La boîte à outils philosophie - Les notions, les sujets, les citations
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Description

Comment faire pour réviser efficacement l'épreuve la plus redoutée du baccalauréat ? Cette question hante les esprits de tous les élèves de terminales qui assimilent régulièrement l'épreuve de philosophie à une grande roulette russe. Cette boîte à outils a été pensée et rédigée par Olivier Dhilly, professeur agrégé de Philosophie au prestigieux lycée de la Légion d'honneur. Il livre ici tous ses secrets et techniques qui permettent d'aborder sereinement l'examen en évitant les deux principaux écueils : la lecture improbable des textes intégraux et l'ingurgitation trop rapide de fiches techniques de dernière minute qui poussent souvent à la confusion et à l'approximation. Olivier Dhilly vous offre donc une boîte à outils pratique et efficace pour construire et structurer votre travail et vos révisions. Rien ne manque ! Citations incontournables des principaux sujets de dissertation donnés au baccalauréat, définitions des notions majeures, étude croisée des grandes thématiques philosophiques et bien sûr glossaire des auteurs incontournables... Ce livre complet et structuré est à la fois un cours, un mémo, un florilège d'annales et un dictionnaire philosophique couvrant le programme de toutes les séries de terminales... Avec cette boîte à outils, quel que soit votre niveau en philosophie, vous avez toutes les cartes en main pour arriver bien préparé le jour " J ".


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 août 2014
Nombre de lectures 344
EAN13 9782360753444
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Olivier Dhilly
LA BOÎTE À OUTILS PHILOSOPHIE
les notions, les sujets, les citations
BAC toutes séries

© Les Éditions de l’Opportun
16, rue Dupetit-Thouars
75003 PARIS

www.editionsopportun.com

Éditeur : Stéphane Chabenat
Marketing éditorial : Sylvie Pina Geudin
Suivi éditorial : Clotilde Alaguillaume / Servanne Morin (pour l’édition électronique)
Conception graphique : Emmanuelle Noël
Conception couverture : Olo.editions/ Philippe Marchand

ISBN : 978-2-36075-344-4

« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »

Ce document numérique a été réalisé par Pinkart Ltd

INTRODUCTION
Comment travaille-t-on la philo ?
On sait généralement comment travailler les mathématiques, l’histoire, le français, au cours de l’année ou pour réviser un examen, mais comment fait-on en philosophie ? En faisant de la philo ! Certes, mais comment ? On peut lire des philosophes et c’est même une bonne idée, mais il faut bien constater que cela n’est pas simple et peut rapidement devenir décourageant parce que les textes sont difficilement abordables quand on est seul. On peut s’entraîner à réfléchir sur des sujets, mais on ne compare pas une introduction de philo à un corrigé comme on pourrait le faire en maths…
Partons donc d’un constat simple : des auteurs, des philosophes ont réfléchi avant nous et il serait présomptueux de penser que l’on peut, seul, tout réinventer. Commençons donc par saisir, le plus simplement possible, ce qu’ils nous disent sur les grandes questions telles que la conscience, la liberté, le bonheur, la vérité… et pour le retenir, appuyons-nous sur des citations courtes et précises qui à tout moment pourront être réutilisées dans une dissertation. À partir de ces citations, essayons de saisir les différents problèmes qui se posent, les différentes questions qui constituent les sujets qui sont posés le jour du bac. Puis, attachons-nous à voir alors comment, par exemple, s’interroger sur le bonheur, c’est aussi s’interroger sur la vérité, même si cela ne paraît pas immédiatement évident. En effet, ne considère-t-on pas parfois que l’on vit plus heureux dans l’illusion que dans le bonheur… Mais alors, faut-il préférer le bonheur à la vérité ?... On pourrait ainsi multiplier les exemples… C’est à travers des questions précises qu’on l’expérimente. C’est pourquoi chaque sujet proposé ici est expliqué sur le site www.webphilo.com où vous trouverez une base de données de près de 10 000 sujets du bac, les textes dont les citations sont extraites et des conseils de méthode. C’est donc à partir de tous ces éléments que cet ouvrage a été conçu et construit en s’adressant à toute personne, et avant tout aux élèves préparant le bac, qui se demandent comment faire de la philosophie, acquérir des connaissances, sans se jeter immédiatement dans le grand bain des grandes œuvres. C’est pourquoi il est organisé à partir de la liste des notions du programme de terminale (aussi bien pour les terminales L, ES, S que les séries technologiques).
Pour chaque notion, vous trouverez une introduction rapide qui présente la question. Puis, une liste de 4 à 6 citations centrales de l’histoire de la philosophie. Chaque citation est expliquée et mise en relation avec des sujets de dissertation donnés au baccalauréat. À l’issu de chaque fiche de notion sont rappelées des définitions de termes correspondant aux repères du programme de terminale. Et enfin, chaque notion est mise en réseau avec d’autres notions afin de pouvoir au mieux exploiter les connaissances acquises sur un grand nombre de sujets.
Ce livre est donc un cours, un mémo, des annales, un dictionnaire couvrant tout le programme de terminale… finalement, une boîte à outils complète pour faire de la philo. Comment travaille-t-on la philo ? Vous avez ici tous les outils en main !

LA MÉTHODE DE DISSERTATION
Une dissertation est un exercice de réflexion personnelle et argumentée. Cela ne veut pas dire qu’il suffit de donner son avis. Comme le dit Bachelard, « l’opinion ne pense pas ». Il faut, au sein de cet exercice, résoudre un problème en argumentant tout ce que l’on dit. La dissertation est un exercice bien particulier (typiquement français et assez ancien) qui répond à des règles précises qu’il faut bien sûr connaître et s’efforcer d’appliquer… Ceci exige avant tout la maîtrise d’une méthode (il n’est donc jamais question en philosophie d’être inspiré ou non par un sujet, il s’agit toujours de l’application plus ou moins maîtrisée d’une méthode).
C’est un exercice avant tout formel, ce qui signifie qu’on y juge des qualités d’expression, de construction et d’argumentation, pas des opinions (une mauvaise note ne s’explique donc jamais par une divergence d’opinion entre vous et votre correcteur).
Trois exigences sont à retenir :
1 – formuler un problème : ce sera le rôle de l’introduction, qui, à partir de l’analyse du sujet, devra établir une problématique ;
2 – construire et argumenter : il faudra établir un plan et surtout expliquer et argumenter les éléments de réponse qu’on apporte au fur et à mesure du devoir. Les affirmations arbitraires n’ont aucune valeur si elles ne sont pas justifiées. Vous devez convaincre votre lecteur.
3 – répondre à une question : dans une question de dissertation, il n’y a jamais de réponse attendue ou de réponse vraie ! Vous ne devez pas écrire pour faire plaisir au professeur ou à un correcteur anonyme ! Mais il faudra pourtant répondre à la question : vous devez donc inventer et innover plutôt que répéter un cours ou des fiches.
Confrontés à vos dissertations de philosophie, vous vous posez souvent la question du plan : « Que dois-je mettre en troisième partie ? », « Dois-je faire un plan dialectique ? », « Doit-on faire deux, trois ou quatre parties ? »… Comment résoudre ce problème ?
I/ ANALYSER UN SUJET ET TRAVAILLER AU BROUILLON
1/ À quoi sert un plan ?
Faire une dissertation, c’est avant tout répondre à un problème qui est posé par un sujet. Faire un plan consiste donc à mener une réflexion organisée afin de répondre au problème du sujet. Vous saisissez bien alors qu’on ne peut se poser la question du plan tant que l’on n’a pas déterminé le problème du sujet, car il est bien difficile d’organiser ses propos pour répondre si l’on ne sait pas à quoi on doit répondre ! Imaginez quel sens aurait un jugement au tribunal si personne n’avait déterminé ce que l’on doit juger, si on ne connaît ni les faits, ni les accusés. Vouloir faire un plan sans avoir posé de problème correspond à une telle attitude. Il faut donc commencer par se demander pourquoi la question est posée afin de déterminer le problème du sujet.
Même si votre angoisse principale consiste à vous demander ce que vous allez raconter et si vous aurez assez de choses à dire, il est essentiel de ne pas en tenir compte ! C’est seulement lorsque vous aurez compris le problème que vous pourrez commencer à saisir si vous avez des choses à dire. Donc, avant tout, il faut analyser le sujet dans le but de comprendre et de formuler le problème que la question pose.
2/ Qu’est-ce qu’un problème ?
Un problème est un obstacle. Si vous ne voyez pas l’obstacle, vous allez avoir beaucoup de mal à le franchir… Il vous faut donc rendre l’obstacle visible. Cela signifie qu’une question vous est posée et que vous devez montrer en quoi la question pose un problème. C’est d’ailleurs ce à quoi sert une introduction, même si, pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Montrer en quoi une question pose un problème, c’est simplement montrer en quoi la question rend possibles, de manière assez simple, plusieurs réponses qui ne sont pas compatibles. Par exemple, si l’on peut dire à la fois qu’une chose est grande et petite, chaude et froide, c’est qu’il y a un problème, ne serait-ce que celui qui consiste à déterminer ce que veulent dire les termes « grand, petit, chaud, froid » … Ainsi, face à un sujet de philosophie, l’attitude est la même : il s’agit de montrer que plusieurs réponses sont possibles et qu’une première réponse immédiate est loin d’être suffisante.
3/ Exemples de transformation d’une question en un problème
• Exemple n°1 : L’homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ?
Quand on dit d’une personne qu’elle se fait des illusions sur elle-même, cela signifie qu’elle se trompe sur elle-même, que bien souvent elle se surestime. Ceci est alors perçu négativement et on considère généralement qu’il est du devoir de chacun de faire preuve de lucidité, de ne pas se raconter d’histoires… Ainsi, nous serions tentés de répondre que non, nous ne sommes pas condamnés à nous faire des illusions sur nous-mêmes même si cela demande parfois un effort.
En même temps, nous pouvons remarquer que tout homme a des désirs, des envies. Or, désirer, c’est bien commencer par imaginer, par se projeter en se représentant ce que l’on serait, comment on vivrait en satisfaisant notre désir. Nous nous disons alors « si j’avais cela » ou « si je rencontrais telle ou telle personne »…. « je serais heureux ». Autrement dit, l’homme n’est pas qu’un être de raison et c’est pour cela qu’il se fait des illusions. Ainsi, en tant que tel, n’est-il pas condamné à se faire des illusions sur lui-même ?
Nous venons ici de déterminer pourquoi la question est posée : parce que la réponse n’est finalement pas évidente… Il y a donc un problème. En effet, se conduire en homme, c’est ne pas se faire d’illusions sur soi-même et, d’un autre côté, être homme, c’est désirer et se faire semble-t-il nécessairement des illusions sur soi-même.
• Exemple n°2 : Est-il raisonnable de croire ?
La sagesse populaire nous dit bien qu’il ne faut pas croire n’importe quoi et n’importe qui. « Je ne crois que ce que je vois. » Voilà, semble-t-il le bon sens. Il y aurait donc de bonnes croyances et de mauvaises. Des croyances raisonnables et sages et d’autres qui ne le sont pas. Il ne serait pas toujours raisonnable de croire, mais parfois, certaines croyances le seraient. Oui, mais lesquelles alors ? Car lorsque l’on a dit que cela dépendait, on est loin d’avoir résolu le problème, car encore faut-il être capable de le justifier et de trouver des critères clairs de distinction. Donc, nous avons un problème.
LA RECHERCHE DES IDÉES ET LA CONSTITUTION DU PLAN
4/ Encore la question du plan….
• Faut-il faire un plan dialectique ?
Quand on parle de plan dialectique, on entend bien souvent : une première partie « Oui » une deuxième partie « Non », ce qui est d’ailleurs gênant pour la troisième partie qui revient généralement à un « Ni oui ni non », un « peut-être », un « Ça dépend », à moins de se dire : « Enfin on va donner son avis » en espérant que celui-ci sera le même que celui du correcteur.
• Petits rappels…
Tout d’abord, mener une réflexion philosophique ne consiste pas à simplement donner son avis, mais à construire une argumentation rationnelle, à justifier ses propos ;
Ensuite, lorsque l’on réfléchit ou discute avec une autre personne, on ne commence pas par dire une chose pendant un quart d’heure pour finir, dans le deuxième quart d’heure, par dire le contraire et se quitter en disant que tout cela dépend, qu’il « y a du pour et du contre ». Il est donc bien difficile, et même très discutable de commencer par dire « Oui » pour ensuite dire « Non » !
Enfin, faire une première partie « Oui », une deuxième partie « Non » et une troisième « Peut-être » revient finalement à reconnaître qu’il y a un problème. Mais c’est en fait le rôle de l’introduction ! Ainsi vous vous retrouvez en fin de devoir avec votre devoir à commencer car enfin vous avez déterminé le problème du sujet.
• Petite illustration…
« Dialectique » signifie avant tout « progressif » . Réfléchir, c’est progresser dans la réflexion d’où la notion de développement. Au début de la Phénoménologie de l’esprit, Hegel présente la notion de dialectique à l’aide d’un exemple, celui du passage du bourgeon au fruit.
Ce qui est là, de façon immédiate, c’est le bourgeon, ici la thèse (premier moment). Après un certain moment, le bourgeon devient fleur (deuxième moment), il a disparu en tant que bourgeon, la fleur est sa négation. Mais attention, négation ne veut pas dire simplement « Non ». Ici, cela signifie « dépassement » et « conservation ». Sans le bourgeon, il n’y aurait jamais eu de fleur, celui-ci est donc une étape nécessaire et la fleur n’est finalement que le développement du bourgeon. Puis, la fleur devient fruit (troisième moment). Sans la fleur, il n’y aurait jamais eu de fruit et sans le bourgeon… Nous avons des moments qui ne sont que les développements des moments précédents. Le fruit était déjà là potentiellement dans le bourgeon, mais si aucune condition n’est offerte pour qu’il se développe, nous n’aurons jamais de fruit.
Tel pourrait être le chemin de la pensée. Tel est l’un des sens que nous pouvons accorder au terme de dialectique pour qualifier ce qu’est un plan.
5/ Comment procéder ?
Toute idée doit être développée autant que possible et c’est seulement au cœur de ce développement que vous trouverez les ressources pour faire avancer votre réflexion. C’est, ainsi, dans ce que vous avez déjà pensé, que se trouvent les éléments de votre « partie suivante ». Comment ? En lisant attentivement ce que vous avez déjà écrit, en vous interrogeant sur les présupposés dans ce que vous avez dit.
Bien sûr, pour cela, il faut avoir des idées…mais si vous avez bien analysé le sujet et si vous êtes bien parvenu à formuler le problème, vous avez déjà de nombreux éléments pour commencer. En effet, face à la question posée, afin de parvenir à un problème, vous avez commencé par une première réponse. Cherchez alors tous les arguments qui peuvent aller dans ce sens.
Par exemple, vous avez sur le sujet n°1 déjà deux idées centrales énoncées :
1/ l’homme en tant qu’il désire se faire des illusions sur lui-même ;
2/ L’homme est cet être qui doit se connaître, être lucide, faire un usage de sa raison contre toutes les illusions qu’il pourrait se faire sur lui-même.
C’est ici que vos connaissances, que votre culture, que les cours que vous avez eus durant l’année doivent vous être utiles. C’est pourquoi, contrairement à certaines croyances, la philosophie doit se travailler ! Vous avez alors par exemple, dans cet ouvrage, tout un ensemble de citations commentées qui peuvent vous être utiles.
Par exemple :
« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison », là où Freud nous montre qu’il y a une activité psychique inconsciente qui nous dépasse…
« Connais-toi toi-même », là où Socrate nous montre comment être homme consiste à ne pas être prisonnier de ses propres croyances ou de ses propres opinions…
Attention ! Remarquez alors que les citations que vous pourriez utiliser ne se trouvent pas nécessairement au sein de notions identiques. C’est pourquoi, dans le livre, à l’issue de chaque fiche, nous vous proposons un parcours afin de vous montrer en quoi les notions sont en lien les unes avec les autres. Il ne s’agit donc pas pour un sujet de « réciter » le cours ou la fiche correspondante.
C’est alors ici que vous pouvez développer vos idées en faisant également appel à d’autres lectures, à l’analyse d’exemples… afin d’avoir tous les éléments qui vous permettront de construire votre réflexion. Mais ne pensez pas que c’est le nombre d’idées qui fera la qualité de votre réflexion, c’est beaucoup plus l’approfondissement et l’argumentation de ce que vous dites.
Dès lors, pour chaque idée, allez jusqu’au bout de tout ce que vous pouvez dire, c’est cela développer, et ne passez à l’idée suivante que lorsque vous avez entièrement développé votre propos.
II/ RÉDIGER SON DEVOIR
1/ L’introduction
Elle se fait généralement en trois temps : a/ le premier niveau de réponse ; b/ l’annonce de l’insuffisance de cette réponse ; c/ la position du problème.
Ainsi, dès le début, parlez du sujet et évitez les formules du genre « Depuis la nuit des temps… ». Abordez immédiatement les éléments d’une réponse, exposez-les en quelques lignes. Puis, utilisez un terme d’opposition (pourtant, toutefois, néanmoins…) et abordez le deuxième temps de l’introduction que vous exposez également en quelques lignes. Enfin, troisième temps de l’introduction, formulez le problème et les enjeux.
EXEMPLES D’INTRODUCTIONS RÉDIGÉES
• Exemple 1 : L’homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ?
Se connaître. Telle semble la toute première exigence qui s’impose à chacun d’entre nous. Se connaître pour se changer, pour se corriger ; se connaître pour ne pas se surestimer, pour savoir ce que l’on est capable de faire et ne pas se laisser emporter en prenant ses désirs pour la réalité. Ainsi, parce que les illusions que l’on se fait sur soi-même risquent sans cesse d’être dévastatrices, nous ne devons cesser d’accomplir cet effort qui consiste à nous en séparer. Certes, il pourrait d’abord paraître bien triste de devoir abandonner ses rêves, mais la vie, parce qu’il y a les autres avec lesquels nous devons vivre, parce qu’il y a le monde qui nous entoure, suppose de ne pas nier la réalité car la chute risque d’être plus terrible encore lorsque l’on perd trop tard ses illusions. C’est ainsi que dans la bouche de Socrate reprenant la célèbre formule inscrite sur le fronton du temple de Delphes, « Connais-toi toi-même », cette connaissance de soi se présente même comme la fin dernière de toute pensée.
Et pourtant, n’est-il pas illusoire de prétendre pouvoir se défaire de ces illusions que l’on se fait sur soi-même ? On peut reprocher à l’amoureux éconduit de s’accrocher, contre toute raison, à l’illusion d’être aimé, mais que serait l’amour, que serait le désir, que serait la passion, sans une imagination qui se laisse emporter au mépris d’une réalité moins prosaïque qui prétend s’imposer et nous empêcher d’agir ? Car désirer, c’est bien commencer par croire que l’on sera heureux en obtenant l’objet de son désir. Ainsi, parce qu’il n’est pas qu’un être de raison, l’homme n’est-il pas, contre toutes les exigences qui s’imposent à lui, condamné à se faire des illusions sur lui-même ?
Nous le voyons, la question engage pleinement ici la conception de l’homme que nous pouvons nous faire et par là même celle de son existence parce que parler de condamnation, c’est déjà porter un jugement de valeur sur l’illusion, jugement qu’il va falloir ici interroger. En effet, prétendre sans cesse combattre ces illusions que l’on se fait sur soi-même, n’est-ce pas refuser cette part de soi sans laquelle la vie perdrait sa saveur ? Faut-il alors nous désespérer de notre condition ou reconnaître une vertu de l’illusion contre toute pensée qui s’attache à voir la grandeur de l’homme dans sa capacité à se connaître, à ne pas être victime de lui-même et à répondre clairement et distinctement de ses actes ?
• Exemple 2 : Est-il raisonnable de croire ?
L’Évangile selon saint Jean nous raconte cet épisode célèbre faisant suite à la résurrection dont Thomas doute. Alors que des disciples lui disent : « Nous avons vu le Seigneur. » Thomas leur aurait répondu : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. » Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison, et Thomas se trouvait avec eux. « Jésus vint, les portes étant fermées, se présenta au milieu d’eux, et dit : “La paix soit avec vous !” Puis il dit à Thomas : “Avance ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois.” Thomas lui répondit : “Mon Seigneur et mon Dieu !” Jésus lui dit : “Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !” » Cet épisode, nous le résumons communément avec cette formule : « Je ne crois que ce que je vois », évoquant alors une forme de sagesse relevant du bon sens qui distinguerait celui qui est prêt à croire tout ce qu’on lui raconte de celui qui ne se fie qu’aux faits, qu’à ce dont il fait l’expérience. Il s’agirait alors de distinguer deux types de croyances, l’une qui serait raisonnable, d’une autre fortement mystérieuse et étrangère à la raison. Et pourtant, croire ce que l’on voit et même ne croire que ce que l’on voit peut paraître aisément critiquable. Croire ce que l’on voit, c’est risquer sans cesse de se laisser berner par les apparences, c’est risquer d’être l’objet d’une illusion. C’est que la croyance est une adhésion qui consiste à tenir pour vrai ce qui n’est pas démontré. En ce sens, ne peut-on pas penser que même cette croyance qui nous semblait relever du bon sens n’est pas vraiment raisonnable ? En effet, ce que la raison nous enseigne, lorsqu’elle s’attache à nous guider, c’est bien plutôt de ne tenir pour vrai que ce que nous pouvons véritablement considérer comme tel. La croyance n’est alors pas affaire de raison, en quel sens alors pourrait-on parler de croyance raisonnable ? Néanmoins, comme le remarquait déjà Thomas, toutes les croyances ne sont pas identiques. En effet, croire qu’il va pleuvoir demain, croire au Père Noël, croire en l’homme renvoient à chaque fois à des croyances qui ne semblent pas vraiment de même nature. Ne peut-on pas alors considérer qu’il y aurait des croyances plus raisonnables que d’autres ?
2/ Le développement
Le développement est constitué, comme nous l’avons vu, de parties et chaque partie, de paragraphes. Chaque paragraphe expose une étape de l’argumentation. Il peut se rédiger en trois temps : vous annoncez ce que vous allez dire, vous le dites (en le développant), et vous dites que vous l’avez dit, c’est-à-dire que vous bouclez votre paragraphe en énonçant le résultat de votre avancée.
Entre chaque partie, il faut faire une transition. Celle-ci se fait en deux temps : une phrase pour énoncer ce à quoi vous êtes parvenu dans votre partie et un second temps dans lequel vous relancez le problème.
Points importants :
Chaque citation doit être expliquée. Une citation n’est pas là pour décorer ou étaler ses connaissances, mais pour fournir des arguments. Les citations que vous connaissez peuvent vous permettre de retrouver une idée, un argument. Vous pouvez alors l’exposer puis l’illustrer par la citation en écrivant par exemple : « C’est en ce sens que Descartes nous dit que : “…” », puis, vous expliquez la citation : « En effet… »
Chaque exemple doit être analysé.
Faites des alinéas, aérez vos propos.
3/ La conclusion
Dans la conclusion, il ne s’agit pas de résumer le devoir, mais de répondre à la question posée. Vous aviez une question, vous avez montré en quoi elle posait un problème (c’était l’objet de votre introduction), vous avez construit une argumentation pour répondre (c’était votre développement), maintenant, vous répondez. Le plus simple peut être alors de relire votre introduction pour bien donner une unité à votre devoir. Inutile de chercher une citation décorative pour ouvrir le propos… Ne vous posez pas des questions infinies de forme, répondez simplement.
III/ ORGANISER SON TEMPS POUR UN DEVOIR SUR TABLE
1/ Le choix du sujet
En cas de sujets multiples, ne vous précipitez pas sur tel type d’exercice sous prétexte que vous avez eu de meilleurs résultats en commentaire, ou, à l’inverse, en dissertation. Ne décidez rien à l’avance mais lisez attentivement les sujets, et en particulier le texte dont l’intérêt n’est pas toujours immédiatement visible. Souvenez-vous en tout cas que chaque exercice présente des difficultés spécifiques mais aussi un intérêt propre. Prenez donc votre temps pour vous déterminer.
De même, ne vous précipitez pas sur un sujet sous prétexte qu’il ressemble à une dissertation que vous avez déjà faite. Cela risque de vous conduire à faire fonctionner votre mémoire et non votre réflexion, à vouloir à tout prix redire ce que vous avez déjà dit, et sans doute à ne pas saisir la spécificité de la question posée. Il faut toujours lire un sujet dans le détail de la question qu’il pose. Ainsi, ne vous dites pas : « Super ! un sujet sur la passion, j’avais déjà eu une bonne note là-dessus. » N’oubliez pas qu’il y a un très grand nombre de sujets possibles pour un même thème et qu’une question sur la passion peut aussi porter sur la liberté, la conscience, l’inconscient…
Enfin ne changez pas de sujet au bout d’une heure en vous disant que finalement l’autre était mieux. Une fois que vous avez choisi, allez jusqu’au bout, oubliez les autres sujets et concentrez-vous sur ce que vous avez à faire, et non sur ce que vous auriez pu faire.
2/ Comment utiliser son temps ?
Vous avez alors quatre heures devant vous. Cela peut vous paraître long, c’est en fait très court si on veut mener à bien l’exercice. L’entraînement que représente un bac blanc doit vous permettre de mesurer combien est importante cette gestion du temps. Profitez-en, utilisez tout votre temps. L’habitude nous a montré qu’il est très rare qu’un élève partant au bout de deux heures réussisse à faire un devoir convenable. Et comme il sera peut-être trop tard pour s’habituer le jour du bac, prenez de bonnes habitudes ! Nous vous suggérons le timing suivant :
Si vous consacrez un quart d’heure à lire attentivement les sujets et un quart d’heure pour relire votre copie, il ne vous restera alors que trois heures et demie pour faire votre devoir. C’est un peu court puisqu’un devoir se compose d’une introduction, d’un développement et d’une conclusion, le développement comprenant lui-même deux (au minimum) ou trois parties, chaque partie incluant plusieurs paragraphes. Faites le compte (entre huit et onze étapes !) : vous aurez donc besoin de plus de deux heures pour rédiger. Ainsi, vous devez commencer la rédaction de votre travail au bout d’une heure et demie. Pendant cette heure et demie, il aura fallu analyser le sujet ou lire le texte en dégageant son problème, sa structure, ses arguments… et pour la dissertation, construire les premières orientations. À ce stade de votre réflexion, ne soyez pas obsédé par votre plan mais cernez d’abord le problème posé par le sujet ou par le texte. Surtout ne vous y prenez pas trop tard pour commencer à écrire, car c’est aussi en écrivant qu’on met à l’épreuve ce qu’on a à dire. Tant que l’on n’a pas commencé, « on voit ce qu’on va dire » mais voir n’est pas concevoir. Vous avez sans doute eu l’occasion de réfléchir sur les rapports entre le langage et la pensée. Le langage n’est pas simplement un instrument, il met en forme la pensée.
Ne vous laissez pas rattraper par vos propres démons, à savoir ce sentiment que l’on peut avoir subitement que tout ce qu’on est en train de faire est nul, et ce, de préférence une heure avant la fin alors qu’il est bien sûr trop tard ! Alors ne sortez pas votre « blanco » pour effacer des lignes ou même parfois des pages entières en vous disant : « Ça n’est pas de cela qu’il fallait parler ! » car on peut à certains moments être son plus mauvais juge. Si un paragraphe vous paraît « hors sujet », demandez-vous simplement ce qui vous a conduit à l’écrire. Au lieu de l’effacer, montrez alors comment il peut être mis en rapport avec le sujet en ajoutant, et non en retirant, un passage.
3/ Et en cas de blocage ?
Plusieurs solutions existent qui vous permettront de relancer votre travail aux pires moments de découragement :
Vous ne parvenez pas à formuler clairement ce que vous vouliez dire : posez-vous alors une seule question : « Quelle est mon idée ici ? », formulez-la alors le plus simplement possible, comme si vous aviez à l’exposer à une autre personne. Ne restez pas à l’arrêt pendant vingt minutes devant une simple formule qui passera peut-être inaperçue dans la totalité de votre copie.
Vous n’avancez plus dans votre plan : relisez alors ce que vous avez dit jusqu’alors, ne faites pas fonctionner votre mémoire, mais votre réflexion. C’est dans ce que vous avez écrit que vous trouverez les ressources pour continuer et non en regardant dans le vague, souhaitant alors que l’inspiration arrive.
En conséquence : commencez à rédiger le plus tôt possible, planifiez votre temps en gardant un temps à peu prêt équivalent pour chaque partie de votre devoir. Ne passez pas une heure et demie sur la première partie et un quart d’heure sur la dernière. Au bout d’un moment, il faut savoir finir ce qu’on est en train d’écrire pour pouvoir avancer dans la réflexion. L’essentiel est ce que vous parviendrez à communiquer au lecteur.

Fiche n° 1
LA CONSCIENCE
Notre expérience de la conscience semble immédiate : j’ai conscience d’agir, j’ai conscience de vouloir, j’ai conscience de connaître, d’exister… Tous ces « états de conscience » nous paraissent évidents et renvoient à l’étymologie du terme qui vient du latin cum scientia , « accompagné de savoir ». Dire ainsi de l’homme qu’il est un être doté de conscience signifie qu’il n’est pas une simple chose parmi les choses, un simple objet, mais qu’il est capable de se mettre à distance de lui-même et du monde. Quelle dimension l’affirmation de la conscience apporte-t-elle à l’homme ?
CITATIONS COMMENTÉES :
« Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. » Pascal, Les Pensées
« Je pense donc je suis. » Descartes, Discours de la méthode
« Le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations. » Kant, Critique de la raison pure
« Conscience ! Conscience ! Juge infaillible du bien et du mal. » Rousseau, L’Émile
« Connais-toi toi-même. » Socrate, Charmide
« Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Marx , Avant-propos à la critique de l’économie politique
J Citation n°1 « Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. » Pascal
Cette citation de Pascal extraite des Pensées et dans laquelle il s’attache à montrer la spécificité de l’homme fait directement écho à une formule plus célèbre encore qui la précède et qui définit l’homme comme un « roseau pensant ». Si Pascal compare l’homme à un roseau, c’est avant tout pour signifier sa faiblesse en tant qu’être physique et corporel : comme un roseau, il peut être détruit par un simple mouvement de la nature. Néanmoins, cette faiblesse et cette fragilité qui le caractérisent ne suffisent pas à le définir car, par la pensée, il est un être supérieur à ce qui l’entoure, plus noble et plus digne. Comparé à la force et à la puissance de l’univers, il n’est rien s’il s’agit de lutter, mais la possibilité qu’il a de savoir alors même qu’il serait en train de mourir fait sa grandeur et sa noblesse. Tel est le premier sens du mot conscience cum scientia , « accompagné de savoir », qui renvoie à cette possibilité qu’a l’homme de s’observer, de se mettre à distance de lui-même, de savoir et de réfléchir.
Ainsi, la noblesse ne réside pas dans la force physique mais dans la pensée et c’est la possibilité que nous avons de penser qui fait notre dignité, qui fait de nous des hommes. Si cette formule de Pascal est essentielle, c’est au sens où elle peut permettre de mieux saisir la question de l’homme : affirmer que toute notre dignité réside dans la pensée, c’est commencer par souligner que nous ne sommes pas des bêtes et que nous ne pouvons pas nous comporter comme telles.
L’homme ne se définit donc pas avant tout par son corps, sa supériorité physique ou sa force, mais il se définit par sa pensée, son esprit. C’est même d’ailleurs face à la force et à la violence qui le dépassent qu’il se révèle comme pensée. En nous exprimant cette spécificité de l’homme, Pascal peut nous permettre de mieux saisir en quoi sont à rejeter, par exemple, tous les discours racistes qui définissent l’individu par ses apparences ou une prétendue supériorité physique ou encore certains discours politiques qui prétendent faire reposer la légitimité d’un pouvoir sur la force.

Sujets commentés sur webphilo
• Qu’est-ce que la conscience ?
• Peut-on répondre à la question « Qu’est-ce que l’homme ? » ?
• Qu’est-ce qui peut fonder le respect ?
• Qu’est-ce qui peut distinguer l’homme de l’animal ?
J Citation n°2 : « Je pense donc je suis. » Descartes
Il s’agit là sans doute d’une des formules les plus célèbres de l’histoire de la philosophie puisqu’elle inaugure un changement radical dans la pensée du sujet : c’est à partir du constat de la pensée que se déduit notre existence. Dans ce passage du Discours de la méthode, Descartes se demande ce qu’il peut y avoir d’indubitable. Si nous voulons être assurés de la vérité de nos connaissances, nous devons rejeter toutes celles qui sont incertaines. C’est ainsi que Descartes entreprend méthodiquement de douter de tout ce qui n’est pas absolument certain. Sera ainsi vrai et certain ce qui est indubitable, ce dont on ne peut douter. Attention, il s’agit bien de remarquer que le doute de Descartes est ici méthodique, c’est-à-dire qu’il est le chemin qui permet de parvenir à la vérité.
Ainsi, puisque nos sens nous trompent parfois, nous ne pouvons entièrement leur faire confiance et nous devons alors douter des connaissances qu’ils nous fournissent : rejetons donc comme faux tout ce que nos sens nous apprennent. Puisque en mathématiques il arrive que des raisonnements soient faux, nous devons aussi rejeter toutes les connaissances mathématiques. Puisque dans le sommeil, et plus particulièrement dans le rêve, nous n’avons pas conscience que nous rêvons, rien ne nous assure véritablement que nous ne sommes pas sans cesse en train de rêver.
Même si Descartes sait bien qu’il ne rêve sans doute pas et que toutes les mathématiques ne sont pas fausses, il nous montre ici qu’il ne peut en être assuré puisque le doute est possible. Il précisera d’ailleurs qu’il faut distinguer le domaine de la connaissance de celui de l’action : si, dans le champ de la connaissance nous devons douter de nos sens, dans le champ de l’action ceux-ci sont très précieux, je ne vais pas me mettre à douter de mes sens au moment où je traverse la route et qu’un camion arrive en me disant que mes sens me trompent ! C’est une fois de plus ce que signifie la dimension méthodique du doute.
Une fois ces étapes du doute accomplies, que reste-t-il ? Lorsque l’on a pensé que tout était faux, il faut bien reconnaître l’existence de celui qui pense. Le doute ne serait pas possible sans une pensée qui doute. D’où la conséquence : « Je pense, donc je suis. »
Ainsi, la pensée est la seule chose indubitable, elle devient une évidence pour l’esprit. L’évidence n’est pas ici une évidence sensible, puisque nous pouvons douter des sens, mais une évidence intellectuelle. Le fondement de toute connaissance est donc le sujet comme être qui pense.

Sujets commentés sur webphilo
• Y a-t-il un bon usage du doute ?
• Que peut-on savoir de soi ?
• Puis-je faire confiance à mes sens ?
• De quoi pouvons-nous être sûrs ?
J Citation n°3 : « Le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations. » Kant
La conscience n’est pas un objet, mais elle rend possible la saisie des objets. Pour qu’une expérience soit possible, il faut une unité du « je pense ». Par exemple, je suis dans un demi-sommeil et une horloge sonne plusieurs coups, indiquant l’heure exacte : j’entends un, puis un autre coup, puis un autre… La conscience non éveillée, j’ai entendu divers coups sans savoir quelle heure il est. Trois minutes après, l’horloge sonne de nouveau. Éveillé, je n’entends plus plusieurs coups séparés, mais une fois sept coups et je me dis qu’il est sept heures. Ma conscience a unifié les divers coups de l’horloge, je peux les saisir comme une unité : il est 7 heures. Lors de la première étape, pour entendre vaguement des coups séparés, il fallait déjà que ma conscience soit un peu vigilante, dans un sommeil profond je ne les aurais pas entendus : ceci signifie que pour qu’une représentation soit mienne, il faut déjà la conscience, le « je pense ».
Mais la conscience est aussi nécessaire pour saisir comme une unité la diversité des représentations, ici saisir en une seule fois les sept coups et me dire : « Il est 7 heures. » Si je peux saisir que l’horloge a sonné sept coups, c’est parce que le « je pense » a accompagné le divers de mes représentations et parce que le « je pense » demeure le même quand les représentations se succèdent. La conscience est donc acte de synthèse, elle est unificatrice. Nos représentations supposent une relation avec une conscience identique qui est ce qui les rend possibles. C’est ce qu’on nomme l’aperception. Ainsi, ce que nous saisissons par nos sens, l’intuition humaine, n’est pas lié. C’est la conscience qui opère cette liaison.
Il n’y a donc d’expérience possible que parce qu’il y a l’unité du « je pense », que parce que la conscience est acte de synthèse. Définir la conscience comme pouvoir de synthèse est fondamental puisqu’il s’agit alors de montrer que les objets que nous saisissons se règlent sur notre pouvoir de connaître, sur les structures de notre esprit. C’est ce qui permettra à Kant de montrer que nous ne connaissons pas les choses en soi, mais seulement des phénomènes, que : « Nous ne connaissons des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes. »

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• Que faut-il pour être sujet ?
• Sur quoi repose l’unité de la personne humaine ?
• Peut-on changer avec le temps ?
• Changer, est-ce devenir un autre ?
J Citation n°4 : « Conscience ! Conscience ! Juge infaillible du bien et du mal. » Rousseau
Les expressions de la langue courante nous renvoient également à un sens moral de la notion de conscience. On dit ainsi « Avoir la conscience tranquille », « Avoir un poids sur la conscience »… Que signifie cette dimension morale de la conscience ? Cette formule de Rousseau que l’on peut lire dans l’ Émile , aborde la question de la conscience dans sa dimension morale. En effet, si comme nous l’avons montré dans l’analyse de la citation de Pascal, la conscience signifie au sens premier « accompagné de savoir », elle prend également un sens moral et les expressions que nous venons d’évoquer montrent qu’elle apparaît comme ce sentiment qui pourrait nous permettre de distinguer le bien du mal. Tel est le sens de la formule de Rousseau puisqu’il la qualifie de « juge infaillible ». Ainsi, la conscience morale serait ce sentiment moral inné que tout homme possèderait. Il suffit alors d’écouter « la voix de sa conscience » pour savoir qu’on a mal agi, ou, pour bien juger, de juger « en son âme et conscience ». Si on peut alors définir l’homme par la conscience, c’est donc aussi en tant qu’être moral ou, en tout cas, en tant qu’être pour qui la question morale se pose. Pourtant, faire reposer la morale sur un sentiment n’est pas sans poser de problème.
En effet, n’est-il pas possible de faire le mal en toute bonne conscience ? Comment dans ces conditions Rousseau peut-il soutenir l’infaillibilité de ce sentiment ? Parce qu’un sentiment anime le cœur des hommes et caractérise l’humanité : la pitié, sentiment qui le conduit à souffrir au spectacle de la souffrance de l’autre. Pourtant, de nombreux événements dans la vie courante et dans l’Histoire nous montrent que ce sentiment n’est pas toujours présent chez les hommes. En effet, si on affirme que l’homme est animé par ce sentiment, que sa conscience le guide, comment, une fois encore, comprendre la barbarie, la violence, la cruauté dont les hommes peuvent être capables ? L’argumentation de Rousseau est double :
– si les hommes sont capables de cruauté, c’est parce que la société les a pervertis en faisant naître le vice, la comparaison et la rivalité ( cf. citation n°3, fiche n°20) ;
– l’existence de ce sentiment est avérée par la réalité. En effet, si la morale ne reposait que sur la raison, cela ferait bien longtemps que l’humanité aurait disparu.

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• Qu’est-ce qu’avoir bonne conscience ?
• Suffit-il d’avoir bonne conscience pour être innocent ?
• Pourquoi l’homme peut-il être inhumain ?
• Que peut-on reprocher à la bonne conscience ?
J Citation n°5 : « Connais-toi toi-même. » Socrate
Cette formule était inscrite au fronton du temple de Delphes et fut reprise par Socrate. Dans son sens premier, elle invitait tout homme se rendant au temple à reconnaître qu’il était avant tout l’objet des dieux. Socrate la reprend et en transforme le sens. « Connais-toi toi-même » signifie alors, sache que tu n’es qu’un homme qui a des opinions, des désirs et des préjugés. Telle est alors la seule condition pour qu’une réflexion philosophique puisse commencer.
Cette formule célèbre de Socrate apparaît avant tout comme un idéal à atteindre étant donné que la connaissance de soi n’est pas celle de n’importe quel objet. Se connaître apparaît ainsi avant tout comme ce que nous devons viser, ce vers quoi nous devons tendre. On peut alors se demander ici s’il ne s’agit pas de la connaissance la plus essentielle conditionnant toute autre forme de connaissance. La connaissance de soi apparaît en effet plus fondamentale que la connaissance des choses extérieures. Si la notion de conscience n’est pas formulée explicitement ici, ce savoir de soi dont nous parle Socrate suppose de nous détacher de nos propres désirs, de nos propres opinions, de ne pas nous confondre avec nos affections.
Ceci peut se comprendre dans des domaines divers : dans le domaine de la pensée par exemple, le scientifique ne doit pas se perdre dans ses raisonnements et agir sans conscience ; dans le domaine du sentiment, nous ne devons pas nous laisser guider aveuglément par nos envies, nos rancœurs ou nos haines ; dans le domaine de l’action, nous devons être capables de nous juger et de ne pas nous laisser emporter. Ainsi, si c’est bien la conscience qui constitue cette différence fondamentale entre l’homme et tout autre être vivant, elle est à comprendre comme ce qui peut nous élever à la dignité d’un homme. Parce que nous sommes des hommes (dotés de conscience), nous avons à nous conduire en hommes et cette tâche infinie est sans cesse à accomplir.

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• Peut-on parler de connaissance de soi ?
• Qu’est-ce que se connaître soi-même ?
• « Connais-toi toi-même. » À quels obstacles se heurte cette exigence ?
J Citation n°6 : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Marx
Marx va s’attacher à renverser ici l’affirmation selon laquelle c’est la conscience qui détermine notre existence en montrant que les hommes sont avant tout déterminés par les structures de la société dans laquelle ils évoluent. Lorsque Descartes affirme « je pense, donc je suis », il nous montre que la conscience peut s’assurer d’elle-même puisqu’elle est la première évidence qui s’impose à nous. En tant que nous sommes des êtres de conscience et non de simples objets, nous pouvons déterminer nos actions, choisir ce que nous faisons. C’est ceci que Marx va remettre en cause ici : la vérité de nos pensées n’est pas à rechercher dans la conscience, mais dans les structures sociales. Les hommes vivent en société, nouant ainsi des rapports entre eux. Or, ces rapports sont déterminés par la société dans laquelle ils vivent et non par leur volonté.
En d’autres termes, notre vie sociale, politique et intellectuelle est dépendante de ce que Marx nomme les « modes de production » . La notion de mode de production peut se comprendre à partir du constat suivant : l’homme travaille, il transforme des matières naturelles pour en faire des objets utiles. Quand il travaille il y a la combinaison de trois éléments: l’activité de l’homme, l’objet sur lequel il travaille et les moyens par lesquels il agit. Il y a différents modes de production suivant les différentes combinaisons de ces trois éléments. Le travailleur peut avoir ou ne pas avoir la propriété des moyens de production. Les rapports de classe sont alors les rapports que contractent les hommes dans la société et ces rapports dépendent du mode de production existant, et du rôle des individus dans la production.
Ce sont ces rapports qui structurent nos relations sociales et qui déterminent notre conscience. En montrant ceci, Marx lève un soupçon sur l’idée selon laquelle nous serions déterminés par notre conscience car cette affirmation tend à nier la place des structures sociales dans notre manière de penser, d’agir, de croire et de voir le monde. En dévoilant cette illusion de la conscience qui se croit indépendante, Marx met alors au jour notre illusion de liberté. Faut-il en conclure que nous sommes sans cesse déterminés par la société sans le savoir ? Marx montrera que notre liberté ne pourra passer que par un dépassement des modes de production source d’aliénation. ( cf. citation n°3, fiche n°9)

Sujets commentés sur webphilo
• La conscience donne-t-elle l’illusion de la maîtrise ?
• Que peut la conscience individuelle face à la pression sociale ?
• Sommes-nous libres ou déterminés ?
• La conscience d’être libre peut-elle être illusoire ?
? PARCOURS
En s’interrogeant sur la conscience, la réflexion rencontre…
L’inconscient : la conscience ne rencontre-t-elle pas certaines limites ? Ne peut-elle pas être source d’illusion ?
La morale : on nous dit qu’il faut « écouter la voix de sa conscience », qu’elle nous fait saisir immédiatement notre devoir. Mais ce sentiment du bien et du mal ne peut-il pas nous tromper ? Peut-on fonder la morale sur un sentiment ?
La liberté : est-ce parce qu’il est un être doté de conscience que l’homme n’est pas un objet, une chose, qu’il est un être libre ?
Autrui : en tant qu’êtres de conscience, nous ne sommes pas seuls. Que sont donc les autres consciences pour nous ? Quelle est la nature du rapport entre deux consciences ? Autrui n’est-il pas nécessaire à la constitution de la conscience de soi ?
L’Histoire et la société : la conscience que nous avons de notre situation n’est-elle pas déterminée par la société dans laquelle nous vivons à une époque déterminée de l’Histoire ?
REPÈRES
Subjectif/Objectif :
Subjectif est dérivé de « sujet » et objectif d’« objet ». L’homme s’efforce de connaître le monde : il est le sujet connaissant qui se donne pour objet le monde à connaître.
Subjectif : sens usuel : individuel, valable pour un seul sujet, en tant que ce sujet juge habituellement les choses selon ses impressions, ses goûts, ses habitudes ou ses désirs. Sens philosophique : qui appartient à la pensée humaine, et à la pensée humaine seulement, par opposition au monde physique et à la nature.
Objectif : sens usuel : valable pour tous les esprits, et non pas seulement pour tel ou tel individu. Sens philosophique : qui constitue un objet, c’est-à-dire une réalité qui subsiste en elle-même, indépendamment de la connaissance qu’en a le sujet pensant. Sens scientifique : fondé sur une observation impartiale.
S’il est légitime d’opposer « subjectif » à « objectif » à la lumière des définitions mentionnées plus haut, on peut toutefois noter que la philosophie est justement cette tentative pour penser un lien entre les deux notions. Certes, la connaissance objective (que l’on réduit le plus souvent à la connaissance scientifique) tente de limiter la sphère où l’individu, avec son histoire et ses particularités, intervient. Ainsi les sceptiques grecs ont montré en quoi nos sensations, parce qu’elles varient d’un sujet à l’autre, nous interdisent toute connaissance objective ou vraie. La prise en compte du sujet est donc la ruine de toute prétention à l’objectivité.
Pourtant, Kant a montré dans la Critique de la raison pure que l’objectivité est l’activité même du sujet, dans la mesure où « nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes ». Si l’objectivité suppose la référence à un objet que l’on connaît avec certitude, cet objet est en l’occurrence un objet construit, élaboré par le sujet, ce qui signifie qu’il n’y a d’objet que pour un sujet. L’objectif suppose le subjectif, il implique une relation entre un esprit qui connaît et un réel qui l’affecte.
D’où deux questions essentielles : à quelles conditions un sujet peut-il connaître un objet ? L’existence du sujet se ramène-t-elle pour autant à cette seule activité de la connaissance objective ?

Fiche n° 2
LA PERCEPTION
En tant que lieu, la perception désigne l’endroit où les impôts sont collectés. Or cette dénomination peut nous renseigner sur le sens qu’il faut accorder à la perception comme activité : percevoir, selon l’étymologie latine ( percipere ), c’est récolter, « prendre ensemble », assembler. Dès lors, la perception ne semble pas pouvoir être assimilée à une simple sensation et renvoie à un processus plus complet et plus complexe. Quelle est la nature de la perception ? Si la question de la perception pose un problème, c’est parce qu’elle nous conduit à interroger le lien entre celui qui perçoit et ce qui est perçu : ce que je perçois existe-t-il réellement, le monde est-il tel que je le perçois ? Qu’est-elle susceptible de nous apprendre ? Quel lien y a-t-il entre le percepteur derrière son guichet et l’oreille ou l’œil qui perçoit ?
CITATIONS COMMENTÉES
« Être, c’est être perçu. » Berkeley, Les principes de la connaissance humaine
« Qu’est-ce que bien percevoir si ce n’est bien penser ? » Alain, Vigiles de l’esprit, Les Marchands de sommeil
« Il ne faut donc pas se demander si nous percevons vraiment le monde […] il faut dire au contraire : le monde est cela que nous percevons. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
« Si la faculté de percevoir était indéfinie, on n’aurait pas besoin de concevoir. » Bergson , La Pensée et le Mouvant
J Citation n° 1 : « Être, c’est être perçu. » Berkeley
Cette formule de Berkeley peut sembler surprenante puisqu’elle consiste à n’accorder de réalité qu’à ce que nous percevons. Dire « être, c’est être perçu », c’est affirmer que rien n’existe en dehors de l’esprit, que toute réalité est un esprit qui perçoit. Nous avons commencé par noter que la perception est cette activité de l’esprit qui rassemble, qui collecte, or c’est justement la raison pour laquelle Berkeley ne va accorder de réalité qu’à ce qui est perçu. En effet, il est impossible de séparer, d’isoler une idée des sensations que nous éprouvons. Par exemple, on ne peut pas parvenir à se représenter l’étendue dépourvue de couleur, de même nous ne pouvons pas nous représenter la matière indépendamment d’une certaine forme, d’une certaine étendue, d’une certaine figure. Tous les éléments qui composent notre univers, que l’on pense à la couleur, à la saveur, à l’étendue, au mouvement… n’ont aucune existence en dehors de la perception que nous en avons. L’étendue n’est ni grande ni petite, le mouvement n’est ni lent ni rapide, ils ne sont donc rien ; de même je ne puis former l’idée d’un corps étendu en mouvement sans lui donner aussi une couleur. Quand nous pensons que la matière ou l’étendue existent seules, nous nous laissons abuser par les mots, par le langage.
Berkeley va répondre au problème de Molyneux qui consistait à se demander si un aveugle-né recouvrant subitement la vue pourrait discerner visuellement le cube et la sphère qu’il sait déjà discerner par le toucher. Or ceci serait possible si notre perception nous livrait l’étendue géométrique abstraite, mais une description des processus de la vision montre qu’il n’en est rien car nous éprouvons à tout instant l’incommunicabilité des idées visuelles et des idées tactiles. L’illusion selon laquelle il y aurait une idée commune à la vue et au toucher, une idée abstraite d’étendue vient de l’emploi de mots. Le langage nous fait croire, à tort, à l’existence d’entités abstraites, mais il n’y a pas de réalité en dehors de la perception.
Mais alors, si la matière comme substrat est une pure illusion, qu’est-ce qui fait que les objets qui tombent sous nos sens demeurent là, même quand nous fermons les yeux, même quand nous ne sommes plus là ? Berkeley va alors faire appel à l’existence de Dieu, c’est-à-dire un esprit qui soutient le tout et qui permet de penser l’unité du monde.

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• Ce qui est réel pour l’homme est-il seulement ce que je peux appréhender par les cinq sens ?
• Comment savons-nous que ce que nous percevons est réel ?
• La perception ne nous découvre-t-elle qu’un monde illusoire ?
• Peut-on dire que la perception est une connaissance ?
J Citation n° 2 : « Qu’est-ce que bien percevoir si ce n’est bien penser ? » Alain
Alain assimile ici la perception à la pensée. Comme l’indique l’étymologie du terme, la perception consiste à rassembler, à récolter, et cette action est le résultat d’un jugement, d’une activité de la pensée. Alain s’inscrit ici dans la lignée de l’analyse de Descartes à propos du morceau de cire évoqué dans la seconde méditation métaphysique. Dans ce texte, Descartes nous montre que le jugement est seul capable de comprendre qu’à travers les vicissitudes du changement la même cire demeure et que l’imagination, pas plus que l’expérience sensible, ne peut rendre compte de la perception.
En effet, si j’ai face à moi un morceau de cire, je peux décrire ce dernier par son odeur, sa couleur, sa forme… par ce que mes cinq sens me montrent. Mais si j’approche ce morceau de cire du feu, celui-ci change de forme, de couleur, d’odeur… Ce n’est donc pas l’expérience sensible qui me dit ce qu’est la cire puisque cette expérience est changeante. La sensation ne peut donc être connaissance. Je connais la cire par une activité de mon entendement, par ce que Descartes nomme une « inspection de l’esprit », c’est-à-dire la perception. En d’autres termes, Descartes nous signifie déjà que la perception n’est pas une donnée mais une construction. Alain va reprendre cette approche afin de nous montrer que les multiples apparences sous lesquelles se présente un objet pour un sens ne sont en dernière instance objet que pour un jugement qui les unifie : face à un dé, je ne peux jamais voir les six côtés à la fois et pourtant c’est bien un dé que je vois.
De même il m’est impossible de voir à la fois toutes les parties d’une table ou d’une voiture et pourtant les perspectives ensemble font une table ou une voiture. L’unité de l’objet est le produit du jugement et n’est pas donnée par les apparences. Ainsi, bien percevoir, c’est-à-dire percevoir un dé, une table ou une voiture, c’est bien juger, c’est-à-dire, bien unifier ce que nous voyons. Cet exercice du jugement est alors un exercice de la pensée puisque bien penser, c’est bien juger, bien unifier le divers. La perception n’est donc pas la sensation, elle suppose une activité de l’esprit et il n’y a pas de perception véritable pour qui ne pense pas et qui en reste à la multiplicité éparse des sensations.

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• La perception est-elle une science ?
• Percevoir, est-ce seulement recevoir ?
• Ma perception est-elle une somme de sensations ?
J Citation n° 3 : « Il ne faut donc pas se demander si nous percevons vraiment le monde […] il faut dire au contraire : le monde est cela que nous percevons. » Merleau-Ponty
Merleau-Ponty reprend ici une interrogation centrale à la question de la perception, celle du rapport entre la perception du monde et sa réalité. En d’autres termes, le monde est-il tel que nous le percevons ou notre perception est-elle une reconstruction, une déformation du monde ? En effet, on peut se demander ce qui nous assure que le monde est bien tel que nous le percevons. Si percevoir implique une activité de l’esprit ( cf. citation n° 2), il se pourrait bien que notre perception comme construction modifie le monde. Face à cette question qui parcourt l’histoire de la philosophie, Merleau-Ponty va opérer un renversement : se demander si nous percevons vraiment le monde, c’est poser l’existence d’un monde en soi, indépendant de nous et face à ce dernier un sujet qui perçoit.
Or, c’est ce postulat que Merleau-Ponty va renverser : le monde est en fait « cela que nous percevons ». C’est donc à partir d’une redéfinition du monde que Merleau-Ponty va penser la perception. En faisant de la perception un jugement ( cf. citation n° 2), on oublie une dimension essentielle de nous-mêmes à savoir notre corps. Notre exploration du monde se fait d’abord par notre corps qui n’est pas dans le monde comme les choses mais qui est « au monde », qui l’habite. Exister, pour nous, ne consiste pas à être un simple sujet pensant mais à pouvoir sortir de nous-mêmes. Tel est le sens premier de la notion d’existence : « être hors de soi ». En tant que tel, nous habitons un monde dans lequel nous nous savons finis (nous sommes mortels).
Percevoir, c’est d’abord faire l’épreuve de notre finitude, de notre « être-au-monde ». Mais le monde ne prend sens, n’existe que parce que nous l’habitons avec notre corps. C’est par lui que l’espace existe puisqu’il est ce que mon corps me donne comme toujours déjà-là dans l’expérience du monde. Notre perception nous donne ainsi la dimension de notre « être-au-monde ».
La dimension sensible et les sensations se coordonnent entre elles pour nous donner le monde. C’est pourquoi c’est une erreur de se demander si nous percevons vraiment le monde puisqu’il n’y a de monde que par la perception qui est le jaillissement d’un sens immanent aux choses et dans lequel s’oriente le vécu. La perception est notre savoir primordial du réel.

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• Le réel se réduit-il à ce que l’on perçoit ?
• Percevoir, est-ce interpréter ?
• Ai-je un corps ou suis-je un corps ?
J Citation n° 4 : « Si la faculté de percevoir était indéfinie, on n’aurait pas besoin de concevoir. » Bergson
La formule de Bergson présente une originalité dans l’approche de la question de la perception. Nous ne formons des concepts que parce que notre perception n’est pas indéfinie. Pourquoi ? Parce que nos perceptions sont avant tout utilitaires. En tant qu’êtres vivants nous avons des besoins et ce que nous percevons d’abord est ce qui permet de satisfaire ces besoins. Nous pouvons déjà constater ceci chez l’animal dans sa recherche de l’utile : « C’est l’herbe en général qui attire l’herbivore : la couleur et l’odeur de l’herbe. » Dans la perception, nous ne saisissons d’abord que ce qui nous intéresse pratiquement. Ainsi, si nous rentrons dans une pièce à la recherche de nos clefs, nous fixons notre attention sur ce qui peut y ressembler et sur rien d’autre. Et si les clefs ne s’y trouvent pas, nous disons alors qu’il n’y a rien ou qu’on ne voit rien. La perception est donc d’abord déterminée par les nécessités de l’action. En ce sens, la perception n’est pas une connaissance totale et quand nous ne percevons pas, c’est « notre raisonnement qui comble les vides ». Notre intelligence construit des concepts là où nous ne percevons pas. Ainsi « si notre faculté de percevoir était indéfinie, on n’aurait pas besoin de concevoir ».
Mais qu’est-ce alors qu’une faculté de percevoir indéfinie ? Elle est ce que Bergson nomme l’intuition, faculté qu’il faut distinguer de l’intelligence. L’intelligence est cette faculté par laquelle nous raisonnons lorsque nous agissons. Par elle, nous déterminons les moyens à employer pour parvenir à nos fins. L’intelligence découpe les étapes à suivre. La véritable faculté de connaître est l’intuition qui est une forme de sympathie spirituelle nous donnant accès à la réalité au-delà de ce que nous saisissons par des mots et des concepts. Les mots et les concepts réduisent le réel aux exigences de l’action et ne nous le font donc pas saisir entièrement.
C’est ce qui conduit par exemple Bergson à distinguer le temps du physicien de la durée véritable. Pour nous repérer dans le temps, nous le découpons en minutes, secondes… or, dans sa réalité, le temps est indivisible puisque le diviser c’est l’arrêter. La vraie perception du temps n’est donc pas celle que notre intelligence construit, mais celle que notre intuition appréhende lorsqu’elle le saisit comme indivisible et continu. Il y a donc des perceptions élémentaires au regard de nos besoins que nous rencontrons dans la plupart de nos actions et la perception indéfinie qui est l’intuition.

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• Voir, est-ce savoir ?
• L’évidence est-elle toujours une vérité ?
? PARCOURS
En s’interrogeant sur la perception, la réflexion rencontre…
La conscience : si la perception constitue notre premier rapport au monde ( cf. citation n° 3), cela semble alors signifier que nous ne sommes pas simplement des sujets conscients face au monde qui serait un objet, mais que la conscience est donatrice de sens, qu’elle est ce qui fait que le monde a un sens.
L’inconscient : si nos perceptions sont avant tout utilitaires, n’échappent-elles pas parfois à notre conscience ? L’existence de certaines perceptions qui ne sont pas enregistrées par la conscience ne peut-elle pas nous conduire à l’hypothèse de l’inconscient ?
L’interprétation : dans la perception, l’intellect reconstruit la réalité que nous ne percevons que sous des aspects partiels. La perception semble donc inséparable d’une interprétation se faisant au moyen de nos croyances, de nos habitudes, de nos expériences vécues… Toute perception n’est-elle pas alors une interprétation ?
La vérité : si, comme le dit Alain, la perception est un acte de l’esprit rassemblant dans un jugement diverses sensations, percevoir le monde, c’est le connaître. À quelle condition nos jugements sont-ils vrais ? Comment un sujet peut-il porter un jugement vrai sur un objet ?
REPÈRES
Essentiel/Accidentel
Essentiel : ce qui relève de l’essence. L’essence est ce qui fait la nature d’une chose. L’essence s’oppose aussi bien à la notion d’existence qu’à celle d’accident.
Accidentel : qui advient par accident ou qui est dans un sujet par accident. Un accident est ce qui arrive de manière fortuite ou désigne aussi ce qui est changeant. La notion d’accident s’oppose à la notion d’essence.
On peut saisir l’opposition entre l’essentiel et l’accidentel en se reportant à l’analyse que Descartes fait du morceau de cire ( cf. citation n° 2). L’essence est ce qui définit la cire indépendamment des changements de forme, de couleur, d’odeur qui sont accidentels car dépendants des causes extérieures et changeants. Percevoir la cire, c’est saisir son essence et c’est en ceci que la perception se distingue de l’expérience sensible qui ne saisit que des qualités secondes ou encore accidentelles.


Fiche n° 3
L’INCONSCIENT
L’homme est un être doté de conscience et cette conscience constitue une unité. Comme nous le dit Kant « le je pense doit pouvoir accompagner toute mes représentations ». Mais si Kant souligne qu’il doit pouvoir le faire, cela implique peut-être qu’il ne le fait pas nécessairement. Il se pourrait donc que des représentations échappent au « je pense », échappent à notre conscience. Or elles peuvent y échapper de diverses manières : certains souvenirs, certaines pensées peuvent être actuellement absents de ma pensée consciente et revenir par un effort volontaire ; mais d’autres peuvent échapper au pouvoir et à la maîtrise de la conscience, être, à proprement parler, inconscients. Quelles sont alors les conséquences de l’hypothèse de l’inconscient sur la conception de l’homme ? Que se passe-t-il alors si le « je pense » ne parvient pas à accompagner toutes mes représentations ?
CITATIONS COMMENTÉES
« Les hommes ont conscience de leurs désirs mais non des causes qui les déterminent à désirer. » Spinoza, Lettre LVIII
« Une pensée vient quand elle veut et non quand je veux. » Nietzsche, Par-delà le Bien et le Mal
« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Freud, Une difficulté de la psychanalyse
« L’inconscient est une méprise sur le Moi, c’est une idolâtrie du corps. » Alain, Éléments de philosophie
J Citation n° 1 : « Les hommes ont conscience de leurs désirs mais non des causes qui les déterminent à désirer. » Spinoza
Cette citation de Spinoza aborde les questions de l’illusion de la conscience et de l’illusion de la liberté. Spinoza part ici d’un constat : les hommes ont conscience de leurs désirs. En effet, nous avons conscience de ce que nous désirons quand ce désir se manifeste. Je peux avoir conscience de désirer boire, manger ou encore de désirer telle ou telle personne. Toutefois il ne faut pas confondre le désir et ses causes, à savoir ce qui fait que nous désirons telle ou telle chose ou telle ou telle personne. Si nous avons conscience de nos désirs, nous ne savons ce qui fait que nous avons tel désir particulier. Je peux avoir entièrement conscience de désirer une personne, mais ce qui fait que je la désire m’échappe. Je peux toujours me dire que je la désire parce que je la trouve belle ou séduisante. Mais pourquoi est-ce que je trouve cette personne particulière belle et séduisante ? Tel est ce qui reste mystérieux. Faire le constat selon lequel la cause de nos désirs nous échappe, c’est relever que, contrairement à ce que nous pouvons croire, nous n’avons pas pleine conscience de ce que nous sommes et de ce qui nous pousse à agir. Ainsi, nous tombons dans l’illusion lorsque nous pensons que nous sommes la cause consciente de nos actes. Spinoza nous conduit donc ici à faire plusieurs déductions :
• le libre arbitre est une illusion puisque la cause de nos actes nous échappe. En effet, penser le libre arbitre, c’est penser que nous pouvons entièrement et consciemment nous déterminer (on peut penser ici à une critique possible de la liberté cartésienne) ;
• il y a un au-delà de la conscience puisque nous n’avons pas conscience des causes de nos désirs.
S’agit-il pour autant de penser que nous ne sommes pas libres et par conséquent pas responsables puisque les causes nous échappent ? Spinoza va s’attacher à montrer que la liberté ne résulte pas dans un libre décret de la volonté mais bien au contraire dans une connaissance des causes qui nous déterminent. Pour prendre un exemple simple dans le domaine de la nature et de l’action, les lois de la pesanteur font que sur terre un objet plus lourd que l’air tombe. Pourtant, une connaissance de ces lois peut nous conduire à faire voler un avion. Ceci ne consiste pas à changer les lois existantes, ce qui est impossible, mais à les connaître pour mieux les utiliser. Dans la même perspective, il ne s’agit pas de simplement condamner un cleptomane pour la déviance de ses comportements, mais bien plutôt de comprendre ce qui le pousse à agir de la sorte. Ainsi, la liberté passe par la connaissance des causes et de la nécessité, mais elle n’est pas une liberté de la volonté qui, elle, est illusoire.

Sujets commentés sur webphilo
• La conscience donne-t-elle l’illusion de la maîtrise ?
• Est-ce librement que nous désirons ?
• Suffit-il d’être conscient pour être libre ?
• Existe-t-il un écart entre ce que je suis et ce que j’ai conscience d’être ?
J Citation n° 2 : « Une pensée vient quand elle veut et non quand je veux. » Nietzsche
Cette citation de Nietzsche peut d’abord tout simplement relever d’un constat de l’expérience : il arrive que des pensées nous viennent à l’esprit sans aucune décision de notre part ; de même d’ailleurs elles peuvent nous échapper alors que nous voudrions nous en souvenir. Nous ne savons pas comment elles viennent et pourquoi elles viennent. Elles peuvent ainsi être provoquées par des événements extérieurs ou encore surgir à la suite d’une association d’idées… Ces constats peuvent nous conduire à penser que ce n’est pas par une décision de notre volonté que nos pensées nous viennent. Nietzsche s’oppose ici radicalement à Descartes qui, en nous disant « Je pense donc je suis », affirme que l’acte de penser est l’opération d’un sujet « Je » qui pense.
Or nous pensons et réfléchissons toujours dans un milieu donné, dans un contexte déterminé, dans une époque précise. Nous pensons toujours dans le cadre d’une pensée déjà construite et élaborée par ce que nous entendons, par les discours qui nous entourent. Il est donc totalement illusoire d’affirmer que le « Je » est l’auteur conscient de nos paroles et de nos volontés. Le langage que nous utilisons nous fait dire que le « Je » est sujet : quand nous disons : « Je pense », nous faisons du « Je » la source de nos pensées ; mais justement, cela ne fait que montrer que c’est le langage, cadre dans lequel nous pensons, qui est la source de notre illusion. En d’autres termes, la conscience n’est que la surface d’une vie plus profonde qui échappe à notre volonté. On ne devrait ainsi pas dire : « Je pense », mais : « Quelque chose pense en nous. »
C’est pourquoi Nietzsche, comme Marx et Freud, sera qualifié par l’histoire de la philosophie de philosophe du soupçon. Soupçonner, c’est ici se méfier des apparences véhiculées par un discours. Cette critique opérée par Nietzsche de l’illusion du moi et de la conscience a aussi des conséquences morales. En effet, l’affirmation de l’existence de la conscience morale consistait à dire que notre conscience est susceptible de faire saisir immédiatement ce qui est bien et ce qui est mal. Mais c’est ignorer alors que la conscience n’est que la surface des choses, qu’elle masque nos instincts, nos penchants, nos habitudes, nos expériences… et c’est pourquoi Nietzsche dans le Gai Savoir dira : « Nul n’est plus que soi-même étranger à soi-même. » Le soupçon est alors jeté sur l’idée d’une toute-puissance du moi qui n’est finalement qu’une fiction du langage.

Sujets commentés sur webphilo
• La conscience doit-elle renoncer à tout comprendre ?
• Sommes-nous libres ou déterminés ?
• Que choisit-on ?
• Qui pense quand je dis : « Je pense » ?
J Citation n° 3 : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Freud
Freud donne ici au moi la place qui est la sienne. Nous l’avons vu, toute une tradition s’est attachée à faire du moi, de la conscience, la source de nos pensées et de nos actes. En tant que tel, le moi était alors considéré comme ce qui régnait en maître en notre esprit. C’est cette illusion que Freud va ici dénoncer et présenter comme la troisième blessure narcissique de l’humanité.
La première blessure est la découverte de l’héliocentrisme : la terre, et en conséquence l’homme, n’est plus au centre de l’univers. La deuxième apparaît avec la théorie des espèces de Darwin : l’homme s’inscrit dans une évolution parmi d’autres êtres vivants. La troisième est la découverte de la psychanalyse conduisant à déposséder le moi de son illusion de maîtrise : la vie de l’esprit ne se réduit pas aux moments où nous pouvons être conscients de quelque chose ou de nous-mêmes. Il existe un certain nombre de pulsions, de tendances, de désirs ou de représentations qui sont refoulés et censurés, qui ne parviennent pas jusqu’à la conscience, en raison de la douleur ou de la déconvenue qu’ils provoqueraient s’ils étaient conscients. Cela viendrait heurter les interdits sociaux, religieux, familiaux, etc. D’où l’existence d’une force qui va opérer une censure. Tout ce qui aura été censuré restera inconscient et se manifestera sous forme de rêves, d’actes manqués, de lapsus, voire de névroses.
Freud s’attache ici à montrer l’illusion dans laquelle se trouve celui qui croit que le psychisme se réduit au conscient et qui refuse l’hypothèse d’un inconscient psychique. Le terme d’inconscient n’est pas alors réservé à ce qui n’est pas actuellement conscient, mais à ce qui ne peut en aucun cas devenir conscient de soi-même. Ce renvoi vers un autre que la conscience n’est pas alors sans soulever un problème. Affirmer l’inconscient, c’est admettre que le sujet ne maîtrise ni ses goûts, ni son comportement, ni ses pensées, ni son langage. Comment alors dans ces conditions parler de liberté, de responsabilité et de morale ?

Sujets commentés sur webphilo
• L’hypothèse de l’inconscient contredit-elle l’exigence morale ?
• Reconnaître l’existence de l’inconscient, est-ce rétrécir ou élargir notre conscience ?
• L’hypothèse de l’inconscient implique-t-elle que la liberté ne soit plus qu’une illusion ?
• La notion d’inconscient dépossède-t-elle l’homme de la maîtrise de lui-même ?
J Citation n° 4 : « L’inconscient est une méprise sur le Moi, c’est une idolâtrie du corps. » Alain
C’est entre autres pour les raisons évoquées plus haut qu’Alain va opérer une critique de l’inconscient. L’hypothèse de l’inconscient conduit à supposer qu’un autre moi que je ne connais pas ou que je connais mal agit en moi et à affirmer une influence démesurée du corps en accordant une place prépondérante aux pulsions que Freud détermine comme étant d’origine biologique. Alain récuse ainsi l’approche de la psychanalyse qui consiste à détruire la notion de volonté pour y substituer ce qui est étranger à l’esprit. C’est avant tout cette duplicité du moi qu’il s’agit de refuser, cette idée selon laquelle l’inconscient serait un autre moi enfoui, caché et qui me déterminerait. Alain n’affirme pas ici que l’homme est entièrement transparent à lui-même, mais affirmer l’inconscient, c’est refuser sa place à la volonté.
Or, contrairement à Nietzsche, Alain affirme : « Je veux ce que je pense. » Faire l’hypothèse de l’inconscient, c’est nier le prima et la force de la volonté. Une telle attitude revient alors à excuser chacun en faisant appel aux pulsions, c’est-à-dire au corps, ou au passé, à l’histoire individuelle. Alain ne voit donc dans l’inconscient qu’une soumission aveugle à des idoles. Si l’hypothèse de l’inconscient reconnaît que la toute-puissance du moi et de la volonté n’est qu’une illusion, elle ne conduit pas nécessairement à excuser tout comportement, toute attitude, à nier la liberté et la responsabilité de chacun. Alain s’efforce ici de sauver la volonté et l’autonomie du sujet, mais n’est-ce pas déjà tout simplement nier toutes les situations nombreuses où nous ne pensons ni ce que nous voulons, ni ce que nous croyons vouloir ?
En outre, l’hypothèse de l’inconscient ne conduit peut-être pas nécessairement à nier toute liberté et toute responsabilité. Freud, dans Une difficulté de la psychanalyse, nous dit ainsi : « Entre en toi-même, apprends à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu dois devenir malade, et tu éviteras peut-être de le devenir. » La reconnaissance de l’existence de l’inconscient est alors peut-être le premier pas vers une libération.

Sujets commentés sur webphilo
• Peut-on invoquer l’inconscient sans ruiner la morale ?
• L’inconscient est-il une excuse ?
• La reconnaissance de l’inconscient nous délivre-t-elle de toute responsabilité ?
• L’inconscient permet-il autant que la conscience de définir l’homme ?
? PARCOURS
En s’interrogeant sur l’inconscient, la réflexion rencontre…
La liberté : si l’hypothèse de l’inconscient conduit à dire que nous ne maîtrisons ni nos goûts, ni nos envies, ni nos pensées, ni notre langage, en quel sens peut-on encore parler de liberté ?
La morale : si la notion d’inconscient remet en cause notre liberté, le pouvoir que nous avons sur nous-mêmes, se pose alors le problème de notre responsabilité morale. En effet, faire notre devoir, est-ce suivre ce que notre raison nous dicte ou suivre les injonctions de notre surmoi, produit de notre histoire et de notre éducation ? Peut-on alors encore parler d’une universalité de la morale ?
L’interprétation : en posant l’hypothèse de l’inconscient, Freud introduit du sens là où on n’en percevait traditionnellement pas, dans le rêve, la rêverie, les incidents les plus quotidiens… C’est ainsi la production de ce sens qui définit globalement le psychique et non plus la conscience. Se pose alors le problème de la saisie d’un sens caché et de son interprétation.
REPÈRES
Analyse/Synthèse
Analyse : sens mathématique : étude des relations de dépendance entre diverses grandeurs. Sens scientifique : décomposition d’un tout en ses éléments. Sens épistémologique : méthode de connaissance qui procède par analyse au sens mathématique ou par analyse au sens scientifique.
Synthèse : sens usuel : réunion ou conciliation de thèses ou d’opinions diverses, éventuellement opposées. Sens scientifique : reconstitution d’un tout à partir de ses éléments. Sens épistémologique : opération intellectuelle qui va du simple au complexe.
La psychanalyse consiste, pour le psychanalyste, à effectuer l’analyse en mettant à jour les relations de dépendance entre des événements, des désirs, des pulsions… mais, comme le note Lacan, un célèbre psychanalyste français du xx e siècle, c’est au patient de faire la synthèse. C’est pourquoi, par exemple, le rêve ne prendra de sens qu’au regard de l’histoire de l’individu.

Fiche n° 4
AUTRUI
À tout moment autrui s’impose à moi : je l’aime, je le hais, je l’oublie, je m’en souviens, je l’envie, je le quitte… Or, cela ne concerne pas que nos rapports affectifs. Par exemple, à chaque fois que nous voulons parler d’universalité, comme dans les sciences, nous sommes amenés à supposer la présence idéale des autres. En d’autres termes, autrui est partout présent, il est cet autre avec lequel nous vivons et qui a cette particularité d’être aussi le même que nous. Autrui n’est pas moi, mais il est comme moi, un autre moi. Comment alors comprendre ce double rapport de familiarité et d’étrangeté ?
CITATIONS COMMENTÉES
« Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même. » Sartre, L’Être et le Néant
« Ma chute originelle, c’est l’autre. » Sartre, L’ Être et le Néant
« Le barbare est d’abord celui qui croit en la barbarie. » Lévi-Strauss , Race et Histoire
« Mais penserions-nous bien et penserions-nous beaucoup si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec les autres qui nous font part de leurs pensées et à qui nous communiquons les nôtres. » Kant , Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?
« Le visage est ce dont le sens consiste à dire “tu ne tueras point”. » Levinas, Éthique et Infini
J Citation n° 1 : « Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même. » Sartre
Nous sommes des êtres conscients. Dès lors nous nous regardons agir, nous nous jugeons. Nous pourrions penser spontanément que cette conscience de soi ne concerne pas autrui, ou qu’elle se fait en son absence, loin de son regard. Il n’en est rien. La relation de soi à soi-même passe par l’autre : l’autre est un médiateur entre moi et moi-même.
En effet, la relation qu’on a de soi à soi s’inscrit dans une relation avec autrui. Autrui est la condition non seulement de mon existence, mais aussi de la connaissance que j’ai de moi. Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l’autre, dit encore Sartre. Je me juge jaloux, méchant, spirituel, je me considère comme un bon professeur, un bon père, etc., dans la mesure même où autrui me juge tel. Le regard que nous portons sur nous-mêmes passe par le regard qu’autrui porte sur nous-mêmes : en ce sens autrui est une médiation entre moi et moi-même. Sartre donne un exemple fameux dans L’Être et le Néant qui est très éclairant : je suis seul et je fais quelque chose de plus ou moins répréhensible ; or, soudain, je m’aperçois que je suis vu par autrui, je suis surpris par le regard de l’autre, et, alors, j’ai honte. C’est le regard d’autrui sur moi-même qui fait que j’ai honte de moi-même : je suis tel que me voit autrui : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui.
Ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’il est illusoire de croire que je peux détacher le regard qu’autrui pose sur moi de celui que j’ai sur moi-même, comme si le premier était faux, et le second seul vrai. Non, le regard que je porte sur moi-même est constitué par le regard qu’autrui a sur moi. Lorsque j’ai honte, il n’est pas vrai que j’ai honte seulement par rapport à autrui, mais non par rapport à moi-même : j’ai bien honte de moi, tel que je suis vu par autrui. Je suis traversé, imprégné par le regard d’autrui. L’autre est un médiateur indispensable entre moi-même et moi-même, et non un médiateur superflu, dont je pourrais me passer. Je construis aussi ma vie, mon identité en fonction du jugement d’autrui. Certes, je n’en suis pas nécessairement prisonnier, et la liberté suppose au contraire que je sache avoir quelque distance par rapport aux jugements d’autrui qui peuvent parfois être simplificateurs (m’enfermant

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