 11
Ce temps de lectures et de réflexions fut un merveilleux passage que je recommande à tous, du moins à ceux qui, comme moi, doivent « travailler » pour atteindre une certaine sérénité. Que d’outils pour apprendre à mieux se connaître, à oser se dépasser, pour sortir du moule et entreprendre de nouveaux défis ! Un fameux saut quantique.
Une société en mal de repères
Quelle est donc la cause de ce vide existentiel que nombre d’entre nous ressentent ? Jacques Grand’Maison, dans le texte intitulé Du jardin secret aux appels de la vie 12 , fait référence, en effet, à la perte de repères, de valeurs et d’une certaine religiosité qui, selon lui, « crée un vide existentiel et invite l’être en quête de sens à rebâtir des liens avec son histoire et à retourner aux « sources, à la recherche de ce qui donne du sens à nos vies ». Je me reconnais bien dans cette motivation. C’est un peu comme si, n’appartenant plus à aucune communauté, ayant émigré de surcroît, je voulais marquer mon territoire d’une certaine trace pour établir mes propres repères et sortir de mon histoire personnelle, celle que je me racontais.
La postmodernité nous a donné un nouveau cadre de vie. Tout va plus vite. La technologie s’est immiscée dans toutes les sphères de la vie. Inutile de chercher à vous évader, on vous trouvera partout grâce aux IPhone, aux IPad, aux réseaux sociaux et autres outils et plateformes électroniques, qui sont devenus la norme, sans parler de Google Home, l’assistant vocal maison qui vous donne toutes sortes d’informations dont le contenu de votre agenda ou l’adresse du restaurant du coin, qui allume ou ferme les lumières de votre résidence, joue votre musique préférée et j’en passe. Et que dire de la géolocalisation dans les téléphones intelligents ou autres gadgets, qui permet de vous suivre à la trace. Dernièrement, j’entendais à la radio qu’un festival distribuait des bracelets munis d’une puce de façon à suivre tous les mouvements des participants ! C’est sans doute pratique pour suivre nos adolescents, mais aussi intrusif car ces outils, apparemment inoffensifs, peuvent également stocker de précieuses informations personnelles sur nos habitudes de vie.
Tout le monde souffre de stress, court après le temps, aimerait faire plus, faire mieux… bref, l’insatisfaction règne en maîtresse. Beaucoup d’entre nous rêvent à d’autres objectifs, d’autres emplois. Nos ambitions s’étiolent dans un quotidien de plus en plus difficile à supporter. Les idoles envahissent notre horizon et nous inondent par le biais de la multiplication de médias traditionnels et sociaux, imposant, sournoisement, plus encore, nos soi-disant aspirations personnelles. Les téléréalités ne dérougissent plus et nous renvoient notre propre image, idéale ou perverse. On nous divertit à tel point que nous nous préoccupons parfois davantage de la vie des personnages des séries télévisées que de nos propres défis. Dans un but apparemment divertissant, elles dressent un portrait de l’arrière-scène des enjeux des êtres humains. Elles tentent aussi de nous inculquer le modèle à atteindre, mais celui-ci semble hors de portée à moins de laisser tomber toute vie intérieure puisque seul le clinquant, le look juste, fait office de succès reconnu. La belle maison, la belle auto, la belle copine, le beau mec, les enfants parfaits, le job important et le salaire adéquat, les loisirs et… j’oubliais, l’humour à tout prix. Et que dire des images de ces autres éléments de pseudo réussite : l’allure svelte, sportive, les vêtements dernier cri, les vacances, la résidence secondaire, le chalet à la campagne ou le condo au soleil sans oublier le bateau. Que d’objectifs à atteindre avant de pouvoir accéder au statut envié de « personne » ayant réussi. On passe sa vie à tenter de l’atteindre. Et on s’étonne que certains fuient ce quotidien trop exigeant ? Aussi, pour échapper à ce malaise, on nous distrait dans le but d’échapper à notre propre quête, nous qui aurions pourtant bien besoin de nourriture essentielle pour nous accompagner dans notre cheminement. La culture pourrait jouer ce rôle. Malheureusement, elle n’a pratiquement plus de tribune médiatique et, quand elle en jouit, c’est sans doute à coup de commanditaires qui orientent les choix de contenus biaisés par les nécessités commerciales. Impossible de se laisser surprendre par une œuvre littéraire, picturale ou musicale, nous ingurgitons une espèce de panacée dans laquelle on nous livre des vedettes interviewant d’autres vedettes dans des entrevues de deux à cinq minutes, d’une pauvreté de contenu à faire rougir. À de rares exceptions près, l e dénominateur commun des émissions à succès est sans contredit la mise en exergue de l’émotion à tout prix, dans son expression parfois la plus brutale ou la plus stupide comme en témoignent les shows de gags maladroits ou les séries policières et autres feuilletons, carrément voyeuristes, sur l’amour. Les téléréalités nous livrent une sorte de miroir de nos conditions, une espèce d’autodérision qui nous renvoie à nos propres enjeux et difficultés de la vie. Les constater chez l’autre doit, probablement, avoir pour effet de dédramatiser et atténuer un peu nos propres quêtes. Certains s’en consolent. Peut-être est-ce là une nouvelle façon de comprendre et d’accepter notre humanité ? J’ai du mal, cependant, à le croire. Cela me donne même la nausée.
Rares sont les émissions qui offrent une réelle incursion dans le monde des êtres passionnés par leurs talents assumés. Pourtant, nous pourrions y puiser de véritables leçons de vie qui nous permettraient d’entrevoir les valeurs humaines, les questionnements, l es défis, les épreuves et la résilience. C’est la seule chose dont on a réellement besoin.
Où sont les héros ?
Où sont les visionnaires, les héros ? Autrefois, la religion imposait un modèle qui, même s’il était trop rigoureux et peu enclin à l’épanouissement personnel de l’être humain dans son unicité, avait au moins l’heur d’établir certains repères. Tous ceux qui ont élevé des enfants savent qu’ils ont besoin de balises et de guides pour leur inculquer certaines valeurs et principes qui leur donneront une ligne de conduite, quitte à rejeter certaines idées reçues, par la suite, pour honorer leur personnalité authentique au cours de leur cheminement. C’est rassurant. Mon propos ici n’est pas de faire une analyse de nos politiciens, mais de prendre conscience du fait que nous ne sommes plus guidés par des personnalités dotées d’une éthique et d’un charisme capables de mobiliser les peuples dans une vision positive. On ne compte plus les scandales qui en disent long sur l’authenticité feinte de certains politiciens plus préoccupés par leur image, leur pouvoir et leurs avantages financiers et sociaux que par le salut du peuple qui, pourtant, paie à coups d’impôts, leurs décisions parfois stériles et déconnectées de la réalité. Ce n’est évidemment pas le cas de tous les politiciens.
Au cours des siècles passés et aujourd’hui encore, de dangereux personnages, comme Hitler, Napoléon, Mussolini, et d’autres ont marqué l’histoire. Certains d’entre eux ont été de véritables psychopathes, comme dirait le père François Brune 13 , « …des monstres imbéciles, animés, nul doute par des forces obscures, qui ont pu flatter un certain nombre de disciples entraînant des foules avides de dominer le monde. »
Les seuls qui arrivent à une certaine mobilisation , malheureuse­ment, sont les extrémistes de toute allégeance ce qui n’entraîne que chaos et dénigrement de l’être humain. Ils tentent de rallier des peuples qui n’ont plus rien à perdre et qui sont prêts à tout pour trouver une façon de sortir de leur misère extrême.
Comme le souligne Jacques Grand’maison, il semble bien que « ce n’est pas l’insupportable pesanteur de l’intégrisme religieux qui nous menace le plus, mais l’appauvrissement de l’âme et de sa profondeur de sens, d’intériorité, de fortes motivations et convictions de foi et d’espérance. » 14
Bien que la nomination de Barak Obama à la présidence des États-Unis ait suscité un vaste espoir dans le monde, car il représentait, entre autres, l’ouverture, la tolérance, l’inspiration, cet espoir fut de courte durée et son impact fut considérablement atténué par les gardiens d’un pouvoir sclérosant. La magie des discours humanistes et charismatiques qu’il incarnait n’aura fait que saupoudrer l’espace politique, pour finalement capituler devant un pantin dénué d’éthique qui se retrouva propulsé à la tête d’une des plus grandes nations de la planète. Est-ce pour cela que des peuples choisissent à présent des dirigeants plus jeunes dans l’espoir d’un renouveau, répondant mieux à leurs préoccupations ? Ce qui est sûr, c’est que la vague populiste gronde partout. Le peuple manifeste son ras-le-bol et les jeunes commencent à faire entendre leurs voix qui, malheureusement, retombent rapidement dans l’oubli.
Quand des personnages prennent un peu trop de place et prônent la non-violence et la paix, l’égalité, on étouffe leur discours ou on les assassine. Gandhi avait réussi un tour de force en luttant contre les inégalités de façon pacifique en Inde. Malgré son formidable impact, il ne reçut jamais le prix Nobel de la paix, ce qui est assez paradoxal. Le pasteur Martin Luther King, prix Nobel de la paix, n’y échappa pas non plus , malgré sa lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Quant à John F. Kennedy, le plus jeune président des États-Unis, il dérangeait aussi par les rêves et les idéaux qu’il revendiquait et c’est dans les bras de sa femme, à bord de la voiture présidentielle, qu’il succomba d’une balle dans la tête. Et dans un tout autre domaine, que dire de John Lennon froidement assassiné devant les yeux de sa femme Yoko Ono par un fan détraqué qui lui en voulait d’être riche. John Lennon, à peine âgé de 40 ans et dont la chanson «Imagine » avait rallié des millions de personnes en quête de paix et d’amour.
Chose certaine, nous l’oublions sans doute, nous avons vécu et vivons encore au sein de trois révolutions : technologique, démographique et environnementale, de quoi chambouler tous nos repères, nos habitudes et, surtout, exiger de nous beaucoup d’efforts d’adaptation dans un monde en plein changement. C’est ce que nous ressentons tous sans nécessairement pouvoir le définir. Après l’échec des utopies sociales comme l’ère psychédélique, les hippies et, avant cela, le communisme, et aujourd’hui la pseudo-démocratie, après le monopole de la religion catholique en Occident et la dictature intégriste ailleurs, nous constatons notre incapacité à tendre vers un idéal authentique en cohérence avec notre être profond. À son époque déjà, André Malraux déclarait, après des années de militantisme, que le « 21 e siècle sera spirituel ou ne sera pas ».
La quête de sens est, il me semble, le dénominateur commun de bien des gens de notre époque, peu importe leur âge. Ce n’est plus seulement l’affaire de crises spécifiques telles que celle de l’adolescence, de la quarantaine, du démon du midi, etc. Peu de gens peuvent prétendre être complètement heureux et c’est ce qui explique l’engouement pour les « nouvelles approches spirituelles », qui expriment notre volonté de nous comprendre et de trouver des moyens pour accroître notre bonheur.
La vie, aujourd’hui, semble être en mouvance perpétuelle. Difficile de suivre le rythme si nous ne laissons pas toute la place à l’instant présent, si nous ne prenons pas un peu de recul dans cette jungle postmoderne où notre sens de l’équilibre est mis à l’épreuve.
On se plaint du rythme infernal auquel on s’astreint, notamment en tentant d’être actifs sur les réseaux sociaux et en nous tenant constamment informés des soubresauts de l’actualité. Notre attention est constamment sollicitée, laissant peu de place à notre réflexion personnelle et à notre capacité de discernement ; ainsi, nous ne disposons ni du temps nécessaire pour prendre un recul introspectif ni du loisir d’apprendre, de développer notre esprit critique et de nous épanouir. C’est un fléau de nature anxiogène.
Il faut tendre vers une culture du discernement. S’autoriser à être soi. Se permettre de rejeter les modèles. J’aime ceux qui ont défroqué. J’aime voir en dehors du cadre. C’est le cas de nombreux penseurs, d’écrivains, de chercheurs, de scientifiques, de philosophes, de psychologues, de religieux, de professeurs, d’artistes en quête de sens, de développement spirituel et d’authenticité, qui n’ont pas hésité à sortir des sentiers battus pour se rapprocher de la vie humaine dans la réalité du quotidien, pour aider à vaincre l’angoisse dont ils souffraient eux-mêmes ou simplement pour trouver des moyens plus équilibrés pour se mettre au service de l’être humain. En remettant en cause des théories parfois sclérosantes et en revendiquant la synthèse de plusieurs approches, telles que développées par d’autres chercheurs afin d’ élargir la pensée, ces être s en quête de lumière ont ainsi influencé des millions de personnes en livrant le fruit de leurs propres réflexions ou en faisant confiance à leur intuition, source de nombreuses découvertes. Il y en a des milliers qui ont eu ce courage. J’en mentionne quelques-uns dans ce livre.
Au terme de mes études sur le sens de la vie, j’ai compris une chose : au fond, j’appartiens bien à ma génération, celle qui ressent un profond sentiment de solitude à l’ère où, paradoxalement, les outils de communication n’ont jamais offert autant d’occasions d’échanger de façon virtuelle. Fait plus surprenant encore, ce grand malaise a envahi la planète.
Une des fascinantes révélations, au cours de ces études, fut de constater que peu importe leur lieu de naissance, leur lieu de résidence, les générations se ressemblent, qu’elles soient issues d’Europe, d’Afrique ou d’Amérique, c’est ce que, Luis Gomez 15 , l’un de nos professeurs, nous a démontré grâce à un jeu lors d’un atelier. L’exercice consistait à représenter certains thèmes au moyen de mots, de couleurs, de cartons sur un tableau. Nous étions classés par groupe d’âge. Dans chacun des groupes, les étudiants provenaient de confessions et de pays différents et, pourtant, lorsqu’on découvrit le résultat final, on constata que chaque groupe avait harmonisé son moyen d’expression, de façon intuitive. Dans le mien, il y avait une Québécoise, une Française, une Belge, une Tunisienne. Finalement, on pouvait reconnaître la « facture » de chaque génération, peu importe son origine. C’était vraiment stupéfiant. L’exercice démontrait, hors de tout doute, comment nous faisons toutes et tous partie d’un mouvement planétaire. Une solide mouvance aux paramètres identiques qui nous confronte aussi à une grande solitude, à notre inéluctable finitude. Nous voilà bien libres et bien seuls aussi, du moins dans nos sociétés occidentales en pleine abondance apparente. Familles éclatées, frontières ouvertes, lieux de cohabitation disparates, cultures émigrées, que ce soit en milieu urbain ou rural, tout semble être sujet à une réadaptation majeure, loin des dogmes et principes que nous avons rejetés en vrac. Orphelins en manque de modèles, en mal de héros, de visionnaires et de grands penseurs charismatiques, nous renouons de plus en plus avec les philosophes. Ayant perdu tous leurs repères, les membres de cette génération, tels des oisillons au bec grand ouvert en quête de nourriture, se tournent vers de nouveaux gourous et des milliers d’ intervenants en développement psychologique et spirituel. Nous tentons d’extraire de leurs œuvres, une promesse de concepts garants du bonheur. Un mode d’emploi. Le devoir d’être heureux est omniprésent. Une vraie dictature. En vain. La recette, nous sommes les seuls qui la connaissons vraiment. Mais elle semble parfois perdue dans le brouillard de nos questionnements inquiets.
Désincarnés dans cette immense solitude, nous sommes amenés à nous recréer d’autres types de familles. Certains diront que c’est mieux ainsi. Ce ne sont plus des familles de sang, mais plutôt des familles d’âmes, des personnes avec lesquelles nous ressentons des affinités. Elles traversent notre chemin un peu par hasard, si du moins il existe, et parfois pour quelque temps seulement. Alors nous faisons à nouveau le deuil du détachement sans nécessairement comprendre pourquoi ces amitiés ne pouvaient durer.
Heureux de ces rencontres, il n’en résulte pas moins un relent de nostalgie sur la perte de l’univers biologique ou quantique duquel nous sommes issus. De plus, nous vivons parfois d’étranges destins comme en témoigne Anne Ancelin Schützenberger dans son livre intitulé « Aïe mes aïeux » 16 . Nous répétons, par procuration, les misères de nos ancêtres et portons parfois en nous le lourd fardeau de cet héritage générationnel.
« En langage courant, ceci signifie que nous sommes un maillon dans la chaîne des générations et que nous avons parfois, curieusement, à «payer les dettes» du passé de nos aïeux. C’est une sorte de loyauté «invisible» qui nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, des situations agréables ou des évènements douloureux. Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté et de sortir du destin répétitif de notre histoire, en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille. » 17
En 2012, j’écrivais : L’héritage transgénérationnel
Bien qu’ayant lu sur ce sujet, notamment le livre « Aïe mes aïeux » d’Anne Ancelin Schützenberger et d’autres textes, je dois constater que depuis quelques années, j’entretiens une sorte d’effet miroir avec ma mère. Une sorte de fidélité au scénario de vie vécu par ma mère, que je critiquais pourtant à l’époque, m’entraîne dans un contexte irrésistible, indomptable , reflétant des éléments de sa vie. Ils s’accrochent à ma peau. Au mitant de ma vie, je semble, moi aussi, vivre les mêmes choix que ceux qu’elle a faits lors des dernières années de sa vie, moi qui croyais vraiment m’en être distancée totalement en choisissant d’épouser un modeste aspirant artiste au lieu de l’étudiant en médecine, riche de surcroît, qui me courtisait. Tout ce que je reprochais à ma propre mère qui avait épousé un homme plus âgé pour bénéficier d’une certaine sécurité, je le vis à présent. Je suis totalement déboussolée. Je traverse une ambivalence affreuse, partagée entre le désir de vivre une vie légère, farouchement libre, ouverte aux surprises de la vie, et l’angoisse de rester seule sans ressources. En choisissant de rester avec mon ami, un homme qui m’a pourtant trahie, je paie le prix fort de la compagne et collègue qui n’ose plus tenter une autre voie. Entre mon intuition et ma raison, je me sens indécise et figée dans une torpeur qui semble ne pas coller à mon tempérament habituel, un peu comme si quelqu’un d’autre s’était emparé de mon corps et de mon esprit pour y vivre encore un peu sa vie.
Ma fille comme un miroir
Ce qui me frappe le plus, c’est le miroir que me propose ma fille. Depuis quelques années, elle semble vivre tous mes tourments, tous mes tracas et toutes mes émotions, un peu comme si elle devait absolument vivre certains aspects de ma vie en guise de fidélité. Il ne se passe pas une semaine sans qu’elle ne m’appelle pour me parler de sujets qui me touchent personnellement au même moment. Elle reflète ma quête. Une espèce de conscience filiale nous pousse dans des situations semblables comme pour nous confronter à notre authenticité, qui s’en trouve bien ébranlée. Un peu comme si les âmes s’entremêlaient dans un même nœud, difficile à trancher. Conscientes de ces phénomènes, nous en avons beaucoup parlé. Ma fille m’a supplié d’honorer ma vie, mes aspirations, afin que mon fardeau ne lui colle plus à la peau. « Quelle preuve d’une belle intelligence de sa part que de vouloir exorciser le fantôme familial et ainsi créer le point de rupture de la continuité fatidique pour faire place à la vie et à la nouveauté ». 18 Quelle lourde responsabilité pour une mère que de subir une telle injonction. Double peine aussi, celle d’avoir enfanté dans la joie, offert le meilleur de soi durant l’enfance de ma fille et voir que, malgré tous mes efforts, des non-dits subsistent mettant à nu mes tourments de mère et me confrontant à mes propres douleurs. Cruel destin que de voir ma propre vie jouée dans celle de ma fille. Très jeune, je rêvais de faire de l’argile et voilà que ma fille est sculpteure sans que j’y sois pour quoi que ce soit. Un choix qu’elle a assumé mais qui ne lui donne pas pour autant toute la liberté dont elle rêve et qui ne l’exempte pas non plus de la difficulté de déployer ses ailes, malgré un talent évident.
Quant à mon fils Jonathan, au tempérament très différent de ma fille, il n’en reste pas moins qu’il semble avoir calqué certaines de mes façons de faire. Attentif, dévoué, bienveillant, ambitieux, dynamique, responsable, il déploie une présence active peu commune au sein de son couple et de ses activités professionnelles. J’ai parfois l’impression de me voir alors que je me dévouais à ma jeune famille et que j’avais tendance à tout prendre sur mes épaules pour réussir à tout prix sans ménager mes forces. Mais, il a su, je crois, prendre conscience de sa propre valeur même s’il semble au service des gens qu’il aime. Il a réussi à regarder froidement l’abandon du père pour ne pas stagner dans un idéal stérile sachant qu’il ne pourrait rien changer à la situation ni espérer une relation « normale » et refusant d’en payer les frais émotifs. Très jeune, il a tatoué « sagesse » sur son bras et il semble y travailler. Quelle ambition précoce qui en dit long sur ses valeurs et ses objectifs ultimes !
Comme toute bonne mère, je pense que mes enfants sont exceptionnels. Je reconnais l’héritage que je leur ai transmis malgré moi tout comme j’ai hérité, malgré moi, de valeurs et de traits de personnalité de mes parents. Et par héritage, j'entends, évidemment, les bons côtés et les moins bons comme, notamment, l'anxiété de performance dont j'étais affublée, moi cette mère protectrice qui pensais pouvoir éviter toute souffrance à ses enfants.
« Ce qui ne vient pas à la conscience revient sous forme de destin. »
Carl Jung
« Nombre de nos sentiments, comportements et symptômes ne sont pas liés à notre histoire personnelle, mais ont leur origine dans une loyauté familiale qui veut qu’une génération reprenne les conflits non réglés des générations précédentes. » 19
Tout cela engendre souvent l’éclatement des cellules familiales traditionnelles. Nous sommes sans doute cette gén ération de sacrifiés qui devra , comme je le disais plus haut, amorcer ces nouvelles familles, afin de recréer des clans, pour le bien- être des générations futures. C’est une autre façon de créer un sentiment d’appartenance. Nous nous regroupons en fonction de nos valeurs essentielles. Le « sacrifice » réfère seulement au fait qu’autrefois, les membres de la famille constituaient, en quelque sorte, un repère naturel acquis, immuable et réconfortant, alors que de nos jours nous devons, tels des pèlerins, trouver ces nouveaux membres familiaux, ce qui peut engendrer angoisse et impression d’isolement sachant que rien, finalement , ne remplace les liens du sang, à quelques rares exceptions près. J’ai moi-même des amies que je considère comme mes sœurs de cœur. Elles me sont très précieuses.
Cette immense solitude, c’est le grand paradoxe de notre époque. Et quand nous réussissons à conserver des liens authentiques et chaleureux avec les membres de notre famille, nous nous sentons bénis.


5 . Frédéric Lenoir, philosophe, sociologue et historien des religions. Docteur et chercheur associé de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Cofondateur avec Martine Roussel-Adam de la Fondation SEVE, Savoir Être et Vivre Ensemble (former des animateurs et des formateurs d’ateliers de philosophie et de méditation dans les écoles). Auteur d’une quarantaine d’ouvrages (essais, romans, contes, encyclopédies), traduits dans une vingtaine de langues et vendus à cinq millions d’exemplaires.

6 . Frédéric Lenoir, Le miracle Spinoza , Paris, Fayard, 2017 .

7 Jean Vanier, Accueillir notre humanité , Paris, Presses de la Renaissance, 2010.

8 . L’EFT (« Emotional Freedom Technique ») est une technique de libération émotionnelle.

9 . Yoga : il existe un million d’adeptes du yoga dans le monde.

10 . « Sens et projet de vie », Réseau des Universités du Québec – Affilié au RHV Réseau des histoires de vie.

11 . Rosette Pipar, Fragments (la vie comme un diamant), Candiac, Éditions Marcel Broquet-La nouvelle édition, 2010.

12 . Jacques Grand’Maison, Du jardin secret aux appels de la vie , Montréal, Éditions Fides, ٢٠٠٤.

13 . Né le 18 août 1931 à Vernon dans l’Eure et mort le 16 janvier 2019, le père François Brune est un ancien prêtre catholique français devenu orthodoxe à la fin de sa vie. Il est l’auteur de nombreux ouvrages concernant la théologie, la spiritualité, la vie après la mort et le paranormal en rapport avec la foi catholique.

14 . Jacques Grand’Maison, Ces mœurs dont on parle si peu , Montréal, Éditio ns Carte blanche, 2015.

15 . Professeur en psychosociologie, Luis Adolfo Gómez González est récipiendaire du Prix Timothy Dow Adams qui souligne la qualité de ses recherches dans le champ disciplinaire des approches autobiographiques. Cette distinction a été remise lors du premier congrès biennal de l’Association internationale Auto/Biographie – chapitre des Amériques.

16 . Anne Ancelin Schützenberger, Aïe, mes aîeux, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.

17 . Ibid .

18 . Luis Gomez, professeur titulaire, responsable du programme « Sens et projet de vie », UQAR, 2012.

19 . Constance Potschka-Lang, Constellations familiales : guérir le transgénérationnel, Gap, Éditions Le souffle d’or, 2001 . La méthode des constellations familiales et systémiques est une méthode de thérapie familiale transgénérationnelle développée dans les années 1990 par Bert Hellinger, ancien prêtre allemand devenu psychothérapeute. Cette méthode est basée sur la mise au jour de l’inconscient familial par le biais de jeux de rôles et de psychodrames qui auraient le pouvoir de résoudre les conflits. Bert Hellinger a découvert cette méthode auprès de Théa Schönfelder, il s’est aussi inspiré des travaux d’Eric Berne sur l’analyse transactionnelle et les scénarios de vie. Information disponible en ligne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Constellation_familiale .


Chapitre 2
Fascination pour l’Orient
« Dénutris, assoiffés, ou bien nous courons vers les pays encore capables de nous donner cette nourriture, ce langage, ou bien nous restons inanimés aux pieds de nos propres richesses, incapables de les reconnaître, offerts à toutes les maladies mentales qui ne sont que rachitisme spirituel. » 20
Annick de Souzenelle
Pourquoi l’Inde ?
Cette quête de sens généralisée et omniprésente chez un grand nombre d’individus en Occident est devenue aujourd’hui un phénomène planétaire. La religion ayant été partiellement délaissée, l’appel d’une certaine spiritualité, le besoin de trouver un sens à la vie, un équilibre , n’en reste pas moins une nécessité. Le bonheur est un désir absolu. C’est une des raisons qui explique l’engouement actuel pour les philosophies orientales comme si ces traditions séculaires étaient la panacée universelle de notre quête actuelle. L’appel de cet ailleurs coloré où se côtoient diverses religions exerce une fascination exotique. Certains Occidentaux y voient LA réponse à leurs maux et s’empressent de se fondre dans cette culture, espérant y acquérir quelques principes de sagesse qui pourront alléger leur fardeau quotidien.
Plus jeune, j’avais été fascinée par les périples d’Alexandra David-Néel 21 , la première femme consacrée moine bouddhiste et qui, sa vie durant, a sillonné les durs chemins du Tibet, déguisée en moine. Menant une vie spartiate, elle se mit à étudier le sanscrit et à écrire de nombreux livres à propos de la philosophie de vie de ces peuples qui ne possédaient rien, mais qui, apparemment, vivaient dans la joie malgré des conditions de vie très précaires. À sa manière, elle fut l’une des précurseurs de cette quête existentielle, dont on parle tant de nos jours et qui, alors, de Londres en Angleterre, à Lhassa au Tibet, lui fit vivre des années d’introspection en quête de la rencontre avec son âme. On peut se demander d’où vient cet engouement pour l’orientalisme, à cette époque, alors qu’il était loin d’être à la mode?
Envisager une autre forme de spiritualité, définir la nôtre
Toute jeune, Alexandra était déjà empreinte d’un désir de mysticisme. On pourrait comparer sa quête à celle de toutes les personnes qui, comme moi, cherchent un sens à leur vie. Je m’identifiais fortement à cette femme sans pour autant avoir le courage de m’expatrier comme elle. Cette propension à vouloir comprendre le mystère et le sens de notre passage sur terre, ce sentiment de l’existence d’un plus grand que soi et l’insatisfaction devant les modèles de vie qu’on nous propose, fussent-ils la religion, le matérialisme, la vague de développement personnel, etc., nous poussent à envisager une autre forme de spiritualité, à définir la nôtre .
« Féministe de la première heure, cette Belge publie des articles dans des revues féministes et collabore au Conseil national des femmes françaises.
Dans sa caverne d’anachorète, elle s’exerce aux méthodes des yogis tibétains. Elle fait parfois tsam, c’est-à-dire, une retraite de plusieurs jours sans voir personne, elle apprend la technique du toumo, qui permet de mobiliser son énergie interne pour produire de la chaleur. À la suite de cet apprentissage, son maître, le gomchen de Lachen, lui donnera le nom religieux de Yshé Tömé, « Lampe de Sagesse », qui lui vaudra par la suite d’être reconnue par les autorités bouddhistes partout où elle se rendra en Asie.
Le 4 janvier 1914, il lui offre, en cadeau pour le Nouvel An, une robe de lamani (dame lama) consacrée selon les rites « lamaïques ». Alexandra se fait photographier ainsi vêtue, un bonnet jaune complétant l’ensemble. » 22
Dans ses livres, Alexandra David-Néel décrit le fruit de ses réflexions, de ses états mystiques, ce sentiment d’une présence divine, le numineux dont parle aussi, Rudolf Otto et Carl Gustav Jung. « Le numineux est ce qui saisit l’individu, ce qui, venant « d’ailleurs », lui donne le sentiment d’être dépendant à l’égard d’un « tout Autre ». C’est « un sentiment de présence absolue, une présence divine. Il est à la fois mystère et terreur, c’est ce qu’Otto appelle le mysterium tremendum... (latin : mysterium), à la fois terrifiant (tremendum) et fascinant (fascinans) ». 23
Ces états m’habitent également et justifient sans doute l’immense difficulté que j’ai à m’investir totalement dans mes écrits car j’y côtoie ce qui échappe au bon sens et me transporte dans une espèce de béatitude où le temps prend une autre forme. Quand j’en redescends, je me sens complètement désarticulée comme un pantin qui tenterait de se redresser gr âce aux fils qui le supportent. M arionnette impuissante, délestée par son maître et reprenant le dur labeur du bétail qui avance grâce au collier qui le tire en avant, les entrailles creusées par le souvenir de cette lumière qui l’habitait autrefois, dans cet univers mystérieux dont nous ne savons rien mais dont nous percevons, au plus profond de nous, un « je ne sais quoi » de meilleur et de plus grand que nous. Une certaine sérénité rarement palpable à moins de faire silence en soi.
L’Orient… une mode ?
Cette fascination pour l’Orient ne date pas d’hier. « Cette séduction des religions orientales est-elle une mode ? Je ne le crois pas… on s’intéresse à l’Orient... depuis vingt-trois siècles, c’est-à-dire au moins depuis l’épopée d’Alexandre, et peut-être même avant. Il y a eu un grand trou quand le monde musulman a séparé l’Occident et l’Orient à la suite de son expansion et de son développement. Puis… l’Europe a retrouvé l’Inde, la Chine puis le Japon, au XVI e siècle. Avec l’Inde, nous entretenons une très vieille familiarité… d’intellectuels… Nous avons aussi nourri des intérêts plus matérialistes ! De plus, on a voulu convertir l’autre, ce qui compliquait ces contacts. Il y a donc une vieille relation au moins entre l’Europe et l’Inde. L’hindouisme a toujours fasciné, et nous ne sommes pas là en présence d’un épiphénomène. Nous ne sommes pas plus fascinés que ne l’étaient les anciens ; nous sommes peut-être un peu plus nombreux à l’être... Ce n’est donc pas une mode. Une mode ne dure pas si longtemps. Je pense que nous serons très attirés par l’Orient, par le bouddhisme et l’hindouisme pendant encore longtemps.
Il faut dire que, d’une part, nous sommes séduits par un Orient qui serait spiritualiste, mais que, d’autre part, bien des hommes de l’Inde ont été fascinés par un Occident qui serait rationnel, capable de faire son autocritique. Beaucoup de grands intellectuels indiens ont été très fascinés par la philosophie des Lumières. C’est donc l’histoire d’une fascination réciproque. 24
La mutation d’une conscience
« Plus de 40 % des adultes affirment avoir eu une expérience d’ordre mystique (National Research Corporation, 1975).
12 % des Américains pratiquaient une discipline spirituelle (Sondage Gallup, 1976).
80 % des répondants étaient vivement intéressés à découvrir le sens profond et intérieur de la vie (Yankelovich, Skelly et White).
10 millions d’Américains sont engagés dans une forme de spiritualité orientale et, 9 millions d’Américains s’occupent de guérison spirituelle (1978).
60.000 lecteurs de la revue McCall’s ont effectué un sondage qui a révélé un scepticisme étonnant à l’égard de toute religion organisée, et ce, même parmi les «pratiquants» (1978).
86 % des gens qui ne se reconnaissent dans aucune église ainsi que 76% des «pratiquants» s’entendent pour dire que les individus devraient décider de leurs croyances en dehors de la religion organisée.
60 % des «pratiquants» reconnaissaient que «la plupart des É glises ont perdu la part vraiment spirituelle de la religion». 25
Scission entre l’Occident et l’Orient
« Le lien qui unissait l’Orient et l’Occident depuis des siècles est rompu à partir du VII e siècle, notamment avec l’avènement de l’islam. Le lien entre l’Europe occidentale et l’Europe orientale s’est progressivement distendu. Le christianisme romain et le christianisme grec avaient inévitablement évolué différemment, en raison de leurs séparations géographiques et politiques. Cette coupure profonde et durable entre le christianisme occidental et l’orthodoxie est symbolisée par le schisme de 1054 et, à partir du XI e siècle, un véritable fossé se creuse entre les deux christianismes. » 26
« Il y avait aussi des rivalités d’ordre culturel et linguistique: l’Église de Constantinople utilisait le grec, alors que c’était le latin à Rome. L’Église d’Orient resta toujours très influencée par la philosophie et la littérature grecques, ce qui allait faciliter la conversion massive des peuples slaves au christianisme byzantin (orthodoxe).
À ces rivalités s’ajoutèrent des affrontements dogmatiques, liturgiques et disciplinaires. Ainsi, le mariage des prêtres était autorisé à Constantinople, pas à Rome. » 27
Le droit privé romain, source de l’humanisme occidental
« Le droit romain a permis de définir la propriété privée. Les outils intellectuels qu’il a mis au point permettent de délimiter les notions de « mien » et de « tien » . Le « moi » prend dès lors une dimension qu’il n’avait eue dans aucune autre civilisation.
En inventant le droit privé, les Romains ont donc inventé la personne humaine individuelle, libre, et ayant une vie intérieure, un destin absolument singulier, réductible à aucun autre, un ego (*). De ce fait, le droit romain est la source de l’humanisme occidental.
(*)Cicéron a eu l’idée d’appliquer à l’être humain en général le mot de persona . Tout homme possède la nature humaine, commune à tous ; mais chaque homme possède, en outre, une nature propre, en vertu de laquelle il a un rôle singulier à jouer dans la vie, de la même manière que les personnages de théâtre ont un rôle singulier à jouer dans la pièce. » 28
Dans son ouvrage intitulé La quête de la spiritualité au XX e siècl e 29 , Placide Gaboury dresse un portrait très éclairant sur l’évolution de la quête spirituelle. Il parle de « mutation de la conscience » et mentionne des statistiques évidentes sur le fait que la foi est loin d’être morte. Au contraire, les individus manifestent leur désir de « dépasser les grilles, les armures, les camisoles imposées par les croyances religieuses installées, les groupements devenus des fabricants de Religion. »
Cette quête spirituelle qui se traduit par un attrait pour l’Orient, résulte en fait d’un besoin de « renoncer à notre vision étroite du Christ » 30 mais surtout de trouver des réponses à nos questionnements. « Là où les grands textes hindous disent extinction du moi, bizarrement nous comprenons élargissement du moi ! Ces grands textes parleraient plutôt de détachement personnel, mais pas de développement personnel ! Nous les interprétons dans le sens d’un accès à une conscience plus large et plus vaste. 31 Occident : raison, technique, matérialisme, au sens de domination du monde. Orient : spiritualité au sens d’intuitif, de passif, d’intérieur. On dit que « l’Orient a sacralisé le corps, il l’a réhabilité grâce à des exercices spirituels » 32 .
Le « tout inclus » spirituel
L’Inde et la spiritualité orientale nous apparaissent, depuis quelques décennies, comme l’avenue ultime, le moyen essentiel destiné à nous imprégner de mysticisme, de philosophie, de religion. Notre salut semble lié à la nécessité de nous abreuver de l’esprit et des habitudes de ce peuple qui a su, apparemment, conserver ses dogmes, ses rituels, et qui produit des gourous par milliers. Un pays où se côtoient diverses allégeances religieuses, spirituelles et philosophiques, et ce, sans pour autant susciter de conflits.
Ces religions, ces mouvements spirituels et philosophiques orientaux, surtout le bouddhisme, envahissent l ’univers des Occidentaux, en mal de repères, d’une aura magnanime, répandant un sourire éternel, un concept d’équanimité et un re tour à la simplicité . Nous sommes aspirés par ces mystérieux personnages charismatiques du Tibet qui perpétuent la tradition de Siddhārtha Gautama, dit Śākyamuni, le Bouddha (-624/-544), tels que le Dalaï Lama et d’autres moines dont le plus célèbre de nos jours est sans doute Matthieu Ricard 33 , un disciple de Dilgo Khyentse Rinpoche qui est considéré comme le plus grand maître bouddhiste du XX e siècle. Il existe aussi d’autres grands maîtres zen comme Thich Nhat Hanh (1926- ), un moine bouddhiste vietnamien qui milite pour la paix ; ce dernier est un des initiateurs les plus connus du bouddhisme zen en Occident et un adepte de la pleine conscience.
J’ai lu que le taoïsme est à l’origine de plusieurs pensées. « Le taoïsme, ou « enseignement de la voie », est un des trois piliers de la pensée chinoise avec le confucianisme et le bouddhisme. Il se fonde sur l’existence d’un principe à l’origine de toute chose, appelé « Tao ».
Plongeant ses racines dans la culture ancienne, ce courant se fonde sur des textes, dont le Tao Tö King (Livre sacré de la Voie et de la Vertu) de Lao Tseu, le Lie Tseu et le Zhuangzi de Tchouang Tseu, et s’exprime par des pratiques, qui influencèrent tout l’Extrême-Orient, et même l’Occident de façon significative depuis le XX e siècle. Il apporte entre autres : une mystique quiétiste, reprise par le bouddhisme chán (ancêtre du zen japonais) ; une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature ; un sens des équilibres yin et yang poursuivi par la médecine chinoise et le développement personnel ; un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art. 34
Ces influences, et d’autres, permettent de comprendre ce qu’a pu être cet enseignement dans ses époques les plus florissantes.
De nos jours, nous sommes des millions à vouloir adopter leurs dogmes. Nous en sommes, bien évidemment, aux balbutiements et, loin de comprendre toutes les subtilités de leurs fondements doctrinaux, nous avons sélectionné certains aspects qui nous fascinent. Nous sommes devenus fous de yoga. Moi-même, après avoir pratiqué de nombreux sports et subi des blessures, je suis devenue une adepte du yoga depuis plus de vingt ans. Le yoga me procure une approche axée sur l’union du corps et de l’esprit plutôt que sur le dépassement physique visant l’excellence et la performance.
Par dizaines de milliers, nous courons écouter ces « maîtres » comme ce fut mon cas lors de la conférence donnée par le Dalaï Lama au Forum de Montréal où Matthieu Ricard servait d’interprète. Sans vouloir offenser ce personnage mythique, je fus ébahie de voir qu’à l’instar de 15 000 personnes, j’avais, moi aussi, acheté ma place à 100 $. Je n’osais évoquer l’importance des revenus engendrés lors de cette unique soirée qui avait quand même généré 1,5 million de dollars ! Sans compter la vente de centaines d’articles « spirituels », incluant des livres, des bols, des carnets, des châles et des écharpes, qui avaient attiré pas mal d’adeptes en quête d’un « souvenir ». Je balayai vite cette idée mercantile car, pour moi, le seul fait de savoir que je faisais partie de cette foule me rassura. Le monde était en quête, tout comme moi, de sagesse, de joie, de sérénité, d’amour et de partage. C’était bon signe et cela m’enthousiasmait. Cependant, je ne pouvais m’empêcher de penser que nous ressemblions un peu à des mendiants venus boire la parole divine. Personnellement, ce qui me marqua le plus, ce fut l’énergie positive que je ressentais à fleur de peau dans cette foule immense. Quant au contenu de la conférence, je n’appris vraiment rien de significatif dans les propos du Dalaï Lama.